Encore une fois un grand grand merci à Elie morgane-NaNa, dark and devil time ; Emy, thegirloftheshade, butterguifly and Shumeyo !

Un chapitre peut-être moins agréable à lire mais nécessaire. J'espère qu'il vous plaira malgré tout.

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Il aurait été naïf de penser que Nymphadora Tonks en était à sa première relation amoureuse.

Son joli visage et son tempérament ouvert lui avait permis relativement tôt de se faire apprécier par la gente masculine et pendant longtemps, elle avait cru que son don de métamorphage était finalement un défaut par-dessus lequel ces messieurs passaient volontiers. Bien sûr, son enthousiasme et son assurance se trouvèrent quelque peu refroidis lorsqu'un jour, Denis Grant lui avait demandé au beau milieu d'un câlin de revêtir l'aspect d'Angelina Rockfield.

Angelina Rockfield. Timide, calme, discrète… aux antipodes de Tonks.

Denis s'était aussitôt vu frappé d'un « Furunculus ! » des plus impressionnants, après quoi les garçons de Poudlard s'étaient soudainement faits un peu moins pressants. Certes, changer de couleur de cheveux et parfois même de nez ou de bouche pour amuser son ami n'avait rien de bien méchant, mais devoir prendre l'aspect d'une autre fille… hors de question !

Dès lors, Tonks s'était montrée beaucoup plus prudente et sélective. Elle ne s'était alors engagée qu'en étant pleinement certaine des sentiments de « l'autre ». Mais bien qu'elle eût pleuré pour Conor, qu'elle eût souffert pour Brighton, Nymphadora ne réalisait que maintenant combien tout cela avait été superficiel.

Elle n'avait jamais été véritablement attirée par les hommes plus âgés au caractère posé. Pendant ses années à Poudlard, son choix s'était davantage porté sur des garçons au caractère dynamique et enjoué bien loin du calme et de la réserve de Remus Lupin. Aussi, rien ne la prédisposait à tomber amoureuse d'un homme tel que lui.

Il n'était pas de ces personnes qu'on remarquait de prime abord. En retrait, peu loquace, on le savait présent sans y faire véritablement attention et on cachait difficilement sa surprise lorsqu'il venait à s'exprimer.

Mais le silence qui se faisait, le respect qu'on percevait dans le regard des personnes présentes avaient fini par attirer l'attention de Tonks.

Non, ce n'était pas Remus Lupin qu'elle avait remarqué en premier mais l'estime que les autres accordaient à celui-ci.

Elle n'avait mis alors que peu de temps à comprendre pourquoi il suscitait de tels sentiments. Remus possédait un caractère rare qui avait le mérite d'être connu. Il était sage, réfléchi, généreux et indulgent. Peu de personnes pouvaient prétendre à de telles qualités.

Et certainement pas elle, Nymphadora Tonks.

Aussi son respect s'était vite transformé en admiration et son admiration en attirance. Ce n'était pourtant pas quelque chose qu'elle avait recherché. C'était juste arrivé. Et lorsqu'elle s'en était finalement rendue compte, elle n'avait pas hésité un seul instant et s'était employée à rendre possible ce qui ne semblait pas l'être. La lutte avait été longue, douloureuse mais le résultat était bel et bien là.

Elle était parvenue à le faire céder.

Les premières semaines de leur liaison avaient été rythmées par des rencontres nocturnes, des jeux de cache-cache auxquels Remus s'était plié docilement. Tonks trouvait en un sens amusant leurs rendez-vous secrets même s'il n'était guère dans sa nature de réfréner des sentiments qui ne demandaient qu'à se manifester. Mais bien qu'elle se voyait prête à beaucoup de sacrifices dans le but de rendre les choses plus faciles pour Lupin, cette situation avait peu à peu fini par la lasser.

Certes, il était amusant de trouver des prétextes parfois abracadabrants afin d'expliquer pourquoi elle sortait de la chambre de Remus alors que tout le monde la croyait déjà partie mais Tonks n'était pas habituée à devoir sans arrêt se contrôler.

Nymphadora n'avait jamais vécu de relation aussi particulière avec un homme car elle devait reconnaître qu'elle n'avait jusqu'ici jamais autant aimé. Elle s'imposait elle-même des contraintes par peur de déplaire et cette maîtrise constante l'épuisait. Il ne lui demandait pourtant jamais rien. Il ne lui en imposait pas davantage. Mais cette indifférence, bien loin de l'aider, ne faisait que compliquer un peu plus les choses.

Elle avait toujours fui les hommes mettant trop de barrières, de frein à sa liberté mais jamais elle n'aurait cru que l'inverse pût être aussi dérangeant. Comment savoir ce qui pouvait le gêner ? Comment deviner quelles étaient les limites à ne pas franchir, puisqu'il se taisait ?

Alors pendant plusieurs semaines, elle s'était bridée dans ses actes et dans ses propos. Elle avait supporté l'impassibilité de Remus en public, la distance qu'il tenait à garder en mission. Elle avait accepté cela par peur de le voir s'éloigner. De le voir fuir une relation qu'il semblait parfois vivre à contre cœur.

Comment expliquer sa froideur autrement ?

Pourtant, dès qu'ils passaient le seuil de l'appartement de Tonks, Lupin devenait un autre homme, comme s'il acceptait en ce lieu, et uniquement en ce lieu, son affection et ses envies. Et c'était ces moments-là qui permettaient à Nymphadora d'oublier qu'une fois sortis de cette bulle, un certain malaise se créait.

Mais la tiédeur de Remus avait fini par faire naître en elle un sentiment de rébellion. Une nécessité de le faire réagir. Elle tentait néanmoins de se contrôler et la plupart du temps elle y parvenait, mais de plus en plus difficilement.

Après tout, était-ce vraiment sain de se contrôler sans cesse ? De laisser l'amertume s'installer ?

Elle devait lui en parler.

Ce fut donc dans un état d'esprit relativement fébrile que Tonks arriva sur le lieu de leur rendez-vous, à quelques pâtés de maison du 12 Square Grimmaurd. Remus et elle, n'ayant guère l'occasion de se croiser en dehors des missions pour le compte de l'Ordre, s'étaient mis d'accord afin de profiter de chaque opportunité et notamment celle de rejoindre la demeure des Black ensemble.

Enfin… « Se mettre d'accord », n'était pas exactement le terme adéquat. Tonks avait proposé et Remus avait acquiescé.

La nuit était tombée depuis une heure déjà et un vent frais balayait les rues étroites de la ville. Cachée dans une petite allée, à l'abri des regards éventuels, la jeune femme tentait de se réchauffer en tapant énergiquement du pied sur le goudron. Près d'un quart d'heure après son arrivée, elle commençait à désespérer lorsqu'un craquement significatif se fit entendre.

Remus apparut devant elle.

- Salut, dit-elle aussitôt en détaillant rapidement la haute silhouette de Lupin.

- Salut.

Le regard attentif de Tonks glissa sur lui à la recherche d'éventuelles blessures puis, rassurée sur sa santé, elle lança d'un ton vaguement insolent afin de cacher son irritation. Encore une fois, il n'avait pas esquissé le moindre geste vers elle.

- Tu es en retard !

- Excuse-moi de ne pas avoir des horaires de bureau, répliqua-t-il, une grimace entendue sur les lèvres.

- Va falloir te faire pardonner ! argua-t-elle en se redressant implicitement.

- Et comment ?

- A ton avis ?

Le regard explicite qu'elle lui lança parvint à peine à troubler la neutralité de son expression et il se contenta d'incliner la tête sur le côté.

- Je vais y réfléchir… On y va ? Il fait un froid de canard.

Tonks sentit aussitôt son agacement se muer en colère et elle serra les poings afin de contenir une furieuse envie de les utiliser. Il faisait déjà un pas en direction de la rue principale mais il s'arrêta cependant, intrigué par l'immobilité soudaine de la jeune femme.

- Tu viens ?

- Tu n'aurais pas oublié quelque chose ? demanda-t-elle sur un ton qui se voulut posé.

Il haussa les sourcils, perplexe, puis palpa machinalement les poches de sa cape. L'irritation de Nymphadora s'amplifia.

- Euh… non.

- Je ne suis pas d'humeur à plaisanter, Remus !

Malgré elle, sa voix trahissait une lassitude et un ressentiment évident qu'elle aurait aimé cacher avec plus d'efficacité.

Lupin soupira et le ventre de Tonks se serra d'appréhension. Elle n'aimait pas les conflits. Et avant tout, elle n'aimait pas les conflits avec lui.

- Allons bon… qu'ai-je fait ? demanda-t-il.

- Rien, c'est bien ce que je te reproche.

Elle se tut, attendant une quelconque réaction, mais comme il se contentait de l'observer dans un silence indéfinissable, Tonks rajouta :

- La prochaine fois, tu me serreras la main pour me saluer ?

- Je ne te suis pas là…

Nymphadora leva les yeux au ciel. Faisait-il vraiment exprès de ne pas comprendre ?

- Tu as « oublié » de m'embrasser, expliqua-t-elle, alors tu as cinq secondes pour réparer ton erreur ou ça va mal se passer ! Parole de Black !

- C'est Tonks ton nom de famille, je te le rappelle, fit-il remarquer en plongeant nonchalamment les mains dans ses poches.

Les yeux de Nymphadora se plissèrent.

- Tiens-tu vraiment à voir à quel point les gènes de ma mère sont forts ?

Mais elle n'eut guère le temps de poursuivre. Remus venait de se pencher et l'embrassait. Tonks se sentit aussitôt mollir et agrippa machinalement l'épaule de Lupin mais à peine ouvrait-elle la bouche afin d'approfondir leur baiser qu'il s'écartait.

- … On y va, maintenant ? demanda-t-il posément.

Une boule vint se former dans sa gorge, mais elle se redressa, un sourire factice sur les lèvres. Elle n'allait pas le laisser s'en tirer comme cela. Réalisait-il seulement l'incongruité de son comportement ?

- Oui, on y va, mais chez moi ! répliqua-t-elle.

- Nous ne devions pas voir Alastor ?

- Il m'a envoyé un hibou pour me dire qu'il ne pourrait pas venir ce soir, dit-elle avant de glisser une main sous la cravate de Remus et d'attirer celui-ci à elle. Ce qui signifie que tu es tout à moi.

Elle vit le regard de Lupin se troubler légèrement mais il se contenta de hocher la tête en silence.

- Qui m'aime me suive ! s'exclama alors la jeune femme avant de transplaner dans l'arrière cour de son immeuble.

Lorsqu'elle vit Remus apparaître devant elle quelques secondes plus tard, Tonks soupira. Ce n'était pas grand-chose, et après tout, cela ne signifiait rien mais elle se rassurait comme elle pouvait.

Prenant sa large main dans la sienne, elle n'attendit pas davantage et tous deux pénétrèrent dans l'immeuble.

A mesure que les étages se succédaient, l'estomac de Tonks se faisait de plus en plus douloureux. Une partie d'elle-même avait envie, avait même besoin de parler à Lupin de ce qui la gênait. Mais une autre partie était morte de peur. Et si jamais il estimait ses revendications trop lourdes ? Et si jamais il trouvait agaçant d'aborder un tel sujet ?

S'il la quittait parce qu'elle n'avait simplement pas pu passer par-dessus cela ?

Etait-ce si dramatique de le voir l'ignorer en public ? Etait-ce si gênant de devoir sans cesse quémander pour avoir un baiser ou un geste affectueux ?

La jeune femme referma la porte de son appartement d'une main tremblante, le regard rivé sur le dos de Remus.

Depuis qu'elle était avec lui, Tonks ne se reconnaissait plus. Elle était d'une indulgence, d'une patience dont elle ne se serait jamais crue capable. Cela faisait tout de même un mois et demi qu'ils étaient ensemble. Un mois et demi qu'elle supportait un comportement qu'elle n'aurait toléré de personne d'autre. Alors au diable les fausses excuses. Elle allait finir par exploser si elle laissait la situation s'envenimer.

Il suffisait de lui parler posément et s'il consentait à un tout petit effort, tout s'arrangerait.

- Il faut qu'on parle, Remus, souffla-t-elle, avec dans la voix moins d'assurance qu'elle ne l'aurait voulu.

Lupin accrocha sa cape au porte-manteau et se tourna vers la jeune femme.

- De quoi ?

- De nous… De toi… Ca ne peut plus durer comme ça.

Remus cilla et plongea lentement les mains dans les poches de son pantalon. Les nerfs à vif, Tonks maudit son calme apparent tout en attendant avec empressement une quelconque réaction.

- Tu veux faire quoi alors ?

Nymphadora blêmit.

Il ne lui demandait rien. Il acceptait une rupture éventuelle sans sourciller… Encore une fois, il se contentait d'acquiescer sans réagir.

- Ce que je veux faire ? répéta Tonks. Mais ce n'est pas moi le problème ! C'est toi et ton indifférence !

Immobile, le visage indéchiffrable, Remus se contenta de répondre :

- Je pensais avoir été clair pourtant…

- Que tu m'ignores quand on est en public, je peux le comprendre, répondit Nymphadora, cherchant à calmer une colère grandissante. Mais ne pas m'embrasser lorsqu'on est juste tous les deux, là, je dis non !

Lupin baissa les yeux.

- Je ne voulais pas te blesser…

- Eh bien c'est raté !

Leurs regards se croisèrent. Celui de Remus toujours aussi neutre, celui de Tonks noyé sous un flot d'émotions violentes.

- Je suis désolé, dit-il finalement avant de faire quelques pas dans le salon. On peut parler d'autre chose maintenant ?

Stupéfaite, la jeune femme mit quelques secondes avant de réagir.

- Tu crois vraiment pouvoir t'en tirer aussi facilement ? s'insurgea-t-elle.

Ils n'avaient rien réglé du tout. Elle ne voulait pas de ses excuses. Elle désirait juste le voir un peu plus attentionné.

- J'aimerais surtout qu'on passe la soirée sans se disputer, soupira Remus en passant une main lasse sur sa nuque.

- Alors comporte-toi autrement !

Lupin redressa la tête et Tonks se figea. Elle n'aurait peut-être pas dû élever la voix. Il fallait qu'elle se calme. Elle n'avait aucune envie de le voir quitter les lieux en claquant la porte.

Si bien sûr, il était capable de perdre un peu de son précieux sang froid, songea la jeune femme, acerbe.

- Tu me demandes de changer ? D'être aussi exubérant que toi ? demanda-t-il d'une voix toujours aussi calme.

- Bien sûr que non. J'aimerais juste que tu sois moins distant, expliqua doucement Tonks. Ce n'est pas trop demander, je pense ?

Remus se détourna et prit quelques instants avant de répondre.

- Tu sembles avoir oublié les termes de notre… accord.

Nymphadora sentit son cœur se serrer.

« Accord », « marché », « contrat ». Elle détestait lorsqu'il utilisait ces mots-là pour décrire leur relation.

- Excuse-moi de ne pas avoir compris que j'aurai affaire à un « glaçon » la moitié du temps ! rétorqua-t-elle, cachant sa peine derrière une ironie évidente.

- Tu me trouves glacial lorsque je suis chez toi ?

Tonks glissa une main tremblante dans ses cheveux.

Dans cet appartement, il était parfait. Attentionné, attentif, détendu. Mais pourquoi changeait-il aussi radicalement de comportement à l'extérieur de ces murs ?

- Non…

- Alors où est le problème ? la coupa-t-il avec une brusquerie qui accentua les craintes de Nymphadora.

- J'aimerais juste comprendre ton attitude… Enfin, Remus… explique-moi…

Elle sentit le regard hésitant de Lupin détailler son visage puis il soupira.

- C'est compliqué… dit-il en détournant les yeux. Je ne veux pas m'impliquer, ni t'imposer quoique ce soit, je te l'ai dit. Alors je te laisse la main. Si tu veux me voir, on se voit. Sinon, je reste dans mon coin.

- ça, j'avais compris… grommela-t-elle, ces mots étant toujours aussi douloureux. Ce que j'aimerais savoir c'est pourquoi tu te sens obligé d'agir si… bizarrement… Enfin, Remus ! Parfois tu m'ignores totalement et parfois… c'est tout l'inverse !

Lupin soupira de nouveau, mal à l'aise. Au bout d'un instant cependant, il redressa la tête et ancra son regard au sien.

- Notre relation n'existe qu'ici, chez toi. Pour le reste, je ne veux pas… répondit-il.

Il se tut quelques secondes mais rajouta face à l'incompréhension toujours présente dans les yeux de Tonks.

- Quand je quitte ton appartement, c'est comme si… je te quittais.

La gorge de Tonks se serra tant et si bien qu'elle en eut le souffle coupé.

… Il la quittait à chaque fois qu'il s'en allait ?

- … Mais pourquoi ? bredouilla-t-elle.

- Parce que je ne veux pas m'impliquer. C'est tout. C'est le meilleur moyen que j'ai trouvé.

Sentant ses yeux se voiler, Nymphadora leva les bras au ciel et se détourna.

- Je crois que tu es bon pour une séance chez le psychomage, Remus !

- Il faut que tu acceptes ça car je ne changerai pas de comportement. J'ai toujours été honnête avec toi. Je ne t'ai jamais caché mon souhait de ne pas m'investir dans cette histoire.

- Même si ça me fait mal ? demanda-t-elle, le dos toujours tourné.

- Oui.

Tonks sentit ses entrailles se tordre douloureusement et lutta de toutes ses forces pour ne pas pleurer.

- Mais je ne veux pas te faire souffrir, poursuivit-il. Alors il vaudrait mieux que je te laisse pour ce soir. Réfléchis à tout ça et prends une décision. Je l'accepterai, quelle qu'elle soit.

La mâchoire crispée à n'en plus pouvoir, elle entendit Remus traverser le salon de son pas calme et décidé, puis prendre sa cape afin de la revêtir. Un profond sentiment de panique la saisit.

« Quand je quitte ton appartement, c'est comme si… je te quittais. »

Et s'il choisissait finalement de mettre lui-même un terme à tout cela ? Et si après réflexion, il décidait de rompre ?

Ravalant son chagrin, Tonks plissa les yeux, se concentra un bref instant, puis tourna un visage serein vers Lupin. Au moins, son don de métamorphage avait ces avantages.

- Attends ! dit-elle en rejoignant Remus déjà près de la porte.

D'une main ferme, elle l'écarta du battant et sourit.

- Tu vas passer la soirée ici. Je ne déciderai rien maintenant. Tu sais bien que je ne prends jamais de décision sur un coup de tête ! finit-elle une ironie légère.

Le regard de Lupin se fit perplexe.

- … Tu es sûre ? demanda-t-il, surpris par ce revirement soudain.

- Absolument !

Un même sourire sur les lèvres, Tonks vint se positionner dans son dos, entreprit de lui retirer sa cape et Remus se laissa faire. Mais lorsqu'elle se détourna afin d'accrocher le vêtement au porte-manteau, son sourire faiblit.

Nymphadora haïssait cette faiblesse qui la rendait si conciliante là où elle aurait dû se montrer ferme. Elle haïssait cette dépendance qui la rendait si docile.

Et cependant, lorsqu'elle se retourna et sentit les bras de Remus l'envelopper, tout son ressentiment s'envola. Dans ces moments-là, elle oubliait ses oeillades inexpressives, ses mises à l'écart et ce besoin maladif de ne pas s'impliquer.

Il n'y avait plus que ses lèvres caressantes, ses mains amoureuses et son regard rassurant.

Si seulement il ne s'arrêtait jamais…

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Remus s'arracha à la contemplation du plafond et observa dans la semi-obscurité le visage pâle de Tonks. Elle semblait dormir depuis un moment déjà, le corps lové contre le sien, la tête sur son épaule. Il aimait ces moments-là. La respiration calme et régulière de la jeune femme l'apaisait tout autant que sa présence à ses côtés. C'était une intimité qu'il n'avait jamais partagé avec aucune autre et qui lui donnait, un bref instant, une impression de « normalité ». Après tout, il avait toujours aspiré à cela : une relation amoureuse dite « normale ».

« Relation ». C'était un mot qu'il se refusait à prononcer de vive voix, même si parfois cela lui échappait. Il se réfugiait derrière des « contrat » ou « marché » afin de taire le sentiment de culpabilité qui l'envahissait brusquement à se sentir si heureux. Parce qu'il était heureux lorsqu'il se trouvait chez elle. Avec elle. Et il lui arrivait parfois d'oublier que tout cela était factice, temporaire, et qu'inévitablement tout prendrait fin.

La scène de ce soir prouvait que l'équilibre qu'il tentait de maintenir allait voler en éclat. Il connaissait Nymphadora et son caractère décidé. Lorsqu'une situation lui déplaisait, elle n'était pas du genre à rester dans son coin sans réagir. Aussi était-il persuadé que leur dispute était la première d'une longue série à venir. Et bien que cette fois-ci, Tonks ait consenti à courber l'échine, Remus savait qu'il n'en serait pas de même à chaque fois.

Lupin soupira.

Il n'aimait pas la voir souffrir. Il n'aimait pas la douleur qu'il avait lue dans ses yeux, ce soir. Elle lui reprochait cette distance qu'il s'évertuait à mettre entre eux mais si elle avait la moindre idée de la difficulté que cela représentait pour lui. Si seulement elle savait combien il lui en coûtait de l'ignorer à longueur de journée. Combien il se sentait mal dès l'instant qu'il passait le seuil de son appartement.

Alors bien sûr, c'était « son » choix à lui. C'était une décision qu'il avait prise lui-même… Mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il en éprouvait de la satisfaction. Bien au contraire.

Remus passa une main lasse sur son front.

Si Tonks savait qu'il se bridait, qu'il réfrénait ses sentiments afin de la tenir éloignée… elle n'aurait de cesse de le faire changer d'avis. Mais il ne savait pas quoi faire d'autre. Qu'ils fussent ensemble ou non, la situation restait la même.

Il n'était pas l'homme qu'il fallait à Nymphadora.

En cachant leur relation aux yeux des autres, en se tenant ainsi à l'écart, elle gardait son statut de femme célibataire, de femme disponible. Certes, il ne pouvait nier qu'au fond de lui, cette seule idée lui était intolérable mais la certitude de faire au mieux pour elle le réconfortait... ou tout du moins, rendait cette décision plus supportable.

Alors voilà pourquoi il se tenait éloigné d'elle. Voilà pourquoi il évitait absolument tout contact dès l'instant qu'ils passaient le seuil de cet appartement. Alors bien sûr, il aurait pu se comporter moins froidement, jouer la carte de l'amitié. Mais même cela était trop difficile. Il savait que s'il ne repoussait pas toute émotion en sa présence, son affection pour elle serait trop évidente à un œil extérieur. Et encore plus à Sirius.

Celui-ci, déjà, semblait se douter de quelque chose. Etant présent lors des affectations de chaque membre de l'Ordre, Patmol avait bien évidemment noté son absence lors de soirées où Remus n'était pas censé travailler. Il l'avait alors pris à part en lui demandant s'il voyait quelqu'un et Lupin s'était vu contraint de lui mentir.

Mais cette fois-ci, il n'avait pas seulement menti pour Tonks. Il l'avait également fait pour Sirius. Le cœur grand ouvert, celui-ci se serait aussitôt réjoui de le voir entamer une relation amoureuse avec une femme. Mais Remus savait que sa réussite affective renverrait Black à sa propre solitude. Et Lupin estimait qu'il n'avait pas besoin de cela en plus du reste.

Alors il s'était contenté d'inventer une série de missions ordonnée en secret par Dumbledore et Sirius avait acquiescé :

« Dommage, j'aurais au moins pu vivre ça par procuration ! »

Remus s'était détesté.

Il n'aimait pas mentir à Patmol et il n'aimait pas mentir à Nymphadora. Or, depuis quelques mois, il ne faisait que cela…

Et il le vivait de plus en plus mal.

A SUIVRE…