Dors Draco .
J'espère ne pas avoir fait d'erreurs en comparant les combattants de la bataille de Poudlard aux pièces du jeu d'échecs. Que les puristes me pardonnent. Je ne joue à aucun jeu de stratégie.
Chapitre 29
L'oiseau messager se posa devant Harry et tendit sa patte. Un seul mot figurait sur le parchemin déroulé :
« ACCEPTE »
Toutes les personnes présentes furent un peu soulagées. Le simple fait que le Seigneur des Ténèbres ait donné suite à leur demande prouvait qu'il les considérait comme des adversaires à sa hauteur. Dans un match, on aurait dit que le score était de 1 à 1. Maintenant la question se posait : « Qui se rendrait à ce rendez-vous ? » Ron se proposa immédiatement. Il était le Lieutenant de Harry. Il devait le représenter à l'entrevue. Il fallait aussi un délégué de Poudlard, le responsable de l'une des quatre Maisons serait le mieux. Ce fut Pomona Chourave, directrice des Pouffsouffles, qui donna son accord. Pour une fois, sa Maison serait en vedette. Ils discutèrent longuement des points à aborder tout en sachant que Voldemort refuserait sans doute la plupart de leurs propositions. Mais celui qui ne demande pas TROP n'obtient jamais ASSEZ .Ce soir-là, à l'extinction des feux, l'atmosphère générale dans l'école était à la crainte et à l'espoir mêlés.
Draco avait passé l'après-midi avec différents groupes d'élèves. La vie de Harry dans son rôle de chef de guerre lui était étrangère. Il ne s'en mêlait pas. Il faisait tout son possible pour le soutenir moralement par son amour et c'était déjà beaucoup mais il ne pouvait aller plus loin. Il se joignit donc aux autres élèves et fut surpris de leur détermination et de leur courage. Pas un seul d'entre eux n'avait répondu favorablement à la Directrice quand elle avait parlé de renvoyer chez eux les enfants qui le désiraient. Les adolescents de quatorze et quinze ans avaient bien conscience de ne pas être assez forts pour s'opposer à des combattants endurcis comme les Mangemorts mais ils refusaient de déserter avant la bataille et cela, malgré les lettres angoissées de leurs parents. Ils avaient un petit rôle à jouer et ne voulaient pas en être privés.
Draco resta un long moment avec le groupe des baguettes magiques. C'était leur arme principale et il était heureux d'avoir récupéré la sienne. Cornélia annonça qu'elle irait le lendemain dans la Forêt Interdite pour « cueillir » quelques baguettes de saule. Comme la Directrice le lui avait demandé, elle avait fait une démonstration des pouvoirs de la sienne. Ses camarades avaient été stupéfaits et aussi très admiratifs quand elle avait dit, en rougissant un peu de son mensonge, qu'elle allait les chercher dans le domaine des araignées géantes. Depuis, Dennis Crivey lui faisait les yeux doux : il en voulait une et savait séduire. Mais la petite avait la tête sur les épaules et connaissait le but de cette manœuvre. Elle ne se faisait pas trop d'illusions sur les sourires et la gentillesse de Dennis à son égard.
Tout le groupe fut aussi très surpris quand Argus Rusard, le concierge de l'école, vint demander d'un air un peu embarrassé si lui aussi pourrait avoir une de ces baguettes si particulières. Cornélia savait qu'il était Cracmol mais elle lui en promit une. Peut-être cela lui servirait-il à se sentir mieux pendant la bataille. Car lui aussi avait décidé de rester. Et s'il ne pouvait se battre, il s'occuperait des blessés avec Madame Pomfresh. En apprenant cela, Madame Pince, la bibliothécaire, l'avait regardé avec des yeux admiratifs. Il en était tout ragaillardi. Sa chatte, Miss Teigne, et Pattenrond, le gros chat orange d'Hermione, ne se quittaient plus. On aurait dit des conspirateurs. Qu'avaient-ils décidé dans leur petite cervelle d'animaux de compagnie ayant l'habitude de prendre fait et cause pour leurs maîtres ? Personne ne le savait mais ils rôdaient souvent du côté du saule cogneur. Luna Lovegood insista de nouveau pour que ses camarades utilisent sa cire d'abeille d'Abyssinie. Elle en avait apporté un pot et fit une démonstration. Elle demanda à Terry Boot de lui jeter un « Expelliarmus » et ne fut désarmée qu'à la deuxième tentative. On l'appelait parfois Loufoca ou Lunatik Lovegood mais son père avait beaucoup voyagé et tous les sorciers africains se servaient de ce produit. Elle eut finalement pas mal de succès.
Le soir, après une journée épuisante moralement, Harry fut heureux de rester un long moment sur le canapé, devant la cheminée du salon. Draco le tenait dans ses bras et le câlinait doucement. Pour la première fois, il parlèrent de leur avenir sans tenir compte des événements des prochains jours. Draco expliqua qu'il voulait se spécialiser dans la fabrication des potions. Il y avait à Paris une université très renommée qui enseignait la pharmacopée magique. L'école était bilingue. Les études duraient trois ans. Mais maintenant qu'il était pauvre, il devrait travailler pour les payer. Harry n'était pas d'accord.
«Ta mère est une Black et Sirius a fait de moi son héritier. Je n'ai pas besoin de son argent, je suis déjà assez riche grâce à mes parents. Je pourrais t'aider.
- Il n'en est pas question, Harry. Je me débrouillerai tout seul. Je ne veux pas de ta charité.
- Ce n'est pas de la charité. Je te ferai un prêt si tu préfères. Tu me rembourseras quand tu seras installé dans une belle boutique sur le Chemin de Traverse.
- Tu es fou Harry. Et toi que feras-tu plus tard ? Tu voulais être Auror autrefois.
- Ce n'est plus ce que j'envisage. Je crois que j'aurai vu assez de mages noirs pour toute ma vie. Peut-être que je pourrais aussi m'installer à Paris, du côté moldu. Je ne serais pas connu et j'aurais la paix. Mais je ne sais pas ce que je pourrais étudier. Je ne suis pas bon à grand chose et je n'ai jamais fait de projets d'avenir. Depuis que je suis à Poudlard, j'ai toujours pensé que je ne survivrais pas à Voldemort. »
Draco serra Harry plus fort dans ses bras et l'embrassa dans le cou. En un éclair, il venait de réaliser quelle drôle de vie son jeune amant avait menée depuis la mort de ses parents : une enfance dans une famille qui le rejetait, une adolescence dans une école où chaque année lui avait apporté son lot de souffrances, et maintenant cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête. Pourtant si quelqu'un méritait d'être heureux, c'était bien Harry. Alors, il partagea ses rêves. Ce serait une bonne idée de prendre un appartement commun du côté moldu de Paris. Il irait à son école et Harry étudierait … voyons … le droit ? … le journalisme ? … l'art ? … non … sa spécialité, c'était le Quidditch … les balais magiques …
Il y avait plusieurs fabriques en France … Renold qui avait inventé les manches courbes …Lemoën et ses brindilles calibrées au poil près … Pigeot et ses modèles pour tous les membres de la famille, de 7 à 77 ans … Harry pourrait y faire des stages de formation … ou devenir pilote d'essai … ou inventer des nouveaux équipements … ou être entraîneur d'une jeune équipe … Que c'était bon de rêver ! … Petit à petit, les soupirs de plaisir remplacèrent les mots, les gestes se firent plus tendres et ils oublièrent le reste du monde dans une étreinte passionnée ponctuée de baisers dévastateurs et de caresses affolantes. Quand enfin ils se retrouvèrent blottis l'un contre l'autre dans la chaleur de leur lit, ce fut Draco qui tout à coup demanda :
« Si nous allons vivre ensemble à Paris, accepterais-tu de m'épouser ? »
Il y eut un grand silence. Puis Harry attira encore plus près de lui le jeune homme blond un peu tremblant après sa demande et murmura à son oreille :
- Draco … s'il te plaît … ne rêvons pas trop fort … Je te dirais oui tout de suite s'il n'y avait pas … ce vendredi … Merlin sait que je t'aime mais … Nous en reparlerons après … si tu veux encore de moi … quand je l'aurai tué … quand je serai devenu un assassin … Non, ne dis plus rien, ça fait trop mal … Dors Draco, fais de beaux rêves … je … je t'aime … »
Il caressa doucement la joue de Draco et y trouva des larmes.
o – o – o – o
Le lundi, les deux émissaires revinrent dans l'après-midi. Ils étaient à la fois soulagés et inquiets. Les deux Mangemorts qui les avaient rejoints dans le pub moldu étaient assez âgés. Ils leur étaient inconnus. Ils avaient un accent étranger, c'était la preuve que Voldemort recrutait des adeptes hors de l'Angleterre. Mais ils étaient très calmes et avaient des consignes précises. Les discussions avaient été courtoises. Cependant, Madame Chourave et Ron n'avaient obtenu que trois assurances : en premier, les assaillants n'enverraient aucun sort mortel sur les élèves. En échange, les protections magiques de Poudlard devraient être levées le vendredi à midi précise, heure solaire. La bataille durerait jusqu'à minuit et reprendrait le lendemain à six heures aussi longtemps que ce serait nécessaire jusqu'à la victoire de l'un ou l'autre camp.
Madame Chourave, très digne dans sa robe noire portant l'écusson de Pouffsouffle, avait obtenu que des pauses soient décidées pendant la bataille pour évacuer les blessés des deux côtés. Les personnes hors de combat, que ce soient des enfants ou des adultes, ne seraient pas attaquées ou achevées. Ce n'était peut-être que des paroles mais elles avaient été dites. On verrait si les partisans de Voldemort tiendraient ces promesses. Les émissaires n'avaient pas voulu dire quels genres de combattants leur Maître comptait envoyer sur l'école. Ils avaient seulement assuré qu'il n'y aurait pas plus d'attaquants que de défenseurs. Mais comme le fit remarquer Hermione au retour de Ron trois géants valaient plus que trois adolescents de quinze ans .
Enfin, et là les envoyés de Lord Voldemort avaient été intransigeants, Harry Potter ne devrait affronter que le Maître des Ténèbres et c'était ce dernier qui déciderait du lieu et du moment de leur combat. Ils se battraient en duel jusqu'à ce que mort s'ensuive et cette mort déciderait de l'issue de la bataille. Si Harry Potter mourait … et ils en étaient sûrs … l 'école appartiendrait au Maître des Ténèbres et tous ceux qui s'y trouveraient lui feraient allégeance, élèves comme professeurs. Si le Lord Noir mourait … c'était impossible, il était immortel … les Mangemorts et tous les combattants présents déposeraient les armes.
Le soir, au dîner, Minerva MacGonagall annonça à tous les conditions de la bataille. Elle proposa encore aux élèves et même aux professeurs qui avaient une famille ou des enfants de quitter Poudlard. Madame Bibine avait deux grandes filles, l'une à Londres, l'autre à Liverpool. Elles attendaient toutes les deux un bébé. Mais la professeur de vol sur balai refusa de partir. Ses petits-enfants naîtraient dans un monde libre. Elle se battrait pour eux. Le mari de Madame Chourave travaillait au Ministère de la Magie. Lui aussi aurait à se battre. Enfin le fils de Madame Pomfresh était médicomage à Sainte Mangouste. Il aurait son travail à faire après la bataille. Mais quand la Directrice parla de la dernière condition, le duel entre Harry et Voldemort, il se fit un grand silence. Tous les regards se tournèrent vers la table des Griffondors où leur champion était assis, encadré de Draco et de Colin, avec Ron et Hermione en face de lui. Qu'il était jeune, et beau, et pâle, leur Héros ! Une si lourde charge … sur des épaules bien minces ! Alors Harry se leva et dit :
« Je me battrai jusqu'au bout de mes forces. Et avec votre soutien, je le vaincrai. Je vous le jure.»
Sibylle Trelawney se dressa alors d'un bond. Son visage devint lumineux et sa voix était puissante. Elle semblait en transes. Elle annonça haut et fort :
« LE LORD NOIR MOURRA QUAND VIENDRA LA HUITIEME HEURE. IL Y AURA DES MORTS, DES BLESSES, DES CŒURS BRISES. MAIS LES PROTECTEURS DE POUDLARD SERONT A NOS COTES ET A MINUIT, VOUS FETEREZ LA VICTOIRE ! »
