Je fuyais à en perdre raison, bondissant d'arbre en arbre sans même surveiller mes arrières. La seule apparition de cette chose avait suffit à faire évaporer mon expérience de chasseur acquise au fil des âges. Plongé dans un tel état de frayeur, je me faisais honte, me dégoutais même !
Mais il fallait être réaliste. Nous étions impuissants face à cette créature, et mourir maintenant ne m'avancerait à rien. Bien sûr l'honneur guerrier était tout pour moi, mais périr sans même avoir pu infliger la plus petite blessure à mon adversaire, n'était-ce pas plus déshonorant ?
Surgissant de nulle part, cette chose avait traversé arbres et rochers tel un spectre, un fantôme. Mais il avait bien prise sur la matière, puisqu'il avait écharpé mes frères d'arme en quelques coups rapides et précis.
Je n'avais pas attendu sur place que la mort veuille bien me cueillir, et avais sauté sur une branche, comme le lâche répugnant que j'étais.
Qu'est-ce que cela pouvait bien être ? Un dieu venu tester notre valeur au combat ? Notre courage et cet honneur Yautja tant vanté ? Quelle image donnais-je de mon peuple ?!
Faisant volte-face, je sortis mes lames de poignet de leur fourreau métallique. Sifflant furieusement derrière moi, il ne m'avait pas lâché.
Puisqu'il se matérialisait en parti pour attaquer, je pouvais le blesser à ce moment là. Avoir cessé de fuir m'avait déjà fait regagner fierté et force pour le combat, j'étais prêt.
Plus que quelques mètres. Je lançai mon disque qui trancha la branche sur laquelle mon poursuivant allait atterrir. Celui-ci se rétablit in-extremis en s'accrochant à une autre d'entre elles. C'était ma chance, et je la saisis en entaillant profondément ses mains ainsi que la branche qui les supportait. Ainsi amputé, il chuta jusqu'au sol où il s'écrasa lourdement sur le dos. Ayant accompagné sa chute, mes griffes se plantèrent profondément dans ses côtes, avant qu'elles ne perdent consistance dans la fraction de seconde qui suivi. J'étais parvenu à le blesser, je bouillonnais d'une joie brûlante. Mais insensible à mes exploits, mon adversaire m'envoya sa queue, me propulsant contre un tronc dans un sinistre fracas d'os brisés.
Tentant d'oublier la cuisante douleur qui me parcourait, j'esquivai la créature qui avait bondit, toute griffes dehors. Mais je ne vis pas venir le coup de queue suivant, m'injectant son venin paralysant.
Pratiquement pétrifié, je maintenais la mâchoire ruisselante de bave loin de moi, de mes bras tremblants. Chacun de mes membres me paraissaient incroyablement lourds, et je ne pouvais maintenir cet effort plus longtemps. S'approchant au plus près, les dents monstrueuses s'apprêtèrent à plonger dans ma chaire, quand dans une gerbe de sang acide, sa tête fut fendue en deux. Appelant à mes dernières forces, je roulai sur le côté pour éviter les effusions corrosives de mon adversaire, vaincu.
Je jetai un regard à mon disque, correctement réceptionné dans ma main droite. Une chance que le crâne de la créature ait été sur la trajectoire lorsque je l'avais rappelé à moi. Ce dispositif ne m'avais jamais fait défaut, et devenait officiellement mon arme préférée. Mon seul regret était de n'avoir pu me faire un trophée de cet adversaire hors du commun, sa tête étant en piteux état.
Je ne pouvais déjà plus bouger, mais ce genre de venin n'agissait pas bien longtemps sur notre organisme des plus résistant, j'y avais déjà été confronté.
Un bruissement proche me glaça le sang. Je ne pouvais tourner la tête ! De petits piétinements précipités se rapprochèrent, et dans un éclair blanchâtre je reconnus un pondeur Kainde Amehda, avant qu'un voile noir s'impose à mon esprit.

Une espèce des plus intéressantes que j'avais trouvée là. Et dire que l'humanité ignorait son existence, alors qu'elle logeait dans sa propre galaxie. Intelligente, et plus évolués que mes concepteurs, ils s'étaient apparemment tournés vers une vie de chasse sportive. Le savoir que je tirais de leur esprit était singulier, mais des plus instructif. Mes fidèles créatures, qu'ils nommaient Kainde Amehda tenaient particulièrement une grande place dans leur culture.
J'avais envoyé nombre d'œufs Achériens à travers ma galaxie natale, la voie lactée. Mais je les avais légèrement améliorés de mes récentes découvertes, en les dotant notamment de la capacité d'intangibilité. J'imaginais déjà les dégâts que causerait une armée d'Achériens traversant murs et projectiles en tout genre. Les humains ne seraient pas prêts de m'arrêter maintenant que j'étais rentré. Au moins fallait-il qu'ils se rappellent de moi, puisque plusieurs siècles s'étaient écoulés.
Quand j'avais perçu l'attaque que menait une de mes nouvelles créatures contre un groupe de ces chasseurs, je n'avais pu résister à la tentation de prendre le contrôle total de l'Achérien pour mener le combat moi-même. Je tenais à en infester un par moi-même et être sûr du résultat.
Mais ce Yautja, comme ces êtres s'appelaient entre eux, avait montré d'incroyables ressources en me terrassant au dernier moment. Il n'en aurait pas été ainsi s'il s'était confronté à l'un de mes Achériens issu de dragon.
Mais à la fin du combat, son état était si pitoyable que le parasiter d'un de mes pondeur Achérien fut une simple formalité. Leur code génétique et leur savoir était mien maintenant.
Cette collecte d'ADN à travers la galaxie se révélait fructueuse. Mes expérimentations sur les trou-noirs me prenaient énormément de temps, et ce petit divertissement m'avait apaisé et permis de prendre du recul. Je tenais peut-être enfin la solution pour contrôler l'énergie considérable que libéraient ces étoiles en effondrement perpétuel. Ces Yautja m'apportaient également une aide, leurs sciences surclassait aisément celles des humains, même si je n'étais pas tombé sur le plus intellectuel de leur espèce.
Déjà, j'avais réduit à néant deux systèmes stellaires en créant de minis trou noirs. Ces boules de matières infiniment denses avaient un appétit certain. Heureusement la puissance de mon nouveau vaisseau m'avait permis de quitter la zone à temps à chaque fois. Le retour entre la galaxie des Iavoal et la mienne avait paru dérisoire comparé à la première fois. Quelques jours terriens tout au plus.
La prise en main de l'astronef avait été rapide. J'avais achevé sa croissance en puisant dans toutes les réserves d'énergie disponibles tournant autour de la planète gazeuse. Je ne m'étais pas attardé en territoire extralactien. Je préférais être prêt pour les affronter à nouveau, et la vie entièrement remodelée par les Iavoal me paraissait bien trop terne, exempte de cette imagination hors de contrôle, dont elle faisait preuve dans la voie lactée. Bien sûr leur technologie de création du vivant était d'une remarquable efficacité, mais tout était trop bien pesé, mesuré et prévu à l'avance. Aucune place pour la surprise.
Je ne savais encore réellement où cela me mènerait, ni pourquoi je faisais tant d'efforts. Etait-ce une quête de savoir ? Une revanche que je tenais à prendre ? Etait-ce une façon de me sentir vivre ou afin de me révolter une fois de plus contre mes géniteurs humains ?
Peut-être que tout ceci devait se produire, que c'était la résultante de la grande équation régissant tout évènement dans l'univers. La place que j'y prenais était peut-être insignifiante, mais j'allais bientôt savoir ce qu'elle avait prévu pour moi.