Dors Draco
Presque tout est à J.K.R. Cette bataille est à moi.
Chapitre 33
Pour chaque événement, il y a trois temps : « l'avant », le « pendant » et « l'après ».
« L'avant », c'est cette période où l'on compte les mois, les jours, les heures et même les secondes, cette période faite d'espoir si l'événement est heureux ou de peur si au contraire on le redoute, cette période incertaine où l'on se demande parfois si on va vivre jusqu'à ce que cela se produise.
Le « pendant » finit toujours par arriver. Il est tel qu'on l'avait rêvé ou il est totalement inattendu. Il passe. Quelquefois on a à peine le temps de s'en rendre compte qu'il est déjà passé.
Et tout de suite on est dans « l'après ». Cela s'est passé ainsi lors de la bataille de Poudlard.
C'est étrange comme le temps peut être élastique. Avant le midi solaire, les minutes semblaient des heures. Mais dès que les barrières magiques furent levées, le temps se mit à faire des bonds.
Midi une minute
Une centaine de Mangemorts foulent la pelouse du parc. Sur un bref signe de leur chef, ils hurlent en chœur leur cri de guerre : « MORDMORDRE ! ». Après un instant de stupeur, les défenseurs lancent : « POUDLARD ! » Le premier éclair de sortilège vient du camp Mangemort. Ils portent tous une robe de sorcier noire renforcé sur la poitrine d'un corselet de cuir. Leurs mains sont gantées. Certains portent des masques effrayants. Ils attaquent violemment les Aurors qui reculent sous le nombre mais ils sont repoussés à plusieurs reprises grâce aux professeurs et aux habitants de Pré-au-lard. Les sorts volent des deux côtés, bleus, jaunes, violets, rouges, quelques verts.
Midi quarante
Un ordre bref, une vingtaine de Mangemorts font mouvement vers les élèves qui semblent changés en statues. C'est ça, la guerre ? Ces cris, ces jets de lumière, ces corps qui tombent des deux côtés, ce sang qui commence à tacher de rouge la douce herbe du début du printemps ? Théodore, Ron, Hermione et Millicent crient ensemble : « Attention ! ».Et c'est à leur tour de ne plus voir le temps passer, de se battre, encore et encore, avec tous les sortilèges qu'ils ont appris.
Les vingt jeunes gens adeptes des sports moldus entrent en scène. Leurs attaques rapides déstabilisent les assaillants qui ne sont pas préparés à ce genre de riposte. Ils se font désarmer comme des débutants et crient leur rage. L'attaque tourne court. Le temps fait un bond.
Une heure cinq minutes
Un cri au bord du lac. Plusieurs élèves sont entourés par des êtres fantomatiques sortis de l'eau. Des Inferis … qui essayent de les entraîner avec eux. C'est une traîtrise. Le Lord Noir a dit : « Pas de sorts mortels » mais il envoie des morts-vivants pour terroriser les jeunes gens et peut-être les noyer. Des mains de Harry sort un long trait de feu. Les Inferis reculent mais ils emmènent avec eux un garçon et la fille qui va tous les dimanches jouer avec le Calmar Géant. Elle avait choisi cette place pour être à côté de son animal favori. Bien lui en a pris ! Les eaux se mettent à bouillonner. Les sirènes et les strangulots apparaissent. Et les immenses tentacules attrapent les corps morts, les secouent comme de vulgaires pantins et les jettent au loin dans les eaux du lac. Les êtres aquatiques se chargent de les entraîner au fond et de les y enchaîner. Les deux jeunes gens regagnent la rive à la nage. De loin, Harry leur jette un sort de séchage. Aucune protestation ne vient de la part du Lord Noir. Il a essayé, Harry a répondu à sa provocation. Un point partout.
Il y aura pendant tout le combat des moments comme ceux-là. Peu de gens les verront tous. En fait, seul Harry, perché sur le perron, immobile, attendant l'attaque du Maître des Ténèbres, sera le témoin de tous ces faits et gestes. Cela fait partie du plan de Voldemort. Il pense ainsi affaiblir son adversaire par la vue de tous les mauvais coups encaissés par son camp. Il sous-estime grandement la force d'âme du Survivant. Celui-ci a déjà tant souffert qu'il sait réagir positivement à ces basses manœuvres.
Une heure trente, une pause
Les Mangemorts reculent jusqu'aux limites de Poudlard, emportant une dizaine de blessés gravement atteints et laissant deux des leurs sur la pelouse. Un certain nombre d'entre eux sont hors de combat. Ils n'ont plus de baguettes. La tactique d'attaque avec les balais a fonctionné à merveille. Les membres des équipes de Quidditch sont super rapides. Ils ont survolé les rangs ennemis à une telle vitesse qu'aucun sortilège ne pouvait les atteindre. Eux par contre ciblent les Mangemorts presque à coup sûr. Ils lancent des Expelliarmus, les baguettes magiques ennemis volent et Harry s'aperçoit que quelques elfes se font un plaisir de les trouver dans l'herbe et de les ramener dans l'autre camp où elles sont enfermées dans un coffre de fer. Tant de bravoure chez de si petits êtres ! Tout à coup, Harry se sent plein d'admiration pour eux et aussi pour Hermione qui veut qu'on les traite en créatures libres.
Aucun mort du côté de Poudlard mais quatre Aurors, deux habitants du village, les professeurs Sinistra et Slughorn ont des blessures sérieuses. Il n'y a que quelques blessés légers parmi les élèves. Du haut du perron, Harry a bien observé le combat. Les Mangemorts ont utilisé des sorts assez faciles, sans aucune trace de magie noire. Mais Ron et Hermione étaient particulièrement visées. Tout à coup, la voix amplifiée reprend :
« ALORS, HARRY POTTER, QU'EST-CE QUE CA FAIT DE VOIR TOMBER SES AMIS ? »
Voldemort est quelque part mais il reste invisible. Harry doit être sans arrêt sur ses gardes.
« MONTRE-TOI, TOM JEDUSOR, ET JE TE LE DIRAI. »
« OH NON ! JEUNE INSOLENT ! C'EST QUAND JE VEUX, COMME JE VEUX. ET APPELLE-MOI MYLORD CAR JE SUIS TON MAITRE ET CELUI DE TOUS CEUX QUI SONT ICI. »
« NON ! TU N'ES LE MAITRE QUE DE CEUX-LA … ET ENCORE … FINITE FINITE IMPERIO ! »
Il y a des remous dans les rangs des Mangemorts. Plusieurs d'entre eux semblent se réveiller. Ils regardent de tous les côtés puis jettent leur baguette et tentent de fuir mais ils sont vite rattrapés.
« TU ME PAYERAS CA, POTTER ! » dit la voix, devenant grinçante.
Une heure 50, nouvelle attaque
Les Mangemorts sont moins nombreux mais plus féroces. Un nuage noir se pointe à l'horizon. Les Détraqueurs … C'est le moment de voir si la machine inventée par Elizabeth Colwin fonctionne. Greg lance le moteur de l'Anglia postée à l'orée de la Forêt. Mais les Détraqueurs passent assez loin d'elle. Des Patronus fusent. Un Lapin, une Loutre, un Faisan, une Grenouille et soudain, un Tigre, une Licorne, un Loup, un Buffle … Les Détraqueurs reculent. Et il se produit une chose étonnante. Le son d'un cor de chasse retentit. Toute la troupe de fantômes de Sir Patrick Delaney - Podmore arrive. On les distingue à peine dans la lumière du jour mais ils repoussent les Ombres Noires vers la machine moldue qui rugit . Et beaucoup de Détraqueurs se transforment en petites billes noires qui tombent au sol. Les autres s'enfuient. Les elfes de maison se précipitent, ramassent les billes et les enferment dans un tonnelet percé d'un petit trou. Le chef des Aurors a assisté de loin à la scène. Il pense déjà à l'utilisation de la machine pour éliminer définitivement les Détraqueurs. La jeune fille qui dirige le rayon de destruction est un Génie …
Milieu d'après-midi. On ne compte plus les heures. Le temps n'a plus d'importance.
Nouvelle pause. Les Mangemorts ont morflé. Ils sont en débandade malgré les hurlements de leur chef. Ils se battent par habitude alors que leurs adversaires se battent pour défendre leur territoire. Ces derniers y mettent donc plus de hargne et plus d'acharnement. Les elfes passent parmi les combattants, apportant des boissons et de la nourriture. Winky et Léonny proposent discrètement un petit verre de Whisky Pur Feu à ceux qui paraissent épuisés. En face, l'intendance n'a pas suivi. Les Mangemorts n'ont même pas d'eau pour se désaltérer. Certains désertent pour aller boire dans les pubs ouverts de Pré-au lard. On entend soudain une explosion. Le baril piégé de la Tête de Sanglier vient d'exploser, faisant une vingtaine de victimes.
La voix amplifiée ne s'est plus manifestée. Lord Voldemort est allé voir comment se passaient les autres attaques qu'il a lancées. Ce n'est pas bon pour lui. Partout ses partisans étaient attendus. Il a subi de grosses pertes. Il commence à se douter de la trahison de quelqu'un de son entourage. Mais QUI ? Sa fureur est terrible. Tout à coup, Dobby transplane près de Harry qui suit le combat avec douleur et espérance. Il est tout blanc et essoufflé comme s'il avait couru à toute vitesse.
« Les géants arrivent. Ils ne sont plus que deux. J'ai réussi à faire boire de la potion violette à l'un d'eux et je me suis fait poursuivre par les autres. Ils en voulaient aussi mais je n'avais pu emporter qu'une seule gourde. Le troisième dort en ronflant si fort qu'on l'entend jusqu'ici. »
Deux énormes géants arrivent en effet en courant et en soufflant. Soudain, l'un d'eux s'arrête. Il est assailli de toutes parts par de minuscules branchettes brunes, des Botrucs très en colère. De leurs deux doigts coupants comme des lames de rasoir, ils attaquent ses yeux et ses grands pieds. Ils s'acharnent sur les talons, coupant petit à petit les tendons d'Achille, jusqu'à ce que la grosse masse de chair s'écroule sur le sol en se débattant et en hurlant. David a vaincu Goliath. Dobby en profite pour reprendre une gourde de potion et aller la verser dans la bouche grande ouverte. Graup et Hagrid sortent de la forêt où ils attendaient l'arrivée des géants. Ils n'ont pas trop de mal à vaincre le dernier. La grosse masse d'armes de Graup l'assomme pour le compte. Les derniers Mangemorts font retraite à la vue de leurs nouveaux et gigantesques adversaires.
Vers cinq heures, pause générale.
Les blessés affluent vers la tente blanche. Trois morts à Poudlard : un Auror touché par un Avada Kedavra, un habitant de Pré-au-lard atteint en plein cœur par un sort de magie noire inconnu et Argus Rusard, mort en héros. Il s'est jeté devant Madame Pince attaquée par un Mangemort. Il a brandi sa baguette de saule. Le nuage rose a protégé la bibliothécaire mais lui a été touché par un sort mortel. Harry a été témoin de la scène et son cœur s'est serré. Pauvre Rusard, dont les élèves se sont si souvent moqué …
Les élèves de deuxième et troisième années ont magnifiquement réussi leur travail particulier : lancer le contre-sort chaque fois qu'un grand de leur groupe était touché par un sort. C'était leur mission et ils s'y étaient préparés avec beaucoup de sérieux. Millicent et Parvati sont les élèves les plus touchées, la première a reçu un Doloris en pleine tête en protégeant Owen Green, la seconde se trouvait à côté d'Hermione souvent attaquée par plusieurs Mangemorts en même temps.
La voix amplifiée retentit de nouveau. Elle est beaucoup moins triomphante que la dernière fois. Les choses se passent mal sur les autres fronts. L'attaque de la banque Gringotts a laissé aux assaillants un souvenir cuisant. Voldemort y avait envoyé son dragon Vert gallois, pensant terroriser les petits êtres magiques. Mais les Gobelins ont fait monter des souterrains leur propre dragon, une femelle Feudor de Hongrie. Les deux animaux se sont lancé des flammes de différentes couleurs. C'est leur manière de communiquer. La femelle voulait des bébés. Elle a proposé le mariage au mâle Vert gallois qui n'a pas dit non et ils sont descendus ensemble dans les souterrains, laissant plantés là les Mangemorts qui se sont fait taillés en pièces par les Gobelins en furie et les habitants du Chemin de traverse, menés par Fred, Georges et Monsieur Stemper, le père de Gloria. La voix retentit.
« LA BATAILLE NE FAIT QUE COMMENCER, HARRY POTTER. COMBIEN DE MORTS AS-TU DEJA SUR LA CONSCIENCE ? »
« JE VAIS AVOIR LA TIENNE SI TU N'AS PAS PEUR DE TE MONTRER. »
« PEUR ? TU OSES M'ACCUSER D'AVOIR PEUR ? C'EST TOI QUI DEVRAIS TREMBLER. C'EST MAINTENANT QUE JE VAIS ENVOYER MES MEILLEURS COMBATTANTS ALORS QUE TES TROUPES SONT EPUISEES ET DECIMEES. TOI ET TES AMIS SERPENTARDS, VOUS ALLEZ AFFRONTER MES VAILLANTS GUERRIERS, MES VRAIS MANGEMORTS. APPARATE ! »
Cinq heures trente, le ciel devient plus sombre. La nuit approche.
Quarante neuf Mangemorts apparaissent, formant un carré parfait de sept assaillants par côté. Ce sont tous des anciens, leur masse sombre est impressionnante. Ils ne sont pas masqués. Devant se trouvent des visages connus. La voix les interpelle. « CRABBE ! PARKINSON ! NOTT ! GOYLE ! BULSTRODE ! APPELEZ VOS ENFANTS! ET VOUS SERPENTARDS, OBEISSEZ A VOS PERES ! »
Les élèves interpellés sortent des groupes, un peu pâles. Mais la réponse est unanime : « NON ! »
« ALORS TUEZ – LES ! »
« NON ! » C'est la voix amplifiée de Harry.
« CE SONT LEURS PARENTS. ILS ONT SUR LEURS ENFANTS DROIT DE VIE ET DE MORT. »
« Père ! crie Théodore Nott. N'écoute pas ce fou. Il n'est pas ton Maître. C'est un Tyran, un Mégalomane. Il se sert de vous pour prendre le pouvoir mais il ne respecte personne. Vous n'êtes rien pour lui. Il vous envoie à la mort sans un regard, sans un regret. Réveille-toi, père. Il est encore temps. »
Sa voix a résonné dans un silence soudain. Les Mangemorts ne font aucun geste. Pas un seul n'a levé sa baguette vers les enfants aussi immobiles que s'ils avaient été stupéfixés. Alors la voix s'élève à nouveau.
« LUCIUS MALFOY, VIENS COMMANDER TES TROUPES. »
Un cinquantième Mangemort apparaît devant les autres. Il a des cheveux blancs mi-longs, des yeux pâles et Draco lui ressemble. Il a le même air aristocratique, le même port de tête. L'homme porte une robe de sorcier verte brodée d'argent. Son corselet de cuir porte un blason orné d'un serpent. Il est magnifique. Et, baguette en main, aux côtés de Pansy et de Blaise, Draco se met à trembler.
