Chapitre 5 : Les lois du cœur.

Ils s'installèrent dans son salon, et il commença directement à la questionner sur les cauchemars de Harry. Elle lui expliqua que ceux-ci avaient commencé peu de temps après son arrivée chez les Dursley, début juillet. Il semblait que c'était toujours la même chose, l'obscurité, la sensation qu'une personne l'appelait et aucun souvenir précis. Il s'agissait plus d'impressions qu'autre chose. Quand elle lui dit ce qu'elle lui donnait pour arrêter ses rêves, il lui fit part de sa surprise. Ce qu'elle lui donnait n'arrêtait pas les rêves, il facilitait juste le sommeil. Ce qui signifiait qu'il ne s'agissait pas de simples rêves… Il décida d'aller en parler avec Dumbledore et changea de sujet. La conversation glissa vers des sujets plus anodins et elle lui raconta sa journée dans les cachots avec Severus. Remus reprit un fou rire en pensant à la tête de son ancien ennemi, choqué d'avoir ri pour la première fois depuis une éternité. Laurianne le regarda rire, attendrie de le voir comme ça. Elle se sentait toute bizarre en sa présence, un essaim de papillons semblait avoir élu domicile dans le creux de son ventre. Et elle se surprenait à fuir son regard quand il la regardait, de peur de se perdre dans ses yeux de miel. Elle préférait le dévorer du regard quand il faisait autre chose. A croire qu'elle tombait amoureuse de lui.

Une petite minute, amoureuse ? Non, ça devait être autre chose, être amoureuse ne faisait pas partie de ses projets immédiats. Juste un léger trouble. Il avait un regard très troublant, c'était pour ça. Et puis un sourire renversant. Surtout quand il la regardait comme ça, un léger sourire en coin, la tête penchée sur le coté, attendant qu'elle réponde à sa question… Oups ! Elle était tellement absorbée par sa contemplation qu'elle n'avait pas remarqué qu'il lui parlait.

« -Je vous demandais juste si vous viendrez au match de Quidditch la semaine prochaine. C'est Gryffondor contre Poufsouffle.

-Euh, oui, bien sûr, je viendrai. Si quelqu'un pouvait me dire ce qu'est le Quidditch…

-Vous avez passé un mois avec Harry Potter et Ron Weasley et vous ne savez pas encore ce qu'est le Quidditch ?

-Ben, non.

-Je vous donnerais un petit cours sur le sport préféré des sorciers, alors.

-Avec grand plaisir. Quand vous voudrez. »

Plus elle le regardait, et plus les papillons dans son ventre s'agitaient. C'était Severus qui lui avait mis le doute, en insistant sur le fait qu'elle appréciait la compagnie de Remus. Il faudrait qu'elle pense à l'étrangler pour ça. Elle n'était pas amoureuse de Remus Lupin. Elle n'était pas amoureuse, elle n'était pas amoureuse… Laurianne se répétait cette phrase comme un mantra. Elle ne voulait pas tomber amoureuse maintenant, ça serait bien trop compliqué. Après lui avoir souhaité une bonne nuit, il prit congé d'elle rapidement.

Après son départ, Laurianne mit un moment à se remettre. Elle repensa à ce qu'il venait de lui dire. Elle conclut que la seule explication était des visions envoyées par quelqu'un. Et ses visions n'étaient reçues que pendant le sommeil, quand l'esprit est plus accessible. Elle décida de tenter une petite expérience. Elle pouvait capter ce genre de visions sans trop de problèmes et, étant juste en transe, elle se souviendrait de plus de choses que Harry. Elle se changea, médita un moment pour se placer dans l'état d'esprit voulu et plongea dans sa transe. Elle attendit alors près de l'esprit de Harry que sa vision commence. Cela la prit presque par surprise. Elle devina une silhouette dans l'obscurité qui essayait d'atteindre Harry. Un homme aux cheveux longs et noirs comme la nuit et aux yeux gris argent, qui appelait au secours, entouré par les ombres du monde des morts.

Remus était pensif. Il avait bien remarqué que Laurianne le regardait dès qu'il détournait le regard d'elle. Ca en devenait troublant. Il se demandait si quelqu'un lui avait révélé sa condition de loup-garou et qu'elle ne voulait plus le voir. Peut-être qu'elle ne savait pas comment le lui dire ? Non, elle aurait changé de comportement avec lui et ils s'entendaient toujours aussi bien. Elle passait juste son temps à le dévisager. S'il ne contrôlait pas mieux ses émotions, il en aurait rougi. Lui aussi la regardait tout le temps. Mais il était impossible qu'elle l'observe pour la même raison que lui l'admirait. Il aurait été Sirius, il aurait déjà entreprit de la séduire mais il n'osait rien faire. Il ne voulait pas gâcher leur amitié. Penser à Sirius changea ses réflexions. Il était persuadé que les cauchemars de Harry avaient un rapport avec lui. Malgré ce qu'il savait du Voile, il n'avait cessé d'espérer le sortir de là. Les visions de Harry en étaient la preuve, Sirius essayait de communiquer avec eux. Remus partit faire des recherches dans la réserve de la bibliothèque à ce sujet.

Harry en voulait à Hermione. Elle lui avait avoué ce qu'elle avait fait et il ne voulait pas que ses cauchemars fassent le tour de l'école. Enfin, elle en avait parlé au professeur Lupin, c'était un moindre mal. Il était assis dans la salle commune à travailler, seul. Ron et Hermione étaient à une réunion de préfets et les autres étaient dehors à profiter de la soirée encore chaude pour la saison. Le portrait de la grosse dame pivota brutalement, laissant passer une Ginny en pleurs. Elle s'effondra dans un fauteuil, se croyant seule. Harry se leva d'un bond pour aller la voir. Il n'aimait pas voir une fille pleurer, ne sachant comment se comporter pour la réconforter. Mais Ginny était comme sa petite sœur, ce n'était pas pareil.

« -Ginny, qu'est ce qui t'arrive ?

-Ha..rry ? Com...ment es-tu arr...ivé ? »

Sa vois était entrecoupée de sanglots, et il avait du mal à comprendre ses paroles.

« -J'étais déjà là. Tu veux parler ? Qu'est ce qui t'arrive ? Si quelqu'un t'as fait du mal, Ron et moi on va s'en occuper.

-Nonnn ! C'est… Je ne veux pas en parler. Pas à toi. »

Elle ajouta cette dernière remarque dans un souffle qu'il entendit à peine.

Harry la prit maladroitement dans ses bras.

« -Ne pleure pas Ginny, je n'aime pas te voir comme ça. Je te préfère avec le sourire, là tu ressemble à une fontaine. Allez, dis moi ce qui t'arrive.

-Tu es très doué pour remonter le moral, tu sais. J'ai toujours adoré être comparée à une fontaine. C'est juste que… Non, je ne peux pas t'en parler !

-Ginny, tu es comme la petite sœur que je n'ai jamais eue. Je n'aime vraiment pas te voir comme ça. Que s'est-il passé ? Si c'est Malfoy et sa bande de serpentins stupides…

-Ca n'a rien à voir. J'ai juste rompu. »

Harry ne sut quoi répondre. Il ne s'attendait pas à ça. Il ne savait vraiment pas quoi dire pour lui remonter le moral. Alors il la serra plus fort dans ses bras. De son côté, Ginny ne lui avait pas tout dit. Son copain avait cassé parce qu'il ne supportait plus d'entendre parler de Harry. Elle avait toujours eu le béguin pour lui, même en sortant avec d'autres garçons. Mais ça, elle ne pouvait pas lui dire. Surtout quand il insistait en disant qu'elle était la petite sœur qu'il n'avait jamais eue. Ginny finit par se dégager de ses bras à contrecœur ; elle y était si bien. Elle essuya ses larmes et lui fit un pâle sourire. Elle songea qu'elle pourrait devenir comédienne.

« -Je vais mieux, merci Harry. Je vais aller me reposer dans mon dortoir.

-Si tu as besoin de quoi que se soit, je serai là. »

Elle eut un autre sourire, légèrement ironique, et partit dans son dortoir, le laissant seul. La seule chose dont elle avait besoin était son amour. Et elle l'avait, elle était sa petite sœur adorée.

Laurianne regarda l'inconnu qui lui faisait face dans le Surmonde droit dans les yeux. Les ombres les entouraient, mais sa présence à elle les faisait fuir.

« -Qui êtes-vous ?

-Je vous retourne la question. Est-ce vous qui m'empêchez de parler à mon filleul ?

-Votre filleul ?! Harry ?! Vous êtes celui qui est passé à travers le Voile de l'Arche des Morts en juin dernier ? Sirius Black ?

-Je vois que ma réputation me suit même parmi les morts…Oui, je suis Sirius Black, pour vous servir, ma dame. Enfin, si j'en ai la possibilité.

-

-Je savais que mon charme fou faisait des ravages, mais de là à couper la voix de la Mort elle-même.

-Quoi ?!! Mais je ne suis pas la Dame de l'Ombre ! Je suis juste une amie de Harry. Il se plaignait de cauchemars et Remus Lupin m'a fait comprendre qu'ils n'étaient pas naturels. J'ai voulu voir par moi-même ce qu'il en était.

-Hum ! Vous êtes en train de me dire que vous arrivez à rentrer dans les rêves de quelqu'un et de bavarder tranquillement avec moi dans le Surmonde. J'ai vu que tout le monde venait ici lorsqu'il rêvait, mais personne n'arrive à venir consciemment. Et vous connaissez mon filleul et mon meilleur ami. Qui êtes-vous au juste ? »

Elle hésita longuement à lui répondre. Mais il ne risquait pas de donner son secret à qui que se soit si elle n'arrivait pas à le sortir d'ici. Et pour ça, elle devait avoir son aide.

« - Vous raconter comment je les ai rencontrés serait trop long. Pour le reste, je suis une Haute Prêtresse de Dana. Je ne suis pas sorcière, mais j'ai accès au monde de l'esprit sans problèmes.

-Alors vous devez m'aider à sortir d'ici. Je ne suis ni mort, ni vivant. Je ne peux ni revenir parmi vous, ni rejoindre le monde des morts.

-Je veux bien, mais je ne sais pas du tout comment. Vous ne risquez rien ici. Je vais faire des recherches mais je ne peux pas parler de notre conversation à qui que se soit pour l'instant.

-Et pourquoi donc ? Je ne sais pas si je dois vous faire confiance. Après tout, vous m'empêchez de parler à Harry… »

Laurianne se rapprocha souplement de lui, la robe de laine blanche et irisée qu'elle avait toujours dans le Surmonde bruissant à peine, pour lui expliquer son point de vue.

« -Je ne peux pas parler de cette conversation parce que personne ne doit savoir qui je suis. Ca serait trop dangereux. Et vous imaginez la réaction de Harry si je lui dis que je vous ai parlé ? Si je ne peux pas vous sortir de là, il aurait l'impression de vous perdre une seconde fois. Sans parler de Remus, je ne veux pas qu'il subisse ça encore une fois, je ne supporterais pas de le voir encore triste. Il n'arrête pas de me parler de vous...

-Je n'avais pas pensé à ça. »

Il la regarda un instant, pensif.

« -Remus, hein ? J'ai l'impression que Moony aura bien des choses à me dire quand vous m'aurez sorti de là. J'espère que vous faites tout ce qu'il faut pour le consoler ?»

Elle rougit furieusement, les émotions ne pouvant être cachées dans ce monde de l'esprit. Elle marmonna entre ses dents.

« -Il m'avait déjà parlé de votre humour douteux, mais c'est encore pire que je le croyait. »

Son image sembla vaciller. Elle s'estompait.

« -Je vais devoir partir, je n'ai pas la force de rester plus longtemps. Je vais essayer de vous aider, mais je ne peux rien promettre. Pourrez-vous tenir seul ici?

-J'ai passé treize années à Azkaban en prison sans devenir fou. Et je n'avais aucune espérance de sortir. Ici, j'en ai une. J'attendrai le temps qu'il faudra. Essayez juste de mettre moins de treize ans, mon charme légendaire en prendrait un coup si je revenais vieux.

-Je ferai ce que je peux. Et je passerai vous dire ce que je trouve de temps en temps. Mais laissez Harry dormir tranquille, il a besoin de repos. »

Il n'eut pas le temps de répondre qu'elle était de retour dans son corps, épuisée. Elle ne parvint même pas à retourner sur son lit et s'endormit sur un des canapés.

Drago réfléchissait. Son père lui avait fait passer un message. Il devrait jurer allégeance à Lord Voldemort aux vacances de Noël. Et il refusait, lui, un Malfoy, de s'incliner devant qui que se soit. Sans compter qu'il n'avait pas du tout envie de tuer d'autres personnes. Il tenta de réveiller la part Gryffondor de lui-même pour aller trouver Dumbledore. Il réunit donc tout le courage qu'il possédait pour aller le voir dans son bureau. Prétextant une ronde de préfet dans les couloirs, il sortit de la salle commune des Serpentard. Arrivé devant la gargouille qui gardait le bureau directorial, il donna le mot de passe, sucette au sang, et monta. Après les politesses d'usage, Drago rentra dans le vif du sujet et raconta son été. Arrivé à l'épisode où il avait du tuer sa mère, il ne put s'empêcher de pleurer. Il n'avait encore pu en parler à personne. Son directeur l'écouta silencieusement, les yeux graves, et ne prit la parole que plusieurs minutes après la fin du récit.

« -Drago, je dois prévenir ton directeur de Maison. Le professeur Rogue doit être mis au courant de tout cela.

-Si vous avez confiance en lui, faites ce que vous voulez. »

Cela arrangeait Drago. Maintenant qu'il avait pris sa décision, il voulait que tout le monde le sache. Et qu'un Mangemort soit mis au courant l'arrangeait. Puis il songea que si Rogue était vraiment fidèle à Voldemort, le directeur ne le ferait pas venir. Drago retourna à ses sombres pensées pendant que Dumbledore faisait venir Rogue.

Son directeur de maison arriva et demanda à Dumbledore ce qui se passait. Celui-ci lui expliqua rapidement et Severus eut l'air horrifié. Il signala que même vingt ans plus tôt, Vous-savez-qui ne marquait personne avant ses dix sept ans. Et il comprenait mieux pourquoi Narcissa ne répondait plus à ses hiboux. Il regarda Drago qui était plongé dans ses pensées.

« -Drago, que comptes-tu faire ? Veux-tu recevoir la marque comme ton père le souhaite ?

-Si c'était le cas, je ne serais pas ici.

-Ce que je veux savoir Drago, c'est jusqu'où tu veux aller. Simplement qu'on te protège et rester à Poudlard, ou bien te battre contre Lui ?

-Je crois qu'il serait plus simple que je me cache. Mais ça ne ramènera pas ma mère. »

Il leva des yeux rougis mais déterminés sur ses professeurs.

« -Je crois que je préfèrerais me battre contre Vol...Voldemort et Lucius. C'est à cause d'eux que ma mère est morte, pas à cause de moi. Je n'avais pas le choix. »

Malgré le ton affirmatif, Dumbledore et Rogue comprirent bien qu'il cherchait à être rassuré sur ce point. De la part de Drago Malfoy, toujours si sûr de lui, c'était exceptionnel. Dumbledore lui certifia que de toute façon, ils auraient tué sa mère. Il avait eu autant le choix que sous Imperium.

« -Pour moi, je suis le dernier des Malfoy. Et je veux que tous le sachent. Professeur, je veux que mon père sache que je vais tout faire pour me venger.

-Drago, sais-tu ce qu'est le veritaserum ?

-Oui, bien sûr.

-Alors j'aimerais que tu acceptes d'en prendre. Nous devons être certains de ton engagement. »

Drago accepta, un peu énervé par cette précaution et Rogue lui fit boire la potion avant de l'interroger. Ils constatèrent que Drago refusait vraiment de servir Voldemort, et qu'il était déterminé à lutter contre lui. Dumbledore lui expliqua le rôle que jouait Rogue comme espion. Drago ne fut qu'à moitié surpris.

« -Je me doutais bien qu'il n'assisterait pas à notre entretien s'il était avec V…Voldemort. »

Severus regardait son directeur un peu inquiet. Mais Drago mit fin à son inquiétude rapidement.

« -De toute façon, je n'ai pas l'intention de devenir espion. Je veux que tous sachent que Lucius Malfoy est un Mangemort qui a tué sa femme, et que son fils a juré de la venger… »

Si le Directeur trouvait dommage de perdre un éventuel espion, le maître des potions était soulagé. Il ne risquerait pas sa vie comme lui-même, du moins, il serait plus en sécurité que lui. Drago demanda à pouvoir prendre la parole au petit-déjeuner du lendemain, pour annoncer sa décision à tous. Devant leur réticence, il leur signala qu'il ne se gênerait pas pour en parler à tous. Autant que ça soit officiel. Rogue le raccompagna à sa salle commune en lui demandant d'être prudent. S'opposer ouvertement à son père l'exposait à des représailles.

Le discours de Drago au petit déjeuner fit l'effet d'une bombe. Il ne se contenta pas de raconter ce qu'avait fait son père, il expliqua tout dans les détails en étant particulièrement éloquent : que son père l'avait obligé à tuer sa mère, qu'il voulait qu'il devienne un Mangemort et surtout, qu'il refusait ça. Il expliqua aussi qu'il connaissait beaucoup de noms de Mangemorts, et qu'il se ferait une joie de témoigner contre eux. Parmi les Serpentard se forma deux camps distincts. Ceux qui partageaient les idées de leurs parents au point d'abolir toute pensées personnelles et ceux qui se mirent à réfléchir. Ces derniers restèrent discrets, alors que les autres ricanaient doucement à ses paroles. Un silence stupéfait régnait sur les autres maisons. La première réaction de Laurianne en écoutant fut de penser qu'elle comprenait enfin la souffrance de ce jeune homme. Elle la ressentait depuis la rentrée et maintenant, une haine absolue avait pris place dans le cœur du Serpentard. Sa seconde pensée fut de le plaindre ; personne ne devait subir ça. Sans s'en rendre compte, elle attrapa la main de Remus à coté d'elle pour se réconforter. Remus, lui, regardait les autres professeurs. Bien sûr, Rogue et Dumbledore étaient au courant, mais pas les autres. Tous semblaient horrifiés. Il fut tiré de ses réflexions par une main qui saisit la sienne, lui faisant l'effet d'une décharge électrique. Il resta un instant pétrifié et constata qu'elle n'était visiblement pas consciente de son geste. Il serra alors sa main dans la sienne pour la rassurer.

Après le repas, les cours reprirent dans un étrange calme. Aucun élève ne parlait. L'animation de Poudlard ne commença à revenir que pendant le dîner, Un élève avait trouvé amusant de mélanger des crèmes canari aux desserts. Bizarrement, Ginny Weasley avait un sourire un peu mystérieux aux lèvres. Avant de ramener Laurianne dans ses appartements, Remus les fit passer par la bibliothèque. Il emprunta une pile impressionnante de livres à la réserve. En voyant les titres, elle lui demanda s'il ne faisait pas des recherches sur un certain Voile… Il ouvrit de grands yeux et l'entraîna dans ses propres appartements, plus proches.

« -Que savez-vous de ce Voile, Laurianne ?

-Je sais ce qu'Harry m'en a dit. Il m'a expliqué que son parrain était passé à travers durant une bataille et que personne n'en était jamais ressorti. Vous m'en aviez un peu parlé aussi.

-Oui, c'est bien ça. Mais je suis persuadé que les cauchemars que fait Harry ont un rapport avec Sirius. C'est peut-être stupide, mais j'en suis convaincu. J'essaie de trouver des informations pour comprendre et tenter de le sortir de là.

-Je peux peut-être vous aider ? Je pense que vous avez raison, ses cauchemars sont trop récurrents pour n'être rien. Et il n'y a que Sirius qui puisse en être responsable. Mais nous ne trouverons peut-être rien. Si c'était simple, tout le monde le saurait. »

Remus lui fit un sourire reconnaissant, réveillant l'essaim de papillons dans le ventre de Laurianne. Il était heureux qu'elle le soutienne et il accepta son aide avec reconnaissance.

Il fit visiter son logement à Laurianne qui insista avant de commencer les recherches. Il eut du mal à la tirer loin de sa bibliothèque personnelle une fois qu'elle avait vu l'édition originale d'un roman moldu, Le Seigneur des Anneaux.

« -Comment avez-vous réussi à l'avoir ?!! C'est une pièce de collection.

-Je l'ai hérité de ma mère. »

Il l'attrapa par les épaules pour l'asseoir sur une chaise, se retenant d'éclater de rire. Elle n'avait pas quitté la bibliothèque du regard, avec l'expression de quelqu'un qui a vu Merlin. Il passa sa main devant ses yeux pour attirer son attention et attendit sans la lâcher qu'elle revienne à la réalité. Elle reprit contact avec le monde pour se retrouver plongée dans un regard rieur qui ne lui avait jamais paru aussi beau. Les papillons entreprirent de faire une course de vitesse dans son ventre. Elle réussit à détourner ses yeux de lui et il prit la chaise en face d'elle. En commençant le premier livre, elle ne put s'empêcher de le dévorer du regard. Elle le regardait jusqu'à ce qu'il sente son regard sur lui et lève le nez de son propre ouvrage. Elle plongeait alors dans son livre à son tour. Ca devenait une habitude. Severus Rogue et même ce Sirius Black, depuis le Surmonde où il était, lui en avaient parlé. Elle devait se faire une raison. Elle était totalement et irrémédiablement amoureuse de Remus Lupin.

Leur recherche ne progressait pas vraiment. Ils avaient trouvé des informations sur l'histoire de l'Arche, mais rien sur ses propriétés. Personne ne savait d'où elle venait. Elle datait de plus de mille ans, et avait été mise à l'abri dans la chambre de la mort, il y a trois siècles, après plusieurs disparitions. C'était les chercheurs qui faisaient des expériences dessus. Un soir, aucun d'eux n'étaient ressorti de la pièce où ils faisaient leurs expériences. Les responsables de l'époque avaient jugé plus prudent de mettre l'Arche en sécurité. Elle avait ensuite servi pour les exécutions capitales, avant que le ministère ne fasse appel aux détraqueurs lorsque ceux-ci avaient abandonné le service de Voldemort. Elle fut ensuite plus ou moins oubliée pendant une quinzaine d'année. Des runes si anciennes que plus personne ne les comprenait étaient gravées à sa surface. Des sorciers du monde entiers, spécialisés dans les runes anciennes, avaient tenté de les traduire. Sans succès. L'Arche gardait tout son mystère. Laurianne songea aux vieilles runes qui ornaient les pierres du Temple de Gwen Ystrat, semblables à celles-ci. Mais personne au Temple ne savait non plus ce qu'elles signifiaient. Une origine commune était probable, mais ça ne l'aidait pas vraiment. En plus, elle ne pouvait pas en parler à Remus, comme de tout ce qui avait attrait au Temple.

Laurianne s'en voulait. Elle savait, elle, que Sirius Black était véritablement en vie. Et elle savait qu'il ne pourrait rester indéfiniment dans le Surmonde sans devenir fou. Ce monde intermédiaire, gris, où les distances n'étaient rien, où la notion du temps pouvait jouer des tours. Une heure passée dans le Surmonde pouvait être des heures dans le monde matériel, et l'inverse était également vrai. Il finirait par désespérer et ne plus attendre d'aide. Il pouvait tenir plusieurs années avant de rejoindre le monde des morts. Tout son instinct, sa compassion, la poussait à vouloir le sortir de là. Personne ne devrait subir cela, que son âme et son corps se trouvent projetés dans le Surmonde sans pouvoir en revenir. Ils travaillèrent tard et elle finit par s'endormir sur la table, les bras croisés sur son livre.

Remus leva la tête lorsqu'il n'entendit plus les pages tourner. Il ressentit une drôle d'émotion à la voir, là, endormie devant lui. Une petite mèche de cheveux retombait devant elle et se soulevait au rythme de son souffle léger. Il décida à contre cœur de la réveiller. Remus s'approcha d'elle pour la secouer doucement mais, à part un murmure étouffé de protestation, elle ne réagit pas. Elle était vraiment endormie profondément. Il préféra alors la laisser faire, attendri par la situation. Il se demanda s'il pourrait la ramener à son appartement sans la déranger. Mais il ne pouvait pas traverser tout le château avec Laurianne endormie dans les bras… Il renonça à l'idée. Remus la prit délicatement contre lui, comme si elle ne pesait pas plus lourd qu'une plume, et l'installa sur son lit. Il eut un peu de mal ; elle s'était accrochée à lui dans son sommeil. Il desserra ses vêtements et lui enleva ses chaussures, rabattit les couvertures sur elle et la regarda un moment en souriant. Il avait l'impression de contempler un ange endormi. Il prit une couverture et un oreiller et partit s'installer sur le canapé du salon. Savoir qu'elle dormait dans son lit le rendait bizarre mais il n'arrivait pas à analyser ses sentiments. Il remit les questions à plus tard et s'endormit avec l'image d'un visage doux et pur devant lui.

Minerva McGonagall se demandait si Laurianne avait oublié de se réveiller. Elle frappait depuis dix minutes à sa porte sans réponse. Elle commençait à s'inquiéter et décida d'entrer. Elle neutralisa le sort qui protégeait la porte et pénétra dans les appartements. Elle en fit rapidement le tour et ne trouva aucune trace de Laurianne. Prise de panique, elle partit réveiller Dumbledore pour la faire rechercher. Au passage, elle passa voir Lupin qui était le dernier à l'avoir vu la veille. S'il lui était arrivé quelque chose…

Laurianne se réveilla et s'étira comme un chat, baillant à se décrocher la mâchoire. Elle ne se souvenait pas de s'être couchée la veille mais ne se posait pas de question ; elle était bien. Elle n'ouvrit pas les yeux, persuadée qu'il lui restait un moment avant de devoir se lever. Elle ne fermait jamais les rideaux et la chaleur du soleil sur son visage la réveillait tous les matins. Ne sentant rien, elle en profita pour paresser au lit. Un hurlement la fit se lever d'un bond.

« -Quoi ?!! Mais vous êtes dans une école Lupin ! Vous n'avez pas honte ! Je ne vous connaissais pas comme ça !!! »

Elle se rendit compte instantanément qu'elle n'était pas dans sa chambre. Elle regarda autour d'elle pour constater qu'elle était dans celle de Remus. Elle se demanda ce qui s'était passé en fin de soirée. Portant encore les habits de la veille, elle sauta dans ses chaussures pour aller voir ce qu'il se passait.

« -Mais, Minerva, je me suis mal exprimé. Quand je dis que je l'ai mise dans mon lit, je veux dire qu'elle a dormi dans ma chambre, mais moi, j'étais sur le canapé. Laurianne m'a aidé à faire des recherches hier soir, tard, et elle s'est endormie. Je n'ai pas voulu la réveiller et je lui ai laissé mon lit, c'est tout.

-Il ne vous est pas venu à l'esprit que je m'inquiéterais en ne la trouvant pas ce matin ?

-Mais qu'est ce qui se passe ? »

L'arrivée de Laurianne interrompit la conversation. McGonagall avait l'air plutôt de mauvais poil, et elle se sentit un peu mal à l'aise.

« -Quelle heure est-il ?

-Il est sept heures et demie. »

Laurianne passa sa main dans ses cheveux, complètement emmêlés. Elle avait plus ou moins compris ce qui s'était passé mais était encore trop endormie pour raisonner.

« -Je vous remercie de m'avoir laissée dormir chez vous, Remus. Je vais retourner chez moi pour me préparer rapidement. Navrée de vous avoir fait de l'embarras, Minerva. »

Elle sortit de l'appartement en baillant, manquant de se cogner dans le cadre de la porte. Elle n'était vraiment pas du matin. McGonagall lança un dernier regard réprobateur à Remus.

« -Vous auriez au moins pu me faire prévenir de l'endroit où elle se trouvait. J'ai failli prévenir Albus de sa disparition. Et je ne parle pas des ragots. Cette histoire va encore faire le tour de l'école avec ses elfes de maison… »

Remus très gêné de ne pas avoir pensé à tout ça s'excusa. Minerva l'envoya se préparer, le faisant se sentir comme lorsqu'il était étudiant. Elle se dépêcha alors de rattraper Laurianne, qui s'était arrêtée devant un des escaliers, le regard éteint. Minerva eut un soupire exaspéré avant d'entraîner la jeune femme.

Fin du cinquième chapitre