Merci à Twinzie, Kimmy Potter, Phénix, Whizzbee, Shumeyo et melhope!! Un chapitre un peu plus long mais je ne savais pas où couper donc finalement, j'ai tout mis!

------------------------------------

Remus rajusta sa chemise sur ses épaules, prenant bien soin de ne pas dévoiler les cicatrices encore gonflées et rouges qui zébraient son corps par endroit. Il s'était réfugié dans un lieu isolé mais suffisamment proche de Ben pour que celui-ci le voit rapidement, une fois réveillé. Il attendit donc d'apercevoir du coin de l'œil l'Irlandais se redresser pour tourner son regard vers lui. Ben esquissa un sourire fatigué en signe de salut et Remus le lui rendit, finissant de s'habiller avec des gestes lents et précautionneux.

Les deux hommes se rejoignirent quelques minutes plus tard et comme Lupin s'y était attendu, O'Connell lui demanda :

- Je t'ai cherché partout hier, après le départ de Greyback. Où étais-tu passé ?

Remus s'assit en grimaçant à côté de Ben. Autour d'eux les gens s'éveillaient peu à peu avec plus ou moins de difficultés. Les plus résistants étaient déjà habillés mais somnolaient malgré tout afin de récupérer davantage de force. L'air frais fit frissonner Lupin et s'il n'avait tenu qu'à lui, il aurait pris des couvertures afin de recouvrir ceux qui étaient encore nus et inconscients. Mais se montrer généreux et attentionné n'étaient pas des qualités aux yeux de Greyback et Remus n'avait pas envie d'attirer l'attention sur lui.

- J'avais besoin de solitude, répondit-il, laconique. Il y avait trop de monde. Trop de bruit.

Lupin faisait allusion à la réaction du clan, après le départ de Fenrir et Ben hocha la tête, satisfait par cette explication. Remus avait montré de nombreuses fois qu'il n'aimait pas la foule et préférait souvent s'isoler – une excuse parfaite lui permettant de partir à volonté afin de faire ses rapports ou passer du temps au Terrier. Cette attitude ne surprit donc pas O'Connell.

- C'est dommage, répliqua celui-ci. J'avoue que pour ma part, j'ai trouvé fantastique de pouvoir discuter avec tout le monde. J'ai fait la causette avec des gens que je n'avais jamais vu ouvrir la bouche. Je crois bien que j'ai passé la meilleure journée depuis bien longtemps.

- Pour quelqu'un de sociable comme toi, j'imagine en effet que notre quotidien doit te peser.

Ben l'observa un instant avant de soupirer.

- Oui. Mais j'imagine qu'après trente ans de solitude, on doit avoir du mal à se lier.

Le regard espiègle de Nymphadora vint aussitôt à l'esprit de Remus et un fin sourire étira ses lèvres.

- Tout dépend des personnes qu'on rencontre, dit-il. Parfois ça se fait naturellement.

O'Connell sourit à son tour, prenant certainement cette remarque pour lui et Lupin ne le détrompa pas. Au fond, tous deux s'entendaient bien et il éprouvait parfois de la culpabilité à lui mentir ainsi. Mais sa mission restait prioritaire sur le reste.

- Je me demande vraiment où Greyback est allé cette nuit, soupira-t-il, l'air de rien.

- A ben ça, je peux te le dire ! répondit Ben, contre toute attente.

Remus se tourna vers lui, surpris.

- Vraiment… ?

- Ouais. Plusieurs personnes ont entendu Greyback et certains de ses hommes discuter entre eux. On a fini par recouper toutes les informations et on en déduit que depuis plusieurs semaines, ils prévoyaient de rejoindre Pré-au-Lard.

- Pourquoi ?

Ben esquissa une grimace et poursuivit plus sombrement.

- Il semblerait qu'hier, c'était l'une des journées de sortie des gosses de Poudlard.

Lupin joua les choqués et l'Irlandais hocha tristement la tête.

- Je savais bien qu'il n'était pas net, ce type. Je savais bien que…

Mais il se tut, jetant un regard inquiet autour de lui afin de s'assurer que nul ne l'avait entendu. Critiquer Greyback était bien évidemment à éviter.

- J'espère que les gosses n'ont rien, finit-il par maugréer.

Remus se contenta d'acquiescer. Désireux de préserver sa couverture, il préférait éviter de donner un avis trop arrêté sur un sujet aussi épineux et, après un court silence Ben finit par enchainer :

- Tiens, j'ai appris un autre truc, hier. Le type un peu fou dont on parle de temps en temps. Celui qui n'ouvre jamais la bouche et qui fait plutôt peur…

- Oui, je vois, approuva Lupin.

- Ben il s'appelle Ferry et c'est un moldu. Il est arrivé y a près d'un an, ici. On m'a raconté son histoire, c'est vraiment horrible.

- Que s'est-il passé ?

- Eh bien, comme tu t'en doutes, il s'est fait mordre, et après plusieurs pleines lunes, sa femme et lui ont très vite compris ce qui se passait.

Le cœur de Remus se serra.

- Sa femme a eu de la chance de s'en sortir…

- Justement, c'est pas terminé, reprit Ben d'un air sinistre. Ils ont essayé de trouver des infos sur les Loups-Garous et ont bien sûr fini par attirer l'attention du Service de Classification des Lycanthropes.

Lupin acquiesça. C'était un tout nouveau service que Fudge avait mis en place l'année dernière.

- Mais ces crétins du Gouvernement n'ont pas daigné leur expliquer avec exactitude les risques encourus, les mises en garde habituelles. C'était des moldus pourtant ! Ils auraient dû savoir qu'ils n'y connaissaient rien ! Ils se sont simplement contentés de leur dire qu'il valait mieux pour tout le monde qu'ils s'isolent un peu. Enfin, tu vois le genre. Ferry a perdu son travail – me demande si le Ministère de la Magie n'en était pas responsable – et le couple a vite compris qu'ils étaient devenus des parias.

- Où veux-tu en venir ? s'enquit Remus qui sentait arriver une histoire sordide qu'il n'avait pas forcément envie d'écouter.

- Ça vient. Ferry et sa femme étaient très amoureux et elle a finalement décidé de partager le même sort que son époux. Ils ne savaient rien de la potion Tue-Loup, ni du caractère imprévisible des Loups-Garous.

Lupin sentit la nausée le prendre à mesure que ses craintes se voyaient confirmées. Malgré lui, il ne parvenait pas à rester détaché. Cette histoire ressemblait beaucoup trop aux cauchemars qui ne cessaient de l'assaillir la nuit.

- Ils se sont donc enfermés dans un lieu clos, tous les deux… poursuivit Ben, inconscient du malaise de Remus. Et le lendemain matin, lorsqu'il a repris conscience… il ne restait plus grand chose de…

- C'est bon, interrompit Lupin, pâle comme un linge.

C'était le pire de tous ses cauchemars. Il eut la vision brève de Nymphadora allongée à ses côtés… Morte et dépecée.

Il chassa vivement cette image de son esprit mais il savait qu'il était déjà trop tard. Elle serait là, toujours. Cette peur.

Un lourd silence se fit puis Ben, conscient de son soudain mal-être, changea de sujet. Au bout de quelques minutes qui permirent à Remus de retrouver son sang froid, celui-ci finit par demander :

- Où est Cary ?

- Elle s'est enfermée avec d'autres dans la grange, répondit O'Connell en désignant le bâtiment délabré du menton. Elle a profité de l'absence de Greyback pour… Enfin tu vois.

Remus voyait parfaitement. Certaines personnes n'aimaient pas l'idée de risquer la vie d'innocents et auraient préféré rester cloîtrés mais Fenrir refusait catégoriquement l'enfermement les nuits de Pleine lune.

- C'est dangereux, indiqua Lupin. Je doute que Greyback soit parti sans laisser derrière lui un de ses hommes pour nous surveiller.

- C'est bien ce que j'ai dit à Cary mais tu la connais. J'espère qu'il n'y aura pas de représailles.

- Je l'espère aussi.

Lupin leva un regard inquiet vers la grange aux portes fermées puis décida de répertorier les personnes qui avaient choisi de risquer la colère de Greyback. En discutant avec elles, peut-être parviendrait-il à les persuader de quitter le clan et d'essayer de rejoindre la communauté des sorciers. C'était dangereux, mais cela en valait peut-être la peine.

-------------

Greyback et sa bande revinrent tard dans la soirée. Beaucoup étaient blessés mais le plus mal en point restait Bloodeyes, que deux hommes étaient contraints de soutenir. Son torse sculptural était grossièrement bandé et sa tête pendait mollement sur sa poitrine.

Remus le regarda passer devant lui et fut de nouveau surpris de ne ressentir aucun remord. Sa seule inquiétude concernait les soupçons que Greyback ne manquerait pas d'avoir aux vues des blessures infligées à ses hommes ainsi qu'à lui-même. Ce n'étaient pas des plaies dues à des sorts lancés par des Aurors ou des sorciers, mais des coups de griffes et des morsures.

Il était donc à parier qu'à la prochaine nuit de Pleine lune, Greyback utiliserait de la potion Tue-Loup pour s'assurer que nul traître ne se trouvait dans ses rangs.

------------------------------------------------

Remus eut beaucoup à faire pendant les mois suivants. Compte tenu des suspicions de Greyback, la préparation des nuits de Pleine lune demanda une attention constante et de nombreuses mises au point. Et pourtant, Novembre et Décembre passèrent avec une lenteur que Lupin jugeait désespérante. Malgré ses visites surprises au Terrier, il n'avait jamais eu la chance de tomber sur Nymphadora.

Il savait pourtant qu'elle était passée en de rares occasions mais avant cela, elle s'assurait toujours de son absence.

Mais Noël avait fait renaître ses espoirs et il avait eu toutes les difficultés du monde à cacher sa déception en apprenant qu'elle ne viendrait pas. Il avait donc passé la soirée assis près de la cheminée, à ruminer de sombres pensées malgré l'ambiance festive.

En temps ordinaires, il aurait trouvé amusant les joutes verbales entre Molly et Fleur Delacour, et il aurait souri en croisant le regard outré du gnome de jardin qui servait d'ange au somment du sapin… Mais voilà. Cela faisait près de trois mois, maintenant.

Une éternité, lui semblait-il. Il avait espéré que le temps aurait fini par rendre le manque supportable. Que peu à peu, il se serait détaché. Hélas, il devait dorénavant reconnaître que les sentiments qu'il éprouvait pour Nymphadora allaient au-delà de tout ce qu'il avait pu imaginer.

Il ne parvenait pas à l'oublier et en était venu à chercher des excuses qui auraient pu le conduire à Poudlard uniquement dans l'espoir de la croiser. Pour l'heure, il n'avait pas encore cédé au besoin de la voir mais il avait parfaitement conscience qu'il ne faisait que retarder l'inévitable.

Mais malgré cette soudaine certitude, il n'avait pas prévu de capituler si vite.

----

- Tu es aussi maladroit que cette Tonks ! s'exclama Fleur Delacour après que Ron ait renversé la saucière sur elle.

Assis à la table du Terrier en ce lendemain de fête, la famille Weasley, Harry, Fleur et Remus prenaient leur petit déjeuner. Lorsque le nom de Nymphadora fut prononcé, Lupin sortit de sa torpeur et tendit l'oreille.

- C'est fou ce qu'elle peut renverser… poursuivit la jeune femme avant d'être interrompue par Molly.

- J'ai invité notre chère Tonks à venir aujourd'hui, mais elle n'a pas voulu. Tu lui as parlé, ces derniers temps, Remus ?

Se sachant responsable de l'absence de Nymphadora, Lupin sentit son moral chuter davantage mais répondit le plus posément possible :

- Oh non, je n'ai pas vu grand monde. Mais Tonks va dans sa propre famille, non ?

Il avait répondu cela sur le ton de la discussion, mais il doutait fortement d'obtenir une réponse positive. Nymphadora ne s'entendait guère avec sa famille moldue. Quant aux Black…

- Mmmmh, dit Molly. Peut-être. En fait, j'ai plutôt l'impression qu'elle avait l'intention de passer Noël seule.

Remus sentit peser sur lui le regard agacé de Mrs Weasley mais l'intervention de Harry l'abstînt de répondre.

- Le Patronus de Tonks a changé de forme, lança-t-il sur un ton perplexe. C'est en tout cas ce que prétend Rogue. Je ne savais pas que ça pouvait se produire. Pourquoi un Patronus changerait-il ?

Le cœur de Remus manqua un battement et ses doigts se crispèrent sur sa fourchette et son couteau. Une chaleur étouffante se répandait en lui et il prit le temps de mâcher et d'avaler sa dinde avant de répondre.

- Parfois… un grand choc… un bouleversement émotionnel… expliqua-t-il évasivement.

- Il paraissait très grand, avec quatre pattes, poursuivit Harry, inconscient de la confusion dans lequel ces mots plongèrent son interlocuteur.

Mais la voix excitée de Molly retentit soudainement, permettant à Remus de retrouver un semblant de sang froid.

- Arthur ! s'exclama-t-elle, debout, le regard profondément bouleversé. Arthur… C'est Percy !

- Quoi? répondit Mr Weasley.

Remus jeta machinalement un œil au dehors mais son esprit restait focalisé sur ce qu'il venait d'apprendre. Il attendit cependant d'être de nouveau seul dans la chambre de Bill pour se permettre d'y réfléchir plus avant. Assis sur le lit, le dos raide, les mains posées sur ses genoux, il tentait de mettre de l'ordre dans ses pensées et les émotions diverses qui le traversaient.

Non seulement leur rupture avait eu une incidence sur le métamorphosisme de Nymphadora mais également sur son Patronus ; et cette nouvelle le plongeait dans une profonde agitation. Il souffrait bien sûr de la voir si intensément affectée. Il se sentait coupable et se détestait d'être la cause d'un tel changement.

Mais un autre sentiment l'étreignait. Un sentiment qu'il se haïssait de ressentir mais contre lequel il ne pouvait rien :

Le soulagement. Il se sentait profondément et irrépressiblement soulagé.

Elle était toujours éprise de lui.

Il fut alors saisi d'une irrésistible envie de la voir. Cela faisait déjà de nombreuses semaines qu'il luttait contre ce caprice mais aujourd'hui, il ne pouvait plus se dominer. Il le devait. Juste un instant, à peine quelques secondes. Cela lui semblait soudainement vital.

Aussi, faisant taire sa raison qui hurlait son désaccord, Remus enfila sa cape d'une main tremblante et s'empressa de quitter le Terrier. De la neige était tombée abondamment ces derniers jours et Londres avait revêtu son épais manteau blanc. Lupin transplana à une rue de chez Nymphadora et rejoignit son immeuble d'un pas résolu, ses pieds s'enfonçant silencieusement dans la poudreuse.

Il n'avait pas l'intention de lui parler. Il n'avait même pas l'intention de se montrer à elle. Il désirait juste la voir quelques secondes. Il prit donc place sur le trottoir opposé, dans l'angle d'une petite ruelle. Même si Tonks transplanait toujours dans l'arrière cour de l'immeuble, elle entrait par la porte côté rue, et caché où il était, il ne manquerait pas de la voir arriver. Arriver ou partir.

Les heures s'écoulèrent lentement sans aucune apparition de la jeune femme mais Remus s'était préparé à une longue attente. Il ne l'avait pas vue depuis plusieurs mois et il était donc hors de question pour lui de renoncer si vite.

Agitant discrètement sa baguette, il recréa la bulle de chaleur qui lui permettait de tenir malgré le froid glacé de l'hiver. En ce lendemain de fête, les rues de ce quartier résidentiel étaient en partie désertes et la neige était si épaisse que peu de conducteurs avaient pris le risque de s'aventurer sur les routes.

Cela faisait presque trois heures et demie qu'il se tenait caché à l'angle de Burton et Charlton Street lorsqu'il la vit enfin. Emmitouflée dans une cape épaisse, ses cheveux pâles tombant sur son visage en partie dissimulé sous une chaude écharpe de laine, elle sortait de l'arrière cour de son immeuble et frottait énergiquement ses mains l'une contre l'autre.

Remus trouva frustrant de ne voir d'elle que son petit nez rougi par le froid et il dut réfréner une envie soudaine de traverser la rue afin d'aller lui parler. Mais que lui aurait-il dit ? Qu'il passait dans le coin, par hasard ?

Non. Il n'avait aucun droit de jouer davantage avec ses sentiments. Si elle l'évitait avec autant de détermination, c'était que sans nul doute elle en ressentait le besoin.

Il se contenta donc de la regarder gravir les marches du perron, puis disparaître à l'intérieur du bâtiment de briques. Remus soupira alors, cherchant à calmer les battements sourds de son cœur. En venant ici dans l'espoir de l'apercevoir un court instant, il avait cru apaiser un minimum son envie d'elle. Mais il se retrouvait à présent dans le cas inverse.

Le souffle court et irrégulier, il leva la tête à hauteur du cinquième étage et observa la fenêtre donnant sur l'appartement de Nymphadora. Il l'imagina entrer chez elle puis, une fois délestée de sa cape et de son écharpe, elle traverserait le salon afin de rejoindre sa chambre. Comme à son habitude, elle se changerait pour revêtir des vêtements plus confortables et s'allongerait peut-être sur son lit avec l'intention de se plonger dans un des innombrables livres qui tapissaient les murs de sa chambre.

Pendant les deux premiers mois de leur relation, à l'époque où tout allait encore bien entre eux, ils avaient passé de nombreuses soirées ensemble, allongés sous la couette un livre dans les mains. Il avait adoré ces moments de complicité et de sérénité, où le désir physique qu'il avait d'elle se voyait apaisé par sa simple présence.

Et il se voyait maintenant, à attendre pendant des heures, caché dans une ruelle. A l'épier afin d'apercevoir ne serait-ce qu'un petit bout d'elle.

Il se trouvait misérable et pathétique. Mais par-dessus tout, c'était sa faiblesse qu'il se reprochait le plus. Cette faiblesse, responsable de sa présence ici. Cette faiblesse qui le poussa à traverser la rue et grimper les marches menant à l'appartement de Tonks.

A aucun moment, il n'hésita. Il avait l'étrange impression d'être hors de son corps, de ne plus rien contrôler. Mais il s'arrêta pourtant sur le seuil. Son cœur battait violemment dans sa poitrine et malgré la fraîcheur de l'air, une fine couche de sueur perlait sur son front. Il étouffait.

Qu'était-il en train de faire ? Réalisait-il l'aberration de sa conduite ?

Mais ces questions raisonnables furent balayées par les bruits divers qui se firent entendre à travers la porte d'entrée. Le pas étouffé de la jeune femme lui parvint et Remus se rapprocha de la cloison, l'oreille tendue. Son pied d'appui fit alors ployer le parquet sous son poids et un craquement retentit. Son sang se figea aussitôt dans ses veines, un froid glacial se répandit en lui à l'idée d'être découvert, et il retrouva en un instant la raison.

Remus s'écarta précipitamment de la porte et s'élança dans les escaliers, dévalant les marches quatre à quatre avec la certitude d'avoir perdu l'esprit. Il traversa la rue de ses longues foulées puis rejoignit son ancien poste d'observation et s'adossa lourdement contre le mur d'un vieux bâtiment.

Il était devenu complètement fou. Il avait été à un cheveu de frapper à la porte de Nymphadora. Qu'aurait-il fait après coup ? Qu'aurait-il bien pu lui dire ? Comment aurait-il expliqué sa présence, ici, sur le seuil de son appartement ?

Remus secoua misérablement la tête puis fit quelques pas et leva de nouveau les yeux vers l'immeuble de la jeune femme.

Il savait que ces quelques secondes n'étaient pas suffisantes. Il savait que malgré ses propres invectives, il reviendrait le lendemain afin de profiter des vacances scolaires qui avaient ramené Tonks à Londres pour une courte semaine. Ce n'était ni raisonnable, ni salutaire. Il souffrait déjà de la voir sans pouvoir lui parler, de la regarder sans avoir le droit de la toucher. Mais après tout… il serait le seul à en souffrir. Nymphadora, elle, ne le saurait jamais.

Un léger bruissement le tira pourtant de ses pensées et son cœur se figea soudain.

Il n'était plus tout seul dans cette ruelle. Il sentait une présence juste derrière lui.

Faisant toujours mine d'être absorbé par la contemplation de l'immeuble opposé, il plongea lentement la main dans la poche de sa cape, à la recherche de sa baguette… mais une voix familière retentit :

- Tu peux me dire à quoi tu joues, Remus ?

-----

L'homme qui s'était tenu sur le seuil de son appartement n'avait guère fait preuve de beaucoup de discrétion et Nymphadora décida de s'en charger seule, sans prendre le temps de prévenir l'Ordre. Munie de sa baguette magique et de sa cape, la jeune femme se précipita dans le couloir, rejoignit les escaliers puis, faisant fi de toute prudence, transplana sans attendre. Elle prit pourtant bien soin de réapparaître dans une ruelle isolée, à bonne distance de la position supposée de son invité surprise afin que le craquement de son transplanage ne le fasse pas fuir. Et lorsqu'elle passa la tête dans Burton Street, elle le découvrit avec satisfaction à l'angle de sa rue. Serrant fermement sa baguette entre les doigts, elle jeta un sort afin de rendre silencieux le bruit de ses pas dans la neige puis s'avança vers l'homme qui lui tournait le dos. La cape noire qu'il portait dissimulait en partie ses cheveux mais son allure lui semblait étrangement familière.

Malgré cela, elle ne reconnut Remus que lorsqu'elle parvint à quelques pas de lui. Il était, après tout, la dernière personne qu'elle s'était attendue à découvrir ici, devant son immeuble. Le trouble qu'elle en éprouva la rendit incapable de réfléchir et elle observa avec une stupéfaction sincère le profil marqué qui se dévoilait à mesure qu'elle le contournait.

Mais lorsqu'elle le vit se raidir et plonger une main dans la poche de sa cape, elle fit les derniers pas manquants et vint se positionner à côté de lui.

- Tu peux me dire à quoi tu joues, Remus ? demanda-t-elle d'une voix qu'elle eut toutes les difficultés du monde à empêcher de trembler.

Se sentant encore incapable de l'affronter, elle leva les yeux vers l'immeuble que Lupin observait quelques secondes auparavant et inspira discrètement afin de calmer les battements sourds de son cœur. Elle n'arrivait pas très bien à savoir si elle était heureuse ou non de le voir. Elle ne parvenait pas à faire le tri parmi les émotions multiples qui la submergeaient. Elle se sentait nerveuse, troublée, agitée… et désagréablement vulnérable. Elle devait par tous les moyens se ressaisir.

Et comme il ne disait rien, elle lança sur un ton plus ironique :

- Tu croyais peut-être que je ne t'avais pas entendu ?

- Oui… se décida-t-il enfin à répondre.

La gorge de la jeune femme se serra au timbre si familier de sa voix.

- On ne peut pas dire que tu aies été spécialement discret, dit-elle bravache. Tu as déjà oublié que le plancher craquait ?

- Apparemment… Je suis désolé.

Elle jeta un bref coup d'œil sur le visage ordinairement impassible de Remus et se sentit soudainement plus sûre d'elle en le découvrant tout aussi agité. Il semblait particulièrement mortifié de s'être fait ainsi surprendre et la question qu'elle aurait dû se poser dès le début lui vint enfin à l'esprit.

- Pourquoi es-tu là ?

Elle vit les joues de Remus rosir mais comme il semblait décidé à ne pas lui répondre, elle vint se planter sous son nez, les poings sur les hanches. Mais il n'abaissa pourtant pas les yeux vers elle et continua obstinément de fixer un point invisible devant lui.

- Regarde-moi, Remus, menaça-t-elle en vain.

Il détourna la tête et enfonça les mains dans les poches de son manteau. Son visage s'était brusquement fermé.

- Je n'aurai pas dû venir, excuse-moi.

- Arrête de t'excuser et explique-moi plutôt ce que tu fais ici.

Il ferma un bref instant les yeux et Tonks observa sa mâchoire se crisper avec une sournoise envie de la caresser.

- Tu me croirais si je te disais que je passais juste dans le coin ? marmonna-t-il sans conviction.

- Pas vraiment non. Trouve autre chose.

- … Je suis envoyé par Molly qui s'inquiète pour toi.

N'eut été l'air désespéré qu'il avait soudain pris, elle aurait presque pu le croire sincère.

- Hum, fit-elle donc. C'est déjà plus crédible mais… essaie encore.

Un soupir las s'échappa des lèvres du Maraudeur.

- Que veux-tu que je te dise ? demanda-t-il en rivant enfin son regard au sien.

La jeune femme sentit ses genoux faiblir et se maudit de ressentir encore autant de choses pour lui. Après tout ce temps à l'éviter, après tous ces efforts pour le rayer de sa vie, il parvenait encore à la toucher.

- La vérité me semblerait un bon début, lança-t-elle avec une insouciance travaillée.

- Je m'inquiétais pour toi, ça te va ?

Malgré les battements frénétiques de son cœur, Tonks prit le temps d'observer le visage de Remus. Une rougeur suspecte colorait les joues du Maraudeur et la jeune femme plissa les yeux.

- Presque, fit-elle, certaine qu'il mentait d'une façon ou d'une autre.

Il se détourna aussitôt et elle reprit :

- Si tu voulais vraiment voir comment j'allais, pourquoi ne pas avoir sonné à la porte ? Tu sais, comme le font les gens normaux…

- Je ne suis pas comme les autres, éluda-t-il sur un ton agacé.

- Ça, je le sais… Mais encore ?

- Je ne voulais pas te réveiller.

Profondément agacée de le voir s'esquiver ainsi, la jeune femme émit un ricanement narquois.

- Il est 15 heures ! Tu pensais peut-être que je faisais une sieste ?

- Il me semble que ça t'est déjà arrivé, rétorqua-t-il avec raideur.

- Certes, mais juste avant j'avais fait… du sport, ne put-elle se retenir de plaisanter.

Remus ferma les yeux.

- Nymphadora…

Tonks se mordit la lèvre à l'appel de son prénom. Il avait toujours eu une façon particulière de le prononcer, avec ce petit mélange d'exaspération, de faux reproches et de douceur. Et à chaque fois, elle éprouvait l'irrésistible envie de l'exaspérer davantage.

- Quoi ? Tu ne t'en souviens pas ? renchérit-elle donc, satisfaite de le voir rougir un peu plus.

- Si…

- Bien ! Pendant un instant, j'ai cru que j'allais devoir te le rappeler !...

Elle vit le regard de Remus plonger soudainement dans le sien et comprit à cet instant précis la raison de sa présence ici. Un torrent de lave se déversa brusquement dans ses veines et ses genoux se mirent à trembler.

Elle lui manquait et il la voulait.

C'était cela que ses yeux hurlaient. Comme s'il n'arrivait plus à le cacher. Comme s'il n'avait plus de force pour lutter.

Il la voulait.

- Mm… souffla la jeune femme avant de reprendre d'une voix un peu plus ferme : Ce genre de regard va à l'encontre de ton petit discours « Quoiqu'il se passe, je ne reviendrai jamais vers toi. »

- Je ne reviens pas, murmura-t-il avec effort, semblant manquer d'air.

- Alors explique-moi ce que tu fais là ? A me regarder comme ça ?

Il allait fuir. Il allait forcément fuir. Il retrouverait ses esprits, ferait un pas en arrière puis transplanerait, la laissant seule et désabusée. Meurtrie.

Mais il ne bougea pas. Il n'esquissa pas le moindre geste et se contenta de la dévisager avec un mélange de lutte et d'avidité, d'attente et d'espoir.

- … Je te mets au pied du mur… et tu ne t'en vas même pas ? parvint-elle à articuler alors même que son corps semblait incapable d'esquisser le moindre geste.

- Je ne peux pas…

- … Tu ne peux pas ?

- Je n'arrive pas… à fuir, finit-il par avouer.

La neige s'était remise à tomber mais Tonks le remarqua à peine. Elle étouffait. Elle brûlait. Remus était devant elle, à quelques centimètres tout au plus. Combien de fois avait-elle pleuré à l'idée de ne jamais plus pouvoir le toucher, l'embrasser, le serrer dans ses bras ? Combien de fois avait-elle versé de larmes en songeant que plus jamais il ne la regarderait avec ce désir, ce besoin d'elle dans les yeux ?

Mais il était là, aujourd'hui. Peu importait le reste. Peu importait les conséquences, les lendemains…

Il lui avait tellement manqué.

- J'ai envie de t'embrasser, chuchota-t-elle.

Le regard de Remus quitta ses yeux et vint se poser sur ses lèvres.

- Ce ne serait pas…

- Raisonnable ? finit-elle pour lui. C'est tout moi, ça.

- Ça ne changerait rien…

- Je sais, je sais… soupira-t-elle, repoussant tout bon sens.

Elle leva une main timide vers lui et fut soulagée par son immobilité. Les lèvres entre-ouvertes, il attendait le contact de ses doigts avec une impatience presque palpable. Elle frôla alors sa joue et les paupières de Remus se fermèrent lentement, lui donnant l'enivrante certitude qu'il n'avait jamais espérée que cela. Elle redessina la courbe abrupte de sa mâchoire, fit glisser la paume de sa main dans ses cheveux humides de neige puis rejoignit sa nuque qui ployait déjà vers elle.

Il l'observait à présent de ses yeux mi-clos assombris par un désir manifeste, et elle murmura :

- Embrasse-moi…

Une partie d'elle s'était attendue à un rejet mais ses craintes se virent rapidement balayées. Les lèvres de Remus s'écrasèrent sur les siennes avec un empressement qui la fit gémir. Ses genoux déjà tremblants cédèrent mais les bras du Maraudeur l'enlaçaient déjà, la pressant contre lui avec fièvre. Elle répondit à son baiser avec la même impatience, le même désespoir. Un désespoir qu'elle chassa aussitôt.

Elle ne voulait plus réfléchir. Ni à ces mois de solitude et de douleur, ni aux prochains à venir. Elle voulait juste sentir et ressentir encore une fois.

- … On ne devrait pas… chuchota pourtant Remus avant de reprendre ses lèvres.

- … Je sais… répondit-elle. Ce n'est pas…

Elle manqua brusquement d'air lorsque l'une des mains du Maraudeur se faufila sous sa cape, redessinant la douceur d'un sein de ses doigts experts.

- … raisonnable… fit-il à sa place.

Nymphadora sentit son corps se tendre sous ses caresses mais les aboiements d'un chien et la voix de son maître la ramenèrent soudain à la réalité. Le front brûlant, les jambes tremblantes, elle repoussa avec effort les bras de Remus et le Maraudeur finit par se figer. La jeune femme croisa un instant son regard anxieux mais elle n'eut pas la force de le rassurer. Elle se contenta de glisser une main dans la sienne puis de l'attirer dans son sillage.

Il résista un infime instant mais lorsqu'il comprit où elle comptait le mener, il la suivit sans prononcer un mot. Ils traversèrent donc la route neigeuse au pas de course, pénétrèrent dans l'immeuble puis rejoignirent enfin l'appartement de Tonks.

A peine la porte s'était-elle refermée sur eux que Remus reprenait ses lèvres avec une ardeur décuplée. Ses mains glissèrent sous la cape de Nymphadora et écartèrent les pans du vêtement qui tomba par terre dans un bruissement léger. Il adossa ensuite la jeune femme au battant et se pressa contre elle avec une impatience fébrile.

Le sentiment de manque qui ne les avait plus quittés pendant des mois se voyait enfin chassé par leur étreinte. La douleur disparaissait au profit d'une euphorie, d'un bien-être qu'ils croyaient ne plus jamais ressentir.

Remus aurait voulu savourer chaque seconde, profiter de cette opportunité pour lui faire l'amour avec lenteur mais il ne parvenait plus à se maîtriser. La chambre lui semblait trop loin et il se sentait incapable de s'interrompre ne serait-ce qu'un instant pour l'y emmener. Ses lèvres couraient sur le corps de la jeune femme à l'affut de chaque parcelle de peau. Leurs vêtements tombaient un à un sur le pas de la porte contre laquelle Nymphadora était adossée. Il sentait les courbes amaigries de la jeune femme s'épanouir sous la paume de ses mains. Il voyait ses boucles tristes et grisonnantes retrouver leur éclat. Et lorsqu'il reprit Tonks dans ses bras, lorsqu'il la posséda enfin, elle était à l'image de la jeune femme pétillante et espiègle dont il était tombé éperdument amoureux.

- Mon Dieu, Nymphadora… gémit-il alors qu'elle resserrait ses cuisses autour de lui.

Le monde ne semblait plus se résumer qu'à ses bras fins autour de sa nuque, à son corps pressé contre le sien, à la chaleur accueillante de son intimité. Il ne parvenait plus à quitter la jeune femme des yeux, il souhaitait juste garder en mémoire chacun de ses gestes, de ses soupirs et de ses gémissements. Des vagues de plaisir affluaient en lui à mesure que son cœur se gonflait d'émotions si longtemps refoulées.

Il était fou de la repousser. Fou de se priver ainsi de sentiments si forts.

- Remus…

Nymphadora prononça son nom dans un murmure puis agrippa fiévreusement ses épaules et lova son visage dans son cou, la soustrayant à sa vue. Il sentit alors le corps de Tonks se tendre et lorsque son cri de jouissance résonna à son oreille, Lupin ferma les yeux et se laissa à son tour submerger par le plaisir.

L'intensité de leur union avait été si forte qu'il sentit ses genoux faiblir à mesure que ses forces l'abandonnaient. Incapable de soutenir davantage la jeune femme, il se laissa glisser jusqu'au sol, son précieux fardeau dans ses bras. Malgré l'indolence inévitable de leurs corps apaisés, les mains de Tonks restaient agrippées à ses épaules et il la maintint contre lui, peu désireux de rompre leur étreinte en premier.

Mais sa raison reprenait peu à peu le dessus.

C'était une bêtise, une terrible bêtise. Comment allait-il faire à présent ? Comment pourrait-il supporter de nouveau un éloignement après ce qui venait de se passer ? Les problèmes restaient pourtant les mêmes. Rien n'avait changé.

Soupirant faiblement, il sentit brusquement le corps de Nymphadora tressauter et il fronça les sourcils, inquiet. Ecartant les bras afin de la libérer, il essayait de s'éloigner de la jeune femme mais elle s'accrocha avec plus de force à ses épaules.

- Nymphadora ? murmura-t-il doucement.

Il posa ses mains sur les bras de Tonks et la repoussa plus fermement. Elle lutta un instant mais fut malgré tout contrainte de le lâcher, tête baissée, le visage caché derrière ses boucles qui avaient soudainement retrouvé leur teinte tristement pâle. Après quelques efforts pour lui faire relever la tête, il finit par découvrir une figure ravagée par le chagrin et Remus sentit son cœur se briser.

Des sanglots de plus en plus puissants secouaient les épaules de la jeune femme, tandis que de grosses larmes s'échappaient de ses yeux clos, et il la reprit dans ses bras.

- Par Merlin… Je suis désolé…

Tonks s'accrocha de nouveau à lui avec la force du désespoir, incapable de prononcer le moindre mot, d'avoir la moindre pensée cohérente. Seule la douleur et la peur du vide l'étreignaient. Remus la berça longtemps contre lui, psalmodiant sans cesse des mots qui n'apaisaient en rien sa souffrance.

- …Pardonne-moi, Nymphadora… Je n'aurais jamais dû venir… Je n'aurais jamais dû… Si tu savais comme je m'en veux… Pardon…

Puis les sanglots furent entre-coupés de claquements de dents. Il la sentait glacée, frigorifiée. D'un geste souple, il se redressa puis porta la jeune femme jusque dans la chambre et s'allongea à ses côtés. Il les couvrit de la couette chaude et multicolore et reprit ses caresses, ses paroles qu'il voulait apaisantes.

Mais la seule chose qui aurait pu adoucir leur douleur mutuelle, il se la refusa. Encore.

Malgré les larmes de Nymphadora, malgré la souffrance sous ses côtes, ses peurs dominaient encore.

Il ne cessait de revoir cette image d'elle, le corps lacéré, vidée de son sang.

Cela ne devait jamais arriver.

A SUIVRE...