Auteur : Leviathoune
Bêtalecteur : Majore, que je remercie tout particulièrement pour sa rapidité en cette période de fête ! Merci, merci, merci, MERCI !
Résumé : La guerre est enfin terminée, beaucoup ont perdu énormément mais se reconstruisent malgré tout avec plus ou moins de facilité, pansant leurs blessures physiques comme celles de leurs cœurs…
Le procès, l'exécution de Voldemort arrive à grands pas, et comme chacun dans le monde sorcier, Harry en attend beaucoup de choses car ses premiers tressaillements émotionnels, depuis son ultime affrontement avec le Sombre Seigneur, ont été suscités par cette unique perspective : l'impatience et l'espoir… L'espoir de se retrouver entièrement…
Et pendant ce temps, imperturbable, la nature reprend ses droits sur l'hiver (non parce que c'est important aussi de resituer la saison, non mais :p) et Draco trompe sa douleur avec Blaise, qui lui ressemble beaucoup...
RAPPELLE-TOI, Chapitre 34
Le procès du siècle
Le hall du Ministère de la Magie, qui était déjà immense en temps normal, semblait être dupliqué comme à l'infini. Bien que toujours sombre, avec ses dorures et ses belles cheminées, ses guichets et sa superbe fontaine, l'espace vide au centre était remplacé par une grande et haute scène comprenant le parapet où trônaient le pupitre et les bancs qu'occuperaient le juge et ses jurys. Des gradins avaient été mis en place par centaines pour le peuple sorcier et les plus proches de la scène étaient ceux réservés pour les éminents témoins, les plus grands héros de la guerre. Au fond, une immense toile translucide flottait doucement dans un faible courant d'air. Des images et des textes s'affichaient sur les tissus enchantés.
Au dessus de cela, toutes proches du plafond étaient fixées des alcôves étranges, comme autant de grands miroirs. Si l'on pénétrait à l'intérieur de l'une d'elles, on se retrouvait au bas d'un autre gradin exactement de la même taille que celui qui était réellement dans le hall d'entrée, fait lui aussi de bois et de fer, offrant la même vision plongeante sur la cour.
Comme il y avait une dizaine d'alcôves de ce genre, le Ministère de la Magie pouvait donc accueillir le monde sorcier anglais dans son entier, et même plus… Ainsi, depuis le matin, la salle, où plutôt les salles, se remplissaient de monde et ça grouillait et criait comme dans une véritable ruche humaine. Il y avait moult distributions de sandwichs et de boissons, l'air était chauffé par de grands braseros placés un peu partout. Les consignes de sécurité étaient maintes et maintes fois déclamées par des Aurors qui tenaient collée leur baguette contre leur gorge.
« En cas de danger, il ne faudra surtout pas créer d'impulsion de panique mais simplement transplaner chez soi, en toute tranquillité. Les mouvements de foule, les hurlements affolés sont à proscrire absolument ! Gardez votre calme en toute circonstance, sinon il y aura des blessés, voire des morts !!! Je répète… »
Au lieu d'effrayer les badauds, ces mises en garde n'avaient de cesse de les exciter.
Sans exception, comme hypnotisés, ils avaient tous les yeux braqués sur une chaise au centre de la scène. L'objet massif, bardé de chaînes et de fers était l'objet de toutes les discussions. Car il serait le dernier trône qui allait accueillir Voldemort, en prisonnier, en faible ! Et ils jubilaient !
oOo
Dans la chambre de Préfet en Chef de Draco, les Serpentards, assis pelle-mêle sur le lit ou dans des fauteuils, avaient regardé leur ami enfiler sa robe de sorcier la plus sobre et élégante (et sobre à la fois). Le blond venait de sortir de la salle de bain et ses cheveux, encore humides, étaient complètement plaqués en arrière. Il se campa devant ses amis et sembla les sommer d'un regard froid :
« Alors ? »
Pansy se redressa et le contempla dans les moindres détails avant de se décider à parler :
« Avec les cheveux comme ça, c'est vrai que tu ressembles un peu moins à ton père, mais… » Draco soupira bruyamment mais son amie poursuivit : « En fait, je viens de comprendre pourquoi on trouvait que tu lui ressemblais : ce n'est pas à cause de la tenue, ce n'est pas non plus parce que tes cheveux ont poussé… C'est parce que tu fais, comment dire… plus adulte. Ton visage est plus long, figé et toujours grave. Et tes yeux sont… acérés. »
Le jeune Malfoy baissa la tête et se massa les tempes en songeant à ce qu'il pourrait faire pour remédier à son problème. Plus jeune, il adorait qu'on le compare à son père mais en grandissant, il détesta de plus en plus ces sempiternels rappels. Et aujourd'hui, lorsqu'il s'était contemplé dans le miroir, avec cette robe et ses cheveux un peu trop longs tombant sur ses épaules, il avait lui-même constaté combien il était devenu le portrait craché de son paternel. Il avait alors tenté de plaquer ses cheveux en arrière, comme il aimait le faire étant petit. Mais si c'était simplement son regard, le fait qu'il ait grandi et qu'il soit devenu aigri qui changeait la donne… Que pouvait-il y faire ?!
Blaise se leva du lit où il s'était alangui toute la matinée et se dirigea vers l'armoire ouverte, y fouilla quelques instants et y dénicha un jean bleu-vert et la veste qui allait avec.
« Si tu veux être vraiment à l'opposé de ton père aux yeux de tous, enfile ça ! Ce n'est peut-être pas ce que tu as de plus classe, et les gens se demanderont tous pourquoi tu ne portes pas une superbe robe brodée de perles en nacre, mais ils pourront constater ta certaine différence au sein de ta famille. Et là, je ne parle pas uniquement du physique, mais surtout des idées… »
Le grand brun pianota sur le tissus d'aspect élimé et jauni en certains endroits et Draco, d'abord perplexe, comprit. Il ôta sa robe et la tendit à son ami pour qu'il la range. Tandis qu'il enfilait son pantalon, Gregory mit ses mains devant les yeux de Pansy, qui glapit son indignation en rigolant. Avec Blaise, ils choisirent une ceinture de cuir brun et une chemise de lin toute simple et blanche ainsi que des chaussures pas trop sombres et pompeuses.
« Non, ne la boutonne pas jusqu'en haut ! » s'exclama le musicien en l'empêchant de fermer quelques boutons. Comme ça, on voit bien ton collier et ta gorge… N'oublie pas que tu dois reconquérir Potter, aussi. » Draco grimaça mais se laissa faire, même quand Blaise vint fourrager dans ses cheveux pour dégager quelques mèches devant ses yeux. « Voilà, comme ça tu as un petit air négligé de mauvais garçon Moldu. Personne ne pensera à ton père en te voyant. Au pire, ils se diront : " Ça par exemple, si le pauvre Lucius le voyait ! Il rendrait l'âme aussitôt ! " » Draco le fusilla d'un regard noir, mais il n'était pas vraiment vexé car son père, même s'il gardait encore le lit, était à présent sorti d'affaire. « Par contre, pour le regard, ça… » reprit Blaise en faisant semblant d'être frigorifié. « Pansy a raison, tu devrais tenter de l'adoucir, comme ça il reviendrait à un degré plus proche du zéro et ça serait moins périlleux pour tes interlocuteurs. »
La jeune fille pouffa et Draco, ignorant la blague, refit un tour dans la salle de bain pour être certain de son apparence. Il refaçonna un brin ses cheveux, enfila la veste en jean et ressortit interroger du regard ses amis.
« Je t'ai déjà vu habillé comme ça. » fit son amie. « Et même si ce n'est pas mon style de vêtements préféré, je trouve que ça te va très bien. En plus, je suis d'accord avec ce qu'a dit Blaise, le fait que ce soit un habit Moldu un peu populaire et avec des effets usés te met complètement à l'opposé de ton père, et tu n'as plus l'air aussi adulte avec ce petit air rebelle. » Draco fit la moue et elle ajouta rapidement : « Et je te rappelle que si on sait regarder, on voit bien que ce sont des vêtements luxueux et sorciers ! Ne t'inquiète pas, tu ne fais pas négligé, même pour un néophyte et même pour une telle occasion. Tout le monde connaît la marque B.S.Lowly ! »
« Bon… » concéda le blond qu'un dernier regard pour son reflet acheva de convaincre. « Alors je vais y aller. Tu es bien sûre de ne pas venir avec moi ? »
« Oui ! » geignit la jeune fille. « Je ne comprend pas toute cette agitation, demain je lirai en dix minutes le compte rendu du procès dans la Gazette, et ça sera amplement suffisant. Je ne vais pas aller attendre des heures au Ministère, dans l'agitation et la foule, pour quelque chose qui me lasse d'entrée de jeu, sous prétexte que c'est historique… »
« Tu pourrais venir pour me soutenir moralement ! » l'accusa Draco.
« Pour que tu me laisses tomber comme une vieille chaussette qui pue pour aller convoler avec Potter, non merci… »
« Si seulement… » soupira-t-il. « Mais rien n'est moins sûr. » Personne ne vint le contredire et il prit une poignée de Poudre de Cheminette dans un joli petit vase posé sur le montant de son âtre. « Souhaitez-moi bonne chance… » Blaise posa une main réconfortante sur son épaule et Draco jeta la poudre dans la cheminée en prononçant distinctement : « Hall du Ministère de la magie ! »
Après qu'il eut disparu dans une gerbe de flammes vertes, personne ne dit plus rien durant un long moment comme si ce qui venait de se passer était de la plus haute importance et que ça nécessitait un tel recueillement. Puis le jeune musicien s'activa et, machinalement, il rangea les affaires que Draco avait laissé traîner un peu partout sur les chaises ou le lit. Puis, quand tout fut dégagé, il se tourna vers Vincent.
« Tu vas chercher ta copine ? »
Le Serpentard secoua la tête négativement.
« Je ne sais pas où elle est, elle a juste dit qu'elle arriverait en temps voulu. »
Blaise eut un tic nerveux et commença à s'énerver.
« Mais ça risque de prendre un temps fou et… »
Un léger cognement l'interrompit et tous les Serpentards se tournèrent dans un même mouvement vers la porte. Pansy ne put se retenir de glousser.
oOo
Après avoir été recraché par la cheminée, Draco mit quelques minutes avant de trouver sa place tant il était désorienté par les aménagements du Grand Hall, ainsi que par la foule et la cacophonie ambiante. Tout cela lui rappelait un match lors de la dernière Coupe du Monde de Quidditch mais en moins bien organisé, et surtout en beaucoup plus macabre. Un Auror finit par lui indiquer sa place en lui offrant un plan. Il put constater qu'il y avait d'imprimé le même programme que celui publié dans la Gazette. Il était donc en avance de bonnes deux heures mais, en voyant le désordre environnant, il regrettait presque de ne pas être arrivé encore plus en avance.
Quand il contempla le banc sur lequel il allait passer le reste de la journée, il fut quelque peu surpris de voir qu'il allait être quasiment à côté de son ex petit ami qui était nonchalamment assis entre Hermione et Dumbledore. Pour une obscure raison, Harry dut sentir son approche car il se retourna et leva vers lui ses yeux incroyablement vert. Le jeune Malfoy se renfrogna en ne voyant s'imprégner aucune des expressions qu'il souhaitait sur le visage du Survivant qui semblait simplement curieux, et encore… Le voyant faire, ses deux compagnons de toujours l'imitèrent et le dévisagèrent à leur tour. Si Hermione lui fit un petit sourire accueillant, Ron arbora une moue boudeuse en comprenant que ça allait être à lui d'écoper de sa présence à ses côtés. Draco s'avança de très mauvaise humeur.
« Si tu crois que ça me… » commença-t-il vertement à l'adresse du rouquin.
« Draco ! » s'exclama joyeusement le Directeur de Poudlard, coupant court à son franc ressentiment. « Oh, je vois que, comme à votre accoutumée, vous êtes resplendissant ! C'est vraiment une nature chez vous, les Malfoy ! J'ai vu votre mère il y a peu, quelle beauté ! Mais venez, venez donc prendre place à mes côtés ! » acheva-t-il en tapotant la place libre à sa droite.
Draco ne sut s'il devait être rassuré, ou non. Il sourit néanmoins et prit place en remerciant le vieil homme qui poursuivit sur sa lancée, engageant une discussion qui n'avait rien de stupide, comme il l'avait craint de prime abord. Ils parlèrent surtout de son père et de ce qu'il pouvait raisonnablement espérer à la suite de ce procès. Dumbledore le rassura sur bon nombres de points en lui expliquant avec quelles éminentes personnalités il avait discuté de cela, il lui présenta même des lettres confidentielles sous scellés magiques. En les voyant le cœur de Draco fit un véritable bond. Car même si Dumbledore et son entourage avaient été d'accord avec cet arrangement passé il y a quelques mois, il avait toujours crains le moment où cela deviendrait totalement public et officiel. Ces lettres lui assuraient donc que, quelque soit la position des Magistrats et du peuple, sont père ne retournerait jamais à Azkaban, et à côté de ça tout valait mieux – même si sa liberté ne serait jamais que partielle… Bien sûr, il comptait aujourd'hui convaincre le peuple en expliquant bien combien le rôle de Lucius avait été déterminant, pour rendre cette histoire plus acceptable et les Magistrats plus coulants. Du moins, il l'espérait.
Une bonne heure passa et le Directeur de Poudlard se leva en expliquant qu'il devait aller à la rencontre de quelques amis. Il partit et Draco resta pétrifié un instant, comprenant que le grand mage l'avait probablement fait exprès pour lui offrir la possibilité d'être juste à côté d'Harry. Mais en voyant le vieil homme discuter activement avec d'autres éminents sorciers, il douta de l'importance que sa réconciliation avec le Survivant aux yeux du Dumbledore. Ce n'était peu être qu'un hasard… Quoi qu'il en soit, il ne réfléchit pas plus longtemps, ôta sa veste et la posa pour garder sa place et se poussa vers Harry qui le regardait sans cacher que ce revirement de situation le dérangeait quelque peu.
« Ça t'ennuie ? » demanda hargneusement le blond qui constata du coin de l'œil que Ron et Hermione étaient bien décidés à suivre leur échange avec la plus grande curiosité.
« Ça dépend de ce qui va suivre… » expliqua l'autre, un brin dédaigneux. « Mais ça se pourrait bien… »
« Tu m'as dit que d'ici le procès, je ne devais plus t'approcher, ni te contacter d'aucune manière. Et j'ai respecté ta demande à la lettre. Pourtant… » Il doutait de lui… Devait-il lui dire le fond de sa pensée ? « C'était très dur pour moi. » admit-il, grave.
Harry haussa des sourcils bravaches.
« Sérieusement ? Il me semblait pourtant que tu avais su trouver un palliatif plus que demandeur de t'apporter réconfort et chaleur ? »
Draco rougit magistralement et ne sut plus quoi ajouter. Il était complètement mortifié et avait du mal à soutenir le regard d'Harry. Ainsi, il savait ! Au fond de lui, il s'en était toujours douté.
Ron et Hermione s'agitaient et finalement, la brunette n'y teint plus.
« De quoi ? Qu'est-ce que Malfoy a fait ? Avec qui ? »
Le brun le regarda, apparemment très amusé, semblant le défier d'oser le dire. Le cœur de l'incriminé, déjà pas mal emballé, fit des bonds inimaginables lorsqu'il tenta de réunir son courage afin d'avouer sa faute.
« J'ai… » Il soupira : « J'ai couché avec quelqu'un… Ce n'était pas une erreur, et ce n'était pas qu'une fois... »
Le couple prit une expression positivement outrée.
« C'est dégueulasse… » gronda Ron mais Harry éluda le dégoût de son ami d'un geste fatigué.
« Je suis déçu… Je pensais que l'on s'amuserait plus longtemps à tenter de te faire cracher le morceau… »
Encore plus choquée, Hermione se tourna vers son ami.
« Tu le savais ? Et ça ne t'a rien fait ? »
Elle posait exactement la question qui préoccupait Draco. Car si être trompé ne le blessait aucunement, c'était un très mauvais signe pour lui, et pour eux…
Harry le contempla un instant et dit :
« Je l'ai su au moment où ça arrivait. » expliqua-t-il. « Il faut dire que, sans le vouloir, je suis en permanence diffusément connecté avec tout ce qui se passe autour de moi. Et toi, Malfoy, tu agis à chaque seconde en songeant tout spécialement à moi. » Il posa une main sur son propre cœur en souriant cruellement, puis reprit : « Alors on peut dire que j'ai suivi ce que tu faisais avec un peu plus d'attention que les autres. Je me demandais si tu allais culpabiliser d'avoir oublié un instant ta souffrance dans ses bras mais faire comme si de rien n'était, ou bien me l'avouer… Mais ce que j'espérais le plus, c'est que tu passes réellement à autre chose… » Il poussa un soupir à fendre l'âme mais ne se départit pas de son sourire. « Mais rien à faire. »
Cette fois-ci, Ron et Hermione furent offusqués par les propos du Survivant qu'ils regardaient interloqués. Draco le constata dans un état second, ne réalisant pas tout à fait. Ne pouvant y croire.
« T'es dégueulasse… » singea Harry, professant les paroles que tous pensaient à son encontre. « Et pourquoi devrais-je être gentil à son sujet ? » demanda-t-il en désignant Draco. « Parce qu'il m'aime de tout son pauvre petit cœur, parce qu'il souffre terriblement de mon indifférence ? Parce que sans moi, il n'est rien… ? »
Le jeune Malfoy, complètement abasourdi, se força à déglutir et à dire quelques mots :
« Si pour toi je ne suis absolument rien d'autre qu'un minable, qu'un gêneur… Pourquoi ne pas avoir été plus clair ? Tu m'as laissé un espoir en me disant que le jour du procès… »
« Non ! » le coupa Harry en pointant un doigt accusateur vers lui. « J'ai dis après le procès, pas avant ce moment, ni pendant. Après ! Je croyais que tu savais manier les mots, comment n'as-tu pas pu comprendre, Malfoy ? »
« Et qu'est-ce que ça change ! » hurla presque Draco en se levant, menaçant. Être appelé par son nom venait de lui faire perdre complètement le peu de sang froid qu'il avait réussi à préserver. « Il ne va rien se passer d'extraordinaire, une fois le procès derrière nous ! Tu avais vraiment besoin de me repousser de cette façon humiliante ! Je voulais simplement discuter avec toi ! Pourquoi tu me réserves tout particulièrement ce traitement de faveur ? Parce que tu ne ressens rien pour moi ? Et pour eux ! » Draco fit un geste rude vers le couple de Gryffondors qui sursauta. « Si tu es capable de me jeter de ta vie avec autant de mépris, c'est que tu pourrais aussi bien en faire de même avec les autres ! Alors qu'est ce qui te permet de tenir ton gentil petit rôle à leurs côtés ? Le dévouement, ou la pitié ? Quoi que ce soit, je suis bien content que tu ne te sentes pas obligé d'en faire de même avec moi ! »
Sur ce, Draco fit volte-face, récupéra sa veste et commença à chercher une autre place, ce qui n'allait pas être une mince affaire, mais Harry se leva et le retint par le bras, le serrant à lui en faire mal. Le blond fut encore un peu plus anéanti en comprenant, à la vue de son sourire sadique, qu'il ne faisait pas cela pour le rattraper mais pour l'enfoncer encore un coup.
« Qui te dit que je n'honore pas ma mémoire avec toi, de la même façon qu'avec mes amis ? » Son expression s'accentua, tout autant que sa poigne. Il se rapprocha et susurra : « De tous les souvenirs que j'ai à ton sujet, il n'y a rien qui surpasse le tissu de haine que je suis parvenu à reconstruire. Ils sont mes amis, et toi… » Il accompagnait le geste à la parole. « Tu es un ennemi avec qui j'ai eu une aventure les deux tous petits derniers mois de ma vie ! » Il leva son autre bras et fit un signe lent, refermant son pouce et son indexe l'un contre l'autre comme s'il attrapait une poussière juste devant le nez de Draco. Puis il souffla sur le zéro que formaient ses doigts, comme pour faire s'envoler l'infime particule, puis lui lâcha enfin le bras. Draco, fasciné et atterré à la fois, resta un instant à le contempler sans rien dire. Puis il referma sa bouche, durement, le regardant reprendre place. Il se souvint alors combien ses propres amis le trouvaient froid et différent. C'était les barrières qu'il avait érigé entre lui et le monde depuis peu, par sa faute. Il maudit Harry pour l'avoir rendu si vulnérable, car des larmes de rage et de douleur menaçaient de le submerger devant tout le monde.
« N'espère pas retomber en enfance avec moi en remettant notre rivalité au goût du jour ! » cracha-t-il avec le plus d'indifférence possible. « Pour moi… Tu es mort ! » trancha-t-il en s'éloignant, sans un dernier regard à celui qu'il aimait et qui avait piétiné ses sentiments. Il était au-delà du mépris.
Harry se redressa, les traits tirés par une expression de fureur.
« Tu ne m'apprends rien ! » cria-t-il aussitôt par-dessus le brouhaha ambiant. « Et tout le monde le sait, d'ailleurs… » termina-t-il plus doucement en se rendant compte que Ron et Hermione avaient l'air très inquiet.
Il se rassit à côté d'eux, toujours en colère mais souriant étrangement, comme s'il savourait quelque chose, de nouveau ou d'inattendu… Sa fureur, justement.
oOo
Dans la chambre de Draco, Blaise était installé sur le lit et tenait l'Abraza la Luze dans sa main. Ses amis autour de lui – Pansy installée sur une chaise, Greg et Vincent affalé dans des fauteuils – semblaient veiller sur lui avec attention et Luna Lovegood – assise sur les genoux de son petit ami – lui prodiguait ses derniers conseils.
« Logiquement, tu peux facilement parvenir de toi-même à mettre un terme au rêve… Toutefois, il est peu probable que tu en aies envie car cet objet fonctionne seulement par rapport à tes plus chers désirs. Et même en plein cauchemar, tu ne voudrais jamais te réveiller puisque tu aimerais ça… Quoi qu'il en soit, il arrive parfois qu'un Abraza soit mal réglé, ou déréglé sciemment par une personne malintentionnée – ce n'est pas le cas de celui-ci. » fit-elle en tapotant la petite sphère. « D'autres fois, et c'est encore plus rare, si la personne qui l'utilise est vraiment très déséquilibrée, par exemple si elle a une ou plusieurs personnalités cachées, elle se projetterait dans un rêve, au sein de l'Abraza, que son inconscient particulièrement puissant dirigerait et qui, probablement, la terroriserait… » Voyant passer un éclair de crainte dans les yeux de Blaise, elle ajouta : « On a tous un inconscient un brin dérangé mais quand on embrasse l'Abraza, on le fait, normalement, avec des désirs bien encrés dans le réel, et ils sont plus puissants que n'importe quelle pensée méandreuse. Ne t'inquiète pas, cet objet a été fait pour rendre simplement très heureux… »
Pansy renifla de dédain.
« Un objet qui rend heureux, quelle idée aussi… »
Luna acquiesça.
« Si on utilise l'Abraza en étant particulièrement malheureux et sans espoir, il se produit parfois ce qui t'es déjà arrivé et dont tu ne te souviens pas… »
« C'est bon, vous me l'avez suffisamment répété. » Blaise chercha ses mots puis baissa les yeux. « Je ne suis peut-être pas très heureux, en ce moment, mais je ne l'utiliserais qu'une fois – ça ne peut pas être si dangereux, une seule fois… »
« Si, ça peux… » souffla Luna, gravement. « Certain meurent dans le rêve, préférant cet intense bonheur plutôt que le fait de revenir à une réalité douloureuse. L'Abraza est interdit car il est souvent utilisé pour se suicider. C'est pour ça que j'ai apporté ça. »
Elle fouilla dans une petite bourse accrochée à sa ceinture et lui montra une friandise enrobée d'un papier brillant et doré marqué de symboles bleutés.
Les Serpentards restèrent perplexes en regardant le fond de sa main.
« Tu te fous de ma gueule ? » cracha Blaise. « C'est juste un bonbon ! »
« Oui, il est très sucré et l'emballage est joli. » expliqua la jeune fille bizarre tandis que Pansy levait les yeux au ciel en soupirant. « C'est pour atténuer le goût du sang de salamandre céleste. Mange-le, et tu seras préservé de l'euphorie. Ainsi, tu profiteras mieux du rêve et tu le comprendras avec plus de lucidité, car au lieu de te laisser emporter par les affres du plaisir… » fit-elle avec un geste vague. « Tu te poseras les bonnes questions. »
Blaise opina et prit le bonbon. Presque avec révérence, il ôta le papier doré sans l'arracher et avala prestement la friandise bleue.
Les Serpentards le regardaient, guettant une réaction.
« On ne sent pas de goût bizarre. » expliqua-t-il.
« Le sucre ! » fit Luna en levant son index. « Maintenant embrasse l'Abraza, et garde bien en tête que nous sommes à tes côtés et qu'en cas de problème, tu ne dois pas t'affoler car nous te réveillerons. Garde aussi en mémoire de choisir plutôt rapidement, et par toi-même, de quitter le rêve, car dans deux heures nous te réveillerons de toute façon, et il te sera très désagréable de quitter l'étreinte de l'Abraza si tu n'as pas obtenu toutes les réponses que tu souhaitais. Encore un conseil, ne te perd pas dans la langueur, pense au sang de salamandre qui t'aidera à déplacer tes ardeurs, les concentrant dans un désir de connaissance, et non de plaisir, même dans le plus parfait des paradis enluminés. »
Blaise acquiesça, un peu impressionné par la façon de parler de la jeune fille que Vincent enlaçait, très fier. Il porta l'Abraza à ses lèvres, hésitant un instant en se remémorant toutes les questions qu'il devait élucider en plongeant dans le rêve. Enfin, il embrassa la petite sphère laiteuse. Une lumière sembla soudain partir d'elle et s'intensifia immensément. Il ne tenait plus une boule de verre mais une gigantesque sphère qui lui faisait maintenant face, empreinte à l'intérieur d'un magma d'argent et de fumée crémeuse et lumineuse. Il contempla cette lune vivante avec effarement tant sa beauté était extraordinaire. Puis la sphère fusa vers lui et l'enveloppa entièrement. Instantanément, il ressentit une sensation incroyable. Il fut envahi d'un bien-être sans commune mesure avec les habituelles sensations humaines, dans toutes leurs simplicités. Il était parfaitement bien, détendu, béat de bonheur, et même plus que ça. Sans plus ressentir son corps de façon normale, il comprit qu'il tombait lentement, lentement en arrière, comme s'il sombrait délicieusement à travers plusieurs couches de nuages. Puis il s'enfonça moelleusement dans une nuée plus résistante que les autres et s'immobilisa. Toujours terrassé par le ravissement, il ouvrit lentement les yeux et contempla un monde de blancheurs multiples qui s'entrecroisaient et voguaient mollement dans un ciel d'argent et de lumière.
C'est magnifique, pensa-t-il, si divinement bien. C'est le Paradis. C'est vraiment le Paradis…
Il leva le bras vers un voile nuageux frangé de dentelle illuminée, pourtant inaccessible, quand il sentit quelque chose ou quelqu'un ramper sur son corps.
Il baissa les yeux et vit arriver au dessus de lui un jeune homme plutôt frêle. Ses cheveux sombrement argentés tombaient sur lui et ses yeux incroyablement ambrés, presque sanguins, le stupéfièrent par leur beauté espiègle. Derrière les épaules du jeune homme, quatre grandes ailes de papillon, lisses et effilées, s'étendaient dans les airs, violettes avec des motifs bleu électrique.
« Salut ! » fit le jeune homme d'une voix aussi joyeuse que ses yeux.
Et Blaise le reconnut enfin. Il ne sut si ce fut rapide ou bien, au contraire, languissant, mais il ressentit un désir de caresser son beau visage fin, et l'attrapa plutôt dans ses bras pour le serrer avec passion contre lui en l'embrassant, en soupirant et en murmurant tout en même temps.
« Theo, Theo, Theo… »
La plénitude qu'il avait ressenti en entrant dans l'Abraza la Luze n'était rien en comparaison du déferlement de sensations qui l'emplissait à présent. Plus aucune nuance de blanc majestueux ne pouvait le ravir, il n'y avait que l'anthracite, le violet et l'ambre qui comptaient à ses yeux mouillés de larmes, et la sensation de serrer son amour, son cœur, sa vie, dans ses bras prédominait tout et était indescriptible.
Dans la chambre, les jeunes gens avaient vu Blaise embrasser la sphère blanche puis chuter en arrière sur le lit. Ils avaient vu un sourire béat se former sur ses lèvres, puis ils avaient sursauté en le voyant refermer ses bras comme s'il tenait quelqu'un contre lui.
« Qu'est-ce qu'il dit ? » fit Pansy en se penchant vers Blaise pour entendre ses murmures inaudibles.
Gregory soupira.
« Le pauvre… »
Personne ne le contredit, surtout que sur les joues de Blaise coulaient des larmes de joie.
« Je peux bien vous le dire maintenant… » commença Luna, quelque peu hésitante. « Le bonbon était seulement une friandise. J'espère simplement que l'effet placebo l'aidera… »
Les Serpentards firent tous une drôle de tête mais ne purent lui reprocher d'avoir tenté cette piste pour aider leur ami qui enfouissait sa tête dans un cou imaginaire.
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Draco avait lutté contre les larmes en attendant le début du procès, battant le moins souvent possible ses cils et se jetant des sorts discrètement pour sécher ses yeux avant qu'ils ne le trahissent. Il s'était focalisé sur n'importe quelle autre pensée, comme le fait de rester droit et de ne laisser absolument rien transparaître. Cela avait été très difficile mais, heureusement, personne n'était venu lui demander des comptes. C'était déjà ça, il ne s'était pas humilié. Mais si Harry pouvait vraiment lire dans les cœurs, notamment lorsque l'on pensait à lui, alors tous ses efforts avaient été inutiles car il pouvait alors sentir, en cet instant, les moindres oscillations de sa douleur, de sa rage et de sa rancœur. Et il savait surtout qu'il avait menti... Car jamais il ne pourrait vraiment envisager véritablement qu'Harry soit mort. Même s'il y repensait dans dix ans, lorsqu' enfin ses sentiments auraient été érodés par le temps, il le considérerait toujours en vie, toujours lui. Parce que, malgré toutes les différences entre ce qu'Harry était aujourd'hui et le garçon qu'il avait été, à peine quelques semaines avant, Draco ne pouvait voir que leurs similitudes, ce qui faisait qu'ils ne formaient qu'une seule et même personne, un jeune homme qui avait beaucoup trop souffert, qui avait beaucoup trop donné. Harry n'était pas mort, il avait été simplement dépouillé impitoyablement de presque tout et il ne l'en aimait que plus.
Pourquoi ne se rendait-il pas compte de tout le soutient qu'il pouvait lui apporter ? Il ne demandait que ça, lui… s'occuper de lui, l'aimer, être simplement avec lui.
Est-ce qu'il ressentait aussi cette pensée là ? Draco avait envie de se retourner pour voir dans ses yeux si c'était le cas. A la place, il se concentra une fois de plus pour ne pas pleurer et penser à autre chose, mais c'était impossible… Il était trop écorché, à vif. Il avait du mal à prendre le recul nécessaire pour tirer un trait, pour ne serait-ce que se dissocier du problème momentanément.
Heureusement pour lui, le procès débuta et il put enfin se concentrer exclusivement sur ce qui se passait. Le juge et sa cour arrivèrent en grande pompe pour s'installer, puis il y eut le discours du Ministre de la Magie et les ovations qui lui succédèrent et enfin les différents plaidoyers – même si celui du Seigneur des Ténèbres était pure mise en scène obligatoire, il fut néanmoins fortement hué par la foule qui, à chaque fois qu'elle s'emportait, mettait plusieurs minutes avant de revenir au silence, comme lors d'un match de Quidditch. Enfin, les différents témoins défilèrent, Dumbledore en tête, racontant avec moult détail ce que tous savaient déjà, notamment à propos du Plan et des actions de l'Ordre du Phoenix. La toile derrière la scène illustrait leurs dires dans un style différent pour chaque protagoniste. Ensuite passèrent de nombreuses personnes : le chef des Aurors, différents ministres, quelques victimes… C'était toute la guerre qui était racontée par ceux qui en avaient été les plus éminents acteurs. Enfin, ce fut Ron et Hermione, ensemble, qui furent appelés. Ils parlèrent succinctement de toutes les fois où ils avaient affronté Voldemort avec Harry. Les immenses illustrations dans leurs dos étaient belles et bibliques. Draco fut le suivant, et il s'était efforcé de retenir ses larmes uniquement pour arborer son meilleur profil en cette occasion. Derrière la barre, il décrivit son plan avec plus de détail que Dumbledore ne l'avait fait, en appuyant sur le rôle de ses parents, sans omettre de parler du fait que la libération de son père était comprise dans le deal. Il pensait se faire conspuer à ce moment là, mais il avait si bien manœuvré en expliquant combien les actions de son père avaient été indispensable à la victoire, et combien Lucius avait failli mourir ce faisant, que l'avocat le pria bien vite de répondre aux questions suivantes que tous attendaient.
« Nous connaissons l'affection que vous portez à votre père, jeune Malfoy. Là n'est pas totalement l'intérêt, même si c'est tout à votre honneur. Racontez-nous plutôt… Après le réveil du Survivant, quand vous êtes partis avec lui et Pansy Parkinson sur le demi-Varax, que s'est-il passé ? »
C'était, il le savait, la seule raison pour laquelle on lui avait demandé de témoigner : parce qu'il avait été l'un des seuls à pouvoir parler de ce moment, puisque Pansy n'était pas allé jusqu'au bout de… l'aventure, et que l'on ne pouvait plus compter sur la mémoire d'Harry – et encore moins sur celle de Voldemort.
Draco raconta donc ce qu'il avait vécu et la toile dans son dos créa, comme avec les autres, les images de ses pensées, montrant à tous ce qu'il avait vu, dans un style gravure ancienne très sombre : le Détraqueur, le labyrinthe interminable dans la chapelle, la vision du combat qui s'y était déroulé… Quand tous virent sur le gigantesque dessin enchanté ce en quoi Harry s'était transformé, la foule frémit et un brouhaha enfla. Draco osa enfin darder ses yeux sur le principal concerné qui, comme les autres, regardait la toile avec un air indéfinissable. Il semblait souffrir, sans doute parce que ses souvenirs lui revenaient peu à peu depuis le commencement du procès… Voilà peut-être pourquoi il n'avait voulu lui parler qu'après ce moment.
Draco s'arracha à ses pensées et poursuivit son récit. Derrière lui, le dessin montra le monstre arracher la chose noire du corps de l'enfant. Les deux entités se mouvaient en tourbillons d'images saccadées, comme des illustrations pour un livre de magie noire. Puis la toile montra l'explosion et la pluie d'étoile. Voldemort tentant de les récupérer et lui, les rendant toutes, ou presque, à Harry.
« Après ça, j'ai vu que Vous-Savez-Qui était toujours… vivant. Mais les premiers mots qu'a dit Harry en le pointant du doigt furent : « coquille vide ». Je l'ai attaché et c'est après ça que j'ai compris qu'Harry aussi était quelque peu… vidé. C'est tout ce que je peux dire, le reste, c'est à un Auror ou à un soigneur Hollandais de le raconter… » se dépêcha-t-il d'achever afin que l'image le représentant en train de serrer Harry dans ses bras comme un fou amoureux s'efface vite.
Les discussions dans la salle enflèrent à nouveau mais le juge rétablit bien vite le silence.
Après ça, le blond laissa sa place au Chef des Aurors d'Hollande, puis à un Médicomage et enfin au Ministre Hollandais.
Il était fini, complètement abattu. Il n'avait qu'une envie : se coucher et dormir deux jours d'affilée. Mais ce n'était pas près d'être terminé. Le Ministère comptait bien faire durer le procès du siècle…
oOo
Depuis combien de temps était-il là à le câliner, à passer ses mains sur sa peau douce et dans ses cheveux ? A plonger ses yeux dans les siens, à l'embrasser et à rire avec lui ?
Il ne se souvenait même plus du véritable but de sa venue en ce lieu car il n'avait jamais été aussi bien de toute sa vie. Il savait juste qu'il ne voulait qu'absolument rien ne change, que toute son existence devait se dérouler entièrement de cette façon. Pourtant, un arrière goût dans sa gorge se fit de plus en plus envahissant. C'était sucré. Et enfin, il se souvint… Dans toute cette lumière, dans tout ce bonheur, l'aigreur de sa vie lui revint, en filigrane de plus en plus précis, et son étreinte se fit impérieuse.
« Theo, nous n'avons plus beaucoup de temps. Je vais bientôt devoir sortir de ce beau rêve… Comment puis-je te retrouver à l'extérieur ? »
« Me retrouver ? » demanda le jeune garçon en lui caressant la joue. « Tu n'as toujours pas compris alors ? » Il se tourna et attrapa ses ailes dans ses mains, les tordant pour ramener les fins voiles violets devant lui. « Ceci est un indice important. Tu as les même dans ton dos en réalité, maintenant. »
Interdit, Blaise secoua la tête sans comprendre.
« Tu… Tu es mort, c'est ça ? » bégaya-t-il.
« Mais non ! Enfin, si… Mais tu ne m'as jamais perdu, voyons… Je vis accroché en toi comme un parasite ! » s'exclama le jeune garçon en relâchant la membrane violette qui claqua dans son dos.
« Qu'est-ce que ça veut dire ça ?! » hurla Blaise, tout à coup en rage. « C'est n'importe quoi ! Sois plus clair ! »
« Et bien… » Theo haussa les épaules. « Je me suis servi de ma vie comme matière pour te rendre la tienne. Il fallait bien faire un échange, donc on peut dire que je suis mort… Mais j'avais une idée derrière la tête, mon pouvoir était assez grand et ma destinée suffisamment importante pour que ça fonctionne et ça n'en n'est pas resté là. J'ai eu l'autorisation de laisser une trace de moi, de… » Il montra du doigt sa tête. « D'imprégner encore ce monde. J'ai choisi, évidemment, ton corps, pour ne pas être séparé de toi. Je ne pouvais me résoudre à errer comme une âme en peine, je savais que je serais bien ici... »
Theo posa sa main sur le ventre de Blaise et sourit narquoisement.
« Je… Je ne comprends pas… Qu'est-ce que… Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Ça veut dire que tu es devenu schizophrène, en quelque sorte… » Devant la tête que fit Blaise à cette révélation, Theo ne put s'empêcher de rigoler. « Tu as hérité d'une double personnalité, la tienne et la mienne, endormie discrètement tout au fond de toi. » La main de Theo se glissa sous son tee-shirt et le brun blêmit un peu plus. « Ça veut dire que mon pouvoir est aussi en toi et que tu peux t'en servir, même si il te faudra de l'entraînement avant que tu n'y parviennes. Et ça veut dire aussi que, de temps en temps, je prendrais les commandes de ton corps pour agir à ta place. Par exemple, pour te protéger où… Eh bien, pour accomplir mon destin. Mais comme je n'ai jamais su en quoi il consistait exactement… »
« Pourquoi tu me dis ça comme ça ? » s'enquit l'autre qui sentait qu'il avait de plus en plus de mal à respirer. « Pourquoi tu es si… »
Aucun mot ne lui vint à l'esprit et le regard de Theo s'assombrit.
« Pour la même raison que celle qui ma poussé à te faire tout oublier de moi… Pour que tu aies le courage de te débarrasser de l'emprise que j'ai sur ta vie. Parce que, moi, je ne peux pas te quitter… »
Le jeune homme releva ses yeux couleur de sang vers lui et Blaise se sentit si mal, si… transpercé, qu'il se réveilla en sursaut, véritablement en nage et sans plus savoir comment retrouver son souffle, sur le lit à baldaquin de Draco. Autour de lui, ses amis ne comprenaient pas pourquoi il revenait aussi vite de lui-même, et si affolé d'un rêve qui aurait du être absolument parfait. Ils ne savaient comment l'aider. Le brun crispa ses doigts sur son ventre comme s'il voulait arracher une chose lovée dans ses boyaux. Une horrible envie de vomir le tenailla et il fonça vers les toilettes. Crachant ses tripes, il tenta de rattraper les souvenirs qu'il lui semblait avoir retrouvé dans le rêve, des souvenirs agréables, d'un Theo qu'il aimait. Mais il ne restait à présent qu'une peur horrible et la sensation d'être possédé, manipulé…
Pansy s'approcha de lui et l'aida à tenir ses cheveux, le caressant et le serrant dans ses bras.
« C'est comme un parasite… » sanglota Blaise, désespéré. « C'est ce qu'il a dit, une maladie… incurable… Il va m'utiliser… Il est plus heureux là où il est… qu'avant… Peut-être même qu'il avait tout prévu, et qu'il l'a fait exprès… »
Pansy ne sut que répondre, elle se contenta de le nettoyer et de le laisser pleurer dans ses bras en lui caressant le dos, gentiment.
Luna se pencha vers Blaise et murmura :
« Ce n'était pas lui, c'était l'idée que tu te faisais de lui… Tu avais peut-être besoin de le voir comme ça pour t'en défaire… »
« Non, c'est pas ça ! » cria le garçon. « Il est là, il est vraiment là ! Je le sais, maintenant ! Je le sens ! Et je vais le subir toute ma vie ! »
« Alors tu dois le chasser ! » susurra la blonde en cajolant Blaise avec Pansy. « Ou réapprendre à l'aimer… »
« Dans tous les cas… » gronda Vincent, un peu gêné. « On ne te laissera jamais tomber. »
oOo
Au ministère de la magie, le juge venait de rendre son verdict mortel. Pas de surprise de ce côté-là, tous le prévoyaient ainsi depuis des jours. La mort. Par le baiser du Détraqueur. S'il restait la moindre parcelle d'âme en leur ennemi, elle serait éradiquée. Plus jamais il ne reviendrait. Ce serait définitif !
« Qu'on l'amène ! » tonna-t-il en même temps que la foule survoltée qui se mit presque à chanter, abatant son marteau à tout va pour rétablir l'ordre. « Qu'on amène Tom Elvis Jedusor, alias Lord Voldemort. Qu'il reçoive sa sentence irrévocable ! Le monde sorcier le réclame ! »
Personne dans la salle, pas même le plus pragmatique et modéré des sorciers, ne pouvait se vanter de rester calme. Même Draco, même Hermione. Et même Harry…
Surtout Harry.
A suivre !!!
NDA : Et non, ce n'est pas encore la fin mais peut être au chapitre suivant, qui sait… Vous êtes pressés ? Mais je sais… Je sais ce que vous vous dites, chers lecteurs : « Mais, mais… Mais, là, ça file grave un mauvais coton qui pue entre Harry et Draco ! Comment cela va-t-il bien pouvoir se terminer en Happy End de Foly ?! Parce que cela doit bien se terminer, tu nous l'a dit et répété, Levia !!! » Et bien je vous répondrai d'un ton las : « Patience, vous la lirez, jeunes padayaoistmen ! En attendant j'espère que ce petit cadeau de nouvelle année vous plaît et nia nia nia… » Et là, vous me couperez et rétorquerez : « Comment ça, patience ?! Mais on a attendu mille ans pour cette suite, là ! Va falloir encore beaucoup patienter ??!! » Et là, je sliderai avec classe et nonchalance entre les diverses choses que vous me jetterez jusqu'à ce que je me prenne un chapon aux marrons en pleine poire et que j'en tombe à la renverse. Assise par terre, je vous répondrai en ôtant la chose morte de ma tête et en vous regardant avec des yeux empreint d'une tristesse ineffable, les cheveux couverts de sauce, le chapon dans les mains : « Je suis désolée pour votre longue attente, mais j'ai eu des problèmes, croyez-moi… » Ajoutez une musique triste, la suite passera mieux ! « Je vais bientôt perdre mon travail, ma tablette graphique a cramé et la lettre H de mon ordinateur portable ne marche plus ! Un pro de la BD des éditions Soleil m'a dit d'aller apprendre à dessiner et mes perspectives d'avenir sont… heu… chimériques. J'ai cassé la valise à Sinou. Mon compte en banque est dans le rouge presque chaque mois. J'ai fait une dépression à la fin de HP7 tellement Draco est merdique de chez merdique et ma vie sans ma fan-attitude a perdu tout son sens. Je suis loin de mes amis. Je me dispute grave avec mon copain, à un point même pas décrit dans les pires fanfictions, même pas dans les miennes ! Je n'ai absolument pas de chance, la roue tournait parce que Dieu sait que j'en avais... Je rate tous mes trains alors que les billets sont ni repris ni échangés. Je suis même quasiment passée sous les roues d'un camion en me ramassant en moto, tentant d'éviter la collision ! J'ai mal à mon âme pour tout ça et encore beaucoup d'autre chose et… Je n'ai plus très envie de continuer mes fics, désolée… En plus, à chaque fois que je les continue, ça bugue et tout s'efface ! … J'ai perdu le feu sacré, depuis quelques mois, depuis cet été, depuis les travaux. Et en plus, je fais des cauchemars très souvent, peut-être que je suis une Élue comme Harry ? Non… » Sur ce, j'aurai honte, très honte parce que je voulais vider mon sac de façon rigolote, mais ça aura échoué et je serai juste apparue pitoyable à vos yeux, mais c'est pas grave, c'est le cas, je suis pitoyable, faut assumer...
En tout cas sachez que malgré mon gros retard, les bugs d'enregistrement et mon intense démotivation, je n'ai pas bâclé ce chapitre, ni cette histoire. J'ai fait tout ce que je pouvais pour en être satisfaite, mais soyez quand même sincères dans vos critiques… C'est ça le plus important !
Par exemple, dans pas mal de reviews dans les chapitres précédents, des yaoistes étaient un peu frustrés qu'on n'en sache pas plus à propos de la mort/résurrection de Blaise et de la disparition/mort de Theo. Et bien voilà, ce petit point de l'histoire est bien développé, à présent – alors que je ne comptais pas le faire du tout à la base, chacun devant s'imaginer son Theo comme il le sentait (pour moi personnellement, il vivait sans plus en Blaise mais il était bel et bien mort). J'espère juste que ceux qui n'avaient pas critiqué ce point n'ont pas été gavés et que ceux qui voulaient un éclaircissement sont contents de ce revirement inattendu, ou pas. Ça reste quand même encore pas mal mystérieux, chacun peut se faire une idée comme ça lui chante mais c'est quand même un peu plus précis. Vous vous en contenterez ?
Dites moi toujours quand quelque chose vous paraît bizarre, ou ne vous plaît pas. Toujours ! Je ne me vexerai pas, je prend en compte les critiques pour améliorer mon histoire, ou mes histoires.
Et ne vous faites pas trop de mouron pour le Harry/Draco… Power of Love !
Sincèrement, bonnes fêtes et heureuse année 2008 à tous ! Je vous souhaite tout le bonheur du monde et que quelqu'un vous tende la main… Lalalala lalatidum tidumtidam tadatsoinsoin ! (Non mais chantez-le en rythme, ça marche !)
Levia
PS : Lynseyth, Leilia (deux yaoistes de Némésissement Vôtre venues sur Paris pour que l'on passe le jour de l'an ensemble avec Sinelune et Jilian, Freaky, Vert Emeraude, etc) et moi, à l'arrière de la voiture du frère de mon copain, avons eu un terrible accident sur l'autoroute ! Des fous du tunning qui filaient à plus de 200 à l'heure en faisant une course ont faillit nous rentrer dedans et, en les évitant, notre voiture est partie en dérapages, de droite à gauche, puis de gauche à droite. Impossible de redresser et après on est partis en plusieurs tête à queue et ensuite, je sais plus ce qu'on a fait parce que je serrais très fort Leilia dans mes bras en hurlant (il paraît) parce que j'avais vu le camion et le mur qui tournoyait à toute vitesse et quelques secondes plus tard, on ricochait contre le mur et la voiture s'est arrêté en plein milieu de l'autoroute, on pouvait même pas en sortir !!! Ce PS a été écrit quelque jour après ma NDA toute piteuse, comme quoi je vous l'avais dit et c'est bien la preuve ! J'ai le mauvais œil sur moi et, en plus, c'est pas une figure de style ! J'ai vraiment un œil au beurre noir, et la pauvre Lyn s'est pris sa valise dans le dos et son ordinateur dans la cathoune, elle ne pourra plus faire l'amour pendant un mois ! Et Leilia qui n'avait pas de ceinture et qui était à la place du mort n'a rien eu… Mais c'est certainement parce que je la tenais de toutes mes forces tandis qu'elle se roulait en boule tel un fœtus. Le pauvre frère de mon copain n'a plus de voiture, par contre…
PPS : Et en plus ! Avec mon copain Jashu, nous sommes maintenant en train de rompre (quatre jour après l'accident), parce que cet accident, au lieu de nous rapprocher, nous a complètement déchirés… Ça allait faire bientôt quatre ans et on venait d'emménager ensemble, ce qui n'a pas été notre meilleure décision… Quand la merde me tombe dessus, elle ne fait pas les choses à moitié ! Heureusement que je passe du bon temps avec mes amis…
