Dors Draco

A propos d'araignées, j'en ai eu peur très longtemps. Elles courent trop vite. Puis je me suis aperçue que ces créatures animales ne méritaient mon aversion. Il faut juste les respecter si on ne peut pas les aimer … Cela dit, je n'aimerais pas non plus me trouver face à un crotale ou marcher par hasard sur la queue d'un scorpion ou donner un baiser à une méduse … Chacun son territoire et les Scrouts à pétards seront bien gardés.

Chapitre 23

Le lendemain, au petit déjeuner, la jeune Cornélia, la Pouffsouffle qui parlait aux araignées, s'approcha de Harry et lui dit :

« La Directrice m'autorise à manquer les cours de métamorphoses et d'enchantements aujourd'hui. De toute façon, ils ne me servent à rien. Je lui ai dit que j'avais quelque chose à te montrer. Veux-tu venir avec moi dans la Forêt Interdite ? Je voudrais te présenter à mon saule.

- Bien sûr, répondit Harry. A tout à l'heure, ajouta-t-il pour Draco qui retournait pour la première fois à un cours de Défense contre les Forces du Mal.

En chemin, la petite babillait.

- Mes parents ne comprennent pas pourquoi j'ai été acceptée à Poudlard. Ce sont de très bons sorciers. Ma mère m'a acheté la plus jolie baguette de chez Ollivander. Elle est en bois de rose, tu sais. Mais je ne réussis rien avec elle. Pourtant, je l'ai cirée avec la cire d'abeille d'Abyssinie. C'est mon amie Luna qui m'a conseillé de le faire. Mais ça ne marche pas.

- As-tu essayé avec ton autre baguette ?

- Oh non ! Je ne la sors pas en classe. Les autres se moqueraient de moi. Je l'utilise pour soigner les animaux blessés. C'est comme ça que j'ai connu Zarog, l'araignée géante. L'une de ses pattes s'était coincée dans un trou et s'était cassée. Je lui ai mis une attelle et j'ai stoppé sa douleur. Elle m'a emmené jusqu'à leur camp. Leurs toiles sont très jolies et les bébés sont mignons.

- Tu n'as pas eu peur ? dit Harry en repensant à son expédition passée et en frissonnant.

- Non, j'avais parlé avec Zarog. Elle m'avait dit que je n'avais rien à craindre.

- Comment fais-tu pour te faire comprendre ?

- Je ne sais pas trop comment ça marche. Je prononce des syllabes en changeant le ton et je pense ce que je veux dire. Zarog comprend, elle me répond avec d'autres sons et mon cerveau pense ce qu'elle dit.

- C'est un don très rare, tu sais. Tu es la seule personne que je connaisse à l'avoir. Tu as toute ta place à Poudlard. Où se trouve ton saule ?

- C'est de ce côté, répondit-elle. Par là, c'est le sentier des Centaures. Là-bas, il y a le troupeau de Sombrals. Je peux les voir car j'ai vu mourir quelqu'un. Beaucoup plus loin vivent plusieurs Hippogriffes. Je n'ai aperçu de licorne vivante qu'une seule fois. Elle était magnifique. Les poils de sa crinière et de sa queue étaient dorés. C'est grâce aux Botrucs … tu sais ? les lutins des bois … que j'ai trouvé le saule à la licorne mais celle-là est morte depuis très longtemps. On ne voit plus que sa corne et ses sabots. Le reste est recouvert de terre et l'arbre a poussé au-dessus. Mais avant d'aller près du saule, il faut ramasser des cloportes. Il y en a plein dans ce vieux tronc d'arbre. Tu comprends, il faut faire un cadeau aux Botrucs, sinon, ils ne nous laisseront pas passer.

- Tu es allée souvent toute seule dans la Forêt Interdite ? Tu sais que c'est dangereux.

- Non, pas dans la journée. Il suffit d'être très poli avec les créatures que tu rencontres. Elles savent quand on les aime. Oui, j'y suis allée souvent. Je n'ai pas d'amie à part Luna. Alors, je vais me promener. J'aime bien les arbres et je leur parle aussi mais eux ne répondent que dans ma tête.

- Et Graup, le géant, l'as-tu vu ?

- Oui, mais je ne me suis pas approchée de lui. Il est trop grand, il aurait pu m'écraser sans le faire exprès.

Harry était stupéfait par tout ce que lui racontait cette petite jeune fille. Elle était extraordinaire et ne s'en rendait même pas compte. Il se promit d'en parler à Minerva MacGonagall. Ils étaient arrivés au tronc d'arbre et Cornélia remplit un bocal avec des cloportes sans aucun signe de dégoût. Ils suivirent ensuite un sentier très étroit . Tout à coup, Cornélia s'arrêta, se mit à genoux. et commença à gazouiller : « Lo lé lo lé lo lo lé lo lé lé lo lo lé … »

Les Botrucs apparurent et répondirent : « Toc toc toooc toc toccc … » Cornélia reprit

- Je leur explique qui tu es. Même eux connaissent ta mission. Ils sont très mécontents car dans une autre forêt, très loin d'ici, plusieurs arbres à baguettes ont été déracinés. Ils souffrent chaque fois qu'on s'attaque à un arbre magique. Sais-tu qui est capable de déraciner des arbres sans raison ?

Harry pensa immédiatement aux géants. Il se dit qu'il pouvait le révéler aux Botrucs. Ainsi, ils ne feraient pas alliance avec les Forces du Mal. Il confia à la petite :

- Dis-leur que le Lord Noir a recruté des géants et que ce sont eux qui détruisent les arbres de l'autre forêt.

Les Botrucs s'agitèrent. Ils avaient l'air en colère.

- Ils disent qu'ils ne les laisseront pas s'approcher de notre forêt. Le saule est beaucoup trop précieux pour être piétiné par des géants. Il n'en existe qu'un au monde. Viens, nous pouvons y aller. Les Botrucs te donnent la permission de passer.

Ils avancèrent encore un peu et arrivèrent au bord d'une clairière. Harry s'arrêta, interdit. Devant lui se trouvait l'arbuste le plus extraordinaire qu'il ait jamais vu. Son tronc était court, épais, marqué de fissures et surmonté d'une sorte de grosse boule aplatie. De là partaient de multiples branches minces ayant à peu près la même longueur si bien que l'arbre ressemblait à une sphère presque complète, un peu comme un énorme pissenlit en graines. C'était bien un saule, il n'avait pas de feuilles car le printemps était encore loin mais les chatons blancs de ses inflorescences pointaient déjà le long des branches vertes.

Le plus curieux venait de l'extrémité de chaque branche : trois brindilles s'y épanouissaient, les mêmes que celle qui servait de baguette à Cornélia. Elles étaient d'un brun doré et brillaient sous le soleil. En fait, l'arbre ressemblait à une grosse boule de lumière. En dessous, le sol était jonché de brindilles noires qui recouvraient d'un tapis le corps d'une licorne morte depuis longtemps. Sa robe avait disparue mais sa longue corne blanche et ses sabots étaient encore visibles. Les racines du saule s'enroulaient autour du défunt animal et c'était sans doute sa magie qui imprégnait l'arbre tout entier. Harry n'avait jamais rien vu de pareil.

- Je vais demander au saule la permission de prendre une nouvelle baguette, dit la jeune fille. Elle n'est magique que six mois environ. Ensuite, il faut la changer. Tu pourras en demander une aussi si tu veux. Tu verras alors tes pouvoirs particuliers. Moi, c'est la possibilité de soigner et quelquefois de guérir.

Harry sourit, il avait déjà tant de pouvoirs magiques qu'il se demandait lequel pourrait encore lui être révélé. Cornélia s'approcha du saule et fit un grand salut puis elle dit :

- S'il te plaît, saule-esprit de la licorne, puis-je … ?

Une branche se tendit vers elle et elle cueillit délicatement une des trois brindilles.

- Merci, ajouta-t-elle, je promets de m'en servir pour le Bien.

Harry s'avança à son tour et l'arbre se mit à frémir en émettant un bruit léger.

- Dis-lui ton nom, dit la petite, il veut savoir qui tu es.

- Je m'appelle Harry Potter, dit-il, un peu surpris de parler tout haut à un arbre, mais en compagnie de Cornélia rien ne semblait bizarre.

Le saule frémit plus fort et tendit une branche vers lui sans qu'il ait besoin de poser la question.

- On dirait qu'il te connaît, dit la petite, tu peux cueillir une baguette, le saule te l'offre.

Harry saisit doucement une brindille et la détacha de l'arbre. Il répéta la phrase de Cornélia :

- Merci, je promets de m'en servir pour le Bien.

Toutes les branches ondulèrent en bruissant puis s' immobilisèrent. Cornélia le tira par la main. Elle se dirigea un peu plus loin vers une grosse pierre plate et s'assit dessus.

- Viens, dit-elle, on va essayer nos pouvoirs.

Elle s'était égratigné la main en longeant le sentier bordé de ronces. Elle posa la pointe de sa nouvelle baguette sur la petite plaie. Celle-ci se referma aussitôt. Harry pensa : « Rosareum ! » Une rose apparut, il l'offrit à la jeune fille qui rougit.

- C'est la première fois qu'on m'offre une fleur. Je ne sais pas faire ce genre de sortilège.

- Peut-être que si, dit Harry, as-tu déjà essayé avec cette baguette ?

- Non, ce sont des sorts qu'on apprend en classe et je suis nulle.

- Certainement pas. Tiens ta baguette en l'air et pense : « Rosareum ! » exactement comme quand tu parles avec Zarog.

Cornélia le regarda d'un air surpris puis elle essaya. Une toute petite rose apparut au bout de sa baguette. Harry se mit à rire.

- Tu n'as pas pensé assez fort.

Mais la petite regardait la rose d'un air ébahi.

- Je n'ai jamais réussi un sortilège aussi vite. Comment as-tu fait ?

- Mais je n'ai rien fait du tout. Tu es tout simplement capable de réussir des sorts informulés. C'est rare à ton âge. La magie est présente en toi à l'état naturel, elle est seulement différente de celle des autres. Tu dois apprendre à t'en servir. Tiens, nous allons faire un concours de sortilèges. « Avis ! » ajouta-il.

Une flopée de petits oiseaux s'envolèrent du bout de sa baguette. Cornélia eut un sourire.

- Qu'ils sont mignons ! murmura-t-elle. « Avis ! »

Et elle eut le même résultat que Harry. Il y avait moins d'oiseaux mais ils étaient aussi jolis que les siens. Puis elle « pensa » la dernière formule apprise en classe :

- Mariposa apparate !

Un papillon apparut et se posa sur son bras.

- Il est trop tôt pour les papillons , dit-elle. Il n'y a pas de fleurs. « Evanesco ! »

Et le papillon disparut. Elle se mit à rire. Puis elle essaya tous les sorts qu'elle ratait régulièrement et ils réussissaient … Elle était aux anges. Harry souriait. Il avait bien deviné la puissance de cette enfant. Il voulut faire un dernier test. Devant eux marchait un cloporte égaré. Il tendit la main en pensant : « Amplificatum ! » La bestiole devint énorme. Mais il ne se passa pas ce qu'il avait prévu. De la baguette de Cornélia sortit une brume rose et un bouclier de protection se forma devant elle.

- As-tu pensé « Protego » ? demanda-t-il.

- Non, répondit Cornélia, c'est venu tout seul.

« Reducto ! », dit-il et le cloporte reprit sa taille normale.

Harry réfléchissait. Cette baguette magique avait d'elle-même un pouvoir de protection. Il n'était pas étonnant que la jeune fille se sente en sécurité dans la forêt. Elle était protégée par l'esprit de la licorne. Ces animaux aussi rares que mystérieux avaient des pouvoirs extraordinaires et encore mal connus. Il essaya autre chose.

« Expelliarmus ! » dit-il.

Mais la baguette ne s'envola pas de la main de Cornélia. Par contre, il reçut en retour une faible secousse. Depuis qu'il était devenu un sorcier extrêmement puissant, il était rare qu'un sortilège réussisse à l'atteindre. Et voilà que non seulement il ne parvenait pas à désarmer une enfant mais c'était lui qui recevait un choc ! C'était vraiment inattendu. Il repensa au groupe d'élèves qui faisaient des recherches sur les baguettes magiques. La jeune fille avait bien des choses à leur apprendre. Il dit :

- Tu devrais faire équipe avec Dennis Crivey. Il est passionné par les baguettes magiques. La tienne devrait l'intéresser.

A sa grande surprise, Cornélia devint rouge comme un coquelicot.

- Oh ! … Heu ! … Je ne crois pas qu'il voudrait … heu …travailler avec moi … Je suis trop bête … et pas assez jolie … Il ne me regarde même pas … Je ne suis pas son genre de fille …

Harry sourit. Il eut un flash rapide : lui et Draco, lui si quelconque et Draco si beau, si aristocratique … Draco qui l'avait tant détesté et qui maintenant l'aimait … Il releva le menton de la petite qui avait baissé la tête.

- Je suis sûr du contraire. Tu es jolie, tu sais, et tu possèdes une baguette unique au monde. Dès que tu auras montré à tous de quoi tu es capable, il te regardera avec d'autres yeux. Aie confiance en toi, Cornélia. Tu vas devenir la Pouffsouffle la plus célèbre de Poudlard. Viens, rentrons. Je dois parler de ce saule à Minerva MacGonagall. C'est une découverte très importante.

- Oh non Harry ! C'est un secret. Tu ne dois pas le révéler à personne. Si on connaissait son existence, beaucoup de gens viendraient pour voler des branches. Il mourrait. Harry, je t'ai fait confiance. Ne dis jamais où il se trouve. Je t'en prie …

- Ne crains rien, Cornélia. Je ne révélerai jamais où pousse le saule. Je te le jure. Mais ces baguettes magiques peuvent nous aider dans notre combat contre les forces du Mal. Viens avec moi chez la Directrice, tu lui diras ce que tu veux. Tu vois, tu es comme moi. Je ne voulais pas non plus être l'Espoir de notre monde. Pourtant je fais tout mon possible pour que notre camp soit vainqueur. Toi aussi, tu vas sortir de l'ombre. Il le faut. Nous avons besoin de toi. Mais le secret du saule restera ton secret.

Elle soupira et dit : « D'accord. » Elle avait heureusement une âme forte.