Dors Draco

J.K.R., ma chère, je vous ai emprunté quelques lieux et personnages. Ne soyez pas fâchée. Je vous les rendrai en très bon état, meilleurs qu'avant même.

Chapitre 10

Le baiser prit Harry par surprise. Les lèvres de Draco étaient à la fois douces et exigeantes. Au bout de quelques secondes, elles firent réagir celles qu'elles emprisonnaient totalement. Harry se sentit envahi par la chaleur qui se dégageait du baiser brûlant. Sa bouche s'ouvrit , la langue de Draco se glissa dans le passage et caressa la sienne. Ils se perdirent tous les deux dans une sorte d'extase passionnée.

Harry n'avait jamais connu de telles sensations, ni avec Cho, ni avec Ginny. C'était son âme que le jeune Serpentard aspirait. Il ne désirait qu'une chose : que ce baiser ne finisse jamais. Draco, lui, n'était plus sur terre. S'il s'était écouté, il aurait allongé Harry sur son lit et il lui aurait fait l'amour sans plus attendre. Mais il eut un flash ultra-rapide. « Non, pas comme ça, pas avec Harry. Il n'est pas prêt. Je l'aime, je ne veux pas profiter de lui. »

Draco était célèbre pour la perfection de ses baisers. Il avait la réputation de conquérir les filles en les embrassant une seule fois. Elles étaient ensuite dans un tel état de langueur amoureuse qu'il pouvait passer à l'acte sexuel dans la demi-heure qui suivait. C'était le « célèbre charme Malfoy », qu'il avait maintes fois utilisé l'année précédente. Et Harry était devant lui comme un agneau innocent devant un loup affamé. Il avait refermé ses bras autour du torse nu de Draco et sentait leurs deux cœurs s'affoler en même temps.

Au bout d'un temps qui leur parut une éternité, le souffle leur manqua, leurs lèvres se séparèrent mais ils restaient très proches, front contre front, les yeux dans les yeux. Les prunelles grises se reflétaient dans les deux iris verts. Ils ne parlaient pas, ils savouraient un silence fait des mille pensées qui les traversaient. Draco mordillait tendrement la bouche gonflée de Harry. Il souriait, il dominait à grand peine le flot de son désir mais il se serait frappé plutôt que d'effrayer le jeune homme qu'il aimait et qu'il tenait contre lui. Enfin, ils parvinrent à se détacher l'un de l'autre. Draco leva doucement sa main gauche libérée de son sortilège, il caressa du bout des doigts les lèvres rouges et murmura :

« On n'embrasse pas quelqu'un sans sa permission mais ça, c'était un cadeau de Noël. »

A son tour, Harry leva le bras et passa le dos de sa main sur la joue de Draco en chuchotant :

- Le plus beau cadeau de toute ma vie.

Il se leva et sortit de la chambre, un peu sonné, ne réalisant pas encore ce qui venait de se passer. Draco brûlait dans son sexe et dans son cœur. Il s'étendit à plat ventre sur le lit, mordant le coussin, attendant que la fraîcheur de la chambre fasse retomber la tension de son corps. Il était à la fois insatisfait et heureux et surtout maintenant, il avait de l'espoir. Ils eurent du mal l'un comme l'autre à s'endormir.

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Draco se réveilla brusquement. Il devait être trois heures du matin. Il n'y avait aucun bruit dans la pièce et pourtant, il savait que quelque chose n'allait pas. Il venait de rêver que Harry l'appelait. Il se précipita dans le salon et entendit à travers la porte des cris et des gémissements dans la chambre en face de la sienne. Il entra et vit à la lueur d'une veilleuse le jeune Griffondor se tordre sur son lit, en proie à une violente douleur. Il s'élança vers lui en criant :

« Harry ! Harry ! Qu'est-ce que tu as ? »

Mais le jeune homme ne semblait pas l'entendre. C'est alors que Draco remarqua la cicatrice de son front. Elle était rouge et brillait étrangement. Il pensa aussitôt :

« Voldemort ! Il lui envoie un cauchemar ! »

Il saisit Harry et le secoua rudement en criant :

« Réveille-toi ! Allez ! Réveille-toi ! Ne te laisse pas faire ! »

Harry ouvrit des yeux blancs, des yeux qui ne voyaient rien. Il se débattait toujours. Draco toucha son front, il était brûlant. Alors, il fit ce qui lui sembla le plus approprié : il gifla Harry d'une main ferme. Dans un sursaut, le jeune homme brun se réveilla et vit à son chevet un Draco blanc comme un linge. Instinctivement, parce qu'il avait appris à faire face à toutes les attaques, il se redressa, leva la main et les étincelles de magie crépitèrent au bout de ses doigts. Ils restèrent immobiles. Puis Harry se laissa retomber en arrière avec un air … apeuré ? Oui, Draco sentit brusquement que le Héros du monde sorcier, l'Elu, le Survivant, le grand Harry Potter avait peur. Il en fut profondément ému. Le poids du destin sur les épaules de ce jeune homme était très lourd et il était seul pour l'affronter. Il n'avait pas choisi d'être chef de guerre, ce rôle lui avait été imposé. L'avenir de leur monde dépendait d'un sorcier de dix-sept ans, certes courageux mais si jeune, si fragile !

Alors, l'amour que Draco lui portait prit tout son sens. Harry était un enfant innocent et lui un jeune homme aguerri, façonné par toute une lignée de sorciers puissants, ayant derrière lui des expériences de toutes sortes, sans pouvoirs peut-être, mais fort et protecteur. Le Serpentard prit le Griffondor dans ses bras. Il le berça tendrement en disant les paroles gentilles que sa mère Narcissa lui murmurait à l'oreille quand il se réveillait au milieu d'un cauchemar. Et quand il sentit contre lui le corps de son amour se détendre et son souffle devenir régulier, il le reposa, le recouvrit chaudement et dit simplement :

« Tout va bien maintenant. Tu n'as plus rien à craindre. Dors Harry. »

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Quand ils se retrouvèrent dans le salon en fin de matinée, ils se regardèrent gravement. Ils ne parlèrent pas du baiser, c'était un cadeau précieux, il devait rester secret. Mais Harry confirma à Draco qu'il avait bien fait un cauchemar ayant Voldemort pour centre.

« D'habitude, je ferme mon esprit mais la journée d'hier était particulière. Il en a profité pour m'agresser. Il est furieux parce qu'il a compris que j'avais levé son sortilège. Sa double vengeance tombe à l'eau. Nous te croyons innocent. Et il a perdu son pouvoir sur toi. Mais je ne pense pas qu'il sache où tu es caché.

Draco eut un tremblement. Il préférait mourir plutôt que retourner dans les cachots de la Forteresse Sombre. Il s'exclama soudain :

- Et ma baguette magique ? Il l'a en sa possession ! Est-ce qu'il peut s'en servir contre moi ?

- Je ne crois pas. Poudlard est protégé par des sorts puissants. C'est le professeur Dumbledore qui les a installés. Voldemort ne peut les vaincre.

- Pourtant, son projet est d'attaquer l'école.

- Nous ne nous laisserons pas faire. Nous nous défendrons. Nous avons des armes contre lui. Justement, je dois aller voir Trelawney et Firenze dans le parc.

- Cette vieille folle ?

- Tout le monde peut être utile. Ce qu'elle dit n'est pas toujours sensé mais depuis qu'elle est amie avec Firenze, on dirait que les dons de divination de sa famille réapparaissent. Elle ne prédit plus ma mort mais ma victoire, c'est déjà beaucoup mieux. Je vais la voir. Je te raconterai. A tout à l'heure. »

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Le temps passa. Les elfes vinrent avec le plateau du déjeuner. Dobby sauta de joie en voyant que Draco pouvait se servir de son bras gauche. Il cria d'une voix nasillarde :

« Maître Draco est guéri ! Maître Draco est guéri ! »

Autrefois, je jeune homme l'aurait sévèrement puni. Maintenant, il se contenta de lui jeter un coussin à la tête en riant. Le monde avait changé. Harry était devenu son ami, plus peut-être. Où était-il ? Pourquoi ne revenait-il pas ? Draco vit tout à coup la cape d'invisibilité posée sur le canapé. La tentation était trop forte. Il s'en recouvrit et sortit. Il n'y avait personne dans les couloirs. Il eut l'explication en arrivant à la porte de la Grande Salle. Les professeurs et tous les élèves étaient là et Harry leur parlait. Immobile à côté de la porte, Draco commença par l'admirer. Merlin ! Qu'il était beau ! Comme il savait captiver son auditoire ! Puis il s'intéressa aux paroles prononcées d'une voix claire et posée.

« … Nous recherchons une arme contre Voldemort, la formule d'un sortilège permettant de détruire ou au moins de neutraliser un objet magique très puissant. Cette formule se compose de plusieurs mots et se termine par « ras ».Elle doit produire une vive lumière blanche et or. Si cela évoque quelque chose pour vous, un événement, une lecture, un souvenir même vague, je vous demande de le dire au préfet de votre Maison. Ne faites rien par vous-même. Cela peut avoir un rapport avec la magie noire. Soyez prudents, il ne s'agit pas de risquer votre vie mais de gagner la guerre … »

Draco admirait cette façon simple de présenter les choses et de mettre chacun devant ses responsabilités. Puis il vit les élèves se lever et discuter entre eux. Les Maisons se mélangeaient, des groupes se formaient. Il était temps pour lui de regagner l'appartement sous peine de se faire bousculer par le flot des élèves. Il ne rencontra que Miss Teigne qui le suivit un moment. Pouvait-elle le voir malgré la cape ? Ou peut-être juste le sentir ? Il réfléchissait. Un sortilège blanc et or ? Quel dommage qu'il ne puisse pas aller dans la bibliothèque Malfoy ! Il y avait là des milliers de livres, certains très rares. Tous les sortilèges de magie noire y étaient référencés. Il croisa le Moine Gras et Nick Quasi Sans Tête. Même les fantômes de Poudlard se prenaient au jeu. Le Baron Sanglant se joignit à eux en disant d'une voix sépulcrale :

« Je connais bien un sortilège rare mais il produit une lumière noire et argent. Ce n'est certainement pas le bon … »

La Dame Grise ajouta d'une voix triste :

« Cela fait si longtemps que j'erre dans ces couloirs que j'ai oublié toutes les formules, mêmes les premières que j'ai apprises dans mes livres de jeunesse. Pourtant on dit qu'on se souvient toujours de son enfance … »

Ils ne firent pas attention à Draco qui arriva à l'appartement sans encombre. Harry revint en fin d'après-midi. Il dit en riant :

« Trelawney me poursuit depuis une demi-heure. Elle a soi-disant eu une vision. Un démon vert lui proposait la formule en échange d'un baiser. Elle me demandait si elle devait accepter. J'ai répondu très sérieusement par l'affirmative. En ce moment, elle cherche son démon vert dans la Forêt Interdite avec Firenze. Ces petits moments de folie font apprécier la vie. Oh ! A propos ! Je pars demain rejoindre Ron et Hermione. J'ai reçu un message par hibou tout à l'heure. Nous avons un problème … »

Il se tut en voyant l'air désolé de Draco. Mais le Serpentard se reprit très vite. Un Malfoy ne montre pas ses émotions. Son visage redevint impassible, son attitude digne et froide. Harry retint un sourire : c'était typique de l'ancien Draco, le mépris en moins. Mais lui aussi eut une bouffée de nostalgie. Il n'avait pas passé un jour aussi heureux depuis longtemps, depuis le mariage de Bill et de Fleur peut-être ? Il partit le lendemain matin. Exceptionnellement, il avait pris son petit déjeuner avec Draco. Ils avaient parlé de tout et de rien, pas de la guerre. Cela détendit Harry. Au moment de partir, il se retourna, regarda le jeune Serpentard, revint sur ses pas et posa un baiser rapide sur ses lèvres en disant :

« A bientôt, mon démon vert. »

Puis il sortit avant que Draco ne réagisse. Il n'avait pas dit quand il pourrait revenir. Et de nouveau, le jeune homme blond se mit à attendre le jeune homme aux yeux verts en travaillant avec acharnement pour ne pas voir le temps passer trop lentement à son gré. Les nuits étaient plus difficiles que les rêves de Draco devenaient érotiques. Il se réveillait souvent en sueur, le sexe dur, avec l'image d'un Harry nu et gémissant de plaisir dans ses bras. C'était normal à son âge sans doute mais c'était surtout frustrant.

Ou alors, les paroles de Trelawney, reprises par Harry, le hantaient … « Mon démon vert … Mon démon vert … » Miss Teigne lui mordillait les pieds en miaulant pour appeler Rusard, son maître … Les fantômes se jetaient l'un à l'autre des sortilèges blancs, or, noirs, argent … La Dame Grise lisait en pleurant un livre pour enfants avec de belles images … Elle suivait une phrase avec un doigt transparent et disait :

«Le voilà, je l'ai trouvé … »

Et puis une nuit, alors que le Harry qu'il embrassait en rêve se transformait en Mimi Geignarde en prononçant des mots sans suite entrecoupés de « ras », Draco se réveilla en sursaut avec une image très précise dans la tête. Tout était vrai. Ce livre existait et la phrase était dedans. Il avait la réponse.