Merci à Shumeyo, Kimmy Potter, Dark and Devil Time, Lizoune, Lilou, Pipistrelles des cachots et Phénix:-) Finalement, la suite arrive plus vite que prévue! ça plante surtout le décor mais j'espère que ça vous plaira quand même !

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Tonks s'éveilla en sursaut et tendit machinalement la main vers son radio-réveil moldu, cadeau de son père pour ses treize ans.

La jeune femme ignorait comment elle avait eu la présence d'esprit de régler celui-ci la veille au soir, compte tenu de l'état dans lequel elle se trouvait. Et elle ne savait pas davantage où elle allait puiser la force suffisante pour se lever.

La douleur dans sa poitrine la faisait presque suffoquer.

Etendue sur le dos, le regard morne de Tonks partit à la recherche des quelques fissures dorénavant familières qui zébraient son plafond. Elle avait passé la soirée et une bonne partie de la nuit à les observer tout en repassant dans sa tête les quelques heures qui avaient précédé cet instant.

« C'est terminé. »

Dieu, qu'elle pouvait détester cette petite phrase si définitive.

Un gémissement s'échappa de sa gorge et elle referma les yeux. Sa cage thoracique semblait peser une tonne et chaque respiration lui demandait un effort constant.

« Je tiens beaucoup à toi, Nymphadora. Mais ça ne suffit pas à oublier tout ce qui nous sépare. Ça ne suffit pas. »

Inspirer. Expirer.

Inspirer. Expirer.

« C'est terminé. Quoiqu'il se passe, je ne reviendrai jamais vers toi. »

Inspirer. Expirer.

Inspirer…

« Je tiens beaucoup à toi… »

- Mais pas assez… murmura-t-elle d'une voix sourde.

Qu'est-ce que ça voulait dire au juste : « Tenir à quelqu'un » ? Avoir de l'affection ? S'inquiéter pour ? Mais certainement pas « aimer ».

La gorge de Nymphadora se serra mais ses yeux restaient désespérément secs. Depuis leur confrontation hier après-midi, elle n'avait plus versé une seule larme. C'était comme si la douleur était au-delà de cela, comme si rien n'aurait pu la soulager. Même pas pleurer.

Dans un soupir, la jeune femme parvint à soulever ses membres lourds et roula sur le lit afin de se lever. D'une main lasse, elle ôta un à un les vêtements de la veille qu'elle n'avait pas quitté pour dormir, et pénétra dans la salle de bain. Son regard se leva machinalement vers le petit miroir au-dessus du lavabo et son cœur fit une violente embardée.

Une inconnue se tenait devant elle et Tonks mit quelques instants à comprendre que cette femme à la figure sombre n'était autre que son propre reflet.

Ses cheveux courts autrefois rose chewing-gum étaient à présent d'un châtain terne tirant vers le gris. Ils tombaient tristement sur son front et accentuaient dramatiquement la pâleur de son visage. Son regard semblait vide de toute énergie et de larges cernes soulignaient ses yeux devenus pâles.

Encore surprise, Tonks se tourna vers un second miroir qui, cette fois-ci, la reflétait entièrement. Son corps de femme avait perdu ses courbes voluptueuses et lui apparut maigre, presque androgyne.

Quiconque la croiserait dans la rue la jugerait certainement malade.

Reportant son attention sur le premier miroir, Nymphadora ferma brièvement les yeux puis concentra son regard sur ses cheveux. Elle fronça ses sourcils, retint sa respiration, crispa les poings mais rien n'y fit. Ses mèches grises furent à peine parcourues d'un léger tremblement et elle abandonna, vidée de ses forces.

Une sorte de ricanement désabusé s'échappa de sa gorge et elle posa ses deux mains de part et d'autre du lavabo.

Si encore elle arrivait ne serait-ce qu'un peu à pleurer, peut-être que la douleur serait moins forte. Peut-être que le sentiment de vide qui l'étreignait se dissiperait légèrement. Peut-être.

Mais malgré ses efforts, malgré cette nécessité, ses yeux restaient désespérément secs.

Comment allait-elle faire pour avancer ?

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- Attends ici. Je vais le chercher.

Remus acquiesça et posa son sac usé dans l'herbe, à ses pieds.

Du coin de l'œil, il regarda l'homme s'éloigner puis reporta son attention sur les deux autres qui l'observaient avec suspicion. Malgré sa lycanthropie précoce - il n'était encore qu'un enfant lorsque Greyback l'avait mordu - Lupin n'avait guère rencontré qu'une petite dizaine de ses semblables dans toute sa vie. Peu d'entre eux essayaient comme lui de se faire une place dans le monde des sorciers. Ils préféraient au contraire s'isoler. Aussi Remus détailla-t-il avec curiosité les deux hommes chargés de sa surveillance.

Malgré leur jeune âge – vingt cinq ans tout au plus - ils portaient déjà sur leurs visages les séquelles de trop nombreuses années de douloureuses transformations. Remus savait que Greyback préférait les prendre jeunes afin de les éduquer lui-même dans la haine du monde sorcier et ces deux hommes en étaient le parfait exemple. Il se dégageait une certaine bestialité dans leur façon de bouger et même de se tenir. Le dos voûté, les bras tombant mollement de chaque côté de leur corps, ils restaient immobiles et le fixaient d'un regard où transperçait une férocité inquiétante.

Remus se détourna.

Il avait mis du temps avant de trouver leur repère, malgré les indications précises de Dumbledore. Les Loups-Garous étaient un peuple rendu nomade par la force des choses. Ils laissaient inévitablement des cadavres derrière eux et devaient sans cesse fuir pour éviter les battues organisées. Mais d'ordinaire, ils ne se déplaçaient qu'après les nuits de pleine lune et non une semaine avant, comme cela avait été le cas ici.

Remus avait retrouvé leurs traces non loin d'un petit village à près de vingt kilomètres de Londres. Hélas, avant même d'avoir pu envoyer un message à Dumbledore afin de le prévenir du nouvel emplacement du groupe, trois hommes l'avaient pris à parti. Mais il n'avait pas eu besoin de se présenter. Les nombreuses cicatrices couvrant son visage pâle, ses traits prématurément ridés et les mèches grises parsemant ses cheveux étaient suffisamment parlants…

Des bruits de pas sortirent Remus de ses pensées et il se retourna. Jaillissant de l'ombre d'un grand chêne, Fenrir Greyback, accompagné de l'homme qui était parti le chercher, s'avançait vers lui de son pas lourd et menaçant. Malgré lui, Lupin eut des difficultés à taire le mélange de haine et de crainte que cet homme lui inspirait. Une haine rendue plus grande par la douleur d'avoir dû se séparer de Nymphadora et une crainte, vestige de sa dernière rencontre avec lui, près de trente années plus tôt.

Remus inspira discrètement une longue bouffée d'air afin de chasser toute émotion de son visage.

- Qui es-tu ? demanda sèchement Fenrir en guise de bonjour.

Sa voix rauque semblait parfaitement convenir à la sauvagerie de son aspect. Grand et massif, les cheveux hirsutes et gris, il imposait naturellement une autorité et une cruauté qui incitaient à la prudence.

- Thomas Kyndopran, répondit calmement Lupin.

Greyback plissa les yeux.

- Kyndopran ? Ca vient d'où, ça ?

- Je n'en ai pas la moindre idée. Mes parents sont morts lorsque j'étais enfant. Quant au reste de ma famille…

Remus laissa sa phrase en suspens et leva un regard fataliste vers Greyback dont les lèvres se retroussèrent d'un rictus.

- Mmm, grommela-t-il avant de laisser son regard un peu fou le détailler. Tu sens le sorcier à plein nez.

- Je sais. J'ai tenté de me faire une place dans leur monde mais…

Il écarta les bras, présentant les quelques vêtements usés qui le recouvraient, ainsi que le sac à moitié vide à ses pieds. Quant à son air las et passablement désespéré, il n'avait guère besoin de se forcer. Depuis trois jours, il devait sans cesse se bousculer pour avancer. Il n'avait quasiment rien mangé, faute d'argent et surtout d'envie. Il était des plus misérables et dans un sens, cela rendait sa couverture plus crédible.

- Pourquoi maintenant ? demanda Fenrir. Pourquoi te joindre à nous maintenant ?

- L'ami chez qui je vivais est mort et maintenant, je n'ai plus nulle part où aller. Je ne trouve aucun emploi, aucune aide.

Remus leva un regard franc vers Greyback. Dumbledore lui avait conseillé d'être le plus honnête possible dans son discours. Fenrir sentait lorsqu'on lui mentait et ne faisait qu'une bouchée de celui qui osait s'y risquer, et ce dans le sens littéral du terme.

- Je suis seul et fatigué, finit-il par avouer en passant une main lasse sur son visage marqué.

- Tu n'as plus aucune attache ? insista Greyback.

- Non, répondit Remus alors qu'en lui affluait des images contre lesquelles il luttait chaque jour. Non. Je n'ai plus personne.

Fenrir l'observa quelques secondes encore puis acquiesça finalement, convaincu par la sincérité de sa voix.

- Très bien, tu es des nôtres. Mais que les choses soient bien claires. Je suis celui qui commande et toi, celui qui exécutes. Tu trouveras ici une protection à condition que tu te plies aux règles du groupe. Et les règles du groupe, c'est moi qui les détermine.

- Bien sûr, je comprends, acquiesça docilement Remus.

Greyback émit un grognement satisfait mais Lupin ne fut pas dupe. Fenrir n'était pas un homme qu'on leurrait facilement.

- Prends tes affaires, ordonna-t-il et Remus obtempéra.

Il suivit les quatre hommes le long d'un chemin de terre, s'enfonçant dans les bois. Ils marchèrent ainsi cinq petites minutes et débouchèrent aux abords de plusieurs grottes en partie dissimulées par une végétation luxuriante. Son regard accrocha bon nombre d'hommes et de femmes qui levaient vers lui un regard parfois vide, parfois soupçonneux. Peu de groupes s'étaient formés, peu de gens discutaient. Il régnait un silence étrange compte tenu du nombre de personnes présentes. Mais ce qui frappa le plus Remus fut la misère et le désespoir qui marquaient chaque visage. Tout comme lui, ces hommes et femmes subissaient leur malédiction et le rejet qui en découlait. Ils n'avaient rien des bêtes assoiffées de sang qu'il s'était attendu à trouver. La majeure partie de ses gens n'avait rien en commun avec Fenrir Greyback.

- Tu pourras t'installer dans l'une des grottes à ta gauche, lui indiqua Greyback avant de poursuivre sa route et pénétrer dans l'une des cavités, à l'écart des autres.

Les trois hommes de main de Fenrir s'arrêtèrent sur le seuil et du regard firent comprendre à Remus qu'il avait tout intérêt à s'éloigner. Celui-ci acquiesça donc puis longea d'un pas prudent les hauts murs de pierres. Il pénétra dans la première grotte avec une pointe d'appréhension. Il y régnait une odeur rance et une obscurité peu accueillante et il dut attendre quelques secondes, que ses yeux s'habituent à la noirceur des lieux. Là encore, les quelques personnes présentes restaient seules dans leur coin, somnolant pour la plupart.

Remus fit quelques pas et trouva un léger renfoncement exempt de couverture ou affaires diverses. Il y posa son sac puis s'assit lourdement sur le sol.

Ces lieux, ces gens étaient d'une tristesse absolue, et il se demanda un bref instant s'il dégageait lui aussi ce même sentiment, à la fois pathétique et misérable. Et pour la énième fois, il s'étonna qu'un homme tel que lui ait pu attirer une femme aussi pétillante de vie, aussi rayonnante que Nymphadora Tonks.

Cela lui avait toujours semblé miraculeux, et plus encore aujourd'hui, alors qu'il était assis parmi ces hommes et femmes à son image : seul et malheureux.

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A contre cœur, Nymphadora transplana dans l'allée menant au Terrier. La jeune femme ne se souvenait que trop bien de sa dernière visite et elle inspira profondément afin de lutter contre les nausées qui ne cessaient de l'assaillir depuis plusieurs jours.

La première fois que c'était arrivé, elle se trouvait au quartier général des Aurors et devait supporter les regards à la fois surpris et navrés de ses collègues. Tonks avait parfaitement conscience que son aspect extérieur était en partie responsable de cette soudaine attention, mais elle avait dû attendre l'intervention de l'un d'entre eux pour comprendre leur méprise.

- Kingsley m'avait dit que tu étais proche de Black mais je ne pensais pas que son décès te toucherait autant. Je suis désolé, Tonks. Sincèrement.

Trop assommée par la perte de Remus, elle en avait omis celle de Sirius et ce rappel lui avait fait l'effet d'un seau d'eau glacée en pleine figure. Son corps avait soudainement été pris de nausées et elle s'était précipitée aux toilettes.

Comme si elle ne souffrait pas assez. Comme si perdre Sirius Black puis Remus Lupin n'était pas suffisant. Voilà que son corps la lâchait. Son don de métamorphomage était en berne et son cœur sans cesse pris de soulèvements. Elle avait même cru un instant être enceinte mais ses doutes s'étaient vite révélés sans fondement.

Ce qu'elle vivait était juste trop lourd pour elle.

Les lèvres pincées, Tonks s'avança à regret vers la porte close du Terrier. Elle tapa trois coups contre le bois et attendit. Des pas rapides se firent entendre à travers le battant puis celui-ci s'ouvrit légèrement, mais une voix d'homme retentit alors :

- Molly ! Demande qui c'est, avant d'ouvrir la porte à n'importe qui !

Le battant se referma aussitôt sous le nez de Tonks et elle entendit Mrs Weasley grommeler :

- Je n'ai pas encore l'habitude ! Et puis tout le monde est là ! Il faudrait être sacrément culotté pour venir ici et s'en prendre à nous tous !

- Peut-être mais il vaut mieux être prudent.

- Arthur a raison, intervint la voix calme de Dumbledore.

Nymphadora soupira.

- C'est Tonks, prévint-elle en tapant un nouveau coup contre le bois.

- Ah ! Vous voyez ! répliqua Molly en ouvrant finalement la porte.

Mais en découvrant la jeune femme aux cheveux couleur souris et à la triste mine, elle se figea très vite et s'apprêtait même à refermer le battant lorsqu'elle la reconnut enfin. Les yeux de Mrs Weasley s'écarquillèrent et les joues de Nymphadora rougirent de honte.

- Par Merlin, Tonks ! Que t'est-il arrivé ?

La jeune femme soupira et baissa la tête, cachant ainsi son visage pâle derrière des cheveux trop courts à son goût.

- Rien, grommela-t-elle avant de pénétrer dans la maison lorsque Molly se fut écartée.

Après le coup d'éclat de Mrs Weasley, tous les regards se posèrent inévitablement sur elle et Tonks serra courageusement les dents. Un long silence se fit tandis qu'une vingtaine de paires d'yeux la détaillait des pieds à la tête. Puis au bout d'une petite dizaine de secondes – une éternité pour Tonks - tous se souvinrent de leurs bonnes manières et se détournèrent promptement.

- Nymphadora, appela Dumbledore de sa voix la plus douce, viens donc t'asseoir près de moi.

L'actuel voisin d'Albus s'écarta aussitôt et une chaise libre vint se glisser entre eux. La jeune femme rejoignit celle-ci avec hâte puis s'y assit, le dos bien droit.

- Parfait, reprit Dumbledore. Maintenant que nous sommes au complet, la réunion peut commencer.

Le corps tendu à l'excès, Nymphadora releva légèrement la tête puis fit le tour des convives de ses yeux pâles et inquiets. Elle croisa le regard soucieux de Colin mais un soupir de délivrance s'échappa bientôt de ses lèvres.

« Il » n'était pas là.

Pourtant, son soulagement fut de courte durée. Certes, elle n'avait pas à supporter son inévitable regard de pitié mais son absence signifiait aussi qu'il risquait certainement sa vie à l'heure actuelle. Perdue dans ses pensées, Nymphadora n'écouta que d'une oreille distraite les propos de Dumbledore. Non pas que la réunion fut ennuyeuse mais tout simplement parce qu'elle ne parvenait plus à s'intéresser à quoique ce soit depuis près d'une semaine.

Lorsque le directeur Rufus Scrimgeour, préposé au poste de Ministre de la Magie, avait eu vent de son état et de ses difficultés à utiliser son don de métamorphomage, il lui avait gentiment annoncé qu'il désirait la voir utiliser ses talents au secrétariat du bureau des Aurors, le temps, bien sûr, de recouvrer la santé.

Cette mise au placard ne pouvait plus mal tomber et alourdissait un peu plus son moral. Alors l'appel de Dumbledore lui avait apporté un peu d'espoir, celui de s'occuper l'esprit et oublier ne serait-ce qu'un instant l'absence des deux Maraudeurs dans sa vie.

- Vous avez des nouvelles de Remus ? demanda soudain Mrs Weasley, ramenant aussitôt Nymphadora à la réalité.

Elle se tourna vers Dumbledore et attendit, suspendue à ses lèvres.

- Hélas non. Le clan de Greyback a apparemment quitté plus tôt que prévu leur dernier repère mais je n'en sais pas plus. Mais tout laisse à penser que Remus s'est parfaitement intégré au groupe.

- Qu'en savez-vous ? intervint sèchement Tonks avant de se tasser sur sa chaise sous le regard perçant du vieux sorcier.

- Si Greyback avait eu des soupçons concernant Remus, répondit-il patiemment, il se serait fait un plaisir de montrer ce qu'il advient des personnes osant l'espionner.

A cette simple idée, le cœur de Nymphadora se serra d'angoisse et elle réfréna une soudaine envie de hurler. Dumbledore, qui ne la quittait pas des yeux, fronça un instant les sourcils puis se détourna.

- Ce sera tout pour aujourd'hui.

Le silence respectueux fit aussitôt place à un brouhaha convivial et Tonks sentit une main se poser doucement sur son épaule.

- Je pourrais te voir quelques minutes ? demanda Dumbledore.

- Bien sûr, soupira la jeune femme en se levant.

Ils firent quelques pas dans la pièce afin de s'isoler un peu puis le vieux sorcier glissa un regard paternaliste sur elle.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? s'enquit-il.

Tonks se détourna. Elle n'avait aucune envie de parler de ses problèmes sentimentaux avec Albus Dumbledore. Cela lui semblait aussi déplacé que d'aborder les droits des hybrides avec Dolores Ombrage.

- Rien, dit-elle donc.

- Oh. Alors si rien ne va, procédons par élimination. Qu'est-ce qui va le moins mal ?

Malgré sa lassitude, la jeune femme ne put retenir un léger sourire en croisant le regard espiègle du vieux sorcier à travers ses lunettes en demi-lune.

- Le moins mal ? demanda-t-elle.

- Le moins mal, acquiesça-t-il.

- Eh bien… disons que j'ai momentanément perdu mon statut d'Auror.

Les sourcils de Dumbledore se haussèrent de surprise.

- Comment cela ?

Tonks soupira d'embarras et il l'encouragea d'un sourire.

- Je n'arrive plus à… à me transformer. Je ne maîtrise plus mon pouvoir.

- Mais ça ne t'empêche pas d'être apte dans toutes tes autres fonctions.

- Non, bien sûr mais Scrimgeour a jugé que ce n'était plus assez. Mais bon, je ne peux pas le lui reprocher… soupira-t-elle. On ne peut pas dire que je respire l'enthousiasme et l'efficacité.

Dumbledore l'observa quelques secondes en silence puis lui demanda :

- Voudrais-tu faire partie du groupe d'Aurors qui sera responsable de la sécurité de Poudlard, à partir de Septembre ?

Tonks leva un regard mal à l'aise vers le vieux sorcier.

- Vous savez, vous n'êtes pas obligé… Je n'ai pas besoin de votre p…

- Je t'arrête tout de suite, Nymphadora, la coupa-t-il d'une voix douce. Je prends la sécurité de mes élèves très au sérieux. Et si je ne te sentais pas capable de tenir ton rôle, jamais je ne te demanderais de te joindre au dispositif que je compte instaurer.

La jeune femme sentit son cœur s'alléger un peu et elle acquiesça.

- Très bien, alors j'accepte.

- Parfait, répondit Dumbledore avec entrain. J'en parlerai à qui de droit.

Il se tut un court moment puis reprit sur un ton plus propice aux confidences :

- Et maintenant, voudrais-tu me parler de ce qui est responsable de ce triste minois ? demanda-t-il en glissant un doigt sous le menton de la jeune femme afin de lui faire lever les yeux vers lui.

Mais la gorge de Tonks se serra si douloureusement que même si elle avait voulu se confier, aucun son n'aurait passé le barrage de ses lèvres. Elle détourna le regard et Dumbledore soupira tristement.

- Très bien, murmura-t-il. J'espère que Thomas Kyndopran se rendra compte qu'il ne sert à rien de repousser l'inévitable.

Nymphadora leva un regard perplexe vers le vieux sorcier.

- Thomas Kyndopran ?

- C'est apparemment le nom que Remus s'est choisi.

Tonks rougit violemment puis baissa la tête. Il n'était finalement pas étonnant que Dumbledore ait compris la raison de son chagrin. N'était-il pas considéré comme l'un des hommes les plus intelligents de cette planète ?

Le brouhaha des conversations cessa soudainement et la voix de Mr Weasley se fit entendre :

- Dumbledore ! Un message de Remus vient d'arriver !

Le cœur de la jeune femme fit un saut périlleux et elle croisa le regard pétillant d'Albus.

- Quand on parle du loup ! lança-t-il non sans humour, avant de s'éloigner pour rejoindre l'attroupement au centre de la salle.

Tonks lui emboîta vivement le pas mais resta malgré tout en retrait, observant l'imposant Patronus de Remus Lupin. Dumbledore agita sa baguette, murmura un « Aperire » et la voix assourdie mais bien distinct du Maraudeur emplit la pièce.

Malgré elle, le cœur de la jeune femme tressauta dans sa poitrine en entendant le timbre si rauque et familier.

« J'ai rejoint le clan de Greyback depuis cinq jours mais je n'ai pas pu vous contacter avant. Comme prévu, je suis étroitement surveillé et on me tient sciemment à l'écart. Nous nous trouvons non loin du village de Little Eskdale à moins de vingt kilomètres de Londres. Je ne sais toujours pas pourquoi Greyback a jugé utile de s'installer ici une semaine avant la pleine lune. Si j'ai de plus amples nouvelles, je vous les ferai parvenir. »

Le Patronus se désagrégea sous leurs yeux et tous reportèrent leur attention sur Dumbledore. Son regard s'était fait grave. Il ne souriait plus.

- Alastor, Dedalus, Colin, nomma-t-il d'une voix rude. Vous allez vous rendre immédiatement à Little Eskdale au 12 Harlington Street. Amelia Bones vit là-bas et nul doute qu'elle est la cible de Fenrir Greyback.

Les trois hommes acquiescèrent et Dumbledore poursuivit :

- Vous veillerez sur Amélia et resterez cachés jusqu'à la pleine lune. Si Greyback se rend compte de votre présence avant la transformation, la couverture de Remus pourrait être compromise.

Là encore ils hochèrent la tête et le vieux sorcier conclut :

- Faites attention à vous. Allez.

Nymphadora eut juste le temps de saisir la main de Colin avant qu'il n'emboîte le pas de Fol Œil.

- Sois prudent.

- Je le suis toujours, répondit-il, un sourire rassurant sur les lèvres.

Mais la jeune femme n'eut pas la force de lui sourire en retour et elle le regarda partir avec une sourde appréhension. Elle maudissait plus que jamais la faiblesse de son corps et de ses pouvoirs. Si seulement elle avait été en pleine possession de ses capacités, elle aurait pu demander à les accompagner.

Lasse, elle s'assit lourdement dans l'un des fauteuils usés du salon et observa ses mains pâles et menues.

Elle aurait aimé détester le responsable de tout cela.

Elle aurait aimé n'éprouver pour cet homme que de la haine.

Après tout, il l'avait trompée. Il lui avait fait espérer un avenir qu'ils n'auraient jamais. Et maintenant elle se trouvait là, amoindrie à un moment où la plus petite faiblesse pouvait être fatale. Pour elle, comme pour les autres.

Remus Lupin.

Thomas Kyndopran.

Quel nom absurde !

Mais soudain, le cœur de la jeune femme manqua un battement et elle saisit sa baguette magique d'une main tremblante. De la pointe de celle-ci, elle écrivit le nom d'emprunt de Remus puis murmura :

- Reverso.

Elle se mordit violemment la lèvre tandis que sur sa joue glissait une larme unique.

Thomas Kyndopran était l'anagramme de Nymphadora Tonks.

A SUIVRE…