Chapitre 10 :

Un son lancinant me fit reprendre connaissance. La vue brouillée, la tête lourde, je m'extirpais péniblement des couvertures et tentais de remonter à l'origine de cette stridente cacophonie. C'était mon portable… de ma poche revolver, à l'intérieur de ma veste.

Ce n'est qu'en décrochant que je vis que j'étais nue.

- « Mgrmphft Benson », dis-je à moitié endormie.

- « Olivia ??? T'es où ? Ca fait une heure qu'on te cherche et qu'on t'appelle ! Et ne me réponds pas 'Chez toi', Elliot tambourine à ta porte depuis 15 minutes.

- Alex ?

- Oui Alex !

- Crie pas si fort, j'ai un putain de mal de tête … » fis-je en me frottant le coin des yeux.

- « J'en ai rien à faire… On a rendez-vous avec Cragen dans 1h… Elliot a bien fait de me prévenir et de venir te chercher… » dit-elle pour elle-même. « Alors où es-tu ?

- euh … ». Je relevais la tête du combiné, je jetais un rapide coup d'œil autour de moi. Les murs, … les meubles, … le décor, …. Rien ne me paraissait familier. Où étais-je ? « Ecoute … euhm … je sais pas … où je suis.

- Ca veut dire quoi 'Tu ne sais pas où tu es' ? » me répondit-elle de plus en plus impatiente « Olivia, tu te lèves et tu regardes autour de toi et t'essaies de reconnaître les lieux ! » continua-t-elle de plus en plus agacée.

- Baisse d'un ton, s'te plait, ça résonne comme dans un seau ! … Ecoute … Je te rappelle dans une demi heure, je m'habille, je sors et je me retrouv… »

Sortie de nulle part de sous les couvertures, une main agrippa mon téléphone et une voix caverneuse rétorqua :

- « Ta chérie est au 203 West 99th Street … Rhooo … Arrête de piailler ! …
… 3ème étage, à gauche de l'ascenseur. Le code pour la porte d'entrée est 2708. Tu rentres, tu la récupères et tu sors … en silence ! Merci, y en a qui tente de dormir. » Et elle raccrocha.

Ca allait être ma fête. Personne n'avait jamais parlé à Alexandra Cabot, LA Substitut du Procureur, sur ce ton sans recevoir en retour ses foudres… En plus, lui raccrocher au nez et l'empêcher d'extérioriser sa colère… J'en entendrais parler pendant des semaines.
La silhouette qui me tournait à moitié le dos, me fit face et je la reconnus aussitôt : c'était Ophélia. La mine fatiguée, démaquillée, les cheveux défaits, de ses petits yeux, elle me dit : « Avertis la prochaine fois, que tu es maquée, je déteste être réveillée au saut du lit par des cris d'une furie jalouse.

- Je ne suis pas … » elle balaya mes paroles du revers de sa main, désintéressée. Puis elle se réinstalla dans son lit.

- Ne claque pas la porte en sortant, elle se referme toute seule. Muselle ton caniche ». Puis elle se rendormit.

Je me rhabillais aussi vite que je pus. Je retrouvais ça et là mes vêtements épars dans tout l'appartement. Je ne me souvenais que par brides de notre nuit torride d'hier. Je reçus un texto bref et explicite : « Je suis en bas, je t'attends ».
Je refermais doucement la porte derrière moi, pensais encore à cette chaude nuit et descendis rapidement les escaliers.

Dans la voiture, Alex me tirait la tête.

- « Je suis désolée, je …

- Je ne veux pas le savoir !

- Pardon ?

- Non ! Je ne te pardonne pas … Pas de ça … pas ici … pas maintenant ! … Tu en as trop abusé … Il n'a plus de valeur dans ta bouche. »

Je me tus, assommée par une conversation dont je ne comprenais pas le sens et par les relents de la veille. Elle reprit :

- « Je te ramène chez toi, tu prends une douche, tu te changes… Tu n'es pas de première fraîcheur : tu pues la bière, la nuit…et … et le … hum. » Elle détourna le regard. « Je ne vais pas t'amener devant le Capitaine dans cet état pitoyable. » Le reste du trajet se fit dans le silence.

Arrivées chez moi, je pris ma douche et laissais la jeune avocate seule dans mon salon. Je me repassais le dialogue que nous avions eu dans la voiture, ne comprenant pas le sens de ses mots ni son attitude. Elle était froide, sèche et distante… Qu'est-ce qui s'était passé cette nuit pour un tel revirement dans son comportement ?

Je ressortis, me séchais puis m'habillais. Les cheveux dans une serviette, je rejoignis mon amie dans la cuisine. Elle m'avait préparé une tasse de café chaud et frais. Elle me la tendit, je la pris et la bus goulûment.

- « Qu'est ce qui se passe Alex ? Pourquoi Elliot et toi me cherchiez-vous depuis des heures ? Pourquoi es-tu à cran ? …

- Le rédacteur en chef du 'Daily News', une vieille connaissance du Capitaine l'a appelé en milieu de nuit… Il y a eu une fuite. La presse a eu vent de l'affaire de Julia. Elle est déjà publiée mais ne sera accessible au public que dans 1h. Son ami n'a pas pu empêcher sa publication, il n'a pu que prévenir.

- Comment ! Mais qu'est-ce qu'on attend ?

- A part toi et le fait que tu sois présentable ?! … Il est hors de question que les efforts des collègues pour te couvrir soient vains ! Ca fait des semaines qu'ils sont derrière toi, à effacer tes bourdes, à détourner l'attention … Ce n'est pas par charité envers toi que j'agis de la sorte, c'est pour eux.

- Ok … Ok … », je posais les mains à l'avant en signe de rémission. « Mais pour ce que ça compte, je ne leur ai rien demandé …

- C'est toujours à propos de toi, hein ?? » Elle s'emportait. « Ce n'est pas trop fatigant de penser que tu es la seule à pouvoir nous sortir du pétrin ?? Que tu es la seule sur qui 'on' doit compter ??? La seule à sauver le monde, la seule autour de laquelle tout doit tourner … » Elle ne décolérait pas… « Pauvre Olivia incomprise ! Tant de poids sur tes épaules ! …
Pour ton information, on devait avoir une réunion à 6h … oui 6h ! MAINTENANT ! … Mais Fin t'a couverte parce que tu étais injoignable ! On a prétexté un tuyau que tu devais vérifier, mais que tu serais là à 7h. » me rétorqua-t-elle. Puis elle continua : « Pendant ce temps, Huang, lui, dresse le profil approximatif du pédophile, on nous attend pour nous le communiquer.

- Alex, je suis désolée … Je ne savais pas … Je …

- C'est bien ton problème Olivia, à part de ta petite personne, tu ne te soucies plus de rien, ni des autres ! … On a assez perdu de temps ici, on y va.

- Attends, je prends mon Walther … » lui dis-je en ouvrant le dernier tiroir du buffet à l'entrée.

- Ce n'est pas une bonne idée, tu n'es pas sensée port'…

- Il est enregistré … j'ai un permis … et il vaut mieux être prudentes. » lui répondis-je en le glissant dans l'holster de ma cheville.

Nous étions les premières arrivées à la Division. Je repris un café aux couleurs et à l'arôme indéfinissables et me callais dans un des fauteuils de la salle de réunion. Alexandra s'installa à côté de moi, elle avait ouvert sa mallette et travaillait déjà sur l'un ou l'autre fichier, elle rassemblait des informations, elle préparait le dossier pour sa remplaçante.

Elliot, Fin, John & Monique entrèrent à leur tour, les deux comparses me firent un signe de main, mon partenaire lui continuait à m'ignorer, Jeffries, elle, me sourit. Le Capitaine et George Huang franchirent la porte, à leur tour, suivis d'une rousse au visage fermé. Cragen s'éclaircit la gorge et commença :

- « Je vous présente Casey Novak, l'Assistante du procureur. Elle remplacera Alexandra sur cette affaire. ». Tout le monde se retourna vers Alex, ce qui la contraria, elle détestait être sous les feux des projecteurs malgré elle. Son intérimaire s'approcha d'elle et s'assit à sa gauche. Elle sortit, elle aussi, quelques fichiers et notes, elle souffla :

- J'aurai quelques questions à vous poser … des blancs à remplir ».

Alex fit un signe de tête. Le Capitaine reprit :

- George vous fera un profil détaillé de ce qu'il estime être le pédophile, puis nous nous partagerons les différentes tâches. Dans quelques heures, nous aurons toute la presse sur le dos. Il faudra conclure cette affaire vite et bien… Je sens que le Maire ne restera pas silencieux bien longtemps. George ?

- Je vais commencer par corriger une petite chose : d'après mes analyses, 'Oncle Bill' n'est pas pédophile. » Nous ouvrîmes tous de grands yeux à l'annonce de cette nouvelle. « Les pédophiles, paradoxalement, aiment les enfants. Ils ne les martyrisent pas ou très rarement… Ils se montrent gentils, doux, attentionnés. Ils les manipulent par des mots, les contrôlent par la honte, l'humiliation, mais très rarement par la violence. Ils sont sensibles aux pleurs, aux larmes, … L'enfant n'est que … même si le sujet n'est pas léger… l'objet de leur perversion sexuelle… Or dans le cas qui nous occupe, c'est le contraire. L'homme en question s'est montré violent immédiatement … dès les premières minutes après l'enlèvement de Julia. Il a fait preuve de force, d'impatience, de brutalité. Il n'a pas l'habitude d'enfants, il ne sait pas du tout comment s'y prendre … et ne cherche pas à comprendre ou à apprendre… » Il fit une pause puis reprit : « Ce qui me permet d'affirmer que ce n'était pas la fillette qui l'intéressait, ce n'était pas son âge, mais le fait qu'elle soit une fille et qu'elle soit faible…

- Mais qu'est-ce qu'il veut ? Pourquoi l'avoir enlevée alors ? » demanda Fin.

- Comme test ! Comme brouillon avant de s'attaquer à son vrai plan, n'est-ce pas Doc ? » Proposa Munch.

- « Oui c'est bien ça. Julia est la première victime innocente de son objectif. Il a un but bien précis en tête et voulait « s'entraîner » avant.

- PREMIERE victime ? « S'entraîner » ? » fis-je « mais c'est quoi pour un tordu ??

- Toujours d'après les informations que vous m'avez transmises, ce gars est un dingue de sport et un fan d'un joueur ou d'une joueuse qui porte le numéro 52. Il n'est pas entraîneur… Un entraîneur se doit d'être objectif et un joueur ne se tatoue pas son propre numéro, il porte un maillot, un T-shirt, mais pas son numéro, surtout pour une équipe universitaire … C'est une marque de dévotion d'un fan. Ca réduit les possibilités ! Ce n'est ni un joueur, ni un remplaçant. Il ne fait partie d'aucune équipe.

- Mais où on va le trouver ce bonhomme ??? Vous savez combien de fans comptent toutes ces équipes ??? » rétorqua Jeffries.

- « Oui mais il est particulier celui-ci, je pense qu'il ne doit louper aucun entraiment, il doit être proche de son joueur préféré, il doit trouver tous les prétextes pour être sur le terrain, le toucher, lui parler… un adjoint, un technicien de surface, un ramasseur de serviette, d'équipement, un bénévole, …

- Pourquoi si petit dans l'échelle sociale ? » demanda Elliot.

- « Pour s'attaquer à une enfant, il doit être complexé par son statut. Je pense que les femmes rient de lui, qu'il n'a pas beaucoup de prestance à leurs yeux. Voilà pourquoi il s'est attaqué à une gamine.
Ce qui m'amène à ma deuxième conclusion : il travaille exclusivement avec des femmes, il les aime, elles le méprisent : il se venge et perd patience.
Ce numéro 52 est le numéro d'un maillot féminin… Entouré de femmes à forte personnalité, fonceuses, battantes, fan de l'une d'entre elles. Il est attiré par elle mais il se sent diminué, rejeté. Cependant, il la veut ! Et il se prépare à l'avoir.

- Il faut qu'on trouve absolument ce gars et qu'on l'arrête ! » s'exclama Elliot. « Ce ne sera pas son dernier crime, il va prendre du plaisir, du pouvoir et aura plus confiance en lui. Si Julia est encore en vie ce n'est qu'une question de chance !

- En effet. Il est déterminé, il n'a aucune morale et se sent prêt à tout pour atteindre l'objet de son désir. Il peut être dangereux s'il est aux aboies.

- Et Julia, qu'est-ce qui se passe pour elle maintenant ? » questionnais-je.

- « On a posté l'officier Angela Thompson en faction devant sa chambre, elle vous attend pour la relève. » souligna Cragen. « Voilà comment on procède : Stabler et Jeffries, avec Munch et Fin, vous vous chargez d'écumer toutes les équipes féminines, vous me trouvez ce malade ! Je veux des informations concrètes, je veux une adresse. Novak, vous me cherchez un juge réveillé à cette heure et prêt à signer un mandat de perquisition dès qu'on a le nom du gars, ne fusse qu'un doute. Olivia… Alex… chez Julia !

- On y va. » Nous nous levâmes tous en même temps et nous dirigions vers les missions qui nous ont été attribuées.

Au fond du couloir blanc de l'hôpital, on pouvait distinguer la chaise … vide … de l'officier sensée surveiller l'accès chez Julia.

- « C'est quoi encore cette histoire », fis-je, « elle est où ? ».

Plus nous approchions de la chambre, plus mon instinct me tiraillait. La porte était mi-ouverte et des chuchotements indistincts me parvinrent aux oreilles. Je la poussais du pied, fis un pas en avant, avec un réflexe maladroit de la main vers mon arme habituellement accrochée à la hanche … que je n'avais plus.

- « Nooooon, T T T T T », me dit une voix grave, « on ne voudrait pas créer une panique dans cet havre de paix, n'est-ce pas ? Pas de mouvement inconsidéré, s'il vous plait… Bien … les mains bien en vue, avancez … vous aussi derrière, la blonde, ne soyez pas timide », continua-t-il sur un ton trop poli. « Fermez la porte derrière vous, voulez-vous ? ».

Un homme d'une quarantaine d'année, aux cheveux grisonnants, grand, assez costaud, se tenait dans le milieu de la pièce, un silencieux pointé dans notre direction.

L'officier Thompson était avachie, étourdie, dans le fauteuil, sur la droite, la main ensanglantée sur sa tempe gauche. Elle saignait, il avait dû la bousculer par surprise ou l'assommer pour entrer si aisément dans la chambre. Julia, quant à elle, était recroquevillée sur son lit, près de la tête de lit, elle essayait d'échapper à l'emprise de son agresseur.

- « Je suppose que vous aussi êtes une représentante des forces de l'ordre si j'en juge par votre acte précipité… Montrez moi votre badge… Là … doucement, avec deux doigts… très bien ».

Et je lui tendis mon portefeuille.

- « Inspecteur Benson… Hé bien Julia, on peut dire que tu t'es faite de très mignonnes petites copines !

- Que voulez-vous ? Qu'est-ce que vous faites ici ?

- Règle une, Inspecteur Benson, JE parle, vous m'écoutez ! Vous ne parlez pas sans mon autorisation. Me suis-je bien fait comprendre ? Où en étais-je ? Ha Julia… Tu en as de la chance d'être si bien entourée … je t'envie beaucoup… Inspecteur… Ayez l'amabilité de faire face au le mur, là et d'y plaquer vos mains… Plus haut ! »

J'obéis, sagement pour le moment, mais sur le qui-vive, ne sachant pas à quoi ni à qui j'avais affaire, bien que je m'en doutais un peu …

- « Et sa copine va la fouiller pour moi et me donner ses armes de poings ou autre… Vous allez faire ça pour moi, mmh ? Si je dois le faire moi-même ou que je trouve quelque chose que vous auriez oublié… Enfin, il ne vaut mieux pas le savoir ! Allez ! »

Alex se mit à me fouiller, je sentais ses mains me courir sur tout le corps, du haut des épaules, puis le long de la taille, mon torse, mes hanches, elle palpa mes poches à l'avant, puis à l'arrière, elle se baissait doucement, elle parcourut toutes les parcelles du tissu, s'approchait doucement de ma cheville droite. Elle leva la tête, croisa mon regard.

- « Je suppose à mon tour … pour continuer les présentations », dis-je pour détourner son attention et essayer de faire comprendre à Alex de laisser notre unique chance en place, « … que vous êtes Oncle Bill ». Elle n'y toucha pas. Elle se releva et vida le contenu de mes poches sur le lit, à côté de la petite fille et se tourna vers l'homme.

- « Haaa une dure à cuire qui a dû mal saisir les consignes … » Il se dirigea vers Alex : « C'est tout ? »

Terrorisée, elle acquiesça. Puis elle se ravisa :

- « Non … Désolée ». Elle se baissa à nouveau, releva le bas de mon pantalon, sortit mon petit revolver et la lui remit. Il la glissa à l'arrière dans la ceinture de son pantalon.

- « Pour vous remercier de cette pensée honnête, je ne vais pas vous tuer. Par contre, j'ai remarqué votre échange hypocrite … et pendant quelques secondes vos doutes. Vous avez préféré prendre un risque et écouter l'Inspecteur Benson … c'est regrettable »

Il dirigea son arme vers l'officier Thompson et tira.

- « NON » nous criâmes à l'unisson.

- « Non … Salaud ! » Je bondis sur lui, mais il fut plus rapide.

- « Tu n'as rien compris, hein ? » Et il m'asséna un coup de crosse dans la mâchoire. « Hein ! Tu as du mal à comprendre ! TA ! ... GUEULE !!! » il m'envoya un formidable coup de poing d'une force extraordinaire dans l'estomac qui me vit voler de l'autre côté de la pièce. « Tu fermes ta … grande … gueule … quand je le demande ! » Je m'écrasais sur le mur. Je perdis l'équilibre et m'écroulais sur le sol. Il poursuivit sur sa lancée et me shoota deux, trois, quatre fois dans les côtes « Des sales putes dans ton genre LA FERMENT ! … J'en mate tous les jours des comme toi ! » dit-il tout en continuant à me décharger sa rage dans le visage. «J'en ai déjà brisées des plus solides ! JE DECIDE … JE COMMANDE !! » A chaque mot qu'il prononçait, il insistait avec force dans chacun de ses coups. Je m'abritais derrière mes mains, de mes bras, rassemblais mes jambes, j'essayais d'échapper à cette pluie de violence, mais repliée dans un coin, il me martelait incessamment de son poing, de son pied, de son arme.

- « Arrêtez … Arrêtez … » Alexandra se glissa entre nous « Par pitié arrêtez… Nous ferons tout ce que vous voulez … mais ne lui faites plus de mal ! » Elle me prit dans ses bras et tenta de me protéger de son corps. Elle me berçait contre elle. Ses larmes s'écoulaient sur mon visage et se mêlaient à mon sang. J'étais à moitié assommée, j'avais du mal à voir, à rester concentrée… La pièce tournait tout autour de moi.

Il se leva, essoufflé, en sueur. Il défroissa son pantalon de toile beige, dépoussiéra ses genoux et remit son polo rouge en place.

- « Me voilà dans un de ces états maintenant ! … pour cette chienne ! Nous avons assez trainé… Je vais vous prendre au mot Mademoiselle… Vous êtes plus raisonnable et plus conciliante que votre amie … Viens Julia. » Il lui tendit sa main « Allons, viens… tu ne voudrais pas que je fasse du mal à tes amies à cause de ta désobéissance ? Alors VIENS ! ». Julia souleva ses couvertures, posa les pieds à terre et s'approcha de 'l'Oncle Bill', tétanisée. Elle n'osa regarder le corps de Thompson étendu sur le sol. « Vous aussi … oui vous la Blonde… Vous venez avec nous !

- Noogh… Al … Ne… » Je tendis la main pour saisir la sienne que j'agrippais comme je pus avec le peu de force qu'il me restait. Il me frappa à nouveau du bout de son pied et nous sépara.

- « Dois-je me montrer plus convaincant ? Vous venez avec nous ou je l'abats sur le champ, elle m'a assez causé de problèmes ».

Alexandra se releva, rassembla son courage, fit volte face, les yeux humides ; son visage s'assombrit, elle prit la petite Julia dans ses bras et franchit la porte, suivie de très près par cet enfoiré. Il dissimula son arme dans la poche de son pantalon et disparut.

- « Al … thch, kkk » je toussais et crachotais du sang. Puis je vis un mouvement léger du coin de l'œil. L'auxiliaire était toujours en vie. « rrrrrhp Thompson ? …coufh … coufh… Thompson ! », je rampais péniblement sur mes coudes endoloris jusqu'à elle, pris sa tête dans mes mains, la callais contre mon ventre « Tenez bon ! Haaaa… Putain … Restez avec moi !! … » Et je me mis à crier de toutes mes forces « QUELQU'UN ! S'IL VOUS PLAIT ! A L'AIDE !! UNE PERSONNE … »

Après un temps qui me paraissait infini, un infirmier faufila sa tête par l'entre-baillement de la porte :

- « Qu'est-ce … ?

- Vite allez de l'aide », lui répondis-je aussi vite que je pus « Et la sécurité… Elle a une balle dans l'abdomen, elle a perdu beaucoup de sang… un homme … dangereux … armé … il a enlevé … »

Mais déjà il n'était plus là et je l'entendais appeler du secours dans le couloir.

Une armée de blouses blanches se précipitait dans la chambre, puis certains s'occupaient d'Angela tandis que d'autres m'auscultaient.

- « Je vais bien ! », mentis-je « Occupez vous d'elle plutôt ! », je me dégageais de leurs étreintes, ils m'aidèrent à me relever :

- « Calmez-vous, reprenez-vous, vous aussi vous êtes blessée … Laissez nous vous soigner … vous êtes mal … »

Et je vis deux uniformes entrer dans la pièce à leur tour.

- « On nous a appelés ? » surpris, ils découvrirent notre état à l'agent et à moi, « Mais qu'est-ce qui s'est passé ici, bon sang ? »

- « Inspecteur Benson, Police de New York, n° de badge 44015… » je tentais de me relever … droite sur mes pieds pour me donner plus de contenance « … un homme a tiré sur l'officier là … » je repris mon souffle « … a enlevé une fillette et ma collègue… Vous avez une arme de service ? » demandais-je au plus petit, trapu, mais sans attendre sa réponse, je la retirais de sa ceinture. Puis j'ordonnais « Appelez des renforts ! Vous… » fis-je au grand brun « … venez avec moi ».

Je traversais le dédale de couloirs, la peur au ventre, les muscles de mes cuisses engourdis par les meurtrissures. Je courais aussi vite que je pus, les larmes me brouillaient les yeux et ma vue s'obscurcissait. Chaque pas envoyait une décharge à mon cerveau, mais je n'écoutais pas ses avertissements. Je n'écoutais pas la douleur. Je crispais la mâchoire, serrais les dents. Je faillis perdre l'équilibre et conscience plusieurs fois, mais je me repris, accrochée à l'idée qu'il puisse faire du mal à Alex et à Julia. Les dernières minutes passées avec elle repassaient dans ma tête ; son souffle, ses cheveux défaits sur ma joue, ses yeux humides, rougis, la peur dans son regard… ses mains me serrant, son corps me protégeant. Alex … Où es-tu ?

Je butais contre les murs, contre les gens, je criais « POLICE DE NEW YORK … ECARTEZ VOUS !... » toujours suivie par l'agent de sécurité qui me talonnait.

Nous sortions enfin de cet enfer blanc, nous tournions dans tous les sens à l'entrée de l'hôpital, comme dans un mauvais film, tout me semblait lent, tout défilait au ralenti. J'avais mal, je souffrais de partout, tout mon corps me criait de m'arrêter, je sentais que je devais avoir quelques os de cassés mais peu m'importait… Je ne pensais pas, je ne pensais plus. Seules Alex et Julia occupaient mon esprit. Je regardais partout, je cherchais la moindre trace de leur passage, j'écoutais le moindre bruit d'un moteur, d'un cri, … Nous parcourions les parkings, regardions dans les voitures … Mais rien ! … RIEN !

Je m'affaissais sur mes genoux, au milieu de l'allée de l'entrée principale, j'hurlais « ALEEEEEEEEEEEEEEEEX…… », démunie, l'arme entre les jambes, la tête relevée vers le ciel. Puis je m'écroulais inconsciente.

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