Dors Draco
Pas la peine de m'envoyer un Doloris, Madame Rowling. J'avoue ! Tout est à vous … sauf « Mes premiers duels », ça, c'est à moi. Faut bien que mon imagination déjantée serve à quelque chose
Connaître les autres, c'est sagesse. Se connaître soi-même, c'est sagesse supérieure. Lao-tseu.
Sage est celle qui accepte de se plonger dans son obscurité autant que dans sa lumière. Pyanfar
Chapitre 11
Flash back
Le jeune Draco, 11 ans, beau, riche, arrogant, fils unique et très aimé de Lucius et Narcissa Malfoy, rejoint son père qui l'a fait mander dans la bibliothèque du château. Il est surpris de le trouver devant un panneau ouvert qui laisse apparaître une petite pièce secrète remplie de vieux livres, de parchemins et d'objets divers. Lucius la désigne d'un geste élégant et lui dit :
« Mon fils, tu vas entrer à Poudlard à la rentrée prochaine. J'aurais préféré Durmstrang mais ta mère ne souhaitait pas te voir partir si loin. Il est temps pour toi de connaître les secrets de notre château. En voici un : notre réserve de livres de magie noire. Pour l'ouvrir ou la fermer, il faut appuyer trois fois sur l'œil de ce petit serpent. Je vais y mettre ce livre. Bien sûr, tu ne dois parler de ceci à personne. »
Draco regarde avec surprise ce que son père s'apprête à ranger dans la pièce secrète. C'est un exemplaire de « Mes premiers duels », un livre pour jeunes enfants montrant en images les sorts les plus simples : Accio, Impedimenta, Tarentallegra, Rictusempra, Stupefix, Expelliarmus, avec à la dernière page le Finite qui les annule. Draco aime beaucoup ce livre. Les images montrent toujours deux petits sorciers, l'un vêtu de blanc, l'autre de noir. Lorsqu'on pose le doigt sur le nom du sort, les jeunes garçons l'exécutent. Tous les enfants de famille sorcière ont lu ce livre au moins une fois dans leur jeunesse. Il n'a rien de maléfique.
« C'est ce que tu crois, Draco. Cet exemplaire est réservé aux enfants de Sang Pur, en particulier à ceux qui ont des parents Serpentards. Il est recommandé de le ranger quand les enfants vont entrer à l'école des sorciers, sinon, ils pourraient y découvrir un sortilège secret que très peu de gens connaissent. Mais toi, tu es l'héritier des Malfoy. Je vais te le montrer. »
Lucius ouvre le livre à la dernière page et pose la pointe de sa baguette magique sur le sorcier vêtu de noir, le préféré de Draco. Celui-ci jette alors un sort qui envoie un jet de lumière noire et argent. Le mot « Finite » s'efface en bas de la page, il est remplacé par une suite de mots qui semblent flamboyer et le sorcier blanc disparaît sans laisser de traces. Lucius lève sa baguette et dit alors « Finite ». L'image primitive se reforme.
« Si quelqu'un prononce ce sort à haute voix pendant un duel, il détruit son adversaire corps et âme. Il n'en reste rien. Si c'est le sorcier blanc qui l'exécute, la lumière est blanche et or. Elle ne détruit pas le corps, seulement l'âme de son adversaire Je ne te le montre pas. A quoi bon détruire une âme ? Nous avons les Détraqueurs pour ça. Et l'âme n'est pas visible. On ne sait donc pas si le sort a réussi. Le blanc et le noir doivent symboliser le genre de magie pratiquée par le sorcier. Ces sorts anciens sont bien étranges. Ils perdent peu à peu leur raison d'être. Notre Maître vénéré, le Lord Noir, s'y était intéressé autrefois. Mais il a disparu et ne reviendra sans doute jamais. A ce propos, les objets qui sont en haut sur cette étagère lui appartenaient. Je ne sais pas quoi en faire. Enfin, on verra. Ah ! Que je regrette le temps où j'étais l'un de ses Mangemorts préférés ! »
Fin du flash back
o – o -o – o
Draco revoyait très précisément le livre. Tous les détails concordaient. Il devait en parler à quelqu'un. Il ne pouvait pas sortir car Harry avait emporté la cape d'invisibilité. Il décida d'envoyer Dobby prévenir discrètement l'un de ses amis, le premier qu'il trouverait. Ce fut Blaise qui arriva entre deux cours. Draco lui demanda s'il avait encore dans ses affaires de jeunesse son exemplaire de « Mes premiers duels ». Blaise avait une particularité : il répondait toujours à une question par une autre question. Il demanda :
« Pourquoi ? Maintenant que tu as récupéré ton bras, tu veux te remettre à la magie enfantine ? Et à propos, tu ne nous as jamais dit comment tu avais fait … »
Mais Draco le coupa avec impatience.
- Avertis les autres. Venez tous ce soir. Je crois que j'ai une piste pour le sort mystérieux que Harry recherche. »
Blaise siffla joyeusement.
- Cent points pour Serpentard ! Enfoncés, les Griffies et les Serdies ! Et je ne parle pas des Pouffies qui pataugent lamentablement. Nous serons tous là ce soir.
Hé oui, il fallait se faire au langage en abrégé de Blaise.
En effet, ils étaient tous présents et pleins d'impatience. Mais ils firent la grimace quand Draco parla du livre sans donner trop de précisions. Un sort important caché dans un livre pour enfants ? Pansy et Théo doutaient ouvertement. Vincent et Grégory ne se rappelaient même pas s'ils l'avaient lu. Millicent ne l'avait pas vu dans sa chambre depuis ses six ans. Mais Draco insista. Ce fut alors qu'ils se rendirent compte d'une chose bizarre : aucun d'eux n'avait plus le livre en sa possession.
Dès le lendemain, ils firent le tour des élèves de Sang Pur de leur âge et de toutes les Maisons. Le livre était introuvable. Ils élargirent leurs recherches aux élèves de Sang Mêlé puis à des camarades plus jeunes. Rien. « Mes premiers duels » avait disparu sans laisser de traces. Quand ils demandèrent à Madame Pince, la bibliothécaire, si elle en avait un exemplaire, elle leur répondit avec dédain qu'il n'y avait pas « ça » dans une école aussi renommée que Poudlard. Blaise voulut en acheter un à la librairie de Pré au Lard mais le stock était épuisé. On faisait beaucoup mieux maintenant, lui répondit-on.
C'était comme si « quelqu'un » et « quelqu'un de très puissant » avait décrété un embargo sur le livre recherché. Alors là, Draco et tout son groupe trouvèrent ça plus que bizarre. Millicent eut alors une idée. Elle avait un petit protégé, Owen Green, un deuxième année de Serdaigle qui avait perdu ses parents dans un accident trois ans auparavant et qui vivait depuis chez sa tante cracmol et son oncle moldu. Il avait peut-être encore le livre, ses tuteurs qui l'adoraient n'auraient jamais eu l'idée de jeter un objet appartenant à leur neveu chéri. Au détour d'un couloir, l'adolescent timide se vit soudain entouré par de grands Serpentards qui ne lui avaient jamais adressé la parole. Il prit peur et faillit s'évanouir mais Millicent le rassura. Avait-il par hasard en sa possession un exemplaire de « Mes premiers duels » ?
Et ce fut le coup de chance. Non seulement il l'avait gardé mais il était dans sa malle au pied de son lit. C'était sa mère qui lui montrait les différents sortilèges quand il était petit. Il y tenait beaucoup. Mais il accepta de le prêter quand on lui dit que c'était pour aider Harry.
o - o - o - o
Draco bouillait d'impatience. Il voulait revoir Harry de toutes ses forces. On était déjà fin janvier. Dans la Gazette du Sorcier, que Winky lui apportait fièrement tous les matins, il était souvent question de combats entre les Aurors ou les membres d'un « groupuscule de résistance qui se faisait appeler l'Ordre du Phénix » et les Mangemorts du Maître des Ténèbres. Le journal ne prenait pas franchement parti pour l'un ou l'autre camp, à l'inverse du Chicaneur qui affichait sa préférence pour Harry de façon si outrée que Voldemort lui-même en riait, si on peut appeler ça rire. Enfin, il le laissait tranquille au grand soulagement de sa fille Luna qui craignait pour la vie de son exalté de père.
Harry était souvent présent sur les lieux de bataille, remontant ainsi le moral des troupes. Le faux Draco, lui, était invisible au grand soulagement du vrai mais sa réputation de tueur sanguinaire perdurait. Les mères qui voulaient faire obéir leurs petits enfants les menaçaient du « Charognard » ou tout simplement de « Draco Malfoy » et la menace faisait son effet. Le jeune Serpentard l'avait lu dans « Sorcière Hebdo » et ça lui avait fait très mal. Il se demandait combien de temps encore il devrait rester caché et comment il ferait pour retrouver son honneur perdu.
Mais ses pensées noires s'envolèrent quand Harry annonça son arrivée pour le lendemain. Il se prépara avec beaucoup de soin, mettant les vêtements moldus qui moulaient si bien son corps et attachant ses cheveux redevenus longs sur sa nuque. Il fit dire à Harry qu'il voulait le voir le plus vite possible. Il avait préparé son coup et quand Harry entra dans l'appartement, il l'accueillit d'un joyeux « Bonjour, mon démon rouge et or » qui fit tressaillir Harry. Puis comme le jeune homme brun lui demandait pourquoi il l'avait fait venir, il eut un sourire plein de malice, digne de l'ancien Draco.
« Un baiser contre la formule. C'est la vision de Trelawney. Qu'en dis-tu ?
- Et si tu te trompes ?
- Je te rendrai ton baiser.
- Monsieur Malfoy est très drôle. Je demanderai bien plus.
- Quoi par exemple ? fit Draco d'une voix assourdie en se rapprochant.
Harry perdit pied. Il n'avait pas l'habitude des joutes amoureuses. Draco se rapprocha encore et Harry se retrouva dos au mur. Il bégaya :
- Je … Je …
Mais le Serpentard avait posé ses deux mains de chaque côté de son visage. Ses lèvres se rapprochaient. Il en avait tellement envie, il attendait depuis si longtemps … Il captura celles du Griffondor et n'eut pas à insister beaucoup pour que son prisonnier rende les armes. Leurs deux corps se touchèrent et ils oublièrent le monde extérieur. Leur baiser se fit profond. Leurs langues se mêlèrent. Leurs sexes durcirent, si proches, séparés seulement par une barrière de tissu.
Cette fois, Harry était pleinement conscient de ce qu'il faisait. Curieusement, il avait très peu pensé à Draco pendant leur séparation. Il était trop occupé … ou il ne voulait pas y penser. Mais maintenant qu'ils étaient soudés l'un à l'autre, il ne pouvait plus nier son trouble. Draco l'attirait irrésistiblement. Il se donnait à lui sans retenue aucune. Et le jeune homme blond en profitait pour passer ses mains sous son pull et pour caresser son dos, des épaules à la taille. C'était bon, doux, chaud, c'était Harry et c'était le bonheur. Puis ils se séparèrent et le jeune homme brun rendit sa malice à Draco. Il pencha légèrement la tête de côté et dit :
- J'ai donné le baiser. Et la formule ?
Alors, le Serpentard lui expliqua tout. Il ouvrit le livre à la dernière page. Harry sortit sa baguette magique dont il se servait peu depuis que la magie sortait directement de ses mains. Il respira profondément et toucha le sorcier noir de la pointe de sa baguette. Le sorcier blanc disparut tandis que des mots s'inscrivaient à la place du Finite. Il leva le sort et toucha ensuite le sorcier blanc. L'autre parut alors se faner, s'étioler, mollir. Il finit par s'écrouler sans forces mais vivant. Il avait toujours son corps mais son âme avait disparu. Il n'était plus qu'une coquille vide. En même temps, des mots flamboyaient sous le dessin, les paroles du sortilège qui allait permettre à Harry de détruire les Horcruxes, les morceaux d'âme de Voldemort.
Harry regarda Draco assis à côté de lui sur le canapé. Le livre toujours ouvert à la dernière page reposait sur la table basse. Le Griffondor prit dans les siennes les mains du Serpentard et dit d'une voix vibrante :
- C 'est exactement ce que je recherchais. Merci Draco.
- C'est tout ? Je n'ai pas droit à un petit baiser ?
- Tu l'as eu d'avance.
- Ce n'est pas cher payé. J'ai trahi mon père pour toi.
- Es-tu de son côté ou du nôtre ?
- Harry, je suis avec toi. Allez, embrasse-moi.
- Ce n'est pas un jeu, Malfoy, dit le Griffondor en lâchant les mains du Serpentard.
Draco sentit la douleur et la colère lui tordre le ventre. Harry l'appelait Malfoy comme du temps où ils se détestaient ! Il dit d'une voix dure :
- Je ne joue pas, Potter. Je réclame mon dû.
- Ne te conduis pas comme un enfant gâté, Malfoy. Demande-moi quelque chose que je puisse vraiment te donner. Que veux-tu ?
- Toi ! Je te veux, toi ! Je t' …
Mais le mot resta dans sa gorge. Draco n'avait jamais dit « Je t'aime » à personne et sa voix se cassa brusquement. Harry recula un peu et répondit après un instant de silence pesant :
- Ce n'est pas possible et tu le sais très bien. Je ne suis pas homo.
- Tu n'en sais rien du tout !
Harry fit mine de se lever mais Draco attrapa ses mains pour le retenir.
- Attends ! Ne t'en va pas ! Je vais te demander quelque chose de facile … Viens dormir avec moi cette nuit, juste dormir, rien d'autre. Je ne ferai rien. Je ne te toucherai pas … On bavardera … On se racontera toutes nos bêtises du temps où on se détestait … Je te regarderai et je serai heureux … Et si Voldemort t'envoie un cauchemar, je pourrai te donner encore une fois une bonne gifle. Tu la mérites après tout … Harry … Je suis seul depuis si longtemps … Je ne pense qu'à toi, je ne travaille que pour toi … Juste une fois, Harry, et je te laisserai tranquille, je te le jure.
La voix était rauque. Les yeux brillaient trop fort. Les lèvres tremblaient un peu. Harry détacha ses mains de celles de Draco et murmura « Je verrai ». Puis il sortit.
Il n'avait pas dit « Non ». Le jeune homme blond respira. Dire « Non », c'est dire « Peut-être ».Dire « Je verrai », ça voulait dire « Oui ».
Mais le beau jeune homme brun ne vint pas. Et Draco ne dormit pas.
