Auteur : Leviathoune
Bêtalecteur : Majore, merci beaucoup ! C'est parfait !
NDA : Si vous avez enfin ce chapitre à vous mettre sous la dent, c'est grâce à la petite Ludwing qui est venue mendier pour que j'écrive. Elle s'est acharné, pleine d'arguments et de justifications, tant et si bien que j'ai eu honte et que j'ai fléchit. D'habitude, j'écris d'une seule et grosse envolée d'inspiration mais ce chapitre a été très laborieux ; je m'y suis mise petit bout par petit bout pour le finir. Le pire c'est que je crois que je finirai le reste de la fic tout aussi laborieusement… (Et qui sait, peut-être que ce sera tout aussi dur pour mes autres fics, halala !) Alors, armez-vous de patience, mes fidèles lecteurs ! Je ne peux que vous souhaiter une bonne lecture !
RAPPELLE-TOI, Chapitre 33
Parvenir à se reconstruire, après une guerre…
Des semaines s'étaient écoulées depuis la capture de Voldemort. Deux années de terreur s'achevaient dans la froidure de l'hiver. Les journaux relataient les actions de chaque acteur de la victoire, tentant de démêler ses mystères, abreuvant les petites gens encore effrayées de leurs pages noircies de vérités réconfortantes. Le printemps s'étendait, très lentement, perçant la solide neige d'Angleterre, en même temps que la paix faisait son chemin dans les esprits engourdis. Les héros se voyaient encensés, les morts étaient portés aux nues. Les dernières mauvaises fréquentations se faisaient dénoncer et il fallait débrouiller tout cela avec moult procès – la plupart en attente ; la justice entrait dans une période très florissante et retrouvait sa grandeur, surtout depuis que le plus grand procès de tous les temps était annoncé.
En effet, Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom allait être jugé pour ses crimes. Personne n'avait espéré, même dans ses rêves les plus fous, une telle aubaine – d'autant plus que la peine capitale lui était déjà assurée. Tous allaient y assister, main dans la main, la rage au cœur, enfin vengés. L'échafaud se montait dans l'immense Hall du Ministère et des pancartes annonçaient, sur toutes les devantures de magasins du Monde Sorcier, la venue prochaine d'un Détraqueur dans ce seul but ; tous étaient invités. Personne n'aimait trainer dans les parages d'un Détraqueur, surtout depuis qu'ils avaient désobéi et déserté leur rôle de gardien pour devenir leurs ennemis. Mais justement ! La mort du Sombre Seigneur n'en serait que plus terrible, ainsi tué par l'un de ses horribles serviteurs. Sans compter que savoir que son âme serait avalée, puis digérée, en rassurait plus d'un – ainsi, il ne pourra jamais plus revenir ! Tous attendaient ce jour avec impatience.
Mais le fantastique procès avait été retardé à cause de la Hongrie qui avait souhaité s'octroyer la belle part de cette affaire – puisque Voldemort avait été capturé par eux. Bien sûr, l'Angleterre avait fait valoir ses droits avec force ; il revenait à ce Pays de juger le meurtrier de ses enfants et il y avait eut gain de cause.
Mais le procès avait été ajourné pour une toute autre raison également… Harry Potter, le Survivant, le Héros, devait être présent. Indubitablement, c'était ce que tous espéraient. Le voir… Leur Sauveur, leur adoré, leur délivrant.
Tous savaient que, après leur premier affrontement, Harry était resté des jours entiers, allongé et souffrant au delà des mots, et qu'une puissance colossale avait été nécessaire pour le remettre sur pieds. La guerre avait beau être derrière eux, les sorciers auraient recommencé sans hésitation à faire la queue chaque jour pour lui redonner de l'énergie si seulement cela avait été utile, mais le mal qui accablait leur héros n'était plus le même…
Le Survivant n'était pas victime, comme la dernière fois, d'une malédiction qui le faisait s'imaginer être blessé de toutes parts, atrocement, et il n'avait plus à utiliser son énergie en boucle pour se soigner psychiquement. Là n'était pas le problème et il ne souffrait pas physiquement non plus.
En fait, Harry Potter ne souffrait pas… Du moins, pas lorsqu'il ne pensait à rien et qu'il se laissait vivre, simplement.
Son corps était totalement sain et bien portant ; il bougeait normalement, il pouvait courir, sauter et même voler sur un balai tout aussi talentueusement qu'avant. Il mangeait avec appétit, riait et parlait de plus en plus facilement.
Mais lorsqu'on tentait de lui rappeler de trop nombreuses choses sur son vécu, des crises survenaient. Parce qu'il souhaitait réordonner son esprit, il tentait de prendre en compte chaque anecdote que lui racontait son entourage et de se souvenir en fouillant ses pensées où tout était éclaté en mille morceaux. A chaque fois, les efforts qu'il effectuait pour reconstituer le miroir brisé de sa vie le faisait hurler comme si des tissons chauffés à blanc lui transperçaient le crâne pour fouailler dans le tendre de son cerveau et le fendre encore et encore pour en faire de la bouillie brulante.
Ses amis avaient le cœur brisé en le voyant souffrir, car c'était eux qui provoquaient ses crises, sans le faire exprès ; parler simplement avec lui, de tout et de rien, pouvait les déclencher mais, même s'ils tentaient de ne rien dire, chaque chose qu'ils faisaient ensemble amenait, de fil en aiguille, à lui faire retrouver un souvenir, puis un autre, puis… c'en était trop pour Harry qui s'effondrait en se tenant le front dans ses mains.
Alors, puisqu'empêcher ces phénomènes était impossible, ils y allaient petit à petit, par ordre d'apparition dans sa vie afin de lui faciliter la tâche, de la lui rendre moins douloureuse.
D'abord les Dursley… Harry avait, non seulement, fait une crise démentielle, crispant ses doigts dans ses cheveux à se les en arracher et en hurlant de douleur, mais aussi, la maison Moldue de son enfance avait explosée !
À partir de cet incident, ses amis décidèrent d'y aller avec mille précautions, en le prévenant quand les souvenirs risquaient d'être durs.
Hagrid avec Hedwige sur l'épaule l'invita à prendre le thé dans sa maisonnette de garde-chasse, puis Ron et Hermione lui racontèrent la totalité de leurs aventures en visitant Poudlard. Les autres Gryffondors de son dortoir vinrent ensuite le voir dans leur ancienne chambre et ils terminèrent par des sortes de vacances ; d'abord dans les lieux sorciers qu'il avait le plus fréquenté, puis chez la famille Weasley, au Terrier, et enfin place Grimmauld où les personnes composant l'Ordre du Phénix se succédèrent, dont Albus Dumbledore. De nombreuses crises marquèrent ce cheminement, mais les souvenirs reprenaient leur place, lentement, s'imbriquant les uns dans les autres…
Draco vint ensuite, enfin… Et Ron prévint Harry que les souvenirs avec lui pouvaient être aussi bien mauvais qu'agréable… Que si le mauvais surgissait, il ne devait pas faire exploser Malfoy mais attendre de voir venir les bons souvenirs, et qu'après il jugerait... Hermione, quant à elle, le rassura avec gentillesse, comme toujours.
Harry acquiesça, perplexe. Car, malgré la bonne volonté de son entourage, s'il se souvenait de la plupart de ce qui lui était arrivé avec eux, il n'arrivait pas, pour autant, à raccorder les faits avec des émotions. Il savait qu'il pouvait faire confiance à Ron, qu'il devait écouter Hermione. Mais il ne ressentait pas les sentiments qui auraient dû lui donner l'impression que c'était fort, vrai, réel. Tout au fond de lui, il manquait le principal...
A propos de ce fameux Draco, il savait qu'ils étaient ennemis, et amoureux aussi. Et pourtant, il ne ressentait rien : ni haine, ni passion…
La raison pour laquelle il avait fait exploser la maison des Dursley, il la connaissait mais il ne la ressentait pas non plus… C'était seulement lors de ses crises qu'il retrouvait ses sensations si vivement. D'un coup, elles l'envahissaient à lui en faire mal…
Il appréhendait de retrouver Draco Malfoy, parce qu'il espérait énormément de ces retrouvailles, beaucoup trop… Il souhaitait des sentiments indomptables, quelque chose de différent... Mais, comme avec les autres, il n'allait avoir que des crises fugaces qui le laisseraient un peu plus complet mais davantage conscient de son manque, et il ne voulait pas être déçu dans ce qu'il considérait comme une ultime tentative…
Il se rendait compte, un peu plus chaque jour, qu'il avait beaucoup perdu dans cette guerre…
« Je ne veux pas le voir, pas pour l'instant… » déclara-t-il enfin. Il savait pourtant que Malfoy était à l'entrée de la salle commune des Gryffondor, attendant de le voir avec impatience. « Dis-lui que je lui parlerais peut-être après le procès de Voldemort, mais que ce n'est pas la peine de venir me parler avant... »
Si sa perception des choses ne changeait pas, même après avoir revu le Grand Bourreau de sa vie lors du procès, alors Malfoy représenterait énormément et il deviendrait son seul espoir ! Il préférait le voir comme tel, parce qu'il se savait… amoureux de lui… Et surtout, il ne voulait pas constater la vérité car un éventuel néant qui serait pire que tout.
Comme ses crises étaient de plus en plus espacées, il se sentait enfin apte à affronter son destin. Le procès ne serait donc pas plus longtemps ajourné et, si tout se passait bien, il reverrait Malfoy bientôt. Mais pas maintenant…
Derrière le portrait entrouvert, il entendit Ron chuchoter au blond ce qu'il venait de dire, il pouvait même l'entrapercevoir, lui et ses cheveux presque blancs et ses yeux gris clair. Il y eût quelques explications houleuses entre eux et Hermione dût intervenir, venant à la rescousse de son petit ami. Puis Draco partit, non sans lui jeter un regard froid et plein de reproches par l'entrebâillement, laissant Harry un peu plus vide, parce qu'il savait qu'il aurait du ressentir de la tristesse et être incapable de faire cela à son amour.
Et pourtant… Il le faisait sans peine, sans même culpabiliser…
Ron et Hermione revinrent près de lui, s'asseyant piteusement dans le canapé.
« Il souffre… » dit Harry, la voix atone.
« Évidemment qu'il souffre ! » se renfrogna Hermione.
Ron haussa les épaules, mais il n'en pensait pas moins.
Changeant de sujet, le jeune homme brun leur demanda plus sérieusement, feintant l'amusement :
« Il y a une chose que, malgré tous nos efforts, je ne me souviens pas bien : c'est comment vous vous êtes mis ensemble ? »
Soudain, Ron rougit de façon spectaculaire et son visage ainsi empourpré fit résonance quelque part dans la mémoire d'Harry. Il ria en se tenant le front, car des bulles de lumière pétillaient dans son crâne et les souvenirs revenaient se placer douloureusement là où il fallait.
« Eh bien, c'est normal que tu ne t'en souviennes pas parce qu'on en a jamais vraiment parlé, ça c'est fait comme ça et tu ne nous as jamais posé de questions, comme si c'était normal et que tu t'y attendais. »
« C'est parce que tu t'y attendais depuis trois plombes, en fait… » expliqua Ron, gêné.
« C'est vrai ? » s'exclama Hermione, surprise.
« Ben… Il me glissait des sous-entendus, très souvent… » bafouilla son petit ami. « Tout le monde s'y attendait, au dortoir. »
« De toutes façons… » reprit la brunette, très agacée. « On était trop occupés dans tous les sens pour perdre du temps à discuter de ça, alors que, bon... »
« Ça ne me regarde pas, c'est ça ? » demanda Harry, mutin.
« Non ! Ce n'est pas ça, mais ça nous gênait un peu d'en parler. Regarde Ron, comme il est rouge ! Moi non plus je n'ai jamais trop aimé parler de ça… Parce qu'on a toujours été amis, tous les trois, et qu'on ne voulait pas donner l'impression que ça ait changé quoique ce soit qu'on se soit mis ensemble. Alors, on restait discrets sur le sujet… Comme toi et Malfoy, vous ne vous embrassiez pas à pleine bouche au milieu des couloirs, devant tout le monde, vous ne mangiez même pas ensemble. Ben nous, c'était un peu pareil. On n'a pas vraiment changé d'attitude en public… Pas même vraiment devant toi… »
« Ha… » soupira Harry, ne sachant s'il devait s'en offusquer ou leur en être reconnaissant. Il fouilla dans sa mémoire mais aucune sensation violente vint le percuter à ce sujet, il constata qu'il s'en fichait pas mal que ses amis soient ensemble ou non. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il les voulait heureux, et auprès de lui, d'une façon ou d'une autre. Il se gratta la tête, pensif. Il sentait sur lui le regard de ses amis, curieux. « Je me sens bizarre… » leur avoua-t-il en refermant le journal qu'il tenait dans ses mains – celui annonçant le prochain procès – le plus célèbre du millésime ! – et son éminente participation à celui-ci. « Pas comme je devrais l'être normalement, je pense… Je ne me sens vraiment pas… concerné… »
Ron passa son bras autour de ses épaules, tentant d'être réconfortant.
« Ce n'est pas si grave… » soupira-t-il. « Tu n'as plus à te sentir concerné par quoique ce soit, repose-toi. Et pour ça… » Il désigna l'article du doigt. « T'es même pas obligé d'y aller, si tu veux… »
Hermione voulu dire quelque chose, mais elle se retint. Harry se tourna vers elle et l'encouragea.
« C'est vrai, tu peux ne pas y aller, mais on a le droit de savoir ce qu'il s'est passé… » gémit-elle, cachant mal son immense curiosité.
« Vu que personne ne m'a rappelé ce moment, je ne m'en souviens pas bien… Juste de Malfoy… Et de l'enfant… Mais pourquoi il était ainsi, je ne sais pas… »
« Il y aura d'autres témoins, en plus de Malfoy. Ils seront obligés de dire devant la cour ce qu'ils ont vu. Ça pourrait t'aider à te souvenir… »
Harry haussa les épaules.
« Pourquoi pas… » fit-il, blasé, en posant sa joue contre l'épaule de Ron.
Il se savait en manque d'affection d'un tout autre genre, il se savait en manque, se sachant même gay… Mais il ne désirait pas faire l'amour du plus profond de ses tripes comme il sentait qu'il aurait dû.
Cette nouvelle constatation le fit soupirer. Il aurait au moins voulu être triste mais, même ça, il ne le pouvait pas. La seule chose qu'il ressentait pleinement, c'était le total flou qui composait son intérêt pour l'existence… Il avait autant envie de faire du tricot que de jouer au Quidditch, c'est dire !
« Ils sont vraiment bizarres tes yeux… » fit Hermione, hypnotisée à quelques centimètres de son visage. « Quand on les regarde, on a du mal à t'imaginer si… amorphe ! Ils sont brillants… comme animé d'un feu intérieur… » récita-t-elle en pouffant. « C'est un peu comme avant, quand tu devenais un peu barge, mais en moins fort, moins surprenant. Tu te souviens de ces moments-là ? »
Harry se souvenait, oui. Il n'était plus lui-même, alors – mais bien plus que ce qu'il était devenu, à présent. Cette faible lumière dans ses yeux n'était qu'un vacillement de son passé ayant prit corps…
Il se rappelait d'une conversation qu'il avait eut avec Malfoy, à propos de ces yeux : moitié moitié, un peu brillants, sans les lunettes c'était joli, comme ça, mais pas trop excentrique…
Ce souvenir avait l'air si doux… Seulement, il n'en avait rien à foutre.
oOo
Dans un coin de la salle commune des Serpentards, Gregory était avachi dans le canapé de cuir vert foncé, tandis que Pansy, la tête sur ses genoux, faisait claquer son chewing-gum par intermittence pour passer le temps. Draco, en face d'eux sur un autre canapé, les regardait d'un air sombrement blasé.
Depuis la fin de la guerre, Pansy jouait les jeunes filles fragiles et avait droit à toutes les attentions. C'était devenu un jeu, apparemment réconfortant, entre elle et tous les mâles qui lui gravitaient autour. Ils semblaient ainsi évacuer stress et peur par une séduction sans prise de risque.
Draco se disait que, en d'autres circonstances, ce serait lui qui serait allongé, la tête sur les genoux de la jeune fille, à se faire réconforter sans le piège de l'engagement. S'il était resté ami, vraiment ami avec elle, ce serait le cas…
Il retint un soupir, se souvenant qu'il était bien au dessus de ça, à présent…
« Du nouveau à propos de Millicent ? » demanda-t-il, posément – en apparence.
Pansy se tourna vers lui, sans se relever. Gregory en profita pour lisser quelques unes de ses boucles sombres et, à ce geste, le cœur de Draco se serra et il réprima une phrase acerbe à l'encontre de son imposant ami – pour qui il n'éprouvait aucune inclination, à l'instant présent.
T'as vu ta tronche ? T'as aucune chance ! voulait-il lui cracher au visage avant de se tourner vers la mijaurée. Et toi, comment peux-tu te laisser faire ! T'as plus aucune dignitépour flirterjusqu'avec des gars comme Goyle
Il se savait stupidement jaloux… Son problème résidait dans le seul fait que jamais Pansy ne s'était attaché sérieusement avec quelqu'un, auparavant. Elle n'avait même jamais montré qu'elle pouvait seulement s'enticher sincèrement d'un autre que lui… Il avait toujours su posséder son amour, quelque chose de fort, d'inconditionnel, proche de la vénération, et la manifestation de cette toute nouvelle nonchalance le faisait se sentir démuni. Parce qu'elle avait toujours paru froide et la pire des pimbêches avec tous les autres, ne montrant son côté vulnérable qu'en de rares occasions et toujours en sa présence, comme s'il en était le déclencheur, et cela l'avait toujours fait se sentir… fort. Ce n'était plus le cas, à présent…
Il se rendait bien compte qu'il devait être dépendant de Pansy et de son affection, car même lorsqu'elle le méprisait ouvertement, faisant acte d'une rage froide, il savait, au fond, avoir encore une place dans son cœur.
La vie était rageante, parfois…
S'il n'était pas tombé amoureux d'Harry, ou si Pansy avait joué cette carte bien avant Halloween, sa jalousie maladive les aurait réunis, lui aurait fait comprendre son très fort attachement pour la Serpentarde. Cela n'aurait pas été de l'amour, juste un vulgaire désir de possession… Mais comme sa vie aurait été plus simple, et moins triste, alors !
Cette constatation le laissa perplexe, preuve que même s'il n'était pas très objectif face à cette situation, il n'aimait pas vraiment Pansy, pas autant qu'Harry, puisqu'il la laissait lui échapper totalement. Alors que pour ce dernier, il s'était tellement battu, plus que pour tout autre chose… Mais pour rien, puisqu'il ne voulait plus le voir.
« Elle s'habitue petit à petit à son œil artificiel… » Pansy frissonna de dégoût en imaginant Millicent affublée d'un objet à l'intérieur de sa cavité oculaire vide. Draco, quant à lui, était trop blasé pour être dégoûté… « Mais il paraît qu'il a des fonctions terribles, comme voir à travers les murs, les vêtements et même derrière sa tête et détecter les armes, les pièges et les sorts. Et puis surtout, il est très esthétique, aussi bleu et finement détaillé que son œil droit, avec un sort qui le fait se déplacer de façon très naturelle, il paraît que ça ne se voit pas du tout... Elle garde encore quelques brûlures sur le visage, mais ça devrait se résorber en quelques semaines… Quant à son bras, les prothèses aussi complexes ne sont pas encore très au point, ni très réalistes… Peut-être qu'elle ne pourra plus se battre avec, il se détacherait au moindre coup trop fort… Les spécialistes ont dit qu'une fois le bras mis en place, elle pourra écrire ou manger, ce genre de choses, en s'en servant tout à fait normalement. Son petit ami m'a écrit que Milli projetait d'apprendre à se battre avec le bras gauche, elle veut toujours poursuivre la voix des épéistes, même en attendant qu'on lui fabrique une prothèse plus solide. Elle souhaiterait qu'elle soit composée des mêmes substances magiques que sa baguette et son pommeau de sabre enchanté… Ainsi, elle serait armée en permanence… Elle s'amuse même à dessiner les plans de son bras, tout un programme. En tout cas, même si je lui ai écris que ce n'était pas la peine, elle a juré de nous rembourser pour tout ça… »
« Par Merlin, elle garde les pied sur terre ! » murmura Draco. « Elle ne semble pas déprimer, d'après ce que tu me dis. C'est le principal, qu'elle garde le moral… »
« Oui ! » acquiesça Pansy. « Son copain m'a dit qu'elle le vivait bien mieux que ce qu'il craignait. Il m'a même avoué que lui-même le vivait plutôt bien – il avait peur d'être dégouté, le pauvre… Mais bon, elle est toujours à l'hôpital et handicapée, pour le moment… »
Draco se tut, ne voyant pas ce qu'il pourrait ajouter d'intelligent après ça. À la place de Millicent, il serait probablement devenu une larve larmoyante et suicidaire, même si Harry avait été auprès de lui pour le soutenir…
« Et Blaise ? » demanda-t-il pour changer de sujet de conversation. « Toujours pareil ? »
Pansy haussa les épaules.
« Je ne sais pas… » Elle le regarda droit dans les yeux. « Tu penses quoi de cette histoire, toi ? »
Le jeune Malfoy se fit sombre.
« Pour moi, c'est évident, Theodore est mort. On le saurait, si ce n'était pas le cas, depuis le temps… »
« On n'a pourtant pas retrouvé son corps. » fit Pansy en baissant les yeux.
Gregory haussa les sourcils.
« Vincent et Luna pensent la même chose… »
« Depuis quand l'avis de Loufoca est-il important ? » se moqua la jeune fille. « Depuis que Vincent est avec elle, les rares phrases qu'il sort sont presque toutes inspirées des élucubrations de cette folle… »
« Luna est loin d'être une simple folle… » gronda Gregory, fulgurant défenseur de son meilleur ami. « C'est la seule qui sait vraiment voir les gens tels qu'ils sont, sans les juger, sans s'attacher aux traumatismes ou à l'apparente bonté. C'est une fille géniale ! »
« Pourquoi tu ne sors pas avec elle, dans ce cas ? » bougonna la brunette. « Si elle est si géniale ! »
Gregory la regarda, un peu perplexe, cherchant le degré de sincérité et de comédie dans cette apparente jalousie.
« Vincent me tuerait si je faisais mine de l'approcher… avec les dents ! »
« Berk ! » s'exclama-t-elle.
« Comment ils se sont trouvés ces deux-là ? » demanda Draco, rêveur. « C'est étrange, tout de même… »
« C'était chez toi, juste après la bataille, ou quelques jours après… Il paraît de Vincent était légèrement blessé, quoi qu'il en soit Luna l'aurait surpris torse nu, et elle aurait vu la chose. » Pansy fit des gestes alambiqués avec ses mains. « Elle est tout de suite tombée amoureuse des symboles qui se sont formés sur les gros muscles de Vince et elle aurait fait des pieds et des mains pour le soigner de très près. La suite… On ne la sait pas, mais on préfère ne pas l'imaginer non plus ! » plaisanta-t-elle.
« J'étais là, quand elle a vu son dos. » ajouta Greg. « Ses tatouages ne formaient même pas un alphabet connu mais pour elle ça semblait aussi compréhensible qu'un livre d'école et elle s'est mise à parler de trucs bizarres, comme d'habitude… »
« J'ai toujours su que le tatoo de Vince porterait un jour ses fruits. Ils sont tellement bizarres, mais joliment ensorcelés… C'est dommage qu'il ne s'en soit pas servi avant. » soupira Draco – qui s'en fichait pas mal, en fait.
« Évidemment que ça aurait été mieux ! S'il les avait dévoilés plus tôt, il ne serait peut-être pas sorti avec une folle… »
« Elle est peut-être folle, mais elle est jolie ! »
« Oh, Greg… »
oOo
Pendant ce temps, Blaise se morfondait dans sa chambre, effondré sur son lit. Depuis la fin de la guerre, il se sentait dépossédé de toute emprise sur sa vie. Il ne comprenait plus rien, ou plutôt si… Entendre les bribes de conversation de ses amis lui avait permis de comprendre mais de façon très succincte, et toute la profondeur de son histoire lui échappait.
On lui disait qu'il était mort. On lui disait qu'une personne avait donné sa vie pour lui rendre la sienne, mais il n'avait aucune preuve de cela, ni concrètement, ni dans son cœur. Alors quoi ?
Il hurlait de rage : pourquoi lui avoir fait oublier tout cela ? On lui répondait que, sans cela, il serait devenu suicidaire, et que le sacrifice n'aurait servi à rien.
Et même quand il n'y pensait pas, il suffisait qu'il aille se doucher pour que les ailes violettes dans son dos viennent le narguer de leur mystère… Alors pourquoi le marquer de cette façon, s'il ne devait se souvenir de rien sous peine de se donner la mort sur le champ ? Dieu que c'était stupide… C'est là qu'on lui disait que ce n'était certainement pas voulu, que ça devait être simplement les résidus d'un sortilège si puissant que cela dépassait l'entendement.
Il n'avait que ses amis à qui se raccrocher, et il les harcelait sans cesse… Il voyait bien qu'il les dérangeait avec ses états d'âme, car eux se souvenaient de Theodore Nott, eux le pleuraient en lui disant de le remercier, d'être heureux d'être vivant, de respirer pour deux, de faire honneur à son sacrifice… Mais il en était incapable et il voyait bien qu'il décevait tout le monde par son attitude.
Ce stupide Nott aurait mieux fait de le laisser mort et de vivre ! Tout le monde lui prêtait des pouvoirs impressionnants ; il aurait certainement mieux supporté sa mort que lui la sienne !
De toutes façons, le fait qu'un mec, qui que ce soit, donne sa vie pour lui, par amour, le jetait dans la plus profonde perplexité… Il pataugeait dans l'incompréhension, alors qu'il possédait toutes les clés, sauf la principale… Il lui manquait ses sentiments : une étincelle qui aurait rendu tout cela plus palpable, enluminé d'amour.
Mais personne ne pouvait lui rendre ses souvenirs, et encore moins ses sentiments…
Il soupira, misérable.
Theodore Nott avait mal calculé son coup, car même ainsi il se sentait incapable de vivre, glissant lentement mais sûrement dans une dépression lancinante.
Il sursauta quand la porte s'ouvrit sur un couple bruyant. Vincent et Luna, enlacés, cherchaient visiblement un peu d'intimité dans le dortoir des septième année. Le voyant, ils cessèrent de convoler stupidement et se tournèrent vers lui, dans un même ensemble. Vincent reprit aussitôt son attitude blasée et Luna sembla flotter jusqu'à lui pour s'assoir sur son lit comme au chevet d'un malade. Aussitôt, Blaise se renfrogna.
« Salut ! » s'exclama la jeune fille blonde en dardant ses grands yeux bleu clair sur lui. « Est-ce que tu te souviens de moi ? »
Le jeune homme renifla de dédain avant de gronder :
« Je n'ai oublié qu'une seule personne… »
« Tu sais ce qu'on est sensé avoir en commun, toi et moi ? Tu m'as volé quelque chose, il y a quelques mois, et ça avait un rapport avec Theodore. Je me disais que, à cause de cela, tu aurais oublié… »
Blaise fouilla dans sa mémoire et se rendit compte, affligé, qu'elle avait raison...
« S'il y avait quelque chose d'important à me rappeler, alors je ne m'en souviens pas. Tout ce que je sais c'est que tu es timbrée. »
Vincent fronça les sourcils, près à le reprendre vertement mais Luna éclata de rire.
« C'est ce qui fait mon charme. » dit-elle en réussissant à calmer le molosse d'un geste diaphane. « Tu ne veux pas que je te raconte ? »
« A quoi ça m'avancerait ? » rouspéta Blaise. « Au moins je me souviens de lui, au mieux je me porte… » mentit-il.
« C'est bien dommage… » fit-elle en le regardant encore plus bizarrement. « Car je détiens ta seule possibilité de le revoir, de lui parler, de savoir s'il est mort ou vif. » La jeune fille sortit un objet de sa poche ; une boule de verre lumineuse qu'elle lui tendit : « Tu devrais y penser sérieusement, car ça pourrait changer ta vie… Tu es tellement triste ! »
Après ça, Luna se leva et retourna auprès de Vincent. Ils s'allongèrent sur le lit et elle remonta la manche de son petit ami, appelant les tatouages blancs et argentés qui vinrent former des arabesques juste sous ses yeux. Elle pianota sur la peau de Vincent, le visage illuminé par ce qu'elle semblait déchiffrer.
Blaise avait toujours connu Vincent avec ce tatouage spécial, mais il ne l'avait jamais vu aussi actif – d'habitude, les dessins restaient reclus sous ses vêtements, changeant bien peu de forme. En voyant cette scène, Blaise aurait aimé, comme Luna, savoir déchiffrer quoique ce soit dans son propre tatouage violet et désespérément immobile… Il mit la sphère laiteuse dans sa poche et quitta le dortoir, montant les escaliers de pierre pour se rendre dans la salle commune austère où se trouvait le reste de la bande, et quelques autres Serpentards.
Un peu intimidé, il s'assit dans le canapé à droite de Draco. Comme lui un peu plus tôt, il demanda évasivement comment allaient leurs amis.
Quand les questionnements se portèrent sur leur Directeur de Maison, Draco dit :
« Rogue n'en a plus pour longtemps… Ma mère le veille tous les jours. Mon père souffre du même mal mais en bien moins grave, il est en bonne voie de guérison, mais il ne s'est toujours pas éveillé. »
« Ça ne doit pas être la joie pour ta mère, de les veiller tous les deux… » soupira Pansy, toujours vautrée sur Gregory.
Draco haussa les épaules.
« On n'y peut rien… »
Blaise rompit le silence pesant qui venait de s'installer.
« Je vous en ai parlé mais je ne vous l'ai jamais montré… J'avais honte, mais… » Il commença à déboutonner sa chemise, se levant pour leur dévoiler son dos.
Les Serpentards le regardèrent, impressionnés mais sans réelle surprise.
« Il est énorme ! » s'exclama Greg. « Je n'aimerais pas être affublé de ce truc à vie. Tu devrais essayer de voir un spécialiste, peut-être que tu peux te le faire enlever… »
Blaise parut choqué de ces dires.
« Quoi ? Mais je ne comprends pas, c'est bien Nott qui m'a fait ça, pas vrai ? C'est sa signature, et tu voudrais que je la fasse enlever alors que c'est tout ce qui reste de lui ? »
« Tu n'as pas désiré cette marque immense, alors pourquoi pas ? »
Blaise était trop atterré pour poursuivre plus avant sur cette pente, il éluda la réponse et demanda :
« Maintenant que vous le voyez, vous pourrez peut-être me dire quel est le rapport avec lui ? »
« Et en quoi ça te servirait de le savoir ? Tu l'as oublié… »
Blaise commença à s'énerver :
« Merci, je n'étais pas au courant ! Si vous savez quelque chose, dites-le moi, bordel de merde ! Vous croyez que j'ai choisi de l'oublier ? »
« Tu sais, Blaise… » commença Pansy. « On aura beau te raconter tout ce qu'on sait, ça ne suffira jamais à reconstituer ta mémoire… Ce que tu as perdu est immense, mais ce que tu as gagné l'est encore plus : tu es vivant ! » s'exclama-t-elle. « Et ce dessin dans ton dos, c'est exactement celui qu'il y avait sur les ailes de papillon que Theo avait fait pousser dans le sien lors d'un cours de l'AD. Il y avait de très rares moments où il semblait déstabilisé, sans maîtrise sur ce qui lui arrivait, et c'en était un quand il a constaté le message que véhiculait ses ailes… Si tu te retrouves avec ce symbole, c'est certainement parce que c'est ce qui le définissait le plus, ce qui l'a le plus touché… »
Blaise arborait un air malheureux. Évidemment, ces explications ne lui suffisaient pas… Ça ne suffirait jamais, Pansy avait raison.
« Tss… C'est tellement pratique, de tout oublier… » gronda Draco en croisant les bras, les yeux dans la vague. « Avec ton petit air de miséreux, tu me dégoûtes, tu ne sais même pas comme tu as de la chance ! »
Blaise le fusilla du regard.
« Tu dis ça pour Potter, ou pour toi ? »
Pansy s'interposa en se levant :
« Peu importe ! Tu devrais passer outre, puisque tu n'as pas de souvenirs. Avant tu avais des rêves ! » Elle se saisit du collier de Blaise et lui montra l'écrin qui pendait au bout. Dedans sommeillait la guitare Moldue miniaturisée de son père. « Ça fait combien de temps que tu n'as pas joué ? »
Blaise haussa les épaules, tristement.
« Je n'y arrive plus, j'ai toujours l'impression qu'il manque quelque chose… Je n'y prends plus de plaisir… » Il rentra à nouveau le collier dans ses vêtements et sortit plutôt la sphère que lui avait donné Luna. « C'est un Abraza La Luze… Je sais ce que c'est, pourtant je ne me souviens pas en avoir déjà tenu un dans mes mains. Mais la façon dont Loufoca me l'a donné me fait penser que j'ai une histoire avec cet objet… »
Draco se tourna à nouveau vers Blaise et lui jeta un regard incendiaire, s'énervant.
« Tu ne vas pas le tester, j'espère ! »
« Et pourquoi pas ! » cria le brun aux cheveux longs, encore plus fort.
« Parce que tu en a déjà fait les frais, abruti ! Tu es devenu accro à cette merde et tu as passé des semaines à l'infirmerie comme une larve pour réussir à t'en défaire ! Quand j'y pense ! » s'exclama le jeune Malfoy en se levant comme un diable – Pansy se précipita pour se mettre entre eux. « À cette époque, tu ne sortais pas encore avec Theo, il ne voulait pas de toi parce qu'il n'était pas gay. Alors tu as voulu l'oublier, parce que ça te faisait trop souffrir de l'aimer, pauvre chou ! Et c'est là que ça a commencé entre vous, parce qu'il ne voulait pas que je t'obliviate. Peut-être qu'il s'est forcé à sortir avec toi, à te satisfaire, tu ne le sauras jamais ! En tout cas, il a retenu une chose : c'est que si tu ne pouvais pas être avec lui, alors tu voulais l'oublier ! Alors arrête de geindre sans cesse, parce que, ce qui t'arrive, tu en es responsable ! »
Draco quitta la pièce, fou furieux. Blaise remit lentement sa chemise, une grosse boule dans la gorge. Quand il se rassit, il ne put s'empêcher de se justifier misérablement, retenant ses larmes.
« C'est pas de ma faute… »
Pansy alla s'asseoir à côté de lui, entourant son cou de ses bras.
« Bien sûr que ce n'est pas de ta faute. Draco est simplement aigri parce que Potter ne lui manifeste pas le moindre intérêt… » Elle lui caressa le dos, lentement, jusqu'à ce qu'il se calme. Enfin, elle dit : « Moi je pense que tu devrais tester l'Abraza La Luze. Ce n'est dangereux que si tu l'utilises en pensant à une personne vivante, proche de toi. Son pouvoir s'amenuise considérablement quand la personne est morte… » Elle soupira. « On n'en a pas la preuve, mais en embrassant l'Abraza, tu sauras enfin… De toutes façons, même s'il n'est pas mort, les effets seront faibles puisque tu ne te souviens plus de lui. Et Greg et moi, on sera là pour veiller sur toi lorsque que tu seras en son pouvoir. Après ça, tu auras un seul, unique et factice souvenir de Theo, mais c'est ce qui te rapprochera le plus de lui. Promet-moi juste de te remettre, une fois cela fait… »
Blaise leva ses yeux sur son amie, la contemplant gravement.
« Je te jure d'essayer, vraiment… Mais je ne peux pas te le promettre. »
Elle fronça les sourcils, amusée.
« C'est quoi ce Serpentard qui ne ment pas pour la bonne cause ! Tu étais censé me rassurer là, Blaise ! Bon, on le fait tout de suite ? »
Le jeune homme brun sourit faiblement et répondit :
« Non, je préfère attendre… d'être prêt… Je dois réfléchir encore, en attendant garde-le. Tiens, comme ça tu seras plus rassurée. »
Pansy acquiesça et prit la sphère. Blaise partit lui aussi de la salle commune des vert-et-argent, à la recherche de Draco. Réconforter un ami le sortirait peut-être de son errance personnelle…
Pansy, quant à elle, contemplait la sphère, pensivement.
« Tu ne veux pas l'utiliser en songeant à Dray ? » demanda Greg, évasivement.
Pansy la rangea dans sa poche.
« Non, merci… Draco me fait tellement pitié, depuis un certain temps, qu'il perd tout son charme à mes yeux...»
Gregory sourit et murmura :
« Tu es méchante… »
Pansy haussa les épaules, en minaudant.
« Et alors ? Je suis une Serpentarde, j'ai le droit ! C'est pour ça qu'on m'aime ! »
Gregory acquiesça puis attrapa la main de la jeune fille et la serra dans la sienne en la regardant droit dans les yeux, allant au-delà de ce qui était amical avec une gêne mal contenue.
« Pansy… C'est vrai, je t'ai toujours aimé, et je sais que tu le sais… Je n'ai jamais eu d'espoir ; tu es si intelligente, jolie… et indéniablement Serpentarde. Je sais que tu joues avec moi, en ce moment… Et c'est dur pour moi de rester stoïque, d'autant plus que je te vois de jour en jour t'éloigner un peu plus de Draco… »
« Tu aimerais que j'arrête de te coller ? » demanda la jeune fille, mutine.
Greg eut une expression contrariée.
« Ce que je voudrais importe peu… mais oui, tu devrais arrêter. »
« Et toi, tu devrais avoir plus confiance en toi, Greg. » fit-elle en l'accusant du doigt. « Vivre dans l'ombre de Draco nous a desservi sur certains côtés et maintenant qu'il est au fond du trou, tu devrais enfin remarquer que tu es devenu un homme formidable, et plutôt charmant… » Elle s'assit sur le sol et se cala entre les jambes de Gregory, qui resta pétrifié dans son canapé. Ce faisant, elle garda son imposante main dans la sienne, la caressant doucement. « Tu es mignon, tu es fort… Une fille aime se sentir protégée dans de grands bras musclés. Tu es gentil, loyal, brave… mais tu sais aussi parfaitement où se trouvent tes intérêts, et tes limites. Tu es travailleur en conséquence, et donc bien plus que la plupart. Tu es chanceux, optimiste. Tu es simple, tu n'es pas le genre de gars traumatisé dont il faut sans cesse s'occuper. Tu serais plutôt celui qui s'occuperait d'une telle personne, sans trop en faire : gentiment, mais pas à outrance… Tu as aussi beaucoup de défauts, certains font ton charme, mais ton gros problème, Greg… C'est que tu n'as pas confiance en toi, point de vue séduction, et ça c'est sacrement exaspérant pour une fille de devoir te prendre la main pour ce genre de chose. Même si je viens de t'avouer que tu me plaisais, ne compte surtout pas sur moi pour t'aider ! Si tu me veux, tu n'as qu'à me prouver que tu es décidé à m'avoir, à me séduire… » Sur ce, Pansy baisa la main de Gregory et s'en alla elle aussi, laissant le jeune homme massif bien perplexe dans ses pensées.
oOo
Blaise déboucha sur une enfilade ouverte sur l'extérieur par le biais de nombreuses fenêtres d'allure gothique. L'ambiance ici était lourde car les murs de pierre sombre et le ciel blanc plombaient l'atmosphère. De la brume semblait se former dans le couloir désert.
Blaise était certain de trouver Draco accoudé à l'une de ces fenêtres car, d'ici, on pouvait voir tout ce qui se passait dans la cour et dans une grande partie du parc sans se faire déranger par d'autres élèves. De toute façon, avec la fin de la guerre, bien peu d'élèves étaient revenus à Poudlard, préférant fêter la victoire au sein de leurs familles, dans les rues, même chez les Moldus. Seuls les septième année avaient été obligés de revenir impérativement pour passer leurs examens et obtenir leurs diplômes dans un minimum de bonnes conditions – même si Dumbledore avait pris soin de préciser que les corrections ne seraient pas aussi drastique que lors d'une année sans encombres, ce qui avait été rare ses dernières années, surtout pour cette session particulièrement marquée…
Quelques fenêtres plus loin, des sanglots étouffés sortirent Blaise de ses pensées et, enfin, il trouva Draco accoudé devant une vitre, le visage caché par ses cheveux pendants dans le vide, tel qu'il l'avait imaginé. Le brun précipita le pas et enlaça son ami par derrière, ressentant à nouveau la tristesse l'envahir.
« Ne pleure pas… » soupira-t-il. « Pleure pas, Dray… » Par-dessus l'épaule du blond, Blaise vit Harry dans le parc, se promenant avec ses amis. « Surtout pas pour lui… Rappelle-toi, ce n'est que Potty… Et non seulement il t'a oublié, ce con, mais en plus il n'a même pas fait l'effort de te revoir, de t'écouter, d'essayer de comprendre… Il ne te mérite pas… »
Draco renifla et essuya ses yeux, sans toutefois se retourner, ni faire un mouvement pour se défaire de l'étreinte.
« C'est toi qui dit ça ? Crétin… »
« Justement, oui… C'est moi qui dit ça… » répondit l'autre en enserrant Draco un peu plus fort. « Je peux te comprendre, on est tous les deux les victimes de nos petits amis… Potter n'a plus de souvenirs, ni même de sentiments pour qui que ce soit, et il ne veut même plus te voir alors qu'il le pourrait. Et moi, je n'ai plus de souvenir, mais peut être encore des sentiments. Je voudrais le voir, mais je ne le peux pas. C'est à la fois semblable et différent, mais tu ne trouves pas qu'on a drôlement en commun ? » Draco renifla dédaigneusement et Blaise poursuivit : « Je me demandais… Avant que Luna ne te fasse boire la potion bizarre des Weasley le soir d'Halloween et que tu ne tombes tout droit dans les bras de Potter, est-ce que tu avais déjà pensé sérieusement à sortir avec un garçon ? »
Draco rigola froidement.
« Bien sûr que non… Toutefois, je vais te raconter un souvenir que tu n'as certainement plus, et qui va peut-être te glacer d'effroi. Avec Theo et toi, il nous est déjà arrivé de nous embrasser. Nous mettions cela sur le compte de la quête d'expérience, mais maintenant tu peux le prendre comme ça t'arrange ! »
« Sérieusement ? » demanda Blaise, interloqué. « C'est vraiment bizarre, mais après tout, je ne peux que te croire… » Après quelques secondes de silence, passées à frotter doucement son nez dans le cou de Draco, il dit : « Nous serions donc passés de parfaits hétéros à amoureux transis de mecs… C'est encore un point qui nous rapproche, mais c'est à n'y rien comprendre ! Tu en penses quoi ? »
Draco leva les yeux au ciel.
« Blaise, j'en ai carrément rien à foutre, pour l'heure… Il n'y a pas de raisons à tout ça, laisse tomber. »
« Mais tu dois pourtant bien y réfléchir un peu, non ? Si Harry ne veut plus jamais de toi, tu vas bien devoir te remettre à convoler, car après tout : tu es hormonalement actif ! Et alors tu te tourneras vers les filles ou les gars ? Peut-être les deux ? »
« Pourquoi tu me dis ça ! » s'exclama Draco. « Je n'ai pas envie d'y penser ! »
Draco se retourna, forçant Blaise à reculer. Toutefois, le brun laissa ses mains sur les bras du Préfet en chef.
« Je sais que tu préférerais qu'Harry te revienne, évidemment. Mais essaye d'imaginer deux secondes que cela n'arrive pas… » Blaise échangea avec Draco un regard glacé, et il resserra sa poigne, empêchant le blond de lui échapper. « Est-ce que tu penses que tu parviendras à te reconstruire, toi ? »
Le blond resta silencieux, quelques secondes, puis il dit :
« Après avoir participé à une guerre, on perd tous énormément, on doit tous se reconstruire, on n'a pas le choix… Mais c'est possible, car nous sommes tous des survivants. »
« Sauf moi… »
« Même toi, Blaise ! Bon sang, c'est par tes actions passées que tu te retrouves là, quoique tu en penses ! »
« Si tu le dis, mais ça ne répond pas à ma question… » se renfrogna le brun. « Tu pourrais m'aider à y répondre, pourtant… » Ses doigts remontèrent sur les épaules du blond, la poigne se transformant en caresse. « S'il te plaît… »
Blaise se pencha vers Draco, enserrant son visage dans ses mains. Il attendit de voir s'il allait se défiler, ou non… mais le blond se contenta de le regarder imperturbablement. Blaise se pencha un peu plus et posa ses lèvres sur les siennes. Lentement, prenant le temps de découvrir les sensations que cela lui procurait, il embrassa son ami, de plus en plus audacieusement. Et Draco cessa de se laisser simplement faire, lui aussi rendit le baiser en fermant les yeux, en penchant la tête, en enserrant son cou, en glissant ses doigts dans ses longs et doux cheveux.
Quelques secondes plus tard, ce fut lui qui prit l'initiative d'attraper les mains de Blaise pour les poser impérieusement sur sa queue et sur ses fesses. Mais il n'attendit pas que son ami reprenne contenance ; brutalement, il le plaqua contre le mur, le déshabillant impitoyablement, l'obligeant à glisser à terre, sous lui.
Blaise voulait savoir ce que c'était d'être avec un homme, alors il allait le savoir, mais pas de la manière la plus douce qui soit… Ce faisant, Draco le regardait presque haineusement tout en déboutonnant son pantalon.
« Il est encore temps de dire stop… » gronda-t-il à voix basse.
Blaise leva les yeux vers lui. Il n'avait pas peur mais il ne semblait pas non plus dévoré par la passion. Seulement, quelque chose les animait tous deux : l'envie de s'oublier aveuglément dans la luxure la plus brutale…
Draco enleva partiellement le pantalon de Blaise, le laissant complètement plissé sur ses chevilles. Il baissa lui-même son pantalon à mi-cuisse et se pencha sur Blaise, se positionnant pour le baiser par derrière. L'autre lui facilita la tâche en se cambrant quelque peu, griffant d'impatience les pierres de ses ongles. Il cria quand Draco le pénétra sans douceur, il jura et traita son ami des pires noms, mais le blond ne s'arrêta pas et l'autre se tordit un peu plus pour recevoir les coups de butoir au plus profond de lui, l'incitant à aller plus vite, plus fort. Il voulait de la défonce, rien de plus, pour tout oublier dans les affres d'une baise terrible et bestiale, et qui ne dure jamais bien longtemps, et qui une fois la jouissance passée, laisse honteux et encore plus misérable qu'auparavant…
Draco, encore tremblant, ne lâchait plus Blaise. Il se laissa glisser au sol et ne put se retenir de fondre en larmes, une fois son état extatique passé, les yeux encore fixés sur le tatouage violet qui devenait de plus en plus trouble de larmes. En l'entendant, le brun se retourna et l'enlaça aussitôt, en gémissant de douleur, pour blottir son visage dans son cou.
« Pardonne-moi… » hoqueta Draco en resserrant ses doigts sur la chemise froissée couvrant encore les bras de son ami.
« T'excuse pas… J'en avais besoin… C'est plutôt à moi de m'excuser, Dray… » Seul un pauvre sanglot lui répondit. Il reprit, la voix tremblante de tristesse : « Tu sais, tu devrais peut-être sauter Potter, il te reviendrait à coup sûr ! Déjà que sans y mettre les formes, tu es terriblement bandant, alors en déployant tous tes talents, je n'ose imaginer sa réaction… »
Draco ricana.
« Ce n'est pas en me flattant sur mes performances que tu vas me remonter le moral, surtout avec cette voix… »
Blaise remit les vêtements du blond bien en place, avec tendresse, l'embrassant de temps à autres sur la joue et le front.
« Demain, tu le reverras au procès… »
« Je le vois tous les jours, qu'est ce que ça changera ? » répondit le blond, las.
« Je suis certain que demain sera un jour spécial… C'est obligé. Le Seigneur des Ténèbres va être exécuté, tu te rends compte ? »
« Pas vraiment… » Draco soupira et reprit, un peu plus tard : « Tu viendras ? »
« Non, on n'a pas reçu d'invitation comme toi. Parmi nous, il n'y a que Pansy qui a été également autorisée à s'y rendre… »
« Mais elle ne veut pas y aller. Elle dit qu'elle ne veut plus avoir affaire avec ça… Et comme elle a fait sa déposition, c'est suffisant pour eux… »
« Tu ne seras pas seul, Dray… Il y aura Hermione et Ron, nous sommes amis avec eux maintenant, n'est-ce pas ? »
« Super… » soupira le blond.
« Je sais que ce n'est pas la joie, comparé à ma superbe compagnie... »
Draco sourit.
« Tu sembles remis. »
« Écoute… » fit Blaise en collant son front contre celui de son ami. « Si tu te sens encore triste, seul… Si tu as besoin de câlins, ou de baise. Tu sais que je suis disponible… On pourrait panser nos blessures ensemble – même si, bien sûr, je te souhaite de ne pas avoir besoin de moi… »
Le blond haussa les sourcils.
« Et toi, dans tout ça ? »
« Moi… Demain, ne te déplaise, je vais embrasser l'Abraza, je vais voir la lumière… Mais ne t'inquiètes pas ; les autres veilleront sur moi. »
Draco se leva furieusement.
« Très bien, fais donc tes conneries ! »
Blaise ria légèrement avant reboutonner son pantalon. Il se leva et courut derrière Draco pour l'enlacer à nouveau par derrière.
« Ho Dray, fais pas la tronche… En attendant demain, est-ce que tu ne voudrais pas passer la nuit avec moi ? Je suis certain que ce sera la dernière, alors… Ce serait dommage que tu regrettes ça ! »
« Tu parles ! » s'exclama le blond, s'immobilisant, le visage grave. « Mais je suis d'accord… » lâcha-t-il enfin après mûre réflexion.
« Jure-moi simplement d'être plus endurant, cette fois-ci… » s'amusa Blaise en prenant les devants.
Draco grimaça.
« Parles pour toi, mécréant ! Tu es venu avant moi, si je me souviens bien ! »
Blaise se retourna et embrassa Draco.
« Et si nous sautions le repas et allions directement dans la Salle sur Demande ? »
« Non… pas là-bas… »
« Dans ta chambre alors ? »
Draco arbora un air contrarié.
« Non plus… »
« Je vois, tu ne veux pas baiser là où tu l'as fait avec Harry… » comprit-t-il. « C'est tellement romantique de ta part… Très bien, allons dans un dortoir inoccupé, dans ce cas... Mais les autres sauront pour nous… des détails pourraient s'ébruiter… »
Le jeune Malfoy haussa les épaules.
« Rien à foutre, et puis ce sont des Serpentards, ils ne diront rien… J'ai pu déjà le constater… »
« Ah bon ? Comment ça, tu as déjà trompé Potter ! »
« Pas vraiment, j'ai juste embrassé Pansy. »
« Haaa, c'était donc ça… C'est vrai que Pansy ne s'est pas servi de ça pour te faire casser avec lui, pourtant tu es l'amour de sa vie… »
« Pansy avait déjà changé, bien avant la guerre… » soupira Draco. « Peut-être qu'il faut perdre un amour fulgurant pour évoluer dans cette putain de vie… Bon sang, j'en venais à le considérer comme mon âme sœur ! J'aurais pu vivre sans lui, être heureux, si je ne l'avais jamais regardé autrement. Mais qu'est-ce que je vais devenir maintenant, ça a duré si peu de temps ! »
Il s'était arrêté de marcher et Blaise revint le prendre dans ses bras.
« Et moi qu'est-ce que je dois dire ? » murmura-t-il.
Le blond se tut, se retournant pour se blottir et savourer la chaleur d'un autre corps aussi malheureux que lui, tout contre lui.
oOo
Dans le parc, Harry regardait dans le ciel blanc un rapace voler en faisant des cercles. Sous ses pas, la neige avait largement fondu, la terre noire apparaissait de part et d'autre, ainsi que des perce-neige blancs au centre d'or qui pointaient vers le ciel, les pétales si purs, si graciles et fragiles, perçant la froidure.
Le Survivant, habituellement blasé, sentait à cette vue un sentiment l'envahir, diffus mais bien là. Comme un dégel, comme un espoir.
Il s'accroupit et caressa doucement le doux velouté de la petite fleur, avant de se saisir d'un peu de neige fondue pour la presser entre ses doigts.
L'hiver qui laissait enfin place à un semblant de printemps, cet oiseau libre puis les perce-neige… Ces images faisaient naître en lui des désirs d'évasion, quelque chose de grandissant, quelque chose qui… semblait lui faire pousser des ailes, de petites ailes encore gelées…
Enfin, il se languissait de quelque chose : du procès du lendemain, le procès où les choses allaient vraiment changer, où il allait enfin se sentir affranchit, où il allait pouvoir commencer à se reconstruire, à se construire !
Harry souriait en regardant le ciel blanc et, par sa seule pensée, il étira une trouée dans les nuages, formant une ouverture de bleu depuis laquelle des rayons éclatants comme des bras de soleil vinrent toucher tout Poudlard.
Le rapace vola plus haut et disparu au dessus des nuages.
A suivre…
NDA : Alors c'était pas du tout prévu que Draco et Blaise couchent ensemble, mais je trouvais que leurs situations étaient trop proches sans que ça ne paraisse bizarre, alors j'ai voulu m'en servir pour les rapprocher et faire un truc spécial. Finalement, je suis très contente de ce petit écart de conduite, niah ! Par contre, je me dis que ça ne doit pas trop être votre cas… Désolée ! Désolée aussi pour ce chapitre big transition nécessaire mais qui frustre ! (Avec beaucoup de couples annexes et hétéros dont on n'a rien à foutre dedans… lol)
Je vous souhaite à tous une bonne rentrée, ayez une petite pensée pour moi qui n'ait encore pris aucune vacances et qui fait, en plus, des travaux !
Gros bisous !
Levia
