Merci à Elie morgane-NaNa, Julie, Ithaque, K-Melwin, Twinzie, haruharuka et Shumeyo pour vos reviews:-) Plus que 3 ou 4 chapitres et c'est enfin fini! Ouf!

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Remus dormit mal cette nuit-là. Il se sentait coupable de cacher les circonstances dans lesquelles Colin était décédé mais plus encore du rôle qu'il s'évertuait à jouer.

S'il avait choisi de s'occuper de Nymphadora en envahissant son espace, c'était avant tout pour l'aider à traverser cette nouvelle épreuve. L'imaginer seule en pareille situation lui était tout simplement insupportable, et la voir souffrir l'était tout autant.

Mais « l'amitié » n'avait rien à voir là-dedans. Cette notion ne lui était même pas venue à l'esprit.

Nymphadora avait mal, il ne pouvait rester sans rien faire. C'était aussi simple que cela. Qu'elle ait pris cette attention pour de l'amitié le surprenait. Ce qu'il éprouvait pour la jeune femme était si fort qu'il lui semblait impensable qu'elle n'ait toujours pas compris.

Ce n'était pas par amitié qu'il était à ses côtés. Ça ne serait jamais par amitié.

Et pourtant il n'avait rien fait pour la détromper. Il avait continué à jouer cette ridicule comédie.

Mais…

« Peut-être ».

Cette réponse soufflée malgré lui l'avait ébranlé.

Ses peurs semblaient peu à peu se désagréger laissant place à des sentiments moins définitifs : le doute, l'hésitation.

« Peut-être ».

Mais pourquoi cela n'arrivait-il que maintenant ? Pourquoi avait-il dû attendre de voir Nymphadora se détacher lentement de lui.

« Tu es libre de faire ce que tu veux, Remus. D'aimer qui tu veux. »

Elle semblait s'être enfin résolue à l'oublier et cette simple idée le terrifiait. Que devait-il faire alors ? Accepter docilement ce changement ? Abandonner ce que ses tripes lui hurlaient d'avouer depuis trop longtemps ?

Un léger grincement lui parvint et le cœur du Maraudeur s'emballa furieusement. Il ouvrit vivement les yeux et accrocha la mince silhouette de Nymphadora, immobile dans l'embrasure séparant la chambre du salon.

Il se redressa sur le canapé et passa machinalement une main dans ses cheveux désordonnés.

- Bonjour, salua-t-il, détaillant le visage de la jeune femme malgré la pénombre de la pièce.

- Je ne t'ai pas réveillé, j'espère ?

- Du tout, non. Comment te sens-tu, ce matin ?

- Mieux, répondit-elle en faisant quelques pas dans le salon.

Malgré la semi-obscurité, Remus fut surpris de la découvrir habillée de pieds en cape et sentit son cœur se serrer en découvrant un lourd sac de cuir dans ses mains.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il, contraignant sa voix à ne pas trembler.

- J'ai décidé de retourner à Poudlard. Il est temps que je me remette au travail.

Remus ôta la cape qui lui servait toujours de couverture et se leva.

- Tu es sûre ? Tu es sûre d'être suffisamment forte ?

Tonks acquiesça.

- Oui, mais ne t'inquiète pas. Tu peux rester ici aussi longtemps que tu le voudras.

- Mais… Tu ne…

- J'ai besoin de travailler, Remus, le coupa-t-elle. Je te remercie d'avoir été présent pour moi, cette semaine. Tu m'as beaucoup aidée, vraiment. Mais il est temps pour moi de…

Elle chercha un instant ses mots puis reprit d'une voix ferme :

- … de mettre tout ça derrière moi.

- Je ne comprends pas…

- Tu as très bien compris, au contraire, dit-elle en plantant un regard décidé dans le sien.

Remus observa le visage de la jeune femme avec un sentiment proche de la panique. Mais l'apaisement soudain qu'il lut dans ses yeux pâles le retint d'exprimer le moindre commentaire.

Elle était soulagée d'avoir pris cette décision. Soulagée de mettre de la distance entre eux. Elle le quittait.

La douleur sous ses côtes lui ôta définitivement l'usage de la parole et il acquiesça mollement.

- Au revoir, dit-elle.

Elle esquissa un faible sourire puis se détourna.

Bientôt la porte se referma derrière elle et Remus se laissa choir sur le canapé.

Leur histoire était définitivement terminée.

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Tonks entra dans la taverne « La tête de Sanglier » et salua d'un discret clin d'œil le tenancier. Celui-ci émit un grognement agacé et entreprit d'astiquer l'une des bouteilles poussiéreuses à l'aide de son torchon d'une saleté écœurante. La jeune femme esquissa un fin sourire puis laissa son regard aiguisé balayer la salle enfumée et malodorante.

L'appartenance d'Abelforth Dumbledore à l'Ordre du Phénix restait un mystère pour Nymphadora mais elle aimait taquiner le vieil homme au visage si familier. Malgré son air revêche, il ressemblait trop à son frère Albus pour ne pas subir les facéties de la jeune femme.

Et pourtant elle n'était pas d'humeur à badiner. En ce lendemain de Pleine Lune, les pensées de Tonks étaient inévitablement dirigées vers Remus Lupin. Où avait-il passé la nuit ? En sécurité ou bien en mission pour l'Ordre ?

Ce n'était pourtant pas faute d'ignorer volontairement les occupations du Maraudeur. Depuis trois semaines, elle recherchait la solitude avec acharnement.

Une partie d'elle prétendait avoir besoin de cette mise à l'écart et malgré les appels de Molly, elle restait sourde à toute invitation. Mais il aurait été plus honnête de dire qu'elle tentait de se prouver quelque chose. De montrer qu'elle aussi pouvait s'en sortir seule. Qu'elle aussi était assez forte pour supporter cet isolement.

Comme lui.

Le regard de Tonks avisa la silhouette ratatinée d'une vieille femme cachée sous un amoncellement de dentelles et elle s'en approcha tranquillement. Les habitués de la taverne ne faisaient plus attention à sa présence. Au bout de plusieurs mois, ils étaient familiers de ses rondes à Pré-au-Lard et ses environs. Aussi, lorsque Nymphadora fit racler la chaise voisine de la vieille femme et s'y affala effrontément, nul de tourna la tête dans sa direction.

- Alors, ma p'tite dame, dit-elle à haute et intelligible voix. Qu'est-ce que vous faites dans les parages ?

L'inconnue sembla se tasser davantage sur elle-même et répondit d'un timbre aigu et tremblant :

- Eh bien… Je suis en visite chez une vieille amie...

- Vraiment ? Et comment se nomme cette « vieille amie » ?

- Il s'agit de…

- De ? insista ironiquement Tonks.

- …. De… Mais enfin… Je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais vous répondre… se récria alors la femme indignée, tout en s'assurant d'une main tremblante que la voilette cachait bien son visage.

- Voyez-vous cela, répliqua l'Auror avant de se pencher et murmurer tout bas : Qu'est-ce que vous faites ici, Doge ?

Le regard exaspéré du sorcier apparut entre les dentelles de sa coiffe.

- Suis en mission, qu'est-ce que tu crois ! grommela le vieil homme de façon à peine audible.

- Vraiment ? Et vous avez fait un tour dans la garde-robe de Mondingus pour l'occasion ? ironisa la jeune femme en tirant légèrement sur la dentelle.

- Là où il est, il n'en a plus vraiment besoin…

La jeune femme émit un claquement de langue désapprobateur.

- Ce n'est pas beau de profiter d'un pauvre bougre enfermé à Azkaban… fit-elle remarquer avant de se pencher un peu plus vers le vieux sorcier. Et en plus de son goût douteux en matière de mode, avez-vous également décidé de reprendre ses activités frauduleuses ?

- « Ding » avait son utilité… Il connaissait beaucoup de monde après tout.

- Et vous vous êtes dit qu'il fallait absolument le remplacer, c'est ça ? Dumbledore est au courant ?

- … Bien sûr ! lança-t-il après une courte hésitation.

Tonks eut un sourire glacé.

- Je vois… Alors je n'ai qu'une chose à vous dire : Tenez-vous éloigné du Square Grimmaurd et de l'héritage de Sirius.

Elphias Doge émit un gloussement peu viril afin de donner le change et Tonks soupira, le regard menaçant. Le gloussement se transforma en un grognement peu discret.

- Après le savon qu'a reçu Mondingus, tu me crois assez stupide pour y aller ?

La jeune femme répondit sans même hésiter.

- Oui.

Doge grommela quelques mots inintelligibles puis soupira en remuant nerveusement sur sa chaise.

- … De toute façon, y a trop de monde pour que je m'aventure là-bas.

Cette curieuse remarque interpella Tonks.

- Trop de monde ? Square Grimmaurd ? Comment cela ?

Elphias jeta un vague coup d'œil autour de lui avant de souffler :

- Tu pourrais au moins donner le change de temps en temps ? Moleste-moi un peu !

La jeune femme attrapa d'un geste brusque le col de la « vieille femme » et répéta plus fort :

- Comment ça ?

- C'est mieux… Y a eu un raid chez les Loups-Garous cette nuit, expliqua-t-il à voix basse tout en simulant la peur en tremblant allègrement. Ils ont récupéré quelqu'un et l'ont emmené Square Grimmaurd.

Le cœur de la jeune femme s'emballa furieusement.

L'Ordre avait été chercher quelqu'un. Quelqu'un faisant parti du Clan de Greyback. Un de ses hommes !

- Pourquoi je ne suis pas au courant de ça ? lança-t-elle aussitôt.

- Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Demande à Lupin. C'était lui, à la tête de l'expédition. D'un autre côté, si tu prenais le temps de passer lors des réunions…

Mais Tonks ne l'écoutait plus.

Remus avait utilisé les ressources de l'Ordre et organisé un raid et pour elle, il n'y avait qu'une seule raison plausible. La même raison qui expliquait pourquoi elle n'avait pas été mise au courant, du moins pour le moment.

Ils avaient retrouvé le meurtrier de Colin ! Il ne pouvait s'agir que de cela.

Les mains tremblantes, elle lâcha le col de Doge et se leva de sa chaise. Après la mort de Sirius, elle s'était promis de ne plus jamais remettre les pieds Square Grimmaurd, mais il était hors de question pour elle d'éviter ne serait-ce qu'un instant une confrontation avec le meurtrier de son meilleur ami.

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Remus attendait, assis sur l'ancien lit qu'il avait occupé pendant près d'une année. Il n'aimait pas se retrouver entre ces quatre murs à la tapisserie défraîchie. Trop de souvenirs. Trop de regrets. S'il avait su que Sirius lui serait arraché si vite, il aurait profité de chaque minute, chaque seconde avec plus d'enthousiasme. Mais à présent, il ne restait que le vide. Une histoire aussi triste et bancale que cette hideuse maison.

Lupin tourna un regard las vers la porte entre-ouverte de sa chambre mais le manoir du 12 Square Grimmaurd était silencieux. Chaque parcelle de son corps était douloureuse et une fatigue inévitable le clouait sur place. Il luttait pour ne pas se laisser choir sur le lit poussiéreux et dormir pour oublier tout cela, ne serait-ce qu'un court instant.

La nuit avait été difficile malgré une organisation plus que pointilleuse, mais aucune perte n'avait été à déplorer. Jamais il n'aurait pu se le pardonner.

Enfin, après quelques longues minutes d'attente, des pas secs retentirent dans le couloir de la maison abandonnée et Hestia Jones apparut sur le seuil de son ancienne chambre.

- C'est fait, dit-elle sobrement.

- Merci, répondit Remus en se levant.

Une grimace fit tressaillir son visage blême mais il hocha doucement la tête en croisant le regard inquiet d'Hestia.

Inspirant une longue bouffée d'air, il s'enfonça dans le couloir de son pas le plus prudent, monta à l'étage et rejoignit la porte lourdement gardée par un Fol Œil mal luné.

- J'espère que ça valait le coup, grommela-t-il simplement en repoussant le battant afin de lui permettre de passer.

Remus le remercia d'un simple regard, entra dans la pièce et referma soigneusement la porte derrière lui.

Cary Stevens était allongée sur l'ancien lit de Sirius, vêtue d'un pantalon et d'un haut trop larges pour elle. Hestia avait stupéfixé la jeune lycanthrope au lever du soleil et avait pris soin de l'habiller avant leur entretien. Ses longs cheveux blonds auréolait un visage pâle et fragile et Remus éprouva une certaine contrariété à l'idée de la réveiller.

La douleur en ce lendemain de Pleine Lune serait forte et inévitable.

- Ennervatum, dit-il cependant en agitant sa baguette.

La jeune femme eut un soubresaut puis ouvrit les yeux en gémissant. Le regard perdu de Cary accrocha son nouvel environnement et elle se redressa vivement malgré la souffrance de ce geste brusque. Des murs sales et usés, une armoire ancienne et poussiéreuse, un fauteuil en parti défoncé. Et ce lit si inconfortable, même pour eux, des Loups-Garous.

Enfin, lorsque Cary avisa Remus, la jeune femme fronça les sourcils et se mit non sans effort debout afin de lui faire face.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle d'une voix tremblante. Qu'est-ce que je fais là ?

- Nous t'avons fait sortir du clan, expliqua simplement Lupin en esquissant un sourire rassurant. Tu n'as plus rien à craindre de Greyback.

Cary observa Remus avec une incrédulité presque comique puis une colère noire déforma les traits délicats de son visage.

- Sortir ? répéta-t-elle au bord de la panique. Non ! Je dois absolument y retourner ! Qu'est-ce qui t'a pris ?

- Calme-toi, répondit-t-il en levant des mains apaisantes. J'ai bien vu que tu n'aimais pas être là-bas. Quelles que soient les causes qui t'obligent à y rester, nous trouverons le moyen de t'aider.

- M'aider ?… Par Merlin… souffla-t-elle en passant une main tremblante dans ses cheveux.

Elle leva de nouveau les yeux vers lui et son regard s'assombrit.

- Tu es fou. Tu es fou et tu as tort !

- Non. Je le sais. Je le sens, répliqua Remus fermement.

- Tu as tort ! Je suis là-bas de mon plein gré !

- Je refuse de te croire ! Tu détestes cette vie, tu détestes la brutalité… insista-t-il avant de se voir couper :

- Je ne suis pas toi ! s'exclama-t-elle.

Remus observa le visage bouleversé de la jeune femme, la peine qui se cachait derrière une colère uniquement nourrie par la peur.

- Au contraire, répondit-il calmement. Nous sommes pareils, toi et moi. Cary, je t'en prie. Quelles que soient les raisons qui te poussent à suivre Greyback, tu dois m'en parler.

Le masque lourd et pesant de la jeune femme se fissura, fragilisé par la détermination inflexible de Remus, et bientôt ses yeux pâles se voilèrent. Elle inspira longuement afin de calmer les émotions qui menaçaient de la submerger mais ce fut sans succès, et elle fit disparaître à la hâte une larme qui glissait sur sa joue amaigrie.

- Alors quoi ? fit-elle en redressant la tête avec insolence. Tu vas m'aider. Tu vas me « sauver » ?

Remus resta silencieux face à l'ironie évidente de ses propos et elle reprit avec plus de hargne encore :

- Que crois-tu exactement ? Que Greyback me fait un quelconque chantage ? Qu'il m'oblige d'une façon ou d'une autre à rester dans ses rangs ?

- Ce n'est pas le cas ? Tu travailles pour lui sans rien en contre-partie ? Tu joues les indics gratuitement, pour le plaisir ? demanda Lupin d'une voix dure.

Cary se raidit.

- J'essaie de survivre ! se défendit-elle.

- En trahissant de pauvres de gens ?

- Tu ne peux pas comprendre ! se récria-t-elle en secouant la tête. Tu ne sais pas… Tu ne connais rien de ma vie !

- On a tous nos drames, soupira Remus. On a tous…

- Non ! s'exclama-t-elle en balayant ses mots d'un geste furieux.

Elle s'avança et s'arrêta à un pas de lui. Ses yeux brillaient d'une colère, d'une haine à peine contenue.

- Non pas tous ! poursuivit-elle. As-tu la moindre idée de la façon dont sont traitées les femmes lycanthropes ? As-tu la moindre idée de la façon dont elles sont perçues ?

Des larmes vinrent de nouveau voiler son regard et Remus s'adoucit face à la douleur manifeste de la jeune femme.

- Aux yeux des hommes, nous ne sommes rien. Rien !… A peine des êtres humains. Pendant près de sept ans, je suis passée de mains en mains. Enfermée, parfois attachée. J'ai dû subir l'humiliation d'être moins qu'une femme, presque un monstre. Un objet dont on se sert encore et encore car il n'a pas d'âme, car il ne peut avoir de conscience.

Sa voix se brisa et elle se tut un court instant, happé par les souvenirs d'un passé violent et encore si présent.

Le cœur de Remus s'était serré à n'en plus pouvoir et il se sentait incapable de trouver les mots justes afin d'apaiser sa souffrance. Elle avait raison. Il ne pouvait pas comprendre. Il ne pouvait même pas imaginer.

Mais lorsqu'elle redressa la tête quelques secondes plus tard, son regard s'était durci.

- Un homme peut s'en sortir. Il peut se défendre. Il est même respecté dans notre communauté. Mais une femme. Une femme seule… Elle n'a aucune chance. Greyback m'a offert sa protection. Grâce à lui plus personne ne m'approche, je suis enfin en sécurité.

Remus soupira.

- Mais pour cela, tu mets en péril la vie de nombreuses personnes… fit-il doucement remarquer.

- J'AI SUFFISAMMENT SOUFFERT ! s'emporta-t-elle, les yeux exorbités. Jamais, tu m'entends ? Je ne veux plus jamais revivre ça !

Son souffle était court, le tourment dans son regard palpable. Lupin leva machinalement la main vers son visage ravagé et écrasa délicatement de son pouce une larme qui s'était échappée. Elle ne le repoussa pas et ferma les yeux.

- Je peux t'aider, Cary, dit-il dans un souffle. T'aider à te faire une place dans le monde des sorciers.

Leurs regards se croisèrent de nouveau.

- Parce que tu en as une, toi ? demanda-t-elle avec une certaine ironie.

- J'ai des amis, oui. J'ai une place.

Une lueur d'espoir apparut soudain dans les yeux pâles de la jeune femme. Elle baissa un instant la tête, hésitante, puis prit dans ses mains tremblantes celle de Remus.

- Tu m'aiderais ? Tu me protègerais ? demanda-t-elle en frôlant de ses lèvres les longs doigts du Maraudeurs.

Lupin se raidit aussitôt.

Si seulement il n'y avait pas Nymphadora. Si seulement il était libéré de tous sentiments pour elle. Mais c'était impossible.

Ce que Cary lui demandait était impossible.

- Je peux t'aider, oui, répondit-il d'une voix sourde. Mais pas de cette façon-là, je suis désolé.

La jeune femme observa son visage sincère et un fin sourire, triste, fataliste détendit ses lèvres. Elle effleura de nouveau ses doigts, caressa tendrement sa peau puis le lâcha enfin.

- Alors tu ne peux rien pour moi, dit-elle en se détournant, clôturant ainsi le sujet.

- Attends, l'arrêta-t-il pourtant, en se saisissant de son bras.

Un grincement retentit, la voix bourrue de Fol Œil s'éleva par-dessus le silence et les deux lycanthropes tournèrent la tête d'un même mouvement.

Le visage de Remus perdit toute couleur lorsqu'il croisa le regard interloqué de Nymphadora.

Là, sur le seuil de la chambre.

- Par Merlin, Tonks ! s'exclama Maugrey. Tu ne pouvais pas attendre deux secondes ?

- Nymphadora… murmura Remus tenant toujours le bras de Cary.

Celle-ci dévisageait la nouvelle venue sans cherchait à dissimuler sa curiosité et Lupin finit enfin par réaliser l'ambiguïté de la situation. La stupeur de Tonks l'avait rapidement fait redescendre sur Terre. Il lâcha la jeune femme et voulut expliquer la présence de Cary ici mais Nymphadora ne lui en laissa pas la possibilité.

Elle s'était déjà détournée et s'enfonçait dans le couloir d'un pas lourd et colérique.

- Alors c'est elle, fit simplement remarquer la lycanthrope.

Mais Remus l'entendit à peine et sortit précipitamment de la pièce, bousculant Fol Œil au passage.

- Eh ! grommela Alastor avant de rajouter avec sa délicatesse coutumière : Qu'est-ce qu'on fait d'elle ?

Le vieux sorcier pointait son doigt vers Cary mais Lupin resta sourd à son appel. Avec un empressement qu'il ne s'expliquait pas, il rallongea ses foulées et rattrapa Tonks dans les escaliers.

- Nymphadora, attends !

Elle dévala trois autres marches puis se retourna brusquement, le visage déformé par la colère.

- Alors c'est ça ? s'écria-t-elle. Au lieu de rechercher le meurtrier de Colin, tu utilises les ressources de l'Ordre pour aller récupérer ta petite amie ?

- Tu te trompes ! s'empressa-t-il aussitôt de nier. Elle n'est pas du tout…

- Je m'en fiche ! le coupa-t-elle avec rage. Ce qu'elle est, je m'en fiche ! Ce que tu ressens pour elle, je m'en fiche également ! Je te parle de Colin ! Mon meilleur ami !… As-tu seulement essayé de trouver qui était responsable de…

- C'était inutile ! finit-il par la couper à son tour.

Le visage rouge de fureur de la jeune femme blêmit soudainement.

- « Inutile » ? répéta-t-elle d'une voix lente et glaciale.

- Je sais qui c'est, avoua-t-il finalement.

Son cœur battait sourdement dans sa poitrine, en partie ébranlé par la haine qu'il avait découvert dans le regard de la jeune femme.

De la haine et non de la jalousie.

Fou, il avait cru faire face à une Nymphadora emportée par le dépit mais il s'était trompé.

Il n'y avait plus rien. Il devait l'accepter.

- Qui ? demanda-t-elle. Qui est-ce ?

Remus inspira.

- Bellatrix… souffla-t-il avant de rajouter : Et moi.

Prête à exploser de colère, la jeune femme se figea soudainement, stupéfaite.

- Bellatrix m'a jeté un Avada Kedavra, se justifia aussitôt Lupin. J'ai réussi à le dévier et il a frappé Colin par derrière… Je suis désolé, Nymphadora.

Tonks assimila l'information puis son regard se durcit.

- Je peux savoir pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ? Que craignais-tu ? Que je te reproche de t'être protégé ? s'exclama-t-elle.

- Je ne voulais pas que tu saches pour Bellatrix, se défendit-il mollement.

- Je l'aurais su d'une façon ou d'une autre ! Crois-tu vraiment que je n'avais pas remarqué qu'on me cachait quelque chose ?

Elle se tut un instant puis lança avec un sarcasme à peine contenu :

- Mais tu adores ça, me cacher des choses !… Tu n'as donc pas confiance en moi ? demanda-t-elle douloureusement.

- Bien sûr que si !

- Alors pourquoi ?

- Parce que je ne veux pas que tu partes en croisade pour te venger ! répondit-il, les nerfs à vif.

La jeune femme émit un ricanement désabusé.

- Qu'est-ce que ça peut bien te faire ? Hein ?

Le visage de Tonks exprimait une telle amertume, un tel mépris que Remus ne put taire plus longtemps ses véritables craintes :

- JE NE VEUX PAS TE PERDRE ! explosa-t-il.

Un silence répondit à cet aveu.

Un silence qui paraissait durer une éternité. Lupin n'arrivait même plus à penser. Son cœur semblait sur le point d'éclater dans sa poitrine. Son corps était trop plein de tout : Peur, colère, rage, désespoir, amour, désir.

Il y avait trop de choses à dire. Trop de sentiments à lui prouver.

Mais la voix de Tonks retentit. Si froide. Si impersonnelle.

- Ca fait longtemps que tu m'as perdue, Remus.

Et sur ces mots, elle se détourna et partit.

A SUIVRE…

PS: Merci d'éviter les spoilers concernant le tome 7 dans vos commentaires. J'attends la sortie française pour le lire! Merci:)