Alors... Encore un chapitre qui met les choses en place. Pas facile de faire du "ship" alors que les personnages ne se croisent que rarement. J'espère que vous ne trouverez pas tout ça trop ennuyeux!

Merci à k caribo18, darkanddeviltime, Lizoune, Shumeyo, Lou-la-Vénusienne, Chardonette et Wizzbee pour vos reviews :-)

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Remus fit quelques pas supplémentaires puis jeta un bref coup d'œil autour de lui afin de s'assurer que nul ne le voyait. Lorsqu'il fut certain d'être seul, il sortit de sa poche une petite fiole puis but le contenu d'un trait. Il fronça machinalement le nez. Le goût de la potion Tue-loup n'était pas des plus agréables mais ce n'était pas ce qu'on attendait d'elle, après tout. Lorsqu'il eut ingurgité la totalité de la bouteille, il la fit disparaître dans sa poche et marcha à l'ombre des arbres. La nuit n'allait plus tarder et avec elle une lune parfaitement pleine.

Remus dut reconnaître avec agacement qu'il n'avait pas beaucoup avancé dans son enquête. Greyback était sans cesse entouré de ses hommes et il ne pouvait guère s'en approcher sans risquer de se compromettre. Il savait juste, du moins l'avait-il deviné, qu'une personne du village était la cible du Loup-Garou. Fenrir tenait constamment dans sa main un vêtement qu'il portait à son visage à intervalles réguliers pour en respirer les effluves. Et nul doute qu'une fois la nuit venue, le loup irait tout droit vers sa victime grâce à son odorat particulièrement développé.

Tandis qu'il reprenait le chemin de sa grotte, Remus tomba nez à nez avec le bras droit de Greyback et se figea.

D'une stature impressionnante, Bloodeyes ne dépassait pourtant Lupin que de quelques centimètres tant il se tenait le dos voûté, la tête pendante devant lui. Avec ses longs cheveux clairs en broussaille, sa mâchoire proéminente et ses yeux injectés de sang qui lui avaient valu son surnom, il était sans conteste le plus sauvage et impressionnant des hommes de Fenrir.

Passablement inquiet, Remus se vit détaillé de haut en bas et sentit l'appréhension le clouer au sol lorsque les narines de Bloodeyes se dilatèrent.

Pouvait-il sentir l'odeur âpre de la potion Tue-loup ?

Les mains de Lupin plongèrent négligemment dans les poches de son long pardessus. Il faisait bien trop chaud pour être habillé ainsi mais c'était pour lui le seul moyen d'avoir sa baguette magique à proximité sans se faire remarquer. Greyback n'aimait pas les sorciers.

-Un problème ? s'enquit Remus en inclinant la tête de côté.

L'homme renifla une dernière fois puis grommela :

-A part que tu me gênes pour passer, non…

Lupin s'empressa de se mettre sur le côté et Bloodeyes montra sa satisfaction par un grognement sourd avant de s'éloigner vers les profondeurs du bois de sa foulée lente mais assurée.

Remus ferma les yeux de soulagement. Il reprit ensuite le chemin de sa grotte puis rejoignit le coin qu'il s'était attribué non loin de l'entrée. S'asseyant tranquillement à même le sol, il rencontra pour la seconde fois le regard furtif d'une des locataires. Les cheveux blonds, le visage pâle mais séduisant, elle ne devait pas avoir plus de vingt cinq ans et portait comme tout le monde ici des vêtements usés, rapiécés.

Indifférent, Lupin s'apprêtait à se détourner lorsqu'elle lui décocha un sourire timide qui le prit totalement au dépourvu. Il se contenta donc de hausser les sourcils de surprise et, face à ce manque de réaction, la jeune femme se détourna, embarrassée.

Décidément, se dit Remus avec incompréhension. Voilà qu'il attirait les jeunes femmes comme des mouches. Son estomac se contracta un peu plus au souvenir de celle qui était entrée dans sa vie quelques mois auparavant.

Il n'aimait pas être ici à ne rien faire, à attendre la pleine lune en se tournant les pouces. Ses pensées ne cessaient de le ramener quelques jours plus tôt dans une ruelle de Londres, de lui faire revivre cet instant où il avait tout gâché. Non pas qu'il doutait d'avoir agi pour le mieux, d'avoir été raisonnable en prenant une décision aussi brutale mais... Mais.

Une partie de lui regrettait.

Remus émit un profond soupir et attira sur lui l'attention de quelques personnes assises un peu plus loin. Un homme croisa son regard et osa un signe de tête timide que Lupin lui rendit machinalement. Mais prenant certainement cela pour un encouragement, l'inconnu se leva et s'approcha de lui avec prudence.

-Je… ne vous dérange pas ? demanda-t-il hésitant.

Remus secoua légèrement la tête. Depuis son arrivée dans le clan de Greyback, personne ne lui avait encore adressé la parole et il accueillit l'homme avec un sourire.

-Du tout. Thomas Kyndopran, se présenta-t-il en tendant la main.

L'inconnu s'en saisit aussitôt et esquissa à son tour un sourire.

-Ben O'Connell, répondit-il en prenant place à ses côtés.

Remus détailla discrètement le dénommé O'Connell. Il avait à peu près le même âge que lui mais à voir son visage encore peu ridé et ses cheveux d'un noir de jais, nul doute qu'il n'avait été contaminé que tardivement.

-Vous êtes ici depuis longtemps ? demanda Lupin.

-Près de cinq mois. Et ça va faire neuf mois que je suis… Enfin vous voyez.

Remus acquiesça, comprenant la répugnance de Ben à utiliser le terme « Loup-Garou ». Cela avait un côté si animal et monstrueux que beaucoup éprouvaient des difficultés à se qualifier ainsi. Surtout lorsqu'ils étaient des êtres calmes et pacifiques.

-Et vous ? s'enquit Ben en l'observant à la dérobée.

-Moi ?... Presque trente ans, maintenant.

L'homme écarquilla les yeux puis hocha la tête d'un air désolé.

-Vous deviez être tout gosse alors… soupira-t-il, sans attendre particulièrement de réponse. Le plus jeune de notre joyeuse bande a presque treize ans, mais on ne le voit pas beaucoup. Greyback le garde à côté de lui. Il était déjà là, lorsque je suis arrivé. Un vrai petit sauvage… Pauvre gamin. C'est triste.

Remus se contenta d'acquiescer. Il remercia une nouvelle fois le ciel d'avoir eu des parents aimants qui avaient pris soin de lui pendant quelques années… jusqu'à ce qu'ils se fassent tuer par des Mangemorts.

-Combien sommes-nous exactement ? demanda Lupin, l'air de rien. C'est difficile de juger puisque la plupart reste cachée dans les grottes.

-Oh… Je dirais une petite centaine. Mais le chiffre gonfle de plus en plus depuis quelques temps. On ne sait pas trop pourquoi, d'ailleurs. Comme vous avez pu le constater, on est pas mal isolé. Et puis, comme Greyback nous garde loin des villes, c'est difficile de se renseigner.

-Vous-savez-qui est revenu, lui apprit Remus, observant avec attention le visage de son compagnon.

L'homme ne parut pas surpris et se contenta de hocher la tête.

-Je m'en doutais un peu, entre ce qu'avait annoncé Potter et les quelques bribes de discussions que j'ai entendues de ci de là. Et puis Greyback a changé un peu son discours la dernière fois qu'il nous a parlé. C'était juste avant de venir ici.

-Changé ? Comment ça ?

-Ben… Avant, il cherchait davantage à nous rassembler. « Il faut s'unir pour survivre ! ». Enfin, vous voyez le genre. Maintenant c'est plus agressif, je dirais.

-Par exemple ?

-« Il faut se multiplier ! Imposer nos droits par la force ! ». Quelque chose comme ça. J'avoue qu'il me fait un peu peur, mais il est très respecté, ici. Beaucoup d'entre nous lui doivent la vie.

Et beaucoup lui doivent « cette » vie, grommela intérieurement Remus.

Les deux hommes se turent un instant puis Lupin se risqua à aborder le sujet qui l'intéressait :

-C'est quand même étrange de se déplacer une semaine avant la pleine lune… Vous savez pourquoi il a fait ça ?

Ben lui lança un regard en biais et Remus eut peur d'avoir été trop direct.

-Non, il n'a rien dit, finit par répondre O'Connell. Mais il ne nous dit pas grand-chose et on suit sans poser de questions. Les gens ne parlent pas beaucoup, ici. Tout le monde est tellement renfermé… Faut dire que certains ont des histoires tristes à mourir.

-Et c'est quoi, votre histoire ? s'enquit Remus, décidé à faire oublier à Ben sa petite enquête sur Greyback et ses intentions.

O'Connell parut heureux qu'on lui pose la question. De toute évidence, parler était un plaisir rare ici et celui d'être écouté, encore plus. Ils passèrent donc près de deux heures à faire connaissance. Remus se montra peu loquace mais Ben n'en éprouva pas de regrets et lui expliqua dans les grandes lignes les règles du clan.

Une fois par semaine, ils faisaient une petite virée dans les environs afin de voler de quoi se nourrir. Bien sûr, ils évitaient d'en venir aux mains car ils n'avaient guère envie de voir rappliquer une armée d'Aurors pour leur donner la chasse. Mais nourrir près d'une centaine de personnes n'était pas aisé et il s'écoulait parfois deux à trois jours sans que nul n'ait rien avalé.

Remus soupçonnait Greyback d'affamer volontairement le clan afin de les rendre plus agressifs, surtout avant la pleine lune. Ce dernier justifiait ce manque de nourriture en affirmant qu'ils avaient pillé tout ce qui pouvait l'être mais Lupin n'était pas dupe.

Lorsque Remus voulut aborder le comportement du clan lors de la pleine lune, il fut confronté à un discours gêné. Ben savait les risques qu'il faisait courir aux villages environnants mais il préférait fermer les yeux. C'était l'une des conditions qui lui permettait de rester dans le clan. Greyback refusait catégoriquement l'enfermement.

Lupin aurait pu parler de la potion Tue-loup mais il savait ce que O'Connell lui rétorquerait : pour quiconque ne sachant pas la préparer, cette potion restait beaucoup trop cher. Seuls les privilégiés y avaient droit, ceux ayant une famille fortunée et désireuse d'aider. Pour les autres, c'était les chaînes et la famine. Ou Greyback et sa protection.

Le choix était rapidement fait.

Une voix retentit brusquement à l'entrée de la grotte, se répercutant en écho à l'intérieure de la cavité rocheuse.

-Tout le monde dehors !

-Ah ! C'est parti, se contenta de dire Ben en se levant.

Remus se redressa à son tour, légèrement inquiet.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-Ils vont nous compter. Ils le font toujours avant la transformation et juste après, pour voir s'il en manque le lendemain matin.

-A quoi ça leur sert ?

-Aucune idée. Mais tu devrais rassembler tes affaires dès maintenant. Demain, il faudra partir vite.

Lupin acquiesça et remit dans son vieux sac usé l'unique couverture qu'il possédait, puis il suivit les quelques retardataires vers l'extérieur. Il sentit alors un frôlement se faire sur son épaule et il tourna les yeux vers la jeune femme qui lui avait souri un peu plus tôt.

Son cœur se mit brusquement à battre plus vite tandis qu'en lui un soupçon venait de naître. Et si cette femme aux cheveux blonds et aux traits légèrement marqués était…

-Bonjour, le salua-t-elle.

-… Bonjour, bredouilla-t-il avec un espoir irréfléchi et absurde.

Le regard qu'il posait sur elle était si troublé, si intense, qu'elle rougit légèrement et lui sourit avec chaleur.

Remus retrouva aussitôt la raison.

Ça ne pouvait pas être Nymphadora. Jamais elle n'aurait pu arriver ici avant lui. Jamais elle n'aurait réussi à intégrer ce groupe. Et jamais elle ne lui aurait souri ainsi. Pas après ce qu'il lui avait dit.

La fièvre qui l'avait soudainement envahi se désagrégea aussi vite et une masse de plomb vint reprendre sa place dans son estomac. Il grimaça un sourire à la jeune femme puis reporta son attention devant lui.

Ce choc l'avait épuisé. Le contraste entre ces quelques secondes d'intense exaltation et ce douloureux retour à la réalité le laissait démoralisé.

D'une main tremblante, il frotta son front rendu moite par le contrecoup et soupira bruyamment afin de reprendre pied.

Il devait l'oublier. Il devait absolument l'oublier.

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Tonks tendit le cou et observa à travers les carreaux la lune parfaitement pleine qui étincelait dans un ciel d'encre. Le soleil s'était couché une demi-heure plus tôt et une longue nuit commençait.

Dumbledore avait exceptionnellement réuni l'Ordre au Terrier afin de pouvoir réagir rapidement en cas d'appel à l'aide. Mais pour le moment, aucun message n'avait été envoyé et tous discutaient posément aux quatre coins de la pièce.

-Ca va ? demanda Molly Weasley en s'arrêtant à ses côtés devant l'une des fenêtres de la cuisine.

La lourde chaleur de l'après-midi persistait à l'intérieur de la maison hermétiquement close mais Nymphadora croisa les bras devant elle. Elle se sentait glacée.

-Oui, répondit-elle cependant.

-Tu t'inquiètes pour Colin ?... Ou pour Remus ?

La jeune femme s'arracha à la contemplation de la lune et se tourna vers le visage bienveillant de Molly. Elle hésitait encore à se confier, se sentant trop humiliée par la façon dont les choses s'étaient terminées.

Tonks se revoyait près de dix jours plus tôt, arborant fièrement le lien particulier qui l'unissait à Remus Lupin. Et puis soudain… il n'y avait plus rien eu. Rien, hormis une pauvre idiote qui avait voulu y croire.

-Pour les deux, répondit-elle avec sincérité.

-Mmmm, fit simplement Mrs Weasley.

Pendant un bref instant de silence, elles observèrent toutes deux l'astre pâle puis Molly reprit :

-Tu ne veux pas me parler de ce qui s'est passé ?

Tonks ferma les yeux.

-Il n'y a pas grand-chose à dire.

-Vous étiez ensemble depuis combien de temps ?

-A peu près cinq mois.

Molly se tourna vivement vers elle, les yeux écarquillés.

-Cinq mois ? s'exclama-t-elle avant de reprendre plus bas en voyant des têtes se tourner dans leur direction. Cinq mois… Je ne pensais pas… Sirius était au courant ?

-Je ne crois pas. Nous étions assez discrets.

Mrs Weasley hocha la tête et Nymphadora soupira.

Finalement, ça lui ferait peut-être du bien d'en parler. Cela rendrait cette courte, trop courte histoire plus réelle.

-Et que s'est-il passé ? Pourquoi est-ce terminé ? demanda doucement Molly.

Tonks sentit sa gorge se serrer douloureusement.

« C'est terminé ».

Elle entendait avec une précision détestable la voix grave de Remus. Elle revoyait la détermination de son regard. L'inflexibilité de sa décision.

-Il ne m'aimait pas assez. Pas assez pour…

Elle inspira une longue bouffée d'air afin de taire l'angoisse qui lui enserrait le cœur puis ses pensées lui rappelèrent cet étrange choix :

Thomas Kyndopran.

-Enfin… Je ne sais pas… bredouilla-t-elle.

Elle se mordit violemment la lèvre, inspira de nouveau puis poursuivit d'une voix plus ferme :

-Mais ça n'a plus d'importance, maintenant… C'est terminé.

Comment une phrase si petite pouvait faire aussi mal ? Non, elle n'était pas prête à en parler. Tout était encore trop frais dans sa mémoire. La peine était encore trop grande.

Molly dut le sentir car elle se contenta de poser une main réconfortante dans son dos et émit un soupir désolé.

Les minutes s'engrenèrent, longues, interminables et Tonks fut soulagée de voir Mrs Weasley rejoindre son mari. La solitude lui pesait mais elle avait l'étrange impression d'étouffer ici. L'attente la rendait folle.

Mais un éclat blanc attira brusquement son attention et elle colla son nez à la fenêtre. Elle fouilla avidement l'obscurité des yeux en vain et crut même avoir rêvé lorsque la voix de Dumbledore s'éleva dans son dos.

-Un message d'Alastor, annonça-t-il en se levant de son fauteuil, les yeux rivés sur la porte d'entrée.

Moins d'une seconde plus tard, un ours immense et vaporeux apparut au centre de la pièce, attendant de délivrer son message.

-Aperire, murmura Dumbledore en agitant sa baguette.

L'ours secoua sa tête hirsute puis la voix bourrue de Maugrey retentit. Tonks sentit ses nerfs se tendre face à l'urgence du ton employé.

« On est débordés ! Je ne sais pas combien ils sont mais il en arrive sans cesse ! On ne pourra pas tenir très longtemps ! Envoyez-nous vite du renfort !... »

Dumbledore n'attendit pas la fin du message et ordonna :

-Arthur, Bill, Hestia. Vous venez avec moi.

-Je viens aussi ! intervint Tonks en faisant un pas en avant.

Le vieux sorcier n'hésita qu'un instant puis acquiesça.

-Très bien. Molly, il nous faut un Portoloin.

Mrs Weasley sursauta.

-Euh oui… Bien sûr.

Elle tourna sur elle-même en fouillant la cuisine du regard puis se saisit vivement d'une casserole qu'elle posa bruyamment sur la table. Dumbledore s'avança, pointa sa baguette vers l'objet de cuivre puis murmura :

-Portus.

Les nerfs tendus à l'extrême, Nymphadora regarda l'objet briller, vibrer légèrement puis s'immobiliser de nouveau sur la table.

-Allons-y, incita le vieux sorcier avant de lever un regard hâtif derrière lui.

Les préposés à la mission s'approchèrent aussitôt du Portoloin et posèrent une main sur l'objet. Puis d'un même mouvement, tous sortirent leurs baguettes magiques et attendirent.

Le dos raide, la mâchoire crispée, Tonks leva les yeux et vit le regard inquiet de Mrs Weasley se poser sur son fils, puis sur son époux. La voix de Dumbledore retentit :

-Un… Deux… Trois.

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Jamais de sa vie, Remus n'avait vécu une telle transformation. La plupart de ses congénères s'était dénudés, se cachant derrière des couvertures en lambeaux afin d'épargner les quelques vêtements qu'ils possédaient, et Lupin fut contraint d'agir pareillement. Il avait lui-même trop peu de biens pour faire son pudique, et ce malgré la profonde humiliation qu'il ressentait à se trouver presque nu au milieu d'inconnus.

Mais à l'inverse de ses compagnons d'infortune, Remus resta parfaitement conscient lors de la transformation, et malgré sa souffrance, il observa avec une curiosité morbide ses semblables. Pour la première fois en près de trente ans, il pouvait voir de l'extérieur sa propre métamorphose. Des hurlements effrayants retentirent en écho autour de lui tandis que les membres se tendaient, que les muscles se déchiraient, que les corps s'effondraient dans l'herbe. Partout où son regard se tournait, Remus voyait la même vision cauchemardesque. Mais peu à peu, les cris de douleur firent place à des grognements inhumains et Lupin se retrouva bientôt au milieu d'une meute de loups-garous à la gueule allongée et aux griffes acérées.

Il se redressa alors lui-même sur ses pattes puis leva la tête. Malgré sa raison qui lui dictait de ne pas espérer, Remus ne put s'empêcher d'inspirer à pleins poumons là où la jeune femme blonde se trouvait encore, quelques secondes plus tôt. Mais son odorat particulièrement développé lui confirma qu'il ne s'agissait en rien de Tonks et il se détourna, furieux contre lui-même.

Certes, avec son don de Métamorphomage, Nymphadora aurait très bien pu se faire passer pour un lycanthrope mais l'imaginer ici était vraiment la chose la plus absurde qui fut.

Quoique non. Après réflexion, le plus absurde restait sans contestes l'espoir qu'il avait éprouvé.

Partagé entre mélancolie et agacement, Remus inspira une nouvelle fois et tria consciencieusement les différentes odeurs qui lui parvenaient. Il était bien évidemment incapable de repérer celle de Greyback puisqu'il ne la connaissait pas encore mais une infime odeur de sang mêlée à de la sueur le fit bondir sur ses pattes. C'était la seule piste qu'il avait.

La lune étincelait au-dessus de sa tête, rendant la forêt qu'il traversait moins dangereuse. Il entendait tout autour de lui des hurlements, des appels que sa conscience d'homme ne comprenait pas. Plusieurs Loups-Garous le dépassèrent alors qu'il ralentissait, incertain quant à la direction à prendre, et il choisit de leur emboîter le pas. La traversée du bois fut relativement longue puis enfin, ils arrivèrent aux abords du village.

Chose étrange et inquiétante, les lampadaires de la petite ville étaient tous éteints, et Remus suspecta Greyback d'en être responsable afin de rendre leur passage dans les rues plus discret. Un silence de mort régnait autour de lui et seul le bruit de leurs pattes sur le goudron résonnait. Passablement inquiet, Lupin fouillait l'obscurité, craignant de croiser un villageois. Il ne devait être que 23 heures tout au plus et tous n'étaient certainement pas couchés. Mais après avoir traversé trois rues sans rencontrer âme qui vive, Remus suspecta les membres de l'Ordre d'avoir, du moins l'espérait-il, réussi à cloîtrer discrètement tout le monde dans leurs maisons.

Près d'une minute plus tard, ils arrivaient à une intersection lorsqu'une violente explosion se fit brusquement entendre non loin de leur position. Plusieurs autres suivirent bientôt et Lupin allongea ses foulées. Se rapprochant peu à peu du lieu d'où provenaient à présent grognements féroces et détonations puissantes, son regard fut bientôt attiré par des éclats de lumière.

-Stupéfix ! entendait-il alors que la ruelle s'illuminait de rouge.

Alastor, soupira intérieurement Remus.

Quelques secondes plus tard, il parvenait enfin au beau milieu de la rue et évalua rapidement la situation. Des loups arrivaient sans cesse des quatre coins du village et tentaient de rejoindre une haute demeure devant laquelle Colin, Dedalus et Alastor combattaient vaillamment. Les trois hommes lançaient des sorts sans discontinuer, repoussant au mieux l'arrivée de plus en plus massive des lycanthropes. Les corps inconscients de nombreux Loups-Garous s'entassaient devant eux rendant leur visibilité moins bonne et leurs sorts moins efficaces.

Ils avaient besoin d'aide. C'était urgent.

Bandant ses muscles, Remus bondit sur le premier de ses semblables qui passait à sa hauteur et le projeta violemment contre le mur d'en face. Son but n'était pas de blesser, mais uniquement de mettre hors d'état de nuire et il regarda avec satisfaction le lycanthrope s'effondrer, assommé.

Il fit de même avec plusieurs d'entre eux, malmenant sans vergogne mais refusant catégoriquement l'emploi de ses griffes ou de ses crocs. Mais alors qu'il heurtait brutalement un Loup aux poils clairs et hirsutes, il croisa son regard injecté de sang.

Bloodeyes, identifia-t-il aussitôt.

Le lycanthrope percuta l'un des murs de la rue mais le choc ne fut pas suffisant pour lui faire perdre connaissance et Remus recula machinalement. Etendu sur le sol, Bloodeyes leva son long museau vers lui et fit jaillir de sa gorge un grognement sourd et effrayant. Il se redressa lentement, sans le lâcher des yeux, et Lupin inspira une longue bouffée d'air afin de se donner du courage.

Ils bondirent l'un vers l'autre au même instant. Plus massif et imposant, Bloodeyes prit rapidement le dessus mais malgré cela, Remus avait un avantage certain. Là où le Loup ne faisait que se battre de façon primaire, Lupin, lui, utilisait ses réflexes humains. Percutant violemment une rangée de poubelles métalliques, Remus saisit de sa main droite l'un des couvercles et frappa de toutes ses forces son adversaire. Celui-ci s'effondra par terre, passablement sonné, mais n'eut guère le temps de se remettre du choc. Profitant de sa faiblesse momentanée, Lupin réitéra son geste et Bloodeyes s'écroula, inconscient.

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Nymphadora sentit ses pieds se poser sur un sol dur et elle releva vivement la tête, balayant les lieux du regard. La lumière chaleureuse du Terrier avait fait place à la nuit et elle cligna machinalement des paupières, espérant s'habituer à l'obscurité plus rapidement. Certes, la lune rendait les ruelles perceptibles mais elle ne parvenait que difficilement à discerner les choses avec exactitudes.

Son attention fut cependant très vite attirée par un son parfaitement reconnaissable. Des grognements retentirent tout autour d'eux et elle leva vivement sa baguette. Au même instant, de nombreuses silhouettes hautes et effrayantes sortirent de l'ombre et se précipitèrent sur eux. S'apprêtant à agir, elle fut devancée par Dumbledore, et une lumière aveuglante vint bientôt frapper les Loups-Garous qui s'effondrèrent aussitôt dans un glapissement de douleur.

Le calme revint de suite et elle abaissa sa baguette en soupirant. Mais elle n'eut cependant guère le temps de faire autre chose. A quelques centaines de mètres d'eux, plusieurs détonations retentirent, illuminant le ciel d'une lueur cramoisie.

-Arthur, Bill, Nymphadora, ordonna Dumbledore. Vous allez donner un coup de main à Alastor. Hestia et moi nous occupons de l'arrière de la maison.

-Très bien, acquiesça Arthur.

Ils firent une partie du trajet ensemble puis se séparèrent à une intersection. Tonks n'avait pu s'empêcher de regarder avec un mélange d'inquiétude et d'espoir le corps inerte des lycanthropes, lorsqu'ils étaient passés à leur hauteur. Savoir Remus assommé et loin du champ de bataille lui apparaissait soudain préférable. Mais compte tenu de l'obscurité et l'urgence de la situation, elle avait vite abandonné l'idée de le chercher.

Et puis autre chose l'inquiétait. Depuis leur rupture qui avait fait tant de dégâts en elle, Nymphadora n'avait guère eu le loisir d'utiliser la magie pour autre chose que des actes simples, et elle n'était pas certaine d'avoir encore le pouvoir de se défendre ou d'aider quelqu'un.

Tonks raffermit l'étreinte de ses doigts autour de sa baguette et tenta de repousser les doutes de son esprit. Il n'était plus temps de se questionner, ils arrivaient à hauteur des premiers assaillants. Le hurlement des loups, le glapissement des blessés, les détonations qui se succédaient de l'autre côté de l'attroupement emplissaient la rue et Nymphadora écarquilla les yeux. Jamais elle n'avait vu autant de Loups-Garous de sa vie. De tailles multiples, ils possédaient cependant une musculature des plus impressionnantes et elle savait que d'un seul coup de griffes, ils pouvaient les blesser mortellement.

Le bruit de leurs pas sur le goudron attira rapidement l'attention des plus proches Loups-Garous et ceux-ci se retournèrent, le museau froncé, leurs dents affûtées. Tonks n'attendit pas.

-Stupéfix ! lança-t-elle.

Un éclair rouge jaillit de sa baguette et les frappa de plein fouet. Ils furent violemment projetés en arrière et s'effondrèrent sur le sol, inertes. Nymphadora soupira de soulagement alors qu'à ses côtés, Arthur et Bill attaquaient à leur tour.

-Faites attention à Remus ! ne put-elle s'empêcher de leur crier.

-On va avoir du mal à le discerner des autres, lui répondit Bill avant de jeter un nouveau sort.

Malgré elle, Tonks dut reconnaître qu'au milieu de toute cette agitation, ils n'avaient guère le temps de trier.

Ils se contentèrent donc de multiplier les sorts, veillant à ne jamais tuer, et bientôt ils purent rejoindre Alastor et Colin qui se défendaient vaillamment, protégeant du mieux qu'il pouvait un Dedalus grièvement blessé.

-Pas trop tôt ! grommela Maugrey, essoufflé. Diggle s'est pris un coup de griffes en plein abdomen.

-Je m'en occupe, répondit aussitôt Tonks en s'agenouilla à ses côtés.

L'entraînement complet qu'elle avait suivi pour devenir Auror incluait bien évidemment les premiers soins et elle repoussa doucement le bras que Dedalus pressait machinalement contre son ventre. Un gémissement de douleur s'échappa de la gorge de l'homme et elle tenta de le rassurer, malgré les explosions et rugissements qui se succédaient derrière elle.

-Par Merlin ! s'exclama Arthur en s'épongeant le front. On a à peine le temps d'en assommer une dizaine, que ceux déjà à terre se relèvent et attaquent de nouveau !

-On en a pour la nuit, à ce rythme-là ! renchérit Bill.

-Où est Amélia ? demanda Tonks tout en jetant un sort temporaire de cicatrisation, afin d'arrêter l'hémorragie.

-A l'intérieur, répondit Colin. Elle voulait nous aider mais Alastor l'a… persuadée de rester chez elle.

-« Persuadée », hein ? ne put s'empêcher de relever Ntmphadora.

-Une vraie tête de mule ! grogna Fol Œil en repoussant brutalement un Loup-Garou téméraire. Elle n'a pas changé !

Une large explosion retentit de l'autre côté de la maison.

-C'est qui, là-bas ? demanda aussitôt Alastor.

-Dumbledore et Hestia, répondit l'aîné des Weasley en lançant un sort si puissant que cinq Loups-Garous s'effondrèrent en même temps.

Tonks qui s'était relevée, ses soins terminés, ne put s'empêcher de protester.

-Vas-y doucement Bill ! Tu oublies que…

Mais elle sursauta violemment lorsqu'une détonation se fit juste derrière elle. Redressant vivement la tête, la jeune femme leva les yeux vers le ciel et sentit son sang déserter son visage.

-La Marque des Ténèbres ! s'écria-t-elle, horrifiée.

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Remus se redressa et blêmit violemment en découvrant dans le ciel le symbole funeste de Voldemort. Quelques minutes auparavant, il avait vu trois membres de l'Ordre rejoindre Alastor et Colin de l'autre côté de la rue. Et il avait crû que ces renforts permettraient de mettre un terme à tout cela mais ils avaient dû omettre quelque chose. Comment des Mangemorts avaient-ils pu entrer dans cette maison ?

A peine venait-il d'émettre cette question qu'un Loup au pelage grisonnant parvenait à sa hauteur et lançait un cri de ralliement. Remus ne mit qu'un instant à comprendre qu'il se trouvait en présence de Greyback et profita de l'instant pour noter dans un coin de son esprit l'odeur forte et repoussante du lycanthrope.

Mais croisant soudainement le regard du Loup-Garou, Lupin sentit son sang se glacer en comprenant brusquement qu'il était lui-aussi parfaitement conscient. Fenrir avait également bu de la potion Tue-Loup. Remus se contraignit donc à dévier son regard, le rendant le plus inexpressif possible et se demanda pourquoi un homme si fier de sa nature hybride en viendrait à la bâillonner volontairement.

Reportant son attention sur Greyback, il le vit lever de nouveau la gueule vers le ciel, réitérer son appel puis s'élancer au pas de course dans la rue en direction des bois. Les lycanthropes encore conscients se ruèrent aussitôt à sa suite et le jour se fit enfin dans l'esprit de Lupin.

Cette attaque n'était rien moins qu'un leurre. Pendant que l'Ordre perdait son temps avec les Loups-Garous, Voldemort et ses Mangemorts avaient eu tout le loisir de pénétrer dans la maison.

Dans un grognement furieux, Remus enjamba les corps inconscients afin de rejoindre l'Ordre mais il était sans cesse freiné dans son avancée par ses semblables qui courraient en sens inverse. D'un coup d'épaule, il tenta de se frayer un chemin lorsque brusquement, son cœur manqua un battement.

Léger, frais, fruité, avec juste une pointe de musc.

« Elle » était là.

D'un bond, il sauta par-dessus plusieurs corps inconscients et fouilla du regard le groupe constituant l'Ordre. Bien qu'ils lui tournaient le dos, Remus reconnut aisément les Wesaley, Alastor et Colin. Il entraperçut également Dedalus Diggle assis à même le sol, le dos appuyé contre le haut mur délimitant la maison. Mais il eut beau fouiller les environs avec une attention presque désespérée, il ne vit nulle trace de Nymphadora.

En revanche, un inconnu se tenait au milieu du groupe. Les cheveux châtains tirant sur le gris, il portait, en plus d'une cape posée négligemment sur une épaule, un pantalon et un tee-shirt noir qui semblaient beaucoup trop grands pour lui. Sa silhouette chétive laissait à penser qu'il ne devait pas avoir plus de quinze ans et Remus se demanda ce qu'il pouvait bien faire ici, au milieu de ce carnage. Mais cette question ne traversa son esprit qu'un bref instant car une autre, beaucoup plus dérangeante, venait soudainement de la balayer :

Pourquoi cet homme portait-il sur lui l'odeur de Nymphadora Tonks ?

A SUIVRE...