Rappelle-toi

Auteur : Leviathoune

Bêta : Sinelune (qui vient chez moi dans trois jours alors que dans ma chambre c'est encore et toujours le DarkDawa !)

Résumé : Harry est tout autre lorsqu'il devient l'Elu. Draco a eu beaucoup de difficultés pour le ramener, inconscient, dans un Poudlard assaillie par les Mangemorts. Est-ce que les quatre statues des fondateurs ont réussi à taire leurs différents pour défendre l'école ?

Dessin : Sûr mon blog, à la date du 08/09/06, vous pourrez voir des dessins représentant les quatre géants fondateurs et un sur la dualité se trouvant en Harry.

Chapitre 24 : Une promesse faite à soi-même

Harry était assis, les genoux repliés contre son torse, les bras croisés posés sur eux, les retenant et sont regard restait rivé sur l'autre.

L'autre, son reflet, était exactement comme lui avec le même bas d'uniforme noir tout frangé d'accrocs. Comme lui, il était torse et pied nu et, comme lui il le regardait avec haine.

Parfois… Harry flanchait, alors, il se demandait si ce n'était pas lui le reflet de l'autre, s'il n'était pas l'autre, puis il se souvenait et réaffirmait son regard hargneux.

Leurs regards…

Leurs regards étaient différents…

L'autre avait des yeux étranges, plus lumineux, d'un vert beaucoup plus vif, magique, et ses pupilles étaient verticales comme celle d'un chat en plein jour. Pourtant, il ne faisait pas jour, ici. Il ne faisait rien car c'était le néant d'un rêve obscur et le noir y régnait, le noir et la bourbe.

Une fois, Harry y avait emmené Draco, dans ce lieu rêvé et cauchemardesque, pour l'effrayer, et ça avait été le vrai début de tout…

Là, quand il regardait l'autre, il se demandait s'il n'était pas devenu réellement fou, si cet univers de noirceur n'était pas finalement justifié.

Il était totalement perdu - d'autant plus qu'ici, le temps et l'espace n'avaient plus cours.

Harry, les deux Harry, savaient qu'ils étaient prisonniers d'un rêve, de leur inconscient commun, ou de quelque chose comme ça.

Un évènement les avait bloqué tous les deux ensembles et, maintenant, ils se défiaient sans cesse, essayant de vaincre l'autre psychologiquement pour avoir le privilège de revenir à la réalité, seul.

« Je suis le vrai ! » disait l'un et l'autre secouait la tête négativement.

« Je suis le vrai. » contrait-il.

Et ça n'en finissait jamais…

Leur début avait été laborieux.

« Qui es-tu ? » avaient-ils hurlé en se tournant autour comme des chats sauvages, essayant de se servir de la magie, n'y parvenant pas.

« Je suis Harry ! Harry Potter ! » répondait l'un.

« Je suis Moi ! » hurlait l'autre.

Des discussions houleuses et sans fins étaient nées entre eux. Et à présent, ils en savaient presque autant sur l'autre que sur eux-mêmes.

Cela était étrange car il ne leur semblait pas s'être dit tant de choses. C'était plus comme si, le rêve avançant, ils ne formaient plus qu'un et, plus qu'étrange, cela était vraiment effrayant…

« Sans moi… Tu serais mort depuis longtemps. » disait l'un. « C'est moi qui ai retourné l'Avada Kedavra, c'est moi qui l'ai brulé en première année, avec ma puissance. Moi encore qui t'ai aidé à chaque fois que tu étais en danger. C'était Moi ! »

« Et sans moi… tu n'existerais même pas. Sans Voldemort, tu n'aurais jamais existé, tandis que moi, sans lui, j'existerais. Tu n'es que le résultat d'une vulgaire prophétie. »

« Tu mens ! » hurlait l'autre, ses yeux devenant deux fentes très fines sous le coup de la fureur. « Ne te mets pas soudainement à croire en quelque chose que tu as réfuté toute ta vie durant ! Sans moi, tu serais d'une insignifiance crasse. »

Des discussions sans fins…

« Moi, j'ai une vie ! »

« Et moi… Je veux vivre ! »

Sans fin…

Souvent, ils restaient des heures à se contempler, fatigués, et parlaient plus calmement.

« Comment crois-tu cela possible ? »

« Je ne sais pas. »

« Est-ce qu'on est, en fait, la même personne ? »

Le Harry aux yeux fendus regardait l'autre, longuement.

« Je ne sais pas. » répétait-il.

Plus tard…

« Mais si tu dis être, tu penses avoir une âme différente de la mienne alors que nous nous partageons le même corps ? »

« Parfaitement, je suis un être complètement dissocié de toi. »

« Mais la personnalité, le caractère ou la puissance, ça n'a pas de rapport avec l'âme. On peut très bien avoir la même. »

« Les âmes… c'est une invention, au mieux romantique, pour que l'homme soit rassuré devant la perspective inéluctable de la mort. Mais moi je sais que je ne peux mourir alors je me moque d'avoir une âme. »

« N'importe quoi, tout le monde meurt un jour. Tu te prends pour Dieu ou quoi ? »

« Le concept de Dieu n'est que pure philosophie ou culte désuet. Si j'ouvre mon esprit, attentivement, je ne ressens pas la puissance de Dieu mais la magie de la planète, l'aura de notre terre et de tous les êtres vivant qui vivent sur elle, en elle. Et si j'ouvre mon esprit encore plus, c'est le flux de l'univers que je perçois et ce n'est pas quelque chose de tellement plus différent - c'est simplement plus grand, plus imperceptible, aussi - mais c'est exactement la même énergie immuable. Alors Dieu n'existe pas pour moi... »

« Ah, la ferme ! Tu ne sais pas tout sur tout, merde ! »

Le Harry aux pupilles fendues souriait alors, mystérieusement.

« Je suis simplement clairvoyant à propos de ma puissance, de comment la magie me compose. Quelque soit la forme que je prendrai, je resterai dans ce même état d'esprit. Même sans corps, je serais conscient et actif en ce monde. C'est ça, être libre… »

« Si c'est ça, alors pourquoi tu ne sors pas de ce corps en me foutant la paix, bien gentiment ? Casses-toi, avec ta superbe puissance ! Disparais ! Tu pourrais investir le corps de n'importe qui ! Ou te créer ta propre enveloppe charnelle, si t'es aussi fort que tu le dis ! Alors pourquoi t'as ma gueule, pourquoi tu me fais chier et pourquoi tu restes là si tu n'es pas prisonnier comme moi ? »

Etrangement, l'Elu se renfrogna et perdit de sa superbe.

« Quoi ? » demanda Harry agressivement car encore sous le coup de la colère mais intrigué par cette nouvelle attitude.

Il ne pouvait pas savoir que l'humanité avait quelque chose d'attirant pour l'autre Harry, surtout un aspect de l'humanité…

Les sentiments.

« Tu n'es pas si faible que ça, toi aussi, puisque tu nous retiens ici. »

« Je ne retiens personne, je suis, moi aussi, captif de ma propre tête. »

L'autre Harry fit signe que non.

« Il n'y a que toi qui nous retiennes mais je sais comment faire pour sortir. »

« Comment ? » souffla Harry, avide.

« Je dois te laisser le champs libre. »

Les deux garçons restèrent silencieux.

« Et tu ferais ça ? »

« Oui. »

Harry soupçonneux le regarda un moment.

« Mais tu reviendrais ? »

L'autre haussa des épaules.

« Je ne sais pas comment ça va se passer. Peut-être que ça sera comme avant et que je ne reviendrai que quand tu perdras le contrôle de toi-même à cause de ta rage. Peut-être que je pourrais revenir quand je le souhaite ou peut être que tu m'en empêcheras et que je ne reviendrai jamais. »

« Mouais… En gros, tu reviendras… »

L'autre sourit.

« Peux-tu me promettre quelque chose ? » demanda le Harry aux yeux d'émeraude plus sombre.

« Pourquoi pas… »

« Je veux que tu jures de ne jamais faire de mal à ceux que j'aime, et même ceux dont je me moque. Et tu ne dois blesser plus personne et tu ne dois surtout pas toucher à Draco. Il est à moi. Et toi, il ne t'aime pas. Alors, même si tu reviens, tu ne te feras pas passer pour moi. »

« Pourquoi je ferais ça… » fit-il, l'air franc mais Harry n'était pas dupe.

« Promet-le, simplement. »

« Je promets. » fit le jeune homme aux yeux acides.

Puis… il disparut, il n'y avait plus qu'un seul Harry.

Il se retourna, une fois ou deux, mais il était réellement seul.

Vraiment ?

L'univers se modifia, l'obscurité pâlit et Harry sentit qu'il se réveillait.

Il ouvrit les yeux et battit des paupières.

Il avait une drôle d'impression… Persistante.

Il avait dû faire un rêve vraiment étrange mais il avait beau essayé d'en rattraper les bribes, le rêve s'effaçait, irrémédiablement.

Harry se redressa, agacé.

Encore un rêve qui lui semblait important et dont il ne souviendrait pas, s'énerva-t-il.

Il regarda autour de lui et découvrit où il était.

Du blanc, des lits, des armoires à pharmacie et une pile de bonbons et de boîtes de chocogrenouilles sur la table de chevet à ses côtés…

Pourquoi était-il à l'infirmerie ?

Que c'était-il passé ?

Il fit un effort de concentration mais la seule chose dont il se souvenait clairement était son incroyable fureur envers Rogue, dans la serre.

Il avait dû perdre le control.

Soudain, il se sentit misérable.

Il se leva et un vertige le prit. Il dut se retenir au montant de fer de son lit pour ne pas tomber en attendant que cela passe.

Il se dirigea vers la première fenêtre et regarda l'endroit où c'était trouvé la serre.

Il n'y avait plus rien.

Quoique…

Quelques poutres en métal dépassaient du tapis blanc qu'avait formé la neige fraiche. Sous ce petit tas, apparemment pur, ne devait être dissimulé que destruction…

Harry eut envie de pleurer mais il se retint.

Après tout, c'était de sa faute. Il ne devait pas s'apitoyer sur lui-même, il devait assumer en serrant les poings, voilà tout…

Ses yeux s'embuèrent tout de même de larmes contre son gré.

OoOoO

Quelque temp plus tard, Madame Pomefresh vint voir Harry pour l'ausculter de nouveau.

Comme il allait bien, elle autorisa ses amis à venir lui rendre visite.

« Mais ce n'est pas parce que vous avez dormi quasiment une semaine que je vous permets de faire les fous ! » dit-elle, acerbe, en laissant entrer Ron et Hermione.

Une semaine !

« Salut, R'ry. » fit Ron en s'asseyant d'un côté du lit, Hermione de l'autre. « Ça va ? »

Harry eut un regard malheureux et son ami lui fit un pauvre petit sourire. Ron attrapa une chocogrenouille et la lui tendit. « Tiens… ça te fera du bien. »

Harry prit la friandise mais ne l'ouvrit pas et la reposa finalement dans le tas en soupirant.

« Je ne me rappelle de strictement rien - à part peut-être un rêve bizarre, et encore... C'était peut-être un rêve avec Voldemort, mais je ne suis pas sûr... »

« Madame Pomefresh nous a dit que tu dormais plutôt bien. Qu'est-ce qui te fait dire que ça pourrait être un rêve avec Voldemort ? » lui demanda Hermione, sur le qui-vive.

« Il y avait des yeux de serpent dedans… » se rappella Harry. « Mais, je ne suis pas sûr… Ils n'étaient pas rouges. »

La brunette fronça les sourcils et se rapprocha de lui comme pour le soutenir.

« Je ne crois pas que ce soit ça… »

« Sûrement pas. » ajouta Ron, gêné.

Harry se renfrogna.

« Alors c'était moi ? C'est ça ? »

Hermione acquiesça et Harry sentit le dégout et la haine l'envahir.

« Mais ça ne peut pas être possible. J'ai vraiment les yeux qui deviennent comme ceux de Voldemort ? Non… Déjà que je parlais fourchelangue… Pff… » Il se tut un moment puis demanda impérieusement : « Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« Je me doutais bien que tu ne te rappellerais de rien. » fit tristement la jeune fille.

« On peut te dire ce qu'on sait, on est venu pour ça. Mais tu dois savoir qu'on ne sait pas tout. » Il soupira puis reprit piteusement en désignant Hermione et lui : « Tous les deux, on était dans une salle de classe quand ça c'est produit. On regardait la serre, on attendait - au cas où… »

« J'avais prévenu Malfoy, aussi, tu sais ? Et, quand il y a eu l'explosion… »

« Une explosion ? » la coupa le brun, abasourdi.

« Oui, il y en a eu plusieurs. La première n'était pas très importante mais nous sommes partis à fond, avec Ron. C'est dans les escaliers qu'il y a eu la deuxième et ça a ébranlé toute l'école, vraiment. Les tableaux se décrochaient et tombaient des murs en hurlant. »

« C'était presque comique… » fit Ron, penaud.

« Quand on est arrivé dans le parc, la serre était détruite et Dumbledore commençait déjà à déblayer les ferrailles pour en extirper les professeurs. »

Harry retint son souffle, horrifié.

« Il y a eu des blessés ? »

« Ils étaient tous un peu chiffonnés mais ils avaient, au pire, de simples estafilades. »

« Sauf Rogue. » ajouta Ron.

« Oui, sauf Rogue… » confirma Hermione, évasive.

« Qu'est-ce qu'il avait, lui ? » demanda le Survivant, inquiet. « Je ne l'ai pas tué, au moins ? »

« Non, ne t'inquiète pas. Il était juste inconscient et un peu… en sang… sous les gravas et les poutres en fer. »

Le Survivant agrandit ses yeux de stupeurs.

« Mais ne t'inquiète pas, Harry. » réitéra Hermione vivement pour le rassurer. « Il s'en est très bien sorti ; il a même repris ses cours depuis trois jours et il est toujours aussi désagréable. »

« Même plus ! » s'écria le jeune Weasley.

« Et Draco ? »

Hermione et Ron parurent gênés.

« Ben, on ne sait pas ce que tu lui as fait, mais il s'est forcement passé quelque chose puisqu'il est parti te chercher. »

« Me chercher ? Parce que j'étais où ? »

« Nous, on ne l'as pas vu, mais il parait que tu t'es enfui dans une boule de feu droit vers la forêt interdite. »

Ron faisait un geste de la main qui signifiait au loin, loin…

« Une boule de feu. Rien que ça… » grommela Harry. Après un petit temps de réflexion, il demanda : « Et Draco m'a poursuivit dans la forêt interdite ? »

« En balai… »

« Et il m'a ramené comment ? En balai ? »

Il avait du mal à imaginer pareille scène - c'était ridicule, bon sang.

« En fait, c'est la statue des Poufsouffles qui vous a ramené dans le creux de ses mains et ça, c'était la classe. » affirma Ron avec véhémence. « C'est trop bête que tu étais dans les vapes à ce moment là… »

« La statue de quoi ? Des Poufsouffles ? C'est quoi encore, cette histoire ? »

« C'était incroyable ! » s'exclama son ami, comme s'il n'avait attendu que cet instant pour s'enflammer. « Dumbledore a invoqué les quatre fondateurs ! Hermione, les photos ! »

« Vous avez fait des photos ? » demanda Harry, blasé.

« Pas nous, Colin - pour une fois qu'il se rend vraiment utile avec son appareil à la con. Je ne sais pas comment il a fait pour trouver un coin un peu dégagé par les plantes mais il s'est donner les moyens pour mitrailler tant et plus. »

« Il a même gagné un max de fric en vendant quelques tirages à la gazette. A l'école, il ne fait que ça… développer sans cesse pour les vendre aux élèves, aux parents des élèves, etc... Comme on est de Griffondor, on a pu avoir le tout pour pas trop cher. » expliqua Hermione en fouillant frénétiquement dans son sac avant de tendre une enveloppe de papier kraft à Harry. « Tiens. »

« Vous parliez de plantes ? » demanda-t-il en sortant les photos de l'enveloppe, presque pieusement.

« Oui, c'est encore un coup de la Poufsouffle, elle était géniale. » reprit Ron, véhément.

« Et tellement belle… » soupira Hermione.

Harry ne les écoutait plus du tout, il regardait les tirages sépia animés.

« C'est bizarre, ça va encore plus lentement que d'habitude. Il a foiré l'animation au développement ? »

« Ho non, Colin les a très bien tirée, depuis le temps qu'il te prend en photo sur ton balai, il est devenu un expert dans le rendu des mouvements. Mais là, c'est juste leur manière de se déplacer ; ils sont très, très lents. Enfin, c'était au début parce qu'ils n'étaient pas quatre. »

« Ha… » fit Harry en feuilletant les photos, une à une.

Il poussa un petit cri de surprise lorsqu'il vit des dizaines et des dizaines de Mangemorts attaquer Godric puis le dépasser pour s'en prendre aux murailles recouvertes de plantes grimpantes vivaces et acérées sur un autre cliché. Sur un autre encore, la Serdaigle battait furieusement des ailes pour chasser la minuscule multitude.

Sur un autre, il y avait la Poufsouffle qui arrivait de la forêt en écartant les arbres immenses de la forêt interdite sur son passage. Hermione pointa le doigt sur les mains jointes à hauteur de la poitrine de la géante.

« Toi, tu es là. Avec Draco. »

Du coup, Harry resta presque une minute à détailler le cliché, regardant la magnifique statue avancer, pas à pas…

La photo suivante la montrait encore, les bras s'élevant lentement vers la femme de nuit qui se penchait, elle et sa chevelure voile, de sa haute tour - les ailes de cette dernière étaient si grandes qu'elles n'étaient jamais représentées en entier sur aucun des clichés la représentant.
Sur une autre photo, il y avait le visage en très gros plan de Salazar Serpentard, noir, immobile, juste la forêt et le lac bougeaient, flous dans le lointain.

« Il était une statue normale depuis le début, il ne bougeait pas du tout. » ricana Ron. « Je peux te dire que les Serpentards ne faisaient plus les fiers. »

Harry poursuivit en glissant les photos l'une derrière les autres après les avoir détaillés.

Les Mangemorts dans leurs cercles de lumières, Rowena, les yeux lumineux sur sa tour - avec la silhouette minuscule d'un humain blond accoudé aux remparts dans l'alcôve de l'arche formé par deux bras bleus et immenses.

« C'est Draco… » murmura-t-il en caressant instinctivement la photo.

Il poursuivit et s'exclama encore une fois quand Godric détruisit Salazar, le transformant en eau cascadante, et que le serpent gigantesque s'éleva sur lui pour s'abattre dans une gerbe colossale de vapeur.

« Holala… » murmura Harry, presque amusé en regardant les photos suivantes.

Serpent, lion, homme noir, homme rouge et tout à coup cette Poufsouffle qui se jetait dans les flammes et l'eau les bras en avant, sa chevelure arraché, brulée…

« C'est vraiment trop n'importe quoi… »

« C'est parce que tu le vois en photo. En vrai, c'était… époustouflant ! » s'extasia Ron.

« Puisque tu es si inspiré, raconte moi la suite, Ron. » fit le Survivant, indifférent.

Et son ami lui narra toute l'histoire avec moult détails et bruitages. Il tenait les photos et lui expliquait en agitant les bras avec un enthousiasme communicatif.

« Et là, ils se sont arrêtés ! Comme ça, pfiouuu… D'un coup, ils se sont calmés - comme par magie ! Ils sont restés bien droits, pendant un long moment. Ils ne bougeaient plus du tout, l'un en face de l'autre, avec la Poufsouffle entre eux, à terre ; elle semblait morte, en miette. Je peux te dire que y'en a pleins d'entre nous qui se sont mis à pleurer en la voyant détruite - je te jure ! Y'avait de la vapeur partout qui s'élevait et des flammes qui s'éteignaient lentement dans le parc, autour d'eux, et puis y'avait la Serredaigle aussi qui poussait ses cris déchirants, atroces. Ce n'est pas avec ses photos que tu peux bien te les imaginer - mais c'est le nouveau truc des Serdaigles de siffler un peu comme ça. Ils ont inventé un sort, enfin bref… La scène était belle et triste… Surtout qu'on avait peur, parce que les Mangemorts détruisaient les barrières de Poudlard, peu à peu. Et là… ils l'ont comme… soignée ! Oui, c'est ça, la chaleur du feu et l'eau l'on refait fleurir et elle était encore plus belle qu'avant lorsqu'elle s'est finalement relevée. C'était trop bizarre, je t'assure, on aurait dit que le Serpentard était amoureux d'elle. »

« Ha ouais ? » fit Harry, sarcastique.

« Regarde. » dit Hermione en cherchant une photo - Harry ne l'avait jamais vu autant d'accord avec Ron de sa vie.

Sur le tirage - couleur, cette fois - qu'elle lui présenta, il vit un grand visage calme de pierre noire et mouillée, front contre front avec celui de pierre grise, rugueuse et mousue d'une véritable déesse de la nature, entouré d'une chevelure de lianes luxuriantes emplies de fleurs, de bêtes et d'oiseaux.

Il y avait sous les paupières de pierre noire et grise deux feus, l'un vert, exactement du même vert que ce qu'Harry se rappelait de son rêve étrange, et l'autre aussi doré et lumineux que le soleil.

« C'est vrai qu'ils ont l'air plutôt potes. » concéda Harry. « Les Serpentards doivent être verts (NDA: Et argent, lolilol - que je suis marrante, moi alors). »

« Tu parles ! » s'exclama Ron. « Je ne sais pas ce qui leur prend à eux et aux Poufsouffles mais, depuis cet épisode, ils sont liés comme c'est pas permis. On dirait qu'ils veillent les un sur les autres. C'est vraiment trop niais. »

« S'il n'y avait qu'eux. » reprit Hermione, agacée, roulant des yeux. « Mais même les Serdaigles se la jouent grand protecteur de Poudlard. Ils se nomment les veilleurs, ils se la pètent avec leur sifflement. Non, mais, j'te jure… »

« C'est grave. » approuva vivement le rouquin.

« Et les Griffondors ? Ils réagissent comment eux ? » demanda Harry, intrigué.

« Bah, comme d'hab'… De toute façon, on était les meilleurs depuis le début. Nous, on avait pas besoin de l'intervention de grandes statues et de tout le bordel pour être au top, pas vrai ? »

« Clair ! » appuya la vindicative jeune fille.

Harry se renfrogna.

Il prit les photos et regarda les suivantes, vite.

« Et ensuite, je suppose que, comme les statues des fondateurs s'entendaient à merveille, ils ont fait des choses extraordinaires, qui défiaient tout entendement, et qu'ils ont repoussé avec brio l'attaque des méchants Mangemorts, etc, etc. »

« Comment t'as deviné ? » s'amusa Ron. « Mais tu ne devrais pas être si ironique parce que c'était vraiment incroyable ! Regarde ça. »

Le rouquin fouilla dans les photos et en mit quelques-unes sous le nez d'Harry.

L'une d'elle représentait un ciel dans lequel des nuages noirs tourbillonnaient en occultant la lune et les étoiles, lentement. Un aigle noir immense passa puis se mis à décrire des cercles comme s'il avait trouvé une proie sur laquelle fondre, seul deux yeux phares perçaient la noirceur de la photo. L'attaque survint par le biais d'un éclair gigantesque, ou plutôt, une tempête d'éclairs - ça avait beau être une image, Harry sursauta.

Sur une autre photographie, c'était Godric que l'on voyait, son épée à la main, ouvrant une bouche démesurée en vomissant de la lave tandis que des éclairs vibraient autour de lui, sur lui sans pour autant le blesser - bien au contraire.

Sur une autre, c'était Salazar que l'on voyait entrer, pas à pas, dans le lac jusqu'à la taille. Sur une autre, plus rapprochée, le calamar géant agrippait ses nombreux tentacules à son corps translucide entre l'eau et la pierre, une eau solidifiée ou plutôt une eau comprimée en un corps de géant par une aura d'acier.

Sur encore une autre, le corps du géant des Serpentards voyait s'élever, au dessus de lui, un serpent, absolument gargantuesque, fait des eaux vertes du lac. De l'eau sortait d'abord sa tête noire aux yeux verts fluorescent et suivit de près par son corps encore plus immense qu'une tour de Poudlard - il semblait ne peser rien tant il se mouvait avec grâce.

Le monstre marin à la gueule béante voyageait en faisant pleuvoir une multitude de gouttes d'eau dans son sillage. Harry pouvait presque entendre grésiller les flammes qui embrasaient lentement mais sûrement la forêt interdite, jetant ainsi des reflets sanglants sur la neige.

Soudain, il s'abattait de tout son long sur une parcelle de la forêt où se terrait les Mangemorts. Une lueur phosphorescente et électrique courait sur l'eau noire qui se déversait alors de toute part entre les arbres.

« Je crois, mais je ne suis pas sûr, qu'ils parlaient fourchelangue, Salazar et son serpent. » fit Hermione. « Peut-être que tu aurais pu les comprendre… »

Pour la première fois, Harry regrettait vraiment de ne pas avoir vu une telle scène. Cela avait dû être sacrement impressionnant, il devait bien se l'avouer.

« Ils ont recommencés quelques fois, tous les quatre ensemble - consciencieux. » reprit Ron. « Ils ont tout dévasté, c'était abominable. »

Harry passait son regard d'une photo d'un parc ravagé par les éclairs, la lave et des trombes d'eaux, à la fenêtre donnant sur l'extérieur où tout était tout à fait normal.

« Laisse-moi deviner : c'est la Poufsouffle qui a tout remis en état ? »

« Oui, mais elle n'a pas fait que ça. Elle se battait, elle aussi, mais à sa manière. »

Hermione cherchait une photo pour appuyer les dires de Ron.

« Tiens, regarde ça. » lui dit-elle. « Elle a capturé un maximum de Mangemorts avec ses tentacules végétales. Mais ce n'était pas pour les tuer, comme les autres, mais pour les épargner. Elle a fait une trentaine de prisonnier, comme ça, et elle les a même guéris. Quand tout a été fini, Dumbledore et les hommes du Ministères les ont tous trouvés dans une cage de lianes, endormis ou simplement trop calmes. Ils avaient été comme envoutés, charmés et ils se sont rendus bien sagement, sans opposer la moindre résistance. Il parait même qu'ils se sont laissés interroger, et tout. Incroyable, non ? »

Harry prit la photo que lui tendait la jeune fille.

On y voyait la statue de la terre tenir dans ses mains immenses une masse grouillante de bras, de jambes et de lianes vivantes. Ses yeux dorés regardaient les Mangemorts de façon bienveillante tandis que, dans son dos, s'abattaient, au loin, une boule de feu grésillante sans doute vomis par le Griffondor ou lancé par la Serredaigle, achevant ainsi de massacrer la lisière de la forêt interdite.

« Comme quoi… l'union fait vraiment la force. » conclue Hermione en tenant dans ses mains des photo des débuts lents et laborieux pour effectuer une franche comparaison.

« Qu'est-ce qu'ils sont devenus, ensuite, les quatre ? » demanda Harry.

« Quand Poudlard a été complètement hors de danger, vers cinq heures du matin, ils ont disparus, simplement. » Ron fouilla dans le tas de photos et en tendit une à Harry. « Ils se sont changés en poussières, en air, en cendre et en eau. »

Sur la photo, la dernière sans doute, on y voyait les quatre fondateurs réunis sur le cercle qui les avait vus naitre mais, cette fois, ils n'étaient pas dos à dos, affrontant le danger, mais les uns en face des autres, faisant plus pierres élémentaires que jamais.

Les ailes de la femme oiseau devenaient de plus en plus transparentes - tout son corps devenait transparent.

La terre voyait sa chevelure se racornir et tomber en poussières que le vent emportait. Les oiseaux et les animaux qui l'avaient habité la quittaient à tir d'ailes.

Le feu devenait une pierre de plus en plus noire tandis que Salazar, tout comme l'air, devenait de plus en plus transparent et instable.

Seuls leurs yeux luisaient férocement dans la pénombre d'un petit matin. Le vert acide, le bleu cobalt, l'or du soleil et le rouge sang.

Enfin, comme l'avait dit Ron, ils se volatilisèrent, tous en même temps.

« C'était triste. » soupira Hermione. « On aurait tous voulu qu'ils restent là, même sans vie, mais qu'au moins ils nous laissent ces quatre statues, comme ça, en souvenir. »

Harry pouvait percevoir quelque chose de la tristesse que les élèves avaient dû ressentir en voyant les géants disparaître sur le cliché.

Lui aussi aurait aimé vouloir ressentir ce que ça faisait d'être si chèrement, si puissamment défendu, au moins une fois dans sa vie…

Il réunit les photos pour les regarder à nouveau, machinalement.

« Est-ce que les Mangemorts capturés ont dit quelque chose d'intéressant ? »

« Je ne sais pas. » fit Hermione. « Mais je sais que tu es convoqué dans le bureau du Directeur dès que tu iras mieux. Je crois que les choses vont grandement se précipiter, maintenant… »

Harry haussa les yeux au ciel.

« C'est le moins qu'ont puisse dire, il va falloir s'y mettre vraiment, et vite. Mais il reste un seul gros problème, dans tout ça. Celui qui est fort et qui s'enfuit de Poudlard en faisant des boules de feu en laissant Rogue en sang derrière lui, ce n'est pas moi. Je ne sais pas comment utiliser cette puissance, je ne la contrôle pas du tout, je ne peux même pas m'entrainer à la maitriser. Imaginons que j'arrive devant Voldemort et qu'il ne se passe rien ? Où plutôt, et si je venais à perdre complètement la maitrise de mon corps et que je ne revenais jamais. Là, il m'a fallut une semaine de coma pour me réveiller, qu'est-ce que ça sera après Voldemort ? »

Sur ce, Harry bondit à bas de son lit.

Comme d'habitude, ses vêtements et sa baguette étaient tranquillement rangés dans l'armoire en face de son lit. Sans même se soucier d'Hermione qui s'écriait qu'il ne devait pas se lever, il enleva sa large et longue blouse blanche et enfila rapidement son pantalon et le reste de son uniforme.

« Hey, mec ! Est-ce que je me fous à poil devant Malfoy, moi ? » grogna Ron, faussement bougon et les bras croisé contre son torse.

Harry se retourna en enfilant gauchement ses chaussures.

« Quoi ? »

« Laisse tomber... »

« Harry, tu ne dois pas encore sortir de l'infirmerie ! » pesta Hermione, un peu gênée devant son ami impudique.

« Qu'est-ce que vous avez, tous les deux ? J'étais en caleçon, qu'est ce qu'il y a de si gênant ? »

Harry n'attendit même pas la réponse qu'il enfila sa robe de sorcier par-dessus le tout, mit sa baguette dans sa poche et se dirigea vers la sortie.

« Mais où tu vas ? » tenta la jeune fille en lui emboitant le pas.

« Dans le bureau de Dumbledore puisque je vais mieux. »

« Ha… Oui, c'est bien. » concéda-t-elle. « Je pensais que tu allais voir Draco. »

« Pourquoi tu dis ça ? Je ne devrais pas aller le voir ? »

« Mais non, je ne veux pas dire ça. Je veux juste dire qu'aller voir Dumbledore est plus sérieux qu'aller voir ton petit copain. Je pense bien que tu te languis de le revoir, mais il y a plus urgent. »

Harry se renfrogna et n'ajouta rien de plus.

La vérité était qu'il n'était pas du tout pressé de revoir le Serpentard.

Il savait que ça allait être très difficile de l'affronter après ce qu'il ne se rappelait pas lui avoir fait mais qui devait certainement être dégueulasse.

OoOoO

Quand Harry arriva devant la gargouille qui gardait le bureau de Dumbledore, il se retourna vers Hermione qui connaissait, naturellement, le mot de passe.

« Vous venez, ou pas ? » leur demanda-t-il tandis qu'il gravissait les escaliers.

Ron et Hermione, eux, n'avaient pas bougé.

« Tu veux qu'on vienne ? » demanda la jeune fille, gênée. « Je pensais que les questions que tu avais à poser seraient d'ordre privé. »

Harry réfléchit.

« C'est pas grave, mec. » trancha Ron. « Vas-y seul, tu nous raconteras après. »

Le brun acquiesça.

En effet, c'était mieux comme ça.

Lorsqu'il frappa à la porte et que celle-ci s'ouvrit, il trouva Dumbledore seul mais fort occupé, dans son bureau.

Fumesek n'était pas sur son perchoir habituel mais les serres bien plantées sur la table, juste devant Dumbledore qui lui donna une lettre. L'oiseau disparu avec sa missive dans le bec.

« Harry. » fit le Directeur en organisant des papiers, des enveloppes et beaucoup d'autres choses. « Je suis heureux que tu sois venu si vite. »

Le vieil homme redressa son visage raviné encadré de ses longs cheveux et de sa barbe blanche. Ses yeux bleus et limpides n'arboraient pas une expression bienveillante derrière ses lunettes en demi-lune comme à son habitude. Au contraire, Dumbledore était on ne peut plus sérieux et concentré.

Il fit signe au Griffondor de prendre place sur le siège devant son bureau.

« Tu vas bien ? »

« Oui. » fit Harry. « Ça va. »

« Est-ce que tu sais pourquoi tu es resté une semaine inconscient ? »

« Quoi ? Non, je suppose que… »

Il ne poursuivit pas sa phrase, trop renfrogné qu'il était à ce sujet.

« Si tu te souviens de quoi que ce soit, c'est très important que tu m'en parles. »

« Et vous, vous ne pouvez rien me dire de plus, à ce propos ? Peut-être que cela m'aiderait. »

« Et bien… » commença Dumbledore. « Je ne sais pas trop. Ce ne sont que des suppositions que j'ai étayé avec le concours de Draco. »

« Ha ? » demanda Harry, feintant l'indifférence. « Il vous a raconté quelque chose de spécial ? »

Le vieil homme rit, doucement.

« Et bien… Il a réagit un peu de la même façon que toi. Il s'est surtout renfermé sur lui-même en bougonnant et a attendu que je tire les conclusions. »

« Et qu'elles sont-elles ? »

Le grand mage allait répondre lorsque Fumseck réapparut bruyamment en tenant une lettre dans son bec, une réponse qu'il s'empressa de lire.

« Excuse-moi, je dois y répondre immédiatement. » fit-il en attrapant sa plume. « Depuis une semaine, ça n'arrête pas. »

« Mais qu'est ce que vous faites ? Je ne vous ai jamais vu si occupé. »

« C'est normal, j'écris au monde entier, Harry. Quand je dis monde entier, je veux parler, en fait, de tous les ministères de la magie existant. C'est fastidieux, je t'assure. »

« Ho ? » fit le Survivant, pas très impressionné. « Vous leur demandez de nous aider ? »

« Non, cela je leur ai demandé il y a plusieurs années déjà. Je me suis assuré de leur soutien, avec l'aide de notre Ministère. Là… Je leur demande de tenir leurs troupes prêtes pour dans six jours. »

Dumbledore redressa ses yeux perçant pour dévisager un Harry se sentant soudainement très mal à l'aise.

« Six jours ? C'est là qu'aura lieu la grande bataille ? »

L'autre acquiesça, vénérablement.

« Nous allons tout tenter dans six jours, Harry. Six petits jours, pas même une semaine. Je peux t'assurer que, le Ministère et moi, nous nous sommes assurés d'avoir un maximum de forces de notre côté. Les personnes auxquelles nous parlons sont sûres mais il est impensable de se dire que Voldemort ne le prévoira pas. Il a de toute façon senti ta puissance colossale et il est certainement déjà en train de réunir ses armées de son côté. Espérons être les plus rapides pour tout mettre en place à Stonehenge… »

« Mais… » commença Harry. « Vous êtes sûr que je suis prêt pour… »

« Ne t'inquiète pas. Tu n'auras sans doute pas à te battre. Regarde ça… » Dumbledore sortit une carte du monde et la déplia devant le Survivant. Il y avait des myriades de petits points rouges sur tous les continents avec des chiffres plus ou moins importants à côtés de chacun d'eux.

« Qu'est ce que c'est ? »

« C'est le nombre d'hommes que l'on peut espérer avoir à nos côtés le jour J. Ce sont, en tout, neuf mille combattants d'élite qui se battront pour notre cause. »

« Neuf mille ? C'est sûr que c'est beaucoup, ça ? »

« L'Angleterre ne dispose que de mille cinq cent sorciers aptes à se battre. Et encore, ils ne sont pas tous formés au combat comme les Aurors, par exemple, puisque ce chiffre compte les civiles volontaires. Nous sommes un peuple restreint de part le monde, alors neuf milles c'est beaucoup, vraiment beaucoup, oui. Mais, Harry… Voldemort a d'autres ressources… humaines et non-humaines. Il ne faut point être trop confiant et se tenir prêt… »

« Mais… Moi, je… Et la prophétie, alors ? »

« Nous verrons. Tu seras avec nous, de toute façon ; protéger au centre de Stonehenge. Dis-toi que tu n'es pas forcé d'intervenir, surtout si nous avons la situation bien en main. Tu n'es pas obligé de te soumettre à une prophétie, Harry. Tu dois faire ce qui te semble juste et, pour ma part, il n'est pas juste qu'un… pardonne-moi l'expression… qu'un enfant se voit imposer une telle responsabilité. Nous ne nous reposons pas sur toi, Harry, tu comprends ? C'est à toi de décider de la part que tu veux prendre dans cette guerre, surtout que… »

« Surtout que, l'Elu, ce n'est pas moi, apparemment. » le coupa le brun. « Et que si je dois réaliser cette foutue prophétie, je perdrai ma personnalité dans la foulée. La vie, peut-être... »

Harry baissa le regard, lentement, et se mit à rire, doucement ; un rire qui ne lui ressemblait pas. Soudain, il parut se ressaisir, comme étonné de son comportement.

« Excusez-moi, je ne voulais pas rire… Je ne sais pas ce qui m'a pris. »

« Harry… » reprit Dumbledore impassible. « Comment peux-tu être si sûr que ce n'est pas toi, l'Elu ? Du moins une partie de toi, enfouie ? »

« Pourquoi je ferais du mal à ceux que j'aime sans même les reconnaitre ? En plus, je ne me rappelle de rien, ça prouve bien que ce n'est pas moi, non ? »

« Tu sais… L'esprit humain est l'une des choses les plus complexes sur cette terre. Et tu as une énorme puissance en toi alliée à beaucoup de traumatismes. De plus, Voldemort et toi avez été liés d'une certaine façon qui restera toujours des plus mystérieuses. Les réponses sont en toi. Et en lui, également... »

Le Survivant pencha la tête sur le côté, les yeux brillants d'une lueur étrange derrière ses mèches de cheveux noirs.

« Voldemort… Vol de Mort… »

Elle était étrange la façon dont il avait prononcé ce nom, comme s'il écoutait la résonance chantante, comme s'il n'y avait rien d'inné qui entachait ces trois petites syllabes.

« Harry ? » appela Dumbledore pour briser l'atmosphère devenue bien légère, tout à coup.

« Excusez-moi. » sursauta le Griffondor. « Je crois que j'ai eu une absence. Je dois encore être fatigué. »

« Tu ferais mieux d'aller te reposer. »

Harry ne comprit pas pourquoi le vieil homme posait un regard si scrutateur sur lui.

Peut-être qu'il s'inquiétait pour sa santé ou que sa semaine avait été réellement harassante et que la perspective du combat entachait encore plus sa bonne humeur naturelle.

Cela restait, toutefois, bizarre et déstabilisant.

Il acquiesça, tout de même.

« Oui, je crois que je vais y aller. »

Il se leva et quitta le bureau du directeur, prenant la direction de son dortoir - ainsi, il serait sûr de ne pas rencontrer Draco s'il se calfeutrait dans son lit.

C'étant sans compter la volonté d'un Serpentard confirmé.

OoOoO

Harry était couché dans son lit depuis moins d'une heure lorsqu'une personne entra dans son dortoir.

Tétanisé, il constata que c'était son petit ami en personne qui avait osé pénétrer dans le repaire honnis de ses ennemis.

« Draco, qu'est ce que tu fais là ? On t'a laissé entrer ? » bredouilla Harry.

« Bonjour l'accueil. » grogna le blond. « Bien sûr qu'on m'a laissé entrer. Depuis l'épisode des géants, on s'aime tous dans cette école, on ne te l'a pas dit ? Tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil et tout le monde connait les mots de passes de tout le monde et c'est la fête tous les jours. »

« C'est à ce point ? » maugréa le brun, s'empêchant de rire vu ce qu'il aurait à dire par la suite. Il prit son courage à deux mais et se lança : « Draco, je… On doit parler. »

« Tu m'évitais. » le coupa le blond en s'asseyant à côté de lui, sur le lit.

Harry sentit deux choses se tordre en lui.

La première, c'était le manque réel qu'il ressentait.

Il voulait serrer Draco dans ses bras comme quelqu'un qui n'avait pas touché son petit ami depuis une semaine et qui avait besoin de tout le réconfort du monde.

La deuxième, c'était la honte immense qu'il ressentait en imaginant ce que Draco avait put ressentir lorsque… lorsqu'il ne savait trop quoi.

« Oui… Je t'évitais. » dit-il, enfin. « Mais toi, tu ne sais pas pourquoi ? »

« Non, c'est toi qui ne sais pas pourquoi. Tout à l'heure, Granger est venue me trouver pour me confirmer que tu ne te rappelais de rien, comme on s'en doutait depuis le début. »

« Depuis quand tu es pote avec Hermione au point de spéculer sur mon compte avec elle ? »

« Depuis qu'on a un sujet d'inquiétude en commun. Mais désolé de te décevoir, je ne suis pas vraiment ami avec elle, juste courtois - et encore... Tu me diras, c'est déjà bien compte tenu notre passé... »

Draco eut un sourire Serpentaresque et Harry soupira.

« Tu vas me dire ce que je t'ai fait, dans la forêt ? »

« Bien sûr que non. »

« Quoi ? Pourquoi ? » fit le Survivant, interloqué.

« Parce que si tu le savais, tu me fuirais encore plus. Peut-être même que tu me quitterais pour me protéger, ou un truc à la con dans le même genre. »

Le brun ouvrit la bouche puis la referma perplexe. Son regard se ternit et il était clair qu'il était malheureux.

« Mais c'est ce que je veux faire… Draco… » finit-il par dire, timidement. « Je pense que ça serait le mieux pour toi… On ne sait pas vraiment ce que je suis mais ce qui est clair c'est que je suis dangereux, même pour toi, alors que je… Alors que je t'aime ! Je ne peux pas me permettre de te perdre, par ma faute en plus, et… »

Soudain, Draco gifla Harry d'une façon tout à fait flegmatique maisparfaitement douloureuse.

Harry se tint sa joue endolorie en regardant Draco, perplexe et dégouté.

Le blond n'affichait aucune expression particulière - comme souvent.

« C'est bon ? Tu es calmé ? »

« Qu… quoi ? » bredouilla le Survivant. « Mais non ! »

« Harry, tu vas te mettre ça dans le crâne et vite : il est hors de question que tu me quittes pour une raison si pitoyable, c'est bien compris ? Je suis un Serpentard, pas une belle en détresse à préserver de tous les dangers. Même ma mère me pense plus fort que ce que tu viens de laisser sous-entendre. Tu es vexant ! Si je veux vivre dangereusement avec toi, c'est mon droit le plus strict. »

« Mais… »

« Tu dis que tu m'aimes pour mieux me quitter avec de belles et nobles paroles ? Mais tu craques ou quoi, Potty ? »

« Non, je… »

« Y'a pas de mais, de non, je… qui tiennent. Je refuse, c'est tout. »

« Et si c'est moi qui refusais ! » s'écria le brun.

Draco haussa des épaules.

« Alors ne compte pas sur moi pour te tendre les bras grands ouverts quand tu te jugeras apte à revenir me voir. Si tu veux que ça soit fini entre nous, tu assumes jusqu'au bout et tu ne me reverras jamais. »

« Là, tu es dur, Draco ! »

« A toi de choisir, Potter… »

En disant cela, le Serpentard enjamba le lit et se mit à califourchon sur le Survivant. Il l'attrapa dans ses bras et se blottit de force contre lui.

Harry luttait mais des mots achevèrent de rompre ses dernières résistances.

« Je t'aime aussi… » murmura Draco, languide. « Et je veux que ça dure, toi et moi, alors ne fais pas ça… »

Harry l'attrapa à son tour et le serra dans ses bras tel un damné en fermant les yeux de toutes ses forces.

Ils tombèrent enlacés sur le lit et s'embrassèrent comme des perdus.

« Tu sais que dans six jours… » demanda Harry.

« Je sais… » répondit Draco. « Mais n'y pensons pas. Pas maintenant. »

« D'accord. »

Ils recommencèrent à s'embrasser en glissant leurs mains sous leurs vêtements, impatients. Ils se chuchotaient des choses aux creux de leurs cous.

« Tu ne veux plus me quitter, j'espère ? »

« C'est la deuxième fois que j'essaye de te repousser sans succès. »

« Je me rappelle parfaitement de la première fois avec ton rêve glauque. »

Quelque chose fit résonance en l'esprit d'Harry. Autour des yeux vert-phosphorescent et fendus par un trait vertical en leurs centres venait de s'ajouter une noirceur bourbeuse et sans nom.

Le rêve… pensa-t-il.

La vision peu amène fut bien vite dissipée par les mains et la bouche du Serpentard.

« Si tu savais… J'ai vraiment, vraiment envie de te faire l'amour. » lui murmura le blond d'une voix rauque. « Je suis venu te voir, je ne sais combien de fois, à l'infirmerie, complètement en manque. Pendant une semaine, tu ne faisais que dormir. Harry… J'ai trop envie de toi, maintenant. »

« Moi aussi… » gémit le brun en se serrant contre Draco. « Mais on est dans mon dortoir. Ce n'est pas le lieu idéal. »

« Tu l'as dit. Il me faudra donc encore attendre… » soupira l'autre, avec emphase. « Et ça sera encore mieux… Ce soir, dans ma chambre. Ok ? »

« C'est d'accord… » acquiesça le brun qui en salivait d'avance.

Ils ne firent rien de spécial, du coup, à par rester enlacés câlinement sur le petit lit d'Harry jusqu'à en tomber de fatigue.

Le jeune couple dormait depuis un petit moment déjà lorsque le Survivant se redressa silencieusement sur les coudes… Doucement, très légèrement…

Sans réveiller Draco, il se mit à le contempler aussi chastement qu'il soit concevable de regarder un Malfoy. C'était exactement comme si c'était la première fois qu'il le voyait vraiment…

Si le Serpentard avait ouvert les yeux, à ce moment là, il aurait découvert deux iris verts et flamboyants marquées de deux pupilles verticales tel ceux d'un chat dardés sur lui avec passion.

Harry, qui n'était plus vraiment Harry, leva la main pour caresser les cheveux tellement attractifs du blond.

Pourtant…

Il se retint… au dernier moment.

« J'ai promis… » dit-il, avant de se rendormir, bien blotti contre Draco, retournant derrière les mains, la bouche et les yeux d'Harry, bien sagement, attendant d'en voir plus, d'en ressentir toujours plus, sans agir mais en percevant tout.

A suivre…

NDA : Ce chapitre est plus long que ce que j'écris d'habitude - plus de 8000 mots - pourtant, il ne s'y passe pas grand-chose - ballot, hein ? En fait, il est un pivot assez flagrant vers la dernière ligne droite nommée bataille finale, donc, irrémédiablement, il s'y passe quelque chose de plutôt important (lol, cette NDA ne veut strictement rien dire ! XD ).

Ce que j'ai préféré, c'est la pseudo-rupture basée sur le même principe que la vraie rupture avec Giny dans le T6.Je me suis bien vengé sur ce coup là, niark ! Enfin… lol (J'ai aussi fait dire à Dumbledore ce que j'aurais aimé qu'il dise à Harry dans le T5…)

J'espère que vous avez aimé ce chapitre (ça se finit sur Draco et Harry tout mimis, enlacés, donc… même si y'a pas eu de lemon et même si Dark'Ry rode dans le coin, je me doute un petit peu de la réponse, lol ').

En tout cas, et je vous embrasse et attend vos reviews avec trop d'impatience ! (comme d'hab', quoi !)

Gros bisous !

Levia