Merci à Nymus, Julie, Shumeyo, xtreme (Faut une fin à tout ;-) ), Elie morgane-NaNa, Nyny's, Melhope, ithaque, Phénix, K-Melwin et Prudence pour vos reviews!!
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Le sommeil la fuit cette nuit-là. Elle ne regrettait pas le départ de Remus mais une partie d'elle avait la sensation d'avoir commis une erreur en le lui demandant. Ses doutes étaient revenus, ses peurs également.
Elle revivait les semaines difficiles qui avaient marqué la fin de leur relation. Sa froideur, son indifférence.
Comment pourrait-elle seulement supporter de revivre cela ? Jusqu'où était-il déterminé à aller pour elle ? A quel point était-il prêt à se dévoiler ?
Lorsque la pendule de sa chambre afficha six heures trente du matin, Nymphadora se leva et observa son reflet dans le miroir. Elle ne fut guère surprise de découvrir que ses boucles avaient perdu de leur éclat pendant la nuit et tirait vers un vieux rose qu'elle n'eut pas le courage de changer.
Prenant ses affaires de toilettes, la jeune femme sortit dans le couloir et s'apprêtait à rejoindre la salle de bain lorsque la porte de celle-ci s'ouvrit. Dawlish en ressortit, les cheveux encore humides, vêtu de pieds en cape. Ses traits étaient marqués, son visage sombre. Il ne devait pas avoir dormi lui non plus.
- Alors ? Tu as passé une bonne soirée hier ? ne put-elle s'empêcher de lui lancer.
Elle n'avait pas pris la peine de cacher sa rancœur et il se contenta de se détourner en évitant soigneusement son regard. Nul doute qu'il serait jugé par ses pairs comme responsable de la catastrophe de la veille. Où était-il alors que Poudlard se faisait attaquer ? Pourquoi avait-il quitté son poste avec Savage et Fiertalon ?
Bien sûr, il n'avait fait qu'obéir aux ordres donnés par le Ministre de la Magie lui-même mais nul doute que Dawlish jouerait les bouc-émissaires. Sa carrière d'Auror était terminée.
Tonks le regarda rejoindre ses quartiers avec une animosité qu'elle ne parvenait pas à réfréner. Ils avaient trop perdu cette nuit pour pardonner.
Quelques dizaines de minutes plus tard, lorsque la jeune femme pénétra dans la Grande Salle, elle fut surprise de découvrir bon nombre d'élèves déjà debout. D'habitude, elle ne croisait jamais personne. L'immense pièce avait revêtu ses drapés couleur ébène, symbole de deuil et le regard de Nymphadora accrocha le trône finement sculpté qui avait reçu pendant tant d'années Albus Dumbledore. C'était étrange de se dire que plus jamais l'illustre sorcier ne se lèverait de cet imposant fauteuil afin de parcourir de ses yeux bienveillants la Grande Salle et son assemblée. Tonks avait l'étrange impression qu'en perdant son Directeur, Poudlard avait perdu son identité.
Dans un soupir, Nymphadora se rapprocha de la table des professeurs et salua Hagrid qui se tenait devant une assiette étrangement vide.
- Ah… Tonks, se contenta-t-il de répondre d'une voix morne avant de replonger dans sa contemplation silencieuse.
La jeune femme s'assit à ses côtés et posa une main sur le poignet du demi-géant.
- Tu tiens le coup ?
- Bof, soupira-t-il. Je n'ai pas vraiment dormi.
Hagrid dégageait une forte odeur d'alcool et Tonks devina à quoi il avait passé la majorité de la nuit. Des tâches multiples constellaient ses vêtements et ses yeux étaient rouges d'avoir trop pleuré.
- Tu as vu d'autres professeurs ? demanda-t-elle doucement.
- Non, pas encore. Mais j'ai reçu un Patronus d'Arthur. L'Ordre va se rassembler aujourd'hui.
Son estomac se serra.
L'Ordre sans Dumbledore…
- Au Terrier ?
- Oui, mais pas tout le monde en même temps, répondit Hagrid en reniflant tristement. Arthur dit qu'on ne peut plus se permettre de réunir l'Ordre dans un seul et même endroit, maintenant. En cas d'attaque, ce serait risquer de tout perdre.
Le demi-géant s'interrompit un instant puis rajouta, la voix rauque :
- Sans Dumbledore… Enfin… Ce serait trop dangereux.
- C'est vrai… murmura Tonks.
Tout était différent à présent. Ils n'étaient plus en sécurité nulle part.
- Tu sais à quelle heure est la réunion ? Enfin pour moi, je veux dire ?
- Oui, oui, à neuf heures. C'est la première apparemment.
- Et toi ?
- Je vais avoir un entretien personnel avec le professeur McGonagall. Tout le monde tient à ce que je reste à Poudlard, dit-il en se rengorgeant un peu. L'école n'est plus sûre maintenant que... enfin, tu sais...
Sa voix s'était enrayée et il se tassa de nouveau sur lui-même. Tonks doutait fortement de voir le château une nouvelle fois attaqué. Après tout, Voldemort avait eu ce qu'il voulait. Son pire ennemi n'était plus. D'un autre côté, il pouvait très bien profiter du désordre pour asséner le coup de grâce à la Résistance en enlevant Harry.
Le doute était permis.
Après un petit déjeuner frugal, Nymphadora finit par prendre congé. Les premiers hiboux apportant la Gazette du Sorcier entraient dans la Grande Salle et la jeune femme croisa un bref instant le regard pétillant de Dumbledore.
Elle hâta le pas et sortit dans la cour.
Le nombre des Aurors avait triplé dans la nuit, piètre dispositif destiné à rassurer les parents et à les inciter à garder confiance en leur Ministre de la Magie. Tonks n'était pas certaine du résultat. Elle avait déjà aperçu plusieurs bagages à l'entrée.
Nymphadora leva les yeux vers un ciel parfaitement bleu, comme si celui-ci se désintéressait totalement du drame qui s'était joué quelques heures plus tôt. Comment allait réagir la communauté des sorciers ? Comment le monde allait-il gérer la funeste victoire du Seigneur des Ténèbres. Allait-il sombrer dans l'obscurantisme ou bien s'unirait-il afin de combattre et vaincre Voldemort ?
L'avenir le leur dirait.
Tonks passa l'heure suivante à déambuler dans le parc de Poudlard à la recherche de solitude et de calme. Malgré les bouleversements récents qui touchaient la communauté, elle ne parvenait pas à empêcher ses pensées de se focaliser sur ses problèmes personnels, et lorsqu'elle transplana dans l'allée menant au Terrier, sa nervosité avait atteint des sommets.
Alors pendant de longues minutes, elle resta immobile et silencieuse, essayant en vain de calmer les battements sourds de son cœur. Depuis son réveil, elle ne cessait de se convaincre qu'il était ridicule d'espérer ; qu'inévitablement, Remus la décevrait. Elle en était si persuadée que ses pieds refusaient de bouger. C'était tellement mieux de vivre dans l'espoir plutôt que les désillusions.
Hélas, mettant un terme à son dilemme, un grincement se fit et la voix de Molly retentit :
- Tonks ! Qu'est-ce que tu fais ? Entre, voyons !
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Remus se désintéressa des propos pourtant essentiels d'Arthur afin de focaliser son attention sur Molly. Dans la cuisine en compagnie d'Alastor, Kingsley, Dedalus et Ben, Mrs Weasley venait de délaisser ses casseroles afin de tendre le cou et regarder à travers les vitres de la fenêtre.
- Pourquoi n'entre-t-elle pas ? maugréa-t-elle.
- Ça fait dix minutes qu'elle est plantée là, fit tranquillement remarquer Fol Œil en buvant une gorgée de café.
- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? lui reprocha Molly.
Le vieil Auror haussa les épaules.
- Elle fait ce qu'elle veut. Si elle a envie de prendre racine, j'vois pas pourquoi je l'en empêcherais.
- Tss ! fit Mrs Weasley avant de rejoindre la porte d'entrée.
Remus n'avait mis qu'un instant à comprendre qu'ils parlaient de Nymphadora. Après tout, elle était la seule à ne pas être encore arrivée. Mais son retard l'inquiétait et il sentit son estomac se tordre désagréablement.
Et si elle avait changé d'avis ?
Isolé dans le salon en compagnie d'Arthur Weasley, Lupin tenta de reprendre le fil de la conversation, en vain. Toute son attention était définitivement dirigée vers la porte que Molly ouvrait.
- Tonks ! Qu'est-ce que tu fais ? Entre, voyons !
Quelques secondes s'écoulèrent puis la maîtresse des lieux s'effaça afin de permettre à la jeune femme d'entrer.
Remus fronça les sourcils.
Les cheveux de Nymphadora avaient pâli pendant la nuit et ses boucles indisciplinées retombaient mollement sur ses yeux. Mais malgré cela, sa « bonne mine » alerta Molly.
- Eh bien… Je ne m'attendais pas à un tel changement, fit-elle remarquer.
Tonks rougit, embarrassée. Dumbledore venait de décéder et elle retrouvait en partie son allure d'antan. Il y avait en effet de quoi être surpris.
La jeune femme salua Fol Œil, Kingsley et les autres membres présents puis leva enfin les yeux vers Arthur et Remus. Lupin n'avait même pas réalisé que Mr Weasley s'était finalement tu. Son cœur battait trop vite, son trouble était beaucoup trop grand. Et lorsque son regard croisa celui de Tonks, il mit dans son sourire le plus de sincérité possible.
Malgré cela, elle se détourna de suite et il déglutit avec effort. Ses mains se crispèrent dans ses poches, il retint sa respiration puis affronta de nouveau son regard non plus inexpressif mais dorénavant indécis.
Elle ne lui faisait pas confiance. Mais comment le lui reprocher ?
Il réitéra donc son sourire, discret mais chaleureux et émit un bref soupir lorsqu'elle le lui rendit enfin. La boule qu'il gardait serrée au creux de son estomac se désagrégea.
Cette nuit avait été la plus longue de sa vie et il avait insisté auprès d'Arthur pour que Nymphadora soit là lors de leur première réunion. Il n'aurait pu attendre plus longtemps avant d'être fixé.
- Bien, puisqu'il me semble inutile de chercher à te parler, je propose qu'on rejoigne les autres ?
Remus se tourna vers Mr Weasley qui lui souriait avec un amusement sincère. Lupin cilla et finit par hocher la tête.
- … Excuse-moi… Je…
Mais il se tut. Qu'aurait-il pu avouer sans en éprouver le plus grand embarras ?
- Nous avions fini de toute façon, se contenta de lui répondre Arthur.
Les deux hommes se rapprochèrent donc de la cuisine et vinrent naturellement saluer la nouvelle arrivante.
- Tu as meilleure mine, fit remarquer Mr Weasley.
- … Merci, acquiesça-t-elle, gênée par le regard curieux d'Arthur.
Tonks le soutint pourtant mais mit quelques longues secondes avant de reporter son attention sur Remus. D'une main nerveuse, la jeune femme glissa une mèche de ses cheveux pâles derrière son oreille puis leva enfin les yeux vers lui. Celui-ci inspira profondément et se lança.
- Nymphadora, salua-t-il sobrement.
- Rem...
Mais avant qu'elle ait fini de le nommer, Lupin s'était penché et frôlait ses lèvres d'un baiser dénué d'ambiguïté. Ce fut doux, léger mais d'une intimité exacerbée par les multiples témoins de cet échange. Jamais jusqu'ici il ne s'était permis le moindre épanchement public, jugeant depuis toujours cela déplacé… mais lorsque ses lèvres goûtèrent de nouveau celles si délicieuses de Nymphadora, il se surprit à tout oublier.
Lorsqu'il se redressa enfin à regret, Remus croisa le regard stupéfait de la jeune femme et avisa avec amusement ses joues qui rougissaient joliment.
- Tu vas bien ? demanda-t-il sur le ton de la conversation.
Jetant un rapide coup d'œil autour d'elle, Tonks émit un léger raclement de gorge afin de s'éclaircir la voix puis acquiesça.
- Ca va oui… Merci.
Les boucles de Tonks rosirent à leur tour mais personne ne fit le moindre commentaire et tous prirent place autour de la table de la cuisine. Partagé entre un restant de gêne et une bonne dose de trouble, Lupin préféra ignorer le regard approbateur de Molly, celui amusé de Fol Œil et ceux curieux du reste de l'assemblée. Il voulait ne garder que le soulagement, le profond soulagement qu'il éprouvait. Tout n'était pas encore totalement joué mais il savait que par ce baiser, il l'avait en partie convaincue.
S'adossant à sa chaise, il leva donc un regard fébrile vers Nymphadora, assise juste en face de lui. Nonchalamment installée, la jeune femme répondait d'un hochement de tête à la cafetière qui s'était présentée à elle, et observait sa tasse se remplir avec un sourire qui lui fit oublier tout embarras.
Elle était heureuse. Il était parvenu à la rendre heureuse. C'était finalement tout ce qui importait.
Un raclement de chaise le sortit de son euphorie soudaine et tous se tournèrent vers Arthur Weasley.
- Bien, commença-t-il, présidant naturellement cette réunion ayant lieu sous son toit. Après les évènements de la nuit, il est évident que nous devons prendre dès maintenant des mesures afin de… pallier l'absence de Dumbledore.
Les visages s'étaient aussitôt fermés.
- Minerva, Alastor, Molly et moi en avons longtemps discuté cette nuit et nous sommes finalement tombés d'accord. Personne n'est assez idiot pour se croire capable de remplacer seul Dumbledore. Aussi avons-nous décidé de mettre en place un conseil chargé de diriger le nouvel Ordre.
Des hochements approbateurs se firent autour de la table et Arthur poursuivit :
- A la tête de ce conseil, nous avons choisi les plus anciens membres…
- … Ainsi que les plus susceptibles d'apporter un avantage quelconque, intervint Fol Œil de sa voix bourrue.
- Exactement. Donc voici les personnes en question : Alastor Maugrey, Minerva McGonagall qui est à présent en charge de Poudlard, Dedalus Diggle, Hestia Jones, Remus Lupin et enfin… moi-même.
Mr Weasley se tut, attendant des critiques éventuelles mais personne n'émit la moindre remarque.
A l'annonce de son nom, Remus avait senti comme des picotements le long de sa colonne vertébrale. Il savait pourtant. Arthur lui en avait longuement parlé ce matin même. Mais malgré cela, il n'avait pu maîtriser son contentement ni empêcher ses joues de se colorer de plaisir.
Il avait vraiment trouvé sa place parmi tous ces gens. Il n'était plus seul.
Remus leva les yeux vers Nymphadora et reçut son sourire avec un soupir ému. Elle se permit même un clin d'œil avant de reporter son attention sur Arthur.
- Ça fait peu de femmes, bougonna-t-elle. Pourquoi Molly n'en fait pas partie ?
Celle-ci leva aussitôt les mains et secoua vigoureusement la tête.
- Oulà non ! Je ne veux pas… On me l'a proposé mais… Avec les enfants au sein de l'Ordre… je serais incapable de rester impartiale, dit-elle, le visage pâle.
Tonks acquiesça de suite. Nul ne pouvait remettre en question de tels propos.
- J'abonde bien évidemment dans le sens de Molly, avoua à son tour Arthur. C'est bien joli sur le papier mais… jouer la vie de mes fils, je ne sais pas si j'en serai capable.
- Tout le monde a quelqu'un à protéger, intervint Dedalus.
Alastor s'adossa à sa chaise et prit la parole :
- La meilleure chose à faire est de renoncer au vote à l'unanimité et passer à la majorité.
- Je suis d'accord, approuva Arthur en soupirant.
- Dans ce cas, il va falloir prendre une personne de plus dans le conseil, fit remarquer Remus. Il faut un chiffre impair pour départager et nous sommes six.
Un silence se fit autour de la table mais Maugrey mit rapidement un terme à l'indécision générale.
- Je propose Shacklebolt.
Kingsley redressa aussitôt la tête.
- On connaît tous ses compétences, poursuivit tranquillement Fol Œil. Et puis il a un poste clé. En étant proche du Premier Ministre, il a affaire directement avec Scrimgeour. On ne sait pas trop comment les choses vont évoluer mais si le Ministère accepte de travailler en collaboration avec l'Ordre, il serait bon d'avoir quelqu'un pour faire le lien.
- C'est juste, approuva Arthur. Kingsley ? Qu'en dis-tu ?
Celui-ci passa sa large main sur son crâne chauve puis acquiesça.
- Eh bien, j'en serai ravi, bien sûr, répondit-il avec une gravité qui dénotait une conscience parfaite de ses nouvelles responsabilités.
- Très bien, dit Mr Weasley. Bien sûr, le conseil va devoir voter officiellement ta candidature mais je pense qu'il ne s'agit là que d'une formalité.
Ils abordèrent ensuite d'autres points, puis la conversation dériva vers le décès de Dumbledore et ses répercutions.
- Je suis passé au Ministère juste avant de venir et la nouvelle avait déjà fait le tour des bureaux, raconta Kingsley.
- Hun ! ricana Fol Œil en se servant une nouvelle tasse de café. Scrimgeour doit faire dans sa robe ! Trois de ses Aurors absents pendant l'attaque. Lorsque la Gazette va apprendre ça…
Mais Shacklebolt secoua la tête.
- Et bien je vais te surprendre mais ce n'était pas le sujet principal. Figurez-vous que plusieurs hiboux sont arrivés de Ministères étrangers.
Remus haussa les sourcils.
- Pour quelle raison ?
- Eh bien… En l'espace de quelques heures à peine, la mort de Dumbledore a évidemment fait le tour de la communauté des Sorciers et des Aurors, avec l'accord de leurs gouvernements, ont proposé leur aide.
- Ils veulent rejoindre l'Angleterre ? demanda Tonks interloquée.
Un sourire étira les lèvres charnues de Kingsley.
- Non, ils veulent rejoindre l'Ordre, répondit-il.
Un silence incrédule se fit dans la pièce et Fol Œil fut une nouvelle fois le premier à réagir. Il frappa de son poing la table de la cuisine dans un cliquetis de vaisselles.
- Ah ben ça ! Par Merlin ! C'est une excellente nouvelle ! Vous croyez que ce vieux fou de Dumbledore avait prévu un truc pareil ?
- Je doute qu'il ait prévu de se faire tuer, railla Molly en épongeant la table à présent maculée de café.
- Il va rapidement falloir les aiguiller vers nous, intervint Dedalus.
- Oui enfin… Va surtout falloir enquêter sur ces types !
Tous sourirent en entendant Alastor Maugrey perdre son enthousiasme au profit de sa méfiance légendaire.
- Je vais me charger de les recevoir individuellement, dit Remus. Nous ne savons pas encore s'ils seront nombreux à nous rejoindre mais… il me semble judicieux de leur demander leurs qualifications exactes ainsi que leurs capacités personnelles.
- Excellente idée, approuva Arthur avant de reporter son attention sur Kingsley. Tu as déjà des noms, tu as pu voir les lettres en question ?
L'Auror acquiesça.
- Quelques unes. Les premières venaient des pays voisins bien sûr. Il y avait Henry Doyle, Cameron Macwiden, Amy O'Neill...
- Je la connais, elle, intervint Fol Œil. Un bon Auror.
- Pierre Leduc, Logan Olds…
Tonks redressa la tête.
- Ce nom me dit quelque chose ?
- Elle est Auror au Ministère Ecossais, Colin avait dû t'en parler puisqu'il a travaillé là-bas.++
Nymphadora cilla à l'évocation de son ami mais elle se reprit très vite.
- Ah oui ! C'est pas elle qui saoulait tout le monde avec Sirius ?
Shacklebolt hocha de nouveau la tête en s'adossant à sa chaise.
- Si, un vrai Gobelin. Pas du genre à lâcher sa proie. Je l'ai rencontrée plusieurs fois. Elle ne paie pas de mine mais je lui mets un Optimal pour sa ténacité.
- C'est toujours bon d'avoir ce genre de personne avec nous, approuva Arthur. Bien. Je crois que tout le monde sait ce qu'il a à faire. Kingsley, tu diriges les nouvelles recrues vers Remus. Mais il est hors de question d'intégrer n'importe qui à l'Ordre. Ils restent au Ministère.
- Il va falloir s'entretenir avec Scrimgeour, fit remarquer Lupin. On va être obligé de passer par lui.
- Je m'en occupe, conclut Arthur.
Sur ces dernières paroles, la réunion prit fin. Les chaises raclèrent le sol, un brouhaha léger se fit et Remus jeta un œil vers Nymphadora qui gagnait lentement le salon. Il s'excusa auprès de Molly qui l'assaillait déjà de questions puis rejoignit la jeune femme à l'écart. Malgré le comportement ouvert de Tonks, il continuait de craindre un revirement soudain, mais elle l'accueillit d'un chaleureux sourire et il se détendit.
- Félicitations, lança-t-elle joyeusement. Tu mérites amplement ta place à la tête de l'Ordre.
- Merci, répondit-il avec émotion. C'est important pour moi.
- Je le sais.
Ils se sourirent.
- Comment vas-tu ? s'enquit-il de nouveau, scrutant le visage de Tonks sans vergogne.
- Bien, ça va… le rassura-t-elle doucement.
Il acquiesça nerveusement puis aborda le sujet qui lui tenait à cœur.
- Tu sais… Pour le baiser de tout à l'heure…
- Ne t'inquiète pas. Je ne m'attends pas à avoir ce traitement à chaque fois. Je te connais. Mais le geste m'a touchée. Vraiment.
Il hocha la tête, soulagé. Non pas que cette situation lui avait profondément déplu – embrasser Nymphadora, comment trouver cela déplaisant ? – mais devant tous ces gens… Il n'était définitivement pas à son aise.
- Donc… Tous les deux… Je veux dire… Tout va bien entre nous, maintenant ? s'enquit-il afin de faire taire ses dernières craintes.
La jeune femme partit d'un rire franc.
- Par Merlin ! Quel handicapé des sentiments tu fais ! s'exclama-t-elle.
- Je ne suis pas habitué ! se défendit-il aussitôt.
L'hilarité de Tonks s'atténua et elle observa son visage avec tendresse.
- Ça viendra, répondit-elle en posant une main sur son bras.
Mais elle la retira aussitôt.
- Ne fais pas ça, murmura-t-il.
La jeune femme leva vers lui un regard inquiet et se mordit la lèvre.
- Que… Quoi ?
Lupin se saisit de la main de Tonks et mêla ses longs doigts aux siens.
- J'aime que tu me touches, lui dit-il doucement.
Nymphadora l'observa de son regard troublé. Ses yeux glissèrent jusqu'à leurs mains liées puis revinrent se poser sur son visage. Un sourire étira bientôt ses jolies lèvres et Remus se détendit face à son air mutin.
- Tu veux dire que s'il me prend l'envie de te sauter au cou, là, devant tout le monde… ce ne sera pas un motif de rupture ? lui dit-elle alors.
Quelque peu inquiet, Lupin jeta un coup d'œil vers le groupe toujours présent dans la cuisine. Si jamais Tonks venait à s'exécuter, l'Ordre ne perdrait rien du spectacle. Mais que pouvait-il répondre hormis :
- Non, ça ne sera jamais un motif de rupture.
Nymphadora haussa un sourcil espiègle, posa les mains sur les épaules du Maraudeur puis éclata de rire devant l'expression paniqué de son visage.
- Décompresse, Remus ! chuchota-t-elle alors. Jamais je ne te ferai une chose pareille !
Lupin ferma les yeux de soulagement et le sourire de Tonks s'accentua.
- Enfin, qui sait ? rajouta-t-elle en s'écartant.
- Je suis préparé au pire, répondit vaillamment Remus.
- Très bien, mais à tes risques et périls !
Le regard calculateur de la jeune femme ne rassura guère le Maraudeur mais il la vit à regret jeter un œil à la pendule du salon.
- Je dois prendre ma surveillance dans 10 minutes, prévint-elle en soupirant.
Elle ne semblait pas plus pressée que lui de le quitter.
- Très bien, acquiesça-t-il cependant. Donc on se voit demain, pour l'enterrement ?
Un léger froid se fit à ce rappel.
- Eh bien… hésita-t-elle. Je finis ce soir à 23 heures. Si tu en as envie, tu peux toujours passer après.
Remus sentit son sang bouillir dans ses veines en croisant l'œillade suggestive de Nymphadora. Humectant machinalement ses lèvres, il se contraignit à calmer une impatience soudaine.
- Tu es sûre ? Tu ne veux pas attendre un peu plus ?
- Tu veux attendre, toi ? demanda-t-elle en haussant les sourcils.
- Non.
Sa réponse avait fusé si spontanément qu'un sourire amusé éclaira le visage de la jeune femme.
- Alors moi non plus. Je crois que nous avons suffisamment attendu comme ça.
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Remus transplana aux abords de Pré-au-Lard avec la crainte d'avoir oublié une partie de son corps derrière lui. Il se sentait tellement impatient, fiévreux, agité, que depuis près d'une heure, il se trouvait incapable de se concentrer sur quoique ce soit. Cette journée lui avait semblé interminable.
Elle avait été pourtant bien remplie puisqu'il s'était déjà mis au travail et avait rencontré près d'une dizaine d'Aurors venant de divers pays. Sans compter que Kingsley lui avait envoyé un Patronus en soirée, lui annonçant que les hiboux continuaient d'affluer du monde entier.
La mort brutale de Dumbledore avait provoqué un violent désir de rassemblement . La communauté des sorciers avait enfin pris conscience que seule l'union viendrait à bout du règne de Voldemort. Les gens ne pouvaient plus se tourner les pouces en espérant qu'Albus Dumbledore mettrait un terme à tout cela. Plus personne n'était à l'abri.
A peine Remus avait-il fait un pas sur le chemin menant à Poudlard qu'un Auror sortait des sous-bois et l'interpellait. Lupin se présenta et fut soulagé de voir que sa visite avait été annoncée par Nymphadora. L'homme le guida jusqu'à la grille de l'école soigneusement fermée, envoya un Patronus puis attendit l'arrivée d'un second Auror patrouillant dans l'enceinte du château.
Espérant voir Tonks l'accueillir, Lupin déchanta en reconnaissant la silhouette trapue de Dawlish. Celui-ci rejoignit le portail de son pas lourd et fit signe à son collègue de partir.
- C'est bon Williamson, dit-il de sa voix sèche. Je prends le relais.
Le dénommé Williamson acquiesça puis disparut bientôt dans l'obscurité de la nuit. Un silence se fit et Remus finit par s'impatienter. La grille était toujours close devant lui et Dawlish ne semblait pas pressé de l'ouvrir.
- Vous pourriez me laisser entrer ? Je dois voir Nymphadora Tonks.
- J'ai été prévenu, en effet, grommela l'Auror en enfonçant nerveusement ses mains dans ses poches.
Surpris, Remus fronça les sourcils. Il était surprenant de voir un homme tel que Dawlish soudain si agité. L'homme se racla la gorge, passa une main agacée dans ses cheveux gris puis soupira.
- Bon, euh… Vous comprenez bien qu'on ne peut pas prendre le risque de faire entrer n'importe qui. Et comme Tonks était occupée, elle m'a envoyée pour vous recevoir.
Lupin attendit mais comme la suite semblait avoir quelques difficultés à sortir de la bouche de l'Auror, il acquiesça.
- Je comprends… Et ?
- Eh bien… J'ai donc une question à vous poser afin de vérifier votre identité.
Remus sentit ses joues s'enflammer.
Si Dawlish semblait si mal à l'aise, il ne pouvait y avoir qu'une raison : la question devait être très personnelle.
Avec une gêne mutuelle et évidente, les deux hommes s'observèrent puis Lupin finit par soupirer.
- Allez-y…
Plus vite ce sera fait…
- Votre record en… sport en chambre ?
Le visage déjà empourpré de Remus s'embrasa violemment. Mortifié, il passa une main tremblante sur sa figure, fuyant au passage le regard embarrassé de l'Auror.
- Nymphadora… grommela-t-il pour lui-même.
C'était une belle vengeance à n'en pas douter, et il l'avait bien mérité mais tout de même… Pour un peu, il aurait tourné les talons afin de fuir en courant. Mais l'idée de faire payer cela à Tonks d'une façon ou d'une autre le réconforta quelque peu.
Inspirant profondément, il tenta de chasser les images licencieuses qui assaillirent soudain ses pensées puis releva la tête. Dawlish attendait toujours, observant les grilles du château avec une attention extrême.
- Est-ce qu'il y a… bredouilla Remus, plus gêné que jamais. Est-ce qu'il y a une indication quelconque… ?
- … En une nuit, répondit l'Auror après s'être de nouveau raclé la gorge.
Par Merlin… Jamais il n'avait vécu scène plus embarrassante de sa vie.
- … Quatre, souffla-t-il finalement.
Mais sa réponse ne sembla pas parvenir à Dawlish car celui-ci fit un pas vers la grille en tendant l'oreille dans sa direction.
- Pardon ?
- Quatre fois, répéta-t-il donc en fermant les yeux de honte.
L'Auror soupira de soulagement, Lupin en fit de même puis les grilles s'ouvrirent dans un crissement léger. Remus pénétra dans l'enceinte du château et s'empressa de s'excuser.
- Je suis vraiment désolé pour tout ça… Nymphadora est parfois… Enfin… Elle est si…
Il cherchait encore le terme exact lorsqu'il parvint à hauteur de Dawlish. Celui-ci venait de refermer le portail et tournait vers lui un regard si intéressé que Lupin fronça les sourcils.
- Si quoi ? insista l'Auror.
Remus sentit ses nerfs se tendre et son exaspération décupler.
- Si culotée ! Nymphadora, comment as-tu pu me faire une chose pareille !
Le rire de Dawlish lui répondit, un rire sourd mais qui peu à peu perdit de sa gravité. Les cheveux gris prirent bientôt une teinte rose vif et l'homme trapu perdit en stature. La cape que l'Auror tenait fermée d'une main s'ouvrit et dévoila une tunique sombre mais féminine.
- Avoue que c'était drôle ! s'exclama Tonks en pouffant toujours.
- Peut-être pour toi, mais je n'ai jamais été aussi…
- Humilié ? proposa la jeune femme entre deux hoquets.
- C'était le but recherché, non ? grommela-t-il.
- Absolument pas ! Tu aurais vu ta tête, franchement ! J'ai cru m'étouffer de rire plusieurs fois !
Ce qu'elle fit, encore une fois.
Remus se mordit la lèvre afin de réfréner une envie soudaine de la prendre dans ses bras. Il adorait l'entendre rire. Cela faisait si longtemps qu'elle ne l'avait plus fait. Mais il était hors de question pour lui de l'avouer. C'était beaucoup trop dangereux.
- Trop tard, Remus ! fit-elle, hélas. J'ai vu ton sourire !
Lupin leva les yeux au ciel.
- Il vaut mieux que tu saches à quoi t'attendre dès maintenant ! poursuivit-elle, un sourire en coin. N'as-tu pas dit ce matin que tu étais prêt au pire ?
- Je reviens sur mes paroles. Avec toi, impossible de prévoir ce qui va me tomber dessus.
- Et ça t'embête ? demanda-t-elle en inclinant la tête de côté.
Remus observa le joli visage de Nymphadora et glissa un doigt sous le menton de la jeune femme.
- Non, souffla Lupin. Mais n'oublie pas que je suis vieux. J'ai le cœur fragile, marmonna-t-il avec humour.
La main de Tonks vint se poser doucement sur son torse et un délicieux frisson le traversa de part en part.
- Il me semble plutôt fort et vigoureux, répliqua-t-elle en souriant. Très vigoureux même.
Si vigoureux que Remus n'entendait que lui. Violent, vivant. L'émotion l'empêchait même de parler. Les doigts de la jeune femme glissèrent sur sa chemise, le long de son bras et rejoignirent lentement sa main. Elle s'en saisit puis lui fit signe de la suivre d'un hochement de tête.
Le chemin jusqu'à la chambre de Nymphadora lui parut à la fois court et interminable. Ses yeux ne lâchaient plus la silhouette élancée de la jeune femme. Il avait la sensation de flotter hors de son corps, loin de tout ce qui faisait de son monde un univers gris. Il pénétrait dans un cocon de douceur, à son image. Chaque sourire, chaque regard, chaque caresse lui confirmait la justesse de sa décision.
Il était heureux. Parfaitement heureux pour la première fois de sa vie.
FIN
Note des auteurs
J'ai été ravie de participer à cette « aventure poterienne » avec mon Grand maître, j'ai nommé Hito… que je remercie pour avoir continué à publier cette fic sous le pseudo « Ghitoc », alors que je l'ai lâchement abandonnée en plein milieu. Dix mois sur une fic et 400 pages, c'est vraiment trop pour moi. lol Et un grand merci à tous ceux qui nous ont laissé des coms.Gjc597
Et voilà, c'est fini ! Un immense merci à nos revieweurs assidus ! Sans vous, nous aurions sûrement abandonné en chemin. Ce dernier chapitre fait le lien avec ma fic « Renaissance ». La pseudo fin que j'ai donné aux romans Harry Potter. Ce n'est pas du Rowling et je passe rapidement sur les Horcruxes mais, n'ayant pas encore lu le tome 7 et ne sachant pas encore qui survit… j'ai préféré faire ce choix. Mes histoires se terminent toujours bien. Je n'aime pas et n'écrirai jamais de drames ;-) A ceux et celles qui me demanderont une suite à Lunard une fois que j'aurai lu le tome 7, je réponds « non, désolée ». Cette fic fait déjà plus de 400 pages. J'ai envie d'écrire sur autre chose. Voilou ! Merci encore !Hito (qui déteste lorsque GJC écrit « Grand maître »… ça se paiera, Nom d'un troll à lunettes !!)
Et en bonus, voilà un dessin fait par Bubulle… mon autre moitié de cerveau : http://imgoxy02.free.fr/file/112358.15297.jpg
