Dors Draco

Chapitre 22

« DISACCIO DISACCIO MAGIREM ! »

Le sortilège résonna haut et clair. Les quatre spectateurs se tendirent, prêts à lancer le « Finite Incantatum » si nécessaire. La baguette se mit à briller d'une lumière bleu électrique et à vibrer en produisant un léger bourdonnement. Draco se crispa, son corps s'arqua puis se détendit. Harry tenait fermement la pointe sur la Marque noire qui tachait le bras très blanc. Il surveillait attentivement le visage de Draco. Mais ce ne fut pas la douleur qui apparut. Le jeune homme blond sourit et son visage s'illumina. A la place de la souffrance attendue, une douce chaleur l'envahissait. Il sentait la magie entrer en lui, se répandre dans tout son corps par ses veines et ses artères. Tous ses muscles se détendaient, sa tête devenait légère, son cœur battait à coups sourds et réguliers. A ses oreilles retentissait une musique envoûtante. Derrière ses paupières closes, des couleurs se mariaient et dansaient. Dans l'air flottait un parfum de fleur et de vanille … Il revenait … Il était de retour chez lui … Il entrait de nouveau dans le monde magique … IL ETAIT SORCIER ! Draco ouvrit les yeux en poussant un cri de joie.

« Harry ! Harry ! Tu as réussi ! Je sens la magie en moi ! C'est magnifique ! Elle m'a tant manqué ! Oh ! Merci, Harry ! »

Le jeune homme brun abaissa la baguette et sourit. L'effort pour lui avait été grand mais pas excessif. Sa puissance était égale à celle de Lord Voldemort maintenant. Il avait à la fois « vu » et « senti » le flux magique quitter la baguette et passer dans le bras de Draco. Il avait surtout veillé à ne pas bouger avant la fin de l'opération. Les quatre autres personnes soupirèrent et se détendirent. Draco s'assit et tendit une main un peu tremblante vers sa baguette magique. Après avoir vérifié qu'elle n'était plus dangereuse et qu'elle était redevenue une baguette normale, Harry la lui tendit. Le jeune Serpentard la saisit délicatement, la caressa, la serra sur son cœur, l'embrassa. Les larmes lui venaient aux yeux mais il ne voulait pas les montrer. Il baissa la tête. Alors, Harry s'assit à côté de lui et le prit dans ses bras. La directrice qui connaissait les sentiments de Draco pour Harry dit alors :

« Laissons-les. Ils ont tous les deux besoin de se remettre.

- Viens Ron, dit Hermione au jeune homme roux qui regardait les deux garçons enlacés avec stupeur, je t'expliquerai.

Ils sortirent tous les quatre, encore un peu sonnés par le prodige auquel ils venaient d'assister. Ni Remus, ni Minerva, pourtant sorciers avérés, n'avaient eu l'occasion de voir un mage dépossédé de ses pouvoirs les récupérer ainsi. Encore une fois, les énormes possibilités de Harry les avaient surpris. En même temps, leur cœur se serra. Tant de pouvoir chez un jeune homme de dix-sept ans dont l'enfance avait été gâchée par un Mage Noir et qui devait porter sur ses épaules fragiles l'espoir de tout un peuple …

- Draco l'aime, dit la Directrice au professeur. Si seulement cela pouvait apporter un peu de bonheur à Harry !

Hermione disait à peu près la même chose à Ron mais c'était plus difficile à admettre pour lui car il gardait le souvenir de sa petite sœur assassinée par le sosie de Malfoy. .Il ne dit rien mais ne parvint pas à se réjouir de la nouvelle.

Dans le bureau, les deux jeunes amants étaient toujours enlacés et silencieux. Draco se tourna et vint s'asseoir sur les genoux de Harry, ses jambes repliées sous lui, ses cuisses encadrant les hanches de son compagnon. Il passa les bras autour de son cou pendant que Harry encerclait sa taille. Leurs fronts se touchèrent et ils ne bougèrent plus, unis en ce moment plus encore que quand ils faisaient l'amour. C'étaient leurs âmes qu'ils partageaient, leurs auras qui se confondaient, leurs forces qu'ils se donnaient. Ils ne surent pas pendant combien de temps ils restèrent ainsi, deux êtres réunis en un seul. Ils comprirent tout à coup que c'était leur destinée, ils étaient définitivement liés l'un à l'autre. Soudain, Harry releva la tête. Il regarda Draco dans les yeux puis il dit d'une voix étrange :

- Si le Lord Noir t'a envoyé à moi pour me tuer, tu peux le faire maintenant. Je n'ai pas l'intention de me défendre.

Draco se leva d'un bond et s'écria :

- Moi, te tuer ! Tu es fou ! Je t'aime, Griffondor entêté ! Combien de fois dois-je te le répéter ? Tu mériterais … Tu mériterais …

- Un baiser, mon beau Serpentard ?

Avec un cri sauvage, Draco se jeta au cou de Harry d'une telle force qu'ils tombèrent tous les deux du canapé et roulèrent sur le tapis. Déjà leurs lèvres se prenaient, leurs langues se caressaient, leurs mains se promenaient … Tout à coup, ils entendirent tout autour d'eux des « Tsss …Tsss … » et des « Hum … Hum … » Les portraits des anciens Directeurs et des anciennes Directrices de Poudlard les toisaient de haut d'un air sévère. Seul, Dumbledore leur souriait en leur faisant un clin d'œil. Ils se relevèrent et réajustèrent leurs vêtements en riant. D'un geste, Harry fit disparaître le canapé et remit le bureau en ordre. Ils sortirent, le cœur en joie. Draco s'amusait à jeter des sortilèges avec sa baguette retrouvée. Il fit voler quelques objets, changea la couleur des tentures devant les hautes fenêtres, alluma et éteignit les bougies des lustres … Il s'amusait comme un gamin. C'était si bon … Il en oublia rapidement l'étrange remarque de Harry.

Celui-ci lui proposa d'aller voir Hagrid. Il lui parla de Nagini qui était arrivé à l'école, envoyé par il ne savait qui, en même temps que sa baguette magique. Il voulait savoir s'il allait mieux et s'il avait moins envie de mourir. Le serpent était enroulé devant la cheminée de Hagrid sur une couverture. Il leva la tête à leur arrivée et siffla. Draco l'avait vu à plusieurs reprises dans la salle ronde de la Forteresse Sombre. Nagini le reconnut et parla à Harry en Fourchelangue :

- Il est ici, lui aussi ? Mon Maître l'a fait souffrir plus d'une fois avec des Doloris. Quelquefois, ils étaient deux, l'un souriant, l'autre triste. Celui-ci a l'air heureux. Est-ce parce qu'il est avec toi ? Moi aussi je voudrais être heureux. Mais comment être heureux sans mon Maître ?

- Aimerais-tu rester ici quand tu seras guéri ? Bien sûr, tu ne devras attaquer personne.

- Je n'ai nulle part où aller puisque mon Maître me rejette. Alors ici ou ailleurs … »

Harry fut content de voir qu'il ne parlait plus de mourir. Les bons soins de Hagrid avaient produit leur effet. Le jeune homme avait une idée en tête mais il fallait qu'il en parle d'abord à la Directrice de Poudlard.

C'était l'heure du dîner. Ils entrèrent ensemble dans la Grande Salle. La plupart des élèves remarquèrent leurs sourires complices puis Harry annonça :

- Mes amis, j'ai une bonne nouvelle à vous apprendre. Draco a retrouvé ses pouvoirs de sorcier. Il peut de nouveau suivre tous les cours de l'école.

Puis, à la grande surprise de tous, il entraîna le jeune homme blond à la table des Griffondors. Il y eut des murmures. Ils se firent plus insistants encore quand Draco emmena ensuite Harry à la table des Serpentards pour le dessert. La nouvelle était croustillante … Harry et Draco … Les ennemis de toujours … Les filles soupirèrent. Deux si beaux garçons, devenus inaccessibles … Mais ce n'était peut-être qu'une rumeur … Ils étaient amis tout simplement … Deux Griffondors faisaient la grimace. Ivon Dempsey avait fortement rougi quand les deux jeunes hommes s'étaient assis à leur table mais Harry n'avait heureusement rien remarqué. Ron n'arrivait pas à se faire à l'idée que ces deux-là étaient faits pour s'entendre.

o - o - o - o

Ce soir-là, dans l'appartement, ils commencèrent par une bataille à coups de sortilèges comme des enfants qu'ils étaient encore. Harry était évidemment le plus fort mais il dominait sa magie et laissait le plus souvent l'avantage à Draco. A la fin, ils s'écroulèrent sur le lit, recouverts peu à peu par les plumes des oreillers qui s'étaient déchirés à force de voler dans tous les sens. Là, ils redevinrent graves, ils s'embrassèrent, se caressèrent, s'aimèrent sans voir le temps passer. Epuisés, ils étaient allongés l'un contre l'autre. Le regard de Harry s'arrêta sur le bras blanc marqué par l'emblème des Ténèbres. Il soupira et dit :

- Draco, Lord Voldemort est-il ton Maître ?

Le jeune Serpentard eut un violent sursaut et répondit vivement :

- NON ! Il ne l'est pas et il ne le sera jamais … Harry, si je porte cette marque, c'est parce que mon père avait échoué dans la mission que lui avait confié le Seigneur des Ténèbres. Tu le sais puisque cette mission te concernait. Il était à Azkaban et j'ai dû prendre sa suite. Cet été-là, ma tante Bellatrix m'a persuadé de le remplacer. Elle disait que son Maître s'en prendrait à ma mère si je ne lui obéissais pas. Je te haïssais et j'étais stupidement fier de faire partie des Mangemorts. On est si vulnérable quand on a seize ans et qu'on vous couvre de flatteries. J'ai été marqué au cours d'une cérémonie de magie noire. Mais j'ai vite compris que c'était une sinistre comédie. Te rappelles-tu le jour où tu m'as trouvé dans les toilettes de Mimi Geignarde ? Je pleurais parce que je m'étais engagé dans un mauvais chemin et que je ne savais pas comment revenir en arrière. Jamais je n'aurais pu tuer Dumbledore … Harry, tu me crois ? Je regrette tant ce qui s'est passé cette année-là. Si je le pouvais, j'arracherais de mon bras cette horrible marque. Mais elle est là pour me rappeler que j'ai failli à mon honneur. Voldemort n'est pas mon Maître. Je le hais pour ce qu'il m'a fait et pour ce que tu endures à cause de lui. Me crois-tu ?

Harry l'avait écouté sans l'interrompre. Les mots sonnaient juste. Il se retint d'utiliser la Légilimencie pour vérifier qu'il n'y avait pas autre chose derrière ces aveux. Il regardait le visage pâli tourné vers lui. Les yeux verts couleur de jade ne quittaient pas les yeux gris couleur d'ardoise. Il ne voyait qu'amour et sincérité. Alors il sourit et caressa doucement le visage tendu vers lui. Puis sa main se posa sur la marque noire et Draco poussa un cri. La marque le brûlait, il avait l'impression que Harry avait posé un fer rouge sur son bras. Puis d'un coup, la douleur cessa et sa peau se mit à le picoter comme si on effectuait sur elle un tatouage.

Il restait immobile, le cœur battant. La main sur son bras ne bougeait pas et Harry souriait toujours. Un long moment passa et la sensation de picotements cessa. Harry retira sa main et de nouveau Draco poussa un cri. Mais c'était de joie cette fois. L'horrible marque avait disparu. A la place se trouvait un petit dessin rouge et vert. Draco saisit sa baguette posée sur la table de nuit et dit : « Lumos. » Sous la lueur dorée, il vit dans un ovale un serpent vert enlaçant un griffon rouge, les emblèmes de leurs deux Maisons réunis en un seul.

- On ne peut effacer totalement la Marque des Ténèbres, on peut seulement la remplacer, dit Harry. Le dessin te plaît ?

Draco était muet de saisissement. Il regardait en silence son bras débarrassé de la marque infamante et sa gorge était bloquée par l'émotion. Que voulait dire Harry par ce dessin ? Il put enfin dire d'une voix cassée :

- Harry, pourquoi fais-tu tout ça pour moi ?

De nouveau le silence s'installa. Harry posa sa tête sur la poitrine de Draco puis il murmura sans oser regarder celui qui depuis quelques temps faisait battre son cœur plus vite et plus fort :

- Parce que je t'aime.

La réponse ne se fit pas attendre.

- HARRY ! ENFIN ! »

Il y eut des baisers sans fin, des caresses délicieuses, des « Je t'aime » répétés comme une litanie, des plaisirs fulgurants, une double jouissance qui les mena au septième ciel … Il y eut deux beaux jeunes hommes qui oublièrent pour un instant la guerre et les menaces, qui vécurent un moment inoubliable, un de ces moments qui font que la vie est magnifique et éternelle. Quand enfin, ils furent au bord du sommeil, serrés dans les bras l'un de l'autre, ils se chuchotèrent : « Dors bien, amour. » « Toi aussi, Draco. » et ils plongèrent.

o – o – o – o

La Forteresse Sombre retentissait de hurlements et d'imprécations. Le bruit avait même réveillé des enfants endormis au dernier étage pourtant bien protégé. Une dame vêtue d'une longue robe de soie claire passait parmi les lits, caressait des joues, souriait, apaisait les craintes.

« Ce n'est rien, enfants, rendormez-vous. Le dragon s'est réveillé dans le souterrain du château. Il a faim et soif. On va lui donner une Branche de Feu de Sempremais et du Petroleum Arabasis. Dès qu'il sera rassasié, il se rendormira. Un jour, le professeur Snape vous racontera la légende du dragon Vert Gallois qui aima un Magyar à pointes, comment ils se sont connus au Tournoi des Trois Sorciers, comment un Boutefeu Chinois fut le témoin de leur mariage et comment un Suédois à museau court fut le parrain de leurs enfants. Dormez, mes petits. Oubliez la journée passée, soyez en forme pour demain. Faites de beaux rêves avec des chants et des rires. Soyez heureux. LARIRARE SIPARORE DEFINORE RARILARE … »

Dans la Salle Ronde, un Mangemort vêtu de noir pliait sous les Doloris et répétait sans fin :

« Pardon, Maître … Pardon, Maître … »

La journée avait été bonne pour les uns, beaucoup moins bonne pour d'autres.