J'avais soif, atrocement soif. Ma gorge me brûlait à chaque déglutition. Mes souvenirs étaient flous, seule la violence en était encore intacte.

J'étais scotché à ce mur comme un garde-manger, que des fourmis géantes auraient englué dans leur bave. Tout s'était passé si vite que c'était affreusement confus dans mon esprit.

Mais le décor cauchemardesque dressé devant moi était là pour me rappeler la réalité. Combien étaient morts ? Combien vivaient encore ? Et pourquoi étais-je toujours en vie ? Ces choses reviendraient-elles pour me dévorer ?

Je parvins à faire bouger une main après quelques efforts. Mais j'étais trop épuisé pour en faire davantage. Cette matière résineuse qui me maintenait collé au mur était bien plus solide qu'elle n'y paraissait.

Je fermai les yeux, préférant ne plus rien voir d'autre. Le sommeil viendrait peut-être abréger mes souffrances.

Un souffle sourd me fit sursauter. Une de ces créatures passait devant moi, sans m'accorder la moindre attention. Elle savait que j'étais là pourtant. Son corps sombre et squelettique se mêlait parfaitement avec le milieu ambiant. Une sorte de ruche d'insecte. Peut être servirais-je à nourrir leur vorace progéniture. Elles m'injecteraient du venin pour me liquéfier ou me paralyser, me forçant à rester tranquille quand on viendrait me dévorer vivant.

Une dernière fois, je tentai vainement de me libérer. Impossible de faire le moindre mouvement.

La mémoire me revenait maintenant, ces choses étaient tombées du ciel. J'en avais vu une s'écraser à quelques mètres de moi, enflammée malgré la pluie. Son cadavre fumant portait contre lui un énorme œuf. J'avais perçu un mouvement à l'intérieur, et tout s'était brouillé dans ma tête. La sensation de mourir étouffé, c'est tout ce que j'en avais gardé.

Une cuisante douleur s'éveilla soudain dans mon torse. Je souffrais de ne pouvoir me labourer la chair à coups d'ongles. Que tout s'arrête ! Je ne pouvais plus en subir davantage ! Quelle affreuse maladie m'avait transmis ces créatures !? Etait-ce le processus de liquéfaction qui commençait ? J'avais l'impression qu'on avait versé de l'acide au creux de mes chairs.

Du sang ruissela doucement jusqu'à mes yeux et mes narines. On m'avait accroché la tête en bas ?!

Des sursauts incontrôlables. Cette atroce douleur brûlant mes entrailles. Je… pourquoi si vite … ?

La ville avait été désertée. Des débris jonchaient le sol, ainsi que des objets inhabituels – comme une fourchette -, abandonnés lors de la fuite des habitants. Mais avaient ils réellement pu fuir ?

J'avais pu jusqu'alors éviter toute rencontre avec des Achériens grâce à mon détecteur de mouvements longue distance. Mais devant moi se tenait une ouverture qui me rappelait étrangement le vaisseau extra terrestre trouvé sur Achéron. Ce devait forcément être le nid de ces choses, et j'aurais de grandes difficultés à les repérer dans ce milieu adapté à les camoufler, si elles restaient immobiles.

Le temps pressait, je pénétrai dans la gueule de ce monstre géant, fabriqué à l'image de ces monstres. Difficile de penser anéantir des créatures quand on s'imaginait se déplaçant dans l'estomac de l'une d'elles.

J'arrivai dans une salle plus vaste où des cadavres, le thorax défoncé, se décomposaient lentement, suspendus aux murs dans diverses positions. L'un d'eux me fit particulièrement pitié, la tête vers le bas, figé dans une grimace de douleur, son visage était recouvert du sang séché qui avait jaillit quand le jeune monstre s'était frayé un chemin à travers ses os et sa chair.

Les parois se mirent soudain en mouvements. Non, il s'agissait d'Achériens, trois pour être précis, si biens dissimulés qu'ils avaient été invisibles à mes yeux.

Une rafale en cloua deux au sol avant qu'ils n'aient pu réellement m'attaquer. Le troisième me plaqua au sol avant que je ne puisse le viser. Ses mains me tenaient fermement la tête, lentement il approchait sa mâchoire tout en poussant son sifflement rauque. Une simple pression sur la gâchette de mon arme bloquée entre nos deux corps, et ses boyaux me coulèrent dessus, m'enfonçant légèrement dans le sol qui fondait au contact de l'acide. Je n'éprouvais que de légers picotements, ces modifications génétiques avaient du bon finalement. Mais ils auraient pu penser à des vêtements résistants. Personne n'était là pour me voir à moitié nu heureusement.

Les créatures semblaient garder un des couloirs de la ruche Achérienne. Une chance que cela mène à la chambre de la mère pondeuse de ces choses.

Le nombre de cadavre augmentait à mesure que je progressais dans ces tuyaux organiques. J'allais peut être arriver bientôt dans un estomac géant pour y être digéré. Ma tête commençait à me picoter. C'était ça qu'ils auraient du améliorer, avoir mal de tête en pareil situation était plutôt comique.

Un œuf, puis deux. Je me dirigeais donc bien dans la bonne direction. En quelques jours, cette créature avait déjà bien travaillé. Je n'avais rencontré aucun autre Achérien sur le chemin. Étrange, la reine aurait du nécessiter plus de protection que ça. Peut être avait-elle quitté les lieux pour infester une autre ville pleine de nouvelles proies, auquel cas je perdais mon temps.

J'arrivais dans une vaste salle au sol recouvert d'œufs. Mes pieds s'engluaient dans une sorte de gelée visqueuse recouvrant tout ici. Un pondeur remua dans son récipient organique, près de moi, puis redevint immobile.

Un fulgurant mal de tête me vrilla soudain le cerveau. Lâchant mon arme, je pressai mon crâne entre mes mains, le visage déformé par la souffrance. En chutant à terre, je la vis, majestueusement sombre et délicate à la fois. Elle avait du se laisser tomber derrière moi.

Elle s'approcha furieuse, et ça s'empira, pour brusquement s'arrêter. Quel soulagement ! L'absence de douleur me semblait paradisiaque, mais elle laissa place à une autre sensation tout aussi agréable. Une plénitude absolue. Je voyais, je sentais, je goûtais chaque recoin de cette ruche. Je pouvais les toucher de mon esprit. Mais la masse d'information était si dense que cela m'apparaissait confusément et indistinctement. Mais tout était réel.

La reine pondeuse paraissait aussi désorientée que moi. Elle se cognait la tête contre le sol et les murs, effectuant des mouvements incohérents. Puis tout me sembla clair et d'une irréfutable évidence. Je ne voyais pas ces choses, mais les Achériens présents dans la ruche me les communiquaient, ou plutôt, je parvenais à les capter. Mais comment !? La télépathie ? N'était ce pas une absurdité bonne pour les histoires fantastiques ?

L'énorme créature face à moi commençait à se contrôler et avançait vers moi d'un pas maladroit mais déterminé. D'un coup de griffe, elle me réduirait en bouillie. La tuer. Je devais la tuer, vite !

Tout se passa rapidement. Le souffle coupé, j'assistai au meurtre de la reine par ses propres enfants, se jetant du plafond et des nombreux couloirs avec une incroyable sauvagerie. Les mâchoires s'abattaient et les queues fouettaient l'air saturé d'acide sur fond d'hurlements rauques. Puis quand elle cessa de bouger, l'ensemble des créatures se figea, attendant patiemment en inclinant légèrement leur tête vers moi.

Qu'étais-je donc devenu ? J'avais pensé si fort à la tuer, qu'ils l'avaient fait pour moi, avec une efficacité écoeurante. Je contrôlais donc ces choses !? Ces monstres tout juste bons à massacrer et se multiplier inlassablement. Mais comment … ? Sûrement l'œuvre des ces scientifiques inconscients. Que comptaient ils faire d'une arme aussi dévastatrice !? Ils ne me mêleraient pas à d'aussi odieux crimes !

J'ordonnais aux Achériens qui m'attendaient sagement, de déguerpir. Ce qu'ils firent aussitôt. Je pris le chemin du retour. J'allais rentrer à la base, et par n'importe quel moyen, j'abandonnerais tout ça. Je ne pouvais pas être davantage impliqué dans de tels projets. Ils voulaient juste me transformer en monstre pour que je contrôle ceux qu'ils avaient trouvés. Mais je ne serais plus leur jouet, cela devrait s'arrêter là.