Requiem aeternam
Avant propos : Vingt ans se sont écoulés depuis les événements de l'Opéra Garnier. Erik, le cher Fantôme de l'Opéra, a quitté ses souterrains et vit maintenant dans un petit appartement à l'Opéra. Christine Daaé et Raoul de Chagny sont mariés; le comte de Chagny (depuis la mort de Philippe, Raoul est comte) est commandant sur un navire de la Marine Française, et son épouse est toujours diva à l'Opéra.
Carlotta a été évincée par Christine, et se cantonne maintenant à des rôles secondaires. Certes, au début, elle avait beaucoup intrigué pour récupérer sa place, mais depuis qu'Erik s'était installé et l'avait abreuvée d'injures et de menaces, elle se tenait plus ou moins tranquille.
Mais l'ex Fantôme, maintenant ténor principal de l'Opéra, n'en reste pas là. Il considère toujours Carlotta comme une véritable menace. Il aimerait la congédier totalement, mais en est incapable.
Nota bene: Erik a maintenant 60 ans, Christine en a 38, Raoul 42, et Carlotta 50.
Carlotta est mourante. Cette rumeur se propageait sans cesse dans l'Opéra, telle une traînée de poudre. Si bien qu'elle parvint aux oreilles du grand ténor de l'Opéra, autrement dit: Erik. Lequel fut très surpris...Pour une fois qu'il ne tentait rien contre la diva, il fallait qu'elle agonise!
Un peu intrigué, il se faufila jusqu'à la loge de la diva, où elle était alitée. Le médecin du théâtre secouait la tête d'un air anxieux... Erik sortit du passage secret où il s'était caché, arriva dans l'antichambre de la loge de Carlotta, puis frappa à la porte. Un valet le fit entrer, et Erik put ainsi s'adresser au médecin... le pire était à craindre, apprit-il, car la diva avait malencontreusement contracté la tuberculose...et devait être mise en quarantaine immédiatement!!
Et là...Erik ne sut plus que faire, ni même quoi penser? Devait-il se réjouir? S'attrister? Penser que c'était une bonne chose? Une mauvaise chose? Tout se justifiait.
Il aurait pu être réjoui, car il aurait été débarrassé de Carlotta, ce qui signifiait que la gloire de Christine ne pourrait plus être menacée.
Il aurait pu être attristé car tout de même une femme qu'il respectait au fond de lui-même pour sa ténacité (mais malheureusement ce n'était qu'au fond de son subconscient, et uniquement pour sa ténacité) allait mourir dans d'horribles souffrances.
Il aurait pu penser que la mort est une bonne chose, et que dans l'au-delà elle serait plus heureuse.
Il aurait pu penser que c'était une mauvaise chose, de voir cette femme mourir si jeune encore. D'autres qui n'ont aucun mérite meurent à 80 ans. D'autres encore sans même avoir pu vivre.
Il aurait encore pu avoir des tas d'autres réactions.
Mais au lieu de ça, il restait là comme un abruti, encore sous le choc de la révélation que venait de lui faire le médecin.
Deux heures plus tard, tout accès à la chambre de la diva était condamné, sauf son passage secret (ignoré de tous, comme il se doit). Le médecin viendrait la voir tous les jours. Sinon, personne ne pouvait entrer. Ni sortir.
Chaque jour, Erik se faufilait dans son passage secret, et venait observer la Carlotta à travers le miroir, repensant au passé...
Au passé pendant lequel Carlotta était une diva capricieuse et invivable, mais pimpante et exubérante. Cette Carlotta là lui plaisait plus que la femme qu'il avait sous les yeux. Une femme détruite, pâle comme un linge, couchée sans force dans un lit éclaboussé de sang.
Elle lui rappelait sa vie antérieure. Sans soins, sans soutien, sans amour, sans amis. Sans rien. Enfermé dans un espace restreint, qui constituait tout leur univers.
Et puis vint cet instant fatal... Carlotta s'était violemment redressée dans son lit, avait vomi du sang, dans un effort ultime pour tousser. Erik, qui était derrière le miroir, eut soudainement un affreux pressentiment, et brisa le miroir qui les séparait d'un coup de pied. Il se précipita dans la chambre, juste à temps pour que Carlotta meure dans ses bras.
Il lui avait fermé les yeux.
Et il était encore là, à côté du cadavre, une seule pensée en tête: "pourquoi elle?"
Erik reprend doucement ses sens, il se relève et se glisse hors de la pièce, la tête basse, pour annoncer à l'Opéra le triste événement.
Note de l'auteur : ce texte est très différent de ceux des précédents (et suivants) chapitres, mais je tenais tout de même à montrer une facette moins sadique d'Erik. Pardon à ceux qui voulaient du sadique. Je les contenterai plus tard.
J'espère que personne ne m'en veut.
Ah, aussi… Je sais bien que les sentiments d'Erik à l'égard de Carlotta sont étranges, mais quelle serait votre réaction si vous voyiez votre pire ennemi mourir injustement sous vos yeux ?
