Chapitre 5 :

Le lendemain au bureau, mes coupures ne passèrent pas inaperçues, ni mon nez enflé. J'essayais d'avancer tête baissée, les yeux rivés au sol le plus longtemps possible, évitant un maximum de monde. Mais je savais qu'en entrant dans la section, je serai la risée de leurs blagues débiles…

Je m'assis discrètement derrière mon bureau … Je regrettais aussitôt mon comportement ; je n'aurais peut être pas du être si réservée. Ce n'était pas du tout dans mes habitudes.

- « Hé Olivia », m'interpella Munch… « Pourquoi te fais-tu si petite ? Te voilà et on ne t'entend pas … Viens nous rejoindre… Tu as encore fait la fiesta hier soir ? »

Je me levais péniblement et les rejoignis avec les pieds de plomb, je comptais les dalles qui me séparaient d'eux pour garder mon esprit occupé.

- « Allez … allez, fais pas ta timide … montre-nous tes cernes… et … Elle s'appelait comment ?? » demanda Elliot sur un ton moqueur.

Quitte à recevoir des remarques, autant prendre l'avantage et avoir l'effet de surprise ; je relevai la tête d'un coup et leur fis mon plus beau sourire.

- « Whow Liv' Putain ! Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? C'est une catcheuse qui t'a fait la fête ? »

Ce qui nous fit tous rire.

- « C'est à peu près ça … Mais hé… crois-moi, des catcheuses comme celle-là, tu voudrais la ramener toi aussi dans ton lit ! » Je leur fis un clin d'œil et pris mon air entièrement comblé. Mes nuits agitées leur en bouchaient toujours un coin.

- « Alors ? … Qu'est ce qui vous fait rire aux éclats comme ça ? ……On vous entend jusque dans mon bureau …. » Et je me retournais au son de la voix que je connaissais bien … « OH MON DIEU, Olivia ! » s'écria soudainement Alexandra Cabot … « mais qu'est ce qui t'est arrivé ?? »

Ca, je ne l'avais pas prévu… Mais pas du tout ! Je ne pense pas qu'Alex sache quoique ce soit de ma vie privée … Mais qu'elle risquait de l'apprendre, en plus, de cette façon-là … ça me refroidissait.

- « Rien… je suis rentrée dans un porte », répondis-je baissant les yeux.

Si mes collègues étaient aussi mes amis c'était pour une bonne raison : leur confiance et leur loyauté ne défaillissaient jamais, quelque soit l'épreuve. Et ils me soutinrent dans mon mensonge.

Elliot poursuivit :

- « Elle n'a pas vu que les grosses baies vitrées du Sheraton étaient grandes ouvertes. Elle se les est prises en pleine face ! »

La Substitut du Procureur nous regardait tour à tour tous les quatre et se doutait bien qu'on lui cachait quelque chose.

- « J'espérais avoir passé le stade de devoir faire mes preuves », dit-elle d'un air pincé et glacial, … « et que vous me fassiez un peu de confiance… Ce n'est pas grave, je comprends… C'est un truc de flics … »

On n'osait plus se regarder, gênés de l'exclure pour une broutille.

- « Non Alex…, ne te méprends pas, … c'est moi… je me suis battue hier soir… voilà… demande pas plus, s'il te plait … tu ne veux pas le savoir et je ne veux pas en parler… Ils se moquaient juste de moi … ça va ?

- Ah … euh … d'accord », répondit-elle troublée. « Tu vas bien ? Rien de cassé ?

- Tu apprendras à connaître Liv'. C'est une solide. C'est impressionnant de la voir comme ça… mais inquiète-toi plutôt pour l'autre… Il doit être vraiment dans un sale état !!! » Répondit Elliot avec fierté… « Je ne crois même pas que j'arriverai à la mettre à terre sans recevoir des coups bien placés.

- Ha bon ? » fit-elle ahurie. « C'est vrai que c'est un côté de toi que je ne connaissais pas.

- Comme d'autres choses… », releva faiblement Munch, en souriant.

- « Enfin bref … si je suis là », reprit-elle, « c'est pour vous parler de l'affaire Terry Minogue. Il a écopé de 25 ans, avec possibilité de réduction de peine de 5 ans pour bonne conduite… s'il arrive jusque là. J'ai cru comprendre qu'il serait envoyé à Sing-Sing.

- Haaa dommage pour lui », dit Fin, « ce n'est pas là qu'est emprisonné l'oncle de Sacha ?

- Si, en effet. S'il avait accepté le marché, il aurait été enfermé ailleurs et sous surveillance… mais il a voulu absolument contrer toutes les preuves et les témoins, se croyant intouchable », souligna Alexandra. « Mais on ne badine pas avec la loi … ni avec un enfant.

Et sinon, comment avance le dossier de la petite du 13ème ? »

- « Tu peux l'appeler Julia maintenant », lui appris-je. « Elle est sortie du coma hier matin. Elliot et moi nous sommes allés lui rendre visite et j'ai établi un bon contact positif.

- Nous, de notre côté, nous poursuivons nos recherches sur la famille de la petite. Personne du nom de « Anderson » n'a déclaré la disparition d'une fillette ni à New York, ni dans tout l'état. Nous avons envoyé un rapport et un signalement au central… on attend toujours les résultats. Ils sont débordés !

- Pas plus ? » s'étonna-t-elle … « Elle ne t'en a pas appris davantage sur elle, Olivia ?

- Non, elle est encore très apeurée, tendue et fermée. Je ne veux pas la brusquer. Les informations arriveront quand elle voudra me les donner d'elle-même. Pour le moment, elle est à l'abri. C'est ce qui compte !

- Mais si tu traînes trop, tu sais qu'on aura moins de chances d'attraper le criminel. Le temps et le manque de renseignements jouent contre nous », me rappela Munch.

- « C'est ça ou je la traumatise à vie ! Tu ne penses pas qu'elle en a déjà assez subi dans sa petite vie pour lui en rajouter une dose de stress supplémentaire ???

Elliot », dis-lui … « si c'était ta fille …

- Liv' Munch a raison, notre boulot c'est aussi de trouver ce salopard et de l'enfermer… On ne peut pas toujours jouer les nounous. Et en tant que père, je souhaiterais mettre ce connard hors d'état de nuire …

- Mais Vous ne l'avez pas vue ! vous n'étiez pas en face d'elle… », je m'emportais … « Vous n'avez pas vu son visage, ses traces de coups, ces sévices qu'il lui a infligés. Vous ne lui avez pas parlé et vous ne l'avez pas vue serrer cette peluche contre elle comme si c'était tout ce qu'elle avait !!!!

- Quelle peluche ? » m'interrompit Fin.

J'étais prise à défaut. Ca m'a calmé d'un coup. Je venais de tendre le bâton pour me faire battre.

- « Je suis repassée à l'hôpital, hier soir », dis-je plus calmement, en marmonnant… « je le lui avais promis. Elle m'avait parlé d'un ours en peluche, d'un bisounours et je lui en ai acheté un. »

Plus personne ne parlait mais je pouvais sentir leur regard accusateur à tous sur moi. C'est Elliot qui brisa le silence :

- « Mais qu'est ce que tu as foutu ??? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé !! Pourquoi tu me l'as encore caché jusqu'à maintenant ???

- C'est qu'une peluche Elliot, un bête nounours… » répondis-je, « et j'allais t'en parler, mais…

- S'il te plait, pas de baratin avec moi ! » Il balaya l'air de la main … « Si ça ne t'avait pas échappé, personne ne l'aurait su… Un bête nounours, hein ? Tu l'as trouvé tout de suite ce bijoumachin ? Allez réponds ! Non évidemment !! Une simple visite aussi tu vas me dire … tellement futile que tu n'oses même pas me prévenir. Alors que tu avais la journée !!

- Bon, moi je vais me chercher un moka chez « Like home », en face. Tu viens Munch ?

- Je te suis vieux frère.

- Eh bien moi, je crois que Branch attend mon rapport sur Minogue. Je file aussi… »

Il ne restait plus que nous deux …

- « Alors c'est ça ta bagarre d'hier ? Une catcheuse hein ? … C'était quoi cette fois ? … Un piéton qui t'a marché sur le pied, non attends, un mec qui t'a regardée de travers...

Putain, tu te perds à nouveau Olivia… J'ai beau me montrer présent, tu m'ignores … Comment je peux te faire confiance, si tu ne crois pas en toi ? … Hein ? … Si au moindre doute, tu fonces tête baissée dans les emmerdes ? …Bon sang ! … Qui va me couvrir en retour ??? … Je peux assurer tes arrières mais pas les miennes en même temps Olivia ! … Tu n'es pas seule sur le coup … on est deux … on est partenaire ! … Si tu hésites une fraction de seconde, tu sais ce qui nous attend … tu en as conscience au moins… »

Je me taisais… je savais qu'il avait raison. Je savais qu'il s'inquiétait plus pour moi que pour autre chose.

Et il savait que j'avais un comportement autodestructeur, qu'à la moindre occasion, je sombrerais. Il avait compris que la petite Julia avait déjà fait son chemin dans ma tête et il se faisait du souci.

- « Va voir Huang… va le voir de toi-même ou j'en avertis Cragen. C'est à toi de choisir.

- Ecoute Elliot, je vais …

- Non, tu y vas immédiatement, je veux rien entendre. Je ne veux plus te ramasser à la petite cuillère comme la dernière fois, je ne veux plus que tu sois mutée, je voudrais retrouver la Liv' d'autre fois. Et il est temps que j'admette que je ne peux plus rien faire pour toi… »

Et il me laissa en plan, seule devant cette stupide machine à café, le dos courbé.