Epilogue 2/3 [Comment sont-ils arrivés cette maison ?
A la fin du chapitre 11 et avant le chapitre 12, 63 heures se sont écoulées. 63 heures d'enquêtes, de regroupement d'informations, de corrélations, d'instincts mais aussi, il faut l'avouer … de chance. Mais dans ces circonstances, avec tant d'expériences … Pouvons-nous encore appeler cela de la chance ? Sachant que chaque métier développe les capacités, des aptitudes bien précises chez les uns et les autres pour se perfectionner… Le professeur ne voit-il pas, le dos tourné, l'élève prêt à lui lancer une boulette de papier ? Ne reconnaît-il pas les yeux fermés la voix de l'élève qui a murmuré et n'entend-il distinctement pas ce qu'il a soufflé à 5m ? Une infirmière ne sent-elle pas qu'un patient va rendre son dernier souffle ? Ne reconnaît-elle pas les tourments du corps et de l'âme ? Un maître nageur n'anticipe-t-il pas souvent une noyade ou une situation de danger ?
J'aime croire que les policiers ont du flair par instinct, mais qu'ils apprennent à éveiller leur sens d'observation, d'écoute, d'attention, à détecter des indices, des vibrations, des odeurs que nous serions incapables de percevoir sans pratique, sans expérience, sans « habitude ». Le milieu dans lequel nous évoluons nous influence, nous transforme, nous rend ce que nous sommes.
Aucune identification semblable à la description qu'avait faite Julia ne ressortait de cette fichue machine super méga perfectionnée qui faisait sa fierté. John, à nouveau, pesta. Stupide ordinateur.
Pourtant, dans de nombreuses affaires, PIN avait réussi à corréler plusieurs informations et à déterminer sans détour l'implication de multiples suspects.
C'était une question de temps et le temps, justement, leur manquait ! Il s'énerva de plus en plus. Avions-nous encore du temps ?
Les parents de Julia étaient arrivés dans la soirée. Le Capitaine, secondé de George Huang, leur avait annoncé qu'en plus de sa disparition 3 ans plus tôt, leur fillette avait été enlevée une seconde fois, il y a quelques semaines, séquestrée, violée et laissée pour morte… Et qu'à cela s'ajoutait, malheureusement – encore - l'acharnement du criminel. Sous surveillance, il avait réussi à la kidnapper à nouveau.
De plus, ils n'avaient aucune piste … enfin si des miettes d'indices.
Les Eastman avaient été installés dans une des salles d'interrogatoire, avec leur valise. On leur avait servi des boissons et des plats chauds. Ils n'avaient touché à rien, dévastés, prostrés par la nouvelle. Les deux parents pleuraient dans les bras l'un de l'autre accablés au fur et à mesure des informations qui leur étaient transmises. Le petit frère, Harry, lui, ne comprenait pas grand-chose, il se tenait immobile sur sa chaise, se balançant d'avant en arrière… On pouvait les voir physiquement écrasés par le poids de ces malheurs que traversait leur fille aînée.
- « C'est quand même démentiel … avec ces écoutes, ces espions, la CIA, le FBI, la DEA et tout ce que je ne soupçonne même pas, nous ne trouvons rien !
- Comme tu le dis, man… Le néant total ! … Qui fait quelle taille !?
- Et ces vidéos-surveillances qui n'ont quasi rien filmé… On est envahi de ces caméras et … » John leva la tête, regarda vers les quatre coins de la salle… « Mais pourquoi je les ai pas vues plus tôt…
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? » lui demanda Fin.
- « Ca » et il lui pointa la petite caméra dans le coin supérieur au dessus de la porte d'entrée. Une petite lumière rouge clignotait régulièrement à chaque mouvement. « Nous aussi nous sommes surveillés depuis le 11 septembre.
- Que veux-tu que ça t'apporte ?
- Déjà la taupe … Ce n'est pas quelqu'un du service, j'en mettrais ma main à couper !
- Donc, l'suffit de visionner et d'repérer tous les externes ! Je vais chez Rueben.
- Rueben ?
- Ruben Morales. Tu connaissais pas son prénom ?
- Non ».
Fin quitta les bureaux au pas de course et se dirigea vers les ascenseurs.
Olivia venait d'arriver, accompagnée d'Elliot. Elle avait une sale tête. John se pencha un peu plus sur sa chaise, se balança pour avoir une meilleure vue de ce qui se passait dans le corridor. Huang leur parlait.
Puis ils se séparèrent, Olivia suivant le profiler et Elliot le rejoignant.
- « Tu as quelque chose ?
- Rien pour le moment ». Il ne voulait pas lui donner de faux espoirs. « Comment va-t-elle ? » Fit-il en hochant dans la direction qu'avaient prise les deux autres agents.
- Je crois qu'on va enfin la retrouver… même si elle est au plus bas. » Elliot Stabler s'assit « Mais putain, elle vient de loin !
- Je vois ça. Pourtant on était là …
- Ouais. » Il posa sa tête sur ses mains. « Le Cap' ?
- Dans son bureau, il a le maire au téléphone.
- Pas bon signe… Je vais chercher un truc à bouffer, je te ramène quelque chose ?
- Oui s'il te plait. Après rejoins-moi au 6ème.
- Vous avez capté un truc sur la vidéo surveillance ??
- Je ne sais pas. Mais on ne sera pas de trop pour les visionner.
- Les Eastman ?
- On leur a réservé une chambre à l'hôtel, on les y emmène dans quelques minutes. »
Elliot raccompagna Olivia chez elle. Ils avaient besoin tous les deux de repos après ce qu'ils venaient tous les deux de traverser.
Même si Olivia n'y prêtait, pour le moment, aucune attention, elle devait une fière chandelle à son coéquipier. Il prenait tout sur ses épaules. Il continuait malgré tout à la couvrir, à la protéger et à être présent. Il s'inquiétait beaucoup pour elle. Même après qu'il ait démissionné auprès d'elle – alors que cela lui en coûtait déjà beaucoup - il la surveillait du coin de l'œil…
John Munch les regarda partir comme ils étaient arrivés quatre heures plus tôt. Il se tourna vers ses collègues :
- « Les gars, je pense qu'aucun de nous peut faire plus que nous avons déjà fait… je suggère que nous fassions pareil et que nous récupérions quelques heures de sommeil.
- Je téléphone à Morales pour lui conseiller de faire de même. » proposa Jeffries. « Il doit avoir les yeux exorbités dans cette pièce sombre à visionner toutes ces séquences… Ca lui fera le plus grand bien.
- Bien, je vous retrouve tous ici à midi. S'il y a du nouveau, je vous appelle. » suggéra le Capitaine.
Ils rentrèrent tous chez eux.
Toute la journée n'avait été que visionnage et repérage. Ils se relayaient par équipe de deux pour passer au crible chaque copie. Pour plus de sécurité, ils avaient élargi leurs recherches au tout début de l'affaire, soit à plus de 3 semaines.
Des tonnes de méga bites de vidéos défilant sous leurs yeux, des heures enfermés devant des petits écrans à regarder des films de mauvaises qualités, à agrandir, à pauser, à accélérer, à rembobiner, Fin, Elliot, Monique et Rueben n'en purent plus… Morales lui dit :
- « On sort, Munch, on a besoin d'air.
- Ok … Ok … Pas de soucis. »
Ils refermèrent la porte derrière eux et John pouvait les entendre s'étirer.
Je ne sors pas d'ici tant que je ne LE trouve pas, pensa-t-il.
- « Mais comment fait-il pour rester là-dedans… » questionna Jeffries.
- « C'est pas comme s'il était tombé dedans quand il était petit. » répondit Fin « Mais c'est tout comme ! Tu devrais voir la collection qu'il possède chez lui … Je suis sûr que Chris Carter s'est inspiré de John pour créer le perso de Mulder !
- Tu regardais ce truc, toi ?
- Bah oui. Qui ne connaissait pas ? » Ils rirent.
- « Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai la dalle là. Je vous propose un repas sur le pouce » suggéra Elliot. « il est 20h passé, il nous reste bien 3 disques durs à filtrer. Ca serait bien qu'on le fasse le ventre plein. Un chinois ?
- Parfait. »
Une nuit et une matinée s'étaient encore écoulées depuis.
L'après midi, vers 14h, tous les intéressés s'étaient regroupés autour de Munch, qui trépignait d'impatience et demandait le silence.
- « Je pense avoir trouvé quelque chose … Mais ça ne va plaire. » Et il se tourna vers le Capitaine.
- « Qu'est-ce que c'est ?
- Tu as trouvé la taupe ? » demanda Fin.
- « Oui, j'ai une petite idée … Mais je ne crois pas me tromper. Son comportement est anormal, ses fréquentes visites sont suspectes et ses détours … totalement fouineuses !
- Qui c'est John ? » ordonna Cragen « Qui est cette pourriture ? »
John alluma les écrans, lança le Média Playeur et agrandit l'image :
- « Lui ! »
En grand sur les écrans s'affichait le visage du Lieutenant Allen James. L'audience était abasourdie. Un supérieur !
- « Tu es sûr et certain ? » interrogea le Capitaine, les sourcils froncés.
- « Affirmatif », répondit-il « Je n'ai vu personne venir aussi souvent, en aussi peu de temps, dans nos bureaux et qui n'avait pas sa place.
Morales a fait un montage de tous ses allées venues… Vous vous rendrez compte par vous-même qu'il n'est pas net !! Lance-le, Rueben » dit-il en faisant un clin d'œil à Fin qui lui sourit en retour.
Et sous les yeux ébahis des officiers de la Division, le Lieutenant Allen James allait et venait impunément, posait des questions aux différents agents. Il ne se gênait même pas pour se pencher sur les bureaux et pousser discrètement sur le côté, des dossiers, des feuilles, des fichiers…
- « Qu'est-ce qu'il se passe ici ? » demanda Olivia qui venait d'entrer. « Je suis désolée, Capitaine, mais je ne veux rester chez moi !
- Tu as bien fait. On vient de trouver notre taupe. »
Olivia s'approcha de l'attroupement et regarda l'écran d'où défilait une suite d'images et de séquences.
- « Mais … Mais …
- Oui c'est James. Ce salau…
- Non ! » Elle s'avança, pointa du doigt « Arrête l'enregistrement, John ! Reviens en arrière … Là ! Stop ! C'est lui ! C'est LUI ! Il était ici ! » s'écria-t-elle. Elliot s'approcha :
- « Quoi ?
Olivia n'en croyait pas ses yeux, elle était comme paralysée. Tout ce temps … là.
- « C'est LUI ! L'ONCLE BILL ! Là à côté du Lieutenant et du Capitaine.
- Non de D… Morales agrandit ! » ordonna Cragen.
L'informaticien ne se le fit pas répéter deux fois et s'exécuta. Huang lui conseilla :
- « Cible son nom en dessous de … On reconnaît ton sigle Olivia : « SMC ».
- Il était dans nos murs ! C'est nous qui lui avons donné l'info. » Jeffries s'assit dégoûtée par la nouvelle. « Il a fait partie du décor… On n'a rien remarqué. » Cragen reprit :
- « Ne perdons pas de temps. Munch, Fin, relevez les factures de téléphone entre la maison et le 'Daily', je veux une preuve supplémentaire et irréfutable. Allez voir Novak pour le mandat.
Morales, tu me scelles les disques. Tu fais tout suivant le protocole !
Stabler, Jeffries et … » il se tourna vers Olivia « Benson, vous allez immédiatement chez Service Master Clean me retrouver les infos sur ce gars. »
Monique fit une photocopie de son portrait, la prit et la scruta attentivement. Elle regarda ses coéquipiers et hocha vigoureusement la tête :
- « Allons attraper ce salopard ! »
