Rappelle-toi

Auteur : Leviathoune

Bêtas : Clôtho et BlackSharne

Résumé : La guerre se fait de plus en plus proche. Les pouvoirs de Harry tendent vers l'incontrôlable. Les Serpentards en veulent à Draco depuis que leur groupe se disjoint, Pansy a même quitté Poudlard dans l'espoir de mener à bien une mission pour le compte de Rogue et ainsi rejoindre activement l'ordre du Phoenix. Une grande menace plane au dessus de l'école : les professeurs ont décidé de faire reprendre ses entrainements à Harry. Ils ne savent pas qu'il n'est plus le même lorsqu'il se laisse envahir par sa toute nouvelle puissance découverte en usant de la magie noire…

Chapitre 22 : Déferlement et quatre éléments…

Draco tenta de réviser et de faire ses devoirs ce soir-là.

Il était dans la salle commune des Serpentards comme à son ancienne habitude, il faisait son travail de préfet en chef, aidant certaines personnes, en réprimandant d'autres.

Puis neuf heures du soir sonnèrent à l'horloge baroque apposée au montant de la cheminée noire de la grande salle sombre et ouatée.

Il partit, disant qu'il allait faire sa ronde commune aux préfets, ordonnant à tous de ne pas briser le couvre feu, ou du moins de ne pas se faire prendre.

Ce n'était bien sûr pas dans ses projets d'être un bon petit préfet, du moins pas ce soir-là.

Hermione l'avait prévenu dans la journée. Elle lui avait dit que les professeurs avaient décidé de faire reprendre à Harry ses cours du soir destinés à le rendre plus combatif, un véritable guerrier, à le faire devenir un digne Elu…

Ils ne savaient pas que c'était chose faite, Harry pouvait devenir l'Elu quand il se laissait faire par sa puissance, quant à savoir s'il restait digne, cela ne faisait aucun doute, il devenait vraiment superbe dans ces moments-là, même s'il faisait peur, c'était indéniable.

Mais les professeurs ne savaient guère cela. Pour eux, les cours des semaines passées avaient été peu concluants, voyant le survivant ressortir de la serre géante toujours plus amoché par leurs bons soins.

C'est pour cela qu'ils lui avaient donné magnanimement quelques semaines de repos qu'Harry avait mis aussitôt à profit pour apprendre la seule chose que ses entraîneurs du soir s'étaient bien gardés de lui enseigner, et pour cause…

En secret au contact des Serpentards et de l'Armée de Dumbledore, Harry avait réussit à maitriser la magie noire comme si elle faisait partie de lui, et ce depuis toujours.

Sa puissance avait été monstrueusement révélée en seulement quelques cours, latente, étrange, démesurée… comme si elle était la magie personnifiée sans barrière aucune, cadenassée dans un coffre quelque part en lui. Une magie ni noire ni blanche, une magie qui n'avait point besoin de baguette. Une magie sauvage qui se fichait de la bienséance, du Bien, du Mal…

Harry n'était jamais véritablement conscient quand il manipulait cette puissance-là, c'était plutôt lui qui se faisait manipuler par elle. Il devenait un animal animé par quelques instincts étranges, se moquant comme d'une guigne de tuer – Draco en était persuadé.

Pour le moment, il n'avait jamais fait de mal à personne, mais personne ne l'avait jamais mis véritablement en danger également.

Ce soir-là… cela allait être une toute autre histoire.

Voilà pourquoi le Serpentard se dirigeait vers l'aile est, au deuxième étage. Il allait là où il pourrait contempler en toute tranquillité la grande serre où se déroulerait l'entrainement. Là où se déroulerait l'hécatombe qui ne manquerait pas d'arriver.

Il faudrait que le moment venu, il puisse être sur les lieux, pour aider Harry à revenir, voilà tout…

« Draco ? »

Le jeune homme se retourna.

Derrière lui, à vingt mètres, se trouvaient ses compagnons. Gregory, Vincent, Milicent au milieu d'eux et Theodore et Blaise, ensemble… Pansy manquait à l'appel, bien sûr…

« Qu'est ce que vous voulez ? » demanda-t-il pour la forme, sachant très bien ce qu'ils attendaient là.

Ils ne dirent rien, ne voulant pas même tromper les apparences et Draco soupira.

« Et bien, qu'est ce que vous attendez ? Venez… »

Et ils le suivirent tous dans les couloirs sombres et glacés de l'école…

OoOoO

Harry sortit de Poudlard. Il faisait froid, il souffla donc sur ses doigts pour les réchauffer en regardant, devant lui, le parc dans la pénombre qui s'étendait.

Le professeur de Défense contre les forces du mal, la vieille Allemande, madame Fassbinder l'attendait.

Comme à leurs anciennes habitudes, ils prirent le chemin de la grande serre, celle qui avait été construite exprès pour ses entraînements.

Harry était plutôt serein, mais pas tout à fait. Il avait bien vu qu'Hermione et Ron étaient très inquiets, véritablement à cran pour être précis.

Il avait passé des heures à rire, à leur montrer qu'il était parfaitement détendu, qu'il affronterait ça avec calme, qu'il ne s'énerverait pas, qu'il n'utiliserait pas la magie noire et qu'il ne serait donc pas submergé par les pouvoirs que tous lui décrivaient mais dont jamais il ne se souvenait.

« Bon sang, Harry ! Rappelle-toi ! » lui hurlait Ron, affolé, en lui décrivant pour la énième fois ce qu'il lui arrivait lorsqu'il perdait le contrôle de lui-même. « Tu dois te rappeler ! »

Rappelle-toi Harry…

Rappelle-toi…

Rappelle-toi…

Telle était la litanie sans fin qui résonnait en lui depuis quelques jours. Mais il ne se souvenait de strictement rien, à peine une impression diffuse de bien-être intense.

Tous… ils devaient forcément se tromper et quelque peu abuser quant à sa situation. Cette sensation qu'il avait ne pouvait pas découler de quelque chose de mauvais.

Il marchait, dans le parc, le long du frêle chemin menant à la serre. En trois semaines, la neige avait eu largement le temps de le recouvrir à plusieurs reprises d'un parterre poudreux du blanc le plus pur, mais les professeurs, qui les avaient précédés, l'avaient retracé de leurs pas et de leurs capes traînant derrière eux.

Dans la serre, immense, l'espace semblait grandi.

Chose tout à fait surnaturelle, une chaleur étouffante y régnait et un vaste désert s'étendait sous les carreaux assombris par le noir de la nuit au-delà de leurs barrières de verres.

Ils étaient tous là, ses professeurs… ils l'attendaient, tranquillement, comme de vrais précepteurs d'écoles bienveillants - sauf Rogue, bien sûr - mais ils deviendraient bientôt ses bourreaux personnels.

Harry frémit en se souvenant comment finissait chacun de ses entrainements passés et il eut un pincement au cœur. Il préférait les cours de l'AD, quand il se battait contre Draco et les autres, c'était plus amusant alors…

Puis le cours intensif débuta et mit fin à la dérive de ses pensées.

OoOoO

Draco était debout, appuyé sur le mur de pierre froide.

Gregory tentait bien de réchauffer la pièce avec quelques sortilèges, de temps à autres, mais le froid était si intense que chacune des ses respirations formaient de petits rondes de buées sur les carreaux – la nuit, seul les lieux de vie étaient chauffés, l'école entière devenait un gigantesque caveau.

Le blond lâchait du regard la serre, de temps à autre. Alors, ses yeux se posaient sur ses amis.

Gregory et Vincent étaient près d'une autre fenêtre, appuyés épaule contre épaule, observant le ciel en discutant à voix basses comme ils le faisaient toujours. Le prénom de Pansy revenait souvent dans la conversation et Draco préféra détourner le regard.

Milicent était assise, les jambes repliées en tailleur sur un bureau. Elle tenait entre ses mains le pommeau éteint de son épée d'argent, le faisait rouler entre ses doigts, le faisant voltiger pour mieux le rattraper. Elle soupira en regardant Blaise et Theo devant elle avec une pointe d'envie et beaucoup d'exaspération. Puis elle détourna le regard et replaça ses cheveux courts et blonds en place.

Son regard bleu acide se posa sur Draco et elle détourna le regard encore une fois, mélancolique.

Son petit ami devait lui manquer…

Elle ne pouvait le voir que lors des sorties à Pré-au-lard et pendant les vacances. Celles de Noël n'allait pas tarder, il était normal qu'elle soit à cran. Et pour une âme en peine, avoir sans cesse le couple de Blaise et Theodore sous les yeux étaient une douce torture.

Blaise était assis sur le bureau professoral. Il tenait son pendentif entre ses doigts. Tout le monde savait ce que contenait la chose…

Il l'ouvrit, tandis que Theo regardait par-dessus son épaule. Une petite chose tomba dans sa main, il la prit avec une infini délicatesse et lui rendit sa taille réel – les sorciers faisaient souvent ce genre de chose, Draco lui-même transportait la plupart du temps son balai ainsi, dans un étui à lunette qu'il enfouissait dans sa poche tous les jours, même lorsqu'il n'avait pas entraînement.

L'objet était une guitare électrique Moldue, celle du père de Blaise. Un gros fil noir était fixé sur la tranche de la guitare, il faisait deux ou trois mètres et son bout était composé de myriades de petits fils de fer dénudés.

Blaise tendit le fil à Theo qui se saisit des fils métalliques à pleines mains. Un courant électrique perceptible fendit l'air des mains du jeune homme à la guitare et Blaise commença à faire frémir doucement les cordes, accordant les notes, chantonnant.

Theo lui murmura à l'oreille quelque chose et Blaise lui sourit en plissant les yeux de pur bonheur.

La grande Mili soupira encore plus fort, très agacée.

Elle se leva en sautant à bas de son pupitre et se dirigea vers Gregory et Vincent qui l'accueillirent à leur manière. Greg sourit doucement et Vince se renfrogna un peu.

L'air d'une vieille chanson résonnait à présent dans la pièce. C'était une litanie que l'on disait avoir été créée par un vampire et son amant. Blaise faisait le vampire avec sa voix grave et Theo celle du jeune humain sous le charme.

Draco soupira lui aussi en se retournant vers la serre. Il aimait bien cette chanson parce qu'elle ne parlait pas d'un amour de conte de fée mais d'une attraction impure et destructrice.

A la fenêtre, les professeurs passèrent. Puis Harry accompagné de Fassbinder.

Une minute après, des lueurs rougeâtres se mirent à teinter le verre et la neige.

L'entraînement avait débuté et le cœur de Draco se glaça un peu plus dans sa poitrine.

Je suis au-dessus de lui

Et il me voit sombrer dans les noirs abysses

Obscure est ma mémoire, mon passé

Enfin, je le vois…

Je le sens se flétrir, dépérir

Mais je ne dois pas lui parler

À moins que je ne creuse d'abord ma propre tombe

Nous craignons de les trouver en travers de notre route

Toujours s'enroulant, autour de nous, en nous, dans la nuit

Prends ma main, maintenant

Je veux être vivant

Et sache que je ne puis être abandonné

Puisque que je ne suis pas le seul

Nous marchons parmi vous, nourriture violée, aimée

Même si cela nous oblige à nous dissimuler toujours de vous

Je l'entends pleurer, se lamenter

Mais je ne puis lui parler, juste l'écouter

À moins que je ne cherche le maître de la mort

Pourtant je ne crains pas de le trouver en lui

Qu'il s'enroule, autour de moi, en moi, dans la nuit

Je suis au-dessus de lui

Pourquoi ne pouvons pas nous être ensemble

Et effacer autrement cette dette de sang, le passé

J'ai envie de dormir tellement, tellement longtemps

Mon corps prisonnier dans la glace

Enfin, je te vois…

Non, prends ma main, alors

Je ne veux que te sentir bouillonnant, te voir vivant de moi

Je n'ai pas pu t'abandonner

Mais pour moi, tu es le seul

Prends ma main, maintenant

Je veux être vivant de toi

Prends ma main, maintenant

Je veux être vivant en toi

Ainsi, vous ne pouvez vous détourner de nous, nous abandonner

Nous qui sommes tant, marchant parmi vous, nourriture violée, aimée

Cela nous oblige à nous dissimuler de vous

Pourtant vous ne pouvez nous abandonner, à jamais

À jamais…

Jamais…

Mais…

Draco ne put s'empêcher de penser que les rôles devraient être inversés. C'était Theo l'immortel qui vampirisait Blaise de ses yeux doux… Et c'était Blaise le séduit qui courait à corps perdu droit à sa perte…

Et Harry et lui dans cette histoire, qui avait le rôle de qui ?

Il ne voulait pas trop songer à la réponse…

OoOoO

Harry bondit en arrière pour éviter une déflagration.

Il remarqua calmement qu'il pouvait rester serein face à tant de violence et se défendre tout en gardant le contrôle. Il remarqua aussi que sa puissance était nettement supérieure à la dernière fois, cela le satisfit grandement. Il sourit mais ce qu'il ne savait pas, c'est que son sourire était étrange. Un sourire de prédateur qui savait qu'il allait bien s'amuser…

Des plantes grimpantes se mirent à jaillir du sol vers lui. Aidé par la magie, il caracola en arrière, sautant encore et encore. Ses déplacements semblaient extrêmement fluides et lents pourtant, jamais il n'était atteint par quoi que ce soit.

Une gargouille de pierre s'érigea hors du sol et vomit une langue de flamme sur lui. Il ne bougea pas, la regardant droit dans ses yeux de braises, les flammes léchant son corps sans lui faire de mal, une bulle violette crépitant autour de son corps le protégeait.

Il leva nonchalamment sa baguette et la gargouille vola en éclat sans qu'il pense vraiment à un sort, sans qu'un sort n'ait jailli de son arme.

Harry rit, doucement. Il secoua la tête et ses mèches folles pour diluer sa joie et reprit bien vite ses esprits, un sourire moqueur ne quittait plus ses lèvres.

C'est alors qu'il fut projeté à terre par un sort. Il roula dans la poussière et se releva, mécontent en époussetant ses habits déchirés.

Severus Rogue venait de l'attaquer de façon classique, en duel et, habitué qu'il était à ce déferlement surnaturel, il n'avait pas pensé à une attaque aussi simpliste. Il s'était fait avoir comme un débutant… et sa chemise était toute déchiquetée.

Harry fronça les sourcils et esquiva plusieurs attaques, parant, attaquant à son tour.

C'était un jeu, mais Rogue ne lui faisait aucun cadeau et le garçon, s'exhortant au calme, à la paix, n'arrivait pas quelques fois à esquiver ses attaques assez vite.

Une lame, un pieu de fer, lui transperça le bras et il hurla de rage en se l'arrachant hors de la chair comme s'il s'était agit d'une vulgaire écharde, faisant jaillir le sang sur ses vêtements déjà mal en point.

Rogue tiqua lorsqu'il rencontra le regard du Survivant à ce moment-là. Un éclair de rage les avait fait briller d'une drôle de manière et ses cheveux avaient semblé se soulever d'eux-mêmes sous une bouffée de haine.

La haine, c'était quelque chose qu'il rencontrait souvent dans le regard du garçon, cela ne l'affola pas plus que ça, surtout qu'Harry soupira et reprit son calme comme il put.

Le cœur du Griffondor battait de plus en plus fort, il n'était plus si certain de garder le contrôle tant il détestait Rogue.

Le combat reprit, de plus en plus violent.

Parfois, les autres professeurs s'en mêlaient, accablant un peu plus Harry dans sa montée de colère. Ainsi il fût précipité par un souffle qui l'ensevelit sous une avalanche de roches surgie de nulle part.

Il hurla de rage et les rochers jaillir au quatre coins de la serre, fêlant et lézardant le verre de toute part, blessant Severus Rogue à la joue par un éclat mordant.

Harry se redressa de l'amas de roche.

Ses yeux étaient devenus deux lampes vert acide, d'autant plus qu'il avait perdu ses lunettes… sa baguette également.

Severus s'essuya la joue d'où coulait son sang et baissa sa garde, le cours était fini, puisque le jeune n'avait plus son arme, ni ses loupes…

Mais Harry voyait mieux que jamais, il souleva le bras dans sa direction et ouvrit sa main, paume en avant. L'homme se demanda ce qu'il faisait lorsqu'une boule d'énergie se forma dans son poing.

Il écarquilla les yeux, se préparant à l'attaque mais le Griffondor referma complètement ses doigts sur la sphère d'énergie pure, comme pour l'emprisonner dans sa main et il sourit.

« Fuis… » murmura le jeune homme avec une voix douce et lointaine.

Il ouvrit soudainement les doigts et le sort monstrueux fut libéré d'un seul coup, fusant vers son adversaire honni.

OoOoO

Draco regardait toujours les rougeoiements des combats dans la serre lorsqu'il y eut une déflagration telle qu'elle creva l'édifice en déferlant vers l'extérieur, faisant fondre la neige et créant moult volutes de vapeur montant vers le ciel.

« Maintenant ! » cria Draco en ouvrant la fenêtre à la volée.

Il fouilla fébrilement dans sa poche et en sortit le fameux boîtier à lunette qui contenait son balai miniaturisé. Il l'agrandit en vitesse et sauta dans le vide en volant vers la serre éventrée d'où jaillissait une énergie continue.

Il atterrit à une dizaine de mètres de l'édifice en laissant une traînée dans la neige derrière lui et il courut aussitôt vers la serre, ralentissant craintivement.

Il y eut un hurlement de rage impressionnant et tous les fractions rectangulaires volèrent en éclats. Draco se coucha à terre face contre la neige et érigea un bouclier autour de lui pour se protéger. Lorsqu'il se redressa, même les armatures en métal étaient tordues comme si elles avaient été faites de plastique et qu'un souffle brûlant les avait déformées et fondues partiellement.

Draco se redressa et avança dans les décombres.

« Harry ! » cria-t-il. « Oh, merde… »

Il vit ce qu'il avait craint, le corps de professeurs étendus, blessés, peut-être morts…

Il y eut le net bruissement d'un battement d'ailes, cela attira son regard vers le haut.

Severus Rogue était debout sur les armatures métalliques déformées.

De grandes ailes noires se déployaient autour de lui, battant lentement pour le maintenir en équilibre.

Liberar al Telus…

Le sort qui faisait pousser des ailes dans le dos, des ailes capables de faire voler un homme, c'était Severus Rogue qui avait appris ce sort là à Draco et aux autres Serpentards.

Il regardait, hagard, autour de lui, cherchant quelque chose.

Harry…

L'homme avait peur, Draco le voyait sur son visage couvert de sang, dans sa main tremblante tenant sa baguette très serrée dans son prolongement.

Soudain, il y eut un mouvement dans le ciel, un peu comme une ombre de grand chat qui bondit sur un toit.

« Professeur ! » hurla Draco. « Derrière vous ! »

Le directeur de maison des Serpentard tenta de se retourner rapidement.

Harry était là, un peu plus loin, lui aussi sur une poutre de guingois. Il marchait vers lui, lentement, en souriant.

De là ou il était, Draco ne voyait que sa maigre silhouette aux vêtements en lambeaux se découper sur la nuit étoilée, ses yeux phares et la flamme noire de ses cheveux.

Qu'est ce que ces foutus profs avaient fait pour le mettre dans un état pareil ! s'emporta Draco intérieurement.

Méritaient-ils d'être secourus ? Quand on faisait largement chier quelqu'un durant des années, il fallait s'attendre à des conséquences un jour ou l'autre…

Ce jour semblait être arrivé pour Severus Rogue.

L'homme recula et battit des ailes, s'envolant en arrière. Il fuyait… et Harry éclata d'un rire de pure joie démente.

« Harry ! » appela Draco, se préparant à s'envoler avec son balai.

Mais la suite se déroula bien trop vite.

Soudain, sans que personne ne l'ait vu vraiment bouger, Harry fut sur Severus, dans son dos.

Les grandes ailes noires battaient et les sorts fusaient… Une pluie de plumes noires s'abattit sur Draco avec une lenteur effroyable.

Il y eut deux chocs sur le sol, du noir et du sang et un hurlement de douleur immense.

Les deux ailes ensanglantées avaient été arrachées, elles jonchaient le sol devant Draco qui regardait le ciel horrifié.

Harry tenait Rogue par le cou au dessus du vide, de son dos suintait du sang, beaucoup trop de sang…

L'Elu rapprocha son visage de l'homme, lui murmurant quelque chose. Rogue tentait de libérer son cou en crispant ses mains sur celle d'Harry.

Puis les mains se relâchèrent et un corps tomba dans le vide.

Draco s'envola à ce moment là et le rattrapa comme il put juste à temps, le reposant au sol, sur un lit de plumes et de sang.

Lorsqu'il releva la tête, les yeux phares étaient posés sur lui, interrogateurs.

« Harry, » implora Draco.

Encore une fois, il s'apprêta à voler vers lui mais un évènement l'en empêcha.

Dumbledore s'avançait dans la serre, armé de sa baguette et Harry le considéra froidement de la hauteur où il se trouvait. Un sourire naquit sur ses lèvres et il marcha en avant, dans le vide, atterrissant avec lenteur juste devant le vieil homme.

« Vous aussi vous voulez me défier ? » demanda-t-il gentiment, comme s'il ne l'avait jamais connu, comme si sa question était tout à fait anodine.

Le directeur ne lui répondit pas directement, il émit une plainte qui se transforma en chant et un bouclier immense s'érigea soudainement autour de la serre déchue.

Harry fronça les sourcils et feula de rage en courant vers les murs transparents et crépitants.

Il posa ses mains sur la surface lisse, un brin violette et se brûla. Il sursauta mais réitéra cet acte encore et encore, se faisant rejeter à chaque essai.

« Tu ne peux plus sortir de là. » fit le vieux mage.

L'Elu se retourna brusquement.

« Croyez-vous vraiment pouvoir me garder prisonnier contre mon gré ? »

« Je l'espère, du moins… »

« Je n'ai qu'à vous tuer pour passer ! »

« C'est en effet une solution. » concéda le vieil homme comme s'il se disputait une partie d'échec.

Harry se tut puis éclata de ce rire si particulier. Il plissa ses yeux comme un chat et sourit.

« Je vous montrerai que votre pouvoir n'est rien, vous verrez que vous êtes impuissant face à moi. »

Dumbledore se prépara à l'attaque mais Harry éclata un peu plus de rire.

« Non non, vous allez voir… »

Au fur et à mesure, une forme se précisa autour de lui. Comme il avait fait une boule d'énergie dans sa main, son corps entier canalisait à présent sa puissance, il était entouré d'un magma magique qui crépitait et faisait bouillir ses cheveux. Ses yeux brillaient comme jamais et Draco vit clairement que les pupilles étaient fendus comme ceux d'un chat, ou d'un serpent…

« Arrête, s'il te plait. » implora Dumbledore. « Reviens à toi, tu ne dois pas partir, c'est bien trop dangereux à l'extérieur de Poudlard, ton énergie se ferait aussitôt repérer par nos ennemis. »

« Tiens donc, nos ennemis ? » ironisa Harry en levant un bras embué d'une puissance colossale. « Et si justement c'était ce que je voulais ? »

« Harry ! » tenta Draco. « Ecoute-le, s'il te plait. »

Harry posa ses yeux une seconde sur Draco mais rien ne se produisit, il passa le bras à travers la barrière érigée par Dumbledore et elle ne le repoussa pas vers l'intérieur cette fois. Son visage affichait une douleur crispée malgré son sourire de dément. Il était entouré de gerbes d'électricité statique, elles jaillissaient de toute part autour de lui et Draco et Dumbledore durent se protéger le visage pour ne pas être brûlés.

« Qui êtes vous pour me dire ce que je dois faire ! Qui êtes vous pour penser que je dois rester emmuré pour ma propre sécurité ? » hurla le jeune homme. « Je ne vous dois rien ! Je suis libre ! Personne ne peut me contrôler ! Le temps où vous pensiez me connaître est révolu ! Si vous voulez m'arrêter, ne vous gênez surtout pas, vous pouvez toujours tenter l'impossible mais alors vous deviendrez mes ennemis, vous serez tous mes ennemis et je vous détruirai jusqu'au dernier ! »

Apres avoir dit cela, l'Elu passa son corps crépitant en entier à travers la barrière et un chaos indescriptible régna alors dans la serre. Le bouclier gémissait, s'emballait, tout grésillait comme si le magma protecteur était en surchauffe magique.

« Couche-toi ! » hurla Dumbledore à Draco.

Le Serpentard obéit et une fois de plus il érigea un autre bouclier pour se protéger de la déflagration.

Celle-ci fut immensément destructrice. Il l'a sentie pendant longtemps qui l'écrasait et son souffle en fut coupé.

Il tomba évanoui sous le coup et son bouclier se brisa, l'ensevelissant sous des monceaux de décombres.

OoOoO

Quand il fut extirpé de sous les débris, il revint à lui.

Il vit des élèves de partout qui étaient sortis, ses amis étaient là, très inquiets. Les élèves sous la directive des professeurs, ceux qui ne participaient pas à l'entraînement d'Harry, soulevaient les gravats à la recherche des survivants.

Draco vit plus loin des professeurs blessés être emmenés sur des brancards vers l'infirmerie. Beaucoup d'élèves pleuraient de terreur, se demandant ce qu'il s'était passé et tous répandaient la rumeur.

C'était Harry Potter qui avait fait cela, il s'était enfui, il était devenu complètement fou…

« Enfui ? » murmura Draco en regardant autour de lui, désespérément.

La neige avait été balayée par le souffle de l'explosion tout autour de la défunte serre, mais plus loin, en direction de la forêt interdite, on pouvait nettement apercevoir une trainée étrange, comme si une énorme boule de feu avait fait fondre la neige sur son passage.

Draco se redressa et constata qu'il n'avait rien à part des éraflures et un mal de tête colossal.

« Je dois absolument le retrouver. » dit-il fermement. « Avant qu'il ne soit trop tard… »

Il était évident que la puissance libérée par Harry avait été repérée à travers toute l'Angleterre, et même au-delà. Déjà, les Professeurs se préparaient à une attaque sur Poudlard.

« Tu plaisantes ! » tonna Vincent, furieux. « Non, tu n'y vas pas ! »

Draco ne l'écoutait pas, il se mit à chercher dans les décombres son balai et sa baguette.

Il retrouva les deux objets, mais si sa baguette était en piteux état, couverte d'éraflures, son balai était fichu, brisé en deux par une poutre qui lui était tombée dessus.

Gregory lui prit doucement des mains les vestiges de son engin adoré.

« Regarde ton balai. Tu as failli finir comme ça. C'est Dumbledore qui vous a tous protégé quand il y a eu l'explosion. Tout Poudlard a tremblé, tu te rends compte ? »

Les lèvres de Draco frémissaient, il avait envie de pleurer la perte de son balai, mais il se refusa à y penser – ce n'était que son balai préféré, son seul, son plus beau balai après tout, son père le lui avait offert, pas de quoi fouetter un chat, il pouvait s'en offrir un autre bien plus performant et... Il fallait surtout qu'il trouve un autre moyen de rejoindre Harry, maintenant.

« Où est Dumbledore ? » demanda-t-il, pour gagner du temps avec ses amis.

Les Serpentards se tournèrent d'un même mouvement vers un lieu, le centre du parc de Poudlard.

Là était le directeur, dans la neige. Il faisait de drôles de mouvements avec ses mains et des cercles de magie s'étalaient à partir de lui en traçant des reflets étranges sur le sol poudreux.

« Il fait ça depuis une heure… » fit Blaise. « Je ne sais pas ce qu'il fout, peut être que les barrières de Poudlard ont été détruites et qu'il les reforme avant l'attaque… »

« L'attaque ? »

« Il paraît qu'il risque vraiment d'y en avoir une, bientôt… »

Brusquement, Dumbledore sembla se tourner vers eux. Il fit un mouvement de baguette vers sa gorge et, soudainement, sa voix résonna dans tout le parc.

« Madame PomFresh, emmenez-les, je vous prie. »

Tous purent entendre sa voix et se tournèrent vers lui.

Personne ne savait ce que faisait le directeur, parmi les élèves mais les professeurs, eux, semblaient savoir.

Trois brancards furent emmenés là où était le vieil homme, seule Minerva MacGonagal pouvait encore marcher parmi les blessés de la serre – tous jasaient à ce propos, comme par hasard la directrice de Griffondor était dans un état acceptable mais le Maitre de Potion était quasiment mort, sympathique !

L'homme en question était toujours inconscient bien qu'il ait été soigné mais cela ne semblait pas gêner Dumbledore qui était bien trop inquiet pour l'heure pour la sécurité des élèves.

Le rituel, car s'en était un, reprit quand les quatre directeurs des maisons eurent pris place autour du cercle, conscients ou non.

« C'est bon, j'en ai assez vu. Il faut que j'y aille. » fit Draco en se dirigeant vers le stade de Quidditch.

Gregory l'attrapa par le bras et le retint.

« Tu ne comprends pas ! Il va y avoir une attaque de Mangemorts bientôt. Ils ont senti qu'on avait perdu la puissance que dégageait Potter. Ils vont en profiter pour le trouver lui et nous attaquer ! Tu sais très bien ce qui t'arriverait si tu tombais entre leurs mains, alors reste ici ! »

« N'y va pas ! » s'exclama Vincent en serrant les poings, très inquiet.

« Lâche-moi. » fit Draco en se dégageant de la poigne de Gregory. « J'y vais que vous le vouliez ou non ! »

« Mais tu ne pourras rien faire de plus, même si tu le retrouves et, honnêtement, comment tu pourrais le retrouver ! » s'écria le batteur, furieux. Draco en aurait eu presque peur d'être ainsi l'objet de la colère de ces deux-là.

« Il est parti dans la forêt interdite. » expliqua Theo, timidement. « Sa trace est perdue, depuis le temps. »

Comme pour appuyer ses dires, la neige se mit à tomber très doucement sur leurs cheveux et leurs épaules.

Draco regarda le ciel et sentit des larmes lui brûler les yeux. Il les refoula et se dirigea fermement vers le terrain de Quidditch et leurs vestiaires. Là il ouvrit en force les casiers de ses compagnons d'équipe et pris le premier Nimbus 2001 qui lui tomba sous la main.

Ses amis l'avaient suivi mais ils ne disaient plus rien pour le retenir. De toute façon, à moins de lui jeter un sort ou bien l'assommer, ils ne pouvaient absolument rien faire pour l'arrêter. Un Gryffondor aurait peut-être protégé un ami à ce point, mais les Serpentards ne firent plus un geste. Ils se contentèrent de le regarder enfiler une cape verte et argent - comme ses habits avaient été déchirés, il avait plutôt froid.

Draco leur jeta un regard froid.

« Vous feriez mieux de rentrer, vous. »

Puis il s'envola aussi vite qu'il le put. Tellement vite qu'en quelques secondes, ils n'étaient déjà plus en vue.

OoOoO

Le groupe de Serpentards resta là de longues minutes, tourné vers la forêt interdite, l'air solennel, comme s'ils enterraient l'un des leurs.

La neige devenait de plus en plus dense, ils ne voyaient même plus la forêt interdite avec précision, juste une ligne sombre au loin, tout comme Poudlard et les gradins du stade.

Soudain, un grand fracas se fit entendre et ils coururent, baguette au poing, hors du stade pour voir s'il y avait une attaque.

Ce qu'ils virent les stupéfièrent et leurs arrachèrent des cris de terreurs alors qu'ils levaient petit à petit le visage vers le ciel, les yeux écarquillés, dans un bel ensemble.

Là où s'était tenu Dumbledore et les quatre directeurs de maison poussaient à présent quatre géants de pierre. En y regardant de plus près, les professeurs étaient toujours là, au centre du cercle. Mais leur petitesse était occultée par l'immensité des géants.

Une magie courut en vague électrique dans les interstices des pierres et un grondement se fit entendre.

Soudain, un géant ouvrit deux grands yeux rouges et leva un pied immense en avant. Il fit un pas, c'était lent, pesant et l'air était empli d'un grondement, alliage d'immenses mécanismes et de montagne se fracassant.

Quand il reposa le pied dans la neige, une nuée de poudreuse s'envola et fondit aussitôt. De la vapeur s'éleva en masse comme si l'air froid au contact du géant chauffait à outrance, et ce n'était rien de le dire.

Soudain, l'entité s'enflamma de la tête au pied, il n'était plus un géant fait de pierre mais de magma noir qui se craquelait, découvrant en lui une lave rouge et or qui pulsait, crachant parfois son surplus entre les failles.

Il était pure incandescence sous la pierre noire mouvante.

A chacun de ses pas brillants, les flammes gagnaient sa chevelure et ses yeux. Il leva un bras armé d'une épée et se campa finalement devant les portes de Poudlard, en garde, le feu et la vapeur flottant derrière lui, sur ses épaules, telle une cape cosmique.

« C'est… C'est… » bégaya Gregory en regardant le géant de feu qui semblait redevenir pierre noire lorsqu'il ne bougeait pas.

« Regardez ! » cria Theodore en pointant du doigt le centre du cercle magique, là où il ne restait plus que trois géants.

Deux autres avançaient à présent dans la neige, émettant les mêmes sons de pierres qui se brisent et se reforment continuellement, de grincement divin.

L'un des deux devenait bleu, bleu presque noir, tellement noir que l'on ne pouvait le voir sur la toile de la nuit que par l'occultation des étoiles et de la lune – les flocons de neige devenaient ses propres étoiles dansantes.

De cette noirceur s'élança avec une lenteur horrifiante deux ailes tellement gigantesques qu'elles s'étendirent au-dessus du petit groupe terrorisé des Serpentards. Un simple battement d'ailes malencontreusement placé aurait pu les balayer comme de vulgaires insectes et il ne faisait aucun doute que ce géant était fait pour voler, sa substance devenait de plus en plus claire, comme s'il n'était fait que d'air particulièrement noir.

Le géant prit enfin son envol dans un battement qui créa une telle tempête qu'il obligea les Serpentards à se coucher au sol, s'accrochant les uns aux autres pour être plus lourds.

Quelques secondes plus tard, une obscure femme-oiseau était accroupie, immense, sur la plus haute tour de Poudlard, une longue chevelure aussi noire que le reste et un semblant de vêtement semblait flotter dans le sillage de ses deux grandes ailes. Le dessous de celle-ci était d'argent et une énergie bleue coulait sur elle et dans ses yeux, surtout dans ses yeux...

La créature géante étendait ses ailes sculptées largement au dessus de l'école comme pour protéger l'école, tournant la tête et ses yeux phares en tout sens, avec une lenteur caractéristique.

Un immense rond de lumière éblouit les Serpentards qui s'étaient à peine redressés, c'était la lumière des yeux de la femme-oiseau qui s'était posée droit sur eux. Un cri strident, un cri d'aigle de pierre monstrueux retentit comme une alerte cauchemardesque dans la nuit, la faisant résonner comme jamais.

« Elle… Elle nous regarde. » gémit Vincent.

« C'est pour nous qu'elle a crié là ? » demanda timidement Gregory qui se sentait pour la première fois de sa vie absolument minuscule et insignifiant. « Qu'est ce que… Qu'est ce qu'on fait ? »

Un tremblement retentit sous leurs pieds, puis un autre, puis un autre…

Les Serpentards se regroupèrent car ils savaient ce que cela voulait dire : un géant se dirigeait vers eux et faisait trembler la terre à chacun de ses pas mais, dans la lumière éblouissante des phares, ils n'apercevaient strictement rien de ce qui approchait.

Ce qu'ils virent finalement acheva de les affoler : une grosse liane rampait vers eux, une liane couverte de feuilles et de fleurs qui semblaient pousser en même temps qu'elle avançait et grossissait vers eux, une liane monstrueuse qui semblait faite d'un tronc de pierre. Une autre liane identique arriva aussi, puis une autre. Elles les contournèrent, comme pour les prendre en étaux.

Milicent sortit son épée en tremblant mais Theo l'empêcha de l'utiliser.

« Regarde, elles ne nous veulent pas de mal, elles cherchent juste à nous rabattre. Si lui est Godric et elle, là haut, Rowena, Alors ces lianes appartiennent à Elga Poufsouffle, l'élément de la terre. »

« Rien… rien à foutre… » grelotta la jeune fille en chancelant sur ses membres.

Gregory l'attrapa par le bras et la força à avancer dans la direction inverse aux lianes, vers Poudlard. Un pied immense entra enfin dans le cercle de lumière et, comme si la femme-oiseau contemplait sa consœur, les Serpentards virent enfin l'apparence du troisième géant.

Une femme indéniablement magnifique, un visage de pierre somptueusement sculpté, une déesse de la nature aux longs cheveux de lianes, de mousses, de fleurs parées d'oiseaux et de petits animaux galopant sur ses épaules.

Mais ses yeux d'or étaient ce qu'il y avait de plus éblouissant. En les regardant, les Serpentards n'eurent plus du tout peur et se laissèrent rabattre avec tous les élèves vers les portes de Poudlard.

La foule passa entre les jambes de croûtes noires du géant de feu, certains osèrent même caresser la lame de son épée gigantesque.

Tous rentrèrent avec calme dans l'école et la géante dorée à la chevelure végétale posa ses mains de pierres sur les murs de Poudlard.

Aussitôt, des plantes grimpantes se mirent à pousser de toutes parts, ensevelissant la structure sous un enchevêtrement de ronces.

La barrière végétale s'étoffa, devint plus large.

Poudlard était à présent imprenable, réellement protégé par les quatre, non, trois géants.

Le quatrième était resté de pierre, il n'avait pas bougé, il n'était pas devenu vivant, se moquant bien du sort de l'école.

Ce quatrième semblait être un jeune homme grand et fin, aux longs cheveux raides coulant dans son dos. Il était fait dans une pierre très noire, une pierre morte et dépourvue de magie.

La représentation de Salazar Serpentard faisait face au lac en fermant les yeux.

Les élèves de Serpentard qui observaient les scènes aux fenêtres, là où les plantes leur laissaient la place d'entrapercevoir quelque chose, furent déçus. Les autres se moquèrent d'eux et les méprisèrent.

La preuve était faite, ce n'était plus une légende.

Les Serpentards étaient bel et bien des traîtres, des lâches.

OoOoO

Draco, dans les airs, sous la neige battante, s'était retourné pour observer l'école.

De là où il était, il voyait les géants qui se mouvaient avec lenteur, prenant vie pour protéger l'école dans un bruissement gigantesque.

Il connaissait la légende qui racontait que les quatre fondateurs – sauf Salazar Serpentard qui avait quitté l'école - avaient mis leurs âmes en ces murs pour la protéger en cas de guerre.

Voilà ce qu'avait fait Dumbledore, ils les avaient invoqués…

Le feu rouge qui campait sur ses positions en guerrier devant l'école avec son épée.

L'air bleu qui étendait ses ailes noires comme un nouveau ciel, le regard d'argent balayant les environ tel un phare, faisant résonner la sirène de ses cris perçant en cas de danger.

La terre noire et dorée parcourue de vie. De là où il était, Draco voyait les myriades de lianes et les nuées d'oiseaux dans la chevelure de l'élémentaire terre.

Draco se détourna du spectacle qu'offraient les quatre, non, les trois entités, au loin, au dessus de la lisière de la forêt.

Il fit reprendre sa course folle à son balai lorsqu'un oiseau lui fonça dessus serres en avant en émettant un long cri strident.

Soudain, ce n'était plus un oiseau, mais une jeune fille qui était assise devant lui sur son balai. Il perdit l'équilibre et tomba en avant, soudain la fille disparut et il put reprendre le contrôle de son balai in extremis.

« Draco ! » hurla Pansy, car c'était bien elle.

Essoufflé et pestant contre tous les diables, le jeune homme la repéra à la cime d'un arbre et fit prendre de la vitesse à son balai pour la rejoindre.

« Pansy, mais qu'est ce que tu fous là ! Tu m'as fait une de ces peurs ! »

« Excuse-moi, Dray. » rechigna-t-elle en se tenant à une branche, les pieds posés sur une autre plus bas, les cheveux hirsutes, le visage sale, sa tenue d'écolière un peu froissée – sa jupe volait dans le vent. « Mais ça serait plutôt à moi de te poser la question. »

Draco se souvint que Rogue avait dû céder à son désir de devenir une espionne pour le compte de l'Ordre. Il avait dû lui demander d'exécuter une mission test – elle avait d'ailleurs autour de son cou, un parchemin scellé qu'elle portait en collier.

C'était un véritable miracle qu'elle arrive exactement à ce moment-là.

Il lui raconta rapidement ce qu'il s'était passé avec Harry, omettant les détails qui la ferait refuser de l'aider catégoriquement.

« Tu peux repérer les personne quand tu es un oiseau, n'est ce pas ? »

« Hum.. » acquiesça-t-elle. « Mais je ne vois pas pourquoi je t'aiderais. »

Draco tiqua une seconde.

« Parce qu'on est amis et que si tu ne m'aides pas je mettrai des jours à le retrouver, peut être des semaines, et que je mourrais de froid, seul comme un chien. »

« Mouais, c'est maigre… » fit-elle. « Je préfèrerais du fric. »

« Mais t'es dégueulasse ! »

« Je plaisantais. »

« Moi aussi je plaisantais, je te couvrirai d'or. » sourit-il, charmeur.

Elle acquiesça. La branche sur laquelle elle était craqua et elle manqua de tomber mais elle se transforma enfaucon et vola jusqu'à une autre cime en prenant place sur une branche plus épaisse.

« Tu te débrouilles à ce que je vois. » fit Draco, admiratif.

La jeune fille rejeta ses cheveux en arrières.

« Ça fait des jours que je suis presque à cent pour cent oiseau, alors j'ai pris l'habitude. Mais j'aimerais bien me laver, tout de même. » Elle fit la moue. « Dépêchons-nous de trouver ton con de Griffondor schizophrène. »

Ce fut au tour de Draco de se renfrogner.

« C'est à toi de me dire comment on procède. »

Pansy se gratta le menton et dit :

« On ira plus vite sur ton balai alors je me mettrai sur le manche, en oiseau. Mais quand je crierai, tu ralentiras et regarderas ce que je fais pour t'indiquer la direction. Si jamais on ne se comprend pas, je devrais me retransformer en humaine, alors il faudra que tu contrôles ton balai, pas comme tout à l'heure. »

« Tout à l'heure ? Mais tu m'as agressé tout à l'heure ! »

« Bref… Il faut aussi que tu écrives une lettre pour ton mec et que tu me demandes de la lui porter. Je ne suis pas sûr, mais je crois que ça marche mieux comme ça. »

« Ha ? » fit Draco dubitatif. Il amena son balai prés de l'arbre et se posa sur une branche plus basse que celle de Pansy.

« Hey, je suis sûre que tu l'as fait exprès parce que je suis en jupe ! »

« De quoi ? » gronda Draco en levant la tête et en détournant vivement le regard en rougissant. La jeune fille éclata de rire.

« Pansy ! Ce n'est pas le moment ! » rugit-il.

Le Serpentard fit apparaître un parchemin et une plume. Il écrivit rapidement au centrequelques mots :

Rappelle-toi de nous et reviens

Il plia ensuite le parchemin en quatre et inscrivit dessus :

Pour Harry Potter, où qu'il soit

Puis il tendit le parchemin à Pansy en évitant de regarder sous sa jupe. La jeune fille le glissa dans le collier, avec l'autre parchemin.

« Si j'avais su que je deviendrai postière… » renchérit-elle.

« Oh, tais-toi, tu as un avenir glorieux tout tracé devant toi. Le ministère va t'engager pour que tu les aides à trouver des malfaiteurs, des familles seront prêtes à payer des millions pour retrouver des disparus… »

« Hum… » fit Pansy. « Mouais, ça pourrait être pas mal, mais je préfère rester non référencée, c'est plus marrant. Si seulement je pouvais me glisser au cou une lettre destinée au prince charmant et le trouver au bout du chemin, ça serait encore mieux. »

Elle sourit tristement et détourna le regard. Deux secondes plus tard elle était un oiseau, elle s'envola et Draco en fit de même avec son balai, s'arrêtant au dessus des arbres pour laisser Pansy venir se poser sur le manche, devant lui.

« Vas-y, transforme-toi pour voir. »

Pansy s'exécuta et se retrouva en amazone sur le balai, elle se retint au cou de Draco et rougit terriblement.

« Bon sang… » maugréa-t-elle. « Ce que c'est génant. »

Draco rigola, pensant exactement la même chose.

« Tu as senti où il était ? »

« Oui. » dit-elle en indiquant une direction qui s'enfonçait dans la forêt. « Vers là-bas, très loin. Il se déplace extrêmement rapidement. Il s'est enfui en balai, lui aussi ? »

« Ok. » grogna Draco, n'en disant pas plus. Pansy allait le tuer, si Harry ne le faisait pas lui-même…

La jeune fille se retransforma en rapace et planta ses griffes dans le vernis noir du balai, émettant un petit cri, signe qu'elle était prête.

Draco démarra à fond, bien plus vite que s'il n'avait fait que suivre Pansy volant devant lui. C'est bien simple, il allait aussi vite que s'il avait repéré un vif d'or et cela le frigorifiait à tel point qu'il devait s'arrêter de temps en temps pour jeter un sort de réchauffement sur sa cape d'attrapeur avant de reprendre sa course.

De temps à autre, Pansy émettait un cri perçant et Draco ralentissait la vitesse de son balai, regardant l'oiseau qui tendait la tête dans une direction ou l'autre.

Poudlard avait disparu depuis longtemps et la forêt noire et dense s'étendait de toutes parts sous eux.

Pansy cria encore, un cri bref, ténu.

Quand Draco ralentit, elle se transforma et se raccrocha à son cou pour ne pas tomber.

« Il est juste en dessous, il s'est arrêté. » murmura-t-elle avant de se laisser tomber silencieusement en se transformant en oiseau.

Draco respirait de façon erratique.

Déjà ? pensa-t-il, inquiet.

Il n'était même pas sorti de la forêt interdite finalement.

Il regarda au dessous de lui mais ne vit rien à part le sommet noir des arbres.

Il fit descendre son balai à travers le feuillage, le cœur battant la chamade.

La neige venait de cesser de tomber.

A suivre…

NDA : Voilà, je sais que je m'emballe et que je prends pas mal de liberté sur l'univers magique d'HP, et sur Poudlard, alors j'espère que cela ne vous dépayse pas trop, ces quatre, non trois géants, et que vous avez aimé ce chapitre quand même. En tout cas, moi ça faisait très longtemps que j'avais cette vision des quatre géants fondateurs dans ma tête, alors je suis toute contente de l'avoir enfin écrit. J'espère que je les ai bien rendus, surtout au niveau du son. J'attends vos critiques avec impatience et je vous fais de gros bisous.

Levia !

PS : La chanson existe mais elle est en anglais et j'ai pris énormément, mais alors vraiment ! énormément de liberté sur la traduction, hein. Mais sinon, c'est une chanson de David Draiman et son titre c'est Forsaken. Demandez-là moi par mail, je vous l'enverrai.