Dors Draco
Chapitre 38
Draco n'est même pas surpris. Le nom de Harry Potter n'avait pas encore été prononcé. Il est normal qu'il arrive dans la conversation. C'est alors que Madame Pomfresh intervient.
« Le nom de Harry Potter évoque-t-il pour vous quelque chose de particulier ?
Quelle question idiote, ça fait six ans que lui et Potter se détestent et ne laissent passer aucune occasion de s'insulter et de se battre ! Draco répond avec un sourire méprisant :
- C'est le nom qu'on donne au Survivant, à l'Elu, au Sauveur du monde sorcier, au Balafré donc. Je ne vois rien à ajouter.
Cette fois, les deux femmes échangent un regard désolé. La suite va être difficile.
- Votre … heu … rivalité avait cessé avant la bataille. En fait, vous vous étiez beaucoup rapprochés. Vous étiez même amis. Vous ne vous en souvenez pas ?
- Moi ? Ami de Potter ? Vous rêvez !
Pourtant ,au moment où il fait cette réponse, Draco a un flash rapide : il est assis à la lisière de la Forêt Interdite, il bavarde avec Potter, il se sent très bien … Si ce que raconte ces deux femmes est vrai, à savoir qu'un an s'est écoulé depuis ses derniers souvenirs, il pourrait avoir changé et Potter aussi. Il pose la question qui lui vient à l'esprit :
- Qui a tué le Seigneur des Ténèbres ? Est-ce lui ?
- C'est lui, aidé de quelques autres personnes, dit la professeur. C'est surtout lui qui s'est battu en duel contre Voldemort.
- Un duel ? Contre Vous-Savez-Qui ? Est-il si fort que ça ?
- C'est le plus puissant sorcier au monde, il est plus fort que Dumbledore lui-même. Et vous pouvez appeler Voldemort par son nom. Il ne fait plus peur à personne. Votre nom par contre cause encore de la frayeur dans une partie de la population même si la Gazette du sorcier vous a réhabilité.
Madame Pomfresh intervient de nouveau.
- Vous allez un peu vite, Minerva. Il ne sait pas ce qui s'est passé pour lui en juin dernier. Monsieur Malfoy, quel est votre dernier souvenir ?
Draco réfléchit. Il ne voit rien de particulier. Il y a les cours habituels, le Quidditch, les amusements avec les camarades dans la Salle Commune de Serpentard, les filles qui tombent dans ses bras dès qu'il les drague, le premier garçon qu'il a mis dans son lit, un Pouffsouffle de son âge qui lui faisait les yeux doux … Non, il n'y a rien de spécial … Ah si ! La salle sur demande … le travail que le Lord Noir lui avait demandé de faire … Draco pâlit et ferme les yeux. La guerre est-elle vraiment finie ? N'est-il pas en train de rêver ? N'a-t-il plus rien à craindre ? Et sa mère qu'il aime tant, n'est-elle plus menacée ? Son père serait-il sorti d'Azkaban ? Pourquoi est-il au château ? Draco rouvre les yeux. Il n'a plus du tout l'air hautain des Malfoy. Il ressemble à un enfant affolé. Il dit d'une voix tremblante :
- Dites-moi tout. Je peux tout entendre.
Alors, doucement, Minerva McGonagall explique : La première attaque de l'école, la mort du Directeur Albus Dumbledore, sa fuite en compagnie du professeur Snape, sa disparition pendant presque six mois, sa réputation d'assassin à la solde de Voldemort, puis sa délivrance par le professeur Lupin, son séjour incognito à l'école, sa réhabilitation, son rapprochement avec Harry Potter et l'attaque de Voldemort sur Poudlard.
« Il a voulu soumettre le monde sorcier tout entier et ses troupes ont été partout vaincues. Nous ne savons pas exactement comment il est mort. Seul Harry pourrait nous le dire. Mais il a une blessure à la tête et son coma se prolonge. Plusieurs Médicomages sont déjà venus le voir. A première vue, sa blessure ne paraît pas sérieuse. Il a le front ouvert dans toute sa longueur, il va avoir une nouvelle cicatrice plus grande que la première mais ce n'est qu'une déchirure. Le crâne n'est pas atteint. Le mal est ailleurs et le fils de Madame Pomfresh qui a assisté à la fin du duel pense que c'est psychologique. Il dit que … Il croit que … vous êtes la cause de l'état de Harry. »
Minerva McGonagall se tait. La nuit est tombée. Les veilleuses éclairent faiblement la chambre blanche. Draco est étendu sur son lit, pâle comme un linge. Pendant tout le récit, des flashs très rapides ont assailli son cerveau. Il sait que tout cela est vrai mais il va lui falloir du temps pour se remettre. Les deux visiteuses s'en vont. Sa mère revient et le prend dans ses bras en lui disant de douces paroles. Dobby apporte le dîner. Il picore un peu mais la fatigue le submerge. Ses yeux se ferment. Narcissa pose un baiser sur sa joue. « Dors, mon chéri. » La nuit est tombée sur le quatrième jour après la bataille. La Gazette du Sorcier qui a enfin choisi son camp prépare pour le lendemain une édition spéciale sur le fameux duel. Les soi-disant vérités, les demi-vérités et les contre vérités vont de nouveau se répandre sur le monde sorcier.
Matin du cinquième jour après.
Draco se réveille, vaguement nauséeux. Sa nuit a été peuplée de rêves étranges. Certains étaient agréables, d'autres plutôt effrayants. Etait-il réellement prisonnier dans un cachot gardé par des Mangemorts ? A-t- il vraiment vu une fillette caresser la patte d'une araignée géante ? Le Maître des Ténèbres lui a-t-il parlé d'une voix à la fois douce et menaçante ? Et surtout qui est cette personne qui le tient dans ses bras et qui l'embrasse avec amour ? Il ne parvient pas à voir son visage mais c'est si bon … Et puis tout s'enchaîne avec une rapidité stressante.
Dobby. « Qu'est-ce que c'est que cette fantaisie ? Pourquoi portes-tu un anneau à l'oreille ? C'est la nouvelle mode chez les elfes ?
- Oh ! Maître Draco a remarqué ? C'est un cadeau de la Maison Pouffsouffle. Les élèves voulaient me remercier de les avoir aidés pendant la bataille. »
Théodore accompagné de Parvati Patil. « Pourquoi est-ce que tout le monde m'appelle par mon prénom ? Mon nom, c'est Malfoy. Qu'on se le dise ! Et pourquoi viens-tu me voir avec cette Griffondor … ou cette Serdaigle … je ne les reconnais jamais, ces jumelles … Comment ça, ta petite amie ? … Je suis lourd ? … Le monde a changé ? … Non mais je rêve !
Pansy, seule heureusement. « Où est ma baguette magique ? … Potter l'a fait exploser pendant la bataille ? … Un sortilège d'Imperium ? Tu es folle ! »
Blaise tout joyeux. « Quoi les Serpies ? Quoi les Griffies, les Pouffies, les Serdies ? … Travailler mano a mano ? Tu peux parler en bon langage, Zabini ? »
Draco, seul, regardant avec stupeur un petit tatouage sur son bras gauche : « Mais qu'est-ce que c'est que cette horreur ? Un serpent enlacé avec un griffon ! Merlin et Morgane ! C'est presque pire que la Marque des Ténèbres ! Enfin non tout de même ! C'est même assez joli ! … »
Et le bouquet, la Sang-de-Bourbe accompagnée de son Weasley. « Aller voir Harry Potter ? … Il a besoin de moi ? … Pour sortir du coma ? … Je ne suis pas médicomage. Hors de ma vue, Granger.»
Bref ! Un Draco Malfoy totalement en roue libre. Madame Pomfresh y voit une réaction aux révélations de la veille. Cela doit faire un drôle d'effet de se retrouver dans un monde très différent de celui qu'on a quitté. Après le déjeuner, le voyant toujours agité, elle lui fait prendre une potion calmante.
Cinquième jour, début d'après-midi.
Pendant que les deux pensionnaires de l'infirmerie dorment, il s'en passe de belles dans le parc de Poudlard, Il faut évacuer les trois Géants endormis par la potion violette du professeur Slughorn. Dix sorciers vont les faire léviter un par un jusqu'à Pré-au-lard où les attendent les trois plus grands camions moldus qu'on ait pu trouver. Ils seront transportés jusqu'au port le plus proche, embarqués sur un porte-containers et reconduits dans leur pays. Hagrid et Graup les accompagnent. Ils emportent de la potion violette en cas de problème.
Tous les élèves sont dehors pour contempler le spectacle. Ils ne verront pas ça deux fois dans leur vie. Colin Crivey prend des photos. Chaque Maison a tenu à poser à côté du Géant assommé par Graup avant son départ. Les élèves se sont perchés sur son gros ventre et ont levé les bras en signe de victoire. C'est si bon d'être enfin « après » la bataille.
Les huit enfants enlevés par Voldemort sont revenus à l'école le matin même. Les guérisseurs psychomages de Sainte Mangouste les ont trouvés en bonne forme physique et mentale. Ils ne garderont pas de séquelles de leur séjour dans la Forteresse Sombre grâce au professeur Snape qui leur a préparé chaque jour des potions pour effacer l'influence du Lord Noir. Et chaque nuit, Narcissa Malfoy a récité les incantations pour qu'ils rêvent de leurs parents, de leurs camarades d'école et qu'ainsi, ils ne les oublient pas. Du coup, le Ministère a décidé que le professeur n'irait pas à Azkaban. Il est consigné au château Malfoy avec Lucius à qui on a reconnu le statut d'espion jouant un double jeu. La Gazette du Sorcier, toujours aussi mal informée, les décrit toujours comme des Mangemorts endurcis.
Par contre, Narcissa Malfoy est couverte de louanges. Les journalistes l'ont surnommée La Bonne Fée. Elle est restée pendant trois jours auprès des enfants pour les rassurer. Les parents, fous de joie, les avaient rejoints et les liens d'affection se sont renoués. Les Médicomages ont insisté pour que les huit élèves regagnent Poudlard jusqu'aux vacances de printemps. Il faut absolument qu'ils reprennent goût à la vie en société. Ils sont restés isolés trop longtemps. Leurs camarades des différentes Maisons sont prévenus. Il faut les traiter comme n'importe qui, surtout pas comme des bêtes curieuses. Mais tout se passera bien. Les jumeaux Priscall ont déjà en tête leur première sottise.
A l'infirmerie, Draco se réveille. Il est seul. Il pense à tout ce qui s'est passé depuis la veille et une idée lui vient. Pourquoi ne pas aller voir son soi-disant nouvel ami, le vainqueur du Lord Noir, le nommé Harry Potter ? Il se lève doucement mais le vertige de la veille l'a quitté. Il enfile une robe de chambre et des mules posées sur une chaise près de son lit et se dirige vers les rideaux fermés. Dans le lit blanc, son ancien ennemi est allongé, immobile. Sa poitrine se soulève à peine. Son visage est très pâle. Un gros bandage recouvre son front et cache en partie ses cheveux noirs. Ses bras sont posés le long de son corps et ses mains sont si blanches … Elles se confondent presque avec les draps.
Draco sent une étrange émotion lui serrer le cœur. Ah ! Il fait peine à voir, le Survivant, le Vainqueur du plus grand Mage Noir du monde ! On dirait un enfant endormi, si jeune, si fragile … Tout à coup, Draco a envie de lui prendre la main et de lui dire … de lui dire quoi ? Tu rêves, Draco Malfoy ! Tu l'as toujours détesté. Il est si énervant, avec ses airs innocents, son esprit Griffondor, sa gentillesse et son courage mélangés … Draco repart vers son lit, se déshabille et se recouche sans rien faire. Il a la vague impression d'avoir commis une erreur, pire une faute. Il se rendort et rêve à nouveau de baisers échangés et de douces caresses.
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( Hé oui, il a la tête dure, notre Draco. Mais c'est pour ça qu'on l'aime … )
L'Ange : « Dans le commerce de la vie, nous plaisons souvent plus par nos défauts que par nos qualités. »
Le Diable : « Ouais ! C'est ce qu'on dit pour faire passer la pilule ! »
