Disclaimer : Rien n'est à moi, mis à part Jessie, Sidney, Mackenzie et Rose. Même le prénom de la petite soeur de Harry je l'ai volé à la grande JK Rowling. Sachant qu'elle avait appelé son personnage principal Harry parce que c'était son prénom préféré, j'ai pris le nom de sa fille, Mackenzie, pour le donner à la petite soeur de Harry, puisqu'à priori elle l'aime aussi. Je sais, ce n'est pas très recherché, mais que voulez-vous...

Remerciements : Lupi, parce que là pour le coup, elle a vraiment dû bosser un max. Et puis tous ceux qui font qu'écrire des fan fictions sur ce merveilleux univers ne soit pas considéré comme totalement puéril.

NdlA : En cette journée de sortie nationale (et presque internationale) du cinquième film, je ne m'attends pas à ce que beaucoup de monde traîne sur ffnet. Mais depuis deux semaines que je n'ai pas publié, il faut bien se remettre dans le bain !

Résumé : Après avoir une nouvelle fois utilisé le retourneur de temps, Harry revient dans un présent bien différent. Sa famille est vivante, Sirius est marié, Dumbledore est toujours en forme. Hermione se retrouve dans les bras de Ron, Jessie ne sort plus avec Harry et a une petite soeur du nom de Sidney, et Harry a également une petite soeur qui s'appelle Mackenzie. Mais Poudlard a fermé et il semble que Malefoy fasse partie d'une école créée par Voldemort lui-même.

Bonne lecture !


Chapitre 8 : Une vie de famille

°°°

Allongé sur son lit du 12 square Grimmaurd, Harry fixait le plafond, les mains derrière la tête. A neuf heures du matin, les londoniens étaient déjà bien éveillés à en juger par les bruits qui parvenaient aux oreilles du jeune homme, qui pour une fois, s'était réveillé complètement serein. Les éclats de rire des passants étaient communicatifs. Les rayons du soleil du dernier jour de juillet filtraient en barres horizontales par les volets, se projetant sur le mur en face du lit de Harry. Dans le lit voisin du sien, Mackenzie s'éveillait elle aussi. Ses petites mains d'enfants frottaient son nez et sa bouche, et ses sourcils se fronçaient. Harry la trouvait si jolie. Il ne s'était pas souvent imaginé ayant un frère ou une sœur. Étrangement, c'était une éventualité à laquelle il n'avait pas pensé la première fois qu'il avait utilisé le retourneur de temps. Peut-être était-ce parce que la personne se rapprochant le plus à un frère pour Harry avait été Dudley, et que les liens du sang n'avaient jamais semblé importer à son gros cousin. Même si dans chaque fratrie l'on se cherche et se dispute facilement, avec Dudley, cela avait plutôt ressemblé à un combat quotidien pour ne pas finir écrasé contre le mur sans concession, comme une vulgaire mouche. Mais Mackenzie n'avait rien d'un gros lard immature, exigeant et brutal. Elle était minuscule, semblait fragile et s'amusait pourtant à faire des cascades sur les fauteuils, parlait d'une voix fluette mais avec entrain, et par-dessus tout, Mackenzie était gentille et agréable. Elle courait partout et semblait aimer tout le monde. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait jamais eu l'occasion de rester en compagnie d'une fillette de cinq ans, ou peut-être était-ce parce qu'elle était sa petite sœur, Harry ne pouvait pas s'empêcher d'aimer ce petit être du plus profond de son cœur. Était-il possible de s'attacher à quelqu'un en si peu de temps ? Était-ce à cela que ressemblait un lien fraternel ?

Mackenzie s'assit dans son lit, les yeux plissés et ses cheveux bouclés en batailles. Puis aussi vite qu'elle s'était redressée, elle se laissa retomber sur le matelas. Harry eut l'impression de voir Ron à Poudlard. La fillette colla son pouce dans sa bouche, et observa son grand frère. Harry n'arrivait pas à y croire. En l'espace de quelques minutes, il avait gagné des parents et une petite sœur. Le soir précédent, Harry s'était échappé rapidement de la salle à manger, prétextant une soudaine immense fatigue pour ne pas avoir à parler avec ses parents. Les savoir à ses côtés lui faisait un bien fou, mais lui flanquait une trouille gigantesque. Lorsque le rêve de toute une vie devient soudainement non seulement concret, mais palpable, il est difficile de savoir comment l'accueillir. Harry avait peur de faire les mauvais gestes, de dire les mauvaises choses. Que ferait-il si ses parents se rendaient compte que leur fils était en quelque sorte un imposteur ? Aurait-il la force de se conduire à leurs côtés comme s'ils n'avaient jamais été séparés ? Il savait que lorsqu'il aurait le courage de les affronter, il serait plus heureux qu'il ne l'avait jamais été. Encore fallait-il faire le premier pas.

Mackenzie rejeta alors violemment ses draps vers le fond de son lit d'un coup de jambes. Elle sauta de son lit à celui de Harry, puis se mit à tirer les draps de son frère, criant d'une voix perçante :

- Debout ! Debout ! C'est ton anniversaire, debout !

Harry se leva, tiré par la petite main incroyablement puissante de Mackenzie. Une fois dans la salle à manger, Harry retrouva Mrs Weasley en grande préparation du petit-déjeuner. Hermione, Ron, Jessie, Sidney et ses parents étaient déjà levés. Mackenzie se jeta dans les bras de sa mère en piaillant :

- C'est l'anniversaire de Harry ! C'est l'anniversaire de Harry ! Maman, on peut avoir le gâteau tout de suite ?

- Bonjour à toi aussi chérie, répondit sa mère. On fêtera l'anniversaire de Harry demain soir, il y aura plus de monde. Ça ne te dérange pas Harry ?

Harry leva les yeux sur sa mère. Elle était belle. Le soleil faisait briller ses cheveux, aussi roux que ceux de Ginny. Le cœur du jeune homme se mit à battre à tout rompre. « Calme-toi » pensa-t-il. Aux côtés de sa mère se trouvait son père, les cheveux semblables à ceux de son fils. Lui aussi portait des lunettes. Son regard noir était fixé dans les yeux verts de Harry.

- Ça va ? demanda-t-il. Tu donnes l'impression de sortir d'un cauchemar.

- C'est un peu le cas, commenta Hermione dans un chuchotement à peine audible.

- Je… balbutia Harry. Non. Je veux dire, oui. Enfin, je vais bien.

- Alors, est-ce que ça te dérange qu'on fête ton anniversaire demain soir ? redemanda Lily.

- Moi je veux aujourd'hui, insista Mackenzie, les bras croisés et l'air renfrogné.

- Malheureusement pour toi, c'est l'anniversaire de ton frère, et non le tien. C'est lui qui choisit.

- Non, ça ne me dérange pas, répondit Harry.

- Très bien, dit sa mère.

- Viens t'asseoir, j'ai quelque chose à te montrer, dit son père.

Harry prit place entre ses parents. Tout à coup, il avait l'impression que ce qu'il avait vu dans le miroir du Risèd quelques années auparavant était devenu réel. Lui, entouré de ses parents, de ses amis, de tous les gens à qui il tenait. James tendit la Gazette du Sorcier vers son fils, et lui montra un vieux balai de course sur une photo.

- Tu te rends compte, lui dit-il, c'est sur ce modèle que je volais quand j'étais gamin. Et maintenant, il coûte encore plus cher que quand mon père me l'a offert parce qu'il est considéré comme une pièce d'antiquité. Incroyable.

Harry sourit, plus à son père qu'à l'anecdote. Était-ce aussi simple d'avoir un père ? Était-ce comme avoir un ami deux fois plus âgé que vous ? Harry n'en revenait pas de la chance qu'il avait. Il scruta chaque trait du visage de son père, comme s'il devait apprendre la forme de chaque courbe par cœur. Comme s'il avait peur de le perdre aussi vite qu'il l'avait retrouvé.

- Tu es sûr que ça va ? demanda son père. Tu es bizarre ce matin.

- Je vais bien, je t'assure. C'est juste que… j'ai rêvé que Maman et toi étiez morts. Mais ce n'était qu'un rêve, même s'il paraissait affreusement réel.

- Ne t'inquiète pas fiston. Voldemort n'est pas prêt de savoir qui est notre gardien du secret. Et tant qu'on ne se promène pas sans protection, il n'y a aucune raison de s'inquiéter.

- Dumbledore aussi est mort, ajouta Mackenzie.

- Quoi ? s'écria Harry.

Comment était-ce possible ? Harry avait vu Dumbledore en chair et en os la veille au soir. Ses parents se mirent alors à rire.

- Dumbledore le poisson voyons, expliqua Ron. Tu te souviens, l'imbécile de poisson rouge avec lequel ta sœur se baladait tout le temps, à l'époque où elle était amoureuse de notre cher vieux directeur.

- Merlin, ajouta sa mère, je suis bien contente qu'il ait trépassé. Qu'est-ce que j'ai pu utiliser comme Aguamenti pour remplir le petit bocal de Mackenzie. On n'a pas idée de se promener avec un poisson rouge comme si c'était un chien.

- Dumbledore, il était plus gentil qu'un chien, s'insurgea Mackenzie.

- Ah oui ? Et bien on voit que ce n'est pas vous, mademoiselle, qui passiez votre journée à remplir et à réparer un bocal.

Pour toute réponse, Mackenzie se mit à imiter le poisson avec sa bouche pendant que Mrs Weasley leur servait des œufs et des bâtons de colins fris.

- Le voilà ton poisson Mac, dit Sidney, assise à côté de Jessie. Alors, il a quel goût Dumbledore ?

Mackenzie observa le bâtonnet de poisson dans son assiette et leva des yeux pleins de questions vers son père.

- Papa, c'est vrai que c'est Dumbledore ?

- Bien sûr que non ma chérie.

- Mais c'est un poisson comme Dumbledore ?

- Non. Celui-ci était très moche et stupide, alors que Dumbledore était beau et intelligent, comme ton père.

Mackenzie sembla accepter ces explications. A moins que ce ne fût la faim qui prît le dessus sur son sens moral.

Tous les occupants du 12 square Grimmaurd finirent par descendre pour se joindre au succulent petit-déjeuner qu'avait préparé la mère de Ron. Tous se régalèrent, et Harry se dit qu'il ne lui serait peut-être pas si difficile de vivre une vie normale. Lorsque tous eurent terminé de manger, Malefoy vint attraper Harry par le bras en lui murmurant :

- Potter, on a un problème.

Harry se leva pour que tous deux se mettent à l'écart du groupe, même si au beau milieu des discussions, personne n'aurait peut-être saisi un traître mot de ce qu'ils diraient. Hermione s'aperçut du manège et se joignit à eux. Harry n'eut pas besoin de lui demander pour se rendre compte qu'elle était contente de sortir des bras d'un Ron bien plus qu'amical. Tous trois s'éclipsèrent dans la chambre de Harry.

- Qu'est-ce qui se passe Malefoy ? demanda Hermione.

- Il se passe que Dumbledore veut que je lui raconte tout sur ma soi-disant école.

- C'était à prévoir, répondit Hermione.

- Et comment je suis censé faire ? Je ne connais rien à cette école. Je crois que Dumbledore se doute qu'il y a quelque chose de pas clair. J'ai essayé comme j'ai pu de me sortir de ses questions, mais je crois que je n'ai pas été convaincant.

- Ne t'inquiètes pas… commença Hermione.

- Que je ne m'inquiète pas ? Granger, t'as écouté ce que je viens de dire ? On est fichu ! Tôt ou tard, il va se rendre compte qu'on lui ment, et là, qui sait ce que ce vieux fou va faire de nous.

- Malefoy, je te déconseille de traiter Dumbledore de « vieux fou », dit Harry. S'il existe une seule personne au monde qui pourra nous comprendre et nous aider, c'est lui.

- C'est bon, je ne dirai plus rien. Mais tu peux me dire ce que je suis censé raconter sur une vie que j'ai soi-disant vécue ?

- Moi j'ai une solution, répondit Hermione. Peut-être provisoire, mais elle devrait fonctionner assez longtemps avant qu'on en apprenne plus sur ce qui nous entoure. Pour le moment, nous sommes encore dans le flou. Nous savons juste que Poudlard a fermé, mais nous ne savons même pas quand. Et puis sur cette école, tout ce que l'on peut conclure pour l'instant, c'est qu'elle a été créée à l'initiative de Voldemort.

- Avant le réveillon de Noël, tu nous auras peut-être dit quelle est cette solution Granger.

- Excuse-moi de vouloir éclaircir les choses. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, nous sommes dans des positions délicates.

- En parlant de position, toi et Weasley…

- Tais-toi ! s'exclama Hermione, les joues soudainement toutes rouges. Si tu ne veux pas de mon aide, très bien. Mais débrouille-toi pour ne pas nous mettre Harry et moi dans l'embarras en affichant ton ignorance.

- Ça va.

- Non ça ne va pas !

- C'est bon. Je m'excuse. Quelle est ta solution ?

- Étant donné les régisseurs de cette fameuse école, il y a tout à parier que le tatouage douloureux n'était pas la seule protection à laquelle ils aient pensée. Je suppose donc que si tu dis à Dumbledore que tu as fais un Serment du Secret, ce ne sera qu'un très léger mensonge.

- Je suppose que le Serment du Secret permet comme son nom l'indique de garder un secret ? demanda Harry.

- En pratique, ça ressemble à un Serment Inviolable. Mais il permet de protéger un secret, en effet. Lorsque la personne passe ce serment, il déclare dans une phrase ce qu'il doit protéger. Dans ce cas, ce serait une phrase comme « je jure solennellement de ne jamais divulguer d'informations sur l'école de Voldemort ».

- Que se passe-t-il au cas où la personne brise le serment ? demanda Malefoy.

- Mieux vaut ne pas y penser, conclut Hermione.

Tous trois furent interrompus par Sidney.

- Harry, ta mère dit que vous allez partir.

- Partir où ?

- Ben chez vous bien sûr.

- Ah. J'arrive.

Pourquoi Harry n'avait-il pas pensé qu'il habitait avec ses parents à Godric's Hollow ? Harry se dit que finalement, il serait peut-être plus facile d'être presque seul avec ses parents pour en découvrir plus sur son passé. Sidney ajouta :

- Hermione, les Weasley t'attendent pour partir au Terrier.

- Au Terrier ? demanda-t-elle.

- On arrive, interrompit Harry.

Lorsque Sidney eut quitté la pièce, il ajouta à l'adresse d'Hermione :

- Le Terrier est la maison des Weasley. Je suppose que comme Ron et toi sortez ensemble, tu vis en partie chez lui.

- Oh non. Je vais être toute seule avec lui ? Harry, ne me laisse pas toute seule avec lui !

- Arrête, Ron est génial. Je suis sûr que tu finiras par l'adorer.

- Oui, sans doute, mais c'est un peu… corsé comme début !

Harry ne put réprimer un rire. Hermione lui lança un regard désespéré. Malefoy leva les eux au ciel, puis tous trois descendirent.

°°°

Les voyages par poudre de cheminette n'avaient jamais été les préférés de Harry, surtout lorsqu'il se rendait dans une maison qu'il ne connaissait pas. Cependant, la maison dans laquelle il atterrit était si somptueuse que le malaise du voyage passa en un éclair. Ses parents ne vivaient pas dans une simple maison à Godric's Hollow. Il s'agissait en fait bien plus d'un petit manoir dans lequel l'on pouvait trouver autant d'objets sorciers que moldus. La décoration en faisait un lieu accueillant et chaleureux. Le salon ressemblait fortement à la salle commune des Gryffondor, avec beaucoup de tapisseries rouges. Mais à la place des portraits, l'on pouvait voir des photos de famille. Au-dessus de la cheminée se trouvait un très grand cadre dans lequel James, Lily, Harry et Mackenzie faisaient des grands sourires et paraissaient au comble du bonheur. De l'autre côté, il y avait une télévision devant laquelle se trouvait un grand sofa en velours rouge très foncé. Puis dans un autre coin, l'on pouvait voir une table en chêne magnifique sur laquelle était négligemment posés des bibelots. Harry put remarquer que dans chaque pièce de la maison se trouvait un Scrutoscope. Dans l'entrée trônait une glace à l'ennemi dans laquelle l'on pouvait voir bon nombre d'ombres très lointaines et indistinctes. La chambre de Mackenzie était remplie de peluches. Certaines étaient même à l'effigie de héros de dessins animés moldu, dont une éponge carrée jaune Son lit était entouré d'un voile rose pâle, et les murs étaient tapissés de couleurs enfantines. La chambre de Harry, quant à elle, était à l'image de tout ce qu'il appréciait. Les murs étaient sombres, mais sur l'un d'eux, un griffon gigantesque et doré scintillait. Sur un autre mur était étendu un grand drapeau de l'équipe des Canons de Chudley, la même équipe que supportait Ron. Son lit était en bois massif, entouré de rideaux, à l'image de ceux de Poudlard. Quelques livres de cours traînaient sur son bureau, ainsi que de l'encre et une vieille plume. Dans un coin de sa chambre se trouvait une cage, dans laquelle dormait un rat d'un roux presque doré. En apercevant le petit animal, Harry s'était rendu compte qu'Hedwige lui manquait. Mais probablement lui était-il trop dangereux d'utiliser une chouette dans ce monde, si Voldemort était toujours à sa recherche.

- Tu es vraiment bizarre aujourd'hui, déclara le père de Harry à son fils lors du déjeuner.

Harry leva les yeux vers son père, à qui il n'avait presque pas encore parlé. Mais que pourrait-il lui dire ? Lui avouer d'où il venait ? Lui expliquer le choc qu'il pouvait ressentir à partager une vie de famille si banale avec des parents qui lui avait été arrachés lorsqu'il n'avait qu'un an par le sorcier le plus maléfique et dangereux de tous les temps ? Peut-être était-ce simplement ce dont Harry avait besoin. Il sentait qu'il voulait dire la vérité à ses parents, mais cela revenait au même que de leur envoyer en pleine figure qu'il avait prit la place d'un fils qu'ils connaissaient bien pour un qui leur été presque étranger. Et qu'est-ce que cela pourrait bien changer ? S'il leur avouait tout, il n'en résulterait que de la méfiance envers celui qui n'avait pas hésité à utiliser un retourneur de temps par caprice. Harry se contenta donc de répondre :

- Je vais très bien.

- Oh je sais, dis sa mère. C'est parce qu'à partir d'aujourd'hui, tu es majeur, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est ça, mentit Harry.

- La majorité implique de nouvelles responsabilités, ajouta son père, mais très honnêtement, qu'est-ce que cela change ? Les gens ne t'écoutent pas plus qu'avant. La seule différence, c'est que lorsque tu fais des bêtises au-delà de dix-sept ans, les gens te considèrent comme un imbécile parce que selon eux, à partir du jour où l'on est majeur, on doit passer sa vie à se tenir impeccablement bien. On devrait s'emmerder quoi.

- James ! N'écoute pas ton père Harry. Pour toi, la majorité signifie l'entrée officielle dans l'Ordre du Phénix. C'est une grande étape, tu vas être beaucoup plus impliqué dans les décisions et les missions de l'Ordre. Je comprends que tu sois un peu stressé, mais tu n'es pas forcé de devenir membre tout de suite. Les gens comprendront si tu décides de finir tes études avant, et de prendre un peu de recul par rapport à tout ça. Surtout toi.

- Mais je veux faire partie de l'Ordre ! s'exclama Harry.

Il n'avait aucunement l'intention de baisser les bras maintenant. Les missions de l'Ordre ne l'effrayaient pas, bien au contraire. Il avait hâte de se sentir enfin utile, de s'évader de tout ce qu'il venait de vivre. Peut-être était-il jeune, mais ses parents avaient pris part à la guerre contre Voldemort alors qu'ils venaient de sortir de Poudlard. Et même s'il continuait à étudier, cela ne l'empêcherait pas d'accomplir son devoir. D'ailleurs, pourquoi sa mère avait-elle mentionné les études, puisque Poudlard était fermé ?

Lorsque le déjeuner se termina, Harry demanda à voir les albums photos de famille. Sa mère déclara qu'il serait plus à l'aise pour les feuilleter dans la véranda, qui était une sorte de serre de la taille d'une grande pièce, dans laquelle poussaient toutes sortes de plantes étranges. Contre l'un des murs de verres se trouvait une banquette confortable. Harry prit sur ses genoux le premier des quatre volumes pendant que son père et sa mère prenaient le café plus loin. Mackenzie accourut à ses côtés, un balai miniature à la main. Elle lança une version agrandie d'un vif d'or dans les airs, et se lança à sa poursuite avec une étonnante agilité pour une enfant de cinq ans. Harry ouvrit l'album photo avec impatience. Les premières pages étaient couvertes de photos de ses parents à Poudlard, se prenant dans les bras, s'embrassant timidement. Ensuite venaient les photos de mariages, parmi lesquelles se trouvaient des photos de Sirius, d'une élégance toujours étonnante. Ensuite vint sa naissance. Sur plusieurs images, Harry pouvait voir sa mère, les yeux cernés mais pétillants, son père sautillant de joie, ou prenant le bébé dans les bras, l'air crispé. Ensuite vinrent des photos que Harry n'avait jamais vues, des photos que Hagrid n'aurait pas pu glisser dans l'album qu'il lui avait offert à la fin de sa première année. Des photos d'un père courant après son petit garçon du même âge que Mackenzie. Des photos d'anniversaires. Certaines représentaient un Harry grognon à l'âge de six ans, d'autres un Harry grimaçant en face de Dudley. Plus étonnant encore, des photos de Harry entouré des membres de l'Ordre alors qu'il était encore petit garçon. Harry sourit ensuite, en voyant son alter ego de 8 ans, bras dessus bras dessous avec un Ron encore très jeune. Bien sûr, les Weasley faisaient partie de l'Ordre depuis très longtemps, il était donc normal que Ron et Harry soient amis depuis de bien plus nombreuses années que dans son ancien monde. Enfermé dans ses pensées, Harry sursauta lorsqu'il entendit la voix de sa mère dire à Mackenzie :

- Allez jeune fille, c'est l'heure de la sieste.

- Non, j'veux pas, répliqua la fillette qui volait toujours sur son balai miniature.

- Ce n'était pas une question Mackenzie. Descends tout de suite.

- Non.

Sa mère attrapa le petit balai qui ne volait pas à plus d'un mètre du sol, et emmena une Mackenzie très mécontente dans sa chambre. Harry se replongea immédiatement dans la découverte de sa vie passée. Il y avait des photos de son anniversaire de ses onze ans, de lui jouant au ballon avec son père, de son père embêtant sa mère comme de grands enfants, mais alors que les photos de Noël arrivaient, il ne vit toujours aucune photo de son départ pour Poudlard. N'était-ce pas un évènement dont les parents voulaient se souvenir ? Une fois devant les images des enfants Weasley, de Jessie et de lui déballant leurs cadeaux, Harry retourna en arrière. Il y avait bien une photo du Poudlard Express, mais Ron y était seul, grimaçant un au revoir mal assuré à sa famille. Où Harry était-il ? Ce n'était pas l'album des Weasley, c'était lui qui aurait dû se trouver sur cette photo. C'est alors qu'il vit une image qui ne l'avait pas interpellé la première fois. Sur cette photo, Harry avait onze ans, tenait une baguette dans la main et s'essayait au sort de lévitation, sourcils froncés et lèvres pincées. Dans le coin de la photo, le minuscule professeur Flitwick lui montrait le bon mouvement. Harry comprit alors qu'il n'avait jamais été à Poudlard.

Il se rappela soudain ce que Ron lui avait dit la veille, lorsqu'il l'avait vu avec Hermione et Malefoy. « Tu ne l'as jamais vu de ta vie, tu ne connais de lui que ce qu'Hermione et moi t'avons raconté » avait-il dit à Harry en parlant de Malefoy. C'était donc vrai, Harry n'avait jamais mis un pied à Poudlard. Il était sous une protection tellement renforcée que même Dumbledore n'avait pas voulu prendre le risque de le garder dans son école. Il avait donc suivi des cours individuels tout au long de sa vie. Ce qui signifiait que sa vie sociale s'était limitée aux moments où ses amis revenaient pour les vacances scolaires. Le reste du temps, il ne passait du temps qu'avec ses professeurs et les membres de l'Ordre. Cela voulait dire que si Fleur était avec Bill, le Tournoi des Trois Sorciers avaient bien eu lieu, mais qu'il n'y avait pas participé. Étrange comme certains passages de votre vie, si terribles furent-ils, peuvent vous paraître indissociables de votre personne au point que ces moments vous manquent. Difficile de croire que même ses affrontements avec Voldemort manquaient soudainement à Harry. Mais Voldemort avait toujours fait partie de sa vie après tout. Il avait toujours été cette ombre qui ne le laissait jamais en paix, cette cicatrice qui le tenait informé de l'humeur de son ennemi. Ne pas avoir vécu ces confrontations donnait un drôle de sentiment à Harry. Était-ce du vide ? De la frustration ? Ses affrontements avaient fait de lui ce qu'il était. Ils étaient une partie indéniable de son passé, la preuve qu'il n'était pas un lâche. Cette rupture lui paraissait inconcevable. Et son absence de Poudlard tout au long de ces années… Le monde dans lequel il était apparu au lendemain de la mort de Dumbledore était terrible, mais Harry était à Poudlard, et Voldemort y était présent. Les évènements étaient intolérables, des milliers de gens connaissaient une mort terrible et gratuite, les élèves étaient si restreints qu'ils en étaient devenus de pâles copies d'eux-mêmes, mais Harry avait toujours cette sécurité que représentait Poudlard. La finalité était toujours la même. Il était dans un environnement qu'il avait toujours connu. Lui enlever la connaissance de son école le ramenait à un semblant de vie qu'il n'appréciait pas. Il avait tout à coup l'impression de n'être que son propre fantôme. Que d'œuvres inachevées, d'actes manqués. Pourquoi ne pas creuser sa tombe immédiatement, puisque sa vie était si inconsistante ? Il faudrait pourtant y croire. Il lui faudrait avancer, se rattraper. Même si son alter ego n'avait pas connu Poudlard, lui y avait été. Il y avait passé six années de sa vie. Il y avait connu des moments de joie, de tristesse, d'angoisse, et il devrait s'en souvenir pour le Harry qui, lui, n'avait pas eu la chance d'être libre.

°°°

Harry eut bien du mal à s'endormir dans cette nouvelle chambre qui lui appartenait mais qu'il ne connaissait pas. A deux heures du matin, n'y tenant plus, il se mit à fouiller dans son placard. Il y découvrit des vestiges de son enfance. Un balai miniature, semblable à celui de Mackenzie, des dessins maladroits, des livres de magie pour enfants, des cartes de sorciers célèbres… Harry avait l'impression de fouiller dans les affaires de quelqu'un d'autre. Tout semblait montrer qu'il avait vécu une enfance des plus normales pour un jeune sorcier, mise à part son éloignement de Poudlard. Mais cela ne le rassurait pas. Il n'avait pas réellement connu ces souvenirs, et en ressentait soudain une grande tristesse. Peut-être était-ce à cause de l'heure tardive, de la fatigue, de ses retrouvailles à sens unique… Toujours était-il que Harry sentait les larmes monter. Il ne pleura pas, mais resta une bonne dizaine de minutes à genoux devant les trésors d'enfance que renfermait son placard. C'était comme si tout à coup sa tête se vidait. Comme si son corps essayait de laisser place à de nouvelles choses. Peut-être était-ce signe qu'il devait apprécier ce qu'il avait. Vivre au jour le jour, sans se poser de questions. Depuis quand cela ne lui était-il pas arrivé ? Harry traîna son corps jusqu'à son lit, puis s'allongea. Chacun de ses membres se détendit, tandis que sa tête continuait à se vider de toutes pensées avec délectation. Ce drôle de sentiment qui était né en lui à la vue de tous ces souvenirs d'enfance s'était évanoui aussi vite qu'il était apparu. La vie était belle après tout.

Le lendemain matin, Harry avait définitivement franchi la barre des 17 ans. Il était majeur, et il entrerait officiellement dans l'Ordre du Phénix. Il avait des parents qui s'entendaient bien, des amis fidèles, son parrain était marié et père de deux enfants, Dumbledore était en pleine forme, et dans ce contexte, même la puissance de Voldemort ne parvenait pas à assombrir le tableau. En prenant son petit-déjeuner en face de son père, il décida de profiter de chaque instant, de considérer sa vie comme ce qu'elle était à présent, et non comme ce qu'elle avait été.

En début de soirée, sa famille et lui débarquèrent au 12 square Grimmaurd, emportés par la poudre de cheminette. Sirius les accueillit à bras ouverts, et Harry dut se retenir d'embrasser son parrain. Il l'avait vu vivant la veille, mais son état d'esprit avait changé de telle sorte qu'il avait ce matin bien plus l'impression de le retrouver qu'auparavant. Hermione se précipita sur lui. A peine eut-elle prononcé un « bonjour » qu'elle entraîna le jeune homme dans une chambre vide. Lorsqu'elle ferma la porte derrière elle, elle souffla un grand coup.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Harry.

- C'est lui.

- Lui qui ? Malefoy ? Je vais le tuer cet espèce de…

- Non, pas Malefoy. Ron !

- Ron ?

- Il est tellement… Il est si… Je n'arrive pas gérer ça. Tu te rends compte que je me retrouve obligée de prétendre être la petite amie de quelqu'un que je ne connais pas ?

- J'imagine.

- Ah oui. J'oubliais que tu ne connaissais pas Jessie. Écoute Harry, il faut que tu l'éloignes un peu de moi aujourd'hui. Tu es son meilleur ami après tout, alors passe du temps avec lui. Si je ne souffle pas maintenant, tout ça risque de très mal finir.

- Très bien, je ferai en sorte qu'il passe plus de temps avec moi aujourd'hui.

- Merci. Au fait, il m'a demandé ce que j'avais fait de ma baguette. Je n'ai pas su quoi lui répondre, alors j'ai prétendu l'avoir oubliée ici. A mon avis, ce n'est qu'un petit mensonge. Elle doit bien être quelque part. Tu as la tienne pour essayer un Accio ?

- Non. Je n'y ai même pas pensé pour tout te dire. J'ai pris l'habitude de ne plus l'avoir dans ton Poudlard. D'ailleurs, peut-être qu'on ne les a pas parce que nous ne sommes pas partis avec, n'est-ce pas ? Après tout, nous n'avons plus le retourneur de temps.

- Mais nous avions toujours la cape d'invisibilité. Je crois tout simplement que nous gardons ce que nous sommes censés posséder. Nous ne sommes pas censés avoir un retourneur de temps dans nos affaires, alors que nos baguettes, si.

- Alors pourquoi ne les avons-nous pas ?

- Elles doivent bien être quelque part.

C'est alors que la voix de Ron raisonna dans le couloir :

- Hermione ?

- Oh… murmura Hermione. J'y vais, mais dépêche toi de descendre et d'avoir quelque chose de personnel à lui dire.

Sur ces mots, Hermione sortit de la pièce. Harry resta dans ce qui lui servait de chambre au Square Grimmaurd, et se mit à la recherche de sa baguette. Il regarda en premier sous son matelas, chose ridicule puisqu'il avait tous les droits de garder sa baguette avec lui dans ce monde-là. A croire qu'un peu plus d'un mois de règles strictes lui avait déjà donné de nouvelles habitudes. Il chercha ensuite sur une étagère poussiéreuse, puis dans des tiroirs grinçants. Rien. C'est alors qu'il aperçut la silhouette de Malefoy, à l'embrasure de la porte.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je t'observe.

- Vraiment ? Je n'avais pas remarqué, ironisa Harry.

- Qu'est-ce que tu cherches ?

- Ma baguette.

- Je n'ai pas la mienne non plus.

- Mais toi, tu as l'excuse de t'être échappé de ta soi-disant ancienne école. La mienne est censée se trouver ici.

- Tu peux toujours aller en acheter une nouvelle.

- Et comment accomplirai-je ce miracle ? Je n'avais même pas le droit d'aller à Poudlard pour que Voldemort ne me trouve pas, alors en plein Chemin de Traverse…

- Tu te sers de ton cerveau parfois, Potter ? Lorsque nous sommes arrivés l'autre soir, personne ne t'a sermonné pour être sorti. Ce qui signifie que tu dois avoir le droit de sortir lorsque tu es couvert de ta super cape.

Harry s'en voulut de ne pas y avoir pensé. Tout se tenait pourtant, et il ne pouvait pas décemment essayer de détromper Malefoy, qui avait vraisemblablement raison. Il se contenta donc de répondre :

- Et pourquoi tu ne vas pas t'en acheter une, puisque tu n'as plus la tienne ?

- Dumbledore ne veux pas que j'en ai une. Il n'a pas encore totalement confiance. Incroyable quand on sait que ce vieil imbécile avait pourtant assez confiance en Rogue pour lui confier la direction de son précieux château.

- N'insulte pas Dumbledore devant moi. Si tu penses ce que tu dis, pourquoi ne vas-tu pas rejoindre les bancs de ton école de malades ? Tu ne nous es d'aucune utilité ici, alors va jouer avec les molosses qui te servent d'amis, et fiche-nous la paix.

- C'est bon. Je retire ce que j'ai dit. Cependant, je ne comprends pas pourquoi on me donne le droit de rester ici, mais pas d'avoir une baguette. Enlever sa baguette à un sorcier, c'est inhumain.

- Ça n'avait pourtant pas l'air de te déranger il y a quelques jours de ça.

- Qu'aurais-tu voulu que je fasse ? Que je crie haut et fort que vous auriez dû avoir le droit de garder vos baguettes ?

- Oui, c'est exactement ce que j'aurais voulu. Mais suivre le mouvement, c'est tellement plus facile. Remarque, je te comprends, avec un exemple comme celui de Rogue, il était difficile de faire autrement. Après tout, ce n'est pas ta faute, tu n'es qu'un lâche, voilà tout.

- Je ne suis pas un lâche ! La preuve c'est que je t'ai suivi.

- Oh, bravo, quel courage !

- Moque-toi si tu veux, je m'en fiche. Je n'ai rien à te prouver.

Malefoy sortit de la pièce, laissant Harry seul à la recherche de sa baguette. Harry avait vraiment de plus en plus de mal à comprendre le Serpentard. Peut-être avait-il été sincère lorsqu'il avait exprimé son besoin de rejoindre les membres de l'Ordre du Phénix, mais en même temps, rester tranquille était aussi une sécurité. Au fond de lui, Harry pensait que Malefoy était sincère. Mais il refusait d'accepter cette idée.

°°°

Molly Weasley et la mère de Harry s'étaient toutes deux attelées aux préparatifs de son anniversaire dès quatre heures de l'après-midi, et toute cette agitation avait pour don de rendre le jeune homme mal à l'aise. Il n'aimait pas que les gens lui dévouent autant de temps, même si au fond de lui, il savait bien que les deux femmes prenaient plaisir à préparer son entrée officielle dans « l'âge adulte ». De son côté, Mackenzie ne cessait de dessiner des bonhommes sur des morceaux de parchemins, et de les offrir à Harry, persuadée qu'il s'agissait là de cadeaux très précieux. Ron et Harry discutaient de leur entrée dans l'Ordre du Phénix. Ron était déjà majeur, mais il avait attendu son meilleur ami pour franchir le pas. Harry écoutait passionnément les récits de Ron sur les missions des autres membres au cours de ces derniers mois. Bien sûr, Harry qui partageait sa vie entre la maison de ses parents et le 12 square Grimmaurd, était censé tout connaître, mais quelques hochements de tête suffisaient à dissimuler cette ignorance. Harry apprit au cours de cette discussion que Voldemort avait beaucoup de pouvoir, mais qu'il s'était tant focalisé sur sa recherche des Potter au cours de ces dernières années que le nombre de ses victimes s'élevaient bien moins haut que dans le monde d'Hermione, qui, accoudée sur un bord de la table, écoutait de loin la conversation tout en faisant semblant de jouer aux cartes avec Sidney, Jessie et Ginny. Cependant, il ne faisait maintenant plus aucun doute sur la fermeture de Poudlard. Cela faisait huit mois que l'école avait fermé, prise d'assaut par les Mangemorts. Dumbledore avait réussi à limiter les dégâts en faisant évacuer les élèves à temps, mais les enfants de Mangemorts avaient tous fini dans l'école créée par Voldemort. Personne ne connaissait l'emplacement exact de cette école, mais tout le monde se doutait qu'il s'agissait probablement d'un vieux château ou d'un immense manoir ayant accueilli en ses lieux une grande page de l'histoire sorcière. Ron était persuadé qu'il s'agissait du château qui avait jadis appartenu à la famille Dafoe, qui en 1247 avait elle-même tenté la construction d'une école réservée aux élèves de sang-pur. Harry ne parvint pas à savoir si oui ou non Dumbledore avait la confirmation que Voldemort s'était fabriqué des Horcruxes. Il songea à le dire à son ancien directeur, mais cela revenait au même que de lui avouer toutes ses erreurs de manipulation du passé. L'idée seule d'infliger une telle déception à celui qui avait tant été pour lui, plongea Harry dans un sentiment de malaise insupportable.

La table du dîner d'anniversaire de Harry était bondée. Le bruit qui régnait dans la salle faisait bourdonner les oreilles de Harry, mais il s'en fichait. Il essaya de se rappeler la dernière fois qu'il avait été si heureux, mais cela remontait tant qu'il n'y parvint pas. Bien sûr, il n'oubliait pas les victimes que Voldemort avait faites par sa faute. Tant d'innocents étaient morts injustement à cause d'un acte totalement égoïste, alors que Harry était supposé être le garçon qui sauverait tout le monde. Le seul qui puisse faire quelque chose, et voilà qu'à présent, il était la cause de la puissance de Voldemort. Comment l'oublier ? Pourtant, Harry ne pouvait s'empêcher de se répéter qu'il avait mérité d'être heureux ce soir. Où était le mal à profiter d'une soirée durant laquelle il serait entouré de toutes les personnes qu'il aimait ? Toutes non seulement en vie, mais en plus heureuses. Après tout ce qu'il avait vécu, qu'y avait-il de mal à apprécier ces quelques instants ? N'aurait-il pas tout le temps nécessaire pour se martyriser plus tard, à ressasser les mauvaises choses qu'il avait produites ? Les victimes de Voldemort ne referaient pas surface, ne reprendraient pas vie simplement parce que Harry passait sa soirée à se morfondre de toutes manières. En y réfléchissant, il aurait même été insultant que Harry ne s'amuse pas. Cela serait revenu à dire que toutes ces personnes étaient réellement mortes pour rien. Au moins permettraient-elles à Harry une soirée de bonheur et de sérénité.

En face de lui, Ron dévorait un morceau de dinde tout en discutant avec Hermione, qui ne cessait de lancer des regards étranges à Harry. Elle semblait néanmoins bien moins mal à l'aise que quelques heures auparavant. Elle riait et Harry remarquait qu'elle appréciait elle aussi sa nouvelle vie de liberté malgré sa relation avec Ron qui l'avait quelque peu effrayée au début. Jessie et Ginny riaient aux éclats face à Tonks qui s'amusait à changer de visage à volonté. Harry put remarquer que Lupin regardait la jeune femme du coin des yeux, l'air réjoui. De l'autre côté de la table, Sidney prenait plaisir à faire tourner Mackenzie en bourrique, lui racontant des histoires d'elfes et de centaures plus invraisemblables les unes que les autres. Hagrid semblait quant à lui en grande conversation avec Dumbledore, le père de Harry ainsi que Bill et Fleur. Harry ne put s'empêcher de tendre l'oreille.

- On pourra accueillir la petite, sans aucun doute, dit Dumbledore, mais parle-t-elle suffisamment anglais pour se sentir bien ?

- Elle le parle assez pour suivre une conversation normale, répondit Fleur. Elle n'aura pas de mal à suivre des cours ici, et la pratique l'aidera à progresser très rapidement.

- Mais que ferons-nous des autres ? demanda Hagrid à Dumbledore.

C'est ce moment-là que choisi Malefoy pour murmurer à l'oreille de Harry :

- Tu as vu comme elle est avec lui ?

- Quoi ? demanda Harry qui regretta à l'instant d'avoir posé une telle question à Malefoy alors qu'il voulait écouter la conversation de Dumbledore.

- Granger. Elle ne le connaît même pas Weasley et pourtant, elle fait comme si…

- C'est ce que nous devons faire tous les trois je te rappelle.

- C'est une adaptation un peu rapide tout de même.

- Que voulais-tu ? Qu'elle te voit et qu'elle saute dans les bras de celui qui l'a torturée pendant tant d'années ?

- « Torturer », tu y vas fort.

- C'est ça. Écoute Malefoy, tu ferais mieux de laisser Hermione tranquille maintenant. On t'a offert une deuxième chance, à toi de faire de même pour elle.

- Vous ne m'auriez rien offert si je n'étais pas venu de force.

- C'est ça. Quoi qu'il en soit, Hermione est heureuse maintenant. Laisse-la tranquille.

- Mais un homme a des besoins.

Harry se retourna vers Malefoy, l'air dégoûté. Comment pouvait-il parler d'Hermione d'une telle façon ? Il n'avait certes pas reçu une éducation de gentleman, mais c'était un peu fort. Tout d'abord, il jouait au sentimental, à tel point que Harry avait eu du mal à y croire, et voilà qu'à présent, il se conduisait comme le pire des mufles ? Finalement, tout tenait debout. Il n'avait jamais vraiment aimé Hermione, il avait simplement vu en elle celle qu'il ne pourrait jamais avoir. Incroyable comme les garçons pouvaient avoir tendance à vouloir l'intouchable. Mais ce petit manège était tout de même un peu fort.

- Pour la dernière fois, laisse-la tranquille Malefoy.

- Très bien. Il y a d'autres poissons dans l'océan après tout, ajouta-t-il au lançant un regard vers Ginny.

Harry sentit à nouveau une vague de haine pour Malefoy l'envahir. Comment était-ce possible de pouvoir ressentir autant de pitié et de mépris alternativement pour une seule et même personne ? Malefoy pouvait sembler totalement perdu, vulnérable et seul, mais il avait le don de faire tout basculer en une fraction de seconde. Harry avait fini par croire qu'il lui avait dit la vérité lorsqu'il lui avait avoué son dégoût pour les actes de son père, mais peut-être avait-il eu tort de le croire. Ou était-ce que Harry avait tellement l'habitude de prendre ce que disait Malefoy comme des paroles inéluctablement mauvaises ? Avait-il réellement ressenti quelque chose pour Hermione, ou avait-il fait semblant pour apitoyer Harry ? Malefoy avait-il voulu être blessant en disant qu'il chercherait une autre fille pour satisfaire ses besoins, ou n'avait-il que pensé à voix haute ? Peut-être avait-il réellement eu des sentiments pour Hermione, parce qu'elle lui avait permis de se rendre compte que son père n'avait pas les bonnes idées, mais que ces sentiments n'étaient que platoniques. De la même manière qu'on ne peut renier sa mère puisqu'elle nous a donné la vie, Malefoy ressentait peut-être des choses intenses pour Hermione, mais ces sentiments n'étaient simplement pas de l'amour. Il était donc normal qu'il cherche à aller voir ailleurs. Mais qu'avait-il voulu dire en dévisageant Ginny de la sorte ? Qu'il allait essayer de sortir avec elle pour blesser Harry ? Mais le Harry que Malefoy connaissait sortait avec Jessie, Malefoy n'était donc pas censé connaître la nature des sentiments de Harry pour Ginny. Peut-être Harry se posait-il simplement trop de questions. Qu'est-ce que cela lui apporterait à part une migraine ? Cela ne le concernait pas, et il se fichait des états d'âme de Malefoy, qu'ils soient authentiques ou prétendus.

- Dégage Malefoy, lança Harry pour se débarrasser de lui.

Il tendit à nouveau l'oreille vers la conversation de Dumbledore, Hagrid, son père, Bill et Fleur, mais cela était inutile puisque Bill se leva et annonça à l'assemblée :

- Mes amis, dans une semaine l'Ordre accueillera la petite sœur de Fleur pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Des murmures s'élevèrent, plein d'interrogations auxquelles Bill ne semblait pas particulièrement pressé de répondre. Dumbledore vint alors à son secours et expliqua calmement :

- L'école de Beauxbâtons a été prise d'assaut ce matin. Les Mangemorts, qui encore une fois ont fait preuve de leur immense courage, ont profité du vide de l'Académie française de magie pour y faire siège. Lucius Malefoy en tête, les Mangemorts ont pris place dans l'établissement, et ne semblent pas prêts à laisser place aux élèves. Miss Gabrielle Delacour nous rejoindra donc après le mariage de sa sœur afin de lui assurer une sécurité. Elle pourra également suivre des cours en même temps que tous les autres élèves qui étudient déjà au sein de l'Ordre. Bien sûr, demain sera une journée dédiée à cet évènement, car s'il existe une solution pour la jeune Mademoiselle Delacour, il n'en va pas de même pour tous les élèves. Mais ce soir, l'heure est aux réjouissances. Fêtons comme il se doit la majorité de Harry ! ajouta Dumbledore en levant son verre.

Tous les convives le suivirent. Mackenzie et Sidney trouvèrent très amusant de lever leur verre de jus d'orange, et Malefoy se contenta de toucher sa coupe du bout des doigts et de murmurer « bon anniversaire », tandis que tous les autres le clamaient haut et fort. Harry sentit ses joues rougir.

- Je crois d'ailleurs qu'il est temps d'apporter le parchemin, n'est-ce pas James ? dit Sirius.

Le père de Harry se leva alors précipitamment et courut vers la pièce voisine. Tout le monde s'était tu, comme si ce parchemin signifiait quelque chose de solennel pour lequel même Sidney et Mackenzie, les plus jeunes, devaient garder le silence. Hermione lança un regard interrogatif à Harry, qui lui fit signe qu'il ne savait pas plus qu'elle se qui se tramait. De son côté, Ron semblait extatique. Le père de Harry fit son apparition, tenant une boite de fer de la taille d'un livre dans ses mains. Dumbledore s'approcha de la boîte qui était posée sur la table, et sous les regards attentifs, sortit une clé minuscule de sa robe se sorcier. Il ouvrit la boîte et en sortit un long parchemin qu'il déroula avec précaution. Le papier semblait vieux mais en bon état. Dumbledore le déposa devant Hermione.

- Honneur aux dames.

Dumbledore sortit alors une plume de la boîte, plume que Harry avait l'impression d'avoir déjà vue.

- Il ne vous reste plus qu'à inscrire votre nom en bas de la liste pour faire partie des nôtres, Miss Granger. Bien sûr, il est encore temps de reculer, personne ne vous en voudra.

Le visage d'Hermione sembla s'éclairer alors qu'elle comprenait tout ce que cela signifiait. Son regard passa de Dumbledore au parchemin, un sourire étrange sur ses lèvres. Elle prit la plume, et sans demander d'encrier, elle inscrivit son nom sur le parchemin. Son visage se crispa légèrement et Harry comprit où il avait vu une plume semblable à celle-ci. C'était une réplique de celle qu'Ombrage lui avait fait utiliser lors de ses punitions. La plume se servait du sang de l'écrivain comme encre. Un sort avait dû être ajouté pour que l'inscription du nom fasse de la personne un membre de l'Ordre à part entière. La signature devait avoir des propriétés qui servaient ensuite aux membres. Le parchemin passa ensuite dans les mains de Ron, qui avait attendu la majorité de son meilleur ami pour signer. Lorsqu'il eut terminé, il passa le morceau de parchemin à Harry, un sourire gigantesque sur son visage. Harry pouvait presque lire dans les yeux du rouquin qu'il avait gagné un peu plus de confiance en lui en l'espace des quelques secondes qu'avait duré sa signature.

Harry regarda le parchemin. Au-dessus du nom d'Hermione se trouvaient ceux de Fred et George, puis encore au-dessus ceux de Fleur et Bill, puis de Charlie. Harry avait l'impression de tenir quelque chose de bien plus précieux que de l'or entre ses mains. Son nom serait inscrit à tout jamais sur cette liste, rejoignant ceux de ses parents, de son parrain et de ses amis. C'était comme si tout à coup, tout ce qui l'entourait prenait de la valeur. Tout devenait important. Bientôt, il ferait officiellement partie de ces gens extraordinaires qui se battaient pour leurs idées. Pour un monde libre et en paix. Même si Harry avait toujours été « le garçon qui a survécu », et malgré la prophétie qui faisait de lui quelqu'un d'exceptionnel, apposer son nom sur ce parchemin signifiait bien plus. Cette fois, ce n'était pas la fatalité qui avait fait de Harry cet être particulier. Cette fois, c'était lui qui décidait. Cette fois, il avait l'impression de tenir son destin entre ses mains.


Vous voilà arrivés à la fin de ce chapitre qui, je dis bien l'avouer, ressemble fortement à un chapitre de transition. Mais il en faut bien, non ? Laissez-moi vos impressions dans une review !

A très bientôt,

Chasca