En orbite, je contemplais cette planète qui serait bientôt réduite à une tête d'épingle, suite à l'action d'un de mes trou-noirs. En restant très prudent, je commençais à pouvoir appliquer le résultat de mes recherches. Mais l'énergie déployée m'obligeait pour l'instant à déchaîner cette force contre rien de moins petit que des planètes.
L'ombre de mes deux vaisseaux glissait à sa surface, accompagnant les nuages dans leur lente progression. Aucune vie ne fleurissait sur ce pauvre caillou stérile, hormis quelques installations automatiques humaines d'extraction de minerais. Si je n'avais pas eu à effectuer tant de tests, j'aurais probablement essayé d'y implanter des formes de vie. Je préférais largement la création à la destruction, mais on m'y contraignait malheureusement. Je devais pour l'heure régler quelques besognes avant de pouvoir m'adonner à mon art favori qu'était le biologique. Complexe et logique à la fois, de vrais casse-têtes fascinants. Mes créateurs m'avaient au moins légué ce goût pour les expériences génétiques, à la différence qu'eux ne procédaient que par tâtonnements irréfléchis et hasardeux.
Leur histoire entière était parsemée de maladresses en tout genre, comme celle qui m'avait vu naître. Et la période où je m'étais absenté de la Voie Lactée n'y faisait pas exception, bien au contraire. Les archives du vaisseau que j'avais dernièrement acquis les retraçaient intégralement, avec son, image et hémoglobine. Leur cheminement titubant était si pitoyable, parfois dur à comprendre pour un œil externe. L'autodestruction était-elle leur principal plaisir ?

Après que je sois parti de leur galaxie, ils se concentrèrent d'abord sur le problème martien. Ils l'avaient en effet contaminée d'Achériens alors que j'étais encore leur sujet d'étude. Mais face à une puissance qui les dépassait de loin, tout ce qu'ils avaient pu faire, c'était empirer les choses.
La contamination achérienne s'étendit d'abord aux planètes du système solaire, puis à d'autres beaucoup plus lointaines.
D'autres expérimentations avaient été menées pour contrôler ces créatures, différemment de la première fois, mais se résumant à des échecs tout aussi cuisants.
Le sang se répandait largement, impliquant dans les conflits toute l'humanité. Cela ne manqua pas de faire naître de nouvelles hostilités entre planètes, des guerres intestines. N'étaient-ils pas de la même espèce après tout ! C'était comme s'attaquer à son propre organisme, de l'automutilation. Ces actes morbides me répugnaient.
L'éparpillement de leur colonies dans la galaxie et les mutations parfois de taille, dues aux radiations stellaires, amplifiaient les ressentiments que chacun pouvait avoir pour l'autre.
Les Yautja qui peuplaient bien plus largement la galaxie ne se montraient pas aussi puériles. Ils vivaient entre eux avec sagesse, tout en se consacrant à l'art de la guerre, et leurs seules altercations avec les humains furent des plus timides.
Voilà sur qui mes créateurs devraient prendre exemple. En suivant leur pas, peut-être pourraient-ils grandir. Mais à quoi bon garder espoir pour cette espèce désespérante !

Des siècles avaient passés ainsi, puis les Iavoals firent leur apparition. Ma rencontre dans leur galaxie les avait incités à faire tout ce chemin pour tenter de mettre la main sur la technologie de contrôle des Achériens. Malheureusement pour eux, les humains n'en disposaient pas puisque j'avais pris soin de tout emporter avec moi.
Les extralactiens en vinrent alors aux menaces et à l'autorité. Ils se disaient les créateurs de la vie dans la Voie Lactée. Tout y était artificiel et de main Iavoal. Pour simplifier les choses, ils voulaient bien se faire appeler Dieux.
Les humains avaient inévitablement refusé de telles origines. Qu'on ose toucher à leur croyance leur paraissait inconcevable. Ils avaient donc ouvert le feu sur le vaisseau extralactien, bien évidemment en vain.
Ne répliquant que mollement pour la forme, réduisant en poussières quelques vaisseaux de-ci de-là, les Iavoals prévinrent qu'à leur prochaine visite dans la galaxie, les humains devraient leur fournir mes plans de fabrication, sans quoi toute vie dans la Voie Lactée serait annihilée. A leur yeux, elle avait pris une mauvaise direction qu'il fallait corriger, nettoyer. Laissée ainsi trop longtemps à fermenter, la vie prenait des formes aberrantes, bien loin de la pureté à laquelle ils aspiraient.
Alors quand ils avaient eu vent de mon retour dans leur galaxie, les humains émirent ce vieux signal pour m'attirer. Il faut dire que je n'avais pas fait d'effort particulier pour rester discret. Faire disparaître des parties de l'espace grâce à mes trou-noirs, et envoyer ma nouvelle génération d'Achérien visiter les planètes avait du attirer leur attention.
En croyant pouvoir me piéger, ils m'avaient en réalité offert un magnifique vaisseau, qu'il m'avait fallu cependant débarrasser de tous les gadgets électroniques ineptes dont ils l'avaient rapiécé. Ne comprenant pas la technologie Iavoal, ils l'a contournaient dans d'interminables détours des plus ambigües.
Alors que moi, j'approchais du but. J'aurais bientôt la maîtrise et la puissance suffisante pour réduire ces prétentieux extralactiens au silence.

Un de mes Achériens bondit hors du vaisseau où je me trouvais. Sombre et paisible, il glissait, attiré par la pesanteur de la planète. Ce n'était qu'un microbe osant affronter un objet céleste aux proportions démesurées. Même les vaisseaux devaient s'adapter à la gravité qu'elle exerçait. Pourquoi ce petit être ne se résignait-il pas lui aussi ?
Glissé dans son esprit, je sentais la planète grossir, se rapprocher. Bientôt elle pourrait me dévorer de son féroce appétit.
Pour éviter les désagréments du contact avec l'atmosphère, je lui fis perdre consistance. La chute vers le cœur de la planète n'en serait que plus rapide, puisque non freinée par la matière qui allait en se densifiant.
Traverser les différentes couches en fusion de ces gigantesques sphères était très instructif. Beaucoup de scientifiques humains se seraient arrachés les données que je collectais ainsi. Pénétrer par des chaleurs et des pressions si intenses n'était même pas envisageable pour eux.
Je déclenchai la réaction un peu avant d'arriver au cœur de la planète, je ne voulais pas que ma créature s'écrase sur elle-même.
Je perçus alors de puissant tremblement de terre à la surface de ce monde. Je me délectais à chaque fois de voir de telles forces naturelles se déchaîner. Des pans entiers de roches s'affaissaient sur des kilomètres de profondeur. Les océans se versaient dans les gouffres ainsi formés, s'évaporant en partie au contact des roches rougeoyantes.
Puis tout s'accéléra encore, alors que je prenais lentement de la distance avec mes vaisseaux. La planète rapetissait à vive allure et commençait à s'assombrir. La lumière qu'elle recevait de son soleil n'avait pas assez de vitesse pour s'échapper.
Le tout tint dans un minuscule point noir dans l'espace durant plusieurs secondes, puis toute la matière fut recrachée en une bouillie de particules.
Je rendis mes vaisseaux intangibles quelques minutes le temps que cette pluie cesse.
J'avais réussi cette fois à renverser le processus avant que le trou-noir ne soit réellement formé. Mais cela suffisait à broyer n'importe quoi se trouvant assez près.
J'allais à ma façon purifier la galaxie des extralactiens. Leur froide vie biomécanique me paraissait bien trop terne et prévisible, je leur donnerais de quoi pimenter un peu leur existence.