Chapitre 12 :
J'avais arrêté de compter après 63 heures et quelques minutes. Et j'étais trop préoccupée à atteindre mon objectif pour continuer à regarder ma montre.
Je connaissais ce genre de maisons. On y avait vécu pendant 7 ans, avant de déménager plus près du 'Siena Collège' à Loudonville, où ma mère enseignait. Je connaissais chaque recoin où je passais des heures à me cacher des colères légendaires et embrumées d'alcool de feu Serena Benson.
Il m'était arrivé de m'échapper par les conduits, la nuit, quand elle sombrait dans le canapé, trop saoule pour se rendre compte de mes escapades nocturnes.
Plus j'avançais, plus mes souvenirs d'enfance me revenaient en mémoire. Ils me serviraient à pénétrer dans la demeure sans être vue.
Sur le côté gauche de la bâtisse, sous la haie qui longeait le mur, je savais que je trouverais un soupirail. Je rampais jusque là, en serrant les dents. Bien que je fusse sous anti-douleurs, mes meurtrissures me lançaient, par vagues successives, des décharges qui m'obligèrent à diminuer la cadence, à couper mon souffle et à être plus posée.
- « Olivia ?! » une voix chuchota derrière moi.
- « Elliot ? Que fais-tu là ?
- Je t'ai vue filer en douce, je t'ai suivie. » Je pensais qu'il allait me retenir, me demander de faire marche arrière et de laisser agir les Forces Spéciales. J'étais prête à le contrer, à me battre pour qu'il me laisse tranquille, mais :
- « On y va où on attend Noël ? » me fit-il en me souriant. Il m'avait désarçonnée. Il le savait et jouait de l'effet produit.
- « On y va ! » répondis-je, exhortée par l'engouement de mon partenaire.
Sous un ciel sans lune, nous avancions doucement. Nous serpentions dans le jardin, au ras des brins d'herbes pour éviter d'être repérés par la Brigade d'Intervention ou par Hatcher. Le moindre faux pas pouvait trahir notre présence et renverser négativement la situation.
Le criminel ne se savait pas découvert et encore moins encerclé. Mais tout pouvait arriver, surtout si nous nous étions trompés sur l'origine de ses sources.
Les lumières de la maison étaient toutes éteintes sauf celle que nous supposions être du salon. Des flashs de couleurs, projetés sur les murs de la pièce, signifiaient qu'il regardait la TV. Je n'avais pas attendu le détecteur de chaleur pour localiser leur silhouette, il nous fallait agir vite tant que nous avions l'avantage de la surprise.
Elliot était plus agile que moi et il mettait en pratique son expérience dans les Marines. Je peinais à respecter le rythme qu'il m'imposait mais je parvins sous les buissons avant lui.
Je le savais ; personne ne se souciait de cette ouverture. La croyant inaccessible, beaucoup la laissent ouverte pour l'évacuation de la condensation de la chaudière et des machines à laver. Elle donnait au niveau du plafond de la cave. Je la poussais vers l'intérieur, elle s'ouvrit en battant, les gonds solidement fixés sur le haut.
- « J'y vais en premier pour une reconnaissance. Attends-moi là. » lui demandais-je.
- « Ok, prudence !
- Toujours. »
Je me glissais tel un serpent à travers l'ouverture, la tête en avant, les mains prêtes à amortir ma chute. Elliot me maintenait fermement par les jambes et me lâchais petit à petit. Lorsque je touchais le sol, je me reçus en poirier, puis silencieusement, en demi roue, je me repositionnai accroupie contre le mur. A l'affût du moindre bruit extérieur ou de la moindre réaction, je tendais l'oreille comme une antenne satellite. Il me fallait quelques secondes pour m'habituer à l'obscurité. Je discernais les étagères en bois remplis de cartons, d'outils et d'étoffes. Sur le côté droit, un stère de bûches était rangée dans un box près de la chaudière en pleine activité, en face de moi, à 2mètres, des marches rudimentaires devaient mener à l'étage. Et derrière, je vis un mouvement, à peine perceptible, une fine vibration.
Je sortis mon arme et m'approchai lentement du point d'origine. Je me cachais tour à tour derrière des meubles, des caisses, puis des coffres de rangement. Sous la cage d'escaliers, il y avait un vieux matelas décousu et défraîchi. Une forme allongée était couchée par-dessus… Je pouvais la reconnaître entre mille : c'était Alex.
Elle était enchaînée, les mains par-dessus la tête, aux barreaux du lit. Un sac de toile lui recouvrait la totalité de son visage. Ses vêtements étaient dans un sale état, crasseux et déchirés.
- Alex ! » lui soufflai-je. Je m'assis sur le bord du lit, elle tressaillit. « Alex, chuut, c'est moi. » Je posai mon arme sur le côté, au sol. Elle tenta de se relever. « Ne bouge pas. Attends, je vais te détacher. » Je pris une des clefs de mon passe-partout et l'insérai dans la serrure des menottes. Je calfeutrai le grincement des crans métalliques. Elle était enfin libre. Je retirai son horrible cagoule.
- « Olivia ? Ooh Olivia ! » Et elle se mit à pleurer. Elle posa sa tête sur mon épaule et m'encercla de ses bras.
- « Chuut Alex … C'est tout … Je suis là … Je sais c'est difficile, … Chhhhh … un dernier effort. Essaie de te contenir … Essaie, mon coeur. » Je la pris dans mes bras et la serra très fort, soulagée qu'elle était en vie, rassurée d'être arrivée à temps. Elle était secouée de tremblements et tentait de toutes ses forces de se retenir. « Ca va aller maintenant, ça va aller … » Je la réconfortai comme je pouvais, je la frottai énergiquement dans le dos de la paume de mes mains. « Il ne te fera plus de mal … C'est fini ! » Je l'embrassai sur le haut de son front, sur ses tempes… je pris son visage dans mes mains, je l'embrassai sur les joues, je ne pouvais plus m'arrêter. Je massai sa nuque, caressai ses bras, ses cheveux défaits et poussiéreux. Sur sa figure, elle avait des égratignures, des bleus, du sang séché. Ses larmes dessinaient de longues traînées noires. Elle me serrait de plus en plus fort. « Il t'a fait du mal, Alex ? Il t'a touchée ? ». Elle secoua négativement la tête, renifla puis répondit :
- « Il a essayé … mais … je me suis débattue … il n'a pas pu … il m'a frappée en représailles….…. » me dit-elle entre deux crises de larmes. Puis en lisant l'émotion sur mon visage, elle ajouta « Je n'ai rien, juste des éraflures … ne t'inquiète pas … il n'a rien retenté, je lui ai fait mal aussi … dans ses parties ». Je ne pus m'empêcher de sourire, fière d'elle, C'est ma copine, me dis-je intérieurement.
- « Alex Cabot est une coriace ! On ne s'y frotte pas si facilement … », lui rétorquais-je pour l'encourager. Puis je repris mon arme, la plaçai dans mon holster, à l'épaule « Elliot est dehors, tu vas le rejoindre et te mettre à l'abri. Tu es en sécurité maintenant … » Je la menais vers la tablette de la fenêtre. « Elliot ? Elliot !
- Ouih ?
- Alex est avec moi, aide-la à monter.
- Formidable, amène-la moi… »
Je soulevais la jeune avocate par la taille, le bonheur de la savoir enfin en sécurité allégeait ma tâche. Elle s'agrippa aux châssis et tirait sur ses bras. Je la poussai, la portai par les cuisses, puis les mollets et enfin les pieds. Elle disparut complètement.
- « Ramène-la Elliot, soyez prudent !
- Olivia, n'avance pas sans moi ! Reste où tu es, je fais vite !!
- Dépêche ! ». Et je l'attendis.
Quelques minutes plus tard, je vis les semelles d'Elliot surgir du soupirail. Je l'aidais à prendre appui et je guidais ses pieds. Lorsque nous fûmes à même hauteur, il m'annonça :
- « L'équipe est sur le qui vive. Le Boss est hors de lui. Tiens … », il me tendit un micro que je piquai dans le revers de mon col et une oreillette que je positionnai dans mon oreille droite. « 'Testing … 1… 2… Test. Tu entends quelque chose ?
- Je t'entends toi, pas l'extérieur…
- Fait chier … Pas le temps de leur ramener leurs gadgets pourris ! Tant pis. J'espère que vous nous entendez dehors… Nous on ne reçoit rien. On y va quand même.
'Code rouge' est le signal pour qu'ils assaillent. La fenêtre du 1er, dans la pièce arrière est calfeutrée par du journal. Les détecteurs ont perçu une petite source de chaleur, ça pourrait être Julia. Ils ne sont pas sûrs, car il en a une autre à côté de lui, dans le salon… Voilà pourquoi ils nous laissent agir, maintenant que nous sommes déjà dans la maison.
- OK. Tu t'occupes de vérifier si c'est Julia et de la sortir de là. Moi je me charge de lui, ou de faire diversion si ça se corse….
- Olivia, ne fais pas l'idiote !
- Ne t'inquiète pas !! »
Sur ces derniers mots, nous nous armions de nos pistolets, nous avancions lentement sur le côté des marches et pas feutrés pour éviter de les faire grincer. Gracieusement, comme des chats, nous nous mouvions jusqu'à la porte que nous ouvrions lentement en la soulevant afin d'éviter de faire crisser les gonds.
La disposition de ces maisons typiques des quartiers standards, à Brooklyn, n'avait pas de secret pour moi. C'était comme si je ne les avais jamais quittées.
En sortant de la cave, dos au mur, nous débouchions dans un long couloir. A droite, au fond, il menait, droit devant, au hall d'entrée, puis encore à droite aux escaliers de l'étage et à main gauche une porte s'ouvrait sur le salon.
De l'autre côté du couloir, une deuxième porte donnait vers la cuisine qui, si je ne me trompais pas, communiquait également avec le salon.
Nous nous glissions par l'entrebaillement, un à un, puis dans le couloir, nous nous séparions. Elliot vira sur la droite et se colla au mur. Il défit ses chaussures, et à chaussettes, il monta les escaliers avec prudence, tandis que je longeais les murs à gauche, jusqu'à la cuisine.
Il restait encore Julia dans la maison à délivrer. Nous ne pouvions pas traîner. J'étais transportée, des ailes me poussaient dans le dos et tout me semblait plus léger. Je me sentais invincible et je savais que nous allions enfin conclure cette délicate affaire.
Je me concentrai davantage pour ne commettre aucun imper. J'entendais le souffle contrôlé d'Elliot qui grimpait les marches. Il fallait qu'il fasse vite et bien, sans que nous nous fassions repérer. Accroupie et avançant silencieusement centimètre par centimètre, j'allais franchir la porte lorsque je perçus le déclic d'un chien qu'on arme pour amorcer la rotation d'un barillet chargé de balles. Je sentis immédiatement le contact froid du canon sur le sommet de mon crâne :
- « Un mouvement et je te fais exploser ta putain de cervelle ! »
Je posai délicatement mon arme au sol, levai doucement mes bras et me retournai lentement vers William B Hatcher.
- « Lève-toi … Tu n'as pas pu t'empêcher de fourrer ta petite gueule de fouine où tu ne pouvais pas, hein ? » Il me fit passer devant lui et me poussa vers le salon. « Entre, fais comme chez toi ! ».
J'entendis la respiration d'Elliot s'arrêter. Il comprenait ce qu'il se passait et je le soupçonnais d'être pris dans un dilemme : venir à mon secours ou vérifier où était Julia.
- « C'est un magnifique Labrador … Allez viens mon mignon… » Je tendis la main vers le chien qui descendait du canapé. D'un son répétitif, en claquant ma langue contre mon palais, j'appelais l'animal.
- « Compris 5/5 », me répondit Elliot dans l'oreille « Olivia, je mets Julia à l'abri et ne… »Je ne pus entendre la suite, car je reçus, sans attendre, un formidable coup du revers de la main du maître.
Je me rattrapai comme je pus à l'accoudoir du fauteuil et tentai de rester debout. De ma main droite, je me massai le menton et la joue gauche. Je devais détourner son attention et laisser à Elliot et Julia tout le temps dont ils avaient besoin pour s'échapper.
- « T'es bouchée ? Tu le fais exprès ?? Tu causes pas, tu bouges pas sans mon ordre ! Alors ? Vous êtes combien dehors ?? »
Je ne savais que répondre … devais-je bluffer … dire la vérité … Que savait-il exactement ?
- « Toute l'équipe. Vous êtes cerné ! ».
Il se concentra, le regard vide mais toujours tendu.
- « T'es pas maligne ! Tu penses sérieusement que je ne me suis pas renseigné sur toi ??? Tu me prends pour un con ?! Je sais que t'es virée ! J'ai lu ton dossier d'évaluation ! Tête brûlée … ne respecte pas les autorités supérieures … excès de zèle … trop impliquée… Alors comme ça, tu es la fille d'un violeur et d'une alcoolique … Quel beau résultat ! A te regarder, ils doivent sûrement être fiers de toi : tu es à leur image.
- Je te défends de … » J'avançai d'un pas.
- « Ne bouge pas ou je t'abats comme un chien !
- Liv, ne l'écoute pas ! Liv', tu m'entends ? Pense à autre chose, ce salopard ne sait rien sur toi… Rien ! Il dit n'importe quoi … il veut juste te provoquer » Elliot essayait de me tempérer. Je luttais pour ne pas lui foncer dedans, je pensais à Alex en sécurité, à Julia qu'on devait encore évacuer. Je fermais les yeux et je respirais profondément pour me calmer les nerfs.
- « Tu es venue seule, hein ? … Pour tirer à toi toute la couverture et retrouver ton poste … Ton orgueil en a pris un coup … hein ? Quelle raclée que je t'ai mise !! Ha ha ha ! Ils ne t'auraient pas envoyée toi ! … et seule !, ici !, s'il y avait toute une équipe dehors ! Surtout pas toi : tu es si instable. »
Je saisis l'opportunité pour le laisser continuer dans son délire. Elliot aurait d'autant plus de chance et de temps pour libérer Julia.
- « J'ai encore un compte personnel à régler, oui. » lui répondis-je, droit dans les yeux, le visage fermé. Puis, dans l'oreillette, j'entendis mon partenaire :
- « Julia ? chhhh … C'est moi, Elliot. Tu te rappelles ? … Bien … Ecoute, on va te sortir de là d'accord ? Viens, grimpe sur mon dos … lààà … doucement, il ne faut pas faire de bruit, d'accord ? Bien …
Ok les gars, j'ai Julia. Je passe par la petite chambre de gauche, soyez là, de l'autre côté pour la réceptionner… » J'écoutais Elliot qui marchait à pas lents et sûrs, puis le bruit d'une fenêtre qu'on coulissait prudemment vers le haut.
- « Enfin, je suppose que tu n'es pas si stupide que ça … et que d'une façon ou d'une autre tu as dû leur laisser une note…
- Voilà ma puce, ces messieurs sont de la police, n'aie pas peur … ils vont t'emmener là-bas. Voilà … A tout à l'heure…
Non, rien … Oui, entre nous…
…
Quoi ? … Mais putain, vous pouviez pas la retenir ??
…
C'est pas votre boulot, pas votre boulot !! Qu'est-ce qui l'est ???
Olivia ! Alex est retournée dans la maison !!! » Mon sang se glaça. Alex ! Mais qu'est-ce qui lui a pris !!
- … Ils ne vont pas tarder… Il est donc temps pour moi de disparaître… Je souhaiterais quand même savoir comment tu as fait pour me retrouver avant eux. Tu n'as pu compter que sur la chance, je suis bien trop intelligent… J'ai été très prudent … je n'ai laissé aucune trace … aucune empreinte … j'ai bien tout étudié et analysé … je …
- Excuse-moi ? » Je revenais dans son monologue. « Je ne t'ai pas écouté, c'était si peu intéressant que j'ai du m'endormir les yeux ouverts … tu disais ? » lui rétorquais-je d'un ton détaché.
L'éclair de haine recouvrit en une seconde ses yeux. Son regard s'obscurcit et il contracta ses mâchoires, je pouvais le voir à ses muscles qu'il se raidissait.
- « Jamais personne ne m'a manqué de respect sans en payer les frais !! J'ai assez perdu de temps avec toi … Tu sais ce que je vais faire de ta copine ??? Tu veux le savoir avant de mourir ??? Je vais d'abord découper ce qui lui reste de vêtements avec un couteau … lambeau par lambeau. » Il grimaça un sourire sadique comme s'il voyait sous ses yeux la scène qu'il comptait jouer. « Bien sûr, elle sera attachée au lit, pieds et poings liés ! Elle aura tout le loisir de sentir la lame froide du couteau glisser sur sa peau. Je suis sûr qu'elle sera parcourue de frissons … de plaisir. Ca se voit à son regard qu'elle adore ce genre de jeux.
- Tais-toi ! … Arrête … Je te bousille si … » Je m'approchais de lui, les mains en avant, prête à lui bondir à la gorge.
- « Tu as raison, … j'ai assez joué avec toi … je vais en finir une bonne fois pour toutes, je transmettrai tes dernières pensées à Alexandra. » Il leva son arme vers ma tête quand, surgit derrière moi, un cri :
- « Non ! » C'était Alex. Elle tenait, dans ses mains tremblantes, mon glock que j'avais laissé dans le couloir. « Lâchez votre arme ou je tire ». Son visage était crispé et assailli de doutes. Son regard hésitant allait de William à moi, de moi à William. Tenir cette arme était presque au dessus de ses forces, des perles de sueurs se mêlaient à ses larmes. Je savais qu'elle menait une lutte intérieure pour avoir le courage de presser sur la détente.
Et William le sut aussi. Il dirigea son Smith & Wesson vers Alex, prêt à tirer, mais je m'interposais entre eux.
- « C'est moi que tu veux descendre en premier ! » Je collais mon front à son canon. « Alors vas-y tire ! De toute façon, tu comptais le faire… Maintenant ou plus tard. TIRE !
- Non Olivia, recule-toi de là ! » me criait Alex.
Je pouvais lire à l'instant la confusion dans le regard du bâtard. Je saisis ma chance et me précipitai sur son arme. Je l'agrippai des deux mains et tentai de défaire ses doigts de la crosse. Une bataille au corps à corps s'en suivit. Il résistait. Je baissai le revolver vers le sol tandis que lui tentait de le diriger vers moi. Je pouvais sentir son haleine acide sur mon visage. Il transpirait abondamment, il était moite et collant. Nos prises étaient serrées et aucun des deux ne voulaient céder. C'était une lutte de survie.
Je n'entendais plus les cris d'Alex. J'étais concentrée sur le fait de sauver nos deux vies et surtout la sienne.
- « Alex … va-t-en ! ».
Puis une déflagration sourde interrompit brusquement le chaos de nos mouvements. Je reculais, le 9mm en main, titubant puis m'écroulant.
Alex hurla et s'accroupit à ma hauteur. J'entendis Elliot crier :
- « Police de New York ! Couché, connard ! Couché ! Les bras et les jambes écartés. Police… » Elliot s'approchait « Putain Olivia … Olivia ! » Je le regardais sans comprendre son inquiétude. « Officier à terre ! Envoyez tout de suite une équipe ! Officier à terre … Tiens bon Olivia ! ».
Je me relevai doucement, pour voir ce qu'il faisait… Une douleur déchirante me stoppa net, la tête me tournait, je regardai mon abdomen, mes mains sur mon ventre … un flot de sang transperça mon pull et s'étala sur toute la surface de la laine. Je ne comprenais toujours pas. J'interrogeai du regard Elliot qui menottait le suspect, je levai les yeux vers Alex qui pleurait.
Elle me prit la tête et la posa sur ses genoux, me caressait paisiblement les cheveux. « Ca va aller … hein ? Ca va aller …
- Je ne … sens … rien, Alex … T'inquiète pas … C'est … rrrrien.
- Mais qu'est-ce qu'ils foutent, bon sang ! » pesta mon partenaire. « Maniez-vous, la maison est claire ! Tout est sous contrôle ! Suspect maîtrisé… Vous avez le droit de garder le silence … … avocat … contre vous … » Elliot lui lisait ses droits. Petit à petit, je ne perçus que des brides de mots, tout se bousculait dans ma tête. Je n'éprouvais plus de sensation, tout me semblait cotonneux, léger … j'avais l'impression de flotter dans l'air …
- « Alex … Alex …
- Calme toi, Olivia, ne dis rien … Non, ne ferme pas les yeux …
- Fatiguée … si fatiguée … je …
- Chhh … résiste … » me dit-elle entre deux sanglots « Reste avec moi … ne me quitte pas !
- Je dois te dire … je dois te dire quelque chose … » soufflai-je dans un dernier effort.
- Plus tard, économise tes forces, lutte …
- Non … non ! Maintenant … pas trop tard !
- Oliv' » je l'interrompis en posant mes doigts ensanglantés sur sa bouche. Puis je pris sa joue dans ma main. Je la caressai doucement.
- « Ecoute moi… Ecoute … il faut que tu saches … » Ma salive avait un goût de métal, de rouille. Je n'arrivais plus à déglutir et je sentis un filet s'échapper du coin de ma bouche. L'obscurité commençait à gagner la pièce, je ne voyais déjà plus Elliot, le visage de mon amie se dissipait de plus en plus. Les yeux d'Alex s'agrandir et elle paniqua :
- « Oh Olivia … s'il te plait … Ne me laisse pas … tiens bon … tiens bon ! » me dit-elle en me serrant plus fort.
- « Je t'aime Alex ».
