Dors Draco
Chapitre 37
Pour chaque événement, il y a « l'avant », le pendant » et « l'après ». « L'après » finit toujours par arriver. Il dépend du « pendant » et si l'événement s'est bien déroulé, toutes les choses rentrent dans l'ordre. Une nouvelle période peut commencer avec ses joies et ses peines.
Quatre jours après, le matin.
Le Grand Hall du Ministère, qui avait été ravagé lors de l'attaque des Mangemorts, est en cours de rénovation. La Fontaine Magique, détruite pour la seconde fois, sera remise en eau dans une semaine, lors de l'inauguration. Jusque là, les ouvriers et leurs auxiliaires, d'anciens Loups Garous condamnés à des travaux d'intérêt général pour avoir participé à l'attaque de Poudlard, ne chômeront pas. Les cheminées de transplanage étant presque toutes hors service, pendant trois jours, on a vu dans Londres d'étranges personnages prendre le métro et utiliser une cabine téléphonique alors qu'elle était censée être hors d'usage.
A l'infirmerie de Poudlard, deux lits sont encore occupés. Les blessés les plus atteints sont à Sainte Mangouste. Le professeur Horace Slughorn, frappé en pleine poitrine par un sort croisé violet, s'y prélasse, chouchouté par les guérisseuses. Sa table de chevet croule sous les friandises, en particulier les morceaux d'ananas confits. Ce sont les Médicomages et les malades qui attendaient leurs soins dans la salle des urgences qui ont mis les Mangemorts hors de combat. Furieux de voir un lieu sacré profané par les sbires de Voldemort, ils ont lancé de multiples sorts en tous genres. Nombre d'hommes en noir se sont retrouvés avec des kumquats dans les narines ou dansant follement la polka et le rigaudon.
A Poudlard, près d'un lit blanc, une dame en robe longue essaye de faire avaler un peu d'eau à un jeune homme blond endormi. Cela fait quatre jours qu'il n'a pas ouvert les yeux. Personne ne sait comment il réagira quand il apprendra que Voldemort a effacé de sa mémoire un an de sa vie. Il va se croire en mars 1997 alors qu'on est en 1998. La dame, sa mère Narcissa Malfoy, soupire. Madame Pomfresh a bien recommandé de ne pas brusquer les choses. Les révélations doivent être progressives. Tout à coup, le malade fait un mouvement et ouvre ses yeux gris encore un peu embrumés.
« Draco, mon chéri, comment te sens-tu ?
- Heu … ça va, merci … Pourquoi es-tu ici ?
- Hé bien …. Tu as été blessé … là, au front. Est-ce que tu as mal ?
Le jeune homme tâte sa tête. Bon, il sent une bosse et c'est en effet un peu douloureux. Il pense immédiatement : « Encore ce crétin de Potter. On a dû une nouvelle fois se battre comme des chiffonniers au tournant d'un couloir. Qu'est-ce qu'on avait comme cours aujourd'hui ? Potions ? Ou alors il y avait match de Quidditch ? Je ne me souviens de rien … » Il répond :
- Non, maman, je n'ai pas mal mais j'ai faim. »
Narcissa appelle d'une voix joyeuse : « Dobby ! » Et l'elfe apparaît dans un « plop » sonore. Draco le regarde avec surprise. Il a l'oreille gauche ornée d'un anneau en or. D'habitude, les elfes de maison ne portent pas de bijoux. Mais Dobby ne lui laisse pas le temps de s'étonner. Il s'exclame :
« Maître Draco est réveillé ! Maître Draco est guéri ! Je vais prévenir les autres. J'apporte tout de suite le petit déjeuner. »
Il disparaît et revient avec un plateau chargé de tous les plats préférés de Draco : son thé à la bergamote, des petits pains au chocolat, des cookies … Narcissa aide son fils à se redresser et Dobby installe le plateau devant lui en bavardant comme une pie.
« Tous les elfes sont très contents et vous envoient leurs vœux de prompt rétablissement. Maître Draco peut être tranquille. Kréatur ne travaille plus ici. Il vous espionnait. Il vous a trahi. Le conseil des elfes l'a condamné à recevoir des vêtements et à partir tout seul sur les routes. C'est un mauvais elfe. On ne doit jamais trahir les secrets des Maîtres … »
- Chut ! Dobby, dit Narcissa. Laisse-nous.
Qui est Kréatur ? Un conseil des elfes ? Un anneau à l'oreille … Draco est un peu déboussolé mais il a surtout très faim. Depuis combien de temps n'a-t-il pas mangé ? il se sent la tête vide … Il avale son thé et une tranche de brioche. Sa mère le regarde avec amour. « Merlin ! Qu'elle est belle ! » pense-il. Il repousse le plateau. Déjà, il n'en peut plus. Il demande seulement :
- As-tu des nouvelles de père ?
- Il va bien. Ne t'inquiète pas. Il est au château. Il n'a pas le droit d'en sortir avant son procès …
Elle se rend compte qu'elle en a trop dit mais Draco glisse au fond du lit et ferme les yeux.
- Dors Draco, » dit-elle doucement.
Son bel Ange s'endort. Alors, elle se lève et se dirige vers un deuxième lit entouré de rideaux blancs. Elle les écarte et regarde l'autre jeune homme. Il a les cheveux bruns mais ils sont en partie recouvert par un bandage qui entoure la tête au pâle visage et aux yeux clos. Et lui, quand se réveillera-t-il ?
Même jour, l'après-midi.
Draco ouvre les yeux. Il voit Grégory Goyle assis près de son lit. Celui-ci lui sourit.
« Salut, Draco. Bien dormi ?
- Qu'est-ce qui te prend, Goyle ? Depuis quand m'appelles-tu par mon prénom ? On n'a pas gardé les Scrouts à pétard ensemble … Enfin si … Qu'est-ce que je fais à l'infirmerie ….
Tout à coup, Draco pâlit … Trahir les secrets des Maîtres … La phrase de Dobby lui revient en mémoire … Un secret … La salle sur demande … L'armoire à disparaître … Le travail qu'il doit faire pour son Maître … Il se redresse et cherche à se lever mais il est pris de vertige et retombe en arrière.
- Goyle ! Aide-moi. Il faut que j'y aille sinon la chose ne sera pas prête à temps. Tu feras le guet. Ah ! Non ! Merlin ! Il nous reste du Polynectar ?
- Ne t'agite pas Draco … Heu … Malfoy. Il n'y a plus d'urgence. Et sache que je ne me transformerai plus en fillette. Mon petit ami ne le permettrait pas.
Il désigne un jeune homme qui vient de sortir de derrière les rideaux blancs. Colin Crivey.
- Depuis quand es-tu l'ami d'un Griffondor ? dit Draco d'une voix hautaine en posant un regard froid sur le petit blond.
Grégory devient tout rouge Il dit en bégayant :
- Ah ! … Heu ! … On doit partir là … MacGo va venir te voir. Elle t'expliquera tout. Heu … A plus tard.
Il part très vite en entraînant avec lui un Colin amusé. Deux personnes sortent alors de derrière les rideaux. Allons bon ! La Belette et la Sang-de-Bourbe ! Le jeune homme roux grommelle quelque chose. « Tiens, pense Draco, il a drôlement grandi. » La fille a toujours les mêmes cheveux ébouriffés. Quoi ? Elle lui fait un signe de la main et dit : « Salut Draco, ça va ? » Le jeune homme en est muet de saisissement. Elle a osé lui parler et elle l'a appelé Draco … Mais avant qu'il puisse répondre par une phrase bien méprisante, ils sont déjà sortis. La faiblesse sans doute. Il n'a pas réagi assez vite. Et d'ailleurs, il ferait bien de nouveau un petit somme. Juste le temps de penser : « Qui est dans le lit d'à côté ? » Et il repart au pays des songes …
Même jour, fin d'après-midi.
A propos de songes … A quoi rêvait-il quand on l'a réveillé en secouant légèrement son épaule ? A un lit où ils étaient deux … Ce n'est pas le moment d'avoir des rêves érotiques. La professeur MacGonagall et Madame Pomfresh sont là. L'infirmière redresse ses oreillers et l'installe confortablement tout en lui demandant s'il se sent assez en forme pour écouter ce que la Directrice a à lui dire. La Directrice ? Mais où est ce vieux fou de Dumbledore ? Pourquoi ce n'est pas le professeur Snape qui vient le voir ? C'est lui le Directeur des Serpentards. Draco pense qu'il se passe des choses bizarres. Winky arrive avec le thé et un assortiments de petits gâteaux secs.
« Mangez, Monsieur Malfoy, vous avez besoin de reprendre des forces. Savez-vous depuis combien de jours vous êtes à l'infirmerie ?
- Non, professeur.
- Vous êtes ici depuis quatre jours. Pouvez-vous me donner la date d'aujourd'hui ?
Draco la regarde avec des yeux étonnés. « Qu'est-ce qui arrive à MacGo ? Pourquoi cette question bizarre ? Voyons, on est en mars, mais le jour exact m'échappe. Le coup sur ma tête a dû être plus violent que je ne croyais. Si c'est Potter qui m'a fait ça, il me le payera. » Il finit de croquer sa gaufrette et dit très poliment en levant un sourcil :
- Nous sommes en mars, j'ai un peu de mal à me rappeler le jour exact, vous allez me le dire, je pense.
- Monsieur Malfoy, le jour est sans importance. Savez-vous en quelle année nous sommes ?
Cette fois, Draco lance à MacGo un regard curieux. Est-ce qu'elle est devenue aussi folle que Dumbledore ? Il répond d'un ton froid, très « Malfoy » :
- Nous sommes en 1997. Ce sera bientôt le printemps. Nous allons être en vacances et j'en profiterai pour aller chez moi et m'aérer un peu la tête. Cette école me rend fou et je ne suis pas le seul.
La Directrice et l'infirmière échangent un regard. Ce ne sera pas facile.
- Monsieur Malfoy, dit Minerva MacGonagall, attendez-vous à un choc. Nous ne sommes pas en 1997. Vous avez reçu en plein front un sortilège d'oubli et vos souvenirs se sont en partie effacés. Nous ne savons pas si c'est provisoire ou définitif. En fait, nous sommes en mars 1998, vous allez sur vos 18 ans et vous devriez passer vos A.S.P.I.C. en fin d'année. Mais avec les événements, nous ne savons pas si les examens auront lieu. M'avez-vous comprise ?
Cette fois Draco en est sûr. Elle est folle … ou c'est lui qui est fou … ou il rêve … C'est ça, il rêve, il est en plein cauchemar … L'infirmière s'approche et pose sur son front un linge humide. Il sent une fraîcheur bienfaisante. Non, ce n'est donc pas un rêve. Il respire un bon coup, se redresse sur ses oreillers et dit :
- Je vous écoute.
« Bien, pense la Directrice. Il a du sang-froid, comme son père Lucius. »
- Monsieur Malfoy, reprend-elle, je vais commencer par le plus récent. Si ce que je vais vous raconter évoque quelque chose pour vous, dites-le nous. Cela nous indiquera jusqu'où votre mémoire a été effacée. Il y a quatre jours, le vendredi 13 mars 1998, Lord Voldemort a attaqué Poudlard. Nous nous sommes défendus et nous avons gagné. Le Lord Noir est définitivement mort et ses partisans sont à Azkaban ou en fuite La guerre est finie, Monsieur Malfoy.
Il y a un moment de silence. Il faut laisser à la nouvelle le temps de faire son chemin dans le cerveau du blessé. Un vent de bonheur passe sur Draco. C'est fini ! Il n'y aura plus en lui cette hantise. Il n'est plus au service du Maître des Ténèbres. Il n'a plus ce travail à terminer dans la Salle sur Demande … Son visage s'éclaire d'un coup.
- Il n'est pas nécessaire de vous demander si cela vous fait plaisir, dit la Directrice. Cela se voit à votre sourire. Il est vrai que finalement, vous étiez de notre côté … Elle reprend : Les élèves ont eu de la chance. Il n'y a eu que deux blessés sérieux, vous et celui qui est dans le lit d'à côté. Les autres n'ont eu que des blessures assez légères Par contre Monsieur Rusard et Sybille Trelawney sont morts. Vos camarades vous raconteront leurs faits d'armes. Ils ont été enterrés dans l'enceinte même de l'école, ce qui est extrêmement rare. Vos amis de Serpentards se sont très bien conduits. Monsieur Nott en particulier a révélé une âme de chef. C'est lui qui a mené la bataille du côté des élèves. Poudlard organisera une fête en son honneur quand vous et votre voisin serez guéris, bientôt nous l'espérons.
- Qui a été gravement blessé ? dit Draco. Mais il a deviné avant même d'avoir la réponse.
- Harry Potter. »
