Chapitre 11 :
Je sentais des mains me maintenir avec force en place, couchée. Je réagissais tout de suite, je battais l'air de mes poings, de mes pieds, dans tous les sens, tentant de m'écarter de mes assaillants.
- « Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! » dis-je sans trop savoir à qui je m'adressais mais effrayée d'être leur prisonnière.
- « Restez tranquille, calmez-vous … Nous vous administrons un calmant … Allons … Bob, tu la tiens … Ahh … elle se débat comme une tigresse … Cass', injecte-lui 25mg de Mépéridine… Voilà … »
Je discernais peu à peu les silhouettes et voyais trois tenues blanches. Au bout de la pièce, je reconnus le dos de l'imperméable d'Elliot. D'après la couleur des murs et l'odeur, j'étais toujours à l'hôpital.
- « Elliot ! Elliot ! »
Il se retourna et se dirigea vers moi :
- « Ca va, ça va, lachez-là, elle va se calmer … Je suis là, Olivia … Je suis là … Laissez-les te soigner, t'es dans un sale état …
- Il a enlevé Alex, Elliot … et Julia … Il … Il … a tiré sur Angela … J'ai rien pu faire … » j'agrippais le col de son manteau, puis je me relevais. « Il faut …
- Calme-toi… On a besoin de toi … C'est un vrai foutoir ici… Personne ne sait ce qui s'est passé … tu es là seule à pouvoir nous raconter le sens de ce bordel…
- Ca fait combien de temps ? Combien de temps, je suis K.O. ?
- Deux heures » me répondit-il tristement.
- Deux heures ?? Deux heures ?? Mais on n'a pas de temps à perdre … Dieu seul sait ce qu'il peut leur faire … Laissez-moi me lever … Laissez-moi y aller… » Je retirais les perfusions, repoussais les infirmiers.
- « Inspecteur Stabler, si vous ne calmez pas tout de suite votre partenaire, nous serons forcés de l'attacher au lit … pour son bien et celui du personnel … et de lui administrer une dose plus forte … Ce qui ne vous aiderait certainement pas !
- Olivia, tu as entendu ? Olivia ! Reprends-toi. Capitaine ? » Il s'adressait à l'extérieur. « Elle est réveillée, faites venir un agent pour qu'elle puisse donner sa version et signer sa déposition. »
Le Capitaine Cragen suivi d'un vieil agent bedonnant en uniforme entrèrent et s'approchèrent du lit.
- Olivia, tu vas te calmer immédiatement. Tu ne nous aides pas et tu n'aides ni Alexandra, ni Julia … Tu compliques davantage la situation. Reprends-toi ! … »
Je m'assis sur le bord de mon lit, le dos appuyé contre le montant du lit. « Bien, Raconte nous ce qu'il s'est passé… McAdam, prenez note ! ».
Le policier roux sortit son bloc-notes, cliqua sur son stylo et écrivait. Je repris ma respiration, et je me mis à déballer tout ce qui était arrivé quelques heures auparavant :
- « … il faut vérifier les vidéos de surveillance de l'entrée de l'hôpital et du parking … demandez à Novak un mandat … » continuais-je « on aura peut être une idée de la voiture qu'il a prise ou du chemin qu'il a emprunté pour partir…
- C'est fait, Morales est déjà dessus … il passe les disques durs au peigne fin. L'hôpital est très coopératif. » ajouta Elliot.
- Mais comment a-t-il su ? Si vite ? » interrogeais-je.
- Ce sont des éléments qui vont permettre à Munch et Fin de resserrer les liens du collet. Il n'a pu savoir que grâce à un contact dans la presse ET chez nous. » Cragen s'expliqua « la Presse ; pour avoir agi aujourd'hui et pas plus tôt. Il savait que si nous apprenions que l'affaire serait ébruitée dans tous les journaux, nous aurions accentué la surveillance, il devait agir vite, avant nous … Et il y a une fuite chez nous, parce qu'il a su où la trouver.
Elliot, tu files sur le champ mettre Munch et Fin au courant, Jeffries est avec les deux agents de sécurité, prends-la avec toi. Colmatez cette fuite au plus vite. Je veux sa tête. »
Elliot partit sans demander son reste.
- « Et moi ? Qu'est-ce que je fais ? » demandais-je.
- « Toi, tu restes ici. Tu les laisses prendre soin de toi, tu te repos'…
- Mais, je vais bien … Je n'ai rien … je …
- Si ! Tu obéis, Olivia. Tu n'es pas sur l'affaire, je te rappelle. Ne m'oblige pas à t'arrêter pour obstruction… »
Puis il appuya du doigt à certains endroits, sur mon épaule gauche, …
- « Haaa » criais-je
… sur mon flan gauche
- « Haaaa » je me tordais de douleur…
… et il me prit le poignet droit et tira doucement.
- « Mais arrêtez ! … Ca va, j'ai compris !!
- Deux côtes froissées, l'épaule démise, le poignet foulé, je te passe les contusions et les ecchymoses… Les médecins nous ont décrit ton état… Et je te laisse découvrir ta tête quand tu te regarderas dans le miroir.
Quand ils te laisseront sortir, McAdam te ramènera chez toi. » Il se retourna vers l'officier « Uniquement chez elle … Elle va prétexter beaucoup de choses, mais c'est un ordre : Hôpital directement chez elle ! Vous vérifirez qu'elle y entre bien. ». Il quitta la pièce.
En début d'après midi, emmaillotée dans un bandage élastique, le bras gauche en écharpe et le poignet bandé, je rentrais difficilement chez moi, clopinant et m'appuyant sur le vieil officier.
- « Comment va Thompson ? » lui demandais-je.
- « Ca va … elle est sortie du bloc il y a une heure. La balle l'a traversée et n'a fait qu'effleurer les organes vitaux. Elle a fait une petite hémorragie interne. Elle a perdu beaucoup de sang … A quelques millimètres près, c'était l'artère qui était perforée … Elle a eu beaucoup de chances !
- Si vous la voyez, transmettez-lui mes pensées…
- Je n'y manquerai pas.
- Bien, je suis chez moi, maintenant, vous pouvez me laisser…
- J'ai pour ordre de vérifier que vous soyez bien à l'intérieur de chez vous… la porte d'entrée ne compte pas … Je suis désolé … Je connais Cragen … et j'ai une femme et 3 enfants » me répondit-il en souriant. « Venez, je vais vous aider à vous installer dans votre canapé… »
Il me portait presque jusque dans la salle de séjour. Je m'affalais doucement sur les coussins moëlleux et en cuir de mon sofa, posais mes pieds sur la table basse.
- « Merci » fis-je en soufflant.
- « Je peux faire autre chose pour vous ?
- Non, Merci. Vous pouvez y aller. Je ne bougerai pas d'ici … J'obéirai aux ordres. »
Il repartit en claquant fermement la porte. Je l'entendais emprunter l'ascenseur… J'étais seule à présent…
Seule dans un silence oppressant. Je n'entendais plus rien, ni le bruit de la rue, ni le brouhaha habituel des autres appartements, je ne percevais plus les ondes du métro. J'étais seule avec mes pensées, avec le triste résultat de ma fougue habituelle et égoïste.
Je ne ressentais plus, je ne vivais plus … Je n'étais plus rien. Ils n'avaient pas besoin de moi … encore moins dans cet état de larve. Ils m'ont exclue de l'affaire, ils m'ont enfermée chez moi … là où je ne risquais plus de faire du mal à personne.
J'ai tout foiré. Tout ! Thompson … Julia … Alex … … Alex. Les larmes commençaient à me monter, une boule se coinçait dans ma gorge, mon ventre se contractait… Alex … Où était-elle ? Que faisait-elle ? Que lui faisait-elle ? Dieu, qu'il ne la touche pas ! Qu'il ne lui fasse pas de mal… Qu'il ne … Je me pris la tête dans les mains et me mis à pleurer.
Le soir était tombé et je n'avais pas la force, ni l'envie d'allumer les lumières. Il devait être tard et je ne savais pas depuis combien de temps, j'étais là prostrée dans mes larmes. Je pris mon portable, composais son numéro :
- « Stabler.
- Elliot ? … Elliot !
- Olivia ?! … Ne bouge pas, je viens. »
Une vingtaine de minutes plus tard, je l'entendais frapper à la porte.
- « Olivia, j'entre… »
La porte n'était pas fermée à clef, en forçant en peu et en tournant la poignée dans un certain sens, il y avait toujours moyen de l'ouvrir. Elliot le savait. Il entra.
Il shoota dans deux ou trois canettes de bières que j'avais vidées quelques heures auparavant et que j'avais jetées au sol. Il s'approcha doucement et s'assit à côté de moi.
- « Tu sais que tu as de confortables canapés juste en face de toi ? … Que le sol, c'est pas le pied pour les articulations … C'est un peu bas … et dur … et froid. »
Son imperméable était trempé et gouttait sur mon tapis. Je m'en fichais. Il pliait ses jambes, posait ses coudes sur ses genoux et joignait ses mains. Il prit la même position que moi, s'adossa au mur et il se tut. Il regardait devant lui, moi je regardais mes pieds. Il me prit une envie frénétique de compter mes orteils … Contrôler … maîtriser mes pensées … un … deux … trois … quatre … ne pas pleurer … cinq … six … Alex, Elliot … Alex ! …six, non je l'ai déjà compté … Elliot … Qu'est-ce … Des larmes s'écoulaient sur mes joues.
- « Elliot … Qu'est ce que je vais faire sans elle ? … » Je pleurais. « Elliot, je … je …
- Je sais, Olivia … je sais. » Il me prit dans ses bras, je pleurais de plus belles.
- Je l'aime, Elliot… Je l'aime et …
- Je sais …
- Elle est partie … Il l'a enlevée … sous mes yeux, sans que je ne puisse rien faire … » J'étais secouée de soubresauts. « Je n'ai même pas pu la retenir, je n'ai pas pu la protéger … je n'ai rien pu … rien pu … » La gorge me serrait « Qu'est-ce que je vais faire ? … » Ma poitrine me compressait, il fallait que ça sorte, il fallait que je me vide de toutes mes pensées, de tout ce que j'avais sur le cœur depuis si longtemps. « Je ne peux plus respirer … C'est comme un poids que j'ai sur la poitrine depuis trop longtemps … je ne peux plus rien voir d'autre… je ne veux plus rien … sans elle … Je ne vois qu'elle, je ne pense qu'à elle. » Ca me déchirait, cette blessure grande ouverte me faisait si mal… « Elle n'est plus là … plus là … par ma faute … ma trop grande gueule … moi ! » Cette solitude, ce vide, cette souffrance si réelle … je ne pouvais plus rien garder pour moi. J'avais peur pour elle. Je mourrais de peur pour elle ! Je baignais dans mes larmes et je noyais les manches d'Elliot déjà humides de pluie. Il me consolait comme il pouvait. Il me caressa les cheveux doucement. « Je l'ai trahie … d'une certaine façon …. Elle me faisait confiance … elle était sous ma responsabilité … Et je l'ai trahie. … Elle est là quelque part avec lui, cet immonde personnage … Dieu seul sait ce qu'il peut lui faire ! » Je sanglotais comme une enfant de cinq ans, je ne pouvais plus m'arrêter. Je passais mes mains dans mes cheveux, j'agrippais des mèches, je les serrais fort comme pour m'arracher ces vilaines images de la tête. « Jai merdé Elliot et elle en paie les conséquences … Je n'aurai jamais la chance de lui dire combien je l'aime … Combien elle compte pour moi … » Je me balançais d'avant en arrière, pour me rassurer, pour m'apaiser.
- « On la retrouvera Olivia … et on aura ce pourri ! Il ne lui fera rien… il se sait poursuivi, il est stressé, il est angoissé … il se tapie quelque part dans son terrier… Alex est son seul billet de sortie. Il le sait… Rappelle-toi de ce Huang a dit 'Tant qu'il n'est pas aux aboies'…. Il ne la garde que pour se protéger … pour couvrir sa fuite.
- Je me le pardonnerai jamais s'il lui arrivait malheur ! Jamais ! … Je l'aime si fort. Ca me tue un peu plus tous les jours … Et je l'ai envoyée à l'abattoir … Je l'ai tellement repoussée que je l'ai menée dans ses bras à lui … Tout est de ma faute…
- Tu dois tenir le coup Olivia ! Pour elle !
- Elle me manque … ça m'arrache de l'intérieur, J'en ai mal à en crever … Et je ne peux rien faire … Ca me consume, ça me détruit… Tu comprends ? Elle me manque tellement. Je la ressens là, dans mes veines, dans chaque battement de mon cœur … je ne supporte plus de me voir, de me sentir … je ne me supporte plus. Et encore plus depuis qu'elle est … qu'elle a été … » et je m'effondrais à nouveau « Elliot, j'ai mal … si mal … Aide moi, s'il te plait … Je ne peux plus lutter…
- Je sais Olivia … je sais depuis longtemps ce que tu ressens pour elle … Et j'ai vu ce que tu t'es fait à toi-même… Je n'ai pas pu t'empêcher de commettre ces erreurs encore et toujours les mêmes depuis plusieurs semaines… Tu les as répétées sans cesse, sans écouter nos avertissements, nos conseils … » Il prit une pause, releva ma tête et la calla dans ses mains me forçant à le regarder dans les yeux. « Je sais que tu es cassée … Je sais que tu es mal… que tu as mal ! … Mais bon sang, tu dois te relever ! Elle a besoin de toi … Où qu'elle soit, je suis sûr qu'elle pense à toi … Elle compte sur toi pour la sortir de là … Tu es son seul lien, son seul espoir, … tu es sa raison de survie…. Ouvre les yeux, cesse de t'apitoyer sur ton sort et cherche une solution !!! … Comment crois-tu qu'elle va réagir quand elle apprendra, lorsqu'on l'aura retrouvée - PARCE QU'ON VA LA RETROUVER -, que tu es restée cloîtrée chez toi, à pleurnicher et à t'enfiler des bières sans remuer le petit doigt ??? » Il me lâcha et se releva. « Regarde tout ce que tu as laissé derrière toi … Répare ! Sois forte… Putain Olivia … t'es un flic … un sacré bon flic même … Il y a une gamine et une collègue prises en otages dehors quelque part, un dangereux criminel avec elles … Lève toi !! Bouge !! »
Sur ses dernières paroles, il prit son portable :
- « Fin, j'amène Olivia à la Section… J'en ai rien à foutre de ce que le Capitaine dira … Elle est des nôtres … On est tous sur le coup… Dans 30 minutes, oui… Café bien fort ! Ok, bye. » Il te tourna vers moi, me tendit sa main : « Allez, viens, rince-toi … change-toi : tes vêtements en lambeaux et ce sang partout … c'est assez flippant ».
Je sentais chaque parcelle de peau de mon visage boursouflé par le chagrin et les tonnes de larmes que j'avais déversées. Je m'essuyais du revers de la main, saisis la sienne et il me tira.
- « Il est temps qu'on retrouve la Olivia qu'on connaît ! » me dit-il quand je me dirigeais vers ma chambre.
- « Merci …
- Dépêche-toi, je t'attends. »
George Huang vint à notre rencontre :
- « Olivia, viens avec moi dans une pièce calme. La salle d'interrogatoire 2 est libre, je pense. »
Je hochais la tête et le suivais curieuse de ce qu'il me voulait.
- « On va discuter. Tu vas tout me raconter, tout ce que tu as vu, entendu, ressenti. On ne s'arrêtera pas aux faits… je souhaite que tu partages tes émotions, tes impressions. N'hésite pas à décrire tout ce que tu vois.
Bien, installe-toi … Respire lentement … profondément. Décontracte-toi … Voilà. Ferme les yeux. Représente-toi une goutte de sang, non plus petit encore qu'une goutte … représente-toi un globule qui voyage à travers ton corps. Ne pense à rien d'autre que lui … Il est toi, tu es lui. Vous ne faites qu'un. Le point de départ de notre promenade sera ta gorge et tu suis le courant du capillaire. Tu redescends doucement le long des vaisseaux sanguins. Les conduits s'élargissent, tu as plus de place. Il y fait bon, il faut chaud. Tu ressens les battements rassurants de ton cœur qui t'appelle à lui. Tu ressens l'onde de choc d'un petit nerf excité… Tu poursuis ta route le long de la veine puis tu entres dans le ventricule droit. Tu pénètres dans ton cœur et tu perçois tous ses signes, toutes ces marques de vie … Tu l'inondes de fraîcheur, tu rayonnes de bien être. Il avait besoin de toi… il reprend son rythme normal et toi, tu poursuis ta route : tu sors du cœur et tu t'oxygènes vers les poumons, tu retournes dans le cœur… Tu ressors et salues tous tes organes vitaux un à un en distribuant leur dose d'oxygène. Tu voyages, fière de toi, du devoir accompli, de ta mission menée à bien. Tu peux t'en aller plus légère.
Bien … Continue à respirer doucement…
…
Maintenant j'aimerai que tu visualises ton entrée à l'hôpital. Tu es avec Alexandra, vous traversez le couloir … Décris-moi ce que tu vois …
- Une chaise vide. La chaise à côté de la porte n'est pas occupée. Je peste sur l'incompétence du policier. Tout en avançant, je me rappelle que c'est l'officier Thompson qui était de garde et m'avait laissé une bonne impression : impliquée, consciencieuse. Je me suis dit que ce n'était pas normal.
Au moment où j'entre dans la pièce, je veux saisir mon arme… Mais je suis distraite par une conversation provenant de l'intérieur… j'essaie de distinguer les voix … Puis tout va trop vite … j'aurais dû être plus réfléchie… J'agis d'instinct, d'où ma bourde : mon arme n'était pas à ma ceinture mais à ma cheville.
- Ne reste pas sur ce sentiment négatif, va plus loin … Concentre-toi sur cette conversation … Qu'entends-tu ? Essaie de reconnaître des sons, des mots …
- Je ne sais pas … c'est si sourd, si … caverneux … il a une voix grave. » Je fermais les yeux encore plus fort, j'étais dans ma tête, je revivais la scène. Je revoyais tout défiler avec la même appréhension dans le ventre. « Attendez, un truc du style … 'j'enverrai une bouteille à '… Lane … Elen … 'Alan !…'
- Très bien. » Huang prenait des notes sur son calepin. « Continue… Tu entres, ensuite ?
- Je le vois … Immédiatement. Je sais que c'est lui … je balaie la chambre du regard. Il est seul, j'ai une chance. Mais tout va vite … trop vite … Ma main rencontre le vide : je n'ai pas mon arme. Nous sommes coincées.
- Comment est-il Olivia ? Décris-le moi.
- Il présente bien. Il a une certaine stature. Il mesure un peu moins d'1m 80, cheveux courts coupés impeccablement, poivre et sel, rasé de près. Pas de signe distinctif.
- Une odeur particulière ?
- Oui … de l'aftershave. Il vient de se laver, il sent fort le savon et l'eau de cologne … Farenheit, je m'en souviens parce que je l'ai offert à Munch il y a deux ans et on a dû supporter cette odeur pendant 3 mois, jusqu'à ce que ce que le spray se vide.
- Continue.
- Il porte un pantalon beige à poches, repassé au milieu des pans ; les plis ne suivent pas les coutures, ils se voient. Son polo est bleu marine, de tissu épais, 3 boutons de fermeture.
- Vois-tu une marque ? un dessin ? un symbole ?
- Un logo plutôt … sur sa poitrine gauche. Un triangle jaune… » J'ouvris les yeux, pris son crayon, son bloc de feuilles et je dessinais ce que j'avais vu : un isocèle, posé sur une des pointes de sa base, incliné légèrement vers la gauche. « Et des initiales S.M.C en bleu ciel en travers, par-dessus…. Comme ça. » Et je complétais le schéma.
- Excellent Olivia. Ensuite ?
- Alex me fouille. J'essaie de lui faire comprendre qu'elle doit ignorer mon Walther. Ce qu'elle fait dans un premier temps. Mais elle se ravise, elle le récupère et le lui donne.
- Comment réagit-il ? »
Je grimaçais… ces souvenirs étaient pénibles et encore vifs, incrustés dans ma chair.
- « Violemment ! Il tire sur Angela. Elle s'écroule. Je ne me contiens plus, je perds mon sang froid. Je me jette sur lui.
- Ne va pas trop vite. Dit-il quelque chose avant de tirer ? Quel est son comportement ? Comment est-il ?
- Je ne sais pas, je ne comprends pas … il parle avec un tel calme, qu'on a du mal à ... à saisir le sens de ses paroles 'Je ne vous tuerai pas'…
- Mais ?
- Mais il tue l'officier … enfin on a cru qu'il l'avait tuée. Il était si calme, si réservé, si hypocritement doux … qu'on n'a rien vu venir.
- Hypocritement ? Pourquoi dis-tu cela ?
- Je sens qu'il se contient. Il est anormalement poli. Tous mes sens m'avertissent qu'il est nettement plus dangereux encore qu'un criminel ordinaire. Il se force à être posé. Il arrive à se contrôler jusqu'à ce que je lui saute dessus.
Là j'ai ouvert la boite de tous ses vices. Si Alex n'était pas intervenue, il m'aurait battue à mort.
Il se contrôle et d'un coup il libère sa fureur et plus rien ne l'arrête. J'ai vu son regard, j'ai ressenti sa haine.
- Que disait-il ?
- 'Ferme ta gueule !' Il me répétait constamment ces mots avec force. Ce n'était pas le fait de lui avoir sauté à la gorge qui l'a mis hors de lui, c'est le fait de lui avoir désobéi, d'avoir parlé…
- Qu'il en avait maté des putes comme moi, des plus solides, qu'il les a brisées.
- Très bien… Je sais que c'est pénible… mais dans la bagarre…
- Plutôt pendant qu'il me mettait une raclée …
- Euhm… Oui … Y a-t-il autre chose qui a attiré ton regard quand tu étais plus près de lui ? Un tatouage ? un bijou ? une marque de naissance ?
- Doc, je vais vous dire … je n'ai pensé qu'à fermer les yeux, à me protéger et à prier Dieu pour que cela s'arrête. » Je refermais les yeux et me remettais en situation. Je ressentais à nouveau chaque assaut, chaque coup, chaque point de contact comme si je les revivais encore.
- « Une odeur … une odeur forte … de piscine … du chlore … citronné.
- Comme de la javel ?
- C'est ça… de la javel. S'il se parfume autant c'est pour camoufler cette odeur de javel qu'il émane !
- Tu te rappelles d'autre chose ? Il y a autre chose qui te vient en mémoire qui pourrait être important ?
- Il me donne l'impression malgré sa prestance et ses grands airs, d'être faux. Il n'est pas ce qu'il prétend être. Il montre une image d'une personne cultivée, maniérée avec de l'éducation … Mais je mettrais ma main au feu qu'il n'est rien de tout ça. Qu'il vient d'une famille modeste, très modeste et qu'il a honte de ses origines. Qu'il a toujours envié les autres.
- On en sait plus et on sait où cibler nos recherches… Grâce à toi, l'étau se ressert et son profil se précise. Allons rejoindre les autres et corréler nos informations.
Nous sortions de la salle et nous nous dirigions devant les grands écrans 70'' neufs fournis par la Mairie de New York. Huang entra quelques données dans l'ordinateur pendant que Munch, Fin, Jeffries et Elliot me rejoignaient.
- « Tu vas bien ? » me demanda Fin.
- « Oui » répondis-je franchement pour la première fois depuis longtemps. Elliot me fit un clin d'œil complice.
- « Quelles sont les dernières nouvelles ? » questionna le Capitaine qui passait à côté de moi sans me regarder.
- « On avance et les indices se cumulent, Huang rentre les dernières informations dans la base de données et on pourra tout de suite se faire une idée », répondit Munch.
- « Tu es fier de ton nouveau jouet, hein » lui souligna Jeffries.
- « Trois ans que je le demande… Je peux l'être ! Vous allez voir comme il va nous faciliter le travail. On ne jurera que par lui.
- Alors tu nous expliques un peu » ajoutais-je impatiente.
- Bon, bon, faut pas brusquer la machine … D'après les informations qu'on a regroupées, que tu nous as données… Voilà ce que ça donne …
Trois milieux qu'il a cotoyés avec précision : les salles de sport de 'l'Université de NY', le 2ème étage du 'Daily Post' et ici le '16th Predict'.
- Comment peux-tu être aussi précis pour le 'Daily Post' ? » interrogea le Capitaine.
- « Parce que votre copain, Dunn, vous a dit que l'article allait être publié par Jess Wilslowski et Tina Moore, les journalistes assujettis aux nouvelles de la crim'. Ils travaillent tout deux au 2ème étage.
- Là Munch tu as fait fort … » siffla admirativement Elliot.
- « Pour une fois, je n'y suis pour rien, c'est Fin qui a poussé les recherches.
- Continue au lieu de dire des bêtises » rétorqua Fin.
- « Ok, alors j'ai ajouté à ce qu'on avait déjà, c'est-à-dire les empreintes relevées ce matin dans la chambre d'hôpital de Julia, Huang vient d'encoder les mots Alan, Javel, Chlore, Piscine, la description de notre gars, j'ai également scanné le dessin d'Olivia.
- Et la caméra ? Ca donne quoi ? », j'interrompais.
- « Rien. On ne sait pas d'où il est venu… pas par le hall d'entrée. Et il n'est pas sorti par là non plus. On vérifie toutes les portes de sorties de secours. » répondit Jeffries.
- « Mais je pensais qu'elles étaient reliées à un système d'alarme qui se déclenche quand on les ouvre…
- Il peut très bien les avoir bidouillées.
- Pas de caméra sur les parkings ?
- Non, c'est privé, ce n'était pas nécessaire…
- Je peux continuer ? Pour une fois que je suis la vedette, j'aimerais continuer à l'être… » Et tous les yeux se retournaient vers Munch « Merci. PIN est pourvu d'un programme relié aux banques de données de toute la police du pays. Nous avons également entré différentes informations concernant les grandes sociétés américaines, la douane, les transports, les horaires, les membres du personnel, les casiers judiciaires, les …
- PIN ? » demanda Cragen « Pourquoi l'as-tu appelé PIN ?
- Ce n'est pas moi c'est son nom 'Personal Information Netfinder'… Ce ne sera plus qu'une question de temps, mais nous pourrons aussi nous connecter sur le réseau d'Interpol … qui a une longueur d'avance sur le système américain.
- Et tout le monde s'y plie ? » demanda Elliot.
- Non, le FBI et la CIA ne transmettent qu'une partie de leurs données, les entreprises privées et publiques ne le font que si on apporte un mandat … et là encore, ce n'est que si la police est sur une affaire. Jamais les juges ne voudront en délivrer un gratuitement. » Casey Novak venait de rejoindre le groupe « C'est un travail de fourmis, mais tout le monde s'y met petit à petit. Les Divisions de tout le pays rassemblent et partagent leurs fichiers.
- Et quel est le résultat ? » interrogea Jeffries.
- « Il faut patienter… Il scanne toutes les informations, ça peut prendre du temps. » Huang regardait sa montre. « Si on a de la chance, dans 1h voire 2h on aura un élément auquel se raccrocher. Allez vous reposer dans la réserve. On vous appellera s'il y a du nouveau.
- Olivia, toi, tu rentres chez toi. » Cragen se souvenait de ma présence. « Tu nous as bien aidés, il est temps pour toi de te reposer, tu as déjà du mal à tenir debout.
- Mais, Je …
- Elliot, reconduis-la et passe voir ta famille aussi.
- Bien Capitaine, … Allez viens Liv', on n'est plus très utile maintenant, il faut attendre et on sera mieux chez nous… »
Résignée, je le suivais sagement.
