Merci à Elie morgane-NaNa, dark and devil time, Whizzbee, Shumeyo, Kimmy Potter et Twinzie pour vos reviews:-)
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Remus n'avait pas prévu ce qui arrivait. En s'approchant d'elle, en se figeant si près de son corps, il n'avait pas réalisé le danger pourtant évident d'une telle situation. A présent, il lui semblait impossible de partir, impossible de s'éloigner. Malgré l'obscurité de la nuit, la peau laiteuse de sa nuque l'attirait irrésistiblement. Ses mains brûlaient de caresser cette chair qu'il savait si douce. Ses lèvres s'ouvraient instinctivement dans l'espoir d'y goûter. Elle lui offrait ces quelques centimètres d'elle et il se pencha lentement, hypnotisé.
Leurs corps se frôlèrent, ses lèvres la touchèrent enfin et le gémissement de la jeune femme fit écho au sien.
Ses mains trouvèrent seules le chemin de ses hanches galbées et elle vint se lover dans ses bras, quémandant d'autres baisers. Répondant à son appel implicite, Remus se fit plus entreprenant, traçant une ligne de feu sur la chair de son cou. Sa peau était si douce, si savoureuse qu'il sentit les derniers lambeaux de sa raison voler en éclat. Un torrent de lave se répandit dans ses veines et il se pressa contre elle avec une impatience qui ne laissait plus aucun doute sur son désir.
- Thomas…
Ses lèvres impatientes se figèrent aussitôt.
Cette voix de femme n'était pas la sienne. Ce nom n'était pas le sien. Alors, lentement, péniblement, il s'arracha aux bras amoureux de Nymphadora et ouvrit les yeux.
Une main caressait sa joue avec délicatesse et il la repoussa vivement, égaré. Le souffle court, le corps tremblant et moite, il cligna plusieurs fois des paupières afin de repousser les dernières brides de ce rêve fiévreux et son esprit finit par reconnaître Cary, penchée au-dessus de lui. Malgré l'obscurité de la nuit, ses longs cheveux blonds reflétaient les lueurs pâles d'une lune partielle, et ses yeux brillants le scrutaient avec attention.
- Que… Que se passe-t-il ? bredouilla-t-il en se redressant sur sa couche.
- Vous rêviez, expliqua-t-elle. Je croyais qu'il s'agissait d'un cauchemar mais…
Le regard de la jeune femme glissa sur le corps de Remus et celui-ci rajusta hâtivement la cape qui lui servait de couverture. Les joues écarlates, encore troublé par ce rêve qui lui avait semblé si réel, il passa une main tremblante sur son visage puis leva les yeux vers Cary.
Elle l'observait avec dans le regard une invitation qu'il aurait peut-être pu accepter quelques mois auparavant mais qu'il ne pouvait que refuser, à présent. Malgré le désir qui lui ceinturait les hanches, il n'avait pas la moindre envie de toucher une autre femme. Il esquissa donc un sourire crispé puis se détourna.
- Ca va maintenant… Merci.
Cary acquiesça et il se sentit soulagé de la voir accepter ce refus sans sourciller.
- Alors, bonne nuit.
- … Vous aussi.
Du coin de l'œil, il la regarda rejoindre silencieusement sa couche puis se laissa retomber mollement dans l'herbe, une main sur son front encore moite.
Ce n'était pas la première fois qu'il faisait ce rêve depuis cette fameuse nuit au Terrier. Il revoyait sans cesse la scène qui s'était déroulée sur le seuil de la maison. Si Molly n'était pas redescendue, si sa voix ne l'avait pas ramené brutalement à la raison, nul doute qu'il aurait fini par craquer. Pourtant, sa première intention n'avait été que de récupérer son sac, posé aux pieds de la jeune femme mais brusquement… il s'était vu incapable de bouger. Et à bien y réfléchir, ce n'était pas un fait nouveau. Dès qu'il se trouvait à quelques centimètres d'elle, il n'arrivait plus du tout à penser. Il n'arrivait plus à se raisonner. La seule chose dont il avait alors conscience, c'était son envie et son besoin d'elle.
Remus soupira.
Quelques ronflements sonores venaient ponctuellement troubler le silence de leur campement de misère et son regard accrocha la lune qui brillait au-dessus de leurs têtes. En cette fin de mois d'Aout, il faisait encore suffisamment bon pour que le clan n'ait pas besoin de se réfugier dans un lieu clos et ils dormaient tous à la belle étoile. Cela avait l'avantage de permettre à Remus de garder un œil sur les agissements de Greyback. Mais en contrepartie, il lui était dorénavant impossible de quitter le campement sans risquer d'être vu.
Mais après tout, c'était aussi bien. Il ressentait trop le besoin de voir Nymphadora et même les indiscrétions de Molly ne l'empêchaient plus de passer un maximum de temps au Terrier dans l'espoir ridicule de croiser la jeune femme. En vain. Tonks semblait, à l'inverse de lui, tout faire pour l'éviter. Il avait pourtant espéré tomber sur elle lors de la fête anniversaire de Harry mais elle n'était pas venue et il avait passé la journée à fuir un tête à tête inévitable avec Molly.
Inévitable, oui.
- Remus ! Te voilà enfin !
Lupin sursauta violemment puis referma la porte des toilettes avec résignation. Depuis son arrivée au Terrier, il avait tout fait pour ne jamais se retrouver seul avec Molly, mais elle avait fini par découvrir le plus sûr moyen de le piéger : attendre de le voir s'éclipser pour soulager une envie pressante.
- Tu me cherchais ? répondit-il avec une innocence feinte, en se tournant vers la maîtresse des lieux.
Un sourire rusé apparut sur les lèvres de Mrs Weasley.
- Et toi, tu m'évitais ? s'enquit-elle, perspicace.
- Non… Bien sûr que non… railla-t-il bien malgré lui.
Le sourire de Molly s'accentua.
- Alors je ne te cherchais pas, mais je n'en suis pas moins contente de t'avoir trouvé.
Tous deux s'observèrent avec circonspection puis Remus inspira profondément et demanda de son ton le plus aimable :
- Que puis-je pour toi ?
- Trois fois rien, j'avais juste envie de te parler. Je m'inquiète pour toi… et pour Tonks.
Lupin tenta de faire abstraction du regard scrutateur de Molly et répondit avec le plus d'indifférence possible.
- Je vais bien ; un peu fatigué, c'est tout. Quant à Nymphadora, elle sera plus à même de te renseigner que moi.
- Ça y est, tu recommences.
Il se contenta de hausser les sourcils et elle enchaîna :
- Dès qu'on parle de Tonks, tu te refermes.
- Pas du tout. C'est juste qu'elle est mieux placée que moi pour répondre à tes inquiétudes, dit-il, jetant un bref coup d'œil dans le couloir et priant qu'une tierce personne apparaisse soudain pour le sortir de cette situation inconfortable.
- Ne me dis pas que tu la trouves en grande forme !
Le cœur de Remus se serra.
- Je n'ai pas dit ça… Mais qui a l'air en forme, ces temps-ci ? Elle est comme nous tous, peinée par la mort de Sirius et tendue à cause des évènements récents.
- Il y a plus que cela et tu le sais parfaitement, insista Molly avec exaspération.
- Tu sembles mieux informée que moi, nia-t-il avec un certain culot.
Mrs Weasley émit un grognement agacé puis posa ses deux mains sur ses hanches généreuses. Elle l'observa quelques secondes puis lança avec une note de suspicion dans la voix :
- Vous vous êtes croisés en sortant de chez moi… Vous avez sûrement…discuté.
Les joues de Lupin s'embrasèrent bien malgré lui et il bredouilla quelques mots passablement courts et incompréhensibles. Un nouveau sourire apparut sur les lèvres de Molly.
- Tu as raison, excuse-moi, je suis trop curieuse, dit-elle avec ironie. Vos histoires de couple ne me regardent pas, après tout.
Par habitude, le mot « couple » fit tiquer Lupin et il se mit de nouveau à bafouiller. Mais face à ses efforts pathétiques pour contester ce fait, Mrs Weasley secoua ses boucles rousses.
- Cela ne sert à rien de nier ; je ne suis pas aveugle, Remus.
Le maraudeur soupira avec fatalisme.
- De toute façon, c'est de l'histoire ancienne…
- C'est dommage, vous aviez l'air de bien vous entendre, répondit Molly avec plus de douceur, satisfaite de le voir enfin parler avec sincérité.
Remus passa une main lasse sur son visage.
- C'est compliqué…
- Non, Remus. C'est toi qui es compliqué, fit-elle remarquer gentiment.
Lupin crispa les poings. Etait-il donc le seul à voir combien la situation était impossible ?
- Je suis lucide.
- Et moi curieuse, je sais, répondit Molly, peu impressionnée par la sècheresse de son ton. Mais développe un peu ton point de vue.
- Bien... répliqua-t-il avec impatience. Alors imagine que tu aies une fille de vingt ans…et qu'elle te ramène un vieux taciturne de trente-sept ans, sans le sou et qui plus est, lycanthrope... Est-ce que ça te plairait ?
- Si elle est heureuse et qu'elle l'aime, oui, ça me plairait.
Remus secoua la tête, sentant monter en lui une colère sourde et un profond sentiment d'injustice. On le faisait sans cesse passer pour un briseur de rêves, un imbécile incapable de profiter du moment présent, alors qu'il ne cherchait qu'à empêcher une situation de devenir dramatique. Que croyaient-elles toutes ? Qu'il faisait tout cela avec plaisir ? Qu'il refusait une femme dont il était éperdument épris par simple esprit de contradiction ?
- Tu n'es pas objective ! lâcha-t-il en se détournant, cherchant à retrouver son calme.
- Tu m'as demandé mon avis, tu l'as eu. Tu ne vois donc pas que tout cela n'est qu'un tissu de fausses excuses ?
Des fausses excuses, bien sûr.
- Je pense qu'on devrait arrêter là, Molly. Je n'ai pas envie de discuter de ça.
- Je veux bien te croire ! acquiesça-t-elle, peu encline à l'écouter. Avancer de telles sottises en rendrait plus d'un rouge de honte.
Le regard de Remus se fit menaçant et Mrs Weasley leva finalement les mains en signe de reddition.
- Très bien ! J'arrête… pour l'instant, prévint-elle cependant. Mais je vais te révéler un secret au préalable...
Lupin soupira et haussa les sourcils. Molly poursuivit :
- Tu n'as pas saisi l'occasion de me donner la seule raison qui m'aurait convaincue de ne plus insister.
- Laquelle ? demanda-t-il avec méfiance.
- Que tu ne l'aimais pas.
Remus ferma les yeux.
Heureusement pour lui, Molly semblait avoir décidé d'attendre un peu avant de contrattaquer et il avait fini par perdre l'habitude de se cacher pour aller aux toilettes.
Mais malgré ses nombreuses visites au Terrier, il n'avait plus croisé Nymphadora et dans un sens, il lui était reconnaissant de l'éviter ainsi. Lui s'en sentait tout simplement incapable.
Il ne cessait de se répéter combien les choses auraient été si simples, s'il avait pu s'intéresser à quelqu'un comme lui. Comme Cary par exemple.
Remus n'aurait su expliquer en quoi il avait retenu son attention. Il n'était ni le plus séduisant, ni le plus sociable du groupe, et il savait qu'elle ne laissait pas indifférente. Mais elle avait jeté son dévolu sur lui et il ne savait pas quoi faire.
Il ne pouvait nier qu'ils avaient beaucoup en commun. Pâle et silencieuse, Cary restait à l'écart des autres, traînant sans aucun doute un passif tout aussi douloureux que le sien et Remus ne pouvait s'empêcher de se sentir proche d'elle. Bien qu'encore un peu trop jeune pour lui, elle avait une réserve et un calme qui s'harmonisait avec son propre caractère. Et après l'impétueuse et pétillante Nymphadora, cela devait être… reposant.
Remus soupira de nouveau.
Mais il n'avait pas envie d'une relation reposante.
Il voulait Nymphadora.
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Nymphadora rajusta le col de sa cape d'un geste agacé puis accéléra le pas, se courbant davantage pour lutter contre le froid mordant de la nuit.
En ce début de mois d'Octobre, une neige fine mais glacée tombait sans relâche depuis le matin, rendant les chemins boueux et dissuadant quiconque de rester dehors par ce temps. Il n'était pourtant pas tard – dix neuf heures moins le quart tout au plus – mais des élèves retardataires n'avaient toujours pas rejoint le château.
Jamais jusqu'ici Tonks n'avait maudit les sorties à Pré-au-Lard, seulement aujourd'hui, elle ne s'y trouvait pas pour s'amuser. Et surveiller toute une bande d'adolescents inconscients des dangers qui les entouraient ne faisait guère parti de ses passe-temps préférés.
Ils n'étaient que quatre à surveiller Poudlard et ses alentours, et bien que la présence de Dumbledore fût plus que dissuasive, cette sortie semblait aux yeux de Tonks une pure folie. N'y avait-il pas eu un terrible accident aujourd'hui même ? Une certaine Katie Bell n'était-elle pas en ce moment à l'infirmerie dans un état grave ?
Nymphadora soupira, jetant des coups d'œil impatients autour d'elle. Quand elle allait mettre la main sur les trois gosses qui se plaisaient à ne pas respecter le couvre-feu, elle se ferait un plaisir de leur dire sa façon de penser.
Elle n'avait qu'une envie depuis que la nuit était tombée. Rejoindre sa chambre et s'y enfermer pour une bonne soirée de déprime.
Tonks avait pourtant pensé que retrouver les couloirs familiers de Poudlard lui apporterait un certain réconfort, qu'elle pourrait plus aisément oublier Remus et ses principes si détestables. Mais dans son besoin de s'éloigner de son appartement et des souvenirs qui s'y rattachaient, elle avait omis un détail : les nombreuses heures passées avec Sirius, au 12 Square Grimmaurd.
Combien de nuits avaient-ils consacrées à s'échanger des anecdotes sur leur scolarité? Cette période de sa vie étant celle où il avait été le plus heureux, Sirius avait été intarissable et elle l'avait écouté avec un intérêt réel, avide d'en apprendre le plus possible sur Remus. C'était notamment grâce à cela qu'elle avait su où aller, lorsqu'elle s'était retrouvée bien malgré elle dans les bras d'un Lupin-Garou. La Cabane Hurlante et le Saule Cogneur avaient soudain revêtu une signification particulière, et le jour de son arrivée, Tonks n'avait pu s'empêcher de traverser le parc uniquement dans le but d'aller y jeter un oeil.
Le peu d'enthousiasme qu'elle avait pu ressentir à se trouver de nouveau dans l'enceinte de Poudlard avait aussitôt fondu comme neige au soleil. Même ici, loin de souvenirs communs, Remus envahissait sa vie.
Cela faisait pourtant plus de deux mois qu'elle ne l'avait plus revu, depuis ce fameux soir où ils s'étaient croisés sur le seuil du Terrier. Elle savait par Colin que Lupin s'y rendait encore régulièrement, certainement dans le but de s'éloigner le plus possible de ce monde qu'il détestait. Mais malgré les suppliques de Molly, elle avait décidé de ne plus se rendre chez les Weasley.
Chaque jour, elle faisait des efforts acharnés pour reprendre le dessus, tenter de mettre cette histoire sordide de côté. Mais la plus petite rencontre avec Remus annihilait tout. Un regard et les fondations fragiles qu'elle essayait courageusement d'ériger étaient balayées.
Alors elle devait par tous les moyens l'éviter. Même si cela signifiait se couper du monde.
Tonks rejoignit l'allée centrale du village et soupira.
Aucune trace des trois retardataires.
D'un pas lourd, la jeune femme emprunta le chemin boueux menant au château et fronça les sourcils. Ils n'avaient que vingt petites minutes de retard, ce qui n'était finalement pas grand chose comparé aux nombreuses fois où elle-même s'était permise de risquer les foudres de ses professeurs pour une demi-heure de liberté supplémentaire. Mais le froid qui régnait et l'époque troublée dans laquelle ils vivaient à présent auraient incité n'importe qui à rejoindre le château le plus tôt possible.
Et s'il leur était arrivé quelque chose ?
- Lumos, marmonna-t-elle, tandis que la nuit l'enveloppait à mesure qu'elle s'éloignait du village.
Tonks n'aimait guère se promener toute seule, surtout pas un temps pareil, mais afin de couvrir le plus de surface possible Dawlish, Savage, Fiertalon et elle s'étaient vus contraint de se séparer.
Avançant courageusement face au vent, une violente bourrasque balaya le chemin et elle leva machinalement un bras devant elle afin de protéger son visage. Mais alors qu'elle maudissait une énième fois l'inconscience des trois adolescents, des éclats de voix retentirent sur sa gauche. Levant vivement sa baguette en direction du bois bordant le chemin, elle vit apparaître trois silhouettes qui déboulèrent devant elle en soufflant bruyamment.
L'inquiétude de Tonks se mua aussitôt en fureur.
- Par Merlin ! Vous avez vu l'heure ? s'exclama-t-elle alors que trois visages effrayés se levaient vers elle.
- De… Désolée ! bredouilla l'une des deux jeunes filles, passablement haletante. On n'a pas… fait attention !
Nymphadora observa le regard étrangement exorbité des adolescents. Agés d'une quinzaine d'années, les trois Serdaigle se tassaient les uns contre les autres et paraissaient profondément soulagés d'être tombés sur elle.
- Il y a quelque chose ! s'exclama alors le garçon, essoufflé. Il y a quelque chose derrière nous !
- Comment ? répondit la jeune femme en dirigeant sans attendre sa baguette vers les arbres.
- On a entendu des pas !
- Et une respiration ! ajouta l'une des filles.
D'un geste vif de la main, Tonks fit passer les trois adolescents derrière elle puis se rapprocha de l'orée du bois.
- Faites attention, chuchota d'inquiétude le garçon.
- Je vais prévenir les autres que vous êtes avec moi, répondit-elle en avançant encore de quelques bas, balayant les fourrés de sa baguette magique.
Mais deux éclats brillèrent soudainement dans l'obscurité et firent sursauter la jeune femme. Elle se recula précipitamment, provoquant des cris effrayés dans son dos. Le bras tendu devant elle, Tonks donna plus de puissance au faisceau lumineux de sa baguette et les bois furent aussitôt éclairés d'une lumière éblouissante.
Une masse haute et sombre se découpa entre deux arbres et Nymphadora reconnut aussitôt la silhouette effrayante d'un Loup-Garou.
Ses doigts se crispèrent, son corps se glaça de peur et elle ouvrit vivement la bouche.
- Stupé…
Mais l'incantation s'étrangla dans sa gorge tandis que le Loup levait vers elle une gueule dépourvue de toute agressivité. Son cœur qui battait à se rompre de terreur se réchauffa brusquement à la vision si familière du lycanthrope.
- Remus…
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Remus sentit tout de suite que quelque chose se préparait. C'était le jour même de la pleine lune et Greyback avait réuni sa garde rapprochée afin de s'entretenir avec elle à l'abri des oreilles indiscrètes. Faisant mine de s'intéresser à tout autre chose, Lupin les surveillait du coin de l'œil et se sentit inquiet face à l'excitation grandissante du petit groupe.
Malgré un ciel lourd et nuageux, le clan était regroupé à l'air libre, non loin d'une vielle grange abandonnée qui leur servait d'abri pour les nuits froides et les jours de pluie. Les membres de l'Ordre étaient déjà postés non loin, attendant sagement le soir pour intervenir.
La précédente pleine lune s'était idéalement passée grâce à une organisation particulièrement pointilleuse, et Greyback s'était réveillé le lendemain matin, persuadé d'avoir passé la nuit à goûter de la chair humaine. Des traces de sang étaient là pour en témoigner, du sang que l'Ordre avait pris bien soin de placer. Et lorsque Remus s'était retrouvé seul au milieu de dizaines de corps inanimés et sanguinolents, l'aspect sordide de la situation l'avait soudain frappé.
Il détestait cette vie. Il détestait être là. Même pauvre et parfois affamé, rejeté, il préférait son existence passée au sein de la communauté des sorciers et la dignité d'agir comme un homme et non un animal. Il y avait quelque chose de monstrueux, de primitif dans leur façon de vivre ici, de se terrer dans des grottes, telles des bêtes sans conscience, sans humanité.
Il n'était pas chez lui, dans ce monde. Ce sang, cette brutalité, cette cruauté… Tout cela le rendait malade. Mais il n'avait hélas guère le choix.
La voix rauque de Greyback s'éleva brusquement et tous se tournèrent vers lui afin de l'écouter.
- Comme vous le savez, la pleine lune est ce soir mais je ne serai pas avec vous.
Un léger murmure se fit parmi les membres du camp et Fenrir leva une main noueuse afin de rétablir le silence.
- Rien n'a changé. Vous serez bien ici et en sécurité. Je serai de retour demain dans la soirée pour vous guider vers notre nouveau campement.
Et sans attendre davantage, il se détourna, fit signe à ses hommes de le suivre puis ils disparurent bientôt au détour d'un chemin. Remus se contraignit à attendre un peu. Un brouhaha s'était fait après le départ de Greyback et Lupin réalisa que pour la première fois en trois mois, les gens laissaient tomber les murs qu'ils avaient érigés autour d'eux afin de commenter ce départ précipité.
Profitant de cette agitation, il s'assura que Ben et Cary soient occupés ailleurs pour s'esquiver. Remus savait qu'il prenait un gros risque. Qu'inévitablement ses deux nouveaux « amis » remarqueraient son absence et l'interrogeraient à ce sujet. Mais il devait par tous les moyens savoir où allait Greyback.
Longeant le chemin le plus prudemment possible, il suivit le petit groupe qui marchait d'un pas vif et silencieux. Près de vingt minutes plus tard, Fenrir et sa horde quittèrent la route, s'enfoncèrent à leur tour dans les bois et marchèrent encore un petit kilomètre avant d'atteindre un large croisement ferroviaire. Là seulement, le groupe s'arrêta et s'accroupit, dissimulé derrière un épais bosquet.
L'attente ne fut pas longue. A peine quelques minutes plus tard, un bruit sourd apprit à Remus qu'un train s'approchait et, pressentant la suite, il se rapprocha de la voie tout en veillant à rester loin de Greyback et de ses hommes.
Le wagon de tête apparut, c'était un train de marchandise. Sa vitesse était des plus réduites lorsqu'il parvint au croisement et Fenrir jaillit de sa cachette, son escorte sur les talons. L'un des hommes leva une baguette magique, ouvrit un wagon et le groupe disparut très vite à l'intérieur.
Sans perdre un instant, Remus bondit à son tour sur la voie, rejoignit la voiture suivante et s'y engouffra précipitamment. Il ne referma pas la porte de son wagon tout de suite mais prit le temps de créer un Patronus et d'envoyer un message à l'Ordre, leur signalant le déplacement de Greyback pour une destination inconnue.
Passé le croisement ferroviaire, le train prit de la vitesse et il s'écoula plusieurs heures sans qu'il ne ralentisse. Lupin vérifiait régulièrement la présence de Greyback à l'aide d'un sort lui permettant de voir quelques secondes à travers les parois du wagon. Il n'avait aucun moyen de savoir où ils se dirigeaient avec exactitude, mais étant donné la durée du trajet, ils avaient certainement dû quitter l'Angleterre depuis un moment.
Lorsque sa montre indiqua dix huit heures, Remus sortit de sa poche une petite bouteille contenant la potion Tue-Loup et la vida d'un trait. La nuit allait tomber dans moins de vingt minutes et il devait s'y préparer. Il hésitait encore à se déshabiller lorsqu'un bruit aigu lui fit comprendre que le train ralentissait. Il lança un nouveau sort contre la paroi du wagon et vit Greyback ouvrir la porte de sa voiture, ses hommes attendant patiemment dans son dos. Puis, lorsque la vitesse du train le permit, le groupe bondit sur la voie et disparut dans la pénombre d'une épaisse forêt.
Remus ne perdit pas un instant et sauta à son tour du train. Le vent glacial du soir lui fouetta le visage et il dérapa sur l'herbe mouillée. Fenrir et sa garde ayant déjà pris un peu d'avance, il dut suivre les empreintes de leurs pas laissées dans la terre boueuse. Mais plus ils s'enfonçaient dans la forêt et plus Remus avait des difficultés à suivre le groupe à la trace, et il finit par s'arrêter, haletant. La nuit allait tomber dans quelques minutes et avec elle, une chance de les retrouver.
Jetant un dernier coup d'œil à sa montre, il se pencha, délaça ses chaussures et entreprit de se déshabiller, mais à peine avait-il ôté sa cape que son corps frissonnait déjà de froid. Il retira pourtant le reste de ses vêtements et s'accroupit vivement, afin de se protéger un minimum du vent vif qui balayait la forêt. De ses mains tremblantes, il plia ses affaires, les dissimula près d'un rocher à la forme atypique et parfaitement reconnaissable, puis attendit.
Le corps parcouru de tremblements de plus en plus violents, Remus sentit avec un soulagement singulier les premiers signes d'une transformation imminente. L'engourdissement de ses membres fut bientôt suivi d'une violente douleur puis quelques longues secondes plus tard, il s'effondra sur ses pattes et leva son long museau vers le ciel.
Des odeurs diverses parvinrent jusqu'à lui et il ne lui fallut qu'un instant pour repérer celles de Greyback et de ses hommes. Alors, il s'élança à leur poursuite.
Remus ne mit guère longtemps à comprendre qu'ils se trouvaient non loin d'un village. Des parfums divers et reconnaissables venaient se mêler à ceux de la forêt mais ce fut l'un d'eux qui retint tout particulièrement son attention.
Une fébrilité extrême mêlée à une bonne dose de peur le saisirent et il changea aussitôt de cible.
Ils se trouvaient bel et bien en Ecosse et plus précisément non loin de Poudlard, car le parfum qu'il suivait maintenant à la trace était celui de Nymphadora. Allongeant ses foulées, il fut cependant très vite détourné de son objectif par le bruit de pas pressés et de chuchotements agacés. Remus ralentit l'allure et s'approcha prudemment.
Trois silhouettes recouvertes de chaudes capes noires étaient collées les unes aux autres et avançaient d'un pas vif et inquiet.
- Quelle idée, franchement ! grommelait une jeune fille en agitant ses boucles dorées.
- C'est bon, j'ai compris ! répliquait le garçon. Mais vous étiez les premières à trouver amusant d'aller jeter un œil là-bas en pleine nuit !
- Mais pas une nuit de pleine lune !
- De quoi as-tu peur ? grommela-t-il. Tu crois vraiment qu'ils nous laisseraient nous balader comme ça, s'il y avait des Loups-Garous à Poudlard.
- Je te rappelle que ça fait au moins vingt minutes qu'on devrait être rentrés ! intervint l'autre fille. On n'est pas censés se promener la nuit dans la… !
Mais elle s'interrompit brusquement. Remus, qui en avait entendu assez, venait de marcher sciemment sur une branche morte afin de signaler sa présence. Il n'était guère dans ses intentions d'effrayer les trois adolescents mais il était à présent urgent de les mettre à l'abri. Et pour cela, la meilleure chose à faire était de les rabattre vers le sorcier le plus proche : Nymphadora.
- C'était quoi ? s'enquit l'une des jeunes filles, d'une petite voix.
Pour seule réponse, Remus émit un soufflement bruyant et les trois adolescents se mirent à hurler. Lupin grimaça machinalement et bondit à la suite des fuyards qui couraient à présent comme si leur vie en dépendait. Veillant à les guider vers la bonne direction, le maraudeur sentait son cœur battre de plus en plus vite, à mesure que le parfum de Nymphadora devenait plus fort, à mesure que la jeune femme se faisait plus proche.
- Là ! s'exclama brusquement l'une des adolescentes. De la lumière !
- Vite !
Remus les vit disparaître un instant derrière des arbres puis il se figea lorsqu'une voix familière s'éleva par-dessus le sifflement du vent :
- Par Merlin ! Vous avez vu l'heure ?
Lupin entendit à peine la suite.
Dans un état second, il fit quelques pas à l'abri des arbres et tendit le cou.
Elle était là, éclairée par la faible lueur de sa baguette. Cela faisait près de deux mois qu'il ne l'avait plus revue et il détailla avec avidité son visage pâle tourné vers lui. Ses cheveux tristement gris tombaient sur son front et il vit ses sourcils se froncer soudainement alors qu'elle tendait sa baguette dans sa direction.
Il n'eut même pas le réflexe de s'éloigner et se contenta de fermer vivement les yeux lorsqu'une lumière éblouissante le frappa de plein fouet. Des cris retentirent. La voix de Nymphadora tonna :
- Stupé…
Puis le silence. Remus entrouvrit un œil, vit la lumière décroître soudainement et croisa le regard incrédule et troublé de Tonks.
- Remus…
A SUIVRE...
