Disclaimer : Bla bla bla pas à moi, bla bla bla, personnages et lieux à JKR, bla bla bla pas d'argent... ça va comme ça ?
Remerciements : Lupinette, as usual, pour sa patience, ses conseils, son aide précieuse. Sans toi, que ferais-je ? Là est la question. Et encore une fois, à tous les lecteurs qui m'ont laissé des reviews. Merci pour votre soutient et vos encouragements, vos commentaires et l'aide que vous m'apportez sans forcément le savoir.
Minuscule résumé : Après avoir découvert moult changements pour le moins déplaisants, Harry passe un moment seul avec Hagrid. Le demi-géant lui explique qu'il pourra peut-être rejoindre les membres de l'Ordre du Phénix dans quelques jours, puisqu'il aura 17 ans (âge de la majorité chez les sorciers). Harry s'imagine alors revenir en compagnie de Ron et Hermione au QG de l'Ordre, et décide que finalement, il peut se passer du retourneur de temps et continuer à vivre ici.
Chapitre 4 : Retour à la réalité
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Harry passa une nuit idyllique. En trois semaines, c'était la première fois qu'il ne faisait aucun cauchemar, qu'il ne se réveillait pas en sueur à trois heures du matin, ou qu'il dormait plus de cinq heures. La soirée qu'il avait passée chez Hagrid lui avait remis les idées en place. Pourquoi s'était-il posé tant de questions alors que les réponses étaient là, sous son nez ? Pourquoi s'était-il rendu malade alors qu'en une soirée, tout avait été éclairci ? En se réveillant ce matin-là, Harry se sentait incroyablement bien. Les rayons du soleil de juillet filtraient par son rideau, et le Gryffondor s'étira de tout son long, sentant chaque muscle se contracter puis se relâcher avec délectation. Il prit le temps de s'habiller, puis descendit dans la salle commune où il aperçut Jessie, seule, adossée à un fauteuil. L'idée de pouvoir rejoindre ses parents, Sirius et tous les membres de l'Ordre rendait Harry dans un tel état d'euphorie qu'il s'avança vers sa petite amie le cœur en fête.
- Salut ! lui dit-il, tout sourire.
- Salut, répondit-elle d'un air détaché.
Harry se pencha pour l'embrasser. Jessie se laissa faire sans entrain. Harry se demanda si elle lui tournait le dos par rapport à ses doutes sur sa relation avec Hermione. Peut-être était-elle rancunière ? La dispute s'était pourtant plutôt bien terminée, il n'était pas logique qu'elle continue à lui faire la tête. Peu importait à Harry. Il était dans un état presque second, et pour la première fois depuis qu'il avait utilisé le retourneur de temps, il décidait de ne pas faire attention à ce qui l'entourait. Son idée fixe était maintenant de survivre tant bien que mal jusqu'à ce que Hagrid lui dise si oui ou non Ron, Hermione et lui pouvaient rejoindre les rangs de l'Ordre avant la fin de leurs études. En dehors de cela, rien ne pouvait plus perturber Harry. Il avait accumulé tant en quelques semaines que rien ne pouvait plus le déstabiliser. Il décidait donc de vivre au jour le jour, et de ne plus s'en faire. Après tout, si Jessie avait mauvais caractère, c'était son problème à elle. Il faisait déjà bien assez d'efforts, il aurait très bien pu la laisser tomber plutôt que de jouer au petit ami modèle. Il estimait qu'il n'avait rien à se reprocher. Sans lui, elle ne serait même pas sur cette Terre. Il décida d'agir comme s'il n'avait pas remarqué le comportement irrité de Jessie.
- On descend à la Grande Salle ? demanda-t-il, son ventre gargouillant en guise d'écho.
- Non, vas-y tout seul, répondit-elle en regardant ses pieds. J'attends Ginny.
- Je peux l'attendre aussi.
- Je ne préfère pas, j'ai des choses à lui dire.
Ce qui en langage féminin signifiait : « fiche le camp, je dois lui parler de toi et de ton comportement puéril d'hier ». Harry aurait bien voulu se montrer conciliant, bien qu'il n'y eût pas vraiment de raison. Si Jessie s'était fait des idées, ce n'était pas à lui d'en payer les pots cassés. D'autant qu'il se souvenait l'avoir consolée. Les filles étaient décidément des êtres à part. Quoi qu'il en soit, si Harry avait accepté de laisser sa petite amie seule, il n'eut pas le temps d'esquisser un mouvement que Ginny le héla.
- Harry ! Harry, attends !
L'estomac du Gryffondor fit une pirouette en voyant Ginny se précipiter vers lui, ses magnifiques cheveux flamboyants volant derrière elle. Harry aurait tellement voulu qu'elle se jette dans ses bras, comme elle l'avait fait lorsque quelques semaines auparavant, Gryffondor avait gagné la coupe de Quidditch. Il aurait tellement aimé la prendre dans ses bras, et sentir sa peau contre la sienne. Quelle injustice d'avoir droit au bonheur de l'amour pour en être interdit à peine après y avoir prit goût. Le retourneur de temps fit de nouveau irruption dans la tête de Harry pendant un instant, revenir au temps où il pouvait embrasser Ginny aussi souvent qu'il le voulait. Mais il chassa cette pensée de sa tête. Si Ginny et lui étaient vraiment faits l'un pour l'autre, il finirait par la reconquérir. Peut-être lui faudrait-il un peu de temps, surtout qu'elle était la meilleure amie de Jessie, mais les obstacles ne lui faisaient plus peur.
- Tu as vu Harry ? Pour le week-end prochain ? dit-elle une fois arrivée à sa hauteur.
- Non. Qu'est-ce qu'il y a le week-end prochain ? demanda Harry, ne pouvant s'empêcher de dévorer Ginny des yeux. Il essaya de changer d'attitude, inutile de déclencher à nouveau les foudres de Jessie qui le croyait déjà amoureux d'Hermione.
- Sortie à Pré-au-Lard ! Et j'en ai parlé avec Colin, même les 5ème ont droit de sortie cette fois, c'est génial ! Et comme Rogue ne sera bien sûr pas là, tu sais ce que ça veut dire ? demanda-t-elle les yeux pétillants.
- Ça veut dire… que… on ne l'aura pas sur le dos ? hésita Harry.
- Exactement ! Ce qui signifie, réunion au sommet ! J'ai hâte… Tous les membres du PL réunis dans la même salle, au même moment. Ça ne nous est jamais arrivé. Bien sûr, il nous faudra tout de même être vigilants. Je pense que si on fait ça aux Trois Balais, ça ne devrait pas poser trop de problèmes. Tout le monde sait que Madame Rosmerta est de notre côté. Mais on ne sait jamais quels clients peuvent être là. Ou alors, nous pourrions utiliser la cabane hurlante ? Même si elle fait peur à certaines élèves, si nous sommes une vingtaine à l'intérieur, il n'y aura pas de problèmes. Et même si les habitants de Pré-au-Lard remarquent notre présence, ils croiront que ce sont des manifestations ectoplasmiques. Qu'est-ce que tu en dis ? Il faut qu'on se dépêche pour mettre tout ça sur pied. Il faut que j'en parle à Parvati, puis à Colin, à Justin…
Pendant que Ginny continuait son monologue enflammé sur l'évènement de la semaine prochaine, Jessie, quant à elle, continuait inexorablement d'afficher un air renfrogné. En y réfléchissant, elle était tout simplement aussi têtue que son père. Harry se souvenait avoir été vexé par l'attitude de Sirius, qui n'hésitait pas à montrer sa déception lorsque le Gryffondor se montrait moins tête brûlée que les Maraudeurs. Harry avait tout de même du mal à comprendre comment elle pouvait continuer à adopter un comportement aussi puéril alors qu'enfin une bonne nouvelle venait d'arriver. Et comme bonne nouvelle, on aurait difficilement pu faire mieux. A part bien sûr la chute de Voldemort. Mais une sortie non surveillée à Pré-au-Lard permettrait en effet aux membres du PL (Poudlard Libre) de pouvoir se concerter, et cette fois, tous en même temps. Pour une fois, il n'y aurait pas à passer les informations d'un bout à l'autre de l'école en faisant attention aux statues, tableaux, fantômes et autres délateurs potentiels. Pour une fois, les sujets pourraient être mis à plat à voix haute, et sans barrière. Tout cela serait bien entendu possible sous condition d'une parfaite organisation. Un évènement d'une telle ampleur ne pouvait être surpris par un membre de la brigade anti-fraude. Harry ne pouvait imaginer la punition que ses camarades et lui écoperaient en un tel cas de figure.
°°°
Trois jours passèrent, sans que Harry n'eut de baisse de moral. Jessie lui faisait toujours plus ou moins la tête, mais cela l'arrangeait. Elle s'attendait probablement à ce qu'il fasse le premier pas pour la dérider, mais ne plus se sentir obligé de rester proche de celle qu'il voulait éviter était un luxe auquel Harry avait pensé qu'il n'aurait pas droit. Il attendait certes toujours la réponse de Hagrid avec fébrilité, mais il ne pouvait imaginer qu'elle soit négative. Ses parents ainsi que Sirius et les Weasley se débrouilleraient pour voir rentrer leurs enfants un an plus tôt qu'ils ne l'espéraient. Une seule chose dérangeait Harry dans ce plan. L'idée que personne n'y ait pensé plus tôt était étrange. Mais Harry refusait de voir un nuage aussi noir dans son horizon pour une fois clair. Après tout, les membres de l'Ordre n'avaient pas tous des enfants encore à Poudlard lorsque Voldemort en avait prit les commandes, et à part pour Percy, il n'était pas primordial pour eux de trouver un moyen pour que leurs enfants encore en première année soient rapatriés à leurs dix-sept ans. Peut-être même que tout avait déjà été pensé pour que Harry et Ron rejoignent l'Ordre dans quelques semaines, mais que Hagrid n'en savait rien.
Quoi qu'il en soit, Harry eut trois jours de répit avant de recommencer à s'inquiéter. L'idée de rejoindre dans quelques semaines l'Ordre lui avait fait perdre la tête. Mais la vue d'Hermione le ramenait toujours à la réalité. Il ne voulait plus s'en faire pour elle, il savait que si tôt qu'il atteindrait sa majorité, il l'emmènerait avec lui au 12, square Grimmaurd, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que Malefoy avait bien pu faire à Seamus pour l'envoyer à l'infirmerie. « Je ne veux pas que tu finisses comme Seamus par ma faute », lui avait-elle dit lors de leur rencontre dans les toilettes de Mimi Geignarde. Pourquoi avait-elle tant voulu garder les agissements de Malefoy secrets ? Harry savait qu'Hermione ne devait avoir en lui qu'une confiance limitée, mais de là à se cacher dans un tel mutisme, cela le rendait fou. Hermione n'avait jamais été du genre à se plaindre pour un rien, et elle était très douée pour garder les secrets. Harry savait qu'il n'obtiendrait rien de plus s'il lui demandait, quitte à la harceler. Et l'ignorance le rendait malade. Il redoutait d'apprendre ce que cette vermine de Malefoy avait bien pu faire, une basse vengeance pour l'intervention salvatrice de Hagrid. Harry ne voulait pas savoir, mais chaque fois que son regard croisait celui d'Hermione, un intense sentiment de culpabilité lui tordait l'estomac. Il fallait qu'il sache.
La personne la mieux placée pour connaître enfin la raison du séjour de Seamus à l'infirmerie était probablement Lavande. En tant que membre du PL, elle était la reine des bruits de couloirs. Elle connaissait ainsi toutes les petites histoires de cœur du château, les rumeurs sur tel ou tel élève, et elle était au courant du moindre incident. Ainsi, lorsque Harry lui demanda si elle était au courant de ce qui était arrivé à Seamus, elle pu lui répondre du tac au tac.
- Bien sûr que je suis au courant, avait-elle répondu d'un ton presque choqué, comme si Harry l'insultait de douter de ses facultés.
- Alors ?
- Alors, cette Hermione Granger a eu de la chance que Finnigan, son presque petit ami, se soit trouvé dans les parages.
- Presque petit ami ?
- Oui, ils ne sont pas ensemble, mais c'est tout comme. Ils passent leurs journées l'un avec l'autre, et n'importe qui d'un peu observateur aurait remarquer que Finnigan la dévorait sans cesse des yeux. Je crois que la seule chose qui les sépare, c'est ce stupide règlement qui sous-entend que les relations plus qu'amicales entre élèves de la 5ème maison sont prohibées.
- Tu rigoles ?
- Malheureusement, non.
- Et donc, qu'est-il arrivé à Seamus ?
- Ah oui. Et bien Malefoy a fait irruption après leur cours de Potions, et il a coincé Hermione Granger dans un couloir désert. D'après ce qu'on dit, il a commencé à… disons, à la coller d'un peu trop près.
- QUOI ? aboya Harry sur la pauvre Lavande, qui sursauta.
Il n'en revenait pas de ce qu'il entendait. Il croyait pourtant connaître Malefoy, mais jamais il n'aurait pensé qu'il s'abaisserait à ce niveau. Harry ne lui accordait pourtant pas beaucoup de qualités, mais là, c'était le summum de la perversité. Jamais il n'aurait cru ça possible, d'autant que la haine que vouait Malefoy à Hermione était aussi évidente et puissante que celle qu'il portait à Harry. Était-ce là sa façon de rabaisser encore un peu plus Hermione ? Était-ce le seul moyen qu'il avait trouvé afin de la soumettre à sa volonté ? Jusqu'où était-il allé ? Harry hésitait entre en demander plus et se taire, effrayé de ce qu'il pouvait découvrir. Son instinct fut plus fort que sa raison.
- Qu'est-ce qu'il lui a fait ? Il ne l'a pas…
- Non, quand même pas. Mais, disons que je préfère ne pas m'imaginer ce qui aurait pu se passer si Finnigan n'était pas intervenu.
- Et qu'est-ce qui s'est passé quand Seamus est arrivé ?
- Tu imagines dans quel état il devait être. Trouver celle qu'il aime sous les mains d'un autre, et contrainte à le laisser faire en plus. Parce qu'évidemment, Malefoy avait plongé Hermione Granger sous un sortilège que je ne connais pas très bien. C'est moins fort qu'un Imperium, parce que celui qui lance le sort n'est pas maître de sa victime, mais celle-ci est contrainte à ne pas se défendre.
- C'est horrible ! Je n'arrive pas à croire qu'il ait osé faire ça. Même Malefoy !
- Oui je sais, c'est immonde. Mais que veux-tu ? Quand tout nous tombe dans la bouche sans qu'on ait à lever le petit doigt, que le monde est à nos pieds sans avoir à faire d'efforts, on finit par croire qu'on a tous les droits.
- Mais, enfin je ne comprends pas. Malefoy déteste Hermione, il aurait pu lui faire n'importe quoi d'autre ! Il aurait pu la blesser, lui infliger une punition…
- Tu ne comprends toujours pas comment ces gens-là pensent ? Comment ils agissent ? C'est simple, il a tapé là où ça fait le plus mal. Il n'a pas cherché très longtemps, il l'a blessée dans son estime. Je n'ose même pas m'imaginer comment elle doit se sentir à présent. C'est presque un viol.
- C'est un viol ! Il a forcé Hermione à supporter ses attouchements, c'est la définition exacte d'un viol !
- Oui, je sais. Quoi qu'il en soit, lorsque Finnigan a vu ça, il était fou de rage. Comme le cours de Potions était leur dernier cours de la journée, tous avaient rendu leurs baguettes à la fin de la classe, Finnigan a donc fait avec les moyens du bord. Il a sauté sur Malefoy et l'a roué de coups. Mais Malefoy avait sa baguette, et il lui a lancé le Sectumsempra.
- Tu plaisantes ?
- Hélas, non. Heureusement, Malefoy avait déjà mis tellement de puissance dans le sort qu'il avait lancé à Hermione Granger que les dégâts sur Finnigan ont été assez superficiels. Mais bien sûr, l'affaire a été étouffée.
Harry remercia Lavande pour ses informations, dont il ne pouvait malheureusement pas douter de la véracité. La hâte qu'il avait de rejoindre l'Ordre s'accroissait encore un peu plus. Il voulait emmener Hermione loin de tout ça, même s'il ne pourrait jamais effacer ce qui s'était passé. Mais en ce qui concernait la conduite monstrueuse de Malefoy, Harry ne savait pas s'il devait montrer à son amie qu'il était au courant ou faire semblant de ne pas en savoir plus que ce qu'elle avait bien voulu lui en dire.
°°°
Le lendemain matin, Harry croquait dans ses toasts sans appétit. Alors que Ginny, Ron, Jessie et Parvati riaient aux larmes d'une blague que venait de faire Dean, Harry fixait Malefoy à la table des Serpentard. Lui aussi avait l'air songeur. Il semblait regarder dans le vague, mais lorsque Harry suivi la direction de son regard, il comprit que le Serpentard observait Hermione, à la 5ème table. Le jeune homme n'avait qu'une envie, se lever, attraper le décoloré par le col, et lui exiger des explications. Comment pouvait-il la regarder après le mal qu'il lui avait fait ? Comment osait-il se trouver dans la même pièce qu'elle, et agir comme si rien ne s'était passé ? Harry reposa son morceau de toast dans son assiette, écoeuré. Il avait hâte de pouvoir sortir Hermione de cette école de fous, de lui redonner goût à la vie. Lorsqu'elle rencontrerait les Weasley, elle ressentirait probablement la même chose que lorsque Harry avait faire leur connaissance quand il avait douze ans. Elle vivrait dans une vraie famille, comprendrait enfin le sens du mot « bonheur ». Elle retrouverait le sourire, même si ce qui avait été fait ne serait jamais effacé. Mais les épreuves ne renforcent-elles pas ? Ne dit-on pas que ce qui ne tue pas rend plus fort ? Après avoir vécu ce qu'elle avait vécu, Hermione se battrait avec plus de hargne que n'importe qui. Entre son intelligence, son habilité, son ingéniosité et sa rage, elle serait un membre de l'Ordre du Phénix redoutable. Même si Harry savait en son for intérieur qu'il s'agissait-là d'excuses pour se conforter dans le fait de ne plus vouloir utiliser de retourneur de temps, il voulait y croire. Il n'avait hélas que trop conscience qu'encore une fois, il voulait faire passer ses désirs avant ceux des autres. Mais comment résister à la tentation de rejoindre enfin ses parents ? Oui, il avait été soulagé lorsqu'il avait cru que Ron lui annonçait que malgré tout, ses parents étaient morts. Mais cela ne signifiait plus rien à présent. Il avait eu peur, voilà tout. Peur de les décevoir, et peut-être encore plus d'être déçu. Il s'était fait tellement d'idées sur ce que ses parents seraient devenus, sur leur vie de famille, qu'il lui aurait été difficile de supporter une toute autre réalité. Sa conversation avec Hagrid n'avait pas été anodine, et il voulait plus que tout revoir Sirius, Lupin, Maugrey Fol Œil, et bien sûr, Dumbledore. Avoir vu tant d'injustices, de souffrances gratuites, de répressions, de censures, lui avait donné plus encore envie de se battre que de retourner à une époque où Voldemort était d'une puissance et d'une influence minime. Son besoin de vengeance était trop lourd pour ses épaules. Il ne pouvait résister. Il préférait se battre que de retourner en arrière, malgré tout ce que cela signifiait.
Les états d'âme de Harry prirent cependant une nouvelle tournure lorsque Rogue s'approcha de la table des Gryffondor. Ses camardes encore hilares, ne virent pas s'approcher leur directeur. Ginny se tenait les côtes, des larmes perlaient au bord des yeux de Ron, Jessie était pliée en deux et Parvati essayait tant bien que mal d'avaler le contenu de son verre, secouée par des spasmes de rire. Dean continuait à raconter des imbécillités quand soudain, son visage se figea. Rogue s'était posté à sa hauteur, mais son regard glacial était fixé sur les deux rouquins.
- Votre attention ! cria Rogue, observant tous ses élèves dont les bavardages cessèrent instantanément.
Rogue avait toujours eu le don de semer une ambiance lourde et froide autour de lui, et les élèves lui avaient presque toujours obéi au doigt et à l'œil, mais il était tout de même impressionnant de voir le comportement de ces enfants, dont le regard exprimait une terreur sans nom. Même les élèves les plus âgés semblaient pétrifiés au son de la voix de leur directeur. Un mois auparavant, Harry aurait trouvé inimaginable que Rogue puisse inspirer encore plus d'effroi, il se serait fortement trompé.
- Vous deux, dit-il d'une voix à la fois forte et tétanisante, à l'adresse de Ron et Ginny qui se recroquevillèrent. Je dois vous informer d'un regrettable incident. Vos parents sont morts.
Harry eut la sensation qu'une énorme pierre essayait de se frayer un chemin dans sa gorge. Avait-il bien entendu ? Était-il possible qu'une telle annonce fut faite en plein petit-déjeuner, en présence de tous les élèves de Poudlard ? Harry observa du coin de l'œil Ron et Ginny. Tous deux étaient livides. Cela signifiait-il que Harry avait bien entendu ? Non, ce n'était pas possible. La décence d'une telle annonce l'interdisait. Même si Mr et Mrs Weasley étaient morts, il était impossible que l'on en informe leurs enfants d'une telle manière. Même si Rogue était un être infâme, cela dépassait les limites de l'imaginable. Pourtant…
- D'après les informations que j'ai reçues, ils auraient été victimes d'un chauffard moldu alors qu'ils se promenaient dans Londres.
Ginny se leva et courut hors de la Grande Salle, la main collée sur sa bouche. Ron resta figé, l'air hébété. Rogue lui lançait un regard inexpressif. Puis Ron sembla se réveiller de sa torpeur, et sortit de la Grande Salle en trombe. Probablement voulait-il rejoindre Ginny. Harry hésita à faire de même, mais il ne voulait pas s'attirer d'ennuis. Il devrait être disponible pour soutenir ses amis dans leur chagrin, et ne devait absolument pas manquer la prochaine sortie à Pré-au-Lard. Étrange la façon qu'a le cerveau de réfléchir et d'analyser en telle situation.
Rogue s'éloigna, l'air de penser très sérieusement que Ron et Ginny étaient bien insolents d'avoir réagi d'une telle manière. Harry s'en fichait pas mal. Il porta une attention toute particulière à son morceau de toast abandonné dans son assiette. Incroyable toute les miettes qu'un seul petit bout de pain grillé pouvait produire. Harry avait du mal à respirer. Peut-être pouvait-on faire de la chapelure avec des miettes aussi microscopiques. Sa gorge était si serrée. Était-ce de miettes de toasts que les elfes de Poudlard recouvraient leur gratin de poissons ? Sa main se crispa mécaniquement sur la nappe qui recouvrait la table, ultime effort pour éviter l'inéluctable. Ces miettes étaient si minuscules, infimes, incroyablement disproportionnées par rapport à la taille de la planète. Une si petite particule de pain grillé ne signifiait absolument rien, à peine moins qu'un simple petit humain, et lorsque la miette s'évanouirait, personne n'y porterait la moindre attention. Pas plus que de son vivant. Être une miette aussi ridicule n'avait vraiment aucun sens. Ses yeux brûlaient, il fallait qu'il se passe quelque chose, où il finiraient par sortir de leurs orbites. Cette douleur était insoutenable. Aussi insoutenable que l'idée de l'inutilité de l'existence de cette stupide miette de toast.
Arriva ce qu'il devait arriver. Harry éclata en sanglots. Des sanglots déchaînés, incontrôlables, d'une puissance telle que Harry eut l'impression que tout disparaissait autour de lui. Plus d'élèves stupéfaits par l'annonce de la mort des parents de ceux qu'ils appréciaient. Plus de professeurs inexistants et désintéressés. Plus de règlements insensés. Plus de cinquième table, ni de 5ème maison. Plus de Voldemort tout puissant ni de Rogue impuissant. Plus rien. Harry se sentait comme dans un vortex. Tout tournait autour de lui, sa vision n'était plus du tout claire. Il pleurait si fort qu'il en avait du mal à reprendre sa respiration. Il avait mal partout. Ses poumons le brûlaient, son estomac ressemblait à de la pierre. Comment était-ce possible ? Comment tout cela était-il arrivé ? Tués par un chauffard ? Encore un mensonge pour ne pas éveiller de doutes chez les élèves. Mais si l'idée qu'on leur avait menti révulsait Harry, le simple fait d'accepter la mort de ses parents de cœur était insoutenable. Les souvenirs des Noël passés en leur compagnie remontaient dans sa tête. Les moments de bonheur intense qu'il avait passé au Terrier. La coupe du monde de Quidditch. Tous ce qui rappelait à Harry que c'était grâce à eux qu'il avait conscience des valeurs d'une vraie famille. C'était eux qui avaient pris soin de Harry comme de leur propre fils. Eux qui lui avait tant donné alors qu'ils avaient si peu. Harry aurait voulu s'isoler, courir s'enfermer dans son dortoir et s'effondrer sur son lit. Mais ce n'était pas possible, et il était là, sous les yeux de tout le monde, à sangloter au-dessus d'un toast émietté. Mais au fond, il s'en fichait. Il était dans sa bulle, et il était seul à conserver ses souvenirs, et à les éplucher. Mr Weasley, le harcelant afin d'obtenir des informations sur l'utilisation du téléphone ou d'un canard en plastique pour le bain le fit sourire malgré les larmes qui coulaient sur ses joues et les spasmes de ses sanglots. Molly essayant de faire tomber amoureux Bill et Tonks, dénigrant cordialement cette pauvre Fleur. Arthur, si fier dans son minuscule bureau du ministère, s'efforçant de relaxer Harry avant son audience. Mrs Weasley préparant à manger pour toute sa famille, se disputant avec Sirius pour protéger Harry des atrocités du monde, et serrant le meilleur ami de son fils dans ses bras comme une mère. Harry souriait en repensant à tous ces moments heureux, mais son cœur sembla se déchirer physiquement lorsqu'il prit conscience que tout cela était bel et bien fini. Et ces souvenirs n'étaient même pas réels dans ce monde. Ce que Harry avait vécu, il était le seul à en connaître l'existence. Quels souvenirs était-il sensé avoir des Weasley ici ? Harry n'arriverait jamais à surmonter cette douleur. Ceux qu'il considérait comme ses parents adoptifs étaient partis, ils l'avaient abandonné, sans même lui laisser le temps d'un au revoir. Mais il fallait qu'il se ressaisisse, ce n'était pas lui que l'on consolerait, c'était à lui de consoler Ron et Ginny. Encore une fois, tout était sa faute. Tout. Le retourneur de temps s'imposait à nouveau. Harry se fichait bien de ses espoirs de revoir ses parents, puisque ceux qui avaient pris une place si importante dans son cœur l'avaient quitté. Plus rien ne comptait.
Le visage enfoui dans la paume de ses mains, Harry commençait à reprendre consistance. Il ne pleurait plus, même si des hoquets de sanglots revenaient comme en écho, de plus en plus espacés et de moins en moins virulents. Le jeune homme sentait que ses mains étaient trempées de larmes, et son visage devait être rouge, boursouflé et ruisselant. Cela avait-il une quelconque importance ? L'impression d'être seul s'évanouissait petit à petit, laissant des bribes de conversations arriver jusqu'à ses oreilles. « Tués par un moldu, tu te rends compte ? », « on nous avait bien dit que les moldus étaient dangereux… », « alors c'est vrai que les moldus nous détestent au point de nous tuer ! », « je comprends mieux pourquoi on nous mets en garde contre eux… », « des fous et des intolérants… ». D'autres conversations laissaient entendre qu'on s'intéressait soudainement à Ron et à Ginny, que les pauvres avaient perdu leurs parents mais que finalement, cela faisait tellement de temps qu'ils ne les avaient pas vus qu'ils ne devaient pas être si bouleversés. Harry ne pouvait s'empêcher de secouer la tête. Personne ne comprenait rien. Bien sûr, les élèves avaient grandi à Poudlard, dans l'idée que les moldus et les sorciers contestataires leur voulaient du mal, mais était-ce une raison pour se montrer aussi bête ? C'est alors qu'il sentit une main se poser sur son bras.
- Harry, ça va ? Pourquoi es-tu si bouleversé ? On ne les connaissait presque pas après tout. C'est pour Ron et Ginny que tu es si triste ? Ils vont s'en remettre, ne t'inquiète pas…
C'en était trop pour Harry. Il arracha la main que Jessie avait gentiment posée sur lui, et la chassa violemment. Oui, dans cette vie-là, Harry ne connaissait pas bien les Weasley, mais il n'avait absolument pas le besoin ni l'envie d'entendre ça en ce moment. Tout ce qu'il voulait, c'était courir rejoindre Ginny, et la prendre dans ses bras. Il voulait être auprès de Ron, et le supporter dans cette douleur. Et par-dessus tout, il ne voulait pas de Jessie. Il aurait voulu lui faire du mal pour la faire taire. Il ne voulait plus la voir, plus l'entendre, plus de sa présence. Ce n'était pas raisonnable, bien sûr. Jessie le regardait, l'air choqué et effrayé, mais Harry s'en fichait. Non, il ne s'en fichait pas. Cela l'insupportait. Pourquoi fallait-il qu'elle soit là, et qu'elle rende les choses aussi compliquées ? Pourquoi était-elle là alors que Arthur et Molly n'étaient plus ? Harry aurait voulu lui crier des insanités, dans l'espoir de la voir disparaître. Il voulait la blesser, comme elle le blessait sans même le vouloir. Elle n'avait rien fait pour mériter de tels accès de violence. C'était Harry qui l'avait faite apparaître, et peut-être était-ce pour cela qu'il lui en voulait autant. Mais le jeune homme se contrôla. Avait-il le choix ? Il attendit que la fin du petit-déjeuner sonne pour courir vers son dortoir. Il savait que Jessie était sur le point de pleurer, qu'elle ne devait rien comprendre, mais Harry n'en fut pas attristé. Il jubilait d'un plaisir morbide et malsain.
°°°
Le reste de la journée se déroula aussi lentement que dans un cauchemar. L'atmosphère qui régnait dans le château était lourde, et chez les Gryffondor, elle était irrespirable. Personne n'osait rire, ni parler trop fort. Les élèves se jetaient des regards interrogatifs et chuchotaient entre eux. A midi, ni Ron ni Ginny ne se présentèrent pour le déjeuner. Harry tenta d'obtenir des informations auprès de Dean, qui restait malgré tout le petit ami de la jeune fille, mais celui-ci rétorqua qu'il ne savait pas plus que les autres où les deux Weasley s'étaient réfugiés. Les Gryffondor passèrent tout leur après-midi dans un état léthargique rare. La plupart étaient affalés sur les canapés de la salle commune, d'autres tenaient des livres dont leurs yeux ne suivaient pas les lignes, et certains regardaient par la fenêtre, le visage insondable. Dean tenait apparemment à parler, et choisit comme interlocuteur Harry. Celui-ci avait déjà du mal à accepter que Dean soit le petit ami de celle qu'il aimait au quotidien, mais en ce moment, cela lui était encore mille fois plus difficile. Alors que le jeune homme faisait un commentaire détaillé de la réaction de Ginny à Harry, ce dernier n'avait qu'une envie : être soudainement atteint de surdité et de cécité. Quant à Jessie, elle semblait avoir compris que Harry ne voulait pas d'elle en cet instant. Elle discutait silencieusement avec Parvati, non sans jeter régulièrement un coup d'œil rapide au jeune homme.
Vers quatre heures, Ron fit son apparition dans la salle commune. L'air déconfit, les yeux encore rouges et gonflés, il monta directement dans son dortoir. Harry ne savait pas s'il valait mieux qu'il l'y rejoigne ou qu'il le laisse seul. Il finit par choisir la première option. Au pire, si Ron lui demandait de le laisser seul, il pourrait au moins lui dire où était Ginny. Mais lorsque Harry entra dans le dortoir, il se rendit compte que Ron dormait. Pas une seconde il ne songea à le réveiller.
Harry sortit de la salle commune des Gryffondor, et erra dans les couloirs de Poudlard. Il ne savait pas où chercher Ginny. En temps normal, elle se serait probablement réfugiée derrière un arbre, dans la tranquillité du parc. Mais ici, elle pouvait s'être cachée dans une salle de classe, dans des toilettes, où dans n'importe quel endroit apportant un semblant d'intimité. C'est alors qu'une idée lui vint en tête. Harry courut à toutes jambes vers le terrain de Quidditch. Les Détraqueurs surveillaient de loin cette partie du parc, laissant aux élèves le loisir de pouvoir s'entraîner sans trop de difficulté. Harry arriva hors d'haleine devant les vestiaires dont il poussa la porte. Son idée était la bonne. Ginny se trouvait là, recroquevillée sur un banc, dans la même position que la nuit où elle avait attendu des nouvelles de son père au 12 square Grimmaurd - chose qu'elle n'avait pas vécue ici.
- Ginny ? risqua Harry.
La jeune fille tourna la tête vers Harry. Elle le fixa un moment avant de demander :
- Est-ce que Dean sait que je suis là ?
Harry eut un pincement au cœur. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir de la déception. Hélas, ici, Ginny ne ressentait pas la même chose pour lui. Elle sortait avec Dean depuis Merlin sait combien de temps, et il était tout à fait normal qu'elle le réclame. Normal ou pas, Harry n'en ressentait pas moins une immense tristesse.
- Non, répondit-il en essayant de cacher se déception. Tu veux que j'aille le chercher ?
- Non, surtout pas ! Il est tellement surprotecteur que je ne le supporterais pas en ce moment. C'est pour ça que je ne suis pas remontée dans la salle commune avec Ron, je ne voulais pas qu'il me coure après.
- Est-ce que… tu veux que je m'en aille ?
- Non, reste, s'il te plait.
Harry ressentit une vague de soulagement envahir chaque parcelle de son corps. Il s'approcha de Ginny, et la prit dans ses bras, comme si Dean n'existait pas. Il la berça doucement, et elle se laissa aller à évacuer sa tristesse. Pleurant toutes les larmes de son corps, elle passa ses bras autour du cou de Harry, et le serra si fort qu'il en eut presque la respiration coupée. Mais il s'en fichait. L'avoir près de lui était une sensation si agréable qu'il en oubliait presque la disparition des Weasley. Il ressentait de la culpabilité à apprécier cette embrassade étant donné le contexte qui l'avait causée. Mais Harry chassa ses états d'âme, ils n'étaient pas les bienvenus en telle occasion.
°°°
- Ça alors, fit Hermione, les yeux écarquillés en entrant dans la salle sur demande.
Harry l'y avait amenée afin de pouvoir lui parler sérieusement, sans prendre le risque d'être dérangé. Hermione ne connaissait pas la salle spéciale, et celle-ci s'était transformée en ce qui ressemblait à un salon de thé très agréable à la demande de Harry. Il n'avait pourtant demandé qu'un endroit confortable pour tenir une discussion, mais la salle répondait toujours d'une façon très inattendue et surprenante à vos attentes. Hermione regardait tout autour d'elle, comme si elle devait faire le plein d'images afin d'être sûre de ne pas en perdre une miette pour ses souvenirs futurs. Elle prit enfin place sur une petite chaise autour d'une table ronde sur laquelle thé et biscuits étaient à leur disposition. Une fois ses yeux rassasiés, Hermione entra dans le vif du sujet.
- C'est à propos des parents de tes amis que tu m'as fait venir ?
- Plus ou moins. Écoute Hermione, il faut que je te parle de quelque chose de très important. Je dirais même, d'une importance capitale.
- Tu vas enfin m'expliquer pourquoi tu as besoin d'un retourneur de temps, et qui plus est, d'un retourneur si spécifique ?
- Oui. Mais avant de tout te dire, je tiens à m'excuser de ce que j'ai fait. Vraiment, je suis tellement désolé que je ne peux pas mettre les mots qui conviennent…
- Harry, nous avons moins d'une heure avant le couvre-feu. Dis-moi tout, je ne te jugerai pas, je te le promets.
- Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir.
Hermione lança un regard qui oscillait entre l'exaspération et l'impatience à son camarade.
- Très bien, abdiqua-t-il. Il y a maintenant un mois de ça, Dumbledore a été tué.
- Quoi ? s'exclama Hermione, les yeux exorbités par une telle nouvelle.
- Non, pas ici. Laisse-moi t'expliquer, ça risque d'être compliqué. Je ferai de mon mieux, mais ne m'interromps pas s'il te plait.
Alors Harry lui raconta tout. Sa vie d'avant, la mort de ses parents, la prophétie que Voldemort avait concrétisée, son entrée à Poudlard. Puis la mort de Cédric Diggory et la renaissance de Voldemort. La mort de Sirius. La mort de Dumbledore, trahi par Rogue. Il fit son possible pour rendre ses explications claires et compréhensibles, mais il n'était pas facile de se faire comprendre en prononçant ce qui devait ressembler à des inepties démesurées. Mais Hermione écoutait, attentive. Parfois, ses yeux s'écarquillaient, et souvent, ils se plissaient.
- Je sais que j'ai été idiot d'utiliser ce retourneur de temps, mais avec la mort de Dumbledore, j'avais l'impression que tout s'écroulait autour de moi.
- Harry, tu n'as pas besoin de te justifier. Tout le monde fait des erreurs.
- Mais des erreurs qui engendrent de tels changements ?
- Et bien… Peut-être que oui, mais on ne le sait pas. Écoute, ce que tu as fait n'est qu'une réaction humaine, et je ne veux pas te juger pour ça. C'est comme un père qui assassinerait le violeur de sa fille, c'est une réaction normale. Tout le monde écoute ses sentiments plus que sa raison en de telles circonstances.
Harry était infiniment reconnaissant à Hermione de sa réaction clémente. Elle ne le pardonnait pas, mais elle ne le condamnait pas non plus.
- Enfin, voilà pourquoi il me faut un retourneur de temps à tous prix. Si j'étais le seul à être puni pour mes actes, ce ne serait que justice. Mais des centaines de personnes ont perdu la vie ou la liberté sous le joug de Voldemort. Et maintenant, les Weasley qui sont victimes d'un meurtre que l'on veut faire passer pour une attaque moldue… Je ne peux plus me regarder en face. C'est de ma faute si Ron a perdu ses parents. C'est de ma faute si tu as été placée de force dans cette satanée cinquième maison.
- Harry, ne te blâme pas, ces choses-là seraient peut-être arrivées de toutes façons. Voldemort regagnait du pouvoir d'après ce que tu m'as dit, alors comment savoir.
- Oui, tu as peut-être raison. Mais je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir, tu comprends ?
- Bien sûr. Maintenant, dis-moi, est-ce que tu es bien sûr de vouloir à tous prix avoir recours à un retourneur de temps ?
- La question ne se pose même pas Hermione. J'ai fait tant de mal qu'il faut bien que je répare mes erreurs.
- Mais tu sais également que tu ne peux pas être certain de modifier les choses de la façon qui convient. Tu peux avoir l'impression de faire exactement les bonnes choses, dans un ordre et une précision réglés précisément, mais les conséquences restent aléatoires. Les gens gardent leur libre-arbitre, et rien ne dit qu'ils réagiront toujours de la même manière.
- Mais il me suffit simplement d'intercepter mon double avant qu'il n'empêche Rogue d'entendre la fin de la prophétie.
- Et il te suffisait d'empêcher Rogue d'entendre la prophétie la première fois. Et regarde autour de toi. Les êtres que tu aimes sont vivants, mais tu ne les as pas vu depuis six longues années. Et les Weasley sont morts.
- Je croyais qu'il ne fallait pas que je me sente coupable ?
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Simplement, il y a un mois tu ne voulais créer qu'un changement minime, et tu t'es trompé. Peut-être que la deuxième fois sera une réussite, mais tu ne peux pas en être certain. Dans ces conditions, es-tu sûr de vouloir utiliser un retourneur de temps ?
- Hermione, regarde autour de toi, je n'ai pas le choix. Même si les choses ne retournaient pas à la normale, elles pourraient difficilement être pires.
- Est-ce que tu te rends compte que si Sirius va en prison, il ne rencontrera pas sa femme, et sa fille disparaîtra ?
Oui, il en avait conscience. C'était pour ça qu'il ne voulait pas s'attacher à elle. Il savait qu'il la ferait disparaître, et même si ce n'était pas un crime, Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir mal en y pensant. Il ne la tuerait pas, il se contenterait d'empêcher sa naissance, mais il avait du mal à se résonner. Malgré tout, son sens moral prenait le dessus et lui dictait sa conduite, et enlever Jessie à ses parents était cruel. Voilà pourquoi il détestait tant la jeune fille. Elle était le symbole de la vie heureuse de Sirius. De sa vie, simplement. Effacer le jeune fille ramenait Sirius en prison, à sa fuite d'Azkaban, à sa vie cachée et anonyme dans la maison d'une mère qui le haïssait, et enfin, à sa mort prématurée. Le Sirius d'avant ne connaissait pas le bonheur d'être avec une femme avec qui il aurait la joie de devenir parent. Il ne connaissait que si peu la liberté. Il avait perdu ses meilleurs amis. Il avait eu une vie si pauvre, et renvoyer Jessie à son inexistence renvoyait Sirius à la sienne. Si la jeune fille n'avait pas tant ressemblé à son père, c'eut peut-être été moins difficile. Mais la teinte noire de ses cheveux, la malice dans ses yeux, son affront ostensible des règlements, son besoin de rébellion la rapprochait tellement de Sirius, que la côtoyer en était insoutenable.
- J'en ai conscience, répondit Harry.
- Je ne sais pas Harry. Tout cela me paraît risqué. Si jamais les choses devenaient pires encore ? Il y a tellement de paramètres à prendre en compte. Il faudrait prendre un peu plus de temps pour y réfléchir.
- Hermione, le temps que l'on trouve un retourneur sera suffisant, crois-moi.
Hermione se barricada dans ses pensées. Elle prit un petit biscuit, et le fit tourner dans ses doigts. Elle semblait vouloir parler, puis se retenait de prononcer la moindre parole au dernier moment. Au bout de quelques minutes de silence, elle finit par demander :
- Harry ?
- Oui ?
- Dans ton monde, est-ce que… hésita-t-elle, semblant ne plus vouloir terminer sa phrase.
- Oui ? l'encouragea Harry.
Hermione prit une grande respiration, puis posa la question qui la tourmentait.
- Dans ton monde, est-ce que j'étais heureuse ?
Harry lui sourit, bien que son cœur pleurât. Il savait bien qu'elle n'était pas heureuse ici. Particulièrement depuis les agissements de Malefoy. Mais cette question concrétisait terriblement cette vérité.
- Oui. La Hermione que je connais est heureuse. Elle adore étudier, se bat pour ses idéaux, ne laisse jamais tomber ses amis, se dispute sans cesse avec Ron qui joue à l'imbécile…
- Ron, c'est ton ami ? Celui qui vient de perdre ses parents ?
- Oui. Et tous les deux, vous vous adorez tellement que vous en arrivez parfois à vous détester.
Hermione sourit, les yeux rivés sur sa tasse de thé froide.
- La Hermione que je connais est ma meilleure amie, et elle ne se laisse jamais abattre. Ce n'est pas une Gryffondor pour rien ! Tu peux être fière d'elle, crois-moi.
La jeune fille leva les yeux vers Harry, puis lui lança un sourire franc.
- D'accord. On va le faire.
Voilà la fin d'un nouveau chapitre, pas très joyeux, je vous l'accorde. J'espère néanmoins qu'il vous aura donner envie de lire la suite ! Il est temps maintenant que je fasse ma quête à la review : pitiéééé pour moi ! XD
Merci pour tout et à très bientôt !
Chasca
