Auteur : Leviathoune

Bêtalecteur : Majore, encore avec moi, yeah ! Pourvu que ça dure...

Résumé Les Malfoy et les Sang Pur se sont alliés dans une incantation compliquée pour ouvrir en grand les vannes de la Porte du Nord. Un immense amas de magie s'est échappé de la terre tandis que les armées de la coalition pour la Paix s'organisaient dans la plaine de Stonehenge, se préparant à la bataille finale les opposant à Voldemort et son armée des ténèbres. Les elfes de maison emprisonnèrent les armées rivales dans un immense champ de force auquel personne ne pouvait, normalement, s'échapper. Mais à l'issue d'un combat terrible, transfigurant les deux principaux protagonistes, Voldemort, sous la forme d'un enfant, disparaît en maudissant Harry, sous la forme d'un démon. Pour cela, il a quasiment tué chacun de ses Mangemorts, volant leurs énergies et la catalysant en Harry pour le terrasser.

NDA : Salut les gens, je vous écris une NDA en premier lieu pour vous dire que je met mes fics Effet Papillon et Draco's Deturn en pause (mais pas Comme un vague parfum d'amour, car il ne reste que 2 chapitres, ce serait bête…). J'en suis vraiment désolée mais je vais me concentrer et finir Rappelle Toi avant la sortie du Tome 7 (et donc aussi Parfum, puisqu'elle est presque finie). En effet, cette fic ne prend même pas en compte le T6 et le retard accumulé sur la réalité d'HP serait beaucoup trop grand à mon goût. Cela fait très longtemps que j'ai commencé cette fic et j'aspire à la terminer et ce n'est pas avec mon train de vie actuelle et 4 fics en cours que je vais y parvenir. En ce moment, je n'ai de temps pour pas grand-chose et il me parait juste de me concentrer uniquement sur une seule fic. Encore une fois, je suis vraiment désolée pour cela, surtout si Rappelle Toi n'était pas votre fic préféré, mais je ne vois pas trop comment faire autrement… Elle compte encore 5 chapitres environ, à vue de nez, mais avec moi, on n'est sûr de rien… Je vais faire de mon mieux pour la finir au plus vite, en me faisant plaisir. J'espère que vous serez avec moi, pour me motiver et pour apprécier! Et ensuite, je n'aurai plus d'autres fics en cours que Effet Papillon et Draco's Deturn, alors les updates seront plus fréquentes, un bon point, non ?

Pardonnez-moi, et bonne lecture !

Bisous !

Levia

RAPPELLE-TOI, Chapitre 29

L'ange noir, dans la mare

Draco n'avait aucunement conscience de la perte totale de sa respiration.

Il contemplait le fond du trou, boueux de neige fondu et de sang, dans lequel se débattait un monstre allongé sur le dos.

Des ailes de cuir noir fouettaient le sol, agitées de spasmes, s'engluant dans la matière visqueuse. Elles gouttaient de sang brun.

Entre elles, si grandes, se trouvait le monstre : Harry.

Il n'était pas bien grand, si loin dans ce profond cratère éboulé, de pierre et d'argile molle.

Il semblait si petit, et pourtant se dégageait de lui une aura colossale, la lumière ténébreuse d'un être à part.

Il n'était pas vraiment difforme, son corps était presque humain. Peut-être que la bizarrerie venait de ses membres visiblement plus longs, de ses mains plus fines, de sa colonne vertébrale sinueuse...

Harry était aux humains ce que le Varax était aux chevaux… Il était fait de loup, de félin et de serpent mais pourtant il restait humain.

Ou alors tout cela n'était qu'une tromperie, une illusion à cause de la boue, du sang et des cris.

A cause de son visage transfiguré, tel un masque grimaçant, un masque de loup.

A cause de ses dents pointues qui avaient mordu sa langue, de ses dents acérées comme celles d'un gros chat.

A cause de ses yeux blancs tels ceux d'un reptile invisible dans la nuit. Invisible, et présent seulement par le clignotement de ces deux fentes lumineuses, qui dévoilaient toute la bête, tout le monstre à fleur de lui.

A cause, enfin, de ses hurlements de douleur, de ses spasmes, de ses mains plaquées sur son corps blessé, comme raccrochées à sa propre chair, comme si, à l'intérieur se jouait la pire des batailles, le faisant saigner de partout.

Draco voyait des larmes écarlates couler des yeux blancs comme des fentes d'Harry, au fond du trou. D'autres traînées coulaient pareillement de ses oreilles, de son nez, sur ses tempes et son front. Il s'était retourné les ongles à force de se griffer le torse et tout son corps n'était qu'entailles.

Draco l'entendait hurler comme si on lui arrachait les membres, un à un, indéfiniment. Comme si une bête faite de crocs et de griffes fouillait ses entrailles en pirouettant sans cesse.

Et Draco ne pouvait que remarquer qu'il crachait du sang et qu'il fermait les yeux et que ce faisant, des larmes rouges toutes fraîches coulaient sur ses joues, encore et encore.

La souffrance d'Harry était au-delà de l'humainement supportable. L'avoir sous les yeux était une torture et pour Draco qui l'aimait, cela fut trop intolérable.

Le Serpentard n'était pas un modèle de courage. Il ne l'avait jamais été.

Il était allé contre sa nature bien trop souvent durant la bataille, et même bien avant ce jour fatidique, pour soutenir l'ultime vision de son amour ainsi transfiguré en bête, ainsi en proie à mille agonies, toutes en même temps.

Draco s'enfuit, mais pas les Gryffondors.

oOo

Ron avait vu la même chose que Draco, la même chose que tout homme autour du cratère de boue.

Il n'avait stoppé qu'un très bref instant sur le bord de la fosse. Sa respiration s'était bloquée dans sa gorge, juste une seconde, et puis il s'était jeté dans le trou en dégringolant le long des parois glissantes. Il avait saisi Harry aussi délicatement que possible par les épaules ; fermement, il l'avait plaqué contre lui, en évitant les coups de poing, de genoux et d'ailes. Avec sa baguette, il avait fait disparaître les encombrantes voilures de plumes et de peaux déchirées et tordues.

Mais si Harry avait ressenti un soulagement à l'annihilation de cette blessure, il n'en montra rien. Il continua de gémir comme un damné, se débattant dans sa souffrance aveuglante, ne reconnaissant personne.

Ron le sortit à l'aide de cordes et de Wingardium Leviosa, et des camarades alentour.

Dumbledore contemplait Harry, depuis un moment, horrifié par ce qu'il voyait.

Les yeux d'Hermione allaient de son directeur à son meilleur ami, mais elle ne comprenait pas ce qui pouvait susciter une telle frayeur chez leur habituellement-imperturbable doyen.

En effet, Harry, qui s'était transformé au contact de Voldemort, était lentement en train de retrouver son apparence humaine depuis que le Lord Noir avait fuit.

Il souffrait horriblement, certes, et le sang giclait partout, mais ses yeux redevenaient verts, peu à peu, tout comme ses dents redevenaient droites et ordonnées.

Mais l'expression de Dumbledore devint plus terne, plus creuse et il ôta ses lunettes, se massant le front misérablement avant d'aller vers Harry sans les remettre, sa baguette au poing.

Hermione se fraya un passage vers lui et attrapa fermement les lunettes de son Directeur. Surpris, il la regarda, puis la laissa faire, bien trop las.

Ses yeux bleus ne pétillaient plus. Ils semblaient dire : « Ainsi, vous savez, jeune demoiselle… Si telle est votre décision, je n'ai pas la force de vous en empêcher. J'ai encore tant de travail… »

Dumbledore s'agenouilla dans la boue auprès d'Harry, proche de sa tête qu'il prit paternellement dans ses mains. Il attrapa la main de Ronald et l'incita fermement à prendre celle d'Harry. Il lui enseigna une formule. Il cria haut et fort ce qu'il s'apprêtait à accomplir pour sauver le jeune garçon, qui était tellement plus qu'un pion pour lui. De nombreuses personnes autour acquiescèrent et véhiculèrent les paroles du sage. Tous allaient devoir contribuer au sauvetage, avant de s'occuper d'autres centaines de blessés qui attendaient, gisant également dans la boue glacée.

Le rituel s'ébranla au moment même où le champ de bataille commençait à s'animer d'une seconde vie. Partout, on commençait à chercher les rescapés, à ramasser les morts, à achever les ennemis…

Et près du Sauveur, les gens s'activaient avec plus encore de ferveur, récitant des formules-prières, posant leurs mains sur les épaules de Ron et Dumbledore pour leur donner leurs ultimes forces.

Hermione choisit ce moment pour enfin oser enfiler les lunettes de son Directeur.

Et alors, elle vit. Elle comprit.

Pourquoi Harry faisait ce geste de la main sur son ventre, ce geste qui prenait et qui ramenait dans le vide, inlassablement. Ce geste qui crispait sa main comme une serre, sur sa poitrine, si fort qu'il s'en était retourné les ongles.

Pourquoi il saignait tant, de partout…

Derrière les verres de Dumbledore, Harry avait la cage thoracique explosée. Des esquilles d'os dépassaient de sa chair : blanc sur rose. Ses organes vitaux étaient mis à nu, éparpillés, rouges et palpitants. Et sa main cherchait. Elle attrapait un long boyau déchiré et le ramenait dans son ventre. Elle tirait et ramenait, tirait et ramenait cette longue chose violette hors du trou boueux, où il avait été maudit à peine quelques minutes plus tôt, le faisant basculer dans un non-monde où le temps n'avait plus court.

Il pouvait bien être là, ainsi, depuis une éternité… Une seconde équivalait à un infini de souffrances. Une sorte de Doloris décuplé par la puissance de cent hommes et d'un Seigneur des Ténèbres désespéré.

Ce n'était qu'une illusion, bien sûr. Hermione le comprit tout de suite, en ôtant les lunettes enchantées. Mais c'était une illusion cuisante et tellement réelle pour l'esprit et le corps d'Harry.

Sans cesse, il s'ouvrait, se déchirait et se retournait, à nu, à vif. Et il avait beau être puissant, il en mourrait, tôt où tard.

Hélas pour lui, cela était bien parti pour être tard, puisque Dumbledore avait décidé de tenter de le sauver par tous les moyens possibles.

Peut-être il allait-il réussir, mais rien n'était moins sûr... Est-ce que lui offrir une mort rapide, dans de telles conditions, n'aurait pas été plus charitable ?

Des questions d'éthique avaient le temps de se bousculer dans la tête d'Hermione, néanmoins elle se précipita, les larmes aux yeux, le cœur retourné, vers son meilleur ami, auprès de son amant et de son mentor.

Elle se saisit doucement de la main d'Harry, la main qu'elle avait vu tenir un morceau de viscère déchirée mais qui n'était que couverte de sang et de boue.

Des combattants épuisés vinrent poser leurs mains sur son dos et elle sentit leurs forces affluer en elle. Elle commença à réciter l'invocation à son tour, demandant pardon à Harry pour oser vouloir le garder en vie.

A eux trois… A eux tous, derrière eux, ils allaient lui donner plus de force encore, plus de force que celle de tous les Mangemorts réunis, que l'énergie qui avait été utilisée pour renverser le cours des choses pourtant si favorable à leur cause.

Ils allaient aider leur Survivant à vaincre la malédiction, seulement… personne, pas même Dumbledore, ne savait si cela allait fonctionner, et si c'était le cas dans combien de temps et dans quel état Harry allait ressortir d'une telle épreuve…

Seule une chose était sûre : quelque soit le résultat, l'Élu allait encore beaucoup souffrir… Ses hurlements sans fin déchireront les nimbes de la plaine pour encore très, très longtemps…

oOo

Quand Ron Weasley s'était tenu à côté de lui, Draco avait ressenti une sorte de moment d'extase salvatrice avec une extrême acuité.

Cela n'avait duré qu'un court instant, et pourtant l'espace semblait s'être étiré et de sa vie, Draco n'avait jamais autant été en accord avec une personne. C'était comme si Ronald Weasley, horrifié devant son meilleur ami, était alors devenu son reflet, son Dieu, la seule et unique chose sensée à laquelle il pouvait se raccrocher dans le monde atroce dans lequel il venait de basculer.

Et puis l'instant d'éternité s'était échappé et l'horreur avait recommencé avec plus d'ardeur, comme si le temps s'était accéléré, laissant Draco aussi terrassé que l'on puisse l'être.

Ron s'était précipité dans le trou infernal dans lequel se mourrait Harry. Son Harry, son amour…

Il avait à peine hésité, lui. Une seconde, et encore. Il avait cillé d'horreur, mais pas de dégoût. Il n'était pas resté pétrifié, il était allé aider son ami. Alors que lui, son aimé, n'avait pas fait un geste.

Et là, il avait compris, avec bien plus de dégoût pour lui-même que pour la pauvre créature au fond du trou, qu'il ne pourrait jamais, jamais, jamais faire cela…

Quelque chose s'était alors brisé en Draco, quelque chose de sacré, comme ses convictions propres, sa conception de la vie, comme une sorte d'idée de Dieu, d'éternité intrinsèque.

Il s'était lâchement détourné, mais il était déjà trop tard ; il avait été, de toutes façons, le pire des hommes, toutes ces secondes avant que Ron ne se précipite dans le trou, toutes ces secondes où il n'avait rien fait à part rester stupidement les mains plaquée sur sa bouches, les larmes aux yeux.

Et maintenant il courait, et il pleurait. Il n'arrivait plus à penser, plus à voir.

Tout était si terrible et insensé... Il savait seulement qu'Harry était une chose disloquée et mourante dans une marre et qu'il avait été incapable d'aller seulement le sortir de là, ne serait-ce que pour lui ôter la boue et le sang qui maculaient son visage, ne serait-ce que pour lui faire sentir qu'il l'aimait, qu'il l'aimait tant, tellement... tellement.

Draco avait trébuché plusieurs fois sur des corps, des os et des trous dans la neige souillée…

Mais il s'était relevé, pour s'éloigner encore et encore ; et puis un ultime corps l'a fait tomber, une fois de plus.

Et cette fois, il ne s'était pas relevé.

A genoux, misérable, il avait rampé pour s'extraire du cadavre puant d'un Inferus. Il avait regardé la boue, ses mains dans la boue, ses genoux dans la boue… Et il s'était enfin entendu hoqueter et pleurer, ce qu'il faisait depuis le début, depuis qu'il avait vu Harry, mais il s'entendit seulement à ce moment… Et cela l'étonna.

Jamais il n'avait entendu quelqu'un pleurer comme ça, jamais il ne s'en serait cru capable.

C'était laid, c'était désordonné, désespéré. Il avait plus l'impression d'entendre quelqu'un essayer de vomir, ou essayer de mourir...

Il nettoya avec un peu de neige maladroitement sa main droite sur sa tunique sale et enfonça un doigt dans sa gorge pour forcer les choses. Il y parvint, régurgita et cracha de la bile, encore et encore. Mais il ne se sentait pas mieux.

Il rampa alors, encore un peu plus loin, là où la neige était moins sale, et il resta prostré là, à genoux, frigorifié et sanglotant de cette manière si bizarre, si moche et malade, si effroyable.

Il se sentait gagné par une fièvre délirante et des pensées horribles tournoyaient dans sa tête, écorchant son âme comme des faucilles acérées et violettes.

Harry était en train de mourir et lui était là, lâche et seul.

Harry était en train de mourir, il pouvait l'entendre. Ses cris raisonnaient partout...

Il se releva et tenta de s'éloigner encore un peu mais ses jambes se dérobèrent sous lui et il retomba à genoux. Recroquevillé sur lui-même, il se boucha les oreilles pour ne plus entendre ces lamentations qui le poignardaient sans cesse. Il se mit à parler pour faire résonner le tambour de sa tête, pour ne plus rien entendre du tout, ni les blesser, ni ceux qui s'affairaient autour de lui.

Mais les cris d'Harry retentissaient toujours en lui, et il comprit qu'il en était imprégné tout entier. Harry était dans son cœur, avec les même yeux et le visage monstrueux qu'il avait entraperçu dans la marre. Tout cela était Harry. Tout cela était en lui. Et même si Harry disparaissait, il verrait toujours, toujours cela. Il serait toujours hanté par lui, par ses souvenirs de lui, si atroces.

« Je veux pas… » articula difficilement Draco, entre ses sanglots. « Je veux pas que tu meures, je veux pas qu'il meure. Je veux pas, je veux pas… Aidez-moi, je veux pas. »

Et Draco se remit à pleurer de plus belle, car il venait de comprendre que si Harry mourrait, ce serait son cas également.

Pas tout de suite, pas comme ça…

Mais il mourait, il en fut certain.

Et même s'il vivait dix ans, vingt ans après ça ou même plus, il était déjà en train de mourir lui aussi, en ce moment même, en même temps qu'Harry.

Même s'il n'avait pas enfilé les lunettes de Dumbledore, comme l'avait fait Hermione, il avait pressenti les choses dans le cri d'Harry, dans tous les cris qui avaient suivi et dans ceux qu'il fuyait, et qu'il faisait tout pour ne plus entendre à présent. Son cœur avait tout comprit.

Harry était en train de mourir. Son amour, son essence, sa vie… Et sans lui, il n'était plus rien.

Quelque chose s'était brisé…

oOo

Cela faisait des heures, lui semblait-il, qu'elle était là, agenouillée devant Harry. Il était à présent redevenu tout à fait humain, et presque trop calme. Quelqu'un l'avait succinctement nettoyé mais il avait toujours le front couvert de gouttelettes de sueur. Ses yeux étaient vitreux, sa respiration sifflante et sa voix mourait dans sa gorge. Ses membres tressautaient parfois mais son corps était comme moulu et brisé, incapable de faire un geste. Et pourtant Dumbledore poursuivait sa litanie, accompagné de Ron et elle et de tous les combattants encore valides qui défilaient pour poser leurs mains sur leurs épaules, leur donner de l'énergie avant de repartir en laissant place à un autre, puis un autre.

Hermione était épuisée, malgré cela. Des fleurs de lumière rouge et blanche papillonnaient devant ses yeux et elle piquait du nez presque à chaque minute.

Elle tomba évanouie et des hommes la prirent en poids pour la mettre de côté. Comme elle s'était réveillée aussitôt, elle voulut s'y opposer et revenir à sa tache, mais déjà quelqu'un d'autre avait pris sa place en face de Ron et le rituel se poursuivait.

Après tout… mieux valait un inconnu, puisqu'elle n'était plus bonne à rien.

On lui tendit une gourde. Elle demanda faiblement ce que c'était mais on lui répondit en espagnol. Elle comprit à moitié et bu l'alcool fort.

On la releva, s'assurant qu'elle puisse marcher, puis on lui désigna les baraquements de fortune qui avaient été rapidement dressés et où étaient amenés les très nombreux blessés.

Hermione se rappela alors de tous les autres qui avaient participé à la guerre et qu'elle souhaitait voir vivant. Elle se dirigea vers le plus proche baraquement, à la recherche de ces personnes. Et puis elle se rappela de Draco Malfoy.

Son cœur s'emballa et elle revint là où s'amassait la foule autour d'Harry, et elle se mit à le chercher, en vain.

Épuisée, elle s'assit dans la boue pour réfléchir, sentant monter à ses yeux des larmes de stress. Elle se rappela des lunettes de Dumbledore et les remit sur son nez en se concentrant sur une seule chose : Draco Malfoy.

Derrière les verres, tout devint sombre et à la fois plus clairement visible. Il y avait une lumière mise en évidence, au détour d'une colline, un peu en périphérie du gros du champ de bataille.

La jeune fille se dirigea vers la lumière au milieu des ombres, et quelques minutes plus tard, malgré la molle effervescence de la plaine, elle trouva le Serpentard. Mais si les lunettes ne lui avaient pas montré le chemin, jamais elle n'aurait su que c'était lui, et elle serait sans doute passé à côté sans le voir, tant elle ne s'attendait pas à le trouver ainsi.

Il était assis par terre, le visage si enfoncé dans ses bras et ses mains, entre ses genoux replié contre lui, qu'elle ne distinguait presque plus rien de ses cheveux pourtant caractéristiques, tant ils étaient sales, englués par mèches de sang et de boue.

Il grelottait de froid, mais à part ça il était absolument silencieux, voire complètement apathique.

Hermione était fatiguée, elle n'avait pas la force d'être diplomatique. Elle s'agenouilla devant Draco, ôta ses lunettes et le força à relever le visage vers elle, à enlever les mains qu'il plaquait contre ses yeux et ses oreilles.

Elle vit les ravines de larmes sur ses joues, le seul endroit complètement propre de son visage. Elle vit ses yeux rouges et gonflés et ses lèvres bleuies de froid.

« Draco, qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu n'es pas resté là-bas ? » demanda-t-elle, ne prenant même pas la peine de cacher sa déception.

Hermione commença à se relever en tentant de l'entraîner avec elle pour le mettre debout, mais le jeune homme se tendit en arrière et elle n'arriva à rien. Elle pensa à utiliser la magie, mais elle comprit sans même avoir besoin de faire un essai, qu'elle n'avait plus une once de force en elle.

« Tu dois y retourner. C'est important. » continua-t-elle.

« Je peux pas… » lâcha Draco d'une voix rauque entre ses claquements de dents et ses lèvres bleues. « Je peux pas le voir comme ça… Mourant. Monstrueux. C'est trop… horrible. Je peux pas. »

« Si j'avais plus de force… » reprit Hermione en tentant de refouler ses larmes. « Je te giflerai. C'est justement pour ça, à cause de ça, que tu devais rester. Stupide, lâche. Tu ne le mérites pas. Alors que lui, il t'aime tellement. S'il savait que, maintenant, tu es… là. »

Draco aussi se remit à pleurer. Il cacha son visage dans ses mains.

« Tais-toi, je le sais ! Je le sais ! Je suis pas comme vous, je le serai jamais. Je ne peux pas supporter de le voir comme ça. C'est au dessus de mes forces. Je ne suis pas courageux comme vous, je n'ai pas votre volonté ! »

« Stupide, stupide. » poursuivit Hermione, doucement, trop fatiguée « Tu crois que c'est plus supportable, pour Ron, pour moi ? Mais qu'est-ce que tu crois ? Que nous sommes courageux, que nous sommes plein de volonté, qu'on a quelque chose de plus que les autres ? C'est pourtant si simple… Il suffit de faire ce que tu dois faire. Draco… » Hermione reprit son visage entre ses mains et le força à lui faire face, avec ses larmes, avec sa détresse et ses faiblesses immenses. « Qu'est-ce que tu dois faire ? Qu'est ce que tu sens, au fond de toi, devoir faire ? Qu'est-ce qui serait juste ? »

Draco refoula un sanglot et s'essuya le nez d'un revers du poignet.

« Mais à quoi ça sert de dire ça ? Je sais parfaitement que je devrais être près de lui, je le sais. Mais je ne peux pas ! Je peux pas, tu entends ? »

« Mais ne dis pas ça ! Tu as pu te lever et venir te terrer ici, alors ton corps peut bien marcher jusqu'à lui à nouveau, non ? Ne cherche pas à savoir si tu peux le faire, car tu dois le faire. Tu comprends ? Ne réfléchis pas à ton état d'esprit, à ta dose de courage, à quoi que ce soit… Ce n'est pas important. Il y a juste une chose qui est importante, c'est ce que tu dois faire. Et tu dois être auprès de lui, Draco. C'est inimaginable que tu sois ici, alors qu'il souffre tant. C'est impensable pour lui, pour moi, pour nous… Je suis sûre que pour toi aussi, ça l'est. Réfléchis, je crois que tu as déjà compris ce qui arriverait, si tu le laissais dans un tel moment… »

« Mais c'est déjà fait. C'est déjà trop tard, je l'ai fait. » geignit Draco pitoyablement.

« Non, il n'est jamais trop tard. Tu ne le sais pas, mais en ce moment, Dumbledore et beaucoup de gens sont en train d'essayer de le sauver. Voldemort a mis toutes ses forces ainsi que celle de tous ses Mangemorts pour réussir le maléfice. Maintenant, il est parti et nous sommes bien plus nombreux que ses Mangemorts. Nous réussirons à le sauver et tu devras y avoir contribué, tu comprends ? Il aura besoin de toi, après. Tu auras besoin de ça, pour toujours. »

Draco hoqueta plusieurs fois.

« Mais… Il y a vraiment un espoir ? Ne me mens pas. Tu l'as vu bien plus longtemps que moi. »

« J'ai tenu sa main… » souffla Hermione. « J'ai prié pour lui, j'ai fais de mon mieux. J'espère toujours. Mais je ne peux pas te dire si Harry va s'en sortir, ni comment il en ressortira, si c'est le cas. Mais ce que je peux te dire c'est qu'il y aura toujours un espoir, toujours… C'est Harry ! Tu devrais le savoir... »

Hermione se redressa difficilement. Cette fois-ci encore, elle tira Draco dans son sillage et réussit ; le jeune Malfoy se laissa remettre sur pied. Il avait besoin d'aide, il avait besoin qu'on le tire, qu'on l'invective. Il voulait être forcé de mettre un pas devant l'autre, d'accomplir ce qui lui semblait tellement infaisable. Mais Hermione était tellement, tellement épuisée, et lui aussi, qu'il n'eut pas le cœur de lutter plus encore.

Il fit comme elle avait dit, il fit simplement ce qu'il devait faire, comme si son être était dissocié, comme si toute sa répugnance hurlait et cognait dans un coin de son esprit mais que ses jambes agissaient malgré tout. Et peut-être que si personne ne s'en rendait compte, peut-être que s'il réussissait à agir avec courage en apparence, alors peut-être que cette partie qui l'avait fait fuir deviendrait moindre et qu'il serait pardonnable. Peut-être…

En attendant, il marchait avec Hermione, se soutenant l'un-l'autre, enjambant de temps à autres un rare cadavre, les corps étant déblayés, peu à peu.

A ce moment-là, la neige se mit à tomber du ciel, doucement, rappelant au monde que la fureur de la guerre, que les cris, le sang et la vie versés sur la plaine s'étaient déroulés tels une scène figée en plein hiver.

Draco se rendit enfin compte qu'il mourait de froid. Chacun se rendit compte de cela.

Quand ils arrivèrent aux abords du cratère d'où on avait extrait le Survivant, des feux magiques commençaient à flamber, de-ci de-là, tout autour de la foule. Un petit dôme de magie avait était érigé, ainsi qu'un paravent de bois entrelacé. Des hommes étaient en train de consolider le tout quand Draco se fraya enfin un chemin au milieu d'eux.

Alors, il contempla Harry, d'un œil réticent et effrayé.

Mais Harry était redevenu lui-même, car Voldemort était parti, et le blond fut rassuré d'être venu, même en ne sachant pas ce détail.

Il lâcha la main d'Hermione et se pencha par-dessus l'épaule de Dumbledore.

Il lui dit :

« Il faudrait le transporter au centre de Stonehenge. Je peux demander au cercle de pierre de lui apporter sa magie. »

Le vieil homme se tourna vers lui, les traits, déjà ravinés, encore un peu plus creux. Il hocha simplement la tête.

Des ordres furent donnés et des hommes partirent en tête préparer le terrain tandis que d'autres soulevaient Harry de terre avec mille précautions.

Le rituel fut forcé d'être stoppé, le temps du déplacement. Harry qui s'était comme « apaisé » dans sa douloureuse apathie se remit à gémir et à se tordre mollement, bien trop brisé et épuisé pour donner beaucoup de fil à retordre à ses porteurs.

Ils traversèrent un camp de fortune puis grimpèrent la colline où trônait le cercle de pierres inaltérables, même dans une telle guerre.

La neige et le sang avaient été déblayés. La terre avait été aplanie et séchée. Des meubles de fortunes avaient été créés pour accueillir Harry, de tout son long, et la trinité autour de lui. Dumbledore ressaisit son visage, posa des mains caressantes et apaisantes de parts et d'autres de sa tête, sur ses tempes. Ron lui prit la main gauche et Draco se saisit de sa main droite, aussi doux que possible, tentant de faire passer tous ses regrets dans son geste. Tous trois s'assirent et récitèrent les formules, les incantations vieilles comme le monde, avec des voix cassées, trop faibles. Mais une foule d'hommes et quelques femmes tournaient derrière eux, donnant leurs forces salvatrices en posant leurs mains sur leurs épaules, avant de repartir œuvrer dans le camp, ou au champ crématoire rapidement établi.

oOo

Theodore Nott errait dans la plaine depuis un très, très long moment. Depuis que la bataille était terminée, en fait.

Il avait sillonné entre les squelettes et les Inferi démantibulés. Il avait regardé les hommes valides les recueillir avec des gants pour les jeter dans des brasiers immenses. Les blessés étaient emmenés sur des brancards. Les Mangemorts trop blessés étaient achevés sans scrupules, brièvement torturés parfois. Ceux qui étaient presque conscients se faisaient moins rudoyer avant d'être emmenés pour se faire soigner, presque comme des alliés.

Le temps passait mais il ne le trouvait pas. Il ne le trouvait nulle part !

Il se dirigea vers une longue file sous une tente érigée. Il avait cherché et cherché, dans cette tente de fortune où étaient entassés tous les blessés graves. Il y avait vu des personnes qu'il connaissait dans des cas les plus morbides.

Il s'était arrêté un instant en passant à côté d'un Serdaigle d'un an son aîné qu'il connaissait bien. C'était le petit ami de Milicent Bulstrode et il pleurait pathétiquement, assis à même le sol. Devant lui, sur une couverture, se trouvait une forme vaguement humaine et sanguinolente.

Theo comprit que c'était elle. Sa camarade si grande et costaude, si sombre de caractère et qui aimait tant son épée enchanté.

Il s'approcha de Marc Deliens et s'adressa à lui, sans la douceur et le calme qui le caractérisait habituellement – il était juste froid, vide :

« Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? »

Le jeune homme redressa son visage vers lui. Revenu de sa surprise, il parla enfin :

« Elle a subit une attaque groupée. Ils sont passés pour la soigner, mais ils ne m'ont rien dit. Pas encore. Je crois qu'elle va perdre un bras. Des Médicomages ont transplané de Sainte Mangouste, je ne sais pas ce qu'ils attendent pour venir. »

Theo contempla sa camarde de Serpentard, scrupuleusement.

« Son bras est fichu. Son œil droit aussi. Mais elle vivra. »

Le jeune homme acquiesça, refoulant ses larmes.

« Mais c'est son bras droit… Et… avec un seul œil, les distances sont… Elle ne pourra plus… »

Le jeune homme redoubla de larmes et Theo haussa les épaules, passant son chemin, continuant ses recherches, abandonnant la file des blessés, se dirigeant finalement vers celle des cadavres.

Même en cet instant, aucune larme ne coulait de ses joues. Il regardait les morts, un à un. Et même quand il le reconnu, aucun pleur ne s'échappa de sa gorge.

C'était plus de la haine sans borne qui envahissait son cœur, une rage noire et solide, qui ne voulait pas sortir hors de lui, qui s'ancrait à lui, tenace.

Blaise Zabini n'était plus. Cet idiot, incapable, s'était fait tuer. Il était à peine écorché, en apparence. Il avait du tomber dès le début, très rapidement…

Il avait voulu jouer au héros et il en était mort. Et Theo le détestait, ce joli cœur qui avait vécu des semaines à ses crochets, dépendant de la moindre de ses fausses attentions amoureuses.

Il était mort…

Cadavre…

N'existait plus.

Quelqu'un vint tapoter l'épaule de Theo, le faisant sursauter. Le jeune homme le fusilla du regard, si méchamment que l'homme fut un instant décontenancé.

« Quoi !!! » aboya-t-il, se surprenant lui-même par son ton.

« Tu peux l'identifier ? » bredouilla le guerrier dans un anglais approximatif en désignant le jeune homme brun.

Theodore acquiesça sombrement.

« Reste ici, je vais chercher un… registre. Tu devras noter son nom et donner le tiens, signer, ce genre de chose. Il pourra alors être mis en terre. Il faudrait faire ça vite, sinon… »

L'homme ne poursuivit pas, faisant un signe significatif, l'air de dire : « Ça va schlinguer à mort ! », puis il s'en alla.

De toute façon… pensa Theo. Ça pue déjà le charnier et la chair cramée, à cause des Inferi et des brasiers. Ils pouvaient bien attendre un peu… Qu'est-ce qu'ils avaient à être si pressés d'effacer toutes les traces dérangeantes ? La neige faisait déjà du bon travail…

L'étranger revint avec son fameux registre et Theo inscrivit le nom de son « petit ami ». Il signa de son sceau magique, preuve irréfutable.

Le jeune homme le laissa seul avec les corps et, après quelques minutes d'hébétude passées, Theo se surprit à déglutir et à renifler par intermittences. Il se laissa glisser au sol et commença à recoiffer les longs cheveux noirs de Blaise, à essuyer les quelques filets de sang qui entachaient son visage dur, froid et mort, mais encore beau.

Une larme perla sur sa joue et il rit en l'essuyant.

Le voilà qu'il pleurait. Tout cela était décidément trop stupide. Il était juste mort. Tout le monde mourait un jour où l'autre…

L'instant d'après, il fondit complètement en larmes, ne pouvant plus s'en empêcher, et cela le mit tellement en rage, fureur coulante dans sa gorge, qu'il attrapa férocement le corps de Blaise contre lui et qu'il transplana très loin, là où personne ne le verrai être si étrangement et sincèrement désespéré.

Lui qui n'avait jamais versé de larme, à part pour amadouer autrui…

Lui qui s'était toujours juré d'être maître de son destin…

Lui qui pensait ne plus jamais de sa vie être ébranlé au point de perdre tout contrôle.

Qu'était-il en train de faire, au juste ?

oOo

Aussi épuisé qu'il soit, Draco sentit à travers son chant cassé la magie de Stonehenge affluer dans ses mains, se transmettant doucement en Harry. Ce n'était pas une grande effusion, comme un peu avant la bataille, car il n'était pas la clé… mais cela fonctionnait tout de même, lentement, en douceur... preuve que la vraie clé, son père, devait être très, très mal en point…

Les larmes lui montèrent aux yeux, une fois de plus. Mais il était devant Dumbledore cette fois, et devant Ron qui n'avait cillé qu'une seconde avant de se précipiter à l'aide de son ami.

Il ne devait plus pleurer, plus maintenant. Il devait agir au mieux, rattraper ses actes, être pardonnable.

Il donna son maximum, longtemps. Quelque chose en lui l'y aidait.

Peut être était-ce l'apparence humaine d'Harry qui semblait s'apaiser de plus en plus. Peut être que c'était le fait qu'il était capable d'agir au mieux, malgré tout, ou parce qu'il avait changé si radicalement en si peu de temps et qu'il n'était plus le même.

Il levait les yeux vers Ron et ils échangèrent un regard cerné de violet. Lui aussi avait les joues striées de sillons de poussières coagulées. Et pour la première fois, ils se regardèrent comme s'ils étaient complices. Non, ils étaient au-delà de la complicité… C'était comme s'ils ne faisaient plus qu'un, que les petites barrières insignifiantes étaient tombées. Et Draco ressentait cette empathie nouvelle avec tous les êtres qui tendaient leurs mains vers Harry. Il se sentait humble, il se sentait complet, dans cette multitude qui avait un but unique, et si vrai.

À un moment, Ron tomba évanoui et Draco sentit un regain de fierté lui enserrer le cœur. Il était venu après lui, mais il tiendrait plus longtemps. Il serait pardonnable. Il devait se montrer digne d'Harry.

Ses prières reprirent de plus belle, dans son cœur, dans sa tête, toujours plus cassées à l'oreille, mais toujours plus chaudes et réconfortantes dans la main d'Harry.

Il ne tint pas aussi longtemps qu'il l'aurait voulu. Peu de temps après que Ron fut évacué vers le camp de fortune, lui aussi tomba à la renverse et fut emmené à son tour, laissant le relais à des inconnus tout aussi capables – même s'ils ne pouvaient donner en plus la faible énergie de la Porte du Nord que récoltait Draco dans ses suppliques.

A suivre…

NDA : Et voilà, un chapitre de plus qui s'achève. Encore une fois, j'ai écris et décris tant de choses qui auraient pu tenir en quelques lignes seulement... Je me suis super enflammée et j'en suis vraiment désolée. Je m'étonne moi-même de tant allonger la moindre scène, j'espère que ça ne vous a pas trop saoulé… Surtout que je sais pertinemment que cette fin est bizarre, pas comme la plupart l'imaginait… Harry devient monstrueux, Draco pleure à s'en faire vomir, tant il est lâche. Je ne fais pas de concession, au contraire. N'espérez pas qu'après cela les personnages vivent bêtement dans l'amour et la paix. Je n'ai pas voulu faire simple. Et cela me plaît ainsi. C'est peut être difficile pour vous de voir ces personnages aimés être tant écorchés par ma plume mais j'écris avant tout pour me faire plaisir et tant mieux si cela plaît à quelques personnes. Mais sachez que vous êtes de plus en plus rares. Cette histoire est peut-être trop spéciale pour certains. Mais je m'en moque. Merci aux Survivants d'être tout de même là, et d'aimer. Je n'en veux pas d'autres que vous ! Et j'espère vous entraîner encore un peu vers ce dénouement que j'ai imaginé il y a tant de temps.

Levia