Dors Draco .
Tout est à la toute-puissante J.K.R. … sauf le corbeau noir qui est à moi … et à …
Chapitre 14
C'était le dimanche matin. Deux très beaux jeunes hommes, l'un brun, l'autre blond, dormaient paisiblement dans un grand lit quand un « plop » retentit dans leur chambre. Dobby ne vit que le brun et s'écria d'une voix aiguë :
« Maître Harry ! Maître Harry ! Enfin je vous trouve ! Dobby a une très mauvaise nouvelle … Il déplia devant lui la Gazette du Sorcier et ajouta : … Maître Draco est mort. »
Harry se redressa brusquement en criant : « Quoi ? » Une autre tête apparut à côté de la sienne et Dobby devint vert, blanc, gris, jaune en balbutiant : « M … Maître … D… Dra …Draco … » Et il tomba à la renverse. Harry fit venir le journal à lui d'un geste de la main. Un grand titre barrait la première page :
« DRACO MALFOY ENFIN TUE PAR UN VALEUREUX AUROR. »
Une phrase écrite en plus petit précisait :
« L'âme damnée de Vous-Savez-Qui, la Hyène blonde a trouvé son maître. »
Plusieurs pages intérieures étaient consacrées aux articles. Il y avait une interview du jeune héros, le récit du drame, des commentaires d'importants personnages du Ministère et une photographie animée de Draco agitant sa baguette magique, en fait une ancienne photo d'école. Harry était heureux de sentir le corps du Serpentard bien vivant derrière lui. Draco au contraire était désespéré.
« Comment vais-je faire reconnaître mon innocence maintenant ? Il est mort sous mon apparence, il ne se retransformera pas. Pour tout le monde et pour toujours, je serai celui qui a achevé deux femmes et un enfant sur le quai d'une station de métro après une explosion dans un wagon. Harry, qu'est-ce que je vais devenir ? »
Le Griffondor se tourna vers lui. Le visage de Draco était pâle et ses yeux brillaient trop fort. C'était une terrible nouvelle qui lui tombait dessus après la nuit qu'il venait de vivre. Harry n'eut pas besoin de réfléchir longtemps. Il fallait contrer la vengeance de Voldemort. Il dit en passant doucement un doigt sous les yeux trop brillants :
- Tu vas ressusciter aujourd'hui même … à Poudlard … et le monde sorcier va connaître ta juste valeur.
Le jeune homme blond sourit alors même qu'une larme vite effacée s'échappait malgré lui de ses yeux gris bleu.
- Comment vas-tu faire ? Les élèves et les professeurs vont recevoir ce matin la Gazette du Sorcier à l'heure du courrier, dans la Grande Salle.
- Justement. Nous allons y aller ensemble prendre notre petit déjeuner.
- Tu … tu es sûr ? Je vais me faire tuer une deuxième fois.
Mais Harry prit un air résolu. Il sortit du lit et dit :
- Fais-moi confiance. Prépare-toi, je viens te chercher dans un quart d'heure. Tout le monde sera là. Ne crains rien, je serai à tes côtés.
- Un Malfoy n'a jamais peur, Potter … Mais là, je te l'avoue, Harry, je ne suis pas tranquille.
Le jeune homme brun lui sourit puis se pencha sur Dobby, toujours évanoui. Il lui tapota le nez et les gros yeux effarés de l'elfe s'ouvrirent comme des soucoupes. Il bégaya :
- Maître Draco est bien vivant ? Je vais vite à la cuisine rassurer Winky et aussi Kréatur qui sanglote près de la cheminée en disant que le Maître des Ténèbres a perdu son fidèle serviteur. Il plaint ses pauvres parents et en même temps il est fier que Maître Draco soit mort au combat. Il devrait épouser Léonny, elle l'aime et elle lui remettrait les idées en place.
Il disparut dans un « plop ».
- Qui est Kréatur ?
- L'elfe de maison de la famille Black, la famille de ta mère. Il est pour le Lord Noir. On ne peut rien y faire. Prépare-toi vite. Fais-toi beau, ajouta-t-il tendrement.
- Je suis beau naturellement, Potter, répondit Draco en se levant. Le Serpentard tenait à avoir le dernier mot.
Dobby avait raison quand il évoquait Voldemort et les parents de Draco. Le Lord Noir était responsable de l'explosion qui avait eu lieu le samedi après-midi dans le métro londonien. Les Moldus parleraient d'un attentat terroriste mais le monde sorcier reconnaîtrait la marque des Ténèbres. Des Mangemorts se trouvaient sur les lieux du drame et surtout Draco Malfoy était apparu à son habitude à la fin de l'opération pour achever les blessés. Erreur de sa part ou volonté de Voldemort de se débarrasser de lui ? Il était resté plus longtemps que d'habitude, les Aurors étaient arrivés très vite et l'un d'eux, une jeune recrue qui venait d'une famille moldue, l'avait reconnu. Il avait lancé l'Avada Kedavra avant que le Mangemort ait le temps de transplaner. L'Ange Démon était recherché mort ou vif et beaucoup d'Aurors pensaient sans le dire tout haut « Mort de préférence ».
On avait donc félicité le jeune héros, la Gazette du Sorcier le couvrait de louanges, il allait sûrement recevoir la Médaille de l'Ordre de Merlin de Première Classe. Le corps de l'infâme Draco Malfoy serait incinéré et ses cendres dispersées. Il ne méritait pas une sépulture après tous les crimes qu'il avait commis. C'était ce que répétaient les représentants du Ministère, en particulier Dolorès Ombrage et Percy Weasley dont on se demandait bien ce qu'ils faisaient encore là. Mais les intrigants et les flatteurs ont toujours leur place partout. Ils sont inamovibles, comme les moules accrochées à leur rocher.
o – o – o – o
Voldemort avait bien sacrifié volontairement le faux Draco Malfoy. Il avait conservé du Polynectar et une poignée de cheveux et il avait envoyé le jeune Mangemort sur les lieux de son crime plus tard que d'habitude avec ordre de tuer le plus de monde possible. Les Aurors auraient ainsi le temps d'arriver et de le tuer. Et si jamais ils se contentaient de l'arrêter, ce qui était peu probable vu la haine que le jeune Mangemort inspirait, il se transformerait de toute façon mais ne pourrait rien révéler car il était soumis au sort de Bloque-Langue.
Lord Voldemort dans toute sa splendeur avait convoqué Lucius et Narcissa Malfoy. Il leur avait dit qu'il avait offert à leur fils une mort glorieuse à son service. Cela valait mieux pour lui que de moisir dans les cachots de la Forteresse puisqu'il avait refusé de se joindre à son armée. D'ailleurs, le vrai Draco était certainement déjà mort puisqu'il avait disparu depuis plus de deux mois, le jour de la grande réunion des Loups-Garous. Ceux-ci l'avaient sans doute attaqué et déchiqueté.
Le Maître des Ténèbres avait dit tout cela sans un mot de regret, sans aucun sentiment vis-à-vis des parents affligés. Pourtant, il savait que le vrai Draco était vivant, il l'avait « senti » quand Harry avait pratiqué le sortilège sur son bras. Mais cela lui était indifférent. Son âme avait presque disparu. Il ne ressentait plus rien, excepté pour une seule chose : sa « Couronne d'Or ». Lucius et Narcissa Malfoy avaient remercié leur Maître vénéré d'avoir pris la peine de leur communiquer lui-même la nouvelle, ils l'avaient profondément salué et étaient retournés à leurs occupations habituelles.
Lucius avait regagné sa petite cellule d'habitation, privilège d'un Mangemort de haut grade, et il avait caressé longuement son corbeau noir, l'animal qu'il avait soigné quand il l'avait trouvé blessé dans la cour d'Azkaban, qu'il avait apprivoisé et dressé et qui l'avait aidé à s'évader de sa prison. Il était un des cinq serviteurs du Maître à avoir le privilège de veiller à sa porte, la nuit, quand le Mage Noir dormait et parlait tout haut pendant ses rêves.
Narcissa était montée au dernier étage de la Forteresse. Elle s'occupait avec beaucoup de soin et de patience de huit adolescents de treize à quinze ans environ, tous Sangs Purs, beaux et blonds comme Draco. Son Maître lui avait dit qu'il voulait faire de son fils le chef de cette petite troupe mais que celui-ci avait refusé. Depuis l'été dernier, elle avait donc reporté toute son affection sur les enfants. Elle veillait à leur bien-être, aidée de ses elfes de maison, leur donnant tous les matins une potion qui les rendait heureux de vivre et tous les soirs une tisane pour que leur sommeil soit paisible. Elle passait chaque nuit dans le dortoir des filles et dans celui des garçons, se penchant sur chaque lit et murmurant à l'oreille de chacun des sortilèges de beaux rêves. Les enfants se réveillaient toujours en forme et d'excellente humeur. Le Lord Noir était très content d'elle.
C'était le professeur Snape qui préparait les potions et les tisanes. Lord Voldemort avait en lui toute confiance car il n'avait pas hésité à tuer Albus Dumbledore, le sorcier le plus puissant du monde, l'ennemi juré des forces des Ténèbres. Le professeur donnait aussi des cours aux adolescents et ses anciens élèves ne l'auraient pas reconnu tant il se montrait bienveillant envers les têtes blondes, la Couronne d'Or de son Maître. Bien sûr, il ne leur enseignait que des matières inoffensives mais il le faisait bien et les enfants l'aimaient beaucoup. C'étaient ses seules occupations. Il ne participait pas aux attaques.
De temps en temps, ils se rencontraient tous les trois. Narcissa préparait du thé et ils devisaient tranquillement de tout et de rien, surtout pas de la guerre, des difficultés rencontrées par leur Maître pour recruter de nouveaux partisans qu'il devait aller chercher loin de l'Angleterre, des ennuis causés par les Aurors ou ces terroristes de l'Ordre du Phénix, de la résistance des élèves de Poudlard qui avaient refusé de rejoindre l'armée sombre, oui, même les Serpentards. Non, de tout cela ils ne parlaient pas, enfin pas vraiment, juste pour déplorer la longueur et la rudesse de la guerre qui opposait le Bien et le Mal. Où était le Bien, où était le Mal, ils ne le disaient pas.
Quelquefois, dans les couloirs de la Forteresse, ils croisaient Nagini, le serpent du Lord Noir. Le pauvre animal n'était plus que l'ombre de lui-même. Il avait eu la mauvaise idée de se plaindre en Fourchelangue, sifflant que son Maître le délaissait pour ne s'occuper que des jeunes sorciers du dernier étage. Depuis, il était en disgrâce et subissait le courroux de Lord Voldemort. Il encaissait des Doloris plus souvent qu'à son tour et rôdait tristement dans les couloirs. Il aimait vraiment son Maître et c'était bien le seul.
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A Poudlard en ce dimanche matin, la Grande Salle bourdonnait de conversations, de rires, d'exclamations. A la demande de Harry, les professeurs et les élèves étaient tous réunis. Les journaux apportés par les hiboux passaient de mains en mains. Tout le monde était joyeux, avec un peu de réserve de la part des professeurs. Seule, Trelawney qui n'était pas au courant de la présence de Draco à l'école hochait la tête en proclamant : « Je vous l'avait bien dit ! »
Harry, vêtu sobrement d'une robe de sorcier noire, apparut à la porte de la Grande Salle. Tous les regards se tournèrent vers lui. Le bruit cessa. Le jeune Elu, l'Espoir de tous, prit la parole :
« Mes amis, vous avez appris la nouvelle par la Gazette du Sorcier et vous vous réjouissez. Je dois cependant vous révéler un secret. Draco Malfoy n'est pas mort. »
Il y eut des cris, des jeunes Pouffsouffles se mirent à pleurer. Sur les visages passaient des expressions de désespoir, de colère et de haine. Seuls, quelques Serpentards paraissaient soulagés. Harry leva les mains et continua :
« Celui qui a été tué à Londres est un sosie. Le vrai Draco Malfoy est ici, à Poudlard. Mais rassurez-vous, ajouta-t-il rapidement en voyant une Serdaigle s'évanouir et plusieurs Griffondors brandir leurs baguettes, il y est depuis déjà deux mois et n'a jamais tué personne. Il était prisonnier de Voldemort et pour avoir refusé de le servir, il était enfermé dans un cachot. Le Lord Noir se servait de Polynectar et envoyait un sosie tuer à sa place pour se venger de lui. C'est le professeur Lupin qui l'a délivré et nous l'avons caché à Poudlard pour le protéger. Il est innocent de tous les crimes dont on l'accuse.
Le silence était si profond qu'on aurait entendu une fée voler. Le professeur Lupin se leva et dit :
- Je confirme ce que dit Harry. J'ai trouvé Draco Malfoy dans les souterrains de la Forteresse, blessé et très faible. Nous avons décidé de le ramener à Poudlard en secret. Voldemort a voulu se venger en envoyant son sosie hier dans le métro de Londres où le jeune Auror l'a tué.
- Madame Pomfresh l'a soigné, ajouta la Directrice. Il a beaucoup souffert pendant sa détention. Pourtant il n'a pas cédé devant Voldemort. Il a été courageux et digne de la Maison Serpentard.
- D'ailleurs, continua le professeur Slughorn, certains de ses amis étaient au courant de sa présence. Ils l'ont aidé à rattraper les cours et je les en remercie. Je suis heureux de voir que pas un seul Serpentard n'a suivi la voie des Ténèbres.
Les professeurs souriaient, les élèves se tournaient les uns vers les autres et commençaient à murmurer. Harry reprit alors :
- Je dois cependant vous mettre au courant de quelque chose qui vous montrera jusqu'où est allé Voldemort dans sa vengeance. Il a privé Draco de ses pouvoirs magiques. Notre camarade est aussi démuni qu'un Moldu. Ce qui est plus courageux encore que le reste, c'est qu'il avait le choix : il aurait pu obéir à Voldemort et rester sorcier. Il a préféré être sans pouvoirs mais libre. C'était un choix difficile mais il l'a fait. Il a droit à notre respect. Je vous demande d'accueillir Draco Malfoy comme il se doit. »
Harry s'écarta de la porte et le jeune homme blond, que tous ici croyaient connaître sous un si mauvais jour, Draco Malfoy, le nouveau héros du monde sorcier, entra.
