Merci à K-Melwin, Kimmy Potter, dark and devil time, Melhope et miyuki (j'espère que ça t'a plu) pour vos reviews!

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Un craquement soudain troubla le calme harmonieux de la nature et Remus apparut à la frontière de la zone anti-transplanage du Terrier, à quelques pas du sentier menant à la vieille maison.

En ce matin ensoleillé de mai, la tiédeur de l'air lui fit regretter le port du manteau et il ôta ce dernier avant de remonter les manches de son pull. C'était une vieille habitude qu'il gardait d'une époque heureusement révolue. Pendant plusieurs années sans résidence fixe, il avait été contraint de porter constamment sur lui les quelques affaires qu'il possédait et n'arrivait pas encore à se départir de cette manie.

Alors qu'il faisait mine de s'avancer sur le chemin menant au Terrier, un second craquement retentit et il tourna la tête vers le nouveau venu. Sa surprise fut telle qu'il faillit en lâcher son manteau.

Il n'avait plus revu Nymphadora depuis leur accrochage Square Grimmaurd et tous deux avaient pris le parti de s'éviter. La jeune femme lui avait pourtant envoyé un hibou le soir même afin de s'excuser pour son comportement « emporté », mettant cela sur le compte de sa « surprise » et de son « chagrin pour Colin ». Elle lui avait ensuite certifié qu'il était toujours « le bienvenu » dans son appartement et qu'il pouvait en disposer aussi longtemps qu'il le désirait.

Il lui avait aussitôt répondu avec la plus grande politesse et leur correspondance s'était arrêtée là.

Dès lors, ils avaient tous deux pris bien soin de rester à l'écart l'un de l'autre, déjouant avec brio les pièges incessants de Molly.

Jusqu'à aujourd'hui…

- Remus, salua froidement la jeune femme.

- Nymphadora. Comment vas-tu ?

- A merveille, répondit-elle malgré l'aspect toujours aussi misérable de son apparence. Et toi ?

- Bien merci.

- Parfait !

Tonks se pencha, tendit un bras théâtral afin de le laisser passer devant et Remus joua le jeu avec un soupir discret.

- Et ta petite amie ? Toujours Square Grimmaurd ? demanda-t-elle tandis qu'ils s'avançaient dans le sentier parsemé d'herbes hautes.

- Elle n'est pas ma petite amie… Et non, elle a rejoint Greyback.

- Arrg. Désolée que ça n'ait pas marché. Vous aviez l'air fait l'un pour l'autre !

Agacé à la fois par le ton et les propos de la jeune femme, Lupin répliqua :

- Qu'en sais-tu ? Tu ne l'as vue que quelques secondes.

- Les cheveux tombants, les traits tirés, une expression de perpétuel ennui sur le visage… Ton portrait craché, ironisa-t-elle en pénétrant dans la maison dont la porte était grande ouverte.

Plusieurs membres de l'Ordre étaient réunis autour de la table de la cuisine et la voix railleuse de Fol Œil les accueillit :

- Tiens ! Voilà les jumeaux !

Fred et George qui discutaient allègrement dans le salon redressèrent d'un même mouvement la tête.

- Hein ? firent-ils de concert.

- Je ne parle pas de vous, gros malins ! répliqua Alastor avant de désigner Tonks et Remus. Mais de ces deux-là ! Vous ne trouvez pas qu'ils ont un air de famille ?

L'attention de tous convergea inévitablement vers les deux personnes concernées et Lupin sentit ses joues s'embraser.

Pris au dépourvu, il finit pourtant par tourner un visage surpris vers la jeune femme et croisa son regard troublé. Profitant de cette occasion, il l'examina sans vergogne.

Il avait depuis longtemps remarqué que les mèches de Tonks, étrangement lisses et dénuées de volume, tiraient sur le gris mais jamais jusqu'ici, il n'avait assimilé cette teinte à celle de ses propres cheveux. Mais à présent que Fol Œil l'avait souligné, cette ressemblance le frappait de plein fouet.

Désireux d'en avoir la certitude, il s'arrêta sur la couleur in-habituellement pâle des yeux de Nymphadora et réalisa avec stupéfaction une nouvelle similitude. Ils étaient ambrés. D'une teinte parfaitement égale à celle de ses propres yeux.

- Mais… bredouilla-t-il avant de voir Tonks se détourner hâtivement, le visage écarlate.

Elle s'avança dans la pièce, jeta au passage un regard noir à Alastor puis disparut dans l'escalier menant à l'étage. Ses pas décrurent hâtivement et Remus réalisa soudain qu'il était toujours sur le seuil de la cuisine, la bouche ridiculement ouverte.

Il se racla donc la gorge et entreprit de saluer chaque personne présente dans la salle, ignorant volontairement la tape amicale de Molly sur les épaules de Maugrey Fol Œil.

Mrs Weasley lui désigna une chaise sur laquelle il s'assit machinalement mais resta silencieux, encore assommé par son étrange découverte.

Que les difficultés de Tonks à se métamorphoser fussent liées à leur rupture, il l'avait parfaitement compris. Mais il avait cru que le problème s'éternisait à cause des terribles épreuves qu'elle avait dû traverser, et notamment la mort de Colin. Alors pourquoi continuait-elle à lui ressembler ?

Pourquoi lui ?

Même cheveux, même yeux.

Même cheveux…

Son cœur se mit soudainement à battre plus vite. Si vite qu'il eut l'impression d'étouffer.

C'était encore lui le responsable de cette défaillance. C'était encore lui, Remus, le centre du problème.

Elle avait toujours des sentiments pour lui.

D'un mouvement brusque, il se leva de sa chaise et vit à peine les regards de l'assemblée se tourner dans sa direction.

- Je reviens, dit-il sans même y penser avant de se diriger d'un pas pressé vers les escaliers.

Il grimpa les marches quatre à quatre et n'eut guère à fouiller la maison pour retrouver la jeune femme. La porte de la salle de bain était entre-ouverte et elle se tenait devant le miroir, les mains de chaque côté du lavabo. Le robinet était ouvert, crachant un jet d'eau qu'elle fixait avec hébétude. De fines gouttelettes glissaient sur ses joues et ses cheveux avaient été ramenés en arrière à l'aide de ses mains mouillées, dans le vain espoir d'en changer l'apparence.

Mais il était trop tard. Il avait compris.

Il fit quelques pas rendus silencieux par l'écoulement de l'eau et observa leur reflet dans le miroir. Il ne pouvait plus dire qu'ils étaient dépareillés. C'était peut-être pour cette raison que l'inconscient de Nymphadora lui avait fait revêtir un aspect si proche du sien. Peut-être pour s'opposer à l'une des raisons qui le poussait à la fuir.

Trop différents.

Bien sûr, il n'avait jamais parlé de différence physique, bien qu'il ait toujours estimé Tonks trop jeune pour lui, mais le corps de la jeune femme avait cherché une réponse à ce dilemme et l'avait « trouvée ».

Quelle ironie.

Nymphadora émit un soupir las et redressa la tête. Lorsqu'elle découvrit leur deux reflets dans le miroir, elle sursauta violemment et referma le robinet d'un geste nerveux.

- Nous devrions parler, commença-t-il.

- Pas la peine, répondit-elle aussitôt en s'essuyant les mains à l'aide d'une serviette. Il n'y a vraiment rien à dire.

- Je pense au contraire qu'il y a des choses que tu devrais savoir et que je t'ai cachées pendant trop longtemps.

Tonks lui jeta une œillade curieuse par le biais du miroir avant d'éponger rapidement son visage. Puis, lorsqu'elle ressortit le nez de la serviette, elle se tourna vers lui d'un geste résolu.

- Tu es marié ?

Remus cligna des yeux, pris au dépourvu.

- Euh… Non.

- Tu es gay, alors ?

- … Pas du tout…

- Tu es malade, tu vas bientôt mourir ?

- Non… répondit-il totalement perdu.

- Alors rien de ce que tu peux me dire ne m'intéresse, conclut-elle, sarcastique.

La jeune femme fit mine de vouloir sortir de la salle de bain mais Remus fit un pas de côté afin de l'empêcher de passer.

Cela faisait trop longtemps qu'il se taisait. Trop longtemps qu'il gardait tout en lui. Il devait lui dire. Il fallait qu'elle sache. Même si cela ne devait aboutir à rien, il ne pouvait plus garder ça pour lui.

D'un geste vif, il prit l'un des mains de Nymphadora et la posa sur son cœur. Ce cœur qui battait avec une violence jamais ressentie jusqu'ici.

Tonks rougit violemment, surprise et figée.

- C'est comme ça à chaque fois que tu es dans la même pièce que moi, avoua-t-il enfin.

Les mots s'étaient précipités hors de sa bouche, comme si Remus n'avait plus été capable de les retenir une seconde supplémentaire. Nymphadora le regardait avec une stupéfaction si sincère, si spontanée qu'il se surprit à attendre à son tour, suspendu à ses lèvres.

Il n'espérait rien. Et à vrai dire, il n'avait rien prémédité. Ni cette déclaration et encore moins la suite des événements. Mais il était soulagé d'avoir parlé, tendu mais soulagé.

Tonks finit par retrouver ses esprits quelques secondes plus tard et plaisanta d'une voix cassée.

- Je te fais si peur que ça ?

La tension retomba aussitôt et Lupin esquissa un sourire.

- Idiote.

Il relâcha la main de la jeune femme mais elle maintint la pression de ses doigts sur son pull un bref instant. Puis enfin, elle s'écarta.

- Pourquoi me dis-tu cela ? demanda-t-elle avec une méfiance qu'il ne pouvait lui reprocher.

Il aurait dû se douter qu'elle tournerait sa déclaration en dérision. Après tout, il lui avait prouvé tant de fois qu'il ne l'aimait pas.

- Pour que tu comprennes que tu n'es pas la seule à souffrir. Que ça n'a jamais été à sens unique.

Elle acquiesça avec une indifférence qui lui fut douloureuse. Là encore, elle ne le croyait pas.

- Mais tu ne veux toujours pas de moi. Tu persistes dans ton discours « trop vieux, trop pauvre, trop dangereux ».

Il ne s'agissait même pas de questions. Juste d'une certitude qu'elle avait finie par accepter.

Remus la regarda sourire avec une ironie qui le glaçait. Il réalisait combien il l'avait blessée, à quel point il avait tué tout espoir en elle, toute chance d'un revirement éventuel.

Il aurait pu lui hurler ses sentiments, là, à l'instant… plus fort encore que son dernier aveu… Elle ne l'aurait même pas cru.

- Alors tu me dis que tu as des sentiments pour moi et puis quoi ? A quoi ça rime, tout ça ? railla-t-elle.

Remus rougit.

- Je… veux juste que ça se passe mieux entre nous.

- Pourquoi ?

- Parce que… je voudrais te voir. J'aimerais pouvoir au moins te parler.

- Qu'on soit amis, donc ?

Lupin déglutit.

Une panique sans précédent le saisit. Pour la première fois de sa vie, il exprimait ses sentiments, ceux qu'il avait cachés si obstinément pendant ces deux dernières années. Il se dévoilait comme il ne l'avait jamais fait jusqu'ici, comme il n'avait jamais cru pouvoir le faire… et il se retrouvait confronté à une indifférence, une animosité qu'il se sentait incapable de gérer.

Il s'était trompé. Il n'était pas prêt.

- … Amis… Oui… finit-il par souffler.

- Tu crois vraiment que c'est possible ?

- Nous n'avons jamais vraiment essayé.

Tonks fit mine de réfléchir, mais Remus comprit rapidement qu'elle continuait de simuler.

- Mmmm… J'hésite… Mais non, désolée. Je refuse. Je ne veux pas de ton amitié, Remus. A une époque, j'aurais pu m'en contenter mais plus maintenant. Ca ne me suffit pas, et ça ne me suffira jamais.

Le cœur de Remus s'emballa de nouveau et Tonks écarta les bras.

- Eh oui, je suis encore amoureuse de toi. Tu as bien deviné.

Elle émit un rire désabusé.

- Tout le monde l'a remarqué, d'ailleurs, dit-elle avant de retrouver tout son sérieux. Mais les choses ont changé, vois-tu. J'ai été si malheureuse avec toi. Maintenant que tout cela est loin, je le perçois avec plus de netteté. Tout est tellement plus clair dans ma tête. Cette distance constante…

- … était un mensonge, se défendit-il aussitôt. Je me bridais. Chaque jour je devais me contraindre à paraître froid alors que tout ce que je voulais c'était… c'était…

Mais il se tut, étouffé par les sentiments qui le consumaient, glacé par la froideur constante de Tonks… et par la peur insupportable de se voir rejeté.

- Et en quoi me dire tout cela importe ? demanda-t-elle. « Regarde le petit ami que j'aurais pu être mais que tu n'auras jamais ! » ? Arrête, par pitié.

Face au ton blessé de la jeune femme, Remus soupira, vaincu.

La rancune de Nymphadora, sa dureté, il les avait méritées.

- Rien n'a changé et ne changera jamais, reprit-elle plus fermement. Tu es trop vieux, trop pauvre et trop dangereux pour moi… N'est-ce pas ?

Incapable de soutenir davantage le regard vindicatif de Tonks, Lupin se détourna et acquiesça mollement. Il n'avait plus qu'une envie. Fuir. Fuir loin de tout ça.

- Je suis désolé, finit-il par murmurer.

Désolé pour lui. Désolé pour eux.

Désolé de ne pas avoir compris plus tôt. Amer et silencieux, il garda le front baissé mais sentait parfaitement les yeux de Nymphadora s'attarder sur son visage. Il n'eut pourtant pas le courage de croiser une dernière fois son regard.

Elle le contourna alors et sortit.

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Tonks dévala les escaliers et rejoignit la cuisine du Terrier, le visage fermé. L'effort qu'elle devait fournir afin de cacher la moindre émotion était sans commune mesure. Elle lança un regard meurtrier à Molly et Fol Œil puis s'assit sur une chaise, les mains soigneusement dissimulées sous la table.

Ulcérée, humiliée et trahie.

Les yeux baissés, les poings crispés, elle cherchait à retrouver son calme mais les paroles de Remus ne cessaient de résonner dans sa tête.

Comment osait-il ? Comment osait-il lui sortir de telles inepties ? Comment pouvait-il lui mentir de la sorte ? Elle n'avait pas besoin de sa pitié ! Elle ne voulait surtout pas de sa pitié !

Avait-il vraiment cru qu'elle le croirait ? Qu'elle accepterait tout cela sans broncher ? Après ces mois d'indifférence, ses mises à l'écart incessantes ? On ne faisait pas cela à une personne qu'on aimait ! C'était ridicule !

Jamais jusqu'ici elle n'avait été aussi proche de le haïr. Jamais elle ne lui en avait autant voulu. Tonks le connaissait assez pour savoir que ses intentions n'étaient pas mauvaises - Remus n'était pas quelqu'un de mauvais. Mais cette fois-ci, il avait dépassé les bornes.

Leur arrivée au Terrier, la remarque de Fol Œil avaient été suffisamment pénibles comme cela. Même elle n'avait jamais fait le rapprochement entre sa propre physionomie et celle de Lupin. Même elle n'avait pas vu ce que son corps tentait de lui faire comprendre. Et Maugrey l'avait crucifiée devant tout le monde. Devant Remus. Surtout devant Remus.

Mortifiée à ce simple souvenir, Tonks enfonça ses ongles dans la chair de ses mains. Des pas sourds et un raclement de chaise lui apprirent que Lupin venait de les rejoindre mais elle garda la tête baissée. Elle n'était pas encore prête.

Pourquoi l'avait-il donc suivie jusqu'à cette maudite salle de bain ? Pourquoi avait-il dit tout cela ? Comment avait-il pu croire qu'elle se sentirait mieux après ?

Et pourtant…

Elle avait failli marcher, l'espace d'un instant. En sentant son cœur battre si fort sous ses doigts… elle y avait cru. Son propre cœur s'était alors dilaté de bonheur. Son corps avait explosé de soulagement. Et lors d'une courte et si délicieuse seconde, elle avait enfin pu imaginer un avenir.

Mais ses doutes avaient rapidement pris le dessus. Elle était alors passée du bonheur absolu à la noirceur déchirante de la réalité.

- Tonks, ça va ? demanda Arthur Weasley, la tirant de son apathie.

- Oui, maugréa-t-elle machinalement.

Inspirant profondément, elle leva enfin les yeux et balaya le petit groupe du regard, ignorant volontairement Remus au passage. Son attention fut rapidement attirée par un visage inconnu et elle sursauta presque lorsqu'il lui sourit avec chaleur.

- Vous êtes une Métamorphomage ? demanda-t-il brusquement, pour seule présentation.

Nymphadora fronça les sourcils.

- Oui, pourquoi ?

- Moi aussi ! s'exclama joyeusement l'homme. Vous êtes la première – hormis moi, bien sûr - que je rencontre !

Tonks acquiesça mollement.

Le Loup-Garou qui logeait chez Dedalus. Fol Œil lui en avait parlé.

- Oui, eh bien… On ne peut pas dire que ce don me serve à grand-chose en ce moment, marmonna-t-elle.

- Vous n'arrivez plus à le contrôler si j'ai bien compris ? C'est quand même bizarre ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

Molly se racla la gorge, Remus rougit violemment, Alastor étouffa une exclamation amusée et Nymphadora les foudroya tous du regard.

- Quoi ?... fit le lycanthrope, perplexe. J'ai dit quelque chose que je ne devais pas ?

- Voici la raison de cette petite réunion, coupa vivement Arthur en rajustant nerveusement ses lunettes sur son nez. Je voulais vous présenter le nouveau membre de l'Ordre : Ben O'Connell.

Un silence se fit, rapidement brisé par la voix enjouée de Maugrey :

- Bienvenu Ben ! Je suis ravi qu'il y ait un peu d'animation, ici !

Et la tasse de café du vieil Auror se renversa mystérieusement sur lui.

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Nymphadora fit violemment claquer la porte de sa chambre derrière elle et s'enfonça vivement dans les couloirs silencieux et obscurs de Poudlard. Elle n'avait presque plus besoin d'utiliser sa baguette pour s'orienter tant elle avait parcouru ces lieux inlassablement depuis près d'un an.

Seulement ce soir, elle n'était pas censée sillonner les allées du château, mais fuir cette routine en noyant son chagrin dans quelques pubs londoniens. Hélas, c'était sans compter Dawlish et ses deux acolytes qui ne trouvaient rien de plus intéressant à faire que suivre Dumbledore lorsque celui-ci quittait Poudlard pour une de ses excursions secrètes.

Comme si l'absence du Directeur de l'école n'était pas un prétexte suffisant pour renforcer la sécurité du château !

- Stupide Scrimgeour ! grommela-t-elle en dévalant les escaliers d'un pas agacé.

Elle était à présent seule pour défendre les élèves en cas d'attaque. Et il avait évidemment fallu que cela tombe le seul soir de congé qu'on lui avait octroyé en deux semaines !

Comme si elle n'avait que cela à faire. Comme si sa vie ne se résumait plus qu'à son travail.

La jeune femme sentit son estomac se nouer douloureusement.

C'était bien là, le problème. Elle n'avait plus que son travail.

Bien sûr, Colin n'avait jamais été le seul ami qu'elle possédait. Tonks connaissait beaucoup de monde et s'était toujours liée facilement. Mais ses responsabilités vis à vis de l'Ordre et sa déplorable aventure avec Lupin l'avait isolée. Et elle se sentait encore trop fragile, trop blessée pour s'ouvrir aux autres.

Le rôle de femme forte, dure et décidée qu'elle se contraignait à jouer chaque jour n'était après tout qu'une façade. Ce n'était finalement pas si difficile. Il suffisait de prendre ce bon vieux Fol Œil comme exemple. « Bourrue ». Voilà ce qu'elle était devenue et tout le monde avait fini par l'accepter.

Mais cette attitude lui pesait. Cacher ses faiblesses, contrôler ses émotions en public l'épuisait. Elle aurait voulu se montrer telle qu'elle était vraiment : abîmée, écorchée. Elle n'avait pas honte d'avoir autant aimé, d'avoir autant souffert. Elle refusait seulement que Remus Lupin sache combien il avait eu et avait encore d'incidence sur sa vie. Sur son état d'esprit.

N'avait-elle pas repris espoir depuis leur dernier accrochage ? N'avait-elle pas tourné et retourné dans son esprit cette fameuse scène dans la salle de bain du Terrier. Sur le moment, le comportement de Remus, ses propos l'avaient profondément blessée. Elle n'y avait vu que pitié et maladresse.

Et puis ces mots dits quelques mois plus tôt avaient soudainement ressurgi :

« Je n'ai jamais ressenti de pitié pour toi, Nymphadora. Que tu le veuilles ou non, je tiens à toi. »

Remus n'était jamais maladroit. Il préférait se taire plutôt que de risquer d'être mal interprété ou d'être mal jugé.

Alors… Peut-être n'était-ce pas de la pitié. Peut-être ressentait-il vraiment quelque chose. Peut-être…

Nymphadora soupira.

Elle se détestait de replonger si facilement dans les méandres de l'incertitude. Il en découlait toujours tant de douleur.

Décidée de donner à ses pensées une autre direction – n'importe laquelle, Nymphadora passa la lourde porte du château et tenta de siffler un air de musique mais aucun ne lui vint à l'esprit.

Elle inspira donc profondément l'air tiédi de la nuit et se concentra sur le bruit de ses pas tout en rejoignant à la hâte le portail de l'école. Des renforts arrivaient, appelés par Dumbledore lui-même, et elle était chargée de les accueillir. Lorsqu'elle parvint devant les grilles, la jeune femme ralentit un bref instant puis d'un geste à la fois troublé et irrité, fit sauter les défenses du château.

Le lourd portail s'ouvrit lentement dans un grincement léger, permettant aux membres de l'Ordre d'entrer dans le parc de Poudlard.

- Bill… Remus, salua-t-elle du bout des lèvres.

- Salut Tonks ! lança Weasley avec entrain, tandis qu'elle rétablissait d'un moulinet du poignet les défenses du château.

Remus, quant à lui, murmura un « bonjour » hésitant mais elle s'était déjà détournée et remontait d'un pas vif l'allée menant à l'imposante école.

Pourquoi diable devait-elle sans cesse tomber sur lui ?

- Comment va la famille ? s'enquit-elle lorsque les deux hommes la rejoignirent de leurs longues foulées. Fleur et Molly continuent de se crêper le chignon ?

L'ignorer était encore la meilleure chose à faire.

- Disons que ce n'est pas pire que d'habitude, répondit Bill en riant. Après le menu, c'est au tour de la décoration d'être la cause de leur petit… désaccord.

- Tu tiens le coup ?

Weasley haussa ses larges épaules et Tonks contraignit son regard à rester focalisé sur le profil régulier du futur marié et non sur celui de Remus un peu plus loin.

- J'ai hâte que tout soit terminé ! soupira Bill.

- Avec Fleur comme épouse et Molly comme mère… ça ne sera jamais terminé, fit-elle judicieusement remarquer.

- Raaah ! Je crois que finalement je vais aller me perdre dans les souterrains de Gringotts et y jouer les ermites.

- Mmmm… Même ainsi, je doute que tu réchappes aux foudres de Fleur, répondit-elle sceptique.

Un rire franc mêlé d'une bonne dose de tendresse s'échappa de la gorge du rouquin et il acquiesça :

- Je doute aussi.

Sa voix dénotait une telle affection, un tel bonheur que Nymphadora sentit sa gorge se serrer d'envie. Tout était si simple pour certains. Tout était si facile.

Bien malgré elle, le regard de Tonks dévia de son point d'encrage et rencontra un bref instant celui de Remus. Dans l'obscurité qui les entourait, elle aurait bien été en mal de savoir avec exactitude à quoi le Maraudeur pouvait bien penser mais la jeune femme finit par se détourner.

Cela ne la regardait plus, de toute façon.

D'un pas pressé, tous trois passèrent la porte du château et s'élancèrent dans les escaliers menant à l'étage.

- Mais toi, comment vas-tu ? On ne te voit pas beaucoup depuis quelques semaines, fit remarquer Bill.

- J'ai beaucoup de travail, mentit-elle en partie. Surtout lorsque Dawlish s'amuse à réquisitionner mes collègues pour pister Dumbledore.

Weasley sourit.

- Il n'a toujours pas compris qu'il agissait en vain ?

- Apparemment ! Dawlish espère avoir plus de chance avec Savage et Fiertalon mais ils sont aussi discrets qu'un troupeau d'Hippogriffes !

- Dawlish est un bon Auror, modéra Lupin, prenant la parole pour la première fois depuis les grilles du château.

Tonks lui lança un regard noir mais eut la surprise de voir le Maraudeur esquisser un sourire. Prise au dépourvu, elle se demanda soudainement s'il n'avait pas choisi d'intervenir juste pour le plaisir de la faire réagir.

- Je ne le nie pas, grommela-t-elle en se détournant. Mais face à Dumbledore, il a autant de chance de s'en tirer qu'un Veracrasse sous ma chaussure.

Ils atteignirent bientôt le troisième étage et Nymphadora s'arrêta enfin.

- Normalement les élèves sont tous déjà dans leurs chambres mais si jamais vous voyez l'un de ces petits rigolos se balader dans les couloirs, restez discrets, suivez-les et prévenez-moi. Vous n'êtes pas censés être ici.

- Ok, acquiesça l'aîné des Wesaley qu'elle était seule à regarder.

- Bien, Bill tu prends l'aile Ouest, Remus celle du Nord, et moi celle du Sud.

D'un geste de la main, elle alluma sa baguette magique et lança d'une voix bourrue.

- Amusez-vous bien…

Elle se détourna et s'apprêtait à s'éloigner lorsqu'elle entendit des pas précipités dans les escaliers. Remus et Bill firent mine de vouloir se cacher mais il était déjà trop tard : trois adolescents haletants apparurent et émirent une exclamation soulagée en les découvrant sur le palier.

Neville Londubat, Ron et Ginny s'arrêtèrent devant eux et Bill s'exclama, amusé :

- On peut savoir ce que vous faites dans les couloirs à une heure pareille ? Vous avez de la chance que ce ne soit pas Maman qui…

Mais Ron balaya ces propos de la main et lança d'une voix emplie d'urgence et de gravité.

- On a un gros problème ! Il y a des Mangemorts dans le château !

A SUIVRE…