Dors Draco

Chapitre 17

Harry était du matin, Draco ne l'était pas. Le jeune homme brun se réveilla donc le premier. Les yeux fermés, il écouta. Il y avait quelque chose de bizarre. Il entendait une autre respiration que la sienne. Où était-il ? Lui, Ron et Hermione étaient souvent en déplacement. Le matin, il devait parfois faire un effort pour se rappeler où il se trouvait. Puis le souvenir lui revint et il se réveilla tout à fait. Il ouvrit les yeux. Draco était allongé à côté de lui. Il était si beau dans son abandon que le cœur de Harry fit un bond dans sa poitrine. Ce visage apaisé … Ces yeux clos … Ces blonds cheveux étalés sur l'oreiller … Un Ange endormi, voilà à quoi ressemblait Draco ce matin-là. Harry resta un long moment à l'admirer. Il se rappelait ce moment magique où ils s'étaient donnés l'un à l'autre. Un grand bonheur … agrémenté au petit matin de quelques courbatures …

Il eut soudain envie de tendre la main, de le réveiller, de l'embrasser, de … Mais non, Harry n'était pas … pas encore … dominé par la passion. Une réunion importante avec les préfets de Maisons et certains professeurs était prévue après le petit déjeuner. Il décida de laisser dormir son Ange blond, d'aller prendre une douche et de se préparer. Il vit, répandues en désordre sur le sol, leurs vêtements de la veille. Avec un sourire, il les rassembla d'un simple geste de la main, attira à lui de la même façon de quoi se changer et passa dans la salle de bain. Il était sous la douche quand il sentit une présence derrière lui. Deux bras l'encerclèrent, une tête se posa sur son épaule, un corps nu se colla au sien. Des dents mordillaient son cou et une voix enjôleuse murmurait à son oreille :

« Déjà levé, amour ? Il est trop tôt. Viens, je voudrais te dire bonjour d'une façon qui te plaira, j'en suis sûr. Viens, j'ai très faim de toi. Après, tu demanderas à Dobby de nous apporter le petit déjeuner. C'est dimanche, nous pouvons passer la matinée au lit … »

En même temps, il promenait ses mains sur la poitrine, sur le ventre de Harry. Il saisit le sexe qui déjà s'érigeait et commença des mouvements de va-et-vient très suggestifs. L'eau cessa de couler, leurs respirations s'accéléraient, le désir prenait possession d'eux d'une manière irrésistible. Harry voulut parler mais les mots s'arrêtèrent d'eux-mêmes. Il s'appuya au mur de la douche, baissa un peu la tête et ne protesta pas. Il en avait envie autant que Draco qui posait des baisers sur ses épaules. Les caresses se faisaient plus rapides. Harry sentait derrière son dos la virilité brûlante du beau blond qui avait maintenant plus l'air d'un Démon tentateur que d'un Ange. Il soupira puis gémit quand le sexe dur le pénétra avec lenteur.

Bien sûr, il eut mal. Son intimité se souvenait encore de la veille mais c'était passager car ce qui venait ensuite le comblait de plaisir. C'était pareil et pourtant c'était différent mais c'était aussi fort, aussi magique que la première fois. Magique … Merlin ! Harry n'avait pas réussi à dompter complètement sa magie. Elle rayonnait doucement par tous les pores de sa peau. Draco la sentait et en était enivré. La magie lui manquait cruellement et le fait de partager un peu celle de Harry le comblait de bonheur. Ils se séparèrent. Leurs jouissances avaient eu lieu presque en même temps. Harry se retourna et regarda le visage levé vers lui. Etait-ce une impression ou de l'eau coulait sur les joues de Draco ?

Ils étaient immobiles et reprenaient leur souffle, appuyés à la paroi de la douche. Ils ne se quittaient pas des yeux. Puis tout à coup, Harry revint à la réalité. Il était censé participer à une réunion et au lieu de cela, il faisait l'amour avec son beau blond ! Il sortit de la douche en trombe, prit à peine le temps de se sécher et s'habilla d'un revers de main. Le temps de dire « A tout à l'heure ! » et il avait déjà quitté l'appartement. Draco traîna un peu, ce n'était pas de tout repos d'avoir le Sauveur du monde sorcier comme amant. Il remit ses vêtements de la veille et se rendit rapidement dans le dortoir des Serpentards pour se changer avant d'aller prendre son petit déjeuner. Il tomba sur Blaise qui le harcela de questions.

« C'est qui cette fille pour qui tu as découché ? C'est qui hein ? C'est qui, ? »

Mais Draco ne dit rien et garda toute la matinée un air rêveur. Il ne savait pas que quelqu'un l'avait surpris alors qu'il sortait de l'appartement, les cheveux encore humides, les vêtements un peu froissés, le sourire aux lèvres. Au détour du couloir, un Griffondor venant à la rencontre de Harry l'avait vu passer. Draco avait tout à fait l'air de quelqu'un qui vient de faire l'amour et comme seul le célèbre Griffondor logeait dans cette partie du château, le jeune visiteur avait aussitôt sauté à des conclusions extrêmes. Harry était bi comme Malfoy qui ne cachait pas sa double préférence sexuelle. Ce dernier avait embobiné l'Elu sans doute pour lui extorquer des faveurs et il l'avait rejoint dans son appartement en usant avec lui du célèbre charme Malfoy. Le Griffondor un peu trop curieux était l'un des quatre garçons qui avait envoyé une lettre ailée à Draco le jour de la saint Valentin. Il eut un méchant sourire et vit immédiatement le parti qu'il pouvait tirer de sa découverte.

Pendant ce temps, la réunion avait commencé dans l'une des salles de classe vides. Il y avait la Directrice, les professeurs Slughorn, Lupin, Chourave et Flitwick, responsables des quatre Maisons, les préfets en chef, Suzanne Denver de Serdaigle et Réginald MacBerlan de Serpentard et les huit préfets et préfètes de chaque Maison. Harry avait demandé la présence de Hagrid et chose étrange, le professeur Binns, le fantôme, s'était invité tout seul. Harry annonça d'emblée la mauvaise nouvelle : l'arrivée des trois géants. Ainsi la bataille finale était proche et elle promettait d'être terrible. De combien d'alliés aussi dangereux Voldemort disposait-il ? Il fallait imaginer les ressources de l'ennemi et voir comment y faire face.

Trois géants ? Hagrid se gratta la tête. Son demi-frère Graup avait grandi et forci depuis son arrivée. Petit à petit, il se civilisait. Il parlait assez bien l'anglais et logeait dans une grande caverne de la Forêt Interdite. Mais même si maintenant il savait manier toutes sortes d'armes comme une énorme épée tranche-montagne ou un lourd fléau d'armes, il ne pouvait faire face à trois de ses congénères, même avec l'aide de Hagrid. De plus, les Géants avaient une peau épaisse et résistaient aux sortilèges communs. Mais ils avaient un point sensible : comme Achille, ils étaient vulnérables au talon. C'était une piste à explorer.

Les Détraqueurs aussi posaient problème. Presque tous les élèves de cinquième, sixième et septième années pouvaient produire des Patronus mais repousser les Noirs Esprits ne suffisait pas, il fallait les détruire ou au moins les affaiblir. Ce fut à ce moment qu'il y eut la première bonne nouvelle de la réunion. Une Serdaigle et un Pouffsouffle avaient présenté ensemble une solution. Elizabeth Colwin, la Serdaigle, était la fille de deux Moldus, professeurs de sciences à l'Université et elle était surdouée en physique. Elle avait failli ne pas venir à Poudlard car ses parents auraient préféré qu'elle suive une filière classique. C'était elle qui avait pris la décision. Elle regrettait seulement une chose : le château n'avait pas l'électricité. Elle prétendait avec raison qu'il fallait utiliser les bonnes inventions des Moldus.

Elle avait découvert que les Détraqueurs n'avaient pas de consistance réelle. Ils étaient seulement l'expansion d'un champ de force. Elle prétendait que si elle avait disposé d'une source d'électricité, elle aurait pu réaliser un contre-champ qui neutraliserait les Détraqueurs et les transformerait en une petite bille d'énergie facile à capturer et à détruire. C'était là qu'intervenait Greg Larnegan, le Pouffsouffle. Eperdu d'amour pour la brillante Serdaigle, il lui avait proposé de l'« éclectricité ». Il avait fait ami-ami avec une machine moldue déglinguée qui roulait en ferraillant dans la Forêt Interdite. Il avait eu l'occasion de la réparer un jour où elle avait été blessée par la chute d'un arbre. Elle avait des gros yeux « éclectriques » et il avait trouvé comment ils fonctionnaient.

Greg était un sorcier de Sang Pur et il avait des mains magiques de mécanicien. La vieille Anglia d'Arthur Weasley l'avait pris en amitié, il la bichonnait, la réparait, lui parlait et elle l'emmenait parfois en promenade dans des coins perdus de la Forêt. La Serdaigle avait tout de suite vu le parti qu'elle pouvait tirer de la batterie de la voiture. Elle avait en tête les plans de son invention et la proposait comme arme pour la bataille. Ce fut avec joie qu'on lui donna toute latitude pour son travail. Réginald dit en riant que ces deux élèves étaient des « Saturday-Sunday », ces élèves qui occupaient leur week-end à des hobbies un peu spéciaux.

Harry repensa alors à la fille à l'araignée. Ah oui ! Cornélia Dellaz ! Pauvre petite ! Presque une Cracmol ! Elle parlait aux animaux et prétendait qu'ils lui répondaient … Une amie de Luna Lovegood … Mais Harry s'insurgea. Il avait vu cette jeune fille parler avec une araignée géante. Il fallait la contacter et lui demander comment elle avait fait … Puisqu'on en était aux élèves qui avaient d'étranges pouvoirs, Réginald, le préfet en chef, parla des deux Serpentard qui voyaient les Sombrals. Le plus jeune, un deuxième année qui avait vu mourir ses parents dans une violente explosion de chaudron, affirmait que les étranges chevaux-dragons venaient le voir quand il sifflait. Suzanne évoqua la Griffondor qui allait tous les dimanches et par tout temps jouer avec le calmar géant du lac. Elle prétendait que son arrière-arrière grand-mère était une ondine. Elle avait les pieds et les mains légèrement palmés.

En quoi cela pouvait-il aider l'Ecole à se défendre contre le Maître des Ténèbres, ils l'ignoraient encore mais cela rassurait de récapituler ses forces. Ils mirent en commun toute la matinée tout ce qui à leurs yeux pouvait constituer une défense contre l'attaque de Voldemort. Madame Pomfresh faisait provision de remèdes. Poudlard avait acquis des balais neufs très performants. Le professeur Slughorn avait confectionné un petit chaudron de Felix Felicis. Ils auraient tous besoin de chance le jour de la bataille. Binns assura d'une voix d'outre-tombe que tous les fantômes qu'il connaissait seraient présents, même la Veuve Pleureuse et le club des Chasseurs Sans Têtes de Sir Patrick Delaney-Podmore. Et ils ne seraient pas dans le camp du Lord Noir parce que celui-ci refusait de mourir.

o – o – o – o

Draco et Harry se virent à peine au déjeuner, ils se firent juste un petit signe de loin, un geste qu'un Griffondor intercepta. Cela le conforta dans ses hypothèses. L'après-midi, le jeune chef de guerre fit le tour des groupes qui se spécialisaient dans des recherches particulières. Il assista au cours de sports de combat moldus que le Maître japonais enseignait. Il fut époustouflé. Les élèves étaient très bons et s'exerçaient avec acharnement.

Au club des runes anciennes, Blaise lança quelques piques sur les sortilèges d'attraction qui avaient dû ensorceler Draco. Le beau blond avait découché la nuit précédente. Blaise lançait des paris sur la fille qui avait pu le harponner. Harry sourit vaguement. Quand il était plongé dans les préparatifs de la bataille, il ne pensait pas à son Serpentard favori et heureusement ! Cela aurait nui à sa concentration …Il n'y pensait pas ou alors juste un petit peu … le temps d'un flash … Draco …

Il retrouva son beau blond dans le groupe de Pansy, celui qui s'occupait des anciens sortilèges d'amour, des sorts comme celui qui avait protégé le Survivant de l'Avada Kedavra de Voldemort. Il y avait dans la bibliothèque un vieux grimoire tout poussiéreux, très instructif mais écrit en latin. Draco avait appris cette langue avec son père dans sa jeunesse, avant ses onze ans. C'était une tradition chez les Malfoy. C'était très utile pour les noms des plantes et beaucoup de sortilèges avaient une version latine, compréhensible par tous les peuples sorciers. Le latin était depuis le Moyen âge une langue universelle. Draco avait donc proposé son aide.

Eleanora Bockfeld, une très jolie Pouffsouffle du groupe, avait découvert une page relative aux philtres d'amour, ceux qu'on faisait boire à une personne dont on voulait se faire aimer. Leur effet ne durait jamais longtemps et on pouvait les contrer en murmurant des incantations. En apprenant cela, Harry eut une pensée pour les huit élèves enlevés par Voldemort. Si Hermione avait raison, si le Lord Noir voulait se faire aimer d'eux pour assurer sa protection, on pourrait peut-être les sortir d'affaire quand ils seraient libérés … après la guerre … s'ils gagnaient … Harry encouragea vivement la jeune fille à continuer son étude.

L'après-midi passa vite et elle était épuisante pour Harry qui devait faire face à de nombreuses obligations. A l'heure du thé, il regagna son appartement pour faire une pause. Draco l'y attendait avec Dobby, Winky et un plateau chargé de réconfort. Harry s'effondra sur le canapé et après le départ des elfes de maison, le jeune homme blond prit dans ses bras le beau brun épuisé. Il caressa ses cheveux, posa des petits baisers pointus dans son cou, murmura les paroles gentilles qu'on dit à un enfant qui a trop présumé de ses forces.

Draco comprenait la fatigue de Harry. Il ne pensait pas que le métier de Survivant, d'Elu, de Chef de guerre soit aussi usant. Tous ceux qui l'entouraient faisaient sans cesse appel à lui et il se donnait sans compter. Personne ne prenait en charge sa fatigue et sa peine. Sa magie avait beau être grande, trop grande pour un jeune homme de dix-sept ans, elle finirait par s'altérer, le laissant sans défense. C'était trop lourd à porter pour une personne seule. Draco sut à cet instant ce qu'il allait faire pour Harry. L'aimer, le protéger, lui donner de la force, même si ce n'était pas payé en retour. Tout en berçant son jeune amant à moitié endormi, Draco se fit cette promesse. Il aimerait Harry. Toujours.