3, solaires et un Lunard.

Voilà deux heures que nous sommes planqués, totalement silencieux au fond de ce qui ne pourrait même plus porter le nom de maison. Voilà deux heures que nous ne pouvons décrocher le moindre mot, deux heures que je supporte ces puces enfouis dans mon pelage et suçant avidement mon sang. Je regarde Pattemol à l'autre bout de la salle, assis sur son arrière train, il joue l'équilibriste en levant ses pattes arrières pour se gratter derrière l'oreille. J'ai toujours admiré l'agilité de ces bêtes. Pourquoi avait-il fallu que je choisisse d'être un cerf ? Ah oui ça me revient… Parce qu'il s'agit du seul animal fier et libre et pourtant peu craint par l'être humain.

Puis un bruit retenti, une déchirure qui fend le ciel et mes poils se dressent sur mon dos. Je n'ai jamais aimé ce moment. L'instant où le soleil apparaît, l'instant où Lunard redevient Remus. Je hais l'entendre hurler ainsi, hais imaginer la douleur qu'il doit ressentir. Et pourtant, je sais que nous ne devons pas bouger. Que d'ici quelques minutes, tout redeviendra comme avant. Je jette un coup d'œil à Pattemol. Il a cessé de se gratter et reste immobile, une crête s'étant aussi formée sur son dos. Je tourne ma lourde tête et tente de percevoir la moustache de Queudver. Les moustaches… ce sont bien les seules choses qui dépassent du trou à rat dans lequel il s'est planqué. J'ai toujours admiré le courage de cet homme. Il aurait été bien plus facile pour lui de s'enfuir pourtant, il est toujours là Queudver, toujours derrière nous. Toujours fidèle. Pour ça sans doute que Pattemol ne lui a pas encore fait sa fête et se contente de remontrances orales et d'autant plus drôles.

Enfin voilà, la peau de Remus se fait plus lisse, il perd du poils comme on dit et de son agressivité. Il n'y a plus qu'un râle sortant de sa bouche et son corps tombe à terre dans un bruit sourd.

Un regard vers Sirius, un hochement de tête et je suis de nouveau sur deux pattes. Nous nous approchons du corps de Remus, méfiant comme à chaque fois. Il ne bouge pas, exténué par sa nuit. Lui n'a pas le choix du moment de sa transformation. La pleine lune se fiche pas mal de savoir que la veille, il était de garde dans un quartier Londonien, devant la maison d'une famille moldue.

Simultanément, je vois la main de Sirius suivre le mouvement de la mienne et venir se poser sur celles de Remus. De l'autre côté, les moustaches de Queudver sortent de leur trou. Il faudra encore quelques minutes avant de le voir redevenir lui. Prévenir vaut mieux que guérir nous a-t-il souvent dit.

- Toc toc toc.

Je lève rapidement les yeux vers Sirius avant de voir le semblant d'un sourire apparaître sur le visage de Lunard. Il reprend ses esprits et prend même le temps de faire ce plaisir à Pattemol :

- Qui est là ?

Sa voix est rauque et bien faible mais il semble aller pour le mieux. Du moins, dans cette situation.

- Adam.

- Adam qui ?

- Adam Sionalafermeturdéporte.

Les yeux de Lunard se referment mais le sourire est toujours là. Nous sommes bons pour rester ici quelques heures encore.

Enfin Peter refait son apparition et s'approche à son tour. Un regard en biais vers Sirius et je le vois sourire machiavéliquement. Il attend de voir Queudver poser la main sur Remus pour hurler un « bouh » qui le fait sauter aussi haut que le vieux concierge de Poudlard quand il découvre sa chatte repeinte en rose.

- Sirius…

Même passablement endormi, Lunard trouve encore le moyen de sermonner Sirius.

- Ca va, il a l'habitude.

Peter hoche faiblement la tête, pas si sûr que ça l'animal. Puis il répond au signe de Pattemol et l'aide à soulever Remus. Ils vont le déposer sur un matelas que l'on a réussi à caser dans un coin de la maison.

- Tu es drôlement silencieux James, me dit Lunard.

Je souris. Je souris beaucoup depuis que je sais que ma vie ne va pas tarder à devenir de plus en plus belle. Je souris proportionnellement à la grosseur du ventre de ma Lily en fait.

- Je me disais que ce n'était pas si mal Adam comme prénom.

- Agencive tant que tu y es… me sort Sirius dans un rire gras.

Impossible de faire de l'humour. Remus continue à me fixer et je le connais trop bien pour comprendre qu'il sait tout. Enfin, c'est pas faute d'avoir essayer d'être subtil.

- Alors ça y est ? Me dit-il.

Sirius et Peter se regardent comme si nous parlions fourchelangue. Puis Pattemol se décide à dire le fond de leur pensée :

- Vous savez que vous êtes en train de délirer là ?

Je regarde Lunard sans bouger. Je ne sais pas comment faire. Je ne sais pas quels mots utiliser pour décrire la fierté qui s'empare de moi quand je pense au petit bout d'être que couve Lily. Et je l'entends dire :

- Lily a un polichinelle dans le tiroir.

Comme si le temps s'était arrêté. Je les regarde tour à tour, attendant leur réaction comme si c'était la chose la plus importante que je devais faire pour le moment. Puis, les bras de Pattemol viennent m'encercler et je me sens valdinguer de gauche à droite et de droite à gauche.

- Un ptit Potter en plus ! Entends-je dire Queudver.

- Ou une petite Potteuse, reprend Sirius en s'arrêtant enfin de me balancer comme un hochet.

Il m'en faut du temps pour que mes yeux retrouvent leur orbite.

- Nan, ça sera un garçon, se reprend finalement Pattemol. Le premier descendant de la famille des maraudeurs.