Dors Draco

Le bois des baguettes magiques est très important. C'est J.K.R. qui le dit et comme tout ici lui appartient, nous la croyons aveuglément. Ma baguette est en pommier et elle renferme un pétale de rose noire. Joli, non ?

Chapitre 21

Le paquet était à la fois léger et lourd, léger par son poids physique et lourd par la quantité de magie qu'il contenait. La peau de dragon faisait écran aux ondes mentales de détection de Harry. Il savait que le contenu était un objet magique mais ne pouvait deviner lequel. Il se tint prêt à réagir et déplia doucement l'enveloppe protectrice. Il fut rassuré et surpris. Le paquet renfermait une baguette magique qui avait manifestement déjà été utilisée pendant un certain temps. A la place de la main, le bois était un peu terni et il y avait de petites traces d'usure vers la pointe. Harry ignorait quel arbre avait fourni son bois mais à y bien regarder, cette baguette ne lui était pas inconnue. Où l'avait-il déjà vue ? A qui appartenait-elle ? Il passa sa main au-dessus sans la toucher et fut surpris du rayonnement magique qui s'en dégageait. La prendre à main nue pouvait s'avérer dangereux.

Le jeune sorcier se demanda si cette baguette n'était pas un piège. Déjà l'arrivée de Nagini était bizarre … A moins que celui qui l'avait envoyé ne sache qu'il parlait le Fourchelangue comme le Lord Noir … Mais cette baguette par dessus le marché … Il décida de demander leur avis à ses deux partenaires. Il replia soigneusement la peau de dragon et emporta le paquet au château. Ron et Hermione étaient dans la salle des professeurs et discutaient avec Remus Lupin qui avait une heure libre entre deux cours de Défense contre les Forces du Mal.

Il avait demandé à Nymphadora Tonks de l'assister, particulièrement quand il devait affronter les nuits de pleine lune. La jeune Auror était une auxiliaire précieuse et aussi son amie de cœur. Elle avait réussi à convaincre son cher Loup-Garou qu'il avait droit au bonheur et qu'il fallait profiter de tous les bons moments que la vie apportait. La bataille finale était imminente et personne ne savait qui en réchapperait. Remus avait fini par céder et par lui avouer son amour. Il avait enfin l'occasion d'être heureux. Dès que Hermione vit la baguette, elle s'écria :

« Je la reconnais ! C'est la baguette de Draco !

Harry se frappa le front. Bien sûr ! Comment ne l'avait-il pas reconnue tout de suite ! Il avait pourtant eu maintes fois l'occasion de la voir quand ils passaient leur temps, Draco et lui, à s'insulter et à se menacer à tout bout de champ. Il sourit mais quand Ron tendit la main pour la toucher, Harry l'arrêta d'un geste.

- Non ! Sa puissance magique est trop grande. Rappelez-vous ce que Draco nous a dit : Voldemort a aspiré ses pouvoirs et les a enfermés dans sa baguette. Le Lord Noir l'a peut-être piégée avec un sortilège.

- Mais c'est notre espion qui nous l'a envoyée. Il le saurait si elle était piégée, dit Ron. Je crois plutôt qu'il a appris que Malfoy était à Poudlard et il lui renvoie son bien.

- Appelle-le Draco, Ron, reprit Harry d'un ton qui tout à coup alerta Hermione.

Elle le regarda d'un œil soupçonneux. Est-ce que par hasard … quelque chose se passait entre ces deux-là ? Mais Remus, qui était au courant de l'affaire, dit à son tour :

- Je suis de ton avis, Ron. Mais qu'allons-nous faire ? Harry, ta magie te permet-elle de transférer les pouvoirs contenus dans cette baguette à Draco ? As-tu déjà fait ce genre de sortilège ? Connais-tu la formule ?

- Non, répondit Harry. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il faut faire dans ce cas. Pour exécuter un contre sort, il faut connaître le sort. Aucun des sorciers qui m'ont légué leur mémoire ne l'a pratiqué. C'est de la magie noire. J'en suis désolé pour Draco. J'aurais tant aimé lui faire ce plaisir.

De nouveau, Hermione dressa l'oreille. Harry n'avait-il pas mis trop de tendresse dans ses paroles ? Mais Ron, avec le sang-froid qu'il avait acquis depuis qu'il assistait l'Elu dans sa quête des Horcrux, avait déjà trouvé une solution pratique.

- N'y a-il dans l'école pas un groupe qui se consacre aux baguettes magiques ? C'est le moment de faire appel à lui.

Puis après réflexion, il ajouta :

- Je me demande seulement si c'est une bonne idée de redonner ses pouvoirs à Malfoy. J'ai toujours un doute sur son histoire.

- RON ! SON NOM, C'EST DRACO ET IL NE MENT PAS !

La voix de Harry avait changé et les objets aux alentours eurent une brève vibration. Hermione n'eut plus de doutes. Harry et Draco … C'était … Les pensées d'Hermione se bousculèrent dans sa tête. Finalement, elle se dit que c'était logique, que c'était … bien … mais qu'il était préférable que Ron ne se doute de rien. Elle reprit vivement :

- C'est une excellente idée. Ron, tu recherches qui fait partie de ce groupe. Harry, ne dis rien à Draco tant que nous n'avons pas plus de renseignements. Ne lui donne pas de faux espoirs. Moi, je vais à la bibliothèque. Professeur, je crois qu'il est l'heure de votre cours

Ils s'éloignèrent. Harry regrettait déjà de s'être énervé. Pourquoi voulait-il tant faire plaisir à Draco ? Est-ce parce qu'il commençait à … l'aimer ? A la bibliothèque, Hermione passa plus de temps à réfléchir qu'à chercher des sortilèges. Harry avait besoin de soutien, d'affection. Bien sûr, Ron et elle étaient présents. Leur amitié était indéfectible. Mais ils s'aimaient et Harry se retrouvait seul. Est-ce que Draco l'aimait ? Oui, probablement. Elle se souvenait de la façon dont il avait dit son nom à son réveil chez Madame Weasley. Mais elle aussi avait un doute et ce n'était pas le même que celui de Ron.

Malfoy avait haï Harry pendant six ans. son revirement était-il sincère ? Voulait-il se venger de lui, lui faire du mal parce qu'il le jalousait toujours ? Cherchait-il un moyen de se protéger, de profiter de la gloire de Harry pour se mettre à l'abri ? Son père et sa mère étaient des proches de Voldemort. Beaucoup de gens le prenaient toujours pour un assassin malgré l'article de Rita Skeeter. Hermione secoua sa tête aux cheveux ébouriffés. La situation était déjà difficile et de nouvelles complications apparaissaient à l'horizon …

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Terry Boot, Luna Lovegood et les deux frères Crivey appartenaient au groupe qui faisait des recherches sur les baguettes magiques. Terry avait fait une comparaison de toutes les baguettes de l'école. Il avait établi des statistiques. Le poil de licorne était utilisé dans vingt pour cent des cas. Le bouleau était le bois le plus employé. Certaines baguettes étaient uniques, par exemple celle de Harry en bois de houx avec sa plume de phénix. Seuls, les Serpentards avaient un nerf ou un ventricule du cœur d'un dragon. Celle de Draco Malfoy était en aubépine, c'était peu courant, elle mesurait 28 centimètres, c'était l'une des plus longues de l'école …. Il était intarissable. Luna prétendait que le Lord Noir utiliserait un sortilège pour attirer à lui les baguettes de tous les élèves et les priver ainsi de leur magie. Il les ferait brûler par ses Héliopathes. Pour les protéger, il fallait les cirer avec de la cire d'abeille d'Abyssinie.

Dennis Crivey, le petit frère de Colin, parlait peu mais c'était le plus savant de tous. Fils de Moldus, il avait été émerveillé de se découvrir sorcier. Les baguettes magiques, c'était sa passion. Il avait lu à la bibliothèque tous les ouvrages qui leur étaient consacrés. Il avait même soudoyé Madame Pince pour qu'elle le laisse aller dans la réserve de livres interdits. Le petit blond était comme son frère un véritable séducteur. Par hasard, il avait découvert que le mot Accio, répété deux fois au dessus d'une fleur et suivi de Odoraris, permettait d'aspirer son parfum. Quand il voulait séduire une fille, il promenait sa baguette sous son nez en prononçant Disaccio Disaccio Odoraris et le parfum ressortait pour enivrer sa conquête. Colin était homo, Dennis était hétéro et ils étaient frères, à la vie, à la mort.

Parmi tout ce que Ron avait entendu dans le groupe, la proposition de Dennis était ce qu'il y avait de meilleur. Il en parla au professeur Lupin qui fut frappé de stupeur. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? La double incantation était une pratique courante en magie noire ! Et ce petit galopin de Dennis Crivey avait retrouvé ça tout seul ! On devrait toujours faire confiance à l'esprit inventif des enfants. Maintenant, est-ce que c'était valable pour un sort aussi noir que celui consistant à aspirer les pouvoirs d'un sorcier ? De nouveau, ils se réunirent tous les quatre, Remus, Harry, Ron et Hermione, dans la salle des professeurs. La baguette de Draco était là, devant eux, emplie de force et de mystère. Harry ferma les yeux. Il se concentra totalement comme il avait appris à le faire depuis l'été.

Il visualisa la scène dans son esprit : Voldemort pointant la baguette sur la marque des Ténèbres imprimée sur le bras de Draco. Il « entendit » la formule du sortilège et « vit » le flux magique affluer et se faire absorber par le bois. Il respira profondément et imagina le contraire, les pouvoirs refluant et se répandant de nouveau dans le corps de sorcier blond. C'ETAIT POSSIBLE ! IL FALLAIT ESSAYER. Le professeur Lupin ne cacha pas qu'il y avait des risques. Le sortilège avait été jeté par un sorcier extrêmement puissant. Seul, un sorcier ayant une puissance équivalente pouvait tenter le contre sort. Harry découvrit alors qu'il était prêt à se mettre en danger pour l'amour de Draco. Avait-il bien pensé « pour l'amour » ? Il se sentit tout à coup plein d 'allégresse. Son cœur se dilata et sa joie se refléta fugitivement sur son visage. Seule, Hermione y prêta attention. Ainsi elle n'avait pas rêvé. Harry aimait Draco puisque la simple évocation du beau Serpentard suffisait à l'illuminer. Et s'ils s'aimaient tout les deux, ils avaient raison d'en profiter tout de suite. Qui serait encore vivant à la fin de la guerre ?

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C'était la fin de l'après-midi, Draco était dans le bureau de Minerva MacGonagall. Rufus Scrimgeour avait encore envoyé des parchemins à remplir. Cela concernait les lieux où les élèves pourraient se mettre à l'abri quand le Lord Noir attaquerait l'école. Le Ministère ignorait que professeurs et élèves avaient l'intention de se défendre et non pas de se terrer dans les multiples cachettes de Poudlard. Draco proposait en souriant de signaler comme refuge la Chambre des Secrets, le lieu où Harry avait affronté Tom Jedusor et le basilic. Ce mot fit tilt dans l'esprit de Harry mais pour une autre raison. Cependant, l'heure n'était pas aux plaisanteries. Quand Harry eut expliqué à la Directrice la raison de leur venue, les visages se firent graves. Draco devint blanc comme un linge. Il n'en croyait pas ses yeux et ses oreilles. Il regarda Harry d'un air paniqué quand celui-ci déplia avec précaution la peau de dragon. Il pensait à la terrible douleur qu'il avait ressentie quand Voldemort avait aspiré ses pouvoirs. Aurait-il la force de supporter une nouvelle fois cette torture ? Mais la vue de sa baguette, sa précieuse amie magique, lui donna du courage. Harry lui demanda :

« Te souviens-tu de la formule prononcée par Voldemort ?

- Oui, il a dit « Accio Magirem ».

- A-il dit une seule fois « Accio » ou deux fois ?

Draco réfléchit. Son visage était toujours très pâle, il avait l'air terrifié en repensant à la scène.

- Il l'a dit deux fois, je m'en rappelle, et sa voix était froide et coupante comme la glace.

Harry regarda en souriant ses deux amis et le professeur Lupin.

- Il faudra remercier Dennis Crivey. Ecoute, Draco, je crois pouvoir te rendre ta magie. Mais je n'ai jamais pratiqué ce sort. Cela pourrait être dangereux pour toi comme pour moi. Acceptes-tu de prendre le risque ?

- Dangereux pour toi ? Je ne veux pas qu'il t'arrive le moindre mal. Je préfère encore rester sans pouvoirs.

- Mais je veux essayer ! Pour toi ! Tu es un sorcier, pas un Cracmol ! Nos amis m'assisteront. Ils se tiendront prêts à intervenir.

- Et si je souffre trop comme la première fois et que je m'évanouis ?

- Je peux t'endormir. Tu ne sentiras rien.

- Et si la douleur faisait partie du sort ?

- Aurais-tu peur, Malfoy ?

Cette appellation frappa Draco comme un coup de fouet. Il se redressa et dit d'un ton hautain :

- Un Malfoy n'a jamais peur ! Tu peux pratiquer le sortilège. Je ne suis pas une mauviette.

Puis il ajouta d'une voix plus faible :

- Mais je crois quand même qu'il vaudrait mieux que je sois allongé. … Harry, ne prends aucun risque pour toi.

- Non, ne t'inquiète pas. »

Il prirent toutes les précautions nécessaires. Minerva MacGonagall créa au milieu du bureau un espace dégagé et fit apparaître un canapé assez grand pour que Draco puisse s'y allonger. Elle, Remus, Hermione et Ron se placèrent aux quatre coins de l'espace délimité, prêts à agir si nécessaire. Harry saisit la baguette sans la toucher, en laissant entre sa main et le bois l'épaisseur de la peau de dragon. Ils se regardèrent, les yeux dans les yeux. Ils se disaient silencieusement ce que leurs bouches ne pouvaient pas dire tout haut.

« Je t'aime. J'ai peur.

- Courage. Je t'aime aussi. »

Harry posa la pointe de la baguette sur la Marque des Ténèbres que le jeune homme blond avait sur le bras gauche. Il respira profondément, se concentra et prononça le formule :

« DISACCIO DISACCIO MAGIREM ! »