Dors Draco

Chapitre 29

Le message était court, cinq mots écrits en gros à l'encre noire :

« POUDLARD VENDREDI 13 MARS MIDI »

Un silence de mort régnait dans la grande salle. Harry se leva et porta le parchemin à Minerva McGonagall. Elle était la Directrice de l'école. C'était à elle de mettre les élèves au courant et de prendre les décisions les concernant. Il savait seulement que le Lord Noir le défiait, lui, en particulier. Quelle que soit la décision prise pour les autres sorciers, lui ne pouvait refuser le combat. D'ailleurs, le hibou grand duc n'avait pas bougé. Il attendait visiblement une réponse. Harry fit apparaître une plume, de l'encre et un parchemin. Mais la Directrice l'arrêta d'un geste.

« Attendez un instant, Harry, » dit-elle.

Elle se leva et s'adressa aux professeurs et aux élèves réunis :

« Lord Voldemort nous invite à un duel ce vendredi, ici même à Poudlard. Il a choisi Harry comme adversaire. Mais c'est tout Poudlard qu'il provoque. Que devons-nous lui répondre ? »

Les élèves se regardèrent, des murmures s'élevèrent. Théodore Nott que tous considérait comme leur chef se leva et dit :

« Nous devons savoir en premier s'il veut un duel à la régulière ou un combat sans foi ni loi. Je pencherais pour la première solution sinon il aurait attaqué sans prévenir.

Parvati Patil ajouta :

- Dans les duels sorciers, les témoins de deux parties se rencontrent en terrain neutre et discutent des modalités.

Sa sœur Padma compléta :

- Il n'a pas à nous imposer un lieu et une date. Harry est aussi puissant que lui.

Ron résuma :

- Proposons deux représentants de chaque camp se rencontrant en terrain moldu pour les dispositions à prendre.

Mais Harry reprit la parole :

- Vous parlez de Lord Voldemort, là. Je ne suis pas sûr qu'il accepte de discuter. Mais nous pouvons essayer. Nous lui montrerons au moins que nous n'avons pas peur de lui . »

Il écrivit donc : « Deux hommes à vous rencontreront mes deux témoins dans le bar moldu qui se trouve en face du « Chaudron Baveur » demain lundi à 10 heures. Ils mettront au point tous les détails du duel. »

Il roula le parchemin et le fixa à la patte du grand duc qui hulula de nouveau et prit son envol. Quand il fut parti, le silence revint. Le moment était venu. La bataille pouvait commencer.

o – o – o – o

Les professeurs avaient été surpris par le sang-froid des élèves. Il n'y avait pas eu de cris, de pleurs ou d'évanouissements. C'était à peine si quelques Pouffsouffles avaient un peu pâli. Mais tout le monde attendait l'annonce de la bataille depuis longtemps. C'était un soulagement de savoir qu'elle était si proche. L'après-midi se passa en discussions passionnées. Par petits groupes, les élèves commentaient la nouvelle et réagissaient selon leur tempérament. Mais aucun ne semblait mettre en doute leur victoire. Lord Voldemort avait défié Poudlard et Poudlard était prêt à la riposte.

L'école comptait un club d'échecs. Ses membres se mirent à comparer les forces en présence. Les Rois étaient connus : Harry Potter pour les blancs, Lord Voldemort pour les noirs. Mais qui étaient les Dames ? De leur côté, plusieurs noms furent proposés : Hermione Granger, Minerva MacGonagall, Sibylle Trelawney elle-même, puis comme ni Harry ni Draco n'étaient présents, un jeune Serdaigle proposa Draco Malfoy, le petit ami de l'Elu. Ils supposaient tous que dans ce couple extraordinaire, Harry était le dominant et Draco le dominé. Ils étaient loin de la vérité. En fait, aucun des deux ne jouait à dominer l'autre. Le jeune Serpentard était l'initiateur et il voyait venir le temps où le jeune Griffondor n'aurait plus besoin de leçons. Harry était extrêmement doué pour les jeux amoureux. De plus sa puissance magique multipliait ses possibilités.

Du côté des noirs, trouver la Dame était plus difficile. Neville proposa Bellatrix Lestrange. D'après ce qu'il avait vu lors du combat au Ministère de la Magie, elle était une fan absolue du Maître des Ténèbres. Le même Serdaigle avança aussi le nom de Narcissa Malfoy. Les deux femmes appartenaient à la même famille, celle des Black, dont les membres avaient toujours été à Serpentard, sauf le dernier, Sirius, qui appartenait à la maison Griffondor et à l'ordre du Phénix. Le jeune Serdaigle faisait de la généalogie et s'intéressait aux grandes familles de Sang Pur. Il voulait démontrer qu'elles avaient toutes fait dans un passé pas si lointain des alliances avec des Sangs Mêlés, des Moldus ou même d'autres créatures magiques comme les Velanes ou les Ondines. Il y avait la jeune Griffondor amie du calmar géant par exemple …

Les pions étaient faciles à deviner : les Mangemorts noirs et les Poudlardiens blancs. Il y eut discussion pour savoir si les professeurs faisaient partie des pions. Mais la logique voulaient qu'ils représentent plutôt l'une des tours, l'autre étant formée de Graup et de Hagrid, son demi-frère. Dans l'autre camp, les trois géants venus du sud occupaient l'une des positions. Ils hésitaient pour la deuxième : Voldemort avait-il pu recruter des trolls ? Leurs cavaliers étaient Buck, l'hippogriffe de Hagrid et peut-être les Sombrals s'ils répondaient à l'appel du Serpentard qui pouvait les voir. Il ne fallait pas trop compter sur les Centaures malgré leur amitié nouvelle avec Trelawney. Ils étaient trop indépendants mais au moins ils resteraient neutres. Qu'est-ce que le Lord Noir pouvait avoir comme cavaliers ? On parlait bien d'un dragon, un Vert Gallois disparu récemment mais ce n'était pas certain. Et Luna Lovegood était toujours persuadée qu'il existait quelque part une armée d'héliopathes prêts à tout brûler sur leur passage.

Il restait les fous. C'étaient les plus terrifiants. Ils pensaient aux Détraqueurs et aux Loups garous du côté noir de la force. Enfin, si la bataille avait lieu de jour, les seconds seraient moins à craindre. Ce fut alors qu'une voix tremblante s'éleva. L'une des sœurs Montgomery, qui avait perdu son frère mordu par Greyback, fit remarquer la date choisie par Lord Voldemort.

« Vendredi 13 mars, dit Ernie MacMillan en ayant l'air de se moquer, serais-tu superstitieuse ? Le vendredi 13 porte chance ou malchance selon les croyances. Mais c'est un jour comme les autres.

- Pas pour Voldemort apparemment, dit Hannah Abbott.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, reprit la petite. Ce vendredi 13 est particulier. C'est aussi le jour de la pleine lune. Si la bataille se prolonge, les Loups garous auront le temps de se transformer et de nous attaquer. Nous n'avons pas trouvé de défenses contre eux. Je suis sûre que Voldemort y a pensé. Nous savons repousser les Détraqueurs avec nos Patronus mais pas les Loups garous. Ils sont féroces et violents. Les sortilèges n'agissent pas contre eux quand ils sont transformés. Que ferons-nous quand la pleine lune se lèvera ?

Un grand silence lui répondit. De toutes les menaces qu'ils avaient évoquées, celle-là était la plus terrible. Ils imaginaient tous la nuit tombante, l'énorme lune dans le ciel et les hurlements sauvages … Oui, la bataille serait dure et ce qui leur était apparu jusqu'alors comme un jeu prit une allure beaucoup plus sombre. Il y aurait des morts, des blessés, du sang, des cris de douleur, des visions qu'on ne peut oublier … la guerre, la vraie guerre avec son cortège de souffrances et d'horreurs. Une voix s'éleva alors. Colin Crivey, les yeux fixés sur Grégory Goyle, brisa le silence.

« Nous aussi, nous avons nos fous, nous avons tous ceux qui s'aiment en sachant que la mort nous guette et qu'elle peut nous séparer demain. Ne faut-il pas être fou pour aimer et parier sur la vie alors que la guerre est à nos portes ? Moi, je fais ce pari comme beaucoup d'entre nous, comme Ron et Hermione, comme Théo et Parvati, comme Harry et Draco. L'amour est une folie et il est plus fort que la haine. Nous gagnerons la bataille. Parce que Poudlard est uni pour la première fois depuis les temps anciens des Fondateurs. Parce que nous avons su passer au-dessus des différences entre les Maisons. Parce que nous avons découvert l'amitié et l'amour. Nous nous battrons pour un idéal et pas pour dominer le monde comme cette enflure de Lord Machin. »

Il leva le poing et cria : « Griffondor ! » Après un bref moment de stupeur, les autres se levèrent et crièrent à leur tour : « Pouffsouffle ! Serpentard ! Serdaigle ! » On porta Colin Crivey en triomphe.

o – o – o – o

La Directrice, les professeurs, les préfets des quatre Maisons, les deux préfets en chef, Harry, Ron et Hermione étaient réunis dans la Grande Salle. C'était l'heure des décisions importantes. Minerva MacGonagall parla d'abord des élèves les plus jeunes. C'était bien joli de se préparer au combat mais il serait plus prudent de mettre les deuxièmes et les troisièmes années à l'abri. Théodore Nott n'était pas de cet avis. Ils avaient tous le droit de se battre pour leur vie et leur liberté. D'après leurs plans de bataille, les plus jeunes seraient protégés par les plus âgés. Ce serait une raison de plus de vaincre à tout prix pour éviter que leurs camarades ne soient réduits en esclavage par Voldemort.

En première ligne se trouveraient les Aurors envoyés par le Ministère. Ensuite viendrait la ligne de défense des professeurs. Les élèves seraient un peu à l'arrière, par petits groupes, toutes Maisons confondues. Chacun avait sa spécificité et ils pouvaient compter les uns sur les autres. Ron proposa à Théodore de profiter des quelques jours restant avant la bataille pour faire des répétitions grandeur nature. Harry n'intervenait pas dans ces discussions. Il avait une seule mission : affronter le Lord Noir en face. Mais il était vraiment étonné de voir tout le travail de préparation accompli par les élèves. Il rappela seulement la dernière lettre apportée par le corbeau noir. Il était temps de prévenir le Ministère et toutes les autres cibles citées dans le message. Car il était persuadé que c'était le plan de Voldemort : faire croire que son seul objectif ce jour-là était Poudlard pour que les défenses se relâchent ailleurs.

Hermione et Remus étaient aussi de cet avis. Il fallait seulement attendre la réponse à leur proposition de pourparlers. Ce fut à ce moment qu'une chose à la fois attendrissante et drôle se produisit. Dobby, Winky et une dizaine d'autres elfes « libres » de Poudlard firent leur entrée dans la salle. Ils venaient offrir leurs services « pour aider les vaillants défenseurs de Poudlard ».Hermione était très émue. Son activité pour la libération des elfes portait ses fruits. Les autres étaient plus septiques. Quelle pouvait être l'utilité des elfes de maison dans une bataille ? Ce fut là qu'ils eurent une grosse surprise. Personne n'y avait pensé mais les elfes étaient les seuls à pouvoir transplaner dans Poudlard. Ils allaient et venaient sans qu'on prenne garde à leur présence. Ils signalaient leurs arrivées et leurs départs par un « plop » sonore et passaient ainsi d'un endroit à un autre sans se faire remarquer.

Dobby annonça fièrement que pendant la bataille, ils pourraient servir de messagers entre les différents groupes. Ils pourraient aussi apporter des boissons et de la nourriture. Et puis, ils étaient petits, les autres ne les remarqueraient pas. Dobby disait cela en se redressant de toute sa petite taille, ses gros yeux brillant d'excitation et ses oreilles battant l'air de chaque côté de sa tête. Toutes les personnes présentes étaient stupéfaites. Mêmes des êtres aussi insignifiants que les elfes offraient leurs services pour défendre l'école. La Directrice accepta avec reconnaissance.

Et le hibou grand duc du Maître des Ténèbres réapparut avec un nouveau message.