Merci à Twinzie, Kimmy Potter, Elie morgane-NaNa, Shumeyo, Melhope, Salcilia et Whizzbee pour vos reviews!
Finalement j'ai coupé le dernier chapitre en deux, donc il y aura une suite et fin à celui-là.
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Remus repoussa la lourde porte d'entrée, sortit enfin à l'air libre et inspira profondément la fraîcheur de la nuit. Le ciel était partiellement couvert mais une demi-lune brillait suffisamment pour permettre à l'Auror patrouillant dans la cour intérieure de l'école de reconnaître le lycanthrope. Les deux hommes se saluèrent de la tête puis reprirent leur activité première.
Remus inspira de nouveau.
Il étouffait.
La mort de Dumbledore l'avait profondément choqué, mais la scène qui avait suivi à l'infirmerie était davantage responsable de son état d'esprit actuel.
Le visage défiguré de Bill, la douleur de sa famille, de Fleur… Tout cela l'avait renvoyé à ses propres cauchemars. A ses peurs les plus profondes. Nymphadora dépecée, tuée par sa faute. Cela faisait plusieurs mois qu'il n'avait plus fait ce rêve monstrueux mais cette inquiétude était toujours là, en lui. Et elle avait ressurgi. Voilà pourquoi il avait réagi si vertement lorsque Tonks avait renouvelé son besoin de lui. Voilà pourquoi il l'avait rejetée, encore.
L'espace d'un instant, il avait oublié tout le chemin qu'il avait parcouru cette année. Les choses qu'il avait finies par comprendre. Les choix qu'il avait faits.
Mais Greyback avait une fois de plus tout bouleversé.
Le savoir enfermé, aux mains des autorités, n'était finalement qu'une piètre consolation. Prendre la vie d'un être humain avait toujours répugné Lupin mais Fenrir était-il vraiment un homme ? Méritait-il la clémence ?
Ses pensées se tournèrent vers Cary et Remus sentit ses entrailles se contracter.
Elle serait encore vivante, si elle avait accepté sa protection sans contrepartie. Peut-être n'avait-il pas assez insisté ? Peut-être aurait-il dû la garder de force Square Grimmaurd ? Mais en faisant cela, n'aurait-il pas agi exactement de la même façon que tous ces hommes qui l'avaient si longtemps utilisée ? Certes, il n'y aurait eu ni abus, ni violence mais priver quelqu'un de liberté pouvait entraîner les pires situations. Il suffisait de voir ce qui était advenu de Sirius.
Non, pour la garder en vie, il aurait dû être à ses côtés. Il aurait ainsi pu la protéger. Mais il était trop tard, à présent. Trop tard pour Cary.
Mais pas pour Nymphadora.
Après tout, il avait comprit depuis longtemps qu'il n'était pas le pire danger pour elle. Et que tout cela n'était rien d'autre qu'un prétexte pour cacher ses peurs : Perdre le contrôle, aimer et ressentir trop fort.
C'était Voldemort et ses Mangemorts. C'était eux l'ennemi, pas lui. C'était d'eux dont elle devait être protégée.
Un rire étrange s'échappa de sa gorge et il soupira.
De fausses excuses tout cela.
La protéger, l'aider… Il ne s'agissait rien d'autres que de fausses excuses uniquement destinées à se donner bonne conscience.
Il la voulait. Il avait besoin d'elle. C'était égoïste. Purement et simplement. Et pour la première fois de sa vie, c'était ainsi qu'il voulait agir :
Egoïstement.
Alors au diable les qu'en dira-t-on. Au diable les conséquences. Il était fou de refuser ce qu'elle s'escrimait à lui offrir. Ce qu'il désirait tant.
Cette fois-ci, sa décision était prise.
Et il n'en changerait plus.
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Les coups redoublèrent et Nymphadora émit un grognement sourd en allumant d'un coup de baguette la petite lampe de chevet.
Après tout, c'était peut-être important. Cela l'était forcément, à quatre heures du matin.
D'un coup de pied, elle rejeta les couvertures dans lesquelles elle s'était enroulée puis se leva. Son invité surprise poursuivait sa « douce » sérénade et Tonks rejoignit le seuil de sa chambre en grommelant :
- Ça va, ça va, j'arrive.
Les coups cessèrent aussitôt et elle ouvrit la porte.
L'obscurité du couloir la fit plisser des yeux mais Nymphadora reconnut sans effort la haute silhouette de Remus et repoussa vivement le battant. Il fut hélas plus rapide qu'elle et mit son pied dans l'embrasure, empêchant la porte de se refermer.
- Il faut que je te parle, dit-il d'une voix passablement essoufflée.
- Je n'ai pas envie de t'entendre, répliqua-t-elle sèchement tout en essayant de repousser le battant.
- C'est important.
- Je suis fatiguée, Remus. Fiche-moi la paix !
L'épaule plaquée contre la porte, la jeune femme avisa sa baguette magique sur la table de chevet et elle se maudit copieusement de ne pas l'avoir prise avec elle. Avec quel plaisir elle l'aurait stupéfixé ! …Ou pétrifié ! Les deux l'auraient profondément soulagée.
- Nymphadora, gronda Remus avant de peser de tout son poids sur le battant.
Tonks se sentit inexorablement repoussée et bien qu'elle mît toutes ses forces à contrer le Maraudeur, il ne fallut à Lupin que quelques secondes pour ouvrir en grand la porte et la refermer derrière lui.
Furieuse, elle songea un bref instant à se saisir de sa baguette mais finit par abandonner cette idée puérile et se plaça au centre de la pièce, les mains sur les hanches. Mais cela faisant, elle avait omit sa tenue légère et ne s'en souvint que lorsque le regard de Remus glissa sur ses cuisses nues. Dans un grognement agacé, elle abaissa aussitôt les bras, permettant ainsi à son long tee-shirt usé de cacher plus de peau.
Mais c'était bien évidemment inutile car Lupin avait déjà détourné pudiquement le regard, préférant observer l'imposante armoire. Un silence pesant s'instaura à peine troublé par la respiration du Maraudeur.
Avait-il couru jusqu'à sa chambre ? se demanda la jeune femme soudain inquiète. Quelque chose était arrivé ?
- Alors vas-y, je t'écoute ! dit-elle, cachant au mieux ses craintes derrière une agressivité à peine contenue. Qu'est-ce qui est si important pour que tu viennes jusqu'ici à 4 heures du matin ?
Remus lui jeta un bref coup d'œil puis reporta son attention sur l'armoire.
- Je… bredouilla-t-il.
- … Tuuuu ?
- Eh bien… Je suis venu…
Mais il referma un instant la bouche puis finit par rajouter :
- Pourrais-tu mettre un pantalon, s'il te plait ?
- Pourquoi ? tu as du mal à réfléchir ? railla-t-elle, perspicace.
- Exactement.
Un fin sourire étira les lèvres de la jeune femme et elle leva lentement les mains afin de les reposer sur ses hanches.
- Alors ma réponse est non, ironisa-t-elle avec un déhanché outrancier.
Lupin soupira et s'intéressa aux drapées du lit.
- Pour l'amour du ciel, Remus, qu'est-ce que tu fiches ici ? s'enquit une nouvelle fois Tonks, perdant patience.
Il n'y avait apparemment aucun danger car dans le cas contraire, il n'aurait même pas fait attention à sa tenue. Mais elle n'était guère d'humeur à jouer à ce petit jeu plus longtemps. Pas ce soir. Plus aucun soir, d'ailleurs.
- Je suis venu m'excuser, dit-il enfin.
Ces mots, plus que tout autre, la mirent dans une colère noire. S'excuser, bien sûr. Remus adorait s'excuser. Pour tout, pour rien. C'était apparemment un réel plaisir.
Elle ouvrit la bouche pour lui dire sa façon de penser mais il la devança :
- Je suis désolé d'avoir mis si longtemps à comprendre.
Tonks émit un grognement agacé.
Voilà qu'il jouait aux devinettes.
- … Comprendre ? Comprendre quoi ? soupira-t-elle.
Remus inspira une longue bouffée d'air puis se lança enfin :
- Qu'il était impossible pour moi de te repousser.
La repousser ?
Dubitative, la jeune femme haussa les sourcils.
- Je ne comprends rien de ce que tu…
- Je tiens à toi, Nymphadora, la coupa-t-il. Beaucoup plus que tu ne peux l'imaginer.
Tonks sentit sa gorge se serrer.
Pourquoi revenait-il la voir pour la torturer encore et encore ? Il lui avait déjà dit tout cela. Et ça se finissait toujours par la même chose :
- Mais ? dit-elle sur un ton à la fois fataliste et désabusé.
Dieu, qu'elle pouvait le détester.
- Il n'y a pas de « mais », répondit-il contre toute attente.
Il la regardait à présent droit dans les yeux et elle répéta, interloquée :
- Pas de « mais »… ?
- Pas de mais.
- … Je ne comprends pas… Qu'est-ce que tu veux dire ? Pourquoi es-tu là ?
- Pour…
Remus se tut, inspira puis fit un pas vers elle.
- Pour te dire que j'ai fait une terrible erreur en te repoussant.
Le cœur de la jeune femme bondit violemment dans sa poitrine et elle regarda Lupin faire un nouveau pas dans sa direction. Son regard était déterminé et elle se mordit la lèvre.
- L'année dernière, cette année, aujourd'hui… poursuivit-il. J'ai eu tort. Je n'aurais jamais dû. Voilà pourquoi je m'excuse.
Les mains de Tonks glissèrent de ses hanches et retombèrent mollement le long de son corps. La tête lui tournait, elle manquait de souffle. Que se passait-il au juste ?
- Attends, parvint-elle enfin à bredouiller. Tu es en train de me faire… une déclaration ?
Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Remus.
- Oui.
Mais ce sourire n'eut pas l'effet escompté. Le cœur de Nymphadora battait fort mais il lui faisait mal. Terriblement mal.
- Oui ? répéta-t-elle avant de poursuivre avec plus de verve : Et qu'est-ce que tu crois ? Que je vais accepter tes excuses ? Qu'un mot de toi et tous ces derniers mois seront oubliés ?
- Non bien sûr… s'empressa de modérer Lupin les bras levés afin de l'apaiser.
- Parce que je ne peux pas oublier ! reprit-elle, sans l'entendre. Je n'ai plus confiance en toi, Remus ! Tu as des sentiments, puis tu n'en as plus et puis finalement…
- Attends ! la coupa-t-il brusquement. Je n'ai jamais dit que je ne ressentais rien pour toi.
- Bien sûr puisque tu ne disais rien du tout ! explosa-t-elle.
Remus ferma les yeux afin de cacher la terreur qui peu à peu l'envahissait. La terreur de se voir rejeté. La terreur d'arriver trop tard.
- Ecoute… Je ne t'ai jamais menti… Je t'ai juste… caché la vérité.
- Oh, alors excuse-moi de ne pas avoir compris la nuance ! Et on dit que les femmes sont compliquées !
Remus soupira.
- Je comprends que tu n'aies plus confiance en moi et je conçois parfaitement que tu sois en colère…
Il fit un nouveau pas et s'arrêta enfin devant elle.
- … Mais je te jure que les choses sont différentes, cette fois-ci. Malgré tout ce qui s'est passé entre nous, je n'ai jamais cru à notre relation et tu le sais… Jusqu'à aujourd'hui.
Tonks émit un ricanement désabusé mais resta silencieuse, le regard fuyant.
Elle ne voulait pas le croire. Elle ne voulait pas le regarder.
Il était beaucoup, beaucoup trop dangereux.
- Je suis sincère et je ne changerai pas d'avis, insista-t-il.
« Je ne changerai pas d'avis » répéta mentalement la jeune femme.
La douleur sous ses côtes ne connut plus de limites.
Comment pouvait-elle le croire après tout ce qui s'était passé ? Après ses changements incessants ? Tout cela était ridicule. Cette scène était ridicule.
Il était hors de question pour elle de recommencer.
- C'est trop me demander, Remus, répondit-elle.
Elle leva les yeux vers lui et prit conscience de sa peur. Une peur sincère mais qui arrivait trop tard. Les larmes aux yeux, elle le contourna et rejoignit la porte de sa chambre. La poignée s'abaissa sous sa main tremblante.
- J'aimerais que tu me laisses tranquille, maintenant.
Ils s'observèrent quelques secondes en silence, chacun cherchant à faire comprendre son propre sentiment.
Son besoin d'elle.
La terreur de souffrir une nouvelle fois.
Remus finit par soupirer.
- Je sors, acquiesça-t-il avant de la rejoindre de ses longues et calmes foulées.
Il s'arrêta cependant sur le seuil.
- … Mais je n'abandonnerai pas, Nymphadora. J'ai pris ma décision…
Il fit mine de lever une main vers elle mais Tonks eut un geste de recul et son bras retomba.
- J'ai besoin de toi, avoua-t-il.
Remus esquissa un sourire puis finit par sortir de la chambre. Nymphadora repoussa lentement le battant derrière lui et posa les deux mains sur la porte close.
Son cœur battait toujours aussi violemment dans sa poitrine mais cette fois-ci, la douleur s'était calmée. La colère aussi. Pour la première fois depuis deux ans, il avouait qu'il avait besoin d'elle. Il avouait agir pour lui. De façon totalement égoïste. Son discours avait changé.
Le souffle court, Nymphadora s'écarta de la porte et rejoignit son lit afin de s'y affaler lourdement.
Le doute, cet horrible doute venait de refaire surface.
« Et si… ? »
« Peut-être que… ? »
Un gémissement s'échappa de sa gorge et elle attrapa son oreiller qu'elle envoya violemment à l'autre bout de la pièce.
Non ! Elle ne devait surtout pas le croire ! Elle ne devait surtout pas boire ses belles paroles ! Il adorait l'amadouer puis la renvoyer, malheureuse comme la mort ! Il était hors de question de tomber une énième fois dans ce piège grossier !
Un deuxième oreiller traversa la chambre.
Et pourtant, ses propos étaient si différents. Remus ne mettait plus aucune limite. A aucun moment il n'avait prononcé les mots « Vieux », « pauvre » et « dangereux », ce qui en soit représentait une sacrée nouveauté.
Et puis… il n'y avait pas eu de « Mais » après sa déclaration. Ce qui, là encore était une innovation.
Nymphadora se saisit de sa baguette.
- Accio oreillers.
Les deux coussins volumineux vinrent la rejoindre et elle les jeta une nouvelle fois à travers la pièce dans un geste rageur.
Quelle lopette ! Un sourire, un regard, quatre mots omis et la voilà toute prête à croire à ses propos dégoulinants de mièvrerie.
- « J'ai besoin de toi »… imita-t-elle d'un ton condescendant. EH BIEN PAS MOI ! TU M'ENTENDS, REMUS ?
…
- Oui.
La jeune femme sursauta violemment et se redressa sur son lit. D'une main tremblante, elle se saisit de sa baguette et lança un sort lui permettant d'apercevoir ce qui se passait de l'autre côté du mur.
Ses cheveux se hérissèrent lorsqu'elle découvrit le Maraudeur adossé à l'un des piliers du couloir, juste devant sa chambre. La vision disparut aussitôt mais elle s'exclama :
- VA-T'EN !
- Non.
Rouge de colère, la jeune femme sauta de son lit.
- JE T'AI DIT DE ME LAISSER !
- Non.
Ses doigts se raidirent sur le bois de sa baguette magique et elle se sentit prête à en venir aux mains mais elle finit par y renoncer. Après tout, ça ne lui ferait pas de mal de passer la nuit dehors ! Et qu'il ne compte pas sur elle pour s'amadouer ! Hors de question !
- TRES BIEN, COMME TU VEUX ! BONNE NUIT ! railla-t-elle avant de se remettre au lit avec un entrain singulier, peu propice à l'assoupissement.
- Bonne nuit, Nymphadora. A demain, entendit-elle à travers la cloison.
Tonks lui répondit d'un grognement agacé puis envoya son poing dans l'un de ses oreillers afin de rendre celui-ci plus confortable… et accessoirement, afin de se calmer.
La lumière éteinte, elle entreprit de fermer les yeux et de se détendre. Mais plus les secondes s'écoulaient, plus l'insidieuse envie de jeter un œil à travers le mur l'envahissait.
Etait-il encore là ? Ou avait-il fini par abandonner ?
Mais décidée à lutter vaillamment, elle l'ignora encore quelques minutes, se tournant et se retournant dans son lit. Jamais jusqu'ici, elle n'avait mis autant d'application à rechercher le sommeil. Elle dut pourtant accepter sa défaite lorsqu'elle manqua de tomber par terre en changeant trop brusquement de position.
C'était à en devenir fou !
Elle finit donc par se redresser et tâtonna à la recherche de sa baguette. Quelques secondes plus tard, elle découvrit la silhouette sombre et immobile de Remus, toujours adossé au même pilier… et son cœur se remit à battre sourdement dans sa poitrine.
Presque aussi exaspérée par elle-même que par le comportement du Maraudeur, la jeune femme se leva, alluma quelques lampes de sa baguette magique puis ouvrit brutalement la porte de sa chambre.
- Tu comptes passer la nuit ici ? rugit-elle.
Remus se redressa aussitôt, ouvrit la bouche afin de lui répondre mais aucun son n'en sortit. Il se contenta de la regarder avec hébétude avant de voir son visage illuminé d'un large sourire.
Jamais jusqu'ici, elle ne l'avait vu sourire aussi franchement, s'émut-elle avant de retrouver ses esprits.
- Alors ? insista-t-elle sèchement.
- Je t'ai dit que je n'abandonnerai pas.
- Mais ta présence me gène !
- Ça, j'en doute, lui répondit-il avec une telle assurance qu'elle en resta bouche-bée.
Eberluée par tant de toupet, la moutarde lui monta au nez.
- Espèce de… de… balbutia-t-elle avant de s'interrompre. Pourquoi tu souris comme ça ? demanda-t-elle rageusement.
Ce sourire qu'elle trouvait charmant l'instant d'avant commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.
Remus se contenta de lever un doigt en désignant sa tête et elle fronça les sourcils. L'instant d'après, un soupçon naquit dans son esprit. Se détournant vivement, Tonks pénétra dans sa chambre et vint se planter devant le miroir au-dessus du lavabo.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Elle avait retrouvé son visage lisse, en forme de cœur, et ses cheveux resplendissaient d'un rose éclatant. Machinalement, Nymphadora baissa la tête et observa le tissu fin de son vêtement, tendu par une poitrine aux courbes pleines et féminines. Ce tee-shirt semblait tout de suite beaucoup plus indécent.
Reportant son attention sur le miroir, la jeune femme se concentra, le nez froncé, puis ses boucles roses prirent soudain une teinte vert pomme.
Un sourire illumina son visage. Elle venait enfin de retrouver ses pouvoirs.
- Je préfère rose, fit une fois derrière elle qui la fit sursauter.
Tonks se retourna et constata avec stupéfaction que la porte de sa chambre était refermée et que Remus s'était tranquillement assis sur son lit.
- Je peux savoir ce que tu fais là ? glapit-elle.
Pour seule réponse, Lupin se contenta de sourire et elle redressa la tête.
- Et si moi, je préfère vert ?
Cette fois-ci, Remus rit doucement tout en levant un doigt vers elle. Fronçant les sourcils, la jeune femme reporta son attention sur le miroir et manqua de s'étouffer. Ils étaient de nouveau rose chewing-gum.
- Mais…
Elle se concentra, ses cheveux tremblèrent légèrement et le vert réapparut.
- Je préfère rose, répéta Lupin dans son dos.
Et sous les yeux ébahis de Tonks et le rire de Remus, ses boucles retrouvèrent aussitôt leur couleur chewing-gum… La jeune femme se tourna vers lui.
- Sors d'ici ! rugit-elle.
- Oh non, répliqua-t-il aussitôt. Ta bouche dit l'inverse de ce que tu penses.
- Tu es un expert à ce jeu-là !
- C'est vrai… répondit-il avec plus de sérieux. Et j'en suis désolé.
La sincérité de son regard calma quelque peu la colère de Tonks et elle redressa la tête, un sourire insolent sur les lèvres.
- Et maintenant quoi ? Tu vas mettre un genou à terre et m'avouer que tu es tombé fou amoureux de moi ?
Remus hésita puis lui jeta un coup d'œil inquiet.
- Tu veux vraiment que je mette un genou à terre ? …
Tonks cilla et il poursuivit :
- … Parce que mes rhumatismes font des siennes depuis quelques jours et je ne suis pas sûr de pouvoir me relever…
Les mains moites, le cœur battant, Nymphadora scruta le visage franc de Lupin et d'un geste nerveux, tira machinalement sur son tee-shirt.
- Eh bien… Sans le genou à terre, ce n'est pas vraiment une déclaration, lança-t-elle, cherchant à gagner du temps afin d'analyser avec le plus de justesse possible ce qui venait d'être dit.
Elle ne voulait pas risquer de se tromper.
- Je peux essayer de te chanter la sérénade… mais là encore, je ne suis pas sûr du résultat… proposa-t-il, faisant mine de réfléchir. Tu vois autre chose ? Parce que je t'avoue que je n'y connais pas grand-chose…
- Les fleurs, les chocolats en forme de cœur, les balades au clair de lune… proposa-t-elle, en se mordant la lèvre pour ne pas sourire.
Elle était stupéfaite. Stupéfaite par cette déclaration détournée, par l'humour utilisé… Jamais elle ne l'avait vu si sûr de lui, si dénué de doutes ou de gêne, et elle devait se réfréner pour ne pas éclater de rire. De rire ou de larmes, elle ne savait plus.
- Je passe pour la balade au clair de lune, si ça ne te dérange pas. Je suis plutôt lunatique en cette période du mois, fit-il remarquer avec humour.
- Tu peux toujours m'envoyer quelques lettres enflammées, si tu te sens plus à l'aise à l'écrit.
- C'est une idée ! acquiesça-t-il. Un poème peut-être ?
- Un poème serait parfait ! Mais n'oublie pas d'envoyer un nain chanteur pour me le faire parvenir, sinon ça n'aura pas le même impact.
Remus se mit à fouiller dans les poches de sa cape.
- Il faut peut-être que je note tout cela, faute de quoi je risque d'oublier.
- Pas la peine, je te ferai une petite liste.
- Merci, soupira-t-il. C'est vraiment compliqué de se déclarer, rajouta-t-il avec une gravité soudaine.
Le résultat d'une telle confession ne se fit guère attendre.
Des larmes jaillirent des yeux de Tonks et elle vit à travers un voile tremblant Remus se lever du lit et s'approcher d'elle.
Elle avait chaud, elle étouffait. Son cœur semblait sur le point d'exploser. Elle avait l'étrange impression de ne plus rien contrôler. Ni les tremblements de son corps, ni les larmes qu'elle essuyait avec agacement.
- Nymphadora… murmura-t-il en tendant la main vers elle.
Mais elle fit un nouvel écart et il n'insista pas.
- Attends… bredouilla-t-elle en frottant son visage avec exaspération.
Comme elle aurait aimé garder son soulagement, ses émotions pour elle. Les lui cacher pour qu'il ne voie pas combien ses mots l'avaient bouleversée. Elle aurait voulu continuer le jeu qu'ils avaient commencé. C'était tellement plus simple de se dissimuler derrière des railleries, des phrases légères et dérisoires. Mais elle était ainsi faite. Elle ne pouvait rien cacher. Elle s'exposait toujours.
Tonks renifla plusieurs fois, se concentra pour faire cesser ses larmes puis redressa finalement la tête. Elle n'osait imaginer l'apparence de son visage mais préféra ne pas y penser.
- Et donc… ça dure depuis longtemps ? demanda-t-elle, dans un dernier reniflement.
- Mmmm, fit-il. Quelque chose comme… un an et demi.
Une masse de plomb vint remplacer son estomac et Tonks leva un visage incrédule vers lui.
- Un an et demi ? répéta-t-elle… Alors… Lorsque nous étions ensemble… ?
Remus sentit le danger sous-jacent de cette question mais préféra se montrer honnête :
- Oui.
Nymphadora cilla.
- C'est impossible… murmura-t-elle avant s'écrier, les larmes aux yeux : C'est impossible ! On ne peut pas faire subir ça à quelqu'un dont on est amoureux ! Est-ce que tu réalises tout ce que tu m'as fait ?
- Je sais, je sais… dit-il doucement afin de la calmer. Je suis impardonnable. Tu as toutes les raisons de m'en vouloir…
Il soupira de nouveau.
- Mais pour moi aussi, ça a été difficile. Je sais que ça ne pourra guère te consoler mais sache que j'ai souffert. Et tu n'imagines pas à quel point.
Tonks lui lança un regard désabusé.
- Tu as raison, ça ne me console pas du tout.
Remus ferma les yeux un court instant puis, avant même qu'elle ait eu le temps de s'échapper, il posa ses deux mains sur ses épaules délicates. Elle tenta de le repousser mais il resserra son étreinte et la força à croiser son regard.
- Je ne t'abandonnerai plus jamais, Nymphadora. Quoiqu'il arrive, je resterai avec toi.
Tonks s'immobilisa, troublée.
Elle avait voulu tant de fois entendre ces mots de sa bouche.
- … Et ton « trop vieux, trop pauvre, trop dangereux ? »
Lupin haussa les épaules.
- Si tu as pu passer par-dessus cela, pourquoi pas moi ?
Nymphadora se mordit la lèvre.
Elle sentait ses mains chaudes sur ses épaules. Des mains qu'elle savait douces, attentives et réconfortantes. Elle désirait tant le croire. Elle le désirait tant. Son amour, ses sentiments. Son changement. Elle avait besoin de tout cela. Et elle avait parfaitement conscience qu'elle n'avait jamais attendu que cela.
Remus dut lire ses hésitations, ses envies car ses paumes se firent caressantes et son corps combla lentement l'espace qui les séparait. Elle avait de nouveau chaud, elle était de nouveau bien. Elle se sentait hypnotisée par sa présence, par son odeur, par le désir dans ses yeux ambrés. Elle aurait pu se laisser aller, maintenant. Elle aurait pu accepter ce miracle sans se poser davantage de questions. Mais on ne pouvait nier plusieurs mois de douleur. C'était tout simplement impossible.
- Attends, paniqua-t-elle en cherchant à le repousser.
Il était trop près. Beaucoup trop près. De tout.
- Nymphadora… chuchota-t-il.
Elle sentait son envie d'elle à la pression de son corps, à ses caresses devenues fiévreuses et au timbre rauque de sa voix. Elle le sentait et était à deux doigts de s'abandonner mais elle le repoussa une nouvelle fois.
- Non… Si tu devais changer d'avis… Si…
- Je ne changerai jamais d'avis… souffla-t-il contre ses lèvres. Jamais…
Elle esquiva pourtant son baiser et Lupin finit par s'écarter à regret. Ses pupilles étaient dilatées, son souffle saccadé et il inspira profondément afin de calmer son désir.
Tonks observa ses efforts avec attention. Elle savait parfaitement ce que cachaient chaque ride, chaque cicatrice. Une vie de solitude imposée, une vie gâchée. Une vie à repousser des sentiments, à les combattre.
Remus avait placé l'amitié au-dessus de tout et à chaque fois il avait perdu. D'une façon ou d'une autre, la mort, la trahison avaient tout détruit.
Elle comprenait alors ses craintes de s'abandonner. De céder.
Elle comprenait pourquoi il avait mis si longtemps à capituler.
- Je te crois sincère, vraiment, dit-elle finalement. Mais à moi aussi il me faudra du temps. Du temps pour te faire de nouveau confiance.
Lupin acquiesça, à la fois soulagé et pourtant inquiet. Elle le croyait mais cela suffirait-il ?
- Je sais.
Un léger silence se fit. L'attente, l'espoir…
Elle allait lui pardonner. Que pouvait-elle faire d'autre ? Elle se sentait beaucoup trop amoureuse pour risquer de passer à côté d'une telle opportunité.
Le temps ferait le reste. Du moins, l'espérait-elle.
Cette décision prise, Nymphadora sentit son cœur se dilater, ses nerfs se relâcher et sa tristesse disparaître. Elle rejeta les derniers lambeaux de sa peur et finit par lancer d'un ton sarcastique :
- Alors ne crois surtout pas que tu vas passer la nuit ici !
Remus haussa les sourcils puis un sourire vint détendre son visage. Il passa une main tremblante dans ses cheveux puis leva un regard joueur vers elle.
- Arfff… Mes intentions étaient si évidentes ?
- Plus qu'évidentes, s'exclama Tonks en abaissant son regard de plusieurs centimètres.
Les joues de Lupin rosirent, partagé entre embarras et frustration.
- Tu es cruelle, grommela-t-il.
- Tu l'as bien mérité !
- Je ne le nie pas…
Ils se sourirent et Nymphadora eut la sensation d'être revenue près d'un an plus tôt. Son cœur se serra aussitôt.
- Je te préviens, Remus… Si jamais tu m'ignores… Si tu me snobes, balbutia-t-elle.
- Plus jamais, lui promit-il afin de chasser le chagrin et la peur de son visage. Plus jamais, je te le jure. Mais… je suis pudique et tu le sais. Ne t'attends pas à des… débordements ailleurs qu'en privé.
Nymphadora sourit.
- Alors pas de lettres enflammées ? demanda-t-elle, taquine. Pas de poèmes, ni de nain chanteur ?
- Mmmm, fit-il en grimaçant.
La jeune femme rit doucement.
Ils s'observèrent de nouveau et la tentation de le garder avec elle pour la nuit lui fit serrer les poings. Elle avait besoin de sa présence, de sa chaleur, de son désir. Elle avait envie de lui. Mais elle devait être sûre avant. Elle devait savoir ce qu'il était prêt à donner en retour.
Ce qu'elle avait vécu cette année l'avait changée. Elle n'était plus cette jeune femme intrépide et irréfléchie, qui ne prenait en compte les conséquences de ses actes que trop tard. Elle avait appris à se protéger, à réfréner ses sentiments au profit de sa raison.
Alors peut-être était-il enfin sûr de lui, mais elle avait besoin de juger de l'étendue de son affection avant de se décider.
Elle baissa donc la tête puis après un effort méritoire, elle s'écarta et rejoignit la porte d'entrée.
- A demain, Remus, dit-elle en l'ouvrant.
Celui-ci la rejoignit calmement, sans montrer la moindre contrariété. Il semblait prêt à attendre. Attendre le temps qu'il faudrait.
- A demain, Nymphadora.
A SUIVRE...
