Dors Draco

Il est très facile de commencer une guerre. Il est beaucoup plus difficile de la terminer. Merci, Madame Rowling, de m'avoir prêté vos personnages pour finir la mienne.

Chapitre 36

Le duel continue, de plus en plus impitoyable.

Ron s'est posté du côté droit de Harry. Il surveille les deux hommes et la femme évanouis sur le sol. Lucius et Narcissa Malfoy ont trahi Voldemort, c'est pratiquement sûr, mais Snape ? A côté de lui, Draco regarde avec fierté son père et sa mère. Ils ont renié leur attachement au Lord Noir pour l'amour de leur fils, ce que n'ont pas osé faire les parents des autres Serpentards. Lui aussi se pose des questions sur le professeur Snape. Il l'a tout de même vu tuer Dumbledore l'année précédente. De l'autre côté de Harry, Hermione fait face à Bellatrix Lestrange. La groupie de Voldemort est folle de rage, folle de haine, folle tout court. Neville s'est avancé lui aussi. Il veut venger ses parents torturés jusqu'à la folie par cette femme. Mais Harry lui a confié une autre tâche. Il doit être prêt à toutes les éventualités. De nouveau, les sorts se croisent, sorts d'attaques à double incantation ou sortilèges d'immobilisation en longues volutes colorées.

« OCULIS CREPARE CREPARE ! »

« BLOCUS BRACIS ! »

Chacun des deux sorciers déploie un impressionnant arsenal de ses capacités. A ce moment du combat, on pourrait les croire à égalité. C'est dans leur esprit que se trouve la différence. Voldemort se bat parce que la prophétie lui a indiqué Harry Potter comme adversaire. Dès qu'il l'aura vaincu, il sera le Maître de l'univers. Harry se bat parce que derrière lui, toute une école le soutient et compte sur lui pour éviter que les Ténèbres ne s'abattent sur leur monde. Dans une compétition où les adversaires sont à égalité, c'est le mental qui fait la différence. Cette fois encore, le combat fait une pause sans apporter l'avantage à l'un ou à l'autre combattant.

Il est sept heures trente. Voldemort se redresse et sourit. Voilà le moment qu'il attendait.

Du portail de Poudlard monte une rumeur faite de cris, d'appels, d'ordres hurlés et tout à coup, une horde d'hommes vêtus de noir, sales, blessés quelquefois, hagards, pénètre dans le parc. Ce sont les renforts que Voldemort attendaient. Mais ils sont dans quel état ! Ils ont perdu toutes les batailles. Les Aurors et les sorciers résistants, y compris ceux de l'Ordre du Phénix, les attendaient partout et les ont tous vaincus. Ils ont même dû faire face à des combattants venus de l'étranger. L'armée de Voldemort est tiraillée entre découragement et désir de vengeance. Ils envahissent la pelouse, prêts à en découdre si leur Maître leur en donne l'ordre. Ils voient alors sur le sol les deux cercles de duel et les duellistes face à face. Ils s'arrêtent.

Le Lord Noir leur fait du bras un geste circulaire. Alors d'un pas lourd, ils se mettent sur plusieurs rangs derrière leur Maître à l'extérieur du cercle. Voyant cela, tous les élèves dévalent la pente et vont se placer de la même façon derrière le cercle de Harry, rejoints par les professeurs et les Aurors rescapés. Un lourd silence s'installe, brisé par la voix de Voldemort.

«SAIS-TU POTTER QUE NOUS AVONS EXACTEMENT LE MEME NOMBRE DE PARTISANS DE CHAQUE COTE DES CERCLES ? ALORS RAPPELLE-TOI NOTRE CONTRAT. QUAND J'AURAI GAGNE, TOUS LES TIENS SERONT A MOI. »

La voix assurée de Harry.

« MAIS SI JE GAGNE,TES SERVITEURS DEPOSERONT LES ARMES. »

Il y a des remous des deux côtés mais aucune protestation ne s'élève. C'est comme ça que cela doit finir. Il est temps que tout se termine. C'est alors que se produit une chose comique. Un elfe de maison, oreilles au vent, accourt auprès de Bellatrix et s'accroche des deux mains à sa robe. C'est Kréatur.

« Maîtresse, maîtresse, je ne veux pas rester ici. Je veux servir la bonne famille Black. Gardez-moi avec vous . Ecoutez-moi, j'ai un secret à vous dire. »

Il tire sur la robe et Bellatrix se penche un peu. Il murmure quelques mots et le visage de la Mangemort s'illumine. Elle s'approche de Voldemort et lui parle à l'oreille. Personne n'a eu le temps de réagir du côté de Harry tant la surprise a été grande. Mais en voyant le sourire sinistre grandir sur la face de serpent, Harry comprend qu'il se passe quelque chose de nouveau et de grave. Le combat n'a pas repris. La baguette de Voldemort est toujours dirigée vers le sol. Ce n'est que lorsqu'il sera dans la bonne position que les sortilèges pourront reprendre. Harry est décidé à en finir. Il va lancer le sortilège de la disparition d'âme dès que le bras de son adversaire se lèvera. Mais Voldemort a l'air de s'amuser. Il se tourne vers Draco et dit :

« ALORS FINALEMENT TU AS REMPLI LA MISSION QUE JE T'AVAIS IMPOSEE PENDANT TON SOMMEIL ? TU AS REUSSI A FAIRE LE SERMENT AVEC HARRY POTTER ? RIEN QUE POUR CELA, J' EPARGNERAI A TES PARENTS DE TROP GRANDES TORTURES. ILS MOURRONT VITE. »

Il lève sa baguette et la tend vers Draco devenu blanc comme un mort.

« ANNATA OBLITARE ! »

Draco reçoit le sort en pleine tête. Malgré la brume rose dégagée par la baguette de saule qu'il tient à la main, il est projeté en arrière et retombe, inanimé, les yeux clos. Juste à ce moment, profitant de l'inattention de son adversaire, Harry commence à réciter la formule qu'il a trouvé dans « Mes Premiers Duels. »

« NIL JARO JARONIL SARONIL SIRAS ! »

Un éclatant jet de lumière blanche et or … Voldemort se retourne avec des yeux exorbités. Il pensait avoir réussi son coup : effacer l'amour de Draco pour Harry et d'après le Serment avoir toute facilité pour faire mourir le Survivant. Mais rien ne se passe comme prévu. Sous le coup du sortilège, lentement, il vacille, s'agenouille, s'effondre sur le sol en tendant sa baguette vers Queudver qui jusque là, s'est tenu très tranquille dans son coin. Il murmure : « Accio Accio Horcrux … » et il se recroqueville comme un pantin de chiffon.

Autour des deux cercles, c'est la stupéfaction. Quoi ? C'est fini ? Le Lord Noir est vaincu ? Personne ne semble y croire. Du côté des Mangemorts, le découragement gagne du terrain. A quoi bon se battre pour un Maître déchu ! Mais ce n'est pas l'avis de Bellatrix Lestrange. Elle se jette vers Harry qui est secoué de longs frissons. Hermione la tire en arrière et c'est maintenant Neville qui redit la formule. Il a décidé de ne pas tuer Bellatrix quand il a appris par Harry le sortilège de destruction d'âme. Elle deviendra comme ses parents, une coquille vide. Il tient fermement sa baguette pointée sur elle et répète :

« NIL JARO JARONIL SARONIL SIRAS ! »

La même lumière éblouissante … A son tour, elle se transforme en une poupée de chiffon, sans force et sans conscience.

En même temps, un autre drame se joue sur le ring. Queudver a ouvert son sac et, en se servant de sa main d'argent, il en a sorti un petit galet en forme de lion. Normalement le Horcrux devrait sortir et redonner vie à son Maître. Mais c'est une tout autre chose qui arrive. Dans son affolement, Queudver n'a pas pensé à mettre les gants en peau de dragon. Le galet rayonne soudain d'une lueur verte. Il est piégé avec un Avada Kedavra. Le sort mortel frappe Queudver en plein coeur. Il tombe en arrière, les bras en croix, tué net.

Une autre scène encore se passe juste en face. Harry est tombé à genoux sur le sol, les yeux fermés, les bras sans forces. Tout à coup, il pousse un grand cri et son front s'ouvre sur toute sa longueur, libérant un amas de sang noir et coagulé qui vole jusqu'au corps recroquevillé de Voldemort. Le dernier Horcrux répond à l'appel de son Maître. Déjà il se pose sur son front et s'apprête à redonner vie au Seigneur des Ténèbres. Mais Neville a réagi. Il attrape Harry par le bras, le force à se relever et lui crie :

« ALLEZ HARRY, ENSEMBLE ! »

Et malgré la douleur, malgré le sang qui ruisselle sur son visage, malgré l'horreur qu'il vient de vivre, Harry se redresse. Il ne voit rien, sa tête menace d'exploser. Neville prend alors sa main, la joint à la sienne, leurs deux baguettes magiques se lèvent ensemble, ils recommencent la formule et la lumière les accompagne.

« NIL JARO JARONIL SARONIL SIRAS ! »

A peine ont-ils fini que Harry s'effondre et s'évanouit. La grosse boule de sang noir a reçu le sortilège. Elle siffle violemment et disparaît. Cette fois, pour de bon, Voldemort n'a plus d'âme. Il n'est plus qu'un corps sans réaction, sans pensée, sans force. Tout autour, les spectateurs de deux camps ne sont pas encore sortis de leur stupeur. Ils sont témoins d'une dernière scène que Harry ne verra pas. Deux hommes et une femme se sont redressés dans l'ombre. Ils pointent leurs baguettes magiques sur le corps agité de quelques soubresauts de Voldemort et c'est une tout autre formule qu'ils disent ensemble.

« AMALI AMALI TOPOLAS TOPOLAS SUMALI SUMALI TILAS TILAS RAS. »

Cette fois, le jet de lumière est noir et argent. C'est la formule de destruction totale. Le corps de Voldemort rétrécit jusqu'à n'être plus qu'une petite boule de chair puis il disparaît définitivement. Il ne reste au sol que Harry et Draco étendus d'un côté, Bellatrix bavotante et Queudver mort de l'autre et ces corps empêchent les adversaires de se jeter les uns sur les autres. Dans la partie dorée des cercles de duel, plusieurs personnes, bras tendus, séparent les deux camps. Ron, Hermione, Neville, Théodore, Minerva, le chef des Aurors côtoient Narcissa, Lucius, Severus Snape, le chef des Mangemorts. L'heure est venue de terminer la guerre. Le terrible Lord Noir, le maléfique Maître des Ténèbres, le Tyran qui voulait dominer le monde a définitivement disparu. Il y aura des sursauts de partisans enragés pour qui la guerre ne se termine jamais. La paix n'est pas acquise mais ce soir, auprès de deux jeunes gens qui gisent dans l'herbe verte, si beaux, si jeunes, si innocents dans leur inconscience, c'est le moment de la trêve.

Il est huit heures et la lune est pleine. La Directrice rouvre la porte de Poudlard. La bataille est terminée.

Il faut s'occuper des morts, des blessés, des prisonniers, des jeunes élèves qui tremblent de froid et d'énervement. Il faut faire disparaître les traces de la bataille et c'est à minuit seulement qu'on peut enfin faire une pause, lever son verre à la victoire et porter un toast aux disparus … Argus Rusard et la pauvre Sybille Trelawney qui avait prédit l'issue de la bataille …

Harry et Draco sont à l'infirmerie, soignés maternellement par une Madame Pomfresh harassée. Ils ne se sont pas réveillés.