Auteur : Leviathoune
Bêtalecteur : Junno-Chan, merci énormément pour ta bêtalecture, surtout que c'est un chapitre épique, et tu as un mignon p'tit ch'val rose trop chou ! (no rapport… TT)
Remerciement à vous, chers amis lecteurs-reviewers, pour m'avoir donné plus de 1000 reviews ! Sincèrement, je vous adore !!!
Résumé : Theo a disparu et Blaise est vivant. Un grand tatouage se découpe dans son dos, représentant les ailes violette d'un papillon sphinx. Tous se sont réunis autour d'Harry pour lui donner énormément d'énergie et ainsi briser la malédiction de Voldemort. Mais une fois cela accompli, Harry se réveille bien différent… La prophétie est apparemment enclenchée et le Survivant n'a qu'une envie, retrouver Voldemort pour le tuer. Il l'exige, sa vie est en jeu…
RAPPELLE-TOI, Chapitre 31
Jusqu'au dernier souffle…
« Cavalant dans le sang et mordu de poussière,
Entre les armes noires et le cri des galops,
Entendez, chaque jour, cette étrange prière,
Le sanglot de pitié dans la voix des chevaux. »
Dans la plaine enneigée, le demi-Varax galopait comme jamais il n'y avait été poussé. Sa vitesse était incroyable, même pour un animal hybride fait de magie noire. Quiconque le voyait ne pouvait saisir ce qu'était cette forme sombre qui déboulait et disparaissait si bruyamment dans une cavalcade effrénée.
Sur le long dos équin se trouvait deux garçons.
L'un parfaitement en harmonie avec sa monture, installé comme un prince sur la selle richement parée. Il tenait dans une main, contre son ventre, une jeune fille transformée en faucon. De son autre poigne, il serrait les rênes, mais il ne s'en servait que très peu – l'étalon était uni à son cavalier par un lien magique et spirituel, ils n'avaient pas besoin d'harnachement pour se comprendre.
De temps à autre, le deuxième garçon, assis miraculeusement sur la croupe de l'animal, les enjoignait d'aller dans la bonne direction et si le cavalier et le faucon ne réagissaient pas suffisamment vite à son goût, il lui arrivait de donner des coups dans le dos du blond, ou d'attraper violement le rapace pour le secouer jusqu'à ce qu'elle se transforme et parle.
Pour éviter ses sautes d'humeurs, ils lui obéissaient donc…
La jeune fille faucon reprit son apparence normale, s'accrochant comme elle pouvait à Draco ou à l'encolure qui battait un rythme effréné. Elle hurlait de peur mais Harry la faisait toujours taire. Alors, elle montrait la bonne direction.
« C'est par là bas, par là bas ! Un peu plus à droite ! » montrait-elle en tremblant, luttant contre le vent, la lettre destinée à Voldemort toujours serrée dans sa main.
A un moment, elle fit exprès de la laisser s'envoler mais Harry la rattrapa d'un geste fulgurant.
« Si tu recommences ! Je te la fais avaler ! » hurla-t-il.
Pansy reprit la lettre et se retransforma bien vite en faucon, retournant se blottir, terrorisée, contre le ventre de Draco qui serrait les dents de rage.
Une pensée horrible se précisait en lui alors qu'ils fusaient à cette allure déchaînée depuis plus d'une demi-heure.
« Et s'il n'était plus en Angleterre ? » cria-t-il pour qu'Harry l'entende.
« Et après ! »
« Et après ? Ajrarn ne pourra pas galoper jusqu'au continent ! »
« Il faudra bien qu'il y parvienne ! »
« Comment ça ! Tu ne sais pas de… »
« La ferme, Malfoy ! C'est ça ou je meurs sur le champ ! Tu crois que je vais pouvoir supporter cette douleur combien de temps ? Tu ne sais même pas ce que j'endure, en ce moment même ! Tu veux tester, peut-être ? »
Harry posa les mains sur les omoplates de Draco qui se débattit.
« Arrête ! Ne me touche pas ! »
Soudain, il ne put même plus hurler car une terrible souffrance venait d'étreindre son corps tout entier, le pliant en deux sur la selle. Harry cessa de lui transmettre le mal que provoquait en lui la prophétie réveillée. Il le rattrapa et l'empêcha de tomber de cheval, juste à temps.
« Ces quelques secondes, ce que tu as ressentis… Dis toi bien que, pour moi, c'est toujours comme ça, en pire ! Et ça ne va pas s'arrêter ! Mon seul espoir, c'est de le tuer ! Et ton canasson est le moyen le plus rapide pour abréger la distance entre Voldemort et moi, et encore c'est trop lent ! Si je pouvais transplaner immédiatement, je le ferai ! Seulement, et tu le sais aussi bien que moi, on ne peut transplaner que là où l'on est déjà allé, que là où l'on connait parfaitement le décor et les coordonnées ! Et seule ta petite copine le sait et elle est aussi incapable de transplaner que d'avoir une pensée cohérente ! Est-ce qu'on est dans la bonne direction ? » glapit-il une fois de plus.
Pansy se déplaça vers Draco et redevint humaine, installée sur ses genoux de façon bien peu stable. Elle montra l'horizon, la main légèrement tendue vers la droite.
« C'est vers là bas ! » cria-t-elle pour se faire entendre.
Soudain, ce que Draco craignait se présenta devant eux. Au loin, se profilait une falaise en à-pic sur la mer, et ils se rapprochaient d'elle à toute allure !
« Il faut stopper ! » hurla Draco. « On n' a vraiment pas le choix ! »
Il commença à tirer sur les rênes et à se pencher en arrière pour ralentir le Varax noir.
« SURTOUT PAS ! » vociféra Harry en appliquant ses mains sur la croupe de l'animal. Il lui lança une décharge telle que l'étalon bondit en avant en hennissant de surprise, manquant de désarçonner Draco. Harry recommença et l'animal galopa encore plus vite, si bien que le bord de la falaise se trouva, en quelques foulées seulement, sous eux. Le vide était sous eux. La mer déchainée, vingt mètres plus bas, était sous eux.
Pansy hurla de terreur, elle se transforma en oiseau et battit des ailes, lacérant le bras de Draco pour s'échapper. Elle y parvint une seconde, mais Harry la rattrapa bien vite, se moquant éperdument des coups de serres et de bec qu'elle lui donnait rageusement.
Draco, entre la fascination et la terreur, venait de comprendre qu'Ajrarn ne chutait pas dans le vide, mais galopait sur l'air, descendant lentement vers la mer. L'animal était tout aussi effrayé que lui, il hennissait furieusement et ruait dans le vide, bondissant d'un côté et de l'autre, ne comprenant pas pourquoi ses sabots rencontraient une pente là où il n'y avait rien.
Enfin, ils touchèrent l'eau et le cheval se remit à galoper à vive allure de façon normale, et infernale.
Harry flanqua à nouveau Pansy dans les bras du Serpentard.
Il s'approcha du blond et lui souffla à l'oreille :
« Elle ne m'a pas laissé le choix, j'ai dû lui recasser le bras… »
« T'es dégueulasse ! » hurla Draco. « Pansy, redeviens humaine ! Je vais te soigner ! »
La jeune fille l'écouta, elle pleurait en se tenant le bras gauche.
Draco fouilla dans sa poche, difficilement et sortit sa baguette, il la soigna laborieusement, dans les cahots de la galopade sur la mer déchainée.
« Tu as encore mal ? »
Pansy fit signe que non, mais elle pleurait de plus en plus – c'était nerveux.
« On est dans la bonne direction ? » demanda Harry, machinalement.
La jeune fille acquiesça et redevint oiseau, la tête entre les côtes et l'intérieur du bras de Draco, exactement comme si elle voulait se cacher le visage d'une lumière trop vive.
Le Serpentard se tourna vers Harry, ne comprenant toujours pas comment il faisait pour réussir à rester sur le dos d'Ajrarn dans des positions si décontractées, sans même se tenir – il était dos à lui, le regard vers l'Angleterre qu'ils venaient de quitter de façon bien peu orthodoxe.
« On a galopé ensemble sur un lac, c'était faisable, c'était petit. Mais sur tout un océan, il ne pourra jamais ! » s'énerva-t-il. « On va tous mourir noyés, c'est vraiment ce que tu veux ? »
« Du calme, je l'aide ton cheval… »
Ainsi, c'était lui qui les avait fait marcher sur l'air… comprit Draco.
« Mais peut être que, là où on va, ce n'est pas la porte à côté, tu y as pensé ! Et tu ne pourras pas l'aider s'il meurt d'épuisement ! A moins que tu puisses faire bouger les cadavres ! »
« Je crois que j'en serai capable, qui sait ? Je n'ai jamais essayé ! Et si ce n'est pas le cas, alors, nous mourrons tous noyés… »
« Et tu t'en fiches, c'est ça ! »
« Parfaitement ! » gueula soudainement Harry en se retournant vivement vers l'autre garçon, le fusillant d'un regard noir de rage – pour la première fois, Draco comprit qu'il n'aurait plus jamais besoin de lunettes, car il le fixait parfaitement alors qu'il semblait dans un état… normal.
« Pourquoi tu me détestes comme ça ! » ne put-il s'empêcher de crier. « Qu'est-ce que je t'ai fait, qu'est-ce qu'on t'a fait pour mériter ça ! »
« Tu n'y es vraiment pas, pauvre crétin ! » glapit Harry. « Je t'ai dis que je… Et de toute façon ! » Le Survivant, le plus naturellement du monde, se mit à genoux sur la croupe d'Ajrarn – c'était exactement comme s'il était assis dans un fauteuil et non suspendu au dessus de la mer à presque deux cent kilomètres heure. « Tu crois que je ne sais pas ce que tu as fait en me voyant ! Je suis bien plus fort que tu ne peux l'imaginer ! Ce soir là, j'étais conscient de tout ! Même maintenant, je peux tout sentir en toi et lire ta culpabilité ! Tu n'as qu'à te dire que c'est à cause de ça, puisque tu y as pensé ! »
« T'es… dégueulasse… » répéta Draco, machinalement, trop estomaqué par tout ce que lui disait Harry.
« Pauvre chou ! » reprit le Survivant férocement. « Tu vas pleurer ? Non, sérieusement, tu espérais vraiment que j'allais te rassurer bien gentiment ? Et bien, tu te trompais ! Je n'en ai rien à faire de tes états d'âme, Malfoy, alors je ne compte pas perdre mon temps à te pardonner ! Et maintenant, occupe toi plutôt de me diriger, je dois me reposer… Et accessoirement, aider ton canasson à ne pas s'enfoncer dans la mélasse ! »
Harry se retourna et s'assit en tailleur, le visage fermé comme s'il méditait.
Draco resta silencieux la gorge nouée, luttant contre les larmes – il ne voulait pas lui donner l'occasion de l'enfoncer un peu plus.
Le temps passa, ils étaient tous trois trempés jusqu'aux os par les embruns et Ajrarn commençait à avoir la respiration sifflante. Son corps et sa bouche écumait de sueur et de salive, mais ils n'étaient toujours pas en vu d'une terre nouvelle.
Draco demandait très souvent à Pansy s'il était dans la bonne direction, espérant ainsi réduire la distance, pour Ajrarn.
« Tu ne mens pas ? » lui demanda-t-il, tristement.
« Non, non… » gémit-elle dans son oreille. « Mais je devrais, tu ne crois pas ? Et si tu créais une autre lettre avec inscrit comme adresse : la terre la plus proche ? Et si on essayait de le faire tomber, il ne nous… »
« Arrêtez de comploter, c'est inutile ! » cracha Harry dans leurs dos, comme s'il était toujours à l'affût, conscient du moindre de leur geste.
Pansy redevint illico un oiseau et se recacha dans les bras de Draco, lui enfonçant, au passage, ses serres dans le bras.
Presque une heure plus tard, Draco fut soulagé à l'extrême de voir poindre une terre à l'horizon. Ce devait être la Hollande, l'Allemagne ou bien le Danemark, il ne savait trop exactement, mais si ses calculs étaient bons, ça devait être vers là…
Ajrarn reprit pied sur le sable, il ralentit quelque peu l'allure mais Harry le relança de plus belle en lui infligeant une décharge dans les flancs.
« Pansy ? » demanda Draco. « Est-ce que tu sais si on est près ? »
« J'en sais rien… » gémit-elle, à nouveau humaine, dans ses bras.
« On est toujours sur la bonne voie ? »
Elle acquiesça, en se tournant vers le paysage.
« C'est vers cette forêt. » expliqua-t-elle en montrant une tache sombre qui grossissait, au fur et à mesure.
Ajrarn fut sous la sombre futée des arbres en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Ses foulées étaient incertaines et il trébuchait souvent, sa respiration était si difficile qu'on aurait dit un bruit mécanique.
« Il est trop fatigué ! » glapit Draco. « Il ne contrôle plus aussi bien sa trajectoire, on risque de percuter un arbre et, à cette vitesse, même pas toi n'y survivrais pas ! »
« Tu crois ? » demanda Harry, mauvais. « On vérifiera, si ça arrive… »
Bien qu'il fasse toujours jour, la forêt devint soudainement si dense que l'obscurité s'abattit presque totale. C'était une obscurité étrange, signe indiscutable que de la magie noire agissait dans les parages. Draco eut à peine le temps de se faire cette réflexion qu'un arbre se déracina et s'écroula sur leur passage.
Ajrarn sauta pour l'éviter, mais il était si fatigué qu'il ne put pas réagir assez vite, ou assez lestement. Ses sabots avant se prirent dans les branches et il bascula en avant, fit une culbute impressionnante et s'écrasa lamentablement au sol en dérapant dans la neige, les quatre fers en l'air, avant de retomber, flasque et haletant.
Draco, qui avait été projeté au sol, ouvrit difficilement les yeux. Il avait été éjecté et quelque chose avait amorti sa chute, mais il se sentait sonné. Et c'est quand Harry le repoussa qu'il comprit que le Gryffondor l'avait sauvé.
Le Survivant se releva, le front saignant abondamment – il s'était cogné la tête contre un tronc, ou une pierre, mais il n'en avait cure, il le sentait à peine. Il se releva rapidement et regarda dans les arbres. Quand il eut repéré ce qu'il cherchait, il leva son poing et le referma.
« Viens ici, vite ! »
Attiré par sa magie, Pansy vola jusqu'à son poing. Puis, une fois dans ses bras, il l'obligea à se retransformer.
« Où est-il ? » ordona-t-il en la regardant dans les yeux comme un prédateur.
« De la haut… » bredouilla-t-elle. » J'ai vu une toute petite église. Il est dedans, j'en suis sûre. »
Le regard d'Harry s'enflamma un peu plus.
« Elle est loin ? »
« Non, elle est à peine à trois cent mètre, par là bas. » Elle montra la même direction vers laquelle ils filaient depuis le matin. « Est-ce que je peux la détruire, maintenant ? » osa-t-elle demander en montrant la lettre qu'elle avait été obligée de tenir serrée contre elle durant des heures.
Harry acquiesça et s'enfonça dans la forêt sans plus faire attention à eux.
Pansy, hystérique, déchira la lettre en mille morceaux avant de se mettre à pleurer de soulagement. Il faudrait avoir les capacités d'un rapace à qui l'on confie une lettre de cette sorte et la peur instaurée depuis la plus tendre enfance pour la comprendre…
Hébété, Draco la regarda, elle, puis Ajrarn qui agonisait dans la neige. Enfin, il suivit des yeux Harry qui disparaissait dans la pénombre des arbres étrangement mouvants.
Il se leva et le rattrapa, en boitant – il avait du se tordre la cheville en tombant.
« Harry ! Qu'est ce que tu comptes faire, maintenant ? Tu as un plan ? » demanda-t-il, se faisant l'impression d'être une loque.
Le brun ne se retourna pas, il faisait parfois un petit geste pour repousser le tronc d'un arbre qui faisait mine de vouloir s'écrouler sur lui.
« Pas le moins du monde… » grogna-t-il. « Je vais y aller et le tuer, c'est pas très stratégique, mais ça ira… »
« Mais comment tu vas faire ? Tu es sûr de toi ? »
Harry haussa les sourcils.
« C'est lui qui m'a fui, rappelle-toi… »
« C'est vrai, mais… »
Soudain, le brun se plia en deux de douleur, sans raison apparente si ce n'est que, devant lui, dans une clairière obscure, se trouvait une minuscule église, ressemblant plus à un refuge qu'autre chose.
Draco se pencha sur lui pour l'aider, mais Harry le repoussa durement.
« Qu'est ce que tu crois qu'il se passe ! Tu devrais t'en aller ! Tu sais très bien que tu n'as pas supporté de me voir comme ça, la dernière fois ! » cracha-t-il.
Draco voulu dire quelque chose mais il en fut incapable. Il venait de comprendre qu'Harry allait se retransformer en monstre et cette perspective ne lui plaisait pas du tout.
Le Gryffondor se releva et reparti en direction de la chapelle. Et comme Draco le suivait toujours, il se retourna enfin, furieux, se tenant le ventre comme s'il avait peur de reperdre ses entrailles comme dans le gouffre, après la malédiction qu'il avait subit.
« Qu'est-ce que tu me veux, Malfoy ! Tu penses vraiment que tu vas m'être utile d'une quelconque façon ? Ce serait risible, mais je n'ai pas le temps pour ça ! »
« Je t'ai déjà aidé ! » s'exclama Draco en se rapprochant encore. « Si tu es conscient du négatif, tu dois aussi être au courant du reste ! »
« Mais me suivre maintenant serait complètement inutile, tu le sais bien ! Pense à autre chose, car c'est hors de question ! Tu serais un boulet ! » Mais Draco ne l'écouta pas et Harry s'énerva franchement. « Si tu fais un pas de plus, je t'endors… Et tu ne serviras plus à rien du tout. Réfléchis... »
Le blond s'arrêta et le fusilla du regard. Il se détestait pour ce qu'il allait dire :
« Tu ne m'aimes plus, c'est ça ? »
« Alors ça… C'est vraiment pas le moment ! »
« C'est sûr… »
Harry continua à avancer et Draco resta en arrière. Le Gryffondor avait raison, il y avait d'autres choses qu'il pouvait faire, pour se rendre utile. Il fit demi-tour, le cœur serré. Depuis le début de la journée, depuis qu'Harry le traitait comme un chien, il avait retenu ses larmes. Mais là, alors que Pansy n'était pas là, alors qu'Harry s'en allait, il ne put résister plus longtemps. Lui aussi se sentait le besoin de piquer une bonne crise de nerfs…
Soudain, une poigne le força à se retourner et Harry posa brusquement ses lèvres sur les siennes. Il l'embrassa comme jamais ! C'était bestial, possessif, désespéré et maladroit. Harry attrapa son visage entre ses mains et le regarda dans les yeux hargneusement.
« Je t'aime. » dit-il durement. « Je t'aime ! » répéta-t-il comme pour lui enfoncer une vérité dans le crâne, secouant doucement son visage entre ses mains serrées fermement sur ses joues. « Et je te demande de me pardonner… Je sais que je ne donne pas l'impression de le penser. Mais crois-moi, je n'avais pas le choix… Je suis désolé. Et aussi… je ne t'en ai jamais voulu… Tu es quelqu'un d'incroyable. »
Il l'embrassa encore un fois, tentant maladroitement d'être plus doux, sans y parvenir. La rage toujours au fond des yeux, il se détourna vers la chapelle.
Draco resta pantois, le regardant partir. Il était à la fois immensément soulagé et encore plus attristé par cette étrange déclaration.
Il secoua la tête pour reprendre ses esprits et revint en arrière, là où était étendu Ajrarn, toujours sifflant péniblement, le poitrail et la bouche inondé d'une mousse blanchâtre.
Il se pencha sur lui, lui caressant l'encolure avant de se couler vers ses jambes. Avec beaucoup d'attention, prenant garde aux faibles ruades, Draco fit glisser ses mains le long des quatre membres. Mais le cheval n'avait rien de cassé…
Le jeune Malfoy sentit son cœur se serrer plus encore. Si le Varax avait eut un membre cassé, il aurait été obligé de l'abattre sans l'ombre d'un doute. Mais là, il y avait encore un espoir, un espoir qu'il n'avait même pas le temps de saisir – il aurait préféré qu'il meurt de lui-même, ça lui aurait épargné le calvaire de devoir faire ce choix…
Il se saisit des rennes et tira de toutes ses forces sur la tête du cheval afin de l'inciter à se remettre debout. S'il réussissait à marcher, peut être qu'il s'en sortirait… L'animal essaya de basculer sur son ventre et de se lever sur ses antérieurs mais il retomba lourdement, la respiration encore plus rauque qu'auparavant. On pouvait voir le blanc de ses yeux comme s'il avait peur de quelque chose…
Draco s'assit dans la neige, prenant précautionneusement la longue tête dans ses bras. Il prit sa baguette, et lui jeta un sort pour le sécher et le réchauffer. Ensuite, il le caressa et lui parla pour l'apaiser. Se faisant, il entendit un bruit derrière lui. Il sursauta et se retourna, craignant le pire. Mais ce n'était que Pansy qui sortait de sa cachette – il avait toujours su qu'elle s'était envolée à temps.
« Draco… mais qu'est-ce que tu fous… » gémit-elle.
« Ferme-la… » répondit-il, tout doucement. « J'essaye de le calmer, alors ne vient pas tout foutre en l'air avec ton stress. » Il avait dit cela sur un ton câlin, en regardant son cheval mourant. « Mais tu comprend tout, hein, mon beau ? Tu sais ce que je suis en train de faire, hein ? C'est normal, t'es le plus intelligent de tous… le plus fringuant, et le plus beau… »
Il continua à susurrer des mots doux mais Pansy le coupa, à moitié folle de peur, grelotant dans la neige :
« On doit s'en aller… J'ai cru qu'il ne nous laisserait jamais tranquille. »
Draco jeta un Dormiens au cheval pour le plonger dans un lourd sommeil, mais l'animal était si imposant que le sort n'agit qu'à moitié. Il somnolait à peine, mais au moins il était parfaitement calme. Il avait encore les yeux ouverts, qui le fixaient d'un air endormi. Ses yeux incroyablement bleus comme deux lacs de montagne. Sa respiration était encore sifflante, et probablement allait-il mourir dans les minutes qui suivraient… mais il ne le laisserait pas souffrir plus longtemps.
Draco le caressa une ultime fois, il lui répéta à nouveau qu'il était le plus beau et il lui lança enfin un Avada Kedavra… La grosse tête devint lourde dans ses mains, les yeux étaient toujours ouverts et la salive dégoulinait toujours sur ses genoux… et le cœur de Draco se racornit – c'était la plus belle partie de son enfance qu'il venait de tuer.
Il étouffa un sanglot, se faisant la promesse d'enterrer dignement son cheval dès qu'il le pourrait. Pansy vint le tirer à elle, l'obligeant à se relever.
« Il faut qu'on s'en aille, vite ! Merlin seul sait ce qu'il va se passer ici, t'as pas l'air de réaliser qu'on est à trois cents mètres de Tu-sais-qui ! Peut être qu'il y a des Mangemorts, et… »
« Ne dis pas de bêtises… » fit Draco, presque inaudible.
« Ou d'autres choses, des créatures encore pires ! »
« Elles seraient venues combattre à Stonehenge… Il n'y a rien plus rien de l'armée des Ténèbres, à part lui… »
« Et c'est pas suffisant pour fuir, Draco ! » Pansy leva la main pour le gifler mais le blond arrêta son geste.
« Je ne suis pas hystérique ! » gronda-t-il. « C'est plutôt toi qui aurait bien besoin d'une gifle pour te remettre les idées en place ! Tu ne m'as pas beaucoup aidé ! »
A la place, il lui jeta le sort pour la sécher et la réchauffer, comme il l'avait fait pour Ajrarn.
Il créa ensuite plusieurs lettres.
« Ho non… » gémit-elle. « Je ne veux plus jamais livrer du courrier, pour qui que ce soit. Tu ne sais pas ce que ça fait… C'est comme être enchainée, c'est horrible ! »
« Ferme-la, un peu. Ça va nous aider. Tiens. » Il lui en tendit trois. « Quelle destination te semble la plus proche ? »
« C'est où ? » fit la jeune fille dubitative, en jetant des regards apeurés, guettant toujours l'arrivée de Mangemorts ou autre loup garou.
« Celle là, c'est pour le Ministère de la Magie d'Hongrie, celle-ci pour le ministère Allemand et la dernière, pour le Danemark. »
Pansy se transforma en oiseau, une lettre dans le bec et regardait à droite à gauche avant de prendre une autre lettre et de retenter l'expérience.
« On dirait que c'est celle là qui paraît la plus proche… » trancha-t-elle, dubitative, à nouveau humaine. « Ce n'est pas très précis… »
« La Hongrie ? Je m'en doutais… Tu dois partir immédiatement chercher de l'aide. Tu leur expliques la situation, ils prendront contact avec l'Angleterre. Des troupes seront rapidement mises en place. Il faudra leur donner les coordonnées exactes, tu sauras le faire ? »
Pansy acquiesça, énervée.
« Je me chie dessus mais je ne suis pas devenue stupide. Et toi ? Tu vas te mettre à l'abri ? Tu devrais te sécher, aussi… »
« Moi, oui… J'irai me mettre à l'abri. »
« Tu mens ! » s'énerva la jeune fille. « Tu vas y aller, pas vrai ? Tu vas le rejoindre, ce con ! Tu as vu comment il nous a traités ? Comme des vulgaires pions sacrifiables ! »
Draco s'apprêta à dire quelque chose mais une sensation de froid atroce l'envahit. Il sortit prestement sa baguette, faisant face au danger.
« Je te l'avais dis ! » cria Pansy. « Mais qu'est-ce que tu attends ! »
Le Détraqueur s'aprochait en glissant, un peu au dessus de la neige, se fondant dans la pénombre du sous-bois maléfique. Draco avait beau tenter de remettre ses idées en place, de se souvenir de quelque chose de particulièrement heureux, il n'y arrivait pas, se laissant de plus en plus engourdir par les miasmes de la créature.
Pansy se rua sur lui, lui arrachant sa baguette.
« Expecto Patronus ! » cria-t-elle en direction du Détraqueur.
Un bélier d'argent se matérialisa et fonça sur le suceur d'âmes le faisant fuir au loin.
« Oh et puis je m'en fiche ! » reprit la jeune fille comme si rien ne les avait interrompus – même si elle était assez fière de l'avoir sauvé. « De toute façon, qu'est-ce que ça change ce que j'en pense puisque tu feras ce que tu veux ! Moi, je me tire d'ici, je ne suis pas folle ! T'as intérêt à faire mieux si y'en a d'autres dans les parages, et fait gaffe aux arbres, aussi. Ils sont… vraiment bizarres. »
Elle se transforma en faucon et prit son envol. Décrivant un large arc de cercle, elle revint se poser dans les mains de Draco, frottant sa petite tête contre sa joue. Ses yeux semblaient dire beaucoup…
« Reviens vite avec les secours… » souffla le blond.
L'oiseau acquiesça avant de repartir à tire d'ailes, le laissant seul avec le cadavre d'Ajarn dans la forêt maudite.
Draco se sécha de l'humidité salée qui imprégnait ses vêtements mais cela ne suffit pas à le réchauffer. Peu importe, il était au-delà de ça… Il avança, lentement, vers la petite église.
C'était vraiment étrange, elle était si minuscule qu'il ne devait y avoir qu'une seule pièce à l'intérieur. Pourtant, il n'y avait aucun bruit, encore moins ceux que l'on entendrait lors d'un combat contre Voldemort !
Le Serpentard ne savait que faire…
Devait-il entrer tout de suite, ou bien attendre que quelque chose se passe ?
Indécis et terrorisé, il se rapprocha de la lourde porte en bois...
oOo
Harry errait dans un dédale de couloir, un véritable labyrinthe de pierres grisâtres, les mains crispées sur son ventre qui le faisait de plus en plus souffrir.
A un moment, il avait du s'arrêter pour vomir et du sang s'était répandu sur le sol.
« A quoi tu joues ! » avait-t-il alors hurlé d'une voix caverneuse, l'écho de son cri résonant longtemps le long des murs. « Tu cherches à gagner du temps, c'est ça ! Tu penses que je vais abandonner, et bien, tu te trompes ! Je sais où tu te caches… Pas loin… Ta malédiction est comme un radar dans mes entrailles ! Et puis, je pourrais faire écrouler cette illusion comme un château de cartes ! »
Un souffle étrange parcouru son dos et sa nuque, ébouriffant ses cheveux.
Pourquoi tu ne le fais pas, dans ce cas semblait murmurer la brise vivante. Ce ne serait pas toi, plutôt, qui chercherais à gagner du temps ?
Harry tiqua et sourit méchamment. Il sentait déjà ses dents s'étirer et devenir plus pointues, comme celles d'un loup. Mais c'est quand il regardait ses mains qu'il constatait les étapes de sa transformation, petit à petit. Il était donc dans la bonne direction…
« C'est juste une question d'honneur, Voldemort. Lequel de nous deux saura résister le plus longtemps à cette ultime mascarade ? Lequel de nous supportera le mieux sa transformation ? Pour ma part… » Il toussa et cracha du sang, sentant sa colonne vertébrale et ses membres s'allonger. « J'ai l'intime conviction que c'est toi pour qui c'est le plus insupportable ! J'étais maudit, j'étais inconscient, en quelque sorte… Mais toi, depuis deux semaines, qu'est ce que tu as dû endurer, ainsi enchainé à une stupide prophétie ? »
La bourrasque se transforma en tempête, faisant presque tomber Harry contre le sol. Il rit, car sa cicatrice brûlante lui disait que Voldemort était fou de rage et qu'il avait touché juste…
Quand il se redressa, devant lui ne se trouvait plus des couloirs interminables mais une simple petite pièce, blanche, sale, avec un autel surmonté d'un Jésus crucifié levant les yeux vers le ciel.
Il était enfin à l'intérieur de la chapelle !
Et devant lui, assis sur l'autel…
Se trouvait une sombre forme humaine. Une ombre qui respirait et qui le regardait.
Le Seigneur des Ténèbres...
A suivre…
NDA : Chapitre très chevaleresque, écrit complètement pour me faire plaisir. Je l'ai imaginé des tonnes de fois sur des musiques endiablées. La scène où Ajrarn saute de la falaise, Draco restant tétanisé pendant que Pansy s'envole pour être, tout de suite, nonchalamment rattrapée par Harry… Haaaa… Cette scène est vraiment gravée dans ma mémoire !
J'espère que ce chap vous a plu autant il m'a plu de l'écrire ! La suite devrait, normalement, clore cette longue bataille finale. Du moins, je l'espère. Ultime face à face entre les figures chamboulées du Bien et du Mal en perspective !
Levia
PS : Petite précision, je sais que vous n'êtes pas des connaisseurs en équitation, mais tuer un cheval en le faisant simplement galoper de façon insoutenable est quelque chose de parfaitement réalisable.
Il faut savoir qu'un cheval peut trotter quasiment toute une journée sans que cela ne pose trop de problème, mais le galop est différent. Si les capacités du cheval sont dépassées, il risque la crise cardiaque ou un coup de sang.
Ajrarn, étant un cheval magique, il galope plus vite et plus longtemps qu'une bête normale mais, dans son état, rester immobile signifiait la mort assurée. En effet, un cheval possède « 5 cœurs » : un muscle comme le notre, dans le thorax, et une sorte d'éponge dans chaque sabot qui fait remonter le sang dans les jambes. C'est pour ça qu'un cheval ne doit pas rester immobile plusieurs jours de suite, et dans le cas présent, Ajrarn aurait dû être relevé de force par Draco qui aurait du ensuite le faire marcher jusqu'à ce qu'il se calme pour lui éviter une crise cardiaque.
Evidement, il n'avait pas l'opportunité de le faire et je doute que, de toute façon, ça aurait suffit… (Et puis surtout, je voulais qu'à cause d'Harry, Draco perde beaucoup… Et j'avais fait ce cheval bien trop parfait, c'était mon petit trip de gamine amoureuse des chevaux, il fallait que ça se passe comme ça…)
PUB : Allez absolument lire l'HPDM UA de Stairway To Hell !!! Sa fic s'appelle : Aimes-tu le hockey autant que moi ? Et elle est époustouflante de drôlerie et la relation entre tous les personnages et en particulier entre Harry et Draco est foulioulement géniale ! Filez la lire et laissez lui pleins de reviews, elle le mérite trop de trop !!!
