Dors Draco
Vous pensez peut-être que l'arrivée de Queudver juste au bon moment est tirée par les cheveux, hé bien non. Les coïncidences, ça existe. Réfléchissez : ces trois derniers jours, vous avez bien au moins une fois pensé à quelque chose qui s'est réalisé aussitôt, non ? … Alors, vous voyez bien !
Chapitre 26
Harry entra seul dans la maison. Ron et Hermione restaient auprès des prisonniers pour parer à toute éventualité. Queudver s'était enfin calmé. La porte s'ouvrit dès que Harry pensa les mots du code qu'il lui avait donné. L'intérieur était sombre, les volets étaient fermés. Une odeur de renfermé et de moisi flottait dans l'air. Harry avança avec précaution, sans toucher à rien comme le lui avait recommandé Hermione. L'objet dangereux pouvait se trouver n'importe où. Mais le jeune sorcier pensait qu'il était à l'étage. Le rez-de-chaussée était poussiéreux et en désordre. Dans la cuisine, de la vaisselle était encore posée sur la table, un chaudron pendait dans la cheminée aux bûches à demi consumées. Par contre, dans la salle à manger, les meubles étaient renversés : c'était là sans doute que Voldemort avait tué James, le père de Harry.
Le jeune homme monta l'escalier. C'était étrange, il n'avait pas peur, il n'était pas triste. Tout se passait comme dans un rêve. La tragédie s'était déroulée seize ans auparavant, le souvenir semblait s'être dissous au fil du temps. En haut, Harry trouva d'abord la chambre de ses parents. Tout y était tranquille. Le lit et les autres meubles étaient recouverts d'une fine couche de poussière. La pièce voisine avait été sans nul doute le théâtre d'une scène violente. Le lit d'enfant et la commode gisaient, renversés au milieu de la pièce. Des débris, des petits vêtements, des jouets étaient dispersés sur le plancher. Harry s'était arrêté au seuil de la chambre. Il n'en avait pas gardé un souvenir précis. En tout cas, la poussière accumulée ne montrait aucune trace de pas. Personne n'était entré ici depuis le drame.
Harry fit des yeux le tour de la pièce. Il ne voyait aucun objet magique. Cette chambre aurait très bien pu être celle d'un enfant moldu. Il voulut visualiser la scène qui s'était passée là mais cette fois, son cœur s'emballa et une brusque douleur lui tordit le ventre. Comme si des Détraqueurs étaient présents, il entendit dans sa tête les cris de sa mère et le rire glacé de Voldemort. Il vit l'éclair vert frapper sa victime et le corps sans vie glisser doucement vers le sol, là, juste à côté du lit. Puis des prunelles de Serpent le fixèrent et au deuxième éclair vert, il sentit son front brûler tandis que juste à côté de son pied, quelque chose se mettait à briller : c'était une petite pierre, un galet sculpté en forme de lion, l'objet représentant Griffondor que le Lord Noir avait choisi pour y cacher son Horcrux. Mais y était-il ou, comme le supposait Harry, le sort avait-il dévié de sa course et atterri sur son front ?
Le petit lion était le seul objet qui n'était pas recouvert de poussière. Harry ne se souvenait pas de lui. Il ne lui appartenait pas. Voldemort avait dû l'apporter pour réaliser son noir sortilège. Il brillait faiblement, il devait être protégé par un puissant enchantement. Mais il ne s'en dégageait pas une aura sombre comme c'était le cas pour la coupe de Helga Pouffsouffle ou la petite éponge noire de l'aquarium des cerveaux. Harry comprit alors que le Horcrux ne s'y trouvait pas. Voldemort avait commis une grande erreur et il ne le savait pas. Il envoyait son fidèle serviteur chercher un objet magique et ce n'était pas le bon.
Le jeune sorcier redescendit en effaçant derrière lui les traces de son passage. Quand Peter Pettigrow entrerait dans la maison à son tour, il ne s'apercevrait de rien. Il sortit et expliqua son plan à ses partenaires. Il allait jeter sur les quatre Mangemorts un sort d'Oubli très court et les libérer de leurs entraves. Ils se réveilleraient en pensant qu'ils venaient juste de transplaner. Queudver accomplirait sa mission pour son Maître. Celui-ci croirait avoir récupéré son Horcrux. Et tout serait pour le mieux.
Ron et Hermione ne dirent rien mais pendant l'absence de Harry, ils avaient envisagé le pire. La cicatrice de Harry était plus que la Marque qui faisait de lui « l'égal » de Voldemort, elle était un poison dont il fallait se débarrasser. Mais comment ? Tout en ruminant de sombres pensées, ils regardaient de loin les Mangemorts se réveiller. Peter Pettigrow entra seul dans la maison, un bon moment passa avant qu'il ne ressorte, tenant dans ses mains recouvertes de peau de dragon un objet que l'un des Mangemorts fit disparaître dans un sac. Puis ils transplanèrent et tout redevint tranquille. Les trois amis se rapprochèrent de la maison et Harry dit sombrement :
« Plus personne n'entrera ici. Je vais faire disparaître cet endroit maudit. Les habitants du coin ne l'appelleront pas pour rien le champ du sorcier. »
Il leva la main. Un puissant nuage bleu nuit enveloppa les ruines. Ils virent les murs s'effondrer très lentement, se désagréger, se transformer en une poussière impalpable qui flotta quelques instants et retomba doucement. C'était fini, la maison des Potter avait définitivement disparu. Ron y vit un mauvais présage. Ils passèrent la soirée à envisager plusieurs plans pour débarrasser Harry du Horcrux. Mais à chaque fois, le danger mortel d'atteindre le jeune sorcier en voulant détruire le morceau d'âme du Lord Noir rendait le contre sortilège impossible. D'ailleurs, Harry se disait qu'il ne fallait pas agir trop vite. Tant que Voldemort penserait avoir récupéré son Horcrux, il se croirait invincible. La nuit, seul dans son lit, Harry pensa à Draco. Son amour et sa chaleur lui manquaient. Le jeune homme blond lui devenait indispensable. Que deviendrait-il s'il l'abandonnait ou pire s'il le trahissait ?
Le lendemain, ils décidèrent d'aller faire un tour Square Grimmault avant de rentrer à Poudlard. Ils trouvèrent sur place plusieurs membres de l'Ordre, l'air assez soucieux. Emmeline Vance et Hestia Jones discutaient à voix basse. Maugrey Fol Œil avait son visage des mauvais jours, Dedalus Diggle, Elphias Doge et Kingsley Shacklebolt étaient assis à la table de la cuisine et regardaient sans les voir les bouteilles de Bièraubeurre posées devant eux. Arthur Weasley et Nymphadora Tonks étaient présents eux aussi. Ils parurent tous surpris de leur arrivée. Tonks s'écria :
« Vous êtes déjà là ? Nous venons juste de vous envoyer un hibou. Vous avez fait vite !
- Que se passe-t-il ? demanda Harry, devenant immédiatement attentif.
- Nous avons reçu un message de notre espion secret. Le corbeau noir a laissé une lettre sur la table de la cuisine. Il a dû passer par la cheminée. Tiens, lis, dit Arthur Weasley en tendant à Harry un parchemin déroulé.
Il n'y avait que quelques mots :
« Le Maître des Ténèbres a rassemblé ses troupes. La bataille est proche. »
- Il fallait s'y attendre, dit Ron en passant le rouleau à Hermione. Si les géants sont arrivés à la Forteresse Sombre, Voldemort doit agir rapidement. D'après ce que Hagrid nous en a dit, ils sont agressifs et toujours prêts à la bagarre. Notre espion ne nous dit pas grand chose. Où la première attaque va-t-elle avoir lieu, c'est toute la question. »
Ils discutèrent une partie de la matinée. Kingsley expliqua que les Aurors étaient prêts au combat. Ils avaient même des renforts venus de France et de divers pays nordiques. L'article de Rita Skeeter avait éveillé les consciences. Si le Seigneur des Ténèbres gagnait la bataille d'Angleterre, il étendrait sa puissance à d'autres contrées. Déjà il recrutait des partisans parmi les fortes têtes et les repris de justice de tous les pays.
Où se déroulerait la première bataille ? Emmeline Vance pensait au Ministère de la Magie. De là, Voldemort contrôlerait tout le pays. Mais c'était l'endroit le plus protégé du monde sorcier. Le Mage Noir perdrait un grand nombre de Mangemorts au combat. Arthur Weasley pensait au Chemin de Traverse ou à Pré au lard, le village sorcier. Là, Voldemort ne rencontrerait pas beaucoup de résistance. Les sorciers qui y vivaient étaient des civils, pas des combattants, et l'attaque répandrait la terreur parmi la population. Hermione répéta encore qu'il fallait s'entendre avec les gobelins de Gringotts. La banque était un lieu stratégique et n'avait aucune défense. Les gobelins n'avaient pas le droit d'utiliser la magie. Leurs pouvoirs étaient limités par une loi très ancienne que le Ministère refusait de modifier. C'était injuste.
Quelques personnes sourirent. Hermione avait de drôles d'idées. Les gobelins, les elfes de maison, les Centaures … Et puis quoi encore ! Le Lord Noir n'attaquerait pas une banque comme un vulgaire bandit ! Cependant, Harry décida d'aller rendre visite l'après-midi au Ministre de la Magie. Rufus Scrimgeour le fit attendre une heure avant de le recevoir. Il trouvait que le Survivant se mêlait de trop de choses qui n'étaient pas de son ressort. Il expliqua d'un ton impatient qu'il avait préparé un décret approuvé par ses conseillers pour l'évacuation des familles vers des refuges souterrains en cas de conflits.
« Vous voulez que tout le monde prenne la fuite devant l'ennemi ? Vous ne leur demandez pas de se défendre ? Vous voulez seulement qu'ils aient peur ? Voldemort n'aura aucun mal à les soumettre dans ce cas. Croyez-vous vraiment que les gens sont tous des lâches ? Donnez-leur du courage au lieu de les terroriser. Ils se battront pour leur famille, pour leurs biens, pour leur liberté. Pas tous peut-être mais au moins quelques-uns. Ils résisteront, la peur au ventre, mais ils résisteront. C'est un décret de lutte que vous devez faire, pas un appel à la débandade … »
Mais Harry avait beau parler avec passion, les yeux dans ceux du Ministre, la magie crépitant au bout de ses doigts, il voyait bien qu'on le prenait pour un rêveur, un idéaliste qui ne connaissait rien à la vie. Il partit en disant qu'au moins Poudlard se défendrait et juste avant que la porte de son bureau ne se referme, Rufus Scrimgeour lui lança d'un ton mauvais :
« C'est ça et vous serez de nouveau responsable de la mort de vos amis ! »
Lorsque Harry répéta ces paroles terribles à Ron et Hermione, le jeune sorcier roux entra dans une rage noire.
« Ce sont tous des lâches. Ils ne méritent pas ce que tu fais pour eux.
Mais Harry posa sa main sur son bras et répondit :
- Je ne le fais pas pour eux mais pour nous. Quand tout sera fini, ou nous serons tous morts ou nous pourrons vivre en paix. Je n'ai plus peur d'attirer le malheur sur les autres. Je me bats parce que c'est mon devoir, parce que c'est tombé sur moi et qu'il faut le faire. Mais je vous le jure, quand tout sera fini, si nous nous en sortons, je ne penserai plus qu'à une chose : être heureux auprès des gens que j'aime. »
Instinctivement, sa pensée s'envola vers Draco et son cœur se serra. Ce rêve paraissait impossible et pourtant il ne pouvait s'empêcher d'imaginer une vie heureuse où ils seraient ensemble, lui et son amour, loin de la guerre et des tourments, dans une maison tranquille, avec des amis, des … enfants ? Harry secoua la tête. Ses pensées devenaient délirantes. Ils décidèrent de rester à Londres pour la nuit et de repartir à Poudlard le lendemain. Ils parlèrent de nouveau du Horcrux. Harry se livra à une petite expérience qui se révéla fort douloureuse. Il mit sa main à quelques centimètres de son front et murmura : « Tom Jedusor. » Un éclair de douleur traversa son front. Ainsi, il n'y avait plus de doute à avoir. Le Horcrux était bien dans son front, lové sous la cicatrice.
Pourtant, pour la première fois depuis qu'il le savait, Harry n'en fut pas désolé. Au moins, il n'avait plus à le chercher. Si la bataille était proche ainsi que leur espion l'avait dit, il trouverait bien un moyen de le détruire. A Poudlard, ils chercheraient tous les trois un contre sortilège. Hermione n'avait pas fini d'aller à la bibliothèque. Ron trouverait une ruse. Lui fermerait encore plus son esprit, surtout la nuit au moment des rêves. La nuit … Draco … Un Ange blond endormi dans ses bras … Un amant lui répétant qu'il l'aimait … Un corps magnifique lui faisant l'amour avec passion … Un ami avec qui rire et parler … Une moitié de lui enfin trouvée … Draco … Cette nuit-là, Harry s'endormit en souriant et aucun cauchemar ne vint le hanter.
Ce ne fut pas le cas dans le dortoir des Serpentards. Dans son lit, un jeune homme blond hurlait et se tordait de douleur sous le regard anxieux de ses camarades qui ne parvenaient pas à le réveiller. Quand enfin il ouvrit les yeux, il ne se rappela pas le sujet exact de son rêve mais il sut que le Maître des Ténèbres avait tenté de pénétrer dans son esprit et qu'il avait peut-être réussi. Et Grégory eut beau lui dire avec douceur « Dors, Draco » il resta éveillé le reste de la nuit, affolé à l'idée de revivre ce rêve.
