Disclaimer : A chaque disclaimer, mon coeur se brise un peu plus quand j'affirme que seul le personnage de Jessie est à moi, que tout le reste est à la fabuleuse JKR, et que je ne touche pas une cacahuète sur mon dur labeur... :'(

Remerciements : LUPIIII encore une fois (et encore plus cette fois), que ferais-je sans toi ? Merci pour tout ! Et les lecteurs bien sûr, dont la fidélité m'étonne et me réjouis chaque fois un peu plus.

Résumé : Après avoir pensé que tout allait finalement devenir supportable, Harry est replongé dans la réalité de l'horreur de la guerre des sorciers lors de la mort des parents Weasley, camouflée en accident. Ses sentiments envers Ginny se réveillent lorsqu'il voit sa tristesse, et il rejette Jessie sans raison valable. Plus que jamais, Harry veut trouver un retourneur de temps afin de réparer ses erreurs. Il s'adresse donc à Hermione, à qui il explique toute la situation. Celle-ci accepte de l'aider.


Chapitre 5 : Une lueur au bout du chemin

°°°

Le week-end à Pré-au-Lard finit par arriver, organisé par les membres du PL avec une minutie que même les plus grands joailliers auraient applaudie. Jessie avait pour l'occasion cessé de faire la tête à Harry, ce qui n'était pas vraiment pour plaire au jeune homme. A nouveau, il devait mimer les gestes d'un petit ami attentif et un minimum intéressé, avec la peur de se prendre au jeu. Pour se rassurer et ne pas s'éloigner de son but qui évinçait Jessie, Harry voyait chaque minute passée avec elle comme une minute le rapprochant de la fin de son cauchemar. La vraie solution était celle de voir Ginny, car lorsqu'elle entrait dans le champ de vision du jeune homme, les sentiments ambigus et contradictoires qu'il avait envers Jessie s'évanouissaient en faveur de l'amour qu'il portait à la jolie rousse. Il regrettait d'avoir eu droit à quelques semaines de bonheur avec elle, car la douleur de les voir arrachées à lui était insupportable. Mais ces quelques semaines l'aidaient, sans même qu'il s'en rende compte, à ne pas voir Jessie de la même façon que son alter ego l'avait vue durant ces dix derniers mois dans ce Poudlard désenchanté.

Le matin de la sortie, Harry aurait pu croire qu'il était de retour dans le monde qu'il avait tant adoré. Les élèves souriaient, heureux de voir un changement positif, bien qu'éphémère, dans leur quotidien déprimant. Ginny vint s'assurer auprès de Harry et Ron qu'ils avaient pris toutes les dispositions pour se rendre sans problème à la cabane hurlante en début d'après-midi. Puis Harry dut faire de même auprès de Dean et Ron auprès de Neville, et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les élèves, appartenant de près ou de loin au PL, confirment la bonne marche de leurs projets. Après un petit-déjeuner pris dans une bonne humeur collective, les élèves se dirigèrent vers la grande porte d'entrée du château. Les Détraqueurs, qui surveillaient inlassablement les bâtiments, firent à peine s'affaiblir les sourires des adolescents. Après les habituelles formalités, tous prirent le chemin du village sorcier à bord de diligences entraînées par des Sombrals. Lorsqu'ils firent leur entrée à Pré-au-Lard, Harry assista pour la première fois en un mois à de vrais éclats de rires, à des gloussements de la part des filles, des badineries de la part des garçons, des gestes brusques et déplacés, de la vraie vie. Était-ce dû à l'absence de Rogue ? Même le professeur McGonagall semblait dans un état euphorique que Harry ne lui connaissait pas. Elle s'approcha même de lui et le prit à part. Harry crut tout d'abord qu'elle voulait lui demander de cesser de la regarder avec des yeux comme des soucoupes, mais son professeur se contenta de lui offrir un sourire radieux. Les mots qui accompagnèrent ce geste furent pour le moins saisissants.

- Potter, sachez que je suis désolée de vous avoir renvoyé comme je l'ai fait lors de notre court entretien.

Harry se rappelait effectivement que McGonagall lui avait gentiment intimé l'ordre de se taire lorsque seul dans son bureau, il lui avait signifié son désaccord avec les règlements qui régissaient le château. Il avait été surpris de la réaction excessive de son professeur, qu'il aurait cru de son côté.

- Ah, Potter, si seulement Dumbledore était encore là, votre vie serait bien moins désagréable. Hélas, il nous a quitté. « Pour le bien de Poudlard et des élèves » avait-il précisé. Je crois qu'à présent, il se rend compte qu'il n'aurait pas dû avoir confiance en Severus Rogue. Cela prouve bien que même les plus sages sont vulnérables. Il faut avouer à sa décharge que Rogue a été très habile, mais c'est un être faible qui va là où le vent tourne. Probablement aurait-il fini de notre côté si le mage noir avait été anéanti.

Harry ne savait quoi répondre. Il ne pouvait pas décemment parler de ce qui lui tenait à cœur avec son professeur, car il savait pertinemment qu'il déborderait et que McGonagall couperait court à la conversation une fois sa tête revenue sur ses épaules. Il décida de sourire et d'acquiescer. Mais le professeur McGonagall ne semblait pas en avoir fini, comme si elle avait besoin de prouver à Harry qu'elle n'était pas aussi froide et lointaine qu'elle pouvait le montrer. Qu'elle n'approuvait en rien les conditions de vie infligées aux élèves.

- Bien sûr, j'ai eu l'occasion de discuter avec vos parents, étant moi-même membre de l'Ordre du Phénix. Je crois qu'il ne sert à rien que je m'en cache, je suppose que vous n'allez pas courir répéter ce secret à vos ennemis. Lily et James sont très fiers de vous Potter. Ils n'attendent qu'une chose, c'est de vous revoir. Ils ne jurent que par votre retour.

Harry ne savait que penser de ce discours. Il ne voulait pas entendre que ses parents l'attendaient, car lorsque Hagrid lui en avait fait part, le jeune homme en avait perdu tout sens commun. L'idée que l'agression d'Hermione n'avait pas été suffisante pour lui remettre les idées en place était à présent difficilement supportable. Il avait fallu que Mr et Mrs Weasley meurent pour que Harry redescende sur Terre, chose qui lui aurait parut impensable au lendemain de la mort de Dumbledore. Il ne fallait absolument pas que Harry perde pied une nouvelle fois. Même si les paroles de McGonagall étaient celles qui le réconfortaient, il ne pouvait pas se permettre de les écouter. Son professeur acheva son monologue, congédiant Harry qui appréciait néanmoins de voir McGonagall dans un état second. Alors que le jeune homme commençait à s'éloigner, le professeur le rattrapa par le bras.

- Potter, je suis désolée de ce qui vous arrive à vous et à vos camarades, croyez-le. Nous faisons notre possible pour que le cauchemar cesse enfin. Je sais qu'il n'est pas normal pour un jeune homme de presque 17 ans de vivre dans de telles conditions.

- Ce n'est pas nous qu'il faut plaindre, professeur, rétorqua Harry sans pouvoir s'en empêcher. Ce sont les élèves de la 5ème maison qui ont besoin de votre aide.

Harry repartit en direction de Ron, qui l'attendait, l'air intrigué. Tous deux filèrent en direction de Zonko. La réunion du PL ne commençant pas avant 2h de l'après-midi, ils pouvaient passer leur fin de matinée à prendre un peu de bon temps. La boutique de farces et attrapes n'était plus tenue par le même sorcier qu'auparavant. Ce nouveau vendeur avait un air renfrogné, semblait méfiant et observait les élèves du coin de l'œil. La boutique regorgeait pourtant toujours d'objets délirants. L'on pouvait trouver des t-shirt qui moulaient votre corps de façon avantageuse, du savon qui donnait à votre peau un teint bronzé, et même des aspirateurs en forme de Détraqueurs. Harry imagina la tante Pétunia nettoyant son salon à l'aide d'un Détraqueur qui aspirait les miettes de chips de Dudley par le biais de sa bouche qui d'ordinaire, avait pour dessein de donner un baiser fatal. Il dut se mordre l'intérieur des joues pour ne pas exploser de rire à cette vision imaginaire. Ron, quant à lui, s'intéressa particulièrement à des avions en papier qui pouvaient voler sur plusieurs centaines de mètres en atteignant toujours leur objectif.

- Imagine, pouvoir en lancer un sur le gros nez de Rogue sans qu'il ne puisse savoir d'où il vient !

Ron joignit le geste à la parole en s'achetant une demi-douzaine d'Aviontrouvetout. Il s'étonna que son ami ne dépense pas une mornille pour une bricole alors qu'ils seraient cloîtrés dans le château jusqu'à la prochaine sortie qui ne devrait pas arriver avant Halloween.

Ils firent ensuite une halte à la confiserie Honeydukes, où les étalages de bonbons de toutes sortes mettaient l'eau à la bouche. L'odeur de sucre vanillé fit saliver Harry et il ne put s'empêcher de s'acheter plus de 300 grammes de confiseries. Ron, quant à lui, sortit du magasin avec un sac de près de deux kilos. Harry se moqua de lui, mais la défense de Ron semblait irréfutable.

- Il faut bien que je me nourrisse pour avoir l'énergie nécessaire en fin d'année. Si jamais je rate mes ASPIC, il faudra que je reste une année de plus dans cet enfer déguisé en château.

Ron avait dit cela en souriant, mais son visage se ferma soudainement.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Harry.

- Rien.

- Arrête Ron, je te connais.

- C'est juste que… j'imaginais la réaction qu'aurait eue ma mère si j'avais raté mes ASPIC.

Harry ne répondit rien. Qu'y avait-il à répondre à cela ? Pouvait-il lui dire qu'il le comprenait quand dans ce monde-là, Harry avait deux parents en pleine forme, un parrain heureux et que Dumbledore était bien vivant ? Il comprenait ce que Ron ressentait. Tout d'abord parce qu'il avait été confronté lui-même à la mort d'êtres chers, mais aussi parce que les Weasley avaient été sa famille. Pourtant, Jessie avait mit le doigt sur un point sensible lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi il était tant touché par le meurtre d'Arthur et de Molly. Harry n'avait pas été aussi proche d'eux dans cette vie-là. Il ne les avait pas vu depuis ses onze ans, et même avant, qu'avait-il vécu ? L'Ordre avait certes réuni les familles Potter et Weasley, mais Harry n'avait pas connu la perte de ses parents, l'inexistence de lien familial. Il ne s'était pas raccroché aux Weasley par besoin affectif puisqu'il avait eu James et Lily. Pouvait-il alors se permettre de consoler son ami en lui affirmant qu'il savait par où il passait ? Pouvait-il seulement prétendre connaître quoi que ce soit de ce déchirement, de cette impression de vide, de cette aspiration à vous laisser dépérir ? Non. Il ne le pouvait pas. Par décence, il ne devait pas infliger cela à son meilleur ami. Il se contenta donc de le prendre par les épaules, signe physique de sa présence à ses côtés. Tous deux marchèrent en silence en direction des Trois Balais.

Il était presque 1h de l'après-midi lorsque Harry et Ron entrèrent dans le pub des Trois Balais. L'auberge était bondée d'élèves et de professeurs, et Madame Rosmerta semblait ne plus savoir où donner de la tête. Les professeurs Flitwick, McGonagall et Sinistra étaient en grande conversation. Le professeur Chourave paraissait quant à elle, extrêmement en colère contre un professeur que Harry ne connaissait pas. Il se demanda comment il était possible que l'homme lui soit inconnu, mais aperçut Hermione à une table, et s'avança vers elle. Elle était en compagnie de Seamus, et mangeait avec appétit une grosse assiette de frites. Harry et Ron prirent place à la table.

- Tu ne me présentes pas ? demanda Ron à son ami en indiquant Hermione d'un signe de tête.

- Pardon. Ron, je te présente Hermione Granger, une très bonne amie. Hermione, Ron Weasley, mon meilleur ami.

Ron et Hermione s'adressèrent des sourires cordiaux, puis Hermione se leva pour aller chercher une sauce quelconque au bar.

- Comment peut-elle être une « très bonne amie » ? demanda Ron. Je ne t'ai jamais vu avec elle.

- Disons que… du peu que je la connais, je suis sûr que nous serions de très bons amis si on pouvait se voir plus souvent.

- Ah. Elle est plutôt mignonne, ajouta Ron en l'observant de loin.

Harry ne put réprimer un ricanement.

- Quoi ? Elle est loin d'être moche ! Bon, je t'accorde qu'il y aurait vraiment quelque chose à faire au sujet de ses cheveux, mais du reste, je ne dirais pas non, si tu vois ce que je veux dire.

Ron adressa un clin d'œil à Harry, ponctuant ses propos. Ces deux-là étaient vraiment faits pour être ensemble, il n'y avait guère que Ron pour ne pas le voir. Le Ron que Harry connaissait sur le bout des doigts, bien sûr. Hermione revint, les mains chargées de petits pots de sauces. Harry et Ron commandèrent eux aussi des frites, et le rouquin expliqua que selon son père, les moldus belges ne mangeaient que ça. Puis son visage se figea, comme quelques heures auparavant, lorsqu'il avait évoqué sa mère. Harry décida de changer immédiatement de sujet, et sauta sur la première occasion lorsque ses yeux croisèrent ceux du professeur qu'il ne connaissait pas.

- Qui est-ce ? demanda-t-il à la ronde.

- Tu rigoles ? lança Seamus. C'est notre professeur de Civilisation Sorcière !

- Seamus, intervint Hermione, n'oublie pas que seuls les élèves de Voldemort suivent ce cours.

Harry était curieux d'en savoir plus sur ce fameux cours, mais il ne semblait pas très opportun de demander des renseignements à ce sujet devant Seamus.

Après un déjeuner quelque peu pesant, les quatre camarades prirent le chemin de la cabane hurlante. Ron et Seamus discutèrent Quidditch, comme s'ils se connaissaient depuis des années, comme s'ils n'avaient jamais été séparés. Harry en profita pour demander des informations sur le cours de Civilisation Sorcière à Hermione.

- Oh, c'est un cours tout à fait inutile, répondit-elle en haussant les épaules. Rien de ce que l'on nous raconte pendant ces heures de classe n'est objectif. Ce ne sont que des inepties sur la supériorité des sorciers par rapport aux moldus. Vraiment pas de quoi en discuter.

- Moi j'aimerais en discuter !

- Franchement Harry, ce serait du temps perdu. De toutes façons, la plupart des élèves de Voldemort ne croient en rien les idioties que ce cher professeur Hardy s'efforce de nous apprendre.

- Quel genre d'idioties ?

- Le genre de mensonge sur les causes de la mort des Weasley. On essaye de nous rendre paranoïaques, de nous montrer à quel point tout le monde nous en veut. D'un autre côté, il faudrait que l'on se comporte comme de bons sorciers malgré notre sang de bourbe. Et par « devoir se comporter comme de bons sorciers », je ne parle pas des bons sorciers qui se contentent de leur neutralité. Non, nous, nous devons nous battre, rejoindre les rangs des Mangemorts parce qu'ils seront les seuls à nous protéger hors des murs de Poudlard.

- Je vois. Et tu as dit que la « plupart » des élèves ne croyaient pas ces mensonges. Ce qui veut dire que certains y croient tout de même ?

- Harry, les élèves de ma classe ont eu la chance de vivre quelques mois dans la maison que le Choixpeau avait choisie pour eux, mais les autres n'ont guère connu que la maison de Voldemort ! Alors… oui, la plupart des élèves sont restés objectifs. Mais d'autres ont réagi comme l'on voulait qu'ils réagissent. N'oublie pas que les Première Année n'ont que onze ans, c'est très jeune. Ce sont encore des enfants que l'on abreuve de peur, de pensées négatives, de haine. Si nous avions le droit de parler avec les élèves des autres maisons, les choses ne seraient pas comme elles le sont. Mais la division, la séparation, c'est ce qui leur donne leur force. Sans discussion, comment savoir où est la raison ?

Harry avait beau savoir que les élèves de la 5ème maison n'avaient pas la même vie que les autres étudiants de Poudlard, il ne cessait d'être désagréablement surpris par de nouvelles révélations. Et même s'il savait qu'il ferait tout pour obtenir le retourneur qui les libèrerait tous enfin, il n'en était pas moins difficile de s'imaginer ce que ses camarades avaient pu endurer tout au long de ces six dernières années.

Quelques élèves étaient déjà dans la cabane hurlante, ayant déplié des parchemins sur les tables couvertes de poussière, afin de prendre le plus de notes possible de leurs échanges. Ginny et Luna feuilletaient un numéro du Chicaneur, commentant énergiquement chaque article. Jessie riait avec Lavande, Padma et Parvati, semblant insouciante. Les deux frères Crivey relisaient les parchemins qui leurs serviraient de point d'appui lors de leurs discours. Puis d'autres élèves arrivèrent, dont Dean, Neville, Hannah Abott, Susan Bones, Justin Finch-Fletchley, et encore bien d'autres. Une fois que la quarantaine de membres du PL furent installés, Colin prit la parole. Durant plusieurs minutes, il énuméra les actions que le PL avait menées à bien, comme par exemple la dissimulation du Chicaneur dans des livres d'Arithmancie, la création d'un nouveau sortilège de mutisme très efficace et qui permettait de dissimuler le mouvement des lèvres aux personnes qui vous entouraient, ou encore la découverte d'une plante qui plongeait quiconque en respirait le parfum dans un état de désorientation tel qu'il perdrait la mémoire des cinq minutes suivantes. Ensuite, ce fut Lavande qui prit la parole, pour expliquer tout ce qu'elle savait sur les membres de la brigade anti-fraude. Elle insista sur le fait que l'on pourrait utiliser ses connaissances à des fins très honorables, comme la détérioration de la réputation des membres de la brigade, ou de certains Serpentard un peu trop vantards. Harry ricana discrètement, mais Ginny lui infligea un coup de coude, lui murmurant :

- Ne te moque pas. Chaque aide est précieuse, et Lavande n'a pas tort. En les déstabilisant, on peut gagner un peu de respect. A grande échelle, qui sait jusqu'où l'on pourrait aller !

Harry écoutait ses camarades d'une oreille. Subjugué par la voix de Ginny, il avait du mal à se concentrer sur le discours de Parvati et Padma, qui venaient de prendre la parole pour expliquer leur système d'échanges d'informations entre les maisons Gryffondor et Serdaigle. Puis, ce fut au tour d'Hermione de parler à ses camarades. Ella aborda elle aussi les échanges d'informations entre les élèves de la 5ème maison et les autres. Elle mit en lumière les points les plus importants sur lesquels il était urgent d'agir.

- Je ne veux pas paraître pessimiste, dit-elle, mais les chances que nous avons de vivre quelque chose de décent en sortant de Poudlard sont minces. A fortiori pour les élèves de Voldemort (certains élèves frissonnèrent à l'évocation de ce nom). Notre système est bien huilé, il fonctionne correctement. Nous avons accès à des informations dignes de ce noms, nous savons à quoi nous en tenir, mais si nous voulons changer les choses, on ne peut pas passer par quatre chemins. Une révolution, voilà ce qu'il nous faut !

La plupart des élèves dévisagèrent Hermione, l'air abasourdi. Jessie n'en faisait pas partie, et souriait d'un air malicieux. Mais encore une fois, ce fut Ginny qui prit la parole.

- Hermione a raison ! Nous devons nous battre pour nos droits ! Nous ne devons pas nous laisser faire, car les choses ne feront qu'empirer. Imaginez comment l'école sera dans dix ans, dans vingt ans, si nous ne faisons rien. Je ne sais pas vous, mais je n'ai pas l'intention d'envoyer mes enfants dans cet enfer !

Les élèves applaudirent, et Justin Finch-Fletchley siffla d'approbation. Dean se pencha vers Harry.

- Elle est géniale Ginny, non ?

Harry, qui ne pouvait détourner les yeux d'elle, se contenta de répondre :

- Oui. Elle est géniale.

Hermione reprit la parole.

- Je pense que le seul moyen que nous avons de faire entendre nos voix, c'est de s'unir pour les faire résonner. Nous devons choisir un moment et un endroit où nous pouvons taper fort. Il faut que les autres élèves nous suivent, l'union fait la force ! Si la majorité des étudiants protestent, nos tortionnaires n'auront plus le choix. Nous sommes leur seule ressource, la relève des Mangemorts, c'est ce qu'ils attendent de nous, mais nous n'allons pas nous laisser faire.

- Ça non alors ! approuva Ernie McMillan, le poing levé.

- Très bien, continua Hermione. Pendant la semaine prochaine, Ginny recevra vos idées de plans de manifestations sur parchemin, et en début de semaine suivante, nous déciderons du plan qui semble le moins risqué et le plus élaboré. Si vous n'avez pas d'idée, pas la peine d'en soumettre. Oh, j'allais oublier. Quelqu'un aurait-il des renseignements sur la façon dont on pourrait se procurer des retourneurs de temps ?

Harry savait qu'il avait la bouche entrouverte, mais il ne parvenait pas à la refermer. Lui qui avait tout fait pour rester d'une discrétion absolue en ce qui concernait sa quête des retourneurs, voilà qu'Hermione en faisait une annonce publique.

- J'ai essayé de passer par le magasin des frères Weasley, poursuivit-elle, mais il semble qu'ils ne puissent me procurer que le modèle simple. J'aurais besoin du modèle complexe, celui qui permet de revenir à une date bien précise.

Harry se demandait si les élèves connaissaient la simple existence des retourneurs de temps, comment pourraient-ils savoir où s'adresser pour en obtenir ? Mais il semblait que les élèves de ce Poudlard connaissaient beaucoup de choses. Car un élève de Poufsouffle qui devait être en fin d'études répondit :

- Moi je sais, enfin je pense.

Hermione s'approcha de lui et invita ses camarades à reprendre leurs conversations personnelles. Elle demanda au Poufsouffle de lui expliquer ce qu'il savait.

- Et bien, j'ai un contact hors Poudlard, avec qui je suis devenu assez ami, bien que nos correspondances soient assez courtes. Elle s'appelle Nymphadora Tonks, et un jour, elle m'a parlé d'un homme de qui elle était amoureuse et qui avait un coffre à Gringotts, rempli d'objets interdits, dont un retourneur de temps.

- Lupin ? demanda Harry. L'homme qu'elle aimait s'appelait Remus Lupin ?

- Oui, je crois bien.

- Tu es bien sûr qu'il a un retourneur de temps ? s'assura Hermione. Un complexe ?

- Et bien, je ne sais pas si c'était un complexe, mais ça ne m'étonnerait pas. Tonks m'a dit qu'il s'agissait d'objets ayant appartenus à de grands sorciers.

Harry était subjugué. Cela avait été si simple ! Il ne pouvait pas être sûr à cent pourcent de l'existence de ce coffre, et encore moins de la présence du retourneur, mais c'était un espoir non négligeable. Enfin une lumière au bout du tunnel. Le Poufsouffle s'éloigna, et Hermione en profita pour demander à Harry :

- Tu connais le détenteur du coffre ? lui demanda Hermione. Tu connais ce Lupin ?

- Oui. Il a été notre professeur de Défense Contre les Forces du Mal quand nous étions en troisième année. Il est membre de l'Ordre du Phénix.

- C'est très bien si tu le connais. Cela va sans aucun doute nous faciliter la tâche.

- Nous ? Hermione, tu en as déjà assez fait. Je vais faire le reste seul, et je changerai le cours du temps pour te rendre ta vie.

- Très amusant, Harry.

- Je suis très sérieux. Tu ne viens pas avec moi, je dois tout faire seul.

- Qui a décrété ça ?

- Mais… moi !

- Non. Toi, tu m'as promis de m'aider, tu te souviens ? Et bien je te donne l'occasion de tenir ta promesse.

- J'ai promis de t'emmener avec moi lorsque je rejoindrai l'Ordre, pas de te faire prendre des risques inutilement, juste pour trouver un retourneur que je serai de toutes façons seul à utiliser.

- Je crois que tu n'as pas compris. Vraisemblablement, tu ne m'emmèneras pas avec toi au QG de l'Ordre, puisque tu comptes utiliser un retourneur de temps. Ce qui te ferait manquer à ta promesse. Je me montre donc conciliante, et accepte que tu me fasses profiter du retourneur à la place.

- Mais… Hermione, si j'utilise le retourneur seul, tu redeviendras la jeune fille heureuse que je connais. Tu n'auras pas subi tout ça, tu seras totalement libre ! Si tu viens avec moi, rien n'aura changé pour toi. Rien de ton passé.

- Je sais, mais je m'en fiche. Et je veux être avec toi pour t'aider en cas de difficulté.

- Et moi je refuse. Je t'en ai assez demandé.

- Harry, réfléchis. Si jamais tu refaisais une erreur, je te serais d'une aide précieuse. Tu ne serais plus tout seul.

Harry hésita, le temps qu'une partie de lui-même approuve ce que venait de dire Hermione. Mais la jeune fille profita de la seconde d'hésitation pour annoncer :

- C'est entendu, je serai avec toi.

Harry ne répondit rien. Il savait que lorsque Hermione avait quelque chose dans la tête, rien ne pouvait l'en déloger. Il se souvenait lorsqu'en deuxième année, elle avait fait pression sur Ron et lui afin de préparer du Polynectar. Les deux garçons n'avaient pas été contre, c'était même Ron qui tenait à s'assurer de la culpabilité de Malefoy dans l'ouverture de la Chambre des Secrets, mais auraient-ils été jusqu'au bout sans Hermione ? Sans compter son intelligence et ses talents de préparatrice de potions, sa volonté avait été déterminante, et elle n'avait alors que douze ans. Harry savait pertinemment qu'il ne pouvait rien faire pour empêcher son amie de dix-sept ans de l'accompagner si elle en avait décidé ainsi. De plus, il fallait bien avouer que l'idée d'être seul était fortement moins agréable que celle d'avoir quelqu'un pour l'épauler.

°°°

Une semaine après la journée à Pré-au-Lard, Harry et Ron se retrouvèrent presque seuls dans la salle commune des Gryffondor. Leurs camarades s'étaient tous couchés de bonne heure, à croire que la chaleur étouffante qui avait régnée dans le château tout au long de la journée les avait épuisé. La lourdeur de la soirée avait laissé place à un orage déchaîné. Les éclairs fusillaient le ciel, et les gouttes de pluie claquaient contre les carreaux des vitres de la tour. Les deux amis jouaient aux échecs, mais Harry avait la tête ailleurs. Alors que Ron lui prenait son dernier cavalier, Harry s'efforçait de trouver un moyen de communiquer avec Lupin. Ces pensées l'avaient obsédé depuis que le Poufsouffle lui avait parlé du coffre de son ancien professeur. Pourtant, même si établir une communication entre son ancien professeur et lui semblait impossible, ce n'était rien comparé au fait qu'il lui faudrait le convaincre de bien vouloir lui prêter un retourneur de temps de grande valeur, dont les effets pouvaient être catastrophiques. Les choses ne seraient pas aisées. L'aide de Hermione lui serait probablement précieuse.

De l'autre côté de la salle commune, Ginny était assise seule, sur un fauteuil, les yeux rivés vers les éclairs qui zébraient furieusement le ciel noir. Cela faisait plus d'une demi-heure qu'elle était dans la même position, le regard perdu. Ron, qui n'allait pas tarder à mettre le roi de Harry en échec pour la troisième fois, se rendit compte que son ami observait sa sœur.

- Hier, lui dit-il, elle a demandé à pouvoir se rendre sur leur tombe. Rogue lui a ri au nez. Je crois que ça a eu le même effet sur elle que lorsqu'il nous a appris leur mort.

- Je n'arrive pas à croire qu'ils ne vous laisseront pas aller rendre hommage à vos parents, s'indigna Harry.

- Si au moins nous pouvions parler à nos frères ! Mais tout contact est interdit, sans exception d'aucune sorte. Weasley, si je vous autorisais vous et votre sœur, comment croyez-vous que vos camarades réagiraient ? Croyez-vous vraiment que j'aie du temps à consacrer à des élèves demandant des exceptions ? ajouta Ron en imitant Rogue.

- Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour elle ?

- Je ne crois pas. Des fois, elle a l'air parfaitement en forme, mais à d'autres moments, elle reste prostrée pendant des heures, sans adresser le moindre regard à qui que ce soit. Et comme si je n'avais pas assez de problèmes en ce moment, Dean ne cesse de me harceler pour que je lui donne des conseils sur la façon dont il devrait s'y prendre pour rendre Ginny heureuse. Quel crétin ! S'il n'a toujours pas compris qu'elle n'a pas besoin de lui, il est encore plus abruti que je ne le pensais.

- Est-ce que tu veux qu'on essaye d'organiser quelque chose avec les membres du PL ?

- Et bien, si vous trouvez le moyen de s'évader de Poudlard, je suis partant, lançant Ron d'un ton ironique.

« S'évader ». Comme le terme était bien choisi et révélateur.

- Et toi, comment te sens-tu ? demanda Harry.

- Disons que j'ai des hauts et des bas. Mais dans l'ensemble, je viens de perdre mes parents alors…

- Je comprends. Je veux dire, j'essaye de me mettre à ta place, mais je sais que tout ça doit être bien plus difficile à endurer que ce que je ne m'imagine.

- Merci de ta condescendance.

- Excuse-moi. Je ne voulais pas… je ne sais pas trop quoi dire en vérité. Tu préfères sans doute que je me taise.

- Non, excuse-moi. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, mais je ne me sens pas bien. Quoi que je fasse, je me sens mal. J'essaye de discuter, de jouer, de bouger, de penser à autre chose, mais rien ne change ce que j'ai dans la tête. Tu comprends, la dernière fois que je les ai vus remonte à tellement d'années.

Harry sentait que la voix de Ron était coincée dans sa gorge. Des larmes perlaient au bord de ses yeux, et ses joues commencèrent à s'empourprer.

- Je ne suis même pas sûr de me souvenir parfaitement de notre dernier au revoir. Et plus j'essaye de me rappeler, plus mes souvenirs perdent en précision. Alors j'essaye de ne plus y penser, mais les choses se mettent à tourner encore plus rapidement dans ma tête. C'est comme si les Détraqueurs avaient pris littéralement possession de mon corps, comme si je n'allais jamais plus être heureux. Et Ginny, qui décomptait chaque semaine la séparant de Maman et Papa. Tout s'effondre autour de nous. Tous nos espoirs, nos objectifs. Quand Rogue nous a annoncé la nouvelle, c'était comme s'il venait nous rire au nez, nous disant « vous y avez cru ? Vous êtes de beaux idiots ». Tu comprends ce que je veux dire ?

- Oui. Je comprends très bien.

Harry pensait à Sirius. Lui aussi avait cru qu'il aurait droit à une vie meilleure avec son parrain. Qu'enfin il aurait une vraie famille, avec quelqu'un qui tenait réellement à lui. Mais les deux années que Sirius avait passées hors des murs d'Azkaban, il avait été réduit à se cacher dans la maison d'une mère qui le détestait. Et le soir où Bellatrix Lestrange lui avait ôté la vie, Harry avait senti son cœur se déchirer en mille morceaux. Tous ses espoirs de vie meilleure lui avaient soudainement paru totalement faux, tout ce qu'il avait imaginé avait été réduit en cendres en une fraction de seconde. Et aujourd'hui, il en était de même pour son meilleur ami.

Ron décida de monter se coucher, mais Harry ne voulait pas laisser Ginny seule. Il ne pensait pas qu'il pouvait faire quoi que ce soit pour elle en cet instant précis. Certains moments méritent de rester cachés. Insaisissables. Il s'approcha néanmoins d'elle. Elle tourna les yeux vers lui, puis sans aucune parole, lui accorda une place sur son fauteuil. Harry s'y enfonça, et serra Ginny dans se bras. Elle appuya se tête contre son torse, et ses yeux repartirent dans le vide du ciel dont les nuages orageux se dissipaient peu à peu. Harry aurait aimé l'embrasser, lui dire qu'il l'aimait, qu'il était là pour elle, mais il lui semblait finalement que les simples gestes qu'il avait fait envers elle, dénués de parole, signifiaient bien plus encore. Certaines choses doivent rester secrètes. Certains moments doivent rester silencieux. Tous les cœurs ne guérissent pas de la même façon.

°°°

Le lendemain, Harry se réveilla très tôt. A l'image des nuits précédentes, il n'avait pas beaucoup dormi, et son sommeil était resté léger. Excité à l'idée de toucher du doigt le fameux retourneur de temps, inquiet et nerveux quant aux moyens qu'il devrait mettre en oeuvre pour le récupérer, pour peu que Lupin soit d'accord. Harry resta allongé dans son lit pendant quelques temps. Il sentait la chaleur des rayons du soleil chauffer sa peau malgré les rideaux. Son anniversaire arrivait à grands pas. Il aurait bientôt 17 ans, l'âge légal normalement requis pour pouvoir choisir d'arrêter ses études. Il faudrait qu'il aille voir Hagrid pour savoir s'il avait pu parler à ses parents. Cela importait peu maintenant, mais cela lui donnait une excuse pour aller rendre visite à son ami. C'est alors qu'une idée lui vint en tête. Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Hagrid était en relation avec l'Ordre, qui de mieux placé que lui pourrait transmettre un message urgent à Lupin ?

Harry attrapa sa cape d'invisibilité qu'il avait cachée sous son matelas. Il descendit sans bruit mais rapidement les escaliers qui menaient à la salle commune, puis en sortit discrètement. Le château était presque désert. Harry n'eut aucun mal à accéder à la cabane de Hagrid, les Détraqueurs semblaient eux aussi somnoler. L'idée que de telles créatures puissent avoir besoin de repos était à la limite du ridicule. C'était leur attribuer une humanité dont ils étaient à première vue totalement dépourvus. Hagrid ouvrit sa porte presque immédiatement, et il laissa entrer Harry. Crockdur, qui se méfiait beaucoup moins du jeune homme, se lança sur lui de tout son poids, ce qui ne manqua pas de faire dangereusement vaciller Harry. Hagrid sortit deux énormes tasses d'un placard, ainsi qu'une assiette de biscuits durs comme de la pierre. Il servit un thé fumant dans les tasses gigantesques, puis s'assit en face de son convive.

- Tu sais que je n'aime pas te voir prendre des risques, Harry. Mais je dois avouer que ta visite me fait plaisir. Je suppose que tu veux savoir si j'ai eu le temps de parler à tes parents ? Ah, Harry… James et Lily m'ont dit qu'ils préféraient te savoir en sécurité à Poudlard…

- En sécurité ? coupa Harry. Parce qu'ils croient vraiment que nous sommes en sécurité à Poudlard, sous la direction de Rogue ? Entourés par des Détraqueurs ?

- Calme-toi Harry. Ils m'ont demandé de te dire qu'ils n'étaient pas contre le fait que tu reviennes chez eux dans quelques jours, une fois ta majorité atteinte. Mais ils préfèreraient que tu restes à l'école jusqu'à la fin de ta scolarité. Ils voudraient que tu obtiennes tes ASPIC pour que toutes les portes te soient ouvertes.

- Quelles portes ? Quel avenir peut-on avoir dans un tel monde ? Ma seule ambition était celle de devenir Auror. La seule qu'il me reste à présent, c'est celle de rejoindre les membres de l'Ordre. J'en connais assez pour en faire partie Hagrid, je suis très doué en Défense Contre les Forces du Mal, et je me débrouille très bien en Sortilèges. J'ai les bases nécessaires, il faut me croire. Et mes parents pourront m'enseigner ce qu'il faut que je sache. Et Ron aussi est capable d'intégrer l'Ordre, il n'y a pas de raisons pour que…

- Doucement Harry, intervint Hagrid. Tout d'abord, ton dernier cours de Défense Contre les Forces du Mal remonte à si longtemps que j'ai du mal à croire que tu puisses t'en souvenir. Et en ce qui concerne tes aptitudes magiques, je ne doute pas de ton talent, et tous les membres de l'Ordre savent très bien qu'ils auront beaucoup de choses à vous enseigner. Mais il n'en reste pas moins que les diplômes sont importants.

- Peut-être que les diplômes sont importants, mais l'atmosphère qui règne ici est agonisante. Il est impossible d'étudier quoi que ce soit correctement. Et la plupart des professeurs de Poudlard font partie de l'Ordre du Phénix, je suis sûr qu'ils ne verraient pas d'inconvénients à nous enseigner ce qu'il nous reste à apprendre.

- Je le sais aussi bien que toi, Harry. Je ne fais que transmettre le message de tes parents. Mais ils ne doutent pas de ton retour, ils savent que c'est très dur pour vous de rester enfermés ici. Pour Ron, ma foi, personne ne voit d'inconvénient à ce qu'il revienne bien sûr. Après ce qu'il vient de vivre. Cette terrible perte.

Le visage de Hagrid, caché par sa barbe hirsute, prit une teinte rouge écarlate. Ses yeux étaient humides. Harry savait que son ami était sensible, et qu'il connaissait très bien les Weasley.

- Et pour Ginny ? demanda Harry, qui ne pouvait l'imaginer seule dans le château.

Bien sûr, elle avait Dean, Jessie et ses amis. Mais si son frère partait, elle serait seule pour affronter le deuil. Et même si Harry comptait bien changer le cours du temps, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle.

- Elle n'a pas encore 17 ans, elle ne pourra pas revenir. C'est contre la loi, tu le sais bien.

- Les lois sont faites pour être contournées, Hagrid. Elle ne va pas rester seule au château tout de même ? Elle a besoin de ses frères, on ne peut pas la forcer à rester séparée d'eux en ce moment.

- Je suis désolé Harry. Mais Ron peut rester avec elle, et ils reviendront tous deux lorsqu'elle aura 17 ans.

- Elle n'aura pas 17 ans avant un an et trois mois, c'est beaucoup trop long !

- Je ne sais pas quoi dire. Tu en parleras avec les membres de l'Ordre lorsque tu en feras partie.

Harry n'argumenta pas. Il devait à présent se concentrer sur la vraie raison de sa visite à Hagrid.

- Hagrid, est-ce que vous pourriez faire passer un message de la plus haute importance et urgent à Lupin ?

- Je ne pourrai pas le voir avant deux jours, mais je t'écoute.

- En fait, c'est assez compliqué. J'ai un service à lui demander, mais si je ne lui explique pas pourquoi il faut qu'il me rende ce service, il risque de refuser. En plus, il faudra qu'on l'on trouve un moyen de se voir, et sans pouvoir lui parler directement, ça ne sera pas facile.

- Écoute Harry. Si tu dois parler en tête à tête avec Lupin, mieux vaut ne pas passer par moi. Je ne suis pas censé te donner ça, si tu te faisais prendre avec, tu aurais d'énormes ennuis. Mais il ne te reste que quelques jours à Poudlard, et je sais que tu feras extrêmement attention, n'est-ce pas ?

- Bien sûr. De quoi s'agit-il ?

Hagrid se leva, puis se mit à fouiller dans une grosse malle. Il finit par en retirer un miroir, semblable à celui que Sirius lui avait donné pendant sa cinquième année. Lorsque Hagrid lui tendit le miroir, Harry l'examina sous toutes les coutures, son cœur faisant des bonds dans sa poitrine. Si Harry comprenait bien, Hagrid donnerait le double du miroir à Lupin. Si Lupin avait le miroir en sa possession au 12, square Grimmaurd, Harry pourrait parler à ses parents avant de changer le cours du temps et de les voir disparaître à nouveau !

- Harry, tu gardera ce miroir avec toi la soirée du 29 juillet, c'est le soir où Lupin rentrera de mission. Je me débrouillerai pour le lui confier dés son retour, et vous pourrez discuter tranquillement. Prends garde à rester isolé, certains élèves seraient prêts à n'importe quoi pour gagner un peu de respect de la part de la brigade anti-fraude. Même si dans une semaine tu seras au 12, square Grimmaurd, rien ne sert de se montrer imprudent. N'utilise surtout pas le miroir avant, et cache-le bien.

- Merci Hagrid. Mais pourquoi ne pas nous avoir donner ce miroir bien avant ? Cela fait tellement d'années que nous sommes coupés de nos familles.

- Est-ce que tu as la moindre idée de ce qui pourrait vous arriver si l'on trouvait un tel objet lors d'une fouille surprise des dortoirs ?

« Une fouille surprise des dortoirs ». Harry pensait ne plus pouvoir être étonné de quoi que ce soit. Pourtant, il avait bien du mal à concevoir que même le minuscule petit bout d'intimité auquel ils avaient droit était violé par des fouilles improvisées. Mieux valait effectivement ne pas conserver un tel objet dans son placard.

Harry remercia Hagrid, puis repartit en direction du château à présent bien réveillé. Il lui fut difficile de monter les marches sans toucher personne sous sa cape d'invisibilité. Tous les élèves se rendaient à la Grande Salle pour y prendre leur petit-déjeuner.

°°°

La journée du 27 juillet se déroula si lentement que Harry aurait juré en avoir vécu 48 heures. La tentation d'essayer d'utiliser le miroir précocement était puissante, et accentuée par l'attente. Mais Harry ne voulait pas gâcher la moindre miette d'espoir qui lui restait. La journée du 28 fut agonisante de longueur. Son excitation était palpable. Ron lui avait trouvé un drôle d'air toute la journée, et pendant le dîner, ce fut Ginny qui lui demanda ce qu'il avait mangé pour être dans un tel état. Harry aurait voulu tout leur raconter pour ne pas être seul dans cette euphorie, mais il était impossible de leur avouer que s'ils avaient perdu leurs parents, c'était à cause de lui et de son égoïsme.

La journée du 29 juillet finit par arrivée. Harry se réveilla aux aurores, et tourna en rond dans la salle commune des Gryffondor. Il essaya de s'occuper l'esprit en faisant une partie d'échec contre lui-même, mais la partie devint très vite ennuyante. Il se dit alors qu'il pourrait regarder le soleil se lever, mais il se rendit compte qu'il n'en avait pas la patience. Il s'assit enfin devant la cheminée et essaya d'y allumer un feu à l'aide de ses yeux, comme il avait vu faire Superman dans une bande dessinée de Dudley, mais il n'en résulta qu'un mal de tête. Enfin, un élève fit son apparition dans la salle commune. Enfin la journée commençait. L'élève en question n'était autre que Ginny, sur qui Harry se précipita. Excité et extatique, il prit la jeune fille à peine réveillée dans ses bras. Il ne savait pas exactement pourquoi il faisait ça. Par joie ? Par amour ? Par inconscience ? Parce qu'il touchait enfin à son but ? Quoiqu'il en fut, Le contact de la peau de Ginny sur la sienne fit un peu trop tourner la tête à Harry, qui embrassa la jeune fille sans vraiment sans rendre compte. Ginny lui rendit son baiser, mais peut-être n'était-ce que par surprise ? Harry s'en fichait bien. L'important était que malgré Dean, malgré Jessie, malgré l'univers entier, Ginny et lui s'embrassaient à nouveau. Comme le jour de leur tout premier baiser. Sauf qu'à cet instant, ils étaient seuls dans la salle commune qui, lors de leur premier baiser, était bondée de Gryffondor bercés par la joie d'une victoire. Mais lorsqu'il relâcha son étreinte, Harry s'aperçut qu'ils n'étaient pas seuls, et que la spectatrice était loin d'être anodine. Elle se trouvait postée derrière Ginny, qui souriait béatement.

Jessie était bouche bée. Probablement n'arrivait-elle pas à en croire ses yeux. Elle qui avait cru que son petit ami s'intéressait à cette satanée brunette de la 5ème maison, voilà qu'il était en train d'en embrasser une autre. Et pas n'importe quelle autre, sa meilleure amie. Celle avec qui elle partageait tout depuis leur entrée à Poudlard. Celle à qui elle avait certainement dû parler de ses doutes au sujet de sa relation avec Harry. Celle qui lui avait assurément répondu de ne pas se faire d'idées, « non, Harry c'est un bon gars, il ne ferait jamais rien de mal ». Était-ce seulement ce Harry-là qui embrassait sa meilleure amie ? Il semblait si différent, son comportement était devenu incompréhensible en l'espace de quelques jours, voire de quelques heures.

Harry voyait Jessie et s'imagina ce qu'elle s'imaginait. Cependant, il ne pouvait déterminer si c'était la haine ou le choc qui rendait la jeune fille incapable de bouger. S'il l'avait mieux connu, il aurait vu que c'était une immense tristesse que Jessie ressentait, si puissante qu'elle l'immobilisait. Mais Jessie, à l'image de sa meilleure amie, n'était pas douée pour montrer ses sentiments. Alors elle ravala cette tristesse, comme elle l'avait toujours fait, et lança un regard dégoûté à ceux qui l'avaient ramenée en une fraction de seconde à l'état d'impuissance qu'elle détestait chez elle. Elle passa devant eux, et à part ce regard, Harry ne put rien voir de ce que ressentait Jessie. S'il l'avait connu comme son prédécesseur, il aurait su qu'elle allait se réfugier là où personne n'aurait jamais pu la percer à jour. Là où seul Harry avait le droit de la voir telle qu'elle était réellement.

Le sourire de Ginny s'évanouit à la seconde où elle vit passer sa meilleure amie devant elle. Elle repoussa Harry et essaya de rattraper Jessie. Le jeune homme était à nouveau seul dans la salle commune. Et cette fois, il pensait à autre chose qu'à ce qu'il allait pouvoir dire à Lupin pour le convaincre. Cette fois, les idées n'étaient absolument plus claires dans sa tête. Il se sentait heureux d'avoir retrouvé Ginny l'espace de quelques secondes, mais il se sentait mal de l'avoir mise dans une telle situation par rapport à sa meilleure amie. Ce n'était vraiment pas le bon moment pour qu'elles se disputent, Ginny vivait des moments difficiles et même si elle n'avait pas pour habitude de se confier, il lui serait d'autant plus difficile d'être brouillée avec Jessie. Mais Harry ne s'en voulait pas d'avoir fait du mal à Jessie. Il regrettait simplement que ce fût par l'intermédiaire de Ginny. Mais il ne parvenait pas à se sentir mal par rapport à celle qui était amoureuse de lui. Pourtant, ce n'était plus de la haine qu'il ressentait envers elle, comme cela avait été le cas quelques jours auparavant. Ses sentiments pour elle étaient à présent très étranges. Surréels. C'était comme si elle n'existait pas. Comme si Harry n'en voyait qu'une image sans âme. Il n'avait pas l'impression qu'elle était la fille de Sirius, il lui semblait qu'il l'avait créée par cette erreur de manipulation du retourneur de temps. Qu'y avait-il de mal à blesser quelqu'un qui n'existait pas réellement ? Qu'y avait-il de mal à blesser quelqu'un qui allait disparaître sous peu ? Oui, c'était exactement comme cela que Harry voyait Jessie à présent. Les états d'âme qu'il avait eus pour elle, cette curiosité, cet amour, cette haine, cette jalousie, cette attirance, tous ces sentiments contradictoires qui s'étaient battus dans sa tête s'étaient tous évanouis pour ne laisser qu'un grand vide. Harry n'était pas sûr de préférer cela, mais il fallait bien avouer que cela rendait les choses bien plus simples.

Tout au long de la journée, Harry remarqua la solitude dans laquelle il avait plongée Ginny. Elle s'était elle-même éloignée de Dean, ne supportant plus le réconfort qu'il voulait lui apporter. Jessie refusait de lui adresser le moindre regard. Parvati et Lavande, qui n'avaient pas tardé à apprendre ce qui s'était passé, avaient pris la défense de Jessie. Ginny ne voulait pas adresser la parole à Harry, provocateur de ce qui avait fait souffrir sa meilleure amie. Ses amies de cinquième année semblaient n'avoir absolument rien à faire d'elle. Seul Ron consentait à rester auprès d'elle, et tous deux passèrent la journée ensemble. Harry s'imagina la pauvre Ginny, seule, alors que son frère serait devenu membre de l'Ordre. Bien sûr, la situation finirait par se tasser. Il ne s'agissait là que d'un malheureux baiser. Les ragots imbéciles finiraient par trouver une nouvelle cible. Jessie finirait probablement par pardonner son amie, incriminant son ex petit ami. Mais quelques secondes de bonheur devaient-elles obligatoirement être suivies par des heures de souffrances ?

Le soir, Harry se réfugia dans la salle-sur-demande qu'il était seul à connaître afin de pouvoir discuter avec Lupin sans interruption. Une fois dans la salle, il s'affala sur un canapé, puis posa son miroir sur sa cape d'invisibilité. Il n'avait plus qu'à attendre et à espérer.


Vous êtes arrivés en fin de chapitre 5, et oui, je sais que je ne suis pas très gentille de le finir de la sorte. Mais un peu de suspens, ça fait du bien, non ? Vous avez le droit de me maudir, mes seulement si vous me laissez une review :p

Petit clin d'oeil à Lupi en ce qui concerne les DA (Détraqueurs-Aspirateurs). Je l'ai fait, à ton tour !

Merci à tous !

Chasca