Dors Draco

Je rends à J.K.R. ce qui est à la Sérénissime et je garde ce qui est à Pyanfar c'est-à-dire l'organisation du duel et le Triplex Pugnalis.

Chapitre 35

Lentement, le cœur de Harry se brise. C'est une dernière douleur, une douleur inattendue, la douleur de trop. Il entend à peine le Maître des Ténèbres qui continue à parler à Draco d'une voix caressante.

« AS-TU REMPLI TA MISSION ?

- Oui Mylord.

« T'AIME-T-IL DE TOUT SON CŒUR ?

- Oui Mylord.

« ET TOI, L'AIMES-TU ?

- Non Mylord. Qui voudrait d'un minable Balafré comme lui ? »

Le ton est hautain, méprisant, le ton de l'ancien Malfoy quand il se moquait de Harry autrefois. Et curieusement, c'est cela qui sort le jeune homme brun du puits sans fond dans lequel il tombe. Quelque chose ne va pas. Il regarde attentivement le jeune homme blond en face de lui. Son sourire est moqueur, les paroles qu'il vient de dire sont blessantes, il a un air triomphant, debout aux côtés du Lord Noir dans toute sa splendeur. Mais une toute petite chose n'est pas normale. Ses yeux ne sont pas gris, ils sont noirs. Autour d'eux, la rumeur grandit. Draco Malfoy est un traître. Les « Je vous l'avais bien dit ! » forment un murmure de plus en plus fort. La voix de Lucius Malfoy domine celle des autres.

« Réveille-toi, mon fils ! »

Harry se redresse et dit : « SILENCE ! »

Son esprit est clair. Il sait qu'il ne faut pas répondre à la provocation de Voldemort. Il ne doit montrer aucune faiblesse. Pour le moment, que Draco l'ait trahi ou non n'a pas d'importance. Il doit porter le combat sur un autre terrain.

« ENFIN VOUS VOUS DECIDEZ A PARAITRE, TOM JEDUSOR. LA JOURNEE NE VOUS A PAS PARU TROP LONGUE ? COMMENT S'EST PASSEE L'ATTAQUE DU MINISTERE ? VOUS A-T-ON BIEN ACCUEILLI A GRINGOTT ? L'ANNONCE DE VOTRE VICTOIRE EST-ELLE PRETE A PARAITRE DANS LA GAZETTE DU SORCIER ?

Sans le savoir ou peut-être à cause d'une prémonition, Harry vient de frapper juste. Les choses ne se sont pas arrangées pour Voldemort en ce début de nuit. Ses troupes ont été partout repoussées. La défaite la plus honteuse et aussi la plus ridicule, c'est celle que ses partisans ont subi au Chicaneur. Oreste Lovegood, le père de Luna, aidé de son vieil employé et de trois elfes de maison, a vaincu dix Mangemorts avec le concours de ses machines. Il les a ensorcelées et elles se sont mises à bombarder les assaillants avec leurs lettres de plomb, imprimant des injures et des moqueries sur leur visage. Elles ont envoyé sur eux de longs jets d'encre qui les ont trempés de la tête des pieds. Ils ont dû battre en retraite, poursuivis par de lourds rouleaux de papier qui menaçaient de les écraser.

Oui, Voldemort doit vaincre à Poudlard. C'est son dernier recours. Il saute avec légèreté du mausolée de Dumbledore. On dirait qu'il plane. Puis il avance à grand pas sur la pelouse du parc, il s'arrête, il trace autour de lui un large cercle d'environ cinq mètres de rayon : c'est sa surface de combat. Il reprend :

« FINISSONS-EN , POTTER. PREPARE-TOI A SOUFFRIR ET A MOURIR. »

Il fait un geste de la main. Les enfants, Narcissa Malfoy et Severus Snape se rassemblent à sa gauche. Bellatrix Lestrange se poste à sa droite. Peter Pettigrow, lui, s'abrite derrière le Lord Noir. Draco, le visage fermé, la main serrée sur sa baguette magique, prend place aussi à gauche devant les enfants. Il semblerait qu'il soit vraiment devenu leur capitaine selon le vœu de Voldemort.

« JE T'ATTENDS, POTTER. »

Harry a profité de cet instant de répit pour sonder très rapidement par Légilimencie les pensées de ses adversaires. Curieusement, Snape, qui est pourtant un excellent occlumens, n'a pas fermé son esprit. Harry n'y voit aucune agressivité, pas plus que chez Narcissa. Les enfants pensent tous à la même chose : une page de runes anciennes. Cela renforce chez Harry l'idée qu'ils sont sous Imperium. Bellatrix est folle de haine. Pettigrow est mort de peur. Harry remarque qu'il tient une sorte de sacoche entre ses mains. Draco …

Draco hurle de douleur … Son visage est souriant mais à l'intérieur de lui, il hurle. Lui aussi est sous Imperium. Mais comment est-ce possible ? Harry n'a vu, n'a senti aucun sortilège l'atteindre. C'est alors qu'il remarque le bras droit de Draco. Il est raidi, sa main est crispée sur sa baguette magique et une mince spirale verte bouge autour de son poignet. Harry comprend en un éclair. La baguette … Voldemort l'a touchée … Il y a laissé son empreinte … C'est de cette façon qu'il tient Draco enchaîné à lui …

Mais encore une fois, ce n'est pas le moment de penser à autre chose qu'à la bataille. Harry s'avance à son tour. Il a bien étudié le rituel des duels sorciers. Il se place à la bonne distance et trace son propre cercle. Il est de la même grandeur que celui de Voldemort mais les deux cercles ne sont pas tangents. Ils se coupent et délimitent au centre une zone qui prend une couleur dorée. Pendant le combat, les sorciers duellistes ne doivent pas y pénétrer. Il n'y a pas de corps à corps possible. Le combat se fait uniquement par sortilèges … Enfin, Hermione a bien dit à Harry de se méfier. Des sorciers peu scrupuleux ont souvent violé cette règle. Harry fait un geste, Ron et Hermione l'encadrent. Neville se place à l'arrière. Cela fait rire Bellatrix qui n'a pas encore ouvert la bouche.

« LE BEBE LONDUBAT A PEUR ? IL S'ABRITE DERRIERE SON BALAFRE ? »

Mais Neville ne répond pas à la provocation. Il serre les dents. Lui aussi aura un combat à gagner, mais plus tard.

« JE SUIS PRET, TOM JEDUSOR. » dit Harry.

Et comme il ne veut pas que Voldemort prenne un quelconque avantage, il attaque. Aux échecs, ce sont les blancs qui jouent les premiers.

« DESTRUCTIO FINITE FINITE IMPERIO PROTEGO ! »

Il a lancé les trois sortilèges à la suite. La vitesse est l'un de ses points forts. Un mince trait de couleur rouge et la baguette de Draco explose. Le jeune homme blond hurle avec sa voix et non plus avec son cerveau. « HARRY ! » Il se précipite hors du cercle de Voldemort et entre dans l'autre. Il tient son bras droit avec le gauche, sa main est légèrement blessée et saigne. Sans quitter Voldemort des yeux, Harry prend dans une poche intérieure de sa robe la baguette offerte par le saule et la tend à Draco. Il murmure très vite :

« Soigne-toi et protège-toi. »

La réaction du Lord Noir est immédiate.

« CAPILLUS INCENDIO ! »

Les cheveux d'Hermione sont parcourus de flammèches mais avant qu'ils ne prennent feu, Neville lance :

« AQUAMENTI ! »

L'eau arrive en pluie sur la tête d'Hermione et éteint les flammes. La voix de Harry s'élève.

« NE T'EN PRENDS PAS A MES AMIS, JEDUSOR. TON ADVERSAIRE, C'EST MOI ET PERSONNE D'AUTRE. »

Et tout à coup, le combat se déchaîne. Les sortilèges volent, se croisent, se percutent, s'annulent tandis que l'air résonne de formules connues ou bientôt inconnues. Il y a les sortilèges oubliés qui surgissent de la mémoire profonde de Harry et des maléfices de magie noire projetés par Voldemort. Les jets de lumière sont de toutes les couleurs. Ils illuminent le ciel où brille une énorme lune pleine. Le temps de nouveau devient élastique. Le premier round a-t-il duré une minute ou dix ? Les spectateurs médusés n'en savent rien. Tout va beaucoup trop vite.

Puis c'est la pause. Les deux sorciers reculent, baissent les bras et se regardent dans les yeux. Ils se sont frottés l'un à l'autre et ils se sont jaugés. Voldemort a compris que Harry était très fort et qu'il connaissait de nombreux sorts oubliés mais très efficaces. Il a aussi remarqué sa vitesse d'exécution. Mais son adversaire n'a utilisé ni Sortilèges Impardonnables, ni magie noire. Il est satisfait. Ce sera facile de le vaincre. Voldemort se berce d'illusions. Harry a été à bonne école. Il sait qu'il ne faut pas dévoiler son jeu à son adversaire. Sa vitesse et sa puissance sont bien plus grandes que ce qu'il vient de montrer. Sa détermination vient encore d'augmenter avec l'attaque menée contre Hermione et contre Draco.

Mais il a aussi compris que le combat ne sera pas longtemps loyal. Par deux fois, Voldemort lui a envoyé des sorts très noirs qui auraient pu le blesser gravement. Il a fait face sans se troubler. La magie noire, certains de ses ancêtres la connaissaient bien. Harry sait se défendre. Jusque maintenant, il a pu lancer tous les contre sorts. Il n'a pas beaucoup attaqué. Il réserve à son adversaire bien des surprises. Le combat reprend. C'est cette fois Voldemort qui lance le premier sort.

« EXPELLIARMUS ! »

Curieusement, le sort passe à côté de Harry, frôle Neville et se dirige vers les élèves et les adultes rassemblés devant la porte de l'école. Une partie des baguettes volent mais la plupart restent dans les mains de leurs propriétaires. Luna avait raison. La cire d'abeille d'Abyssinie est efficace. Quelques personnes sont projetées à terre. Théodore crie : « PROTEGO ! » et tous ceux qui ont une baguette de saule la pointe en avant. Aussi quand le Lord Noir double avec un « ENDOLORIS ! » non seulement les baguettes de Cornélia repoussent le sort mais elles le renvoient vers Voldemort qui accuse le coup.

Harry a lancé en même temps un « BOMBAGIA GAMBA ! »,le sort élémentaire de « JAMBES EN COTON » et le puissant Maître des Ténèbres chancelle et recule comme un simple élève de deuxième année. La scène n'a duré qu'une seconde mais on sent que le duel passe à un stade supérieur. Maintenant tous les coups seront permis. Voldemort ne veut pas perdre la face. Il répond avec un sort de magie noire, le « TRIPLEX PUGNALIS ! » Il y a peut-être cinq sorciers dans le monde capable de le lancer. Il faut être extrêmement rapide pour que les trois poings frappent en même temps, l'un au front entre les deux yeux, l'autre en bas du sternum à la hauteur du cœur, le dernier sur le pubis juste au-dessus du sexe.

Ce sortilège met hors de combat n'importe quel sorcier, il n'y a pas de contre sort, on peut juste l'éviter en se jetant de côté. Encore faut-il le faire à la vitesse de l'éclair. Harry est aussi rapide qu'un vif d'or. Non seulement il évite le sort mais il le renvoie en utilisant trois doigts de sa main tendue. Et ça, Harry est le seul sorcier à oser le tenter. C'est Voldemort qui est durement frappé à la tête, au cœur, au sexe. Il recule de deux pas et tombe à genoux. Mais avant que Harry puisse profiter de cet avantage, il se produit deux événement. Bellatrix se jette en avant, elle entre dans la partie centrale et pointe sa baguette sur Harry mais elle est brutalement rejetée en arrière par Neville qui la surveillait, le visage dur. Et les huit enfants se précipitent tous vers Voldemort, l'entourent et lui parlent d'une voix angoissée.

« Oncle Elvis, oncle Elvis, ça va ? Tu as mal ? Qui t'a fait ça ? »

Puis ils se retournent ensemble et pointent leur baguette magique sur Harry qui ne sait plus quoi faire. Il ne peut attaquer ces enfants, c'est impossible. C'est un instant irréel. Huit anges blonds protègent un terrible Démon Noir au péril de leur vie. Mais Narcissa Malfoy se précipite.

« Venez, enfants, ce n'est rien. Votre oncle va se relever tout de suite. Venez boire quelque chose, ça va vous faire du bien. »

Pendant qu'elle sort un flacon d'un liquide rosé, Voldemort se relève. Harry garde sa baguette pointée sur lui et dit d'une voix puissante :

« ONCLE ELVIS ? MONTRE LEUR TON VRAI VISAGE VOLDEMORT ! REVELATUM ! »

Le masque d'argent de Voldemort est brutalement arraché et sa face de serpent apparaît. Ses yeux rouges fixent Harry avec rage et avec haine. Il y a un instant de pause. Une voix se fait entendre. Narcissa a versé quelques gouttes de potion dans huit verres grands comme des dés à coudre. « Buvez, enfants,» dit-elle Ils lui obéissent et en même temps, elle entonne une invocation.

« RA REVA REVELA REVELARA REVELAVERA ! »

Les huit enfants s'immobilisent, leurs yeux écarquillés fixés sur le Lord Noir, la bouche grande ouverte. Puis il y a des cris de terreur et ils s'enfuient à toutes jambes vers leurs camarades réunis devant Poudlard. Ils viennent de sortir d'une longue période de sortilèges. Ils s'effondrent dans les bras accueillants des élèves de leurs Maisons. Le Maître des Ténèbres crache à Narcissa :

« TOI AUSSI TU ME TRAHIS ? CRUXIS MORT … »

Il ne peut finir son sortilège. Severus Snape s'est jeté devant Narcissa en criant « PROTEGO ! » et en même temps, Lucius Malfoy qui accourt à l'aide de sa femme crie : « DIFENDARE ! » Le sort mortel est repoussé mais sa force est si puissante qu'ils tombent tous les trois évanouis et ne bougent plus.

Cette fois encore, le temps est élastique. Cette scène incroyable a-t-elle duré une minute ou une seconde ? Nul ne le sait : ni les Aurors occupés à récupérer, avec l'aide des elfes de maison, leurs baguettes envolées, ni les professeurs, émus du retour des enfants enlevés, ni les autres élèves, totalement dépassés par les événements.

Et le duel reprend, encore plus impitoyable. Ron surveille Voldemort sans pouvoir intervenir dans le combat proprement dit. C'est la règle. Il est juste témoin. Il garde aussi un œil sur les deux hommes et la femme immobiles sur le sol. Leur revirement est plus que suspect à ses yeux, Est-ce une ruse du Lord Noir ? Neville s'est maintenant avancé aux côtés d'Hermione. Ils surveillent tous les deux Bellatrix qu'ils sentent prête à tout pour aider son Maître.

Les sortilèges se croisent, rouges, violets, noirs, verts. Et le temps s'étire …

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