Merci à K-Melwin, dark and devil time, Siri l'aventurier, Twinzie, Elie morgane-NaNa et whizzbee pour vos reviews!!
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Nymphadora s'éveilla sans aucune force ni énergie. Elle avait passé les dernières heures plongée dans un épais brouillard, avec la sensation irrémédiable de s'enfoncer dans un puits sans fond. Jamais elle ne s'était sentie aussi seule de toute sa vie. Jamais elle n'avait eu aussi mal.
Les paroles de Remus s'étaient évanouies de son esprit aussi vite qu'elles avaient été prononcées. Elle connaissait ses promesses. Elle avait appris à ne pas s'y fier. La jeune femme ouvrit donc les yeux et tourna un regard morne vers l'autre extrémité de son lit. Vide. Encore une fois.
Aucune surprise, aucune déception. Elle n'attendait plus rien de lui.
Ses yeux accrochèrent alors le radio réveil et elle soupira.
Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle se serait terrée dans son appartement et n'en serait probablement pas ressortie avant plusieurs semaines… Mais malgré les morts qui jonchaient sa vie, malgré la perte d'une partie de sa famille, de son amant et de son meilleur ami, il lui restait une chose. Une seule chose qui lui apparut soudainement salvatrice : son travail.
Et elle ne voulait pas risquer de le perdre aussi.
Malgré la profonde mélancolie qui rendait chacun de ses gestes difficiles, elle parvint à se lever et accomplit les petits gestes de tous les jours avec une détermination surprenante.
Se dévêtir, se laver, se sécher, se rhabiller. La routine.
Elle s'arrêta pourtant devant son miroir et observa le visage pâle et vieilli de son reflet.
S'habituait-on au désespoir ? Combien de temps pouvait-on supporter cette douleur au cœur, ce vide à l'intérieur ? Combien de temps tiendrait-elle encore ? L'image de Colin allongé sur son lit de mort ne cessait de flotter devant elle et Tonks regrettait presque le funeste besoin qui l'avait poussée à pénétrer dans la chambre 47.
Elle avait été surprise par la pâleur de son visage. L'Avada Kedavra foudroyait ses victimes, leur donnant l'aspect de simples dormeurs. Mais Colin semblait avoir longtemps lutté avant d'abandonner et cette singularité ne la frappait qu'aujourd'hui.
Remus s'était montré particulièrement vague concernant les circonstances tragiques de son décès et elle l'avait écouté d'une oreille distraite, trop assommée par la douleur.
Quelle importance, qui l'avait tué ? Le résultat restait le même. Colin ne faisait plus parti de sa vie. Il était parti pour toujours et jamais plus elle ne le reverrait. A cet instant précis, elle n'avait pas eu la force de haïr, mais juste celle de pleurer. La haine viendrait plus tard.
Car elle viendrait. C'était évident.
Lorsque Nymphadora fut enfin prête, elle passa dans le salon et remarqua un parchemin blanc posé sur la table basse. Un ricanement désabusé s'échappa bien malgré elle de sa gorge et elle hésita un instant à s'en approcher. Que pouvait-il bien lui avoir marqué ?
« Je suis désolé pour hier ? Je n'aurais jamais dû te ramener. »
« Après mûres réflexions, j'ai jugé que ma présence à tes côtés n'était pas une bonne idée. »
« Je suis trop vieux, trop pauvre, trop dangereux… et définitivement sénile. »
Dédaignant le parchemin, elle traversa la pièce et rejoignit la cuisine. Son ventre était bien trop noué pour absorber autre chose qu'un peu de liquide et elle se contenta d'un verre d'eau. Elle rallia finalement l'entrée, se saisit de sa cape et soupira.
Son regard se posa sur le parchemin et elle se demanda un bref instant si le message ne contenait pas quelque chose concernant l'Ordre ou toute autre mission. Elle consentit donc à prendre la feuille d'une main agacée et la déplia.
« Nymphadora,
Je suis parti à la réunion de l'Ordre mais je rentrerai juste après. J'ai vu Dumbledore hier, avant de te ramener et il a insisté pour que tu prennes quelques jours de congés. Donc la meilleure chose que tu as à faire est de retourner te coucher.
Je n'en ai pas pour longtemps.
Remus »
Tonks relut la missive une seconde fois et son regard se figea sur la dernière phrase. Elle était beaucoup trop indolente pour réagir excessivement mais malgré elle, une perplexité certaine la saisit.
Comptait-il vraiment revenir ?
L'attention de la jeune femme fut alors attirée par un craquement venant du couloir, une clé tourna dans la serrure et la porte s'ouvrit.
Remus s'immobilisa sur le seuil, son vieux sac de cuir dans la main gauche, un autre en plastique dans la droite, et Tonks cligna des yeux, stupéfaite. Ils s'observèrent un court instant puis Lupin entra et referma la porte derrière lui.
- Bonjour, dit-il doucement en posant sa sacoche usée à ses pieds. Je pensais être revenu avant ton réveil. Comment te sens-tu ?
Nymphadora retrouva en partie ses esprits et se contenta de hausser les épaules, son regard glissant sur le sac de Remus. Celui-ci contenait sans nul doute les quelques affaires qu'il possédait et Tonks fronça les sourcils d'incrédulité.
Etait-il en train d'emménager ?
Lisant dans ses pensées, Lupin se racla la gorge d'embarras et s'expliqua :
- Je sais que nous n'avons pas vraiment eu le temps d'en parler et tu as tous les droits de me mettre à la porte mais… ce serait jusqu'à ce que je trouve quelque chose…
Quelque chose ? Et avec quoi comptait-il le payer ? Il n'avait aucun emploi.
Mais comme elle restait silencieuse, Lupin insista :
- Mais si tu veux être seule… je comprendrais. J'ai juste pensé que… je pourrais m'occuper un peu de toi. T'aider.
- Je suis capable de me débrouiller, dit-elle d'une voix monocorde, sans réelle agressivité.
- Je le sais, répondit-il, soulagé de la voir parler. Je me suis quand même dit que peut-être… tu ne voulais pas rester seule.
- Je ne veux pas de ta pitié, soupira-t-elle avec lassitude.
Le visage de Remus s'assombrit.
- Ca n'en est pas. Je n'ai jamais ressenti de pitié pour toi, Nymphadora. Que tu le veuilles ou non, je tiens à toi.
- Que je le veuille ou non ? Aux dernières nouvelles, c'était toi qui ne voulais pas, lança-t-elle avec rancœur.
Mais à peine avait-elle fini sa phrase qu'un profond découragement la saisissait. Ils avaient déjà eu cette conversation. Ils étaient déjà passés par là. Qu'y avait-il à rajouter aujourd'hui ?
Rien. Absolument rien du tout.
Elle passa une main fatiguée dans ses cheveux ternes et leva les yeux vers Remus. Immobile devant elle, les traits marqués de son visage reflétaient sa tristesse et la bienveillance de ses sentiments à son égard.
Oui, il tenait à elle. Pas de la façon dont elle aurait aimé mais il y avait une certaine forme d'amitié. Il y avait quelque chose.
- Très bien, acquiesça-t-elle en se détournant.
Ses yeux s'étaient soudainement mis à lui piquer et elle posa le parchemin sur la table d'une main tremblante. Elle entendit un bruit de sac en plastique se posant par terre, quelques pas dans son dos puis sentit ses longs bras se refermer autour d'elle.
Tonks se raidit aussitôt et ferma les yeux afin de faire taire les sanglots qui menaçaient de secouer ses épaules. Elle se revit quelques mois auparavant pleurant pitoyablement dans ses bras. Elle ne voulait pas lui infliger de nouveau cela. Elle ne voulait pas s'humilier davantage.
- Arrête, fit-il à son oreille.
Ses bras se resserrèrent autour d'elle.
- Cesse de te poser toutes ces questions et laisse-toi aller.
Tonks serra les dents, luttant vaillamment malgré la chaleur de cette étreinte, malgré la douceur de sa voix.
- Que cherches-tu ? demanda-t-elle dans un souffle. A remplacer Colin ? Tu n'y arriveras pas.
- Ce n'est pas ce que je veux. Je voudrais que tu arrêtes de te cacher pour pleurer. Je voudrais que tu cesses de te réfréner lorsque tu es avec moi.
Elle l'entendit inspirer profondément, comme s'il cherchait à se calmer et elle se mordit la lèvre lorsque son souffle effleura de nouveau sa joue.
- Je veux t'aider, Nymphadora. Etre là pour toi. Je veux… Je veux que tu ais confiance en moi… Parce que je ne partirai pas. Quoiqu'il arrive, je resterai avec toi aussi longtemps que tu le souhaiteras.
Deux larmes s'échappèrent de ses yeux clos et Tonks ne put contenir plus longtemps son émotion. La douleur dans sa poitrine était indicible. Etait-ce la mort de Colin ? Les mots de Remus ? Les deux peut-être.
Elle avait besoin de lui. Tonks le savait. Elle l'avait toujours su. Mais serait-elle capable de se contenter de son amitié ? De ces étreintes platoniques dénuées d'ambiguïtés ?
Un sanglot secoua ses épaules, puis un autre et elle sentit à peine les lèvres de Remus effleurer sa peau. Elle avait trop mal pour comprendre, trop mal pour percevoir les sentiments de l'homme qui l'étreignait si fort, qui la berçait avec tant de douceur.
- Je sais ce que tu ressens. Je l'ai vécu également. J'ai tout perdu : mes trois meilleurs amis et mes parents… Ça fait mal. La sensation de vide est incommensurable. Mais tu n'es pas seule, Nymphadora. Tu n'es pas seule… Je suis là.
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Une violente rafale de vent fit vibrer les minces fenêtres du Terrier et Remus soupira lorsque les premières gouttes de pluie frappèrent les carreaux de la vitre. Il n'en pouvait plus de ce temps morose et déprimant. L'enterrement de Colin avait lieu le lendemain matin et il aurait préféré voir le soleil de la partie. Non pas dans l'espoir de voir s'adoucir le chagrin de Nymphadora mais peut-être de lui donner l'illusion d'un avenir moins sombre.
Le regard de Remus balaya les quelques personnes présentes autour de la table de la cuisine. Molly avait enfin abandonné ses casseroles pour s'asseoir avec eux. Dedalus Diggle était avachi sur sa chaise, fatigué et encore passablement affaibli par son hospitalisation. Alastor Maugrey enchaînait verre sur verre avec une régularité de métronome et Albus Dumbledore trônait en bout de table, plus las que jamais. Mais la mauvaise humeur de Remus s'accentua en découvrant le sourire en coin que lui réservait Severus Rogue à chacune de leur rencontre.
Celui-ci n'était que rarement présent aux réunions de l'Ordre et à l'inverse des autres membres, c'était par la cheminée qu'il était arrivé. Son pseudo statut de Mangemort les incitait à la prudence ce qui arrangeait Remus. Malgré ses sages paroles en présence de Harry, il n'aimait pas Rogue. Il n'aimait pas ses sous-entendus incessants concernant la mort de Sirius.
- Remus ?
Celui-ci tourna un regard passablement perdu vers Dumbledore et ce dernier insista patiemment :
- Tu m'as dit que tu voulais aborder quelques points supplémentaires, lors de cette réunion ?
- C'est exact, répondit-il avec plus d'assurance. Je souhaiterais parler de Cary Stevens.
Alastor reposa bruyamment son verre sur la table.
- La traître ? Pourquoi parler d'elle ?
- Parce que je sais qu'elle cache quelque chose, affirma-t-il en gardant les yeux posés sur Dumbledore.
C'était lui qu'il devait convaincre. Lui qui pouvait donner ou non son aval.
- Comment cela ? demanda le vieux sorcier.
- Elle a agi à contre-cœur, j'en suis persuadé.
- Elle t'a menti ! Elle t'a manipulé ! intervint de nouveau Fol Œil avec exaspération.
Remus ferma les yeux puis se tourna finalement vers Maugrey.
- Je sais. Mais après l'avoir démasquée… j'ai senti que…
Il cherchait le mot exact afin de définir rationnellement son intuition mais Alastor émit un grognement incrédule et agacé.
- Oh par pitié ! rugit-il. Ne me dit pas que tu es tombé amoureux d'elle !
Rogue émit aussitôt un ricanement peu discret et Remus croisa le regarda inquiet de Molly.
- Non, répondit-il avec le plus de fermeté possible. Ecoutez. Elle était en larmes et a clairement hésité lorsque je lui ai dit de venir avec nous. Elle avait peur. Mais pas peur de moi, ni de nous mais d'autre chose. Et je suis sûr qu'il s'agit de Greyback. Elle n'est pas là-bas de son plein gré.
- Elle est responsable de la mort de beaucoup de gens, grommela Maugrey.
- Ça n'a pas été prouvé, rétorqua Remus en se tournant vers Dumbledore.
Celui-ci caressait lentement sa barbe en signe de réflexion et Lupin insista.
- On ne peut pas laisser cette femme là-bas contre sa volonté.
- Très bien, acquiesça enfin le vieux sorcier. Nous allons la faire surveiller et voir son comportement. Nous aviserons après. Cela te convient-il ?
Remus hocha derechef la tête, soulagé.
- Oui, merci…
- Autre chose ? J'imagine que le sort de Ben O'Connell t'importe également ?
- Bien sûr, répondit-il, heureux de voir Dumbledore lui faciliter la tâche. Que fait-on pour lui ? Il a pris d'énormes risques pour m'aider.
- Un peu trop pour être honnête, souligna Alastor.
Remus soupira. Décidément, depuis la mort de Colin, Maugrey ne décolérait pas. Certes, sa paranoïa était légendaire mais d'ordinaire, il attendait l'énumération des arguments avant de ruer dans les brancards.
- Je conçois qu'on ne puisse pas lui faire une confiance aveugle, approuva Lupin. Mais c'est à cause de moi s'il n'a plus nulle part où aller. Personne ne peut l'héberger ?
Les regards se firent aussitôt fuyants et Remus prit le temps d'observer le visage de chacun des convives avec une légère amertume. Si seulement il avait eu du bien… Si seulement il avait eu un endroit qui lui appartenait.
Mais il ne possédait strictement rien. Tout ce que lui avait laissé sa famille lui avait permis de survivre quelques années en se serrant la ceinture mais à présent, les choses dont il disposait ne tenaient plus que dans un vieux sac de cuir.
- Je suis désolée, Remus, intervint finalement Molly, rompant le silence devenu trop pesant. Le problème n'est bien évidemment pas sa lycanthropie mais avec les enfants… Si jamais c'était un traître…
- Ne t'inquiète pas, répondit-il en souriant sincèrement à la seule personne qui possédait une excuse parfaitement acceptable. Je comprends très bien.
- Où est-il en ce moment ? demanda Alastor.
- Nous l'avons installé dans la Cabane Hurlante, répondit posément Dumbledore.
- Mais il est évident qu'il ne peut rester là-bas plus longtemps, poursuivit Remus.
Ce n'était définitivement pas un lieu pour un être humain.
- Surtout si proche de l'école, susurra Rogue avec un certain sarcasme.
- Tu as une meilleure idée ? s'enquit Lupin. Pourquoi pas chez toi ? Après tout, tu n'y es jamais.
- La sottise des Black aurait-elle déteinte sur toi ? lança-t-il avec mépris. Je suis censé être un Mangemort. Je ne peux pas accueillir chez moi ce…
Il hésita un court instant et Fol Œil le reprit froidement :
- « Ce » ?
Le visage de Severus se crispa de dégoût.
- Cet… homme.
- Ça t'arrange, j'en suis sûr, maugréa Alastor.
- Mais je t'en prie, invite-le donc chez toi, se moqua Rogue avec tout le dédain possible. Hélas j'ai bien peur qu'il ne survive jamais à sa première nuit.
La paranoïa de Fol Œil n'étant un secret pour personne, les paroles de Severus étaient plus que justifiées. Mais pour rien au monde Remus n'aurait abondé dans ce sens. Alastor ouvrait déjà la bouche pour contre-attaquer lorsque Dedalus Diggle, silencieux jusqu'ici, intervint :
- C'est bon, je vais le faire, soupira-t-il. Mais je veux quelqu'un pour le surveiller.
- Ne t'inquiète pas ! répliqua aussitôt Fol Œil. Je vais lui jeter un sort de « Colaucul », il ne m'échappera pas !
- Alastor ! s'exclama Molly, outrée.
- Quoi ? Il n'y a pas d'enfants autour de nous que je sache !
- C'est « Colauxfesses » ! Et je doute du résultat si tu te trompes dans l'incantation, railla-t-elle.
- J'ai déjà essayé et ça marche tout aussi bien, assura-t-il, son visage déformé par un sourire goguenard.
Molly leva les yeux au ciel.
- Je ne suis plus surprise par ton impressionnante collection de cicatrices !
Le sourire de Fol Œil s'accentua mais la voix posée de Dumbledore l'empêcha de répliquer.
- Comment va Nymphadora ?
Remus haussa les épaules et fit tourner entre ses doigts sa tasse de café.
- Il n'y a pas grand chose à dire. Elle dort beaucoup… Colin lui manque.
- Le gosse manque à tout le monde, grommela Fol Œil retrouvant tout son sérieux et sa morosité.
- Tu ne veux toujours pas lui dire pour Bellatrix ? intervint Molly.
Lupin évita son regard lourd de reproche et prit le temps de boire une gorgée du breuvage amère avant de répondre.
- Pas encore. Elle se sent déjà coupable pour Sirius… Alors si on y rajoute Colin…
- … Et le rôle que tu as joué, murmura Rogue l'air de rien.
- Elle ne peut pas lui reprocher de s'être défendu ! s'insurgea Mrs Weasley en lançant un regard noir à Severus avant de reporter son attention sur Remus. C'est ridicule, vraiment. Tu n'as rien à te reprocher.
- Je sais.
Lupin soupira.
- Je sais tout cela…
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Tonks s'éveilla en sursaut, le corps couvert de sueur, l'esprit encore alourdi par de trop nombreux cauchemars. La lumière diffuse qui traversait ses rideaux bariolés lui apprit que le jour déclinait et elle se redressa en soupirant.
Elle ne faisait que dormir et sa seule sortie avait consisté à se rendre à l'enterrement de son meilleur ami. Peut-être était-il temps pour elle de revenir un peu à la réalité ?
Elle n'avait pas beaucoup parlé avec Remus, depuis qu'il avait emménagé. Sa présence à ses côtés lui semblait si incongrue. Sa gentillesse et son attention plus encore. Elle les avait presque oubliées. Mais malgré cela, une partie d'elle ne parvenait toujours pas à lui faire confiance.
Ces doutes étaient-ils la conséquence logique de son état d'esprit actuel ou bien avait-elle réellement tourné la page ? Pouvait-elle vraiment envisager une amitié ? Arriverait-elle à s'en contenter ?
C'était en tout cas ce que Remus semblait espérer.
Tonks jeta un œil à son réveil qui affichait 17h30 et dressa l'oreille à l'affût d'un signe de vie, mais seul le silence lui répondit.
Elle se leva péniblement puis repoussa la porte entre-ouverte qui séparait la chambre du salon. Les rideaux avaient été tirés et elle découvrit Remus allongé sur le canapé, sa cape usée posée sur lui en guise de couverture. Il dormait.
Trop assommée par sa douleur, elle n'avait pas songé à lui fournir un oreiller et une couverture. Et bien sûr, il ne lui avait rien demandé. Remus ne demandait jamais rien, après tout.
Elle s'avança silencieusement et observa son visage aux traits adoucis par le sommeil. Tonks ne l'avait jamais réellement trouvé beau. Malgré treize années enfermé à Azkaban, Sirius se rapprochait davantage de l'idéal masculin que Lupin. Mais il y avait ce petit quelque chose qui le rendait indiscutablement séduisant. Un plaisant mélange de douceur et de virilité.
Il avait pourtant maigri, beaucoup maigri pendant ces quelques mois chez Greyback. Ses pommettes saillaient davantage et ses joues s'étaient creusées. Mais cela ne faisait que durcir ses traits que son regard chaleureux viendrait atténuer dès l'instant qu'il ouvrirait les yeux.
Nymphadora soupira et jeta un œil à la pièce. Quelques parchemins trônaient sur la table qui lui servait ordinairement à déjeuner. Deux pulls et trois malheureuses chemises étaient soigneusement pliés sur une chaise. Remus semblait bel et bien s'être installé.
- Tu n'arrives pas à dormir ?
Tonks sursauta et se tourna vers Lupin qui avait à présent les yeux grands ouverts.
- Je me demandais si tu étais encore là… expliqua-t-elle simplement.
- Je t'ai dit que je resterai aussi longtemps que tu le voudrais.
Une réponse vint naturellement à l'esprit de la jeune femme mais elle préféra changer de sujet.
- Tu n'es pas obligé de dormir ici, fit-elle en indiquant le vieux sofa sur lequel il était allongé.
- Oh, tu sais… J'ai pris l'habitude de dormir par terre alors ton canapé me semble divin en comparaison.
C'était une façon très polie de la tenir à distance mais Nymphadora n'en fut pas surprise. Après tout, même amis, elle n'avait jamais partagé son lit avec Colin.
- J'ai fait quelques courses ce matin, tu as faim ? demanda-t-il.
- Je me sens un peu barbouillée.
- Peut-être parce que tu n'as rien mangé depuis hier midi.
- C'est possible, mais ne te lève pas, répondit-elle précipitamment en le voyant repousser sa cape. Je me ferai quelque chose de mon côté.
- Pas de problème. Je commence à avoir faim, moi aussi.
Et sans attendre davantage, il rejoignit la cuisine américaine et Nymphadora tira les rideaux du salon afin de leur donner un peu de lumière. Mais le temps était si gris et pluvieux que la jeune femme fut contrainte d'allumer l'une des lampes.
- Je peux m'en occuper, Remus, dit-elle en le voyant grimacer lorsqu'il se pencha à la recherche d'une casserole. La Pleine Lune était il y a moins d'une semaine.
- Ça va, je t'assure.
Nymphadora soupira et il lui jeta un coup d'œil en biais.
- Fatiguée ?
Elle haussa les épaules.
- J'ai trop dormi, je présume.
- Tu en avais besoin.
Tonks observa à son reflet dans le miroir du salon et grimaça.
- Il n'y a pas grand changement depuis cinq jours. Depuis plusieurs mois, d'ailleurs, grommela-t-elle.
Le regard de Remus se fit fuyant et il répondit en plongeant la main dans le réfrigérateur :
- Tout reviendra en son temps.
La jeune femme esquissa un sourire désabusé puis débarrassa d'un coup de baguette magique la table de la cuisine des divers parchemins et journaux que Lupin y avait déposés. Elle avait fait ce geste de si nombreuses fois. Elle avait vécu cette routine si souvent. Lui dans sa cuisine en train de préparer le déjeuner, et elle s'occupant de mettra la table.
Et pourtant, tout était différent à présent. Les choses avaient tellement changé. Sirius et Colin étaient morts. Remus n'avait plus rien d'un amant. Et elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.
- J'ai été surpris de ne pas te voir parler avec la famille de Colin, hier, dit-il brusquement en agitant sa baguette.
Quatre œufs heurtèrent la poêle et se cassèrent. Tonks haussa les épaules.
- Je pensais que tu les connaissais, insista-t-il en ajoutant le bacon dans une seconde poêle.
- Pas vraiment. Même si ses parents n'ont jamais été des partisans de Tu-Sais-Qui, ils n'en restent pas moins des adeptes du Sang-Pur et ils n'aimaient pas beaucoup mon père. Ni moi, d'ailleurs. Quant à sa sœur… Mêmes travers.
Remus acquiesça.
- Je vois.
Un léger silence se fit. Tonks observerait la nuque de Lupin lorsqu'une délicieuse odeur de bacon grillé vint chatouiller ses narines. Il avait raison : si elle se sentait si nauséeuse c'était dû à la faim.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-elle soudainement.
Les épaules de Remus se raidirent et elle insista :
- Tu as vu qui a tué Colin ?
- Non, répondit-il, sans réellement mentir. Je me battais contre Bellatrix lorsque c'est arrivé.
Le cœur de la jeune femme tressauta dans sa poitrine.
- Et tu l'as eue ?
- Si tu me demandes si je l'ai tuée, la réponse est non, dit-il posément en agitant sa baguette.
Les poêles s'élevèrent, le gaz s'éteignit et les deux assiettes se remplirent d'elles-mêmes. Nymphadora croisa son regard mais il se détourna très vite.
Elle soupira.
- Et pour Colin ?
- Je mène l'enquête, éluda-t-il. Je te tiendrai au courant dès que j'en saurai plus… Mais c'était de la folie là-bas. Je ne sais pas…
Il ne put finir sa phrase et elle acquiesça.
- Je comprends. Tout va tellement vite...
Les assiettes se posèrent sur la table et Remus rejoignit la jeune femme qui s'installait déjà.
- Est-ce vraiment important de savoir qui est responsable ? murmura-t-il. Cela peut être n'importe qui. N'importe quel homme de Greyback.
- Je sais… Dans une guerre, il y a des morts, c'est inévitable. Et la plupart du temps, les responsables directs ne sont que des inconnus… Il n'y a rien de… personnel.
La voix de Tonks s'enrailla et Remus reposa sa fourchette.
- Je suis sincèrement désolé, Nymphadora.
La jeune femme hocha la tête, mais malgré sa douleur un fin sourire étira ses lèvres.
- Tu ne l'as jamais beaucoup aimé, fit-elle remarquer.
Remus esquissa une grimace.
- C'était quelqu'un de bien, répondit-il simplement.
- Mais tu ne l'as jamais aimé, insista-t-elle.
Tonks savait que Lupin ne recherchait rien d'autre que son amitié mais en abordant un sujet aussi personnel, elle n'y mettait pas un frein. Pourquoi parler d'une relation définitivement terminée le dérangerait-il ? Au pire, il esquiverait comme il l'avait toujours fait.
- L'instinct de possession, avoua-t-il, la prenant par surprise.
Le regard de Nymphadora s'adoucit et elle observa un instant son visage marqué. Il gardait le nez plongé dans son assiette et elle murmura avec une pointe de nostalgie :
- Tu me voulais pour toi tout seul.
- J'ai toujours pensé qu'il y avait quelque chose… grommela-t-il, les joues roses d'embarras.
La gorge de Tonks se serra.
- De l'amitié. Une profonde… et indéfectible amitié, expliqua-t-elle d'une voix brisée.
Remus observa les efforts de la jeune femme qui réfrénait des larmes qui ne demandaient qu'à s'échapper et lorsqu'il la vit un peu calmée, il désigna son assiette intacte.
- Tu devrais manger pendant que c'est encore chaud, murmura-t-il doucement.
Elle acquiesça et se saisit docilement de ses couverts.
Il n'y avait pas grand chose à dire dans de telles circonstances, et ils finirent leur repas en silence. Ces quelques minutes de calme permirent à la jeune femme de retrouver un peu d'emprise sur elle-même.
Ce court échange sur leur relation passée lui avait fait du bien. Remus avait toujours refusé de parler d'eux, d'aborder leur liaison de façon ouverte. Mais les choses étaient différentes maintenant. Peut-être pouvait-elle enfin avoir les réponses aux questions qu'elle s'était continuellement posées.
Lupin venait de leur servir deux tasses de café lorsqu'elle se décida enfin.
- Qu'est-ce que… commença-t-elle, le cœur cognant si fort dans sa poitrine qu'elle ne parvint à finir sa phrase.
Remus leva les yeux vers la jeune femme et elle bredouilla :
- Je… Est-ce que…
Rouge de confusion et peu habituée à se voir à court de mots, Tonks se tut de nouveau et il haussa les sourcils, perplexe.
- Dis-moi, l'encouragea-t-il.
- De quoi ai-je manqué ? parvint-elle enfin à lâcher.
Hélas, cela manquait cruellement de sens.
- Je ne comprends pas, confirma-t-il en levant sa tasse de café jusqu'à ses lèvres.
Tonks inspira profondément et se lança :
- Pourquoi n'es-tu pas tombé amoureux de moi ?
Remus avala de travers et se mit à tousser bruyamment. Grimaçant machinalement, la jeune femme se redressa de suite, contourna la table et tapa violemment le dos du Maraudeur afin de l'aider à respirer. Au bout de quelques secondes qui semblèrent durer une éternité, celui-ci leva un bras en signe de remerciements et se calma enfin. Ses yeux étaient à présent larmoyants mais toujours exorbités par la surprise. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'elle se montrait si directe. Peut-être en avait-il perdu l'habitude.
- Loin de moi l'idée d'être irrésistible, poursuivit donc Tonks en retournant s'asseoir en face de lui. Pas du tout. Et ne t'inquiète pas, je ne te ferai pas de scène. Mais maintenant, nous sommes comme qui dirait… amis. Et j'aimerais juste savoir.
Lupin se racla la gorge, passa une main tremblante sur son front puis haussa mollement les épaules. Son regard s'était fait fuyant.
- Je ne sais pas comment l'expliquer, dit-il.
- Mmm… J'imagine que nous étions trop différents ? insista-t-elle.
Leurs regards se croisèrent un bref instant puis il acquiesça en se détournant.
- Alors ton type de femme, c'est quoi ? demanda Tonks. Posée, introvertie… ?
Encore passablement gêné, Remus leva de nouveau sa tasse à ses lèvres et but une longue gorgée.
- Je n'y ai jamais réfléchi, finit-il par répondre à contre-cœur.
- Comment ça ?
- Je n'y ai jamais réfléchi, répéta-t-il. Je n'ai jamais cherché.
Tonks s'adossa à sa chaise, stupéfaite.
- Je ne comprends pas… Tu penses passer ta vie tout seul ? Sans personne à tes côtés ?
Remus rougit un peu plus et reposa sa tasse bruyamment.
- Je ne suis pas seul.
- Tu sais très bien de quoi je parle, répliqua Tonks agacée.
- L'amitié me suffit, dit-il en haussant de nouveau les épaules.
Un doute s'insinua alors dans l'esprit de la jeune femme et elle balbutia :
- Tu… Tu n'es jamais tombé amoureux ?
Remus remua nerveusement sur sa chaise mais garda le silence, consentant.
Il n'y eut pas de douleur dans le cœur de Nymphadora, ce qui confirma à la jeune femme qu'elle ne nourrissait plus aucune illusion le concernant. Mais malgré cela, une peine infinie la saisit.
- Tu ne veux pas tomber amoureux ?
- … Je pense…
Remus s'interrompit puis soupira.
- Je n'ai rien à apporter à qui que ce soit. J'ai fait mon deuil il y a bien longtemps de cela. Alors non, je ne veux pas tomber amoureux. Je préfère être seul.
Les yeux de Tonks se mirent à lui piquer et elle se saisit de son mug d'une main tremblante afin de cacher ses émotions. Elle se sentait à fleur de peau, fragile, trop sensible. Elle n'aimait pas cette sensation.
- Je trouve ça triste, finit-elle par chuchoter en reposant sa tasse vide.
- C'est la vie.
- … Que tu t'es choisi, dit-elle doucement. Mais un jour, tu tomberas sur une femme qui te fera tourner la tête et tu seras bien forcé de changer ta façon de voir les choses.
Remus leva les yeux vers elle mais ne put soutenir son regard à la fois si tendre et désolé. Ce qu'elle lui prédisait était exactement ce qu'il était en train de vivre. Depuis qu'il la connaissait tout avait changé. « Il » avait changé. Et là où, quelques mois plus tôt, il aurait répondu avec assurance un « non », aujourd'hui, il murmura :
- Peut-être…
- Oh ! s'exclama-t-elle aussitôt. « Peut-être » ! Pour quelqu'un d'aussi obtus que toi, c'est un sacré changement !
Il se détourna, embarrassé d'avoir été si vite percé à jour, et il ne vit pas le visage de Nymphadora pâlir soudainement.
- … Aurais-tu… Aurais-tu rencontré quelqu'un ? s'enquit-elle en observant son mug d'un air faussement intéressé. Pendant ton séjour chez Greyback, aurais-tu fait la connaissance d'une petite Louve-garou ?
Les pensées de Remus se dirigèrent aussitôt vers Cary et son silence fut rapidement interprété.
- Je vois, acquiesça-t-elle avec un entrain qu'il jugea forcé.
- Non, je n'ai rencontré personne, se hâta-t-il donc de nier.
Tous deux s'observèrent et il insista :
- Personne, je t'assure.
- Tu n'as pas à te justifier. Tu es libre de faire ce que tu veux, Remus. D'aimer qui tu veux.
Elle lui sourit doucement puis se leva.
- Je suis vannée, je retourne me coucher. Merci pour le repas.
A SUIVRE…
