Un grand merci à Lou-la-Vénusienne, Phénix, chardonette, Lizoune, Kimmy Potter, crackos et Shumeyo pour vos reviews:-)

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Tonks avait encore les yeux levés vers le ciel lorsque la voix de Colin la ramena brusquement sur Terre.

- Attention !

Un éclat rouge fendit l'obscurité et elle eut à peine le temps de se retourner qu'une masse sombre s'effondrait à deux mètres de ses pieds. Faisant machinalement quelques pas en arrière, elle remercia Colin du regard puis observa la rue obscure qui se désemplissait peu à peu.

- Ils fuient, signala-t-elle en abaissant sa baguette.

- Il semblerait que leur mission soit terminée, grommela Alastor en jetant un œil lugubre sur la Marque des Ténèbres. Bill, Wilkes, vous restez là avec Diggle. Les autres, avec moi.

Et d'un geste vif, il fit sauter les défenses magiques protégeant la demeure d'Amélia Bones puis s'engouffra à l'intérieur du jardin. Tonks et Arthur lui emboitèrent aussitôt le pas et grimpèrent rapidement les marches menant à la vieille maison. La porte était déjà grande ouverte et ils tombèrent nez à nez avec Hestia Jones.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? lui demanda Tonks.

- Aucune idée. Dumbledore est parti voir à l'étage, répondit-elle, le teint extrêmement pâle. Je surveille juste l'entrée.

Alastor n'attendit pas davantage et commença à grimper les marches menant au premier étage de son pas chaloupé, Arthur et Nymphadora sur les talons. Lorsqu'ils parvinrent en haut de l'escalier, leur attention fut attirée par une lumière mouvante, provenant d'une pièce faiblement éclairée.

- Dumbledore ? appela Arthur.

- Je suis là, répondit la voix du sorcier, à travers la porte entre-ouverte.

Tonks poussa le battant et sentit son cœur se serrer en découvrant le chaos qui régnait dans ce qui devait être un petit salon. La table basse était renversée, l'une des chaises avait été éventrée, le sol était recouvert de débris divers… et une femme était étendue sur le tapis. Nymphadora se détourna, prise de nausées. Elle avait juste eu le temps d'apercevoir ce qui restait du corps massif d'Amélia Bones.

A genoux près de la victime, Dumbledore se releva lentement et tourna un regard las vers eux.

- Vous avez vu qui a fait ça ? demanda Arthur, livide.

- Non. Nous sommes entrés après l'apparition de la Marque des Ténèbres, répondit le vieux sorcier.

- Comment ont-ils pu passer nos défenses ? s'exclama Alastor. Il y avait celle de Bones et les nôtres…

Pensif, Dumbledore balaya la pièce de son regard pâle et scrutateur. Au bout d'un court instant de silence, il dit :

- Ils devaient être là avant nous.

- Avant nous ? répéta Maugrey. On est ici depuis deux jours !

- Avez-vous fouillé la maison ?

Alastor soupira en écartant les bras d'un air fataliste.

- Vous connaissiez Amélia… Tout ce que j'ai eu le droit de faire c'est le tour de la propriété en utilisant mon deuxième œil. Je n'ai pas eu accès à toute la maison.

Dumbledore soupira et Tonks leva les yeux vers lui. Il semblait extrêmement fatigué et particulièrement attristé. Amélia Bones était une femme honnête et juste et son assassinat sous le nez même de l'Ordre du Phénix était un coup dur. Nul doute que Dumbledore se jugeait responsable de cette tragédie.

Nymphadora balaya une dernière fois la pièce des yeux, évitant de s'attarder trop longtemps sur le corps de la victime. L'état de la pièce témoignait d'un combat acharné. Amélia s'était battue. Elle avait résisté longtemps, espéré peut-être que les éclats de lumière et le bruit des explosions attireraient l'attention de l'Ordre. Hélas, Voldemort avait vu juste en utilisant Greyback et sa bande comme diversion. La violence et le tumulte de leur attaque avaient rendu la résistance d'Amélia Bones inutile. Et avec sa mort, la maison avait aussitôt perdu une partie de ses défenses, permettant aux Mangemorts de faire apparaître la Marque des Ténèbres et de fuir sans être inquiétés.

- Sortons d'ici, finit par ordonner Dumbledore d'une voix sourde.

Tonks hésita.

- Mais… On la laisse comme ça ?...

- Son décès va avoir de lourdes répercutions au sein du Ministère. Il est inutile d'en rajouter avec notre présence sur les lieux, expliqua-t-il simplement.

- Très bien, acquiesça-t-elle avant de suivre docilement les autres.

Dumbledore prit bien soin de refermer la porte telle qu'il l'avait trouvée puis ils descendirent au rez-de-chaussée et sortirent de la maison. Les membres de l'Ordre restés devant la propriété d'Amélia Bones continuaient de repousser les quelques Loups-Garous qui reprenaient parfois conscience. Mais le calme était enfin revenu au 12 Harlington Street.

- Colin, occupe-toi d'emmener Dedalus à Ste Mangouste, ordonna le vieux sorcier. Arthur, contacte le ministère. Nous allons avoir besoin d'Oubliators ici.

- J'y vais, répondit Mr Wesaley avant de transplaner.

Tonks expliqua brièvement à Colin ce qu'elle avait fait pour soigner Dedalus puis, une fois ces informations en sa possession, le jeune homme posa une main sur le blessé et transplana à son tour. Dumbledore balaya la rue du regard. De nombreux corps inconscients de Loups-Garous jonchaient encore le sol et il leva sa baguette en psalmodiant :

- Somniculus totalus.

Un voile léger, presque invisible s'échappa de sa baguette et fendit silencieusement la route. Il recouvrit un très bref instant chaque lycanthrope puis peu à peu, l'obscurité revint.

- Maintenant qu'ils sont assoupis pour plusieurs heures, vous allez pouvoir les transporter jusqu'à la forêt sans risquer de voir l'un d'entre eux se réveiller, expliqua-t-il. De mon côté, je vais m'entretenir avec Cornelius. Faites attention à vous.

Tonks regarda Dumbledore disparaître puis se tourna vers Hestia, Bill et Alastor.

- Jones, interpella ce dernier. On s'occupe de l'arrière de la maison.

Hestia acquiesça puis ils laissèrent Nymphadora seule avec l'aîné des Weasley. Celui-ci soupira en observant d'un œil morne les nombreux corps présents dans la rue.

- J'ai comme l'impression qu'ils nous laissent le plus gros du travail !

Encore trop secouée par les derniers évènements, Tonks n'eut pas la force de répondre et agita simplement sa baguette en direction de plusieurs Loups-Garous.

- Wingardium Leviosa.

Les corps lévitèrent docilement et elle se mit en marche, suivant les traces laissées par les fuyards. Elle dut slalomer afin d'éviter les autres corps toujours allongés sur le sol et prit le temps d'observer chacun d'eux dans l'espoir d'y trouver Remus. Mais dans un soupir déçu, elle dut se résoudre à quitter Harlington Street bredouille, et ne rencontra plus aucun corps jusqu'aux abords de la forêt. Là seulement, elle déposa son butin dans l'herbe épaisse puis y jeta un bref coup d'œil et sentit son cœur s'emballer.

Elle s'avança vivement vers l'un des corps inconscients et observa avec attention les cicatrices qui le recouvraient.

C'était lui.

- Remus… souffla-t-elle en s'agenouillant vivement à ses côtés.

Inquiète, elle posa une main impatiente sur son torse massif et sentit son cœur battre paisiblement sous ses doigts. Elle soupira, ferma quelques secondes les yeux puis son ventre se tordit soudainement de douleur.

Tonks retira aussitôt sa main.

Elle aurait voulu se relever, lui tourner le dos et partir. Elle aurait aimé avoir la force de se protéger, le détachement nécessaire pour agir de façon raisonnable. Mais son corps refusait de bouger et elle resta de longues minutes assise près de lui.

Immobile, elle observait ses propres mains crispées sur ses cuisses. Elle ne le regardait pas, elle ne le voulait pas. Elle avait déjà beaucoup trop mal pour cela.

Mais malgré la douleur sous ses côtes qui l'empêchait presque de respirer, une partie d'elle se sentait apaisée. A cet instant précis, elle savait qu'il était sain et sauf. Elle savait qu'il ne courrait aucun danger.

- Tonks ?

Nymphadora sursauta et leva un visage défait vers Bill qui s'arrêta à sa hauteur.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il, inquiet.

- Rien. C'est Remus, expliqua-t-elle simplement d'une voix atone.

Le jeune homme haussa les sourcils puis observa le Loup allongé dans l'herbe.

- Tu es sûre ?

- Oui.

- On le réveille ? proposa Bill en levant déjà sa baguette, mais Tonks se redressa aussitôt :

- NON ! s'écria-t-elle, le cœur soudain au bord des lèvres.

Jamais elle n'aurait le courage de se retrouver en face de lui. Pas sans s'y être préalablement préparée. Et puis elle n'avait aucune envie qu'il la voit comme ça. Aussi misérable.

Bill baissa docilement sa baguette, surpris.

- Ok… dit-il en regardant la jeune femme se tasser de nouveau sur elle-même.

Il hésita encore quelques secondes, regardant tour à tour Remus et Nymphadora, puis il acquiesça.

- Je retourne finir le travail… Mais fais attention, quand même. Reste sur tes gardes.

Il leva les yeux vers la forêt qui s'étendait à côté d'eux.

- On ne sait jamais. Greyback pourrait revenir.

- Oui… merci Bill.

Il se détourna et ses pas décrurent peu à peu. Tonks soupira faiblement.

Son regard se posa de nouveau sur Remus et fut soudainement attiré par quelques plaies ensanglantées à hauteur de son épaule droite. Transformé en Loup-Garou, elles n'avaient pas dû le gêner mais une fois qu'il aurait repris sa véritable apparence, nul doute qu'il en souffrirait.

Nymphadora leva sa baguette.

- Firmare copeure.

Une faible lueur vint caresser l'épaule du blessé et les entailles se refermèrent lentement, laissant cependant la peau rouge et quelque peu irritée. C'était à peu près tout ce qu'elle pouvait faire pour le soulager mais au moins il n'y aurait pas d'infection.

- Au moins, murmura-t-elle, passablement indolente.

Elle posa sa baguette dans l'herbe et reprit sa pause initiale, les mains sur ses cuisses.

Il lui manquait atrocement. Même là, allongé près d'elle, il lui manquait. Elle aurait aimé le voir sous sa véritable forme. Elle aurait voulu observer son visage. Ses mains. Ses bras. Etre dans ses bras.

Neuf jours. Cela ne faisait que neuf petits jours et pourtant, elle avait le sentiment que cela faisait une éternité. Mais une éternité où la douleur, bien loin de s'atténuer, semblait la dévorer peu à peu.

Elle avait mal. Beaucoup trop mal.

Si seulement tout cela pouvait s'arrêter.

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Des bruits étouffés le réveillèrent doucement. Une toux lointaine, quelques gémissements. Une lumière éblouissante frappait son visage et il plissa prudemment des yeux avant de les ouvrir.

Un soleil bas mais chaud brillait dans un ciel dénué de nuages et Remus leva une main molle pour s'en protéger. Tournant la tête sur le côté, il découvrit de nombreuses personnes allongées non loin de lui et les derniers évènements de la nuit lui revinrent en mémoire.

Colin. Au moment où il s'approchait de l'Ordre, Colin l'avait stupéfixé.

Lupin soupira, agacé, puis redressa la tête en grimaçant. Son corps était douloureux, plus que d'habitude, mais compte tenu de son combat avec Bloodeyes, il n'en fut pas surpris. Son épaule droite le tiraillait particulièrement.

Mais quelque chose d'incongru attira soudain son attention. Dans un grognement de douleur, il se redressa sur un coude et observa la cape noire qui lui ceinturait les hanches et protégeait sa nudité. Il ne mit guère longtemps à comprendre qu'il devait cette attention à l'un des membres de l'Ordre et un soupçon l'assaillit aussitôt. Il approcha donc le vêtement de son visage et un violent frisson parcourut son long corps fatigué.

- Nymphadora, murmura-t-il en se laissant choir de nouveau dans l'herbe.

Le cœur lourd, il posa une main sur son front, tout en tenant bien serrée dans l'autre la précieuse cape. Elle avait été là, la nuit dernière. Elle avait été à quelques pas de lui mais il ne l'avait pas vue.

Bien malgré lui, Remus ramena le vêtement près de son visage, ferma les yeux et respira de nouveau le parfum subtil qui s'en dégageait. « Son » parfum. A chaque inspiration, la douleur dans son ventre croissait et pourtant, il était incapable d'éloigner le vêtement. Incapable de s'en séparer.

Des gémissements trop proches le ramenèrent pourtant à la réalité.

Dans un soupir las, il écarta la cape de son visage et se redressa péniblement. Il devait rejoindre le camp tout en espérant que Bloodeyes n'avait pas pris de potion Tue-Loup hier soir, car sinon, nul doute que sa couverture serait grandement compromise. Il restait également à espérer que Greyback ne l'ait pas vu s'attaquer à certains membres du clan. Mais compte tenu du désordre qui avait régné, il en doutait.

Jetant un nouveau coup d'œil sur les hommes et femmes nus qui l'entouraient, il vit le regard surpris que posait l'un d'entre eux sur le vêtement qui le recouvrait, et Remus s'empressa de se lever malgré les protestations de son corps fourbu. Cette cape protégeait peut-être sa nudité mais elle attirait beaucoup trop l'attention. Il rejoignit donc le camp de Greyback le plus discrètement possible. A plusieurs reprises, il croisa quelques membres du clan mais ils ne firent guère attention à lui, trop accaparés par leur propre douleur.

Remus s'habilla à la hâte et cela faisant, jeta un œil sur sa blessure à l'épaule droite. Les zébrures laissées par les griffes de Bloodeyes étaient parfaitement refermées et il ne mit qu'un instant à comprendre à qui il devait cette autre attention. Lorsqu'il fut enfin vêtu de la tête aux pieds, il se réprimanda à voix basse tandis qu'il portait une dernière fois la cape de Nymphadora à son visage. Il se comportait comme un imbécile. Ce n'était pas de cette façon qu'il parviendrait à l'oublier. D'un geste ferme, il plia donc le vêtement et le rangea tout au fond de son sac.

Il n'avait à présent plus qu'une envie : s'allonger et dormir. Reposer son corps douloureux et fatigué. Mais près de dix minutes plus tard, le rassemblement puis le départ furent ordonnés.

Tout en suivant docilement les hommes de tête, Remus croisa le regard de Ben parmi la foule mais celui-ci eut tout juste la force de lever une main en signe de salut. Le silence dans les rangs était total. Tout en marchant à une allure raisonnablement supportable, Lupin observa avec attention les gens qui l'entouraient. Un homme en particulier.

Trente-cinq ans tout au plus, le teint pâle, vêtu de loques, il était sujet à des tressaillements incontrôlables et gémissait des paroles incompréhensibles. A plusieurs reprises, Remus le vit redresser la tête, porter un regard vague sur ce qui l'entourait puis retomber dans une profonde léthargie. Mais il n'était pas le seul à avoir un comportement des plus étranges et Lupin re-songea à ce que lui avait dit Ben.

« Certains ont des histoires tristes à mourir… »

L'image de Nymphadora s'imposa à lui et il soupira.

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Remus n'avait pas vraiment prévu de s'attarder loin du camp de Greyback mais il sentait un besoin presque viscéral de s'éloigner ne serait qu'un court instant de l'univers dur et misérable qui était à présent le sien. Aussi, après avoir fait son rapport à Dumbledore, il avait choisi de rejoindre le Terrier. C'était un lieu dans lequel il se sentait bien. Là-bas, les choses étaient simples, les gens étaient loyaux et vrais. Il se sentait accepté et compris.

Approchant de la porte d'entrée, il entendait de multiples voix à travers le battant et un sourire étira ses lèvres pâles. Molly avait du fil à retordre avec ses enfants. Levant la main, il frappa quelques coups brefs et le silence se fit aussitôt. Quelques secondes plus tard, la voix inquiète de la maîtresse de maison retentit :

- Qui est là ?

- C'est Remus, répondit-il.

Un nouveau silence puis le bruit d'un loquet se fit entendre et la porte s'entrebâilla prudemment. Le visage rond de Molly apparut, et lorsque leurs regards se croisèrent, un sourire soulagé naquit sur ses lèvres.

- Remus ! soupira-t-elle en ouvrant en grand la porte d'entrée. Enfin ! Comment vas-tu ?

- Bien, merci.

Il répondit à l'étreinte de Mrs Weasley avec une raideur instinctive mais elle ne sembla pas s'en soucier et d'un geste elle l'incita à entrer. Plusieurs personnes se trouvaient dans la pièce et l'espace d'un instant, il espéra y découvrir Nymphadora mais il ne vit nulle trace d'une chevelure rose chewing-gum.

- Bonsoir, dit-il en souriant, cachant au mieux sa déception.

Hermione Granger, Ron et Ginny Weasley le saluèrent avec entrain puis il se tourna vers une jeune femme qu'il n'avait jusqu'ici jamais vue. D'une incroyable beauté, grande et élancée, elle s'approcha et tendit vers lui une main décidée. Passablement troublé, il serra celle-ci machinalement.

- Fleur Delacour. Et vous êtes ? demanda-t-elle, alors que son impolitesse lui valait un claquement de langue réprobateur de Molly.

- Remus Lupin.

- Ah ! Le Loup-Garou ! lança-t-elle en le détaillant avec curiosité. Vous avez l'air fatigué ! Vous êtes toujours comme ça ?

Remus rougit violemment et Mrs Weasley vint à son secours.

- Bon ! Vous avez vu l'heure ! Allez tous vous coucher !

- Oui, renchérit Fleur en se tournant vers les trois adolescents. Au lit !

- C'est valable pour vous aussi, répliqua Molly en posant les mains sur ses larges hanches.

- Mais je ne suis pas fatiguée ! Et puis je n'avais jamais rencontré de Loup-Garou jusqu'ici ! J'ai pleins de questions à lui poser !

- Remus n'est pas un phénomène de foire ! Il a autre chose à faire que répondre à vos questions !

- Et pourquoi donc ? Il n'y a aucun mal à s'informer !

Tandis que les voix des deux femmes montaient de plus en plus dans les aigus, Lupin croisa le regard gêné d'Hermione et celui dégoûtée de Ginny. Ron, quant à lui, semblait incapable de détourner les yeux de Fleur Delacour.

Près d'une minute plus tard, Mrs Weasley parvint finalement à avoir gain de cause et le silence revint dans la cuisine du Terrier.

- Pfffff, soupira Molly avec une pointe d'embarras. Assis-toi, je t'en prie. Veux-tu manger quelque chose ?

- Uniquement si ça ne te donne pas trop de travail, acquiesça Remus dont le ventre se crispa brusquement d'envie.

Il n'avait plus fait de véritable repas depuis presque un mois et l'odeur alléchante d'une soupe à l'oignon l'avait mis en appétit.

- J'ai une pleine marmite de soupe ! se contenta-t-elle de répondre en agitant sa baguette.

Quelques secondes plus tard, une assiette pleine, un verre, du pain et une cuillère vinrent se poser devant lui.

- Merci Molly, dit Remus avec reconnaissance avant de s'enquérir : Comment vont Arthur et les enfants ?

- Bien ! Arthur a eu une promotion ! lâcha-t-elle comme si elle n'avait pu se retenir davantage.

Remus leva les yeux de sa soupe et hocha de la tête.

- Toutes mes félicitations ! En quoi consiste son nouveau travail ?

Molly s'assit prestement en face de lui et lui apporta avec un plaisir non feint les détails de cet événement majeur. Tout en mangeant lentement sa soupe afin d'en savourer chaque cuillérée, Remus écouta avec attention le récit de Mrs Weasley. Il apprit également les raisons de la présence de Fleur Delacour au Terrier et l'arrivée de Harry prévu le lendemain matin.

- Comment va-t-il ? demanda Remus en reposant sa cuillère près de son assiette vide.

Molly haussa les épaules, la mine inquiète.

- Je ne sais pas trop. Ron m'a dit que le ton de ses lettres était le même que d'habitude et qu'il n'abordait jamais la mort de Sirius. Mais il est facile de cacher beaucoup de choses dans un courrier. Veux-tu encore un peu de soupe ?

- Non merci, j'ai fini, répondit-il en souriant. Harry avait l'air assez calme à la descente du Poudlard Express. C'est un jeune homme courageux.

- Oui, c'est vrai… acquiesça Molly. Nous comptons fêter son anniversaire le week-end prochain. Penses-tu pouvoir te libérer ?

- Ça ne devrait pas poser de problème.

- Parfait ! Alastor sera également là…

Le cœur de Remus se mit soudain à battre plus vite. Et Nymphadora ?

Mrs Weasley dut lire dans ses pensées car elle enchaîna :

- Je n'ai pas encore demandé à Tonks. J'espère qu'elle pourra venir.

Lupin sentit le regard scrutateur de Molly glisser sur son visage et il s'adossa à sa chaise avec une nonchalance trompeuse.

Un bruit sourd retentit brusquement au-dessus de leurs têtes, suivi de plusieurs voix aux intonations agacées.

- Excuse-moi, grimaça Mrs Weasley en se levant.

Elle s'avança d'un pas menaçant jusqu'en bas des escaliers menant à l'étage et s'écria :

- QU'EST-CE QUE VOUS FAITES LA-HAUT ! VOUS ETES CENSES DORMIR ! NE M'OBLIGEZ PAS A MONTER !

Les voix se turent aussitôt et Molly vint reprendre hâtivement sa place en face de Remus.

- De quoi parlions-nous ? demanda-t-elle. Ah oui ! Tonks.

Elle soupira.

- Elle ne va pas bien en ce moment.

Le cœur de Remus se serra douloureusement et il se servit d'une main tremblante un verre de vin.

- Ah ?

- Elle a beaucoup changé.

- Changé ? répéta-t-il en reposant la bouteille sur la table.

- Oui. Mais tu le verras par toi-même. Elle m'a dit qu'elle passait ce soir.

Une violente bouffée de chaleur l'envahit sournoisement et il porta son verre à ses lèvres et le but d'un trait. Lorsqu'il eut terminé, il se racla la gorge puis se pencha vers son sac qu'il avait posé à ses pieds.

- Ca tombe bien. Tu pourrais lui remettre ceci et la remercier de ma part ? s'enquit Remus en sortant la cape soigneusement pliée de Nymphadora.

- Tu ne veux pas l'attendre pour le faire toi-même ?

- Je n'ai pas vraiment le temps de m'attarder, expliqua-t-il en posant le vêtement sur un coin de la table avant de se lever précipitamment.

Il avait brusquement l'impression d'étouffer. Alors qu'il avait espéré quelques minutes plus tôt la voir au Terrier, l'idée de se retrouver soudain face à elle lui semblait presque insupportable.

Trop d'émotion. Trop de sentiments. Jamais il ne parviendrait à gérer la situation.

- Attends un peu ! s'exclama Molly en se levant à son tour. Sais-tu que ton comportement est ridicule, Remus ?

Mais un claquement puissant et de nouvelles exclamations de voix le dispensèrent de répondre.

- Raaah ! gronda Mrs Weasley. Excuse-moi, je reviens !

- Inutile, je m'en vais !

- Mais… commença-t-elle avant d'être coupée par un cri aigu qui résonna dans toute la maison.

Les voix à l'étage s'intensifièrent et Molly soupira, partagée entre exaspération et colère.

- Très bien, mais on reprendra cette discussion plus tard ! lança-t-elle en reculant jusqu'à l'escalier. Fais attention à toi, Remus.

- Ne t'inquiète pas, répondit-il. Et bon courage.

- Merci… grommela la maîtresse de maison avant de se détourner pour grimper les marches menant au premier. EST-CE QUE C'EST PAS BIENTOT FINI, TOUT CE VACARME ?

Remus soupira bruyamment tout en songeant qu'il allait devoir raser les murs le week-end prochain afin d'éviter de se voir confronté à Molly.

Sans attendre une minute de plus, il se saisit de son sac, jeta un dernier coup d'œil à la cape de Nymphadora puis rejoignit la porte d'entrée.

Il aurait aimé la garder avec lui, réalisa-t-il avec agacement.

Jamais jusqu'ici son comportement changeant ne l'avait autant frappé. Il voulait et quelques minutes plus tard, il ne voulait plus. Il souhaitait et l'instant d'après, il ne souhaitait plus. C'était comme s'il y avait deux hommes en lui :

Le raisonnable et réfléchi Remus Lupin.

Et l'autre. Dépendant et amoureux.

- Il faut oublier, maugréa-t-il en ouvrant brusquement la porte.

Mais dans sa hâte de mettre le plus de distance possible entre cette maison et lui, Remus percuta de plein fouet une personne se tenant sur le seuil. Machinalement, il tendit sa main libre vers l'inconnu afin de l'empêcher de tomber et agrippa son épaule pour le ramener à lui. Sa première pensée consciente fut bien sûr qu'il s'agissait de Nymphadora, mais il respira plus librement lorsque des mèches d'un châtain terne lui chatouillèrent le menton.

- Désolé, fit-il en se redressant, une fois tous deux stabilisés.

Mais alors qu'il abaissa son regard vers un visage pâle et figé, son cœur bondit violemment dans sa poitrine. Serrée contre lui, le visage aussi stupéfait que le sien, se tenait Nymphadora Tonks.

Avec une vivacité des plus ridicules, tous deux s'écartèrent l'un de l'autre avant de s'observer avec la même incrédulité. Certes, il avait été plus ou moins préparé à la croiser mais l'aspect misérable de son apparence le laissa bouche bée. Il ne mit qu'un instant à faire le lien entre cette nouvelle Nymphadora et le jeune garçon qu'il avait cru voir à Little Eskdale et face à l'air maladif de Tonks, sa gorge se serra d'inquiétude.

- Par Merlin, Nymphadora… Tu es malade ? demanda-t-il aussitôt en faisant un pas vers elle.

La jeune femme rougit violemment puis se détourna sans dire un mot. Perplexe, Remus la vit s'éloigner à grands pas et comprit qu'elle s'écartait de la maison pour pouvoir transplaner. Incapable de la laisser partir sans connaître les raisons de son état, il fit tomber son sac par terre, la rejoignit vivement et lui agrippa le bras sans douceur.

- Nymphadora !

- Lâche-moi ! s'exclama-t-elle, cherchant à se dégager.

Mais il la tenait fermement et l'obligea à lui faire face.

- Qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ? s'enquit-il de nouveau en levant une main tremblante vers ses mèches d'un châtain terne.

Malgré l'obscurité de la nuit, une lueur de colère brilla dans les yeux pâles de la jeune femme et elle le repoussa avec brusquerie.

- En quoi cela te concerne ? répliqua-t-elle avec une hargne qui ne le surprit guère.

- Oh, je t'en prie !… gronda-t-il, agacé.

Nymphadora redressa la tête avec insolence.

- Eh bien oui, si tu veux tout savoir. Je suis malade. Mais tu n'as plus à t'en soucier maintenant. Alors fais-moi plaisir, lâche-moi !

Mais il raffermit au contraire son étreinte.

- Et… Tu as vu des guérisseurs ? Tu as un traitement ? se hâta-t-il de demander.

La jeune femme l'observa un instant puis se détourna. Son visage reflétait à présent une profonde lassitude.

- C'est inutile. C'est incurable …

Un froid glacial le saisit.

- Comment… ? souffla-t-il, blême.

Nymphadora lui jeta un coup d'œil en biais et scruta son regard où se peignait une terreur évidente. Elle émit un long soupir.

- Quel idiot tu fais… grommela-t-elle en cherchant de nouveau à se dégager de son étreinte. Lâche-moi, je ne vais pas m'en aller.

Remus eut toutes les peines du monde à obtempérer mais il finit par s'écarter, et Tonks massa machinalement ses bras que ses mains crispées avaient rendus douloureux.

- Tu es sûre que tu as bien cherché ? Tu as vu Dumbledore ? s'enquit Lupin, avec une note d'espoir dans la voix qui la fit soupirer de nouveau.

Pour quelqu'un qui ne voulait pas d'elle, il semblait bien inquiet…

- Arrête. Je ne suis pas malade. Tout du moins… pas au sens médical du terme, grommela-t-elle.

Cette plaisanterie l'avait rapidement lassée. Elle avait juste voulu voir sa réaction et finalement, le découvrir si soucieux de son état n'apaisait guère sa peine.

- Je ne comprends pas… marmonna Lupin, qui n'appréciait pas l'idée de s'être fait manipuler sur un sujet aussi grave.

- Tu me fatigues, Remus. D'après toi, pourquoi ai-je l'air aussi misérable ? Qui peut être responsable de mon état… à part TOI ? s'exclama-t-elle en frappant son torse d'un doigt accusateur.

Remus fit aussitôt quelques pas en arrière et se réfugia dans un silence embarrassé.

- Je ne pensais pas…

- Ca, c'est bien la première fois !

Elle se tut et tous deux s'observèrent avec une sollicitude qu'ils auraient préféré nier. Il avait perdu du poids et la lassitude qu'elle vit dans son regard la toucha plus qu'elle ne l'aurait souhaité. Elle n'avait pas envie de le plaindre. Elle aurait préféré lui en vouloir, le détester.

- Tu n'as pas meilleure mine que moi, fit-elle avec une pointe d'impertinence.

Mais un sourire glissa sur les lèvres de Remus.

- Non, c'est vrai.

- Tu ne manges pas assez. Greyback vous affame ?

- La plupart du temps, je n'ai pas vraiment faim, répondit-il sans la quitter des yeux.

Son regard était doux, comme s'il éprouvait du plaisir simplement à la regarder et Tonks sentit sa gorge se serrer.

- Je te manque ? demanda-t-elle avant de regretter aussitôt ses paroles.

Il baissa la tête et soupira.

- Oublie ce que je viens de dire, reprit la jeune femme en passant une main embarrassée dans ses cheveux. Je n'aurais jamais dû…

- Bien sûr que tu me manques, Nymphadora, la coupa-t-il contre toute attente.

Le cœur cognant à se rompre dans sa poitrine, elle leva vivement les yeux vers lui et discerna, malgré l'obscurité, la lassitude de son expression.

Elle lui manquait certes, mais cela ne changeait en rien la situation.

Tonks esquissa un sourire triste et acquiesça.

- C'est toujours bon à savoir.

Il lui rendit son sourire et esquissa un geste vers elle, mais se reprit et laissa retomber mollement son bras le long du corps.

Tonks sentit ses yeux s'embuer.

Pourquoi faisait-il cela ? Pourquoi semblait-il agir à l'encontre de ses envies ? se récria-t-elle pour la énième fois, avant de voir sa raison reprendre le dessus. Tout cela n'était plus de son ressort, de toute façon. Il ne voulait plus d'elle, peu importait la raison.

C'était terminé.

- Bon… parvint-elle à articuler. Au revoir, Remus.

La jeune femme passa près de lui et se dirigea vers le Terrier d'un pas décidé. Mais arrivée sur le seuil, à hauteur du sac de Remus, elle s'immobilisa, la main posée sur la poignée de la porte entre-ouverte. Elle aurait voulu faire preuve de force et entrer dans la maison afin de mettre elle-même un terme à cette rencontre. Montrer que malgré son air désespéré, elle restait courageuse et volontaire mais… elle en fut incapable. Tonks sentait peser sur son dos le regard de Lupin et le chagrin la clouait au sol.

Elle ferma les yeux.

Au bout d'un instant de silence, des pas lents et feutrées se rapprochèrent puis s'arrêtèrent à quelques centimètres d'elle. Le souffle de Remus vint caresser sa nuque délicate et les doigts de la jeune femme se crispèrent sur la poignée. Tout son corps semblait se tendre vers l'homme immobile dans son dos. Chaque parcelle de sa peau n'attendait que le contact de la sienne. Elle sentait sa chaleur si proche. Elle entendait sa respiration se faire peu à peu anarchique alors que montait en lui ce même désir. Elle se mordit violemment la lèvre lorsque le torse de Remus vint frôler son dos. Son souffle sembla se faire plus proche et elle inclina inconsciemment la tête afin de rendre sa nuque plus accessible.

Mais la voix de Molly s'échappa de la porte entrebâillée et ils revinrent violemment sur Terre. Remus s'écarta légèrement, se saisit de son sac puis se redressa.

- Au revoir, Nymphadora, murmura-t-il d'une voix rauque.

Le cœur serré à n'en plus pouvoir, Tonks entendit son pas étouffé décroître lentement puis dans un craquement sec, il transplana.

A SUIVRE…