Disclaimer : Que dire... Cf tous mes autres disclaimers ? Oui, ça pourrait aller. Alors : Cf tous mes autres disclaimers !

Remerciements : Lupi I love you, Lupi I do, when we're apart my heart beats only for you ! (Oui je sais, c'est la chanson des Weasley pour Ron après la coupe du monde de Quidditch, mais je suis d'humeur joyeuse et musicale en ce jour de fête de la musique). Et puis je remercie tous les reviewers aussi ! Je ne le dirais jamais assez, mais vos reviews me font énormément plaisir.

Note de moi-même : Je n'ai pas du tout inventé l'endroit où vit Remus Lupin. J'ai décidé de rendre hommage à ma beta préférée en gardant les lieux de sa magnifique fic Seconde Chance, que je conseille fortement à tous les lecteurs qui apprécient Lupin (et même aux autres d'ailleurs, pour le découvrir).

Résumé : Harry s'est réfugié dans la salle sur demande pour parler à Lupin via le miroir à double-sens.

Bonne Lecture !


Chapitre 6 : De nouveaux sentiments

°°°

Les yeux de Harry restaient inlassablement fixés sur le miroir, mais le jeune homme n'y voyait toujours aucune trace de Remus Lupin. Il attendait patiemment que quelque chose se passe, utilisant chaque seconde pour parfaire son argumentation. Il n'avait pas droit à l'erreur, il savait parfaitement que Lupin se méfierait et ne confierait pas un objet d'une telle valeur les yeux fermés. Alors que Harry répétait une énième fois dans sa tête ce qu'il comptait dire tout haut au lycanthrope, une voix résonna puissamment, le faisant lâcher le miroir.

- Harry ?

Harry reprit le miroir en mains, et y aperçut non pas son reflet, mais le visage flou de Lupin.

- Merlin, ajouta Lupin, tu as tellement changé en six ans !

- Bonsoir Mr Lupin.

- Voyons Harry, depuis quand m'appelles-tu Mr Lupin ? Appelle-moi Remus, comme lorsque tu étais petit.

- D'accord, Remus.

- Alors, dis-moi, de quoi as-tu besoin ?

Harry fut étonné que Lupin rentre aussi rapidement dans le vif du sujet, mais il se dit que son ancien professeur savait peut-être qu'il avait un couvre-feu à respecter. De plus, Lupin savait probablement que le jeune homme comptait bien rentrer dans l'Ordre d'ici quelques jours, rien ne servait de perdre du temps maintenant dans des explications sur ce qu'il avait vécu pendant ces six années, qu'il devrait de toutes façons réitérer pour les autres membres et surtout, pour ses parents. Harry prit une longue inspiration, et se lança dans des explications qu'il voulait claires, mais qu'il savait confuses.

- Voilà. J'ai appris que vous aviez un coffre à Gringotts, dans lequel vous conserviez un retourneur de temps de grande valeur…

- Harry, je t'en prie, arrête de me vouvoyer, tu me mets mal à l'aise ! Je t'ai vu grandir, et même si je sais que cela fait longtemps qu'on ne s'est pas vu, tu n'en restes pas moins le petit garçon qui a grandi autant chez lui qu'au sein de l'Ordre.

Harry ne parvenait pas à s'imaginer tutoyant Lupin. Non, Remus. Il fallait qu'il l'appelle Remus, et qu'il lui parle comme s'il avait grandi presque autant avec lui qu'avec ses parents. Harry n'aurait jamais pensé qu'il puisse avoir tant de difficulté à assimiler ces changements qui paraissaient pourtant bien minimes par rapport à ceux qu'avait subi Poudlard.

- Euh… D'accord, abdiqua Harry. Le fait est que j'aurais besoin de votre… de ton retourneur de temps.

- Est-ce que je peux savoir pourquoi ?

Le cœur de Harry se mit à battre la chamade. C'était maintenant que tout se jouerait. Il n'avait pas le droit à l'erreur, la vie des Weasley en dépendait. Il rassembla ce qui lui restait de courage pour ne pas perdre la face devant un Lupin étrangement intimidant. Le tutoiement aurait dû mettre Harry plus à l'aise, c'était la façon dont on parlait à quelqu'un de qui l'on ne craignait rien. Cependant, Harry ressentait un malaise étourdissant à l'idée de tutoyer une personne pour qui il avait tant de respect et d'estime. Le tutoiement le paralysait. Il avait presque l'impression d'insulter, d'abaisser Lupin. Harry avait beau essayer de se raisonner, rien n'y faisait.

- Bien sûr, répondit le jeune homme. Il se trouve que j'ai des informations de la plus haute importance à transmettre à Dumbledore, au sujet de Voldemort.

- Quel genre d'informations ?

- Des informations sur les Horcruxes.

- De quoi parles-tu ?

Le reflet de Lupin semblait perplexe. Avait-il déjà entendu parler des Horcruxes ? Harry n'en avait pas la moindre idée. Dumbledore avait-il réussi à capturer le souvenir de Slughorn sans l'aide de Harry ? Était-il lui-même certain que Voldemort s'était fabriqué des Horcruxes ? Si Dumbledore n'en avait pas la certitude, il n'en aurait assurément pas parlé à Lupin, et celui-ci pourrait croire que Harry inventait une excuse pour utiliser un retourneur de temps à des fins personnelles.

- Des Horcruxes. Ces objets dont Voldemort s'est servi pour y cacher des parcelles de son âme.

- Harry, de quoi… est-ce que tu es sûr de ce que tu avances ? Est-ce que tu es sûr que Voldemort s'est fabriqué des Horcruxes ?

- Oui, j'en suis certain. C'est pour ça qu'il me faut absolument un retourneur de temps.

- J'avais déjà entendu parler des Horcruxes, mais de façon très vague. Ce sont des objets dont très peu de personnes ont connaissance. Mais maintenant que tu en parles, tout paraît logique ! Je croyais que Tu-Sais-Qui avait recours à la pierre philosophale de Nicolas Flamel, que c'était de cette façon qu'il avait survécu tant d'années en conservant sa puissance. Mais Dumbledore insiste souvent sur ce qui selon lui est le but principal du seigneur des ténèbres, à savoir l'immortalité. En se fabriquant des Horcruxes, il s'assure une espérance de vie extrêmement longue, car je suppose qu'il ne s'est pas contenté d'un seul. Harry, comment as-tu eu connaissance de ces objets ? Comment peux-tu être sûr que Tu-Sais-Qui en conserve ? Et qu'est-ce que le retourneur de temps vient faire dans cette histoire ?

Lupin semblait fébrile d'excitation. Harry ne pouvait pas se permettre de se tromper dans ce qu'il allait lui expliquer. Il lui faudrait rester clair et cohérent, tout en se faisant concis pour ne pas s'embrouiller dans des descriptions inutiles. Mais la première partie de son plan, montrer à Lupin qu'il s'agissait d'une affaire capitale, avait néanmoins fonctionné. Harry vit les yeux fatigués de son ancien professeur se baisser, mais la taille du miroir ne lui permettait pas de voir ce que Lupin observait.

- Merlin, Harry, il est plus de 8h du soir, tu dois absolument rentrer dans ton dortoir immédiatement.

- Mais j'ai absolument besoin du retourneur ! protesta Harry.

- Si je n'ai pas confiance en toi, qui es le fils de James et de Lily, je ne vois pas en qui d'autre je peux avoir confiance. Si tu as besoin du retourneur, je te le donnerai. Tu l'auras dés que tu seras au QG de l'Ordre.

Harry voyait déjà les images des retrouvailles au 12, square Grimmaurd, danser dans sa tête. Exactement les visions qu'il lui fallait repousser. Il se força à dire à Lupin ce qu'il ne voulait pas dire, ce qu'il fallait pourtant qu'il dise.

- Je n'ai pas le temps d'attendre d'être de retour.

- Vraiment ? Très bien. Écoute-moi, j'irais demain à Gringotts, puis je t'attendrai le soir chez moi. Ah, j'oubliais, tu ne sais pas transplaner.

- Si, je peux le faire. Je n'ai pas mon permis, mais je sais transplaner.

- Vraiment ? Si j'avais le temps de te demander comment tu as appris, je le ferais. Est-ce que tu pourras transplaner chez moi ?

- Chez vous ? Euh… je veux dire, chez toi ?

- Si tu sais transplaner, tu n'auras qu'à concentrer tes pensées sur ma maison au milieu de la forêt, et tu y parviendras sans problème, même si tu ne te souviens plus exactement de l'emplacement, ni des images.

- Très bien. Merci Remus !

- Mais de rien voyons, c'est le minimum que je puisse faire. Prends soin de toi !

- Au revoir.

- Bonne nuit et à demain. Soi prudent surtout !

- Promis.

Le visage de Lupin disparut peu à peu du miroir, pour y laisser comme seul reflet le visage de Harry. Entre l'excitation et l'angoisse, son cœur balançait. Harry enfila sa cape d'invisibilité, et courut jusqu'au portrait de la grosse dame.

- Mandragore, lui dit-il afin qu'elle le laisse entrer.

- Le couvre-feu est passé jeune homme.

- Quoi ? Mais je dois entrer ! S'il vous plaît.

- Je suis désolée.

- Je croyais que les tableaux étaient neutres, qu'ils n'obéissaient qu'à leur propre volonté.

- J'ai des ordres, et je n'ai pas envie de finir dans un placard. Je suis vraiment désolée, mais je ne peux pas faire d'exception.

- Personne ne le saurait !

- Vous savez bien que si. Tout est sous contrôle, même les portraits.

Harry abdiqua. La Grosse Dame était logée à la même enseigne que tous les autres habitants du château. Obéissance, ou subissions des conséquences. Harry ne pouvait pas lui en vouloir. Il remit sa cape et reprit le chemin de la salle sur demande. Il avait au moins un endroit où dormir. Il marchait lentement dans les couloirs du château, plongés dans un début d'obscurité. Le soleil brûlait encore sur le parc, illuminant les murs de Poudlard. Toutes les torches avaient cependant été éteintes, et la lumière orangée du soleil ne permettait pas d'éclairer correctement l'intérieur du château. Malgré la faible luminosité d'une soirée estivale, Harry ne ressentait pas la moindre fatigue. Comme les couloirs de Poudlard étaient déserts, il se laissa déambuler d'un coin à un autre du château. Il se demandait où pouvait être la salle commune des élèves de la 5ème maison, et à quoi elle pouvait bien ressembler. Harry s'imagina une pièce très petite, froide, sans cheminée et sans tapisseries. Voldemort avait forcément choisi une salle déprimante pour empêcher ses élèves d'y être heureux.

Harry se demandait comment il allait parvenir à sortir des enceintes de Poudlard afin de pouvoir transplaner chez Lupin. Une idée lui vint alors, d'une simplicité risible. Il lui suffirait d'emprunter le passage secret qui permettait de se rendre dans l'arrière boutique de la confiserie Honeydukes de Pré-au-Lard. Harry décida de se rendre près du passage en question, afin de vérifier l'état des lieux. Il ne savait pas exactement ce qui le poussait à aller vérifier quoi que ce soit. Il n'y avait aucune raison pour que le passage n'existe plus. Hélas, lorsque le jeune homme arriva devant la sorcière borgne qui cachait le passage, il se rendit compte que le trou menant au magasin avait été bouché. Harry resta figé pendant plusieurs minutes devant le spectacle. Comment était-ce possible ? A peine plus d'un mois auparavant, Harry avait lui-même emprunté ce passage pour revenir dans le château. Qui avait bien pu faire murer le trou en un lapse de temps si court ? Comment allait-il bien pouvoir s'y prendre à présent ?

Harry préféra attendre le lendemain pour réfléchir au problème la tête reposée. Il aurait toute une journée avant de devoir se rendre chez Lupin. Il passa devant les cuisines de Poudlard. Les elfes de maison le laisseraient probablement prendre quelque chose à grignoter sans poser de questions. Il ouvrit le passage qui permettait l'accès aux cuisines, et lorsqu'il fit son entrée, les elfes se jetèrent sur lui. Harry n'en connaissait aucun, et même s'il ne s'était pas attendu à voir Dobby, son absence ne lui en paraissait pas moins étrange. Le pauvre devait toujours être au service des Malefoy.

- Monsieur désire quelque chose ? couina l'un des elfes à l'intention de Harry.

- Cela fait bien longtemps que Fizzy n'a pas vu d'élèves dans les cuisines, monsieur, ajouta un elfe aux yeux d'un bleu si clair qu'il en été presque transparent.

- Je veux bien vous croire, répondit Harry.

Le jeune homme repartit des cuisines les mains pleines d'éclairs au chocolat. Maintenir sa cape d'invisibilité en place était devenu difficile. Si bien qu'il décida de la retirer. Depuis plus d'une demi-heure qu'il se promenait dans le château, il n'avait pas croisé âme qui vive, pourquoi en serait-il autrement le temps de retourner à la salle sur demande qui était à deux pas ? Bien sûr, c'est lorsque l'on se croit hors de danger qu'il est le plus présent. Et c'est lorsque l'on se croit en sécurité que l'on se montre le plus imprudent.

- Potter ! Hurla une voix glaciale, sifflante et pourtant, différente de celle de Rogue.

Harry retourna et aperçut la silhouette de Malefoy, se détachant de l'obscurité du couloir au fond duquel il se tenait, baguette serrée dans la main.

- Je suis simplement arrivé quelques minutes après le couvre-feu, se justifia Harry sans réfléchir.

- Ce n'est vraiment pas de chance pour toi Potter, rétorqua Malefoy en s'approchant de lui. Qu'est-ce que c'est que ça ?

Malefoy pointait la cape de Harry du doigt.

- Ma cape, répondit-il simplement.

- Tu as besoin d'une cape en cette saison ? Donne-moi ça.

Harry n'esquissa pas le moindre mouvement. Malefoy pointa sa baguette sur Harry, impuissant. Ce dernier n'abdiqua pas pour autant.

- Expelliarmus ! vociféra Malefoy.

La cape ainsi que les éclairs au chocolat s'envolèrent des mains de Harry. Les gâteaux s'écrasèrent sur le sol, et Malefoy attrapa la cape. Il l'examina, bouche bée.

- C'est une cape d'invisibilité…

- Quelle perspicacité.

Malefoy se mit à ricaner de jubilation. Bien entendu, il avait de quoi. Il tenait entre ses mains un élève hors de son dortoir après le couvre-feu, et avec un objet interdit en sa possession. Le visage pointu du Serpentard s'illuminait, l'on aurait pu croire que pour lui, c'était Noël en plein mois de Juillet. Harry savait qu'il ne reverrait pas sa cape d'invisibilité, mais peut-être qu'avec un peu de chance, l'état d'euphorie de Malefoy allait lui faire rebrousser chemin rapidement. Hélas, la chance n'était pas avec Harry.

- Très bien Potter. Maintenant, il va falloir que je te fasse comprendre que tu fais partie des imbéciles qui doivent respecter le couvre-feu.

- Comment comptes-tu t'y prendre ? De la même façon qu'avec Hermione, lorsque tu t'es vengé de l'humiliation que tu avais subi ?

Malefoy s'avança encore, et pointa sa baguette sur le torse de Harry d'un air menaçant.

- Fais attention Potter, ne parle pas de ce que tu ignores.

- Parce que tu crois que j'ignore ce que tu lui as fait subir ? Tu n'es qu'un lâche, un faible, un minable.

- Tais-toi !

- Quel répugnant personnage faut-il être pour ressentir une quelconque satisfaction à faire ce que tu as fait ?

- Tais-toi, tu n'y comprends rien !

- Je n'y comprends rien ? Il me faudrait une sacrée explication pour que je comprenne ce qui a pu te pousser à faire ça !

- TAIS-TOI !

- Mais je crois que l'explication est très simple, c'est une « sang de bourbe », c'est ça ? Si son sang n'est pas pur, quel mal y a-t-il à faire ce que l'on veut d'elle ?

- TU VAS LA FERMER, OUI ?

- C'est un petit jeu que vous avez inventé avec les crétins qui te suivent toute la journée ? Celui qui tripote le plus de filles de moldus possible a gagné ? Des points bonus pour celui qui la tripote de la façon la plus avilissante possible ?

- Je suis amoureux d'elle !

Harry resta bouche bée, l'air probablement d'un parfait idiot. Il n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Certainement avait-il mal entendu.

- Quoi ?

- Je crois que je suis amoureux d'elle. Ça te va ? Ou faut-il que je te fasse un dessin pour que ton cerveau ait le temps d'assimiler ?

Malefoy baissa sa baguette, l'air malheureux. Harry ne comprenait plus rien. Apparemment, son cerveau avait réellement besoin d'un temps d'adaptation, car les informations semblaient avoir autant de mal à y entrer que s'il essayait d'avaler une baguette de pain entière sans la mâcher. Un silence s'abattit entre les deux ennemis. Malefoy semblait vouloir partir et rester, se taire et parler, pleurer ou s'énerver.

- Comment pourrais-tu être amoureux d'elle ? finit par demander Harry, s'étonnant lui-même des mots qu'il venait de prononcer.

- Elle ne… Elle n'est pas comme les autres. Elle a du caractère. Elle m'attire.

- C'est impossible, tu la détestes, répondit Harry, péremptoire.

- On ne t'as jamais dit que la frontière entre l'amour et la haine était très mince, ou es-tu inculte à ce point ?

- Tu ne la connais même pas.

- Je la connais plus que tu ne le crois.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

- Il y a un an… Je n'arrive pas à croire que je te dise ça… Il y a un an, je devais la garder à l'œil pendant sa retenue. Et… disons qu'on a discuté. Ça a été la seule et unique fois, mais cette fois-là m'a suffi pour comprendre beaucoup de choses sur mon compte.

- Tu t'es rendu compte que tu n'étais qu'une petite fouine malfaisante sans personnalité ?

- Ça va, lâche-moi. C'est assez difficile comme ça. Disons que Granger m'a expliqué son point de vue. Je ne voulais pas la croire, bien sûr. Mais j'étais dans le doute constant. J'ai fini par fouiller un peu, et j'ai compris que mon père ne se battait peut-être pas pour la bonne cause.

- Peut-être pas ? Certainement pas, tu veux dire.

- Je ne sais pas si tu te rends compte Potter, mais je suis en train de faire un effort phénoménal pour essayer de me justifier. Chose qui ne m'est jamais arrivée, et certainement pas envers quelqu'un de ton espèce.

- Très bien. Mon espèce et moi allons nous en aller puisque c'est comme ça.

Harry fit mine de se retourner, mais Malefoy le rattrapa par la manche.

- Il faut que tu m'aides ! lui demanda-t-il d'un ton presque implorant.

- Pourquoi je ferais ça ?

- Parce que si tu ne m'aides pas, l'année prochaine je serai forcé de rejoindre les rangs des Mangemorts. Je sais que tu ne me croiras pas, mais je n'en ai pas du tout envie.

- En effet, je ne te crois pas. Si tu n'avais vraiment pas envie de rejoindre ton père et ses petits camarades, pourquoi aurais-tu fais des pieds et des mains pour rentrer dans la brigade anti-fraude ?

- Tu ne comprends vraiment rien. C'est mon père qui l'a voulu. Et ce que mon père veut, il l'obtient toujours.

- Tu aurais pu refuser.

- Et rejoindre les Mangemorts comme cadeau d'anniversaire pour mes 17 ans ?

Harry repensa au Malefoy qu'il avait vu au sommet de la tour d'astronomie le soir de la mort de Dumbledore. Il se souvenait de la pâleur de son visage, de ses tremblements, de ses longues hésitations, de sa baguette qui ne cessait de s'abaisser. Il se souvenait de la personne qui avait assassiné Dumbledore.

- Admettons que tu ne veuilles vraiment pas, répondit Harry. Pourquoi devrais-je t'aider ?

- Parce que tes parents font partie de l'Ordre du Phénix, et que tu en feras bientôt partie à ton tour.

- Je me suis mal exprimé. Pourquoi devrais-je t'aider après ce que tu as fait subir à Hermione ?

- Je t'ai dit que je l'aimais.

- Ce n'est pas comme ça que l'on aime quelqu'un, s'insurgea Harry. Ce n'est pas avec ces gestes-là, pas dans la peur et l'assouvissement. La base de l'amour, c'est le respect, et tu oserais prétendre l'aimer ? Elle vaut mille fois mieux que toi, pour peu que tu t'y sois intéressé.

- Je sais, je suis désolé. Tellement désolé.

- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire, mais à Hermione. Si tu crois que je vais t'aider à devenir le nouveau double agent de Voldemort, tu te trompes. Je vois clair dans ton jeu. Tu essayes de me faire croire que tu peux ressentir de l'amour pour une fille de moldus, que tu éprouves des remords, que tu es perdu, que tu ne veux pas rejoindre les Mangemorts, et tu crois que je vais me laisser avoir ? Je ne suis même pas sûr que tu puisses éprouver de la compassion pour Hermione, alors en ce qui concerne le reste, je te laisse deviner à quel point je peux être dubitatif.

- Tu n'as qu'à me faire avaler du Véritaserum si tu ne me crois pas, mais il faut que tu m'aides Potter !

- Bonne nuit Malefoy.

Harry tourna les talons. Il ne savait pas s'il pouvait croire Malefoy ou non. Il se souvenait de ce qu'il avait éprouvé pour lui le soir de la mort de Dumbledore, mais ce Malefoy-là était différent. Il pouvait très bien dire la vérité, de la même façon qu'il pouvait mentir. Les deux options tenaient parfaitement debout.

°°°

Harry passa une très mauvaise nuit dans la salle sur demande. Certes, il avait eu droit à un lit confortable, à des oreillers moelleux ainsi qu'à la fraîcheur de la salle contrastant avec la chaleur étouffante de son dortoir. Mais ce confort ne l'avait pas empêché de se réveiller toutes les heures, ni de faire des rêves dérangeants dans lesquels apparaissaient Malefoy, Lupin, ses parents, des Mangemorts, des retourneurs de temps… Tout ce qu'il avait vécu durant cette journée forte en émotions avait tourné dans sa tête tout au long de la nuit. A 8h ce matin-là, Harry sortit le plus discrètement possible de la salle dans laquelle il avait passé la nuit (Malefoy lui ayant confisqué sa cape, ce ne fût pas chose aisée), se faufila dans son dortoir pour se changer, puis descendit prendre son petit-déjeuner dans la Grande Salle. Lorsqu'il prit place en face de Ron, ce dernier lui demanda où il avait passé la nuit. Harry se contenta de lui dire que la Grosse Dame n'avait pas voulu le laisser entrer, sans s'étendre sur le sujet. Ron essaya d'en savoir plus, mais Harry resta de marbre. Il fit comprendre à son ami qu'il n'avait rien d'extraordinaire à lui raconter, et que par conséquent, ils pouvaient passer à autre chose.

Harry, Ron et Dean passèrent leur matinée sur le terrain de Quidditch. Outre la présence, même éloignée, des Détraqueurs, Harry ne parvenait pas à s'amuser. Son esprit restait focalisé sur sa prochaine rencontre avec Lupin. Comment ferait-il pour transplaner vers un endroit qu'il ne connaissait pas ? Comment ferait-il pour sortir des enceintes de Poudlard afin de pouvoir transplaner ? Les cognards volaient en toutes directions, et Harry décida de redescendre sur le terrain afin d'éviter la catastrophe. Il n'arrivait pas à se concentrer sur son jeu. Plus tard, les trois amis remontèrent en direction du château pour y déjeuner. Ron et Dean entrèrent dans la Grande Salle, mais Harry prétexta un besoin urgent afin d'attendre Hermione à l'entrée du Hall. Il avait bien pensé à ne rien lui dire, à se rendre seul chez Lupin, mais il ne parvenait pas à se faire à l'idée de mentir une nouvelle fois à son amie. C'aurait été un mensonge pour son bien, un mensonge positif dont Hermione n'aurait jamais eu connaissance, mais cela restait un mensonge. Il avait promis à son amie qu'il l'attendrait, qu'il ferait les choses avec elle, et il ne voulait pas manquer à cette promesse. Un mois et demi plus tôt, cette vision chaotique de Poudlard avait été si bouleversante qu'il avait eu l'impression d'être dans un rêve constant. Il avait eu l'impression que ses camarades, ses professeurs, n'étaient pas réels, qu'ils n'avaient rien à voir avec ceux qu'il connaissait. Mais la réalité l'avait rattrapé, et aujourd'hui, la Hermione de la 5ème maison était la même à ses yeux que celle qui l'avait un jour accompagné au ministère de la magie afin de l'aider à sauver Sirius. Il ne pouvait pas l'abandonner.

Au bout de quelques minutes d'attente, Harry aperçut Hermione qui s'avançait vers la Grande Salle, accompagnée de Dean et d'une jeune fille qu'il ne connaissait pas. Il siffla afin d'attirer son attention. Les trois élèves se retournèrent, Hermione murmura quelque chose en direction de ses amis, et elle prit la direction d'un couloir à l'écart, faisant signe à Harry de la suivre. Lorsqu'ils furent seuls, Harry lui annonça la nouvelle.

- C'est pour ce soir. Nous devrons transplaner chez Remus Lupin, et il nous donnera le retourneur de temps.

- Tu sais transplaner ? s'étonna Hermione.

- Oui, même si je n'ai pas mon permis. Peu importe.

- Le problème, c'est qu'on ne peut pas transplaner dans l'enceinte du château. J'ai lu ça dans…

- L'Histoire de Poudlard, termina Harry en souriant.

- Comment le sais-tu ?

- Parce que c'est ton livre préféré. Ou l'un de tes préférés en tous cas.

- C'est vrai qu'il est passionnant !

- Je n'en doute pas. Cela dit, il n'y est pas écrit comment s'y prendre pour sortir des enceintes du château malgré les Détraqueurs.

- Peut-être pas, mais moi je sais comment faire.

- Comment ?

- Je sais que les Détraqueurs profitent des heures de repas pour se reposer. Tous les élèves sont réunis dans une même pièce, surveillés par les enseignants, ils ont donc droit à quelques minutes de repos trois fois par jour.

- Comment est-ce que tu sais ça ?

- Peu importe. Ce qui est important maintenant, c'est de pouvoir sortir de la Grande Salle sans que personne ne s'en aperçoive.

- Pourquoi ne pas simplement rester en dehors de la salle ? Ne pas y entrer ?

- Parce que chaque soir, il y a un système d'appel invisible. Je ne sais pas exactement comment ça marche, mais je sais que si à 7h tapantes tous les élèves ne sont pas dans la Grande Salle, Rogue sait exactement qui n'y est pas, et il lancerait immédiatement les Détraqueurs à sa recherche. Comme le temps de repos des Détraqueurs ne commence qu'à 7h précises, il faut trouver un moyen de sortir discrètement de la salle.

Harry réfléchit à toute vitesse. Il ne pouvait pas utiliser sa cape d'invisibilité, puisqu'elle était en possession de Malefoy. Inutile de prétendre devoir se rendre aux toilettes, Rogue n'était malheureusement pas idiot. Et de toutes façons, il ne pourrait pas emmener Hermione de cette manière. Celle-ci semblait plongée dans ses pensées, les yeux rivés vers le sol et les doigts agités de tremblements. C'est alors qu'elle leva les yeux vers Harry, et celui-ci comprit immédiatement qu'elle avait trouvé une solution.

- Je sais ! s'exclama-t-elle. Au lieu d'essayer de faire ça dans la discrétion, pourquoi ne pas le faire dans l'affolement ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

C'est alors que le professeur de Civilisation Sorcière apparut à l'autre bout du couloir. Mr Hardy, l'air mauvais, s'avançait vers les deux élèves fautifs de complicité. Hermione murmura dans l'empressement :

- Ginny a dû recevoir les idées de plans de manifestations des membres du PL, dont on avait parlé pendant la réunion. Ce soir, il vous faudra en mettre un à exécution. Une fois que les élèves auront semé la panique, tu viendras me chercher à ma table, et nous filerons. Les Détraqueurs n'y verront que du feu, puisqu'ils seront assoupis.

Hermione avait prononcé ces quelques phrases dans la précipitation, mais elles résonnaient encore très clairement dans la tête de Harry, une fois de retour dans la salle commune des Gryffondor. Ginny et lui étaient à présent penchés sur les idées de leurs camarades.

- Celle-ci est complètement idiote, dit Ginny. Ecoute-ça : « je propose que l'on découvre à quoi Rogue est allergique. De cette manière, on pourrait l'en menacer s'il n'accepte pas de démissionner ».

Harry et Ginny se mirent à rire. Jessie choisit ce moment-là pour entrer dans la salle commune. Elle regarda vers la table où Harry et Ginny avaient entreposé les parchemins, puis passa son chemin. Ginny semblait mal à l'aise. Jessie n'avait toujours pas pardonné ni à l'un, ni à l'autre, le baiser qu'ils avaient échangé. Ginny reporta son attention sur les morceaux de parchemins. Elle ne prononça aucun son, ne manifesta aucun signe de tristesse. Mais Harry n'était pas dupe, il savait que Ginny avait encore plus de mal à affronter le deuil de ses parents sans sa meilleure amie à ses côtés. Harry s'en voulait d'avoir créé cette situation. Mais il en voulait également à Jessie de faire preuve d'une telle immaturité. Il était normal qu'elle en veuille à Harry, mais pourquoi s'en prenait-elle à Ginny ? Ce n'était pas de sa faute si Harry l'avait embrassée. Comment pouvait-elle laisser sa meilleure amie affronter seule le pire moment de sa vie pour une simple histoire de baiser volé ? Harry n'avait plus du tout l'impression que Jessie ressemblait à Sirius. Elle n'en donnait que l'impression, son cœur était bien différent. Elle parlait beaucoup, mais ce n'était jamais elle qui levait le poing. Elle semblait prête à foncer tête baissée, mais elle ne prenait jamais les devants. Elle donnait l'impression d'être une véritable amie, mais faisait preuve de déloyauté dans les pires moments. Harry ne parvenait plus à voir en elle ce qui au début l'avait attiré jusqu'à la répulsion.

- Je suis désolé Ginny.

- De quoi ?

- C'est de ma faute si Jessie te fait la tête. Je ne sais pas à quoi je pensais quand je t'ai embrassée.

- Ça n'a pas d'importance.

- Comment peux-tu agir comme si tout t'était indifférent ?

- Parce qu'il le faut.

- Pourquoi ? A qui tiens-tu tant à prouver que tu es forte ?

- A personne. J'en ai pris l'habitude, c'est tout.

- Ce n'est vraiment pas la meilleure des habitudes à prendre, si tu veux mon avis.

- Je me passerai de ton avis alors.

Harry savait qu'il ne servait à rien d'argumenter. Peut-être était-ce dû au fait qu'elle avait grandi entourée de garçons, toujours était-il que Ginny n'avait jamais été du genre à montrer ce qu'elle ressentait. Sans doute pensait-elle - à tort - que c'était une façon de se sauvegarder. Harry n'insista pas. C'était dans sa personnalité, et cela ne changerait pas de si tôt. Mais il avait cependant besoin de lui expliquer ce que lui ressentait.

- Je sais que c'est de ma faute si Jessie et toi n'êtes plus en bons termes, mais il faut bien avouer qu'elle est sacrément têtue ! C'est au moment où tu as le plus besoin d'elle qu'elle te tourne le dos.

- Je n'ai besoin de personne.

- C'est à moi qu'elle devrait en vouloir, pas à toi ! continua Harry, sans prêter attention à l'intervention de Ginny. Je pourrais même comprendre que tu m'en veuilles, mais pourquoi Jessie t'en veut autant ? C'est ridicule, immature, déloyal…

- Elle a toutes les raisons de m'en vouloir, crois-moi.

- Se détourner de quelqu'un qui vient de perdre ses parents parce qu'elle s'est faite embrasser par surprise, tu trouves ça juste ? Même si le quelqu'un en question n'est autre que son petit ami, ce n'est pas une raison. Ce n'est pas toi qui t'es jetée à mon cou.

- Je ne t'ai pas repoussé. Voilà pourquoi elle a raison.

- Tu as été surprise, c'est tout.

- Non. Je savais très bien ce que je faisais.

Harry resta un moment silencieux. Ginny continuait à parcourir les morceaux de parchemin des yeux.

- Même si tu m'as embrassé en retour, ce n'était qu'un simple baiser, insista Harry. Je peux comprendre qu'elle t'en veuille quelques heures, mais plusieurs jours, et dans ce contexte-là, c'est excessif.

- Écoute Harry, ça fait très longtemps que Jessie est amoureuse de toi. Et quand je dis « amoureuse », je ne veux pas dire « attirée ». Elle est ma meilleure amie depuis tellement d'années, je n'avais pas le droit de l'être également.

- D'être quoi ?

- Amoureuse de toi, idiot.

Harry ne répondit rien. Mais cette fois, Ginny ne faisait plus semblant d'être plongée dans les parchemins. Elle fixait Harry dans les yeux, ce qui avait pour don de le déstabiliser légèrement.

- Je crois qu'elle l'a toujours su, ajouta-t-elle. Que j'étais amoureuse de toi, je veux dire. Je ne lui ai jamais dit clairement, mais elle l'a deviné. Il y a toujours eu une sorte de règle tacite entre nous. C'était à toi de faire ton choix, et tu l'as choisie elle. Alors…

- Alors tu as baissé les bras.

- Alors je t'ai laissé faire ton choix. Tu n'avais d'yeux que pour elle, qu'est-ce que je pouvais faire ? Me jeter devant toi et perdre son amitié alors que tu ne me verrais jamais comme une petite amie potentielle ?

Harry ne savait que répondre. Ginny abordait un pan de son passé qu'il n'avait pas connu.

- Si j'avais pensé que j'avais la moindre chance, continua-t-elle, je n'aurais peut-être pas agi de la même façon. Mais vous sembliez si heureux. Faits l'un pour l'autre. Et puis, il y a un mois, Jessie me disait qu'elle te sentait distant. Ensuite, il y a eu la mort de mes parents, et ta présence. Tu étais le seul à ne pas m'énerver, le seul à ne pas vouloir me consoler pour te donner le beau rôle, le seul à comprendre de quoi j'avais besoin. Comme si toi-même tu étais passé par là. Alors, le jour où tu m'as embrassée, j'ai fait plus que de te laisser faire. Je sais que j'ai eu tort, mais je n'ai pas réfléchi. J'en avais assez d'être malheureuse, et je voyais que Jessie et toi ne vous entendiez plus, alors… Je ne sais pas…

- Jessie devrait comprendre. Si elle savait que tu ressentais quelque chose pour moi…

- Tu ne comprends pas Harry, l'interrompit Ginny. Ce n'était pas quelque chose d'établi entre nous. Elle savait plus ou moins ce que je ressentais pour toi, mais nous n'en avons jamais parlé, parce que nous savions que cela ne devrait jamais arriver. Je ne voulais pas perdre ma meilleure amie pour un garçon, alors j'ai toujours gardé ça pour moi.

- Comment peux-tu être persuadée que Jessie savait ce que tu ressentais pour moi si vous n'en avez jamais parlé ?

- Parce qu'il y a des choses évidentes, Harry. Mais peu importe. Le fait est que je l'ai trahie. Si tu m'avais embrassé, mais que je n'avais rien ressenti pour toi, elle se serait contentée de t'en vouloir à toi. Mais elle sait que ma réaction n'a pas été anodine. C'est de ma faute. J'aurais dû savoir que deux filles toutes les deux amoureuses du même garçon ne pourraient pas être amies bien longtemps. Il était évident que cela finirait comme ça. Je lui ai brisé le cœur. Je suis bien plus coupable que toi dans cette histoire.

Harry avait soudainement l'impression de se retrouver dans l'un des romans à l'eau de rose que lisait la tante Pétunia. Comment se pouvait-il que les choses soient aussi compliquées ? Ils étaient pourtant très jeunes. Était-ce le contexte politique restrictif qui amenait les élèves à se rapprocher de telle sorte que leurs relations ressemblaient plus à celles d'adultes qu'à celles d'adolescents de 16 et 17 ans ? Ginny ne semblait pas gênée du sujet qu'elle venait d'aborder. Comme s'il s'agissait d'un fait anodin. Comme si dire ces choses-là à Harry ne changerait rien à la situation. La fatalité est toujours plus facile que le combat. Mais cela étonnait Harry, qui avait toujours connu une Ginny combative, qu'il n'avait jamais vu baisser les bras. Peut-être lui dévoilait-elle la nature de ses sentiments dans l'espoir que Harry prenne lui-même les choses en mains. Après tout, c'était à lui d'agir en conséquences à présent. Mais s'il choisissait clairement Ginny, celle-ci accepterait-elle pour autant de sortir avec lui si cela signifiait qu'elle ne retrouverait jamais l'amitié de Jessie ? Ou alors, s'était-elle résignée à perdre son amitié quelque soit son choix ? Et dans ce cas, accepterait-elle de sortir avec Harry sans ressentir de la culpabilité en voyant Jessie ? Harry se rendit compte qu'il commençait à penser comme Hermione. Il se rappelait du discours qu'elle lui avait tenu lorsque Cho l'avait embrassé un an et demi plus tôt. Elle lui avait expliqué en long et en large les raisons qui avaient poussé Cho à ressentir de la culpabilité, et toutes sortes de sentiments typiquement féminins. Harry secoua la tête, comme pour évacuer tous ces états d'âme de son crâne. Peut-être était-ce lui qui avait créé cette situation, mais il partirait le soir même avec le précieux retourneur de temps.

Harry et Ginny finirent par retenir l'idée de Padma, qui consistait à ce qu'un élève se lève lors d'un repas dans la Grande Salle, qu'il manifeste sa façon de penser, et que ses camarades suivent son geste. Adviendrait ensuite ce qu'il devrait advenir. Harry et Ginny passèrent leur après-midi à prévenir chaque élève qu'ils croisaient de leur plan, afin d'éviter la gène et la sanction qui tomberait sur l'élève instigateur du mouvement de révolte au cas où personne ne suive son geste.

°°°

Il était près de 7h du soir lorsque Harry descendit dans la Grande Salle, accompagné de Ron. Sa gorge était nouée, et l'odeur de poulet rôti qui régnait dans le hall d'entrée du château lui faisait tordre du nez. L'anxiété qu'il éprouvait était du même ordre que celle qu'il ressentait au matin d'un match de Quidditch. Si le plan ne marchait pas comme prévu, cela remettrait toute sa soirée en cause. Ron aussi semblait inquiet. Il s'était porté volontaire immédiatement pour jouer le rôle de l'élève perturbateur, et même s'il refusait de l'avouer, Harry voyait bien qu'il n'était plus du tout à l'aise avec cette idée. Son visage était d'une telle pâleur qu'il en avait presque perdu ses tâches de rousseur. Lorsque les deux amis pénétrèrent dans la Grande Salle, ils aperçurent Hermione qui leur lança un clin d'œil d'encouragement. Ron esquissa un faible sourire, et sembla décider qu'un geste de la main serait plus convainquant de la confiance qu'il accordait à leur projet. Harry sourit autant à l'adresse d'Hermione qu'à la vue de son meilleur ami qui mettait tout en œuvre pour ne pas perdre la face devant la jeune fille. Étrange comme certaines relations peuvent être comme ancrées en vous.

Harry entama son repas, et en prêtant attention à ses camarades de Gryffondor comme des quatre tables voisines, il se rendit compte que très peu agissaient d'une manière normale. Cela le rassurait. C'était le signe d'une grande mobilisation. Les élèves seraient à la hauteur de la tâche qui leur incombait, Harry en était à présent certain. A ses côtés, Ron semblait incapable d'ouvrir la bouche, que ce soit pour manger ou pour parler.

- Ça va Ron ? lui demanda Ginny.

Ron hocha la tête d'un signe affirmatif, puis négatif. Les yeux fixés sur sa cuisse de poulet, il semblait à la limite de la nausée.

- Tu veux que je le fasse à ta place ? continua Ginny.

Ron leva les yeux vers sa sœur, puis se leva soudainement. Il se tourna vers la table des professeurs, et son teint blafard prit tout à coup une couleur pourpre.

- Nous en avons assez ! dit-il d'une petite voix coincée.

Les élèves se retournèrent vers lui, les professeurs posèrent leurs couverts, et Ron sembla sur le point de s'évanouir. Mais il reprit consistance, et continua d'une vois plus forte.

- Nous ne voulons plus subir ces règlements, nous voulons être libres !

Rogue se leva, puis lança d'une voix amusée et sarcastique :

- Peut-on savoir qui vous incluez dans ce « nous », Mr Weasley ?

- Moi, répondit Jessie d'une voix forte en se levant à son tour.

Harry la regarda, étonné qu'elle prenne si rapidement la parole alors qu'elle avait pour habitude de laisser parler à sa place. Jessie n'adressa pas un regard à Harry.

- Moi aussi, lança Ginny en se levant vivement.

- Et moi, dit Lavande.

- Je suis avec eux, répondit Colin Crivey.

Les élèves se levèrent ainsi de suite, élevant leur voix comme certains lèvent le poing. La manifestation était en marche. Tous les Gryffondor étaient à présent debout. Tous les Serdaigle affichaient des regards déterminés. Les Poufsouffle manifestaient leur désaccord avec les autorités, et même quelques Serpentard s'étaient levés pour rejoindre leurs camarades. Tous les élèves de la 5ème maison étaient debout, prêts à tout pour retrouver leur liberté. Rogue semblait au paroxysme de la colère. Ses yeux déformés par la rage parcouraient la Grande Salle, cherchant un moyen de ramener l'ordre. La perte du contrôle est la plus grande peur des tyrans. Il appela les membres de la brigade anti-fraude ainsi que les préfets à ramener le silence dans la salle, mais aucun ne se leva, aucun n'esquissa le moindre geste. Rogue se retourna vers ses professeurs, et leur ordonna de faire quelque chose. Mais au lieu de lui obéir, la plupart des professeurs se levèrent à l'image de leurs élèves. Le professeur McGonagall répondit à Rogue :

- Et bien Severus, je crois qu'il est temps d'écouter vos élèves. Il semble qu'ils soient mécontents de vos manières de procéder.

- Tout à fait, répliqua le professeur Flitwick d'une voix fluette. Nous avons commencé à travailler dans une école qui faisait valoir la démocratie et la liberté, il est temps de se le rappeler.

- Je savais que j'avais raison de venir manger en compagnie de mes collègues, ajouta le professeur Trelawney. Mon troisième œil m'avait bien dit de ne pas manger seule dans ma tour ce soir, comme j'en ai pourtant l'habitude. Mon cher Severus, il ne faut jamais essayer de contrarier le destin, laissez ces enfants parler. Je vous en prie, au nom du sens commun !

Harry n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. Le professeur McGonagall qui manifestait enfin publiquement son désaccord malgré les demandes de Dumbledore, Flitwick qui élevait la voix, et Trelawney qui en invoquait même le sens commun ! C'était trop, Harry n'avait pas du tout envie d'abandonner ce spectacle. Rogue avait l'air déconfit, atterré, stupéfait et déstabilisé. Harry jubilait. C'était comme si son cadeau d'anniversaire était arrivé avec un jour d'avance. Ron souriait à présent, et Ginny semblait sur le point de grimper sur la table pour semer encore plus le trouble. De loin, Harry pouvait voir Luna Lovegood, les yeux encore plus écarquillés qu'au naturel, qui observait le spectacle comme si elle survolait la Grande Salle. Ernie McMillan criait, le poing levé, réclamant des explications. Harry ne pensait plus au but premier de cette esclandre. Il ne voyait plus le temps passer. Ses yeux, sa tête, son coeur, tout son être était figé sur place, accompagnant le combat de ses camarades, envieux de savoir comment les choses allaient bien pouvoir tourner. C'est alors qu'une voix retentit à ses oreilles, plus proches que les autres, plus distincte que le brouhaha des cris de manifestations des autres élèves.

- Harry, qu'est-ce que tu fais ? Il faut y aller maintenant !

Harry se retourna et se retrouva nez à nez avec une Hermione qui trépignait sur place. Il eut du mal à détourner le regard des évènements. Il aurait tant voulu rester. Mais il lui fallait maintenant se dépêcher de sortir de l'enceinte de Poudlard, pendant que les occupants du château et les Détraqueurs étaient aux abonnés absents.

Harry et Hermione sortirent du château en trombe. Ils coururent à toutes jambes vers le portail de Poudlard. Les Détraqueurs flottaient dans l'air, et si Harry n'avait pas remarqué que malgré leur proximité, il se sentait parfaitement bien, il n'aurait pas cru qu'ils étaient assoupis. Le portail était bien entendu fermé lorsque les deux élèves l'atteignirent essoufflés. Heureusement, même s'il ne serait pas très pratique à escalader, il n'était pas haut. Harry fit la courte échelle à Hermione qui passa par-dessus le portail sans trop de difficulté, puis Harry grimpa à son tour. Il s'écorcha la jambe, mais se débrouilla tout de même pour atterrir de l'autre côté de l'enceinte du château. Enfin ils pourraient transplaner. Mais comment transplaner en direction d'un endroit inconnu ? Harry avait appris à se concentrer sur un endroit en particulier, mais à présent, il devait se rendre dans une maison qu'il ne connaissait absolument pas. Il repensa aux paroles de Lupin, qui lui avait dit que s'il savait transplaner, il n'aurait pas besoin de se rappeler des détails du lieu d'habitation de son ancien professeur. Harry inspira profondément, attrapa la main d'Hermione, puis se concentra de toutes ses forces. « La maison de Remus Lupin, la maison de Remus Lupin », se répéta-t-il. 3... Il entendait la respiration saccadée d'Hermione, et sentait sa main tremblante dans la sienne. 2... La règle des trois « D », détermination, destination et quel était le troisième ? 1... Harry sentait la transpiration perler sur son front. 0... Une main se posa sur la sienne, beaucoup plus grande et beaucoup moins douce que celle d'Hermione. Trop tard, ils étaient en train de transplaner. La sensation désagréable apparut, signe que Harry avait au moins réussi à décoller. Sa tête tournait, son corps était transporté par une force étrange, puis le sol réapparut sous ses pieds. Harry secoua la tête vigoureusement, reprit ses esprits et regarda autour de lui. Hermione était bien là, et tous deux se trouvaient au beau milieu d'une forêt, devant ce qui ressemblait à une très grande cabane. Hermione et lui semblaient totalement seuls au milieu des bois. Il avait pourtant bien senti une main se poser sur la sienne. Une main différente, une main d'homme. Se pouvait-il qu'il ait rêvé ? A ce moment-là, une apparition fit sursauter Harry. Sous ses yeux, la silhouette d'un homme s'était dessinée dans la pénombre de la forêt. Harry plissa les yeux pour mieux voir la personne qui se trouvait en face de lui, et qui apparemment n'était autre que celle qui avait posé sa main sur la sienne lorsqu'ils avaient transplané. Mais ce fut Hermione qui s'exclama la première.

- Malefoy ?


J'attends votre verdict dans une review ! J'espère que vous aurez apprécier ce chapitre, ou que du moins, il vous aura assez marqué pour me donner vos impressions. Je rappelle aux reviewers anonymes qu'ils peuvent me laisser leur adresse e-mail pour que je leur réponde !

Merci à tous !

Chasca