Chapitre 6 : Réconciliation et invitations

Au repas de midi, l'histoire avait fait le tour de l'école. Presque toutes les filles regardaient Remus et Laurianne en gloussant et pouffant. Les garçons lançaient des regards malicieux ou déçus à la table des professeurs, regrettant que Laurianne ne soit plus libre. Les professeurs étaient amusés ou un peu outrés de cette affaire. Rogue ne manqua pas de les faire profiter de ses sarcasmes cinglants. Depuis le premier cours de potion avec Laurianne, il la laissait assister à ses cours mais ne lui adressait plus la parole que pour lui lancer des piques. Il ne s'était pas remis de son accès de rire. Dumbledore les regardait avec ses yeux pétillants, comme s'il savait quelque chose que les autres ignoraient. Quant aux deux intéressés, ils ne savaient plus ou se mettre. Remus finit par s'énerver à une remarque de Rogue et répliqua vertement qu'il ne s'était rien passé et qu'il ne se passerait rien entre eux. Si cela leur permit d'être un peu plus tranquille pour manger, Laurianne ressentit un pincement au cœur à ses paroles. Se douter qu'elle n'avait aucune chance avec lui était une chose, l'entendre le certifier en était une autre. Elle était encore troublée par les évènements du matin. Quand elle eut pris sa douche dans ses appartements et enfin reprit ses esprits, elle avait viré au rouge tomate trop mûre. Elle avait passé la nuit dans son lit. Des images des plus troublantes lui avaient traversé l'esprit et elle avait essayé de les chasser avant de rejoindre McGonagall qui l'attendait. Elle n'avait pas voulu pas rougir de nouveau rien qu'en le voyant.

Les semaines passèrent très vite, dans une sorte de routine. L'histoire fut plus ou moins oubliée, Laurianne assistait toujours aux cours et passaient ses soirées à faire des recherches sur l'Arche des Morts avec Remus. Ils ne trouvèrent pas grand-chose et Remus semblait se décourager. Laurianne était de plus en plus troublée par ses sentiments envers lui. Plus elle le côtoyait, plus elle appréciait cet homme. Son intelligence, son humour, sa force de caractère… et ses yeux ! Elle aurait aimé s'y noyer. Seulement, elle n'en montrait rien, sachant qu'elle n'avait aucune chance. Elle essayait de rester naturelle avec lui mais c'était difficile. Elle finit aussi par se poser quelques questions sur lui. Elle était bien contente de ne pas avoir à chercher d'excuse les soirs de pleine lune pour les cérémonies du Temple. Mais elle se demandait pourquoi il l'avait fait raccompagner par Flitwick les deux dernières pleines lunes, sans aucune explication. Elle ne l'avait pas vu pendant trois jours à chaque fois et avait entendu des remarques venant d'étudiants les plus âgés qu'elle ne comprenait pas. Elle n'y prêta pas trop attention, remettant les questions à plus tard ; elle était trop occupée à mettre de l'ordre dans ses sentiments.

Si la vie de Laurianne était vite devenue routinière, c'était loin d'être le cas parmi les élèves. Serpentard était clairement scindé en trois clans. Un qui affichait ouvertement son soutien envers le Mage Noir. Un restait neutre, refusant de se prononcer. Le dernier, porté par Drago Malfoy, s'opposait aux idées de Voldemort. Et, malheureusement, le fait de s'être autoproclamé résistant rendait Drago encore plus arrogant et imbu de lui-même qu'avant. Il se pavanait avec sa cour et prenait de haut tout le monde. Rien n'avait vraiment changé, sauf que personne ne l'insultait plus de futur Mangemort ; mais le terme fouine restait très à la mode. Les altercations entre Gryffondor et les Serpentard de Malfoy étaient devenues quotidiennes. Les Serpentard se battaient aussi entre eux. Et les futurs Mangemorts attaquaient tous ceux qui n'étaient pas de sang pur. Les Poufsouffle rasaient les murs pour éviter des sorts perdus, les Serdaigle ne se déplaçaient qu'en groupe, par sécurité. Comme les préfets étaient aussi coupables que les autres, seuls les professeurs, quand ils étaient témoins, arrivaient à intervenir. L'ambiance dans les couloirs de Poudlard devenait lourde et stressante.

Les Gryffondor devenaient fous. Entre Malfoy qui les narguait et les disputes infernales de leurs deux préfets de sixième année, ils n'arrivaient plus à avoir un moment de calme. Ron et Hermione ne passaient pas une journée sans s'insulter. Elle lui reprochait son manque de rigueur dans son travail de préfet et scolaire et il répliquait en la traitant d'obsédé du travail, incapable de s'amuser. Elle lui hurlait dessus quand il laissait ses camarades se battre dans les couloirs avec les Serpentard. Et il lui reprochait de soutenir la Fouine. Hermione avait vraiment été touchée par les révélations de Drago. Si elle ne l'appréciait toujours pas, elle le comprenait mieux. La situation avait commencé peu de temps après la rentrée et s'était aggravée de jour en jour. Ginny avait arrêté de vouloir arranger les choses entre eux ; plus personne n'essayait. Depuis sa rupture, elle passait presque tout son temps avec le trio de sixième année. Elle ne supportait pas de voir son ancien petit copain avec une de ses camarades de dortoir, même si elle ne l'aimait plus. Elle traînait donc avec eux et devait subir le froid entre les deux anciens amis en permanence. S'ils restaient ensemble, c'était pour ne pas laisser Harry avec l'autre.

Ginny ne savait plus quoi faire. Harry s'éloignait d'eux et ils ne le remarquaient même pas. Les disputes incessantes ne facilitaient rien. Harry essayait de noyer sa douleur dans le travail. Il ne faisait plus de cauchemars depuis quelques temps ce qui lui avait permis de repenser aux évènements du Département des Mystères. Son parrain lui manquait affreusement, il s'attendait toujours à recevoir un hibou de Sniffle. Le poids de la prophétie lui pesait et, à part Ginny, personne ne se souciait de lui. Elle essayait de le faire rire, de le sortir de ses idées noires. Elle lui rendait la pareille de la dernière fois, quand il l'avait consolée. Ils devenaient d'autant plus amis et complices que Ron et Hermione se déchiraient. Il avait trouvé une petite sœur à qui tout dire, prête à rire de tout et rien et qui savait ce que c'était que d'être manipulé. S'il ne lui avait pas parlé de la prophétie, il savait qu'elle comprendrait son horreur de n'être qu'un pion dans ce combat. Elle avait connu ça pendant sa première année, en étant utilisée par le souvenir de Voldemort. A part Ginny, il ne parlait à presque personne. On le voyait souvent disparaître quand ses amis étaient occupés ailleurs. Il avait confié à Ginny qu'il s'entraînait, seul, à la Salle sur Demande. Il refusait qu'elle l'accompagne, et encore moins les deux hystériques qu'étaient devenus ses amis. Il devenait renfermé sur lui-même au point de ne même plus répondre aux remarques de Rogue pendant les cours de potions. En plus, il s'inquiétait presque du silence de Voldemort. Il n'avait plus fait parler de lui depuis son attaque au 4 Privet Drive.

Au milieu du mois d'octobre, une énième dispute avait éclaté entre Ron et Hermione dans la salle commune des Gryffondor. La plupart des élèves s'étaient réfugiés dans leurs dortoirs, avec un sort de silence pour se protéger des habituels hurlements. Les autres avaient fui ailleurs dans le château ou le parc, ne voulant pas risquer de se trouver dans la même pièce qu'eux. Il ne restait qu'Hermione dans la salle commune, qui étudiait déjà pour ses ASPICs, et Ron, qui tentait de monter un château de cartes avec un jeu de bataille explosive. Ils s'ignoraient superbement, jusqu'à ce que le château de cartes de Ron finisse par exploser.

« -Tu ne peux pas faire un peu attention ? Tu n'as peut-être pas remarqué, étant donné que tu n'as aucun respect pour moi, que j'essaie de travailler ?!

-Tu n'as qu'à aller dans la bibliothèque. La salle commune est à tout le monde, même si tu ne l'avais pas remarqué. Et grâce à toi et à ton sale caractère, Harry ne nous adresse plus la parole !

-C'est parce qu'il a compris, lui, qu'il devait un peu travailler pour réussir. Tu devrais prendre exemple sur lui, ses résultats scolaires sont en hausse. On ne peut pas en dire autant de toi !

-Si tu l'apprécies autant, tu n'as qu'à aller le rejoindre ! Comme ça je resterai tranquille et je pourrai profiter de la salle commune sans que tu ne casses l'ambiance. Tu ne sais vraiment pas t'amuser, tu es complètement coincée comme fille. Ne t'étonne pas qu'aucun garçon ne veut de toi, tu les fais fuir. Tu n'as aucune vie et, en plus, tu essaies de pourrir la vie des autres. »

Hermione s'était levée et approchée de Ron pour mieux lui crier dessus. Lorsqu'il lui sortit sa dernière réplique, elle ne put pas s'en empêcher, elle le gifla à la volée. Elle fit demi-tour et quitta la Tour des Gryffondor en larmes.

Ron resta un moment bête, il n'avait pas voulu que ça aille aussi loin. Mais quand il était avec elle, il ne pouvait se retenir. Il fallait qu'il la cherche. Des applaudissements le firent se retourner.

« -Bravo, Ron, tu as fait fort, là. Déjà que vos prises de becs incessantes étaient insupportables mais là, tu as réussi à vraiment la blesser.

-Harry ? Comment… ?

-Il semblerait que personne ne me voit quand je suis dans cette salle commune…J'étais là depuis le début, dans ce fauteuil. »

Harry regarda Ron et décida qu'il était temps qu'il revienne un peu vers ses amis, ils allaient s'entretuer sinon.

« -Tu ne peux pas te contenter de lui dire que tu aimerais qu'elle te regarde ? Qu'elle fasse attention à toi ? Ron, même moi je me rends compte que tu es jaloux de tous ceux qui approchent d'elle.

-Tu dis n'importe quoi. Elle m'exaspère, elle sait toujours tout mieux que tout le monde, elle voudrait qu'on passe notre temps à travailler et elle n'arrête pas de me crier après.

-Mais tu es toujours fourré près d'elle, tu ne la lâches pas d'une semelle. Elle non plus, elle ne s'éloigne jamais de toi. »

Il observa son ami un instant, et décida de jouer la corde de l'amitié.

« -Va t'excuser, parlez et expliquez-vous. Mais ne venez plus me voir ou seulement me parler tant que vous serez fâchés l'un contre l'autre. J'en ai plus qu'assez de vos disputes. Et si je ne venais plus vous voir, c'était à cause de ça, pas du caractère de 'Mione. »

Il se leva.

« -Maintenant, dépêche-toi de la rattraper, avant qu'il lui arrive quelque chose. Tu te souviens de ce qui s'est passé en première année ? Quand tu lui as gentiment fait remarquer qu'elle n'avait pas d'ami ? Elle a failli mourir à cause d'un troll. »

Ron ouvrit de grands yeux inquiets et ne sembla pas se rendre compte qu'Harry le manipulait. Ce dernier remonta à son dortoir, avec un sourire amer aux lèvres. Eux, au moins, avaient une chance de se trouver. Lui ne pourrait pas prendre le risque d'avoir une petite amie, elle serait trop exposée. Les seules filles qui ne risqueraient rien de plus étaient celles qui étaient venues au ministère avec lui. Elles étaient déjà sur la liste de Voldemort pour avoir entravé ses plans. Mais il n'était pas amoureux d'Hermione, Luna était trop bizarre à son goût et Ginny était… Ginny.

Ron partit sans réfléchir pour retrouver Hermione. Il ne pensa même pas qu'elle avait peu de chance de croiser un nouveau troll dans le domaine. En passant dans un couloir, il la vit par la fenêtre sortir dans le parc pour s'arrêter sous un arbre, près du lac. Il se dépêcha donc de la suivre. Il arrivait derrière elle, elle ne pouvait pas le voir et ses sanglots l'empêchaient de l'entendre approcher. D'autant qu'il se figea en l'entendant se parler à elle-même, la voix entrecoupée de sanglots.

« -Pourquoi… on passe notre temps… à se chercher… comme ça ? J'ai l'impression… que… je ne peux pas… m'empêcher… d'être sur son dos. Mais il n'avait pas le droit de me dire ça ! Je ne supporte plus… quand on est loin… l'un de l'autre. Pourquoi il ne voit pas ce que je ressens pour lui ! Il ne voit jamais… plus loin… que le bout de son nez. Il ne se rend pas compte… que je l'aime. »

Ron n'entendit pas la fin de son monologue. Il avait l'impression d'avoir reçu la foudre. Elle parlait de lui, là ? Elle ne venait pas de se disputer avec un autre garçon en cours de route ? Non, elle n'avait pas eu le temps. Elle parlait bien de lui. Elle… l'aimait ? Lui ? Il ne savait plus quoi faire. S'il allait la voir, elle se douterait qu'il avait tout entendu et ils seraient plus que gênés tous les deux. Et il ne pouvait pas rester sans lui parler s'il ne voulait pas se fâcher définitivement avec elle et Harry. Il recula d'un pas, machinalement, et fit craquer une branche. Hermione se retourna d'un coup.

« -Ron ? Fiche-moi la paix ! »

Ron reprit ses esprits assez vite. Il avança vers Hermione et s'assit à côté d'elle.

« -Non, Hermione, Harry m'a fait comprendre que j'avais été un imbécile. Il m'a laissé… Non, il nous a laissé le choix entre rester fâchés et lui. Je ne peux pas l'abandonner, il a besoin de nous. Alors, je ne sais pas pour toi, mais je crois qu'on doit parler… »

Ron ne regardait pas Hermione. Il avait le regard perdu devant lui, ne sachant pas comment faire pour s'excuser. Hermione, elle, regardait Ron bouche bée. C'était la première fois depuis bien longtemps qu'il lui parlait calmement, sans lui crier après ou la critiquer. Et grâce à Harry, visiblement. Elle se sentit coupable, d'un seul coup. Trop occupée à ses petits problèmes avec Ron, elle avait oublié le traumatisme qu'il avait subi en juin dernier.

« -Si tu arrives à me parler sans me hurler après…

-Tu es un peu de mauvaise foi. Tu hurles autant que moi »

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre, prenant une grande inspiration.

« -Et tu as une voix pénétrante, comme dirait Ginny. »

Hermione grimaça. Elle avait failli lui faire profiter de toutes les capacités de sa voix, justement. Il avait raison, elle ne pouvait pas s'empêcher non plus de lui crier après. Il avait décidé d'être raisonnable et franc. Elle devait faire un effort elle aussi.

« -On a été un bon exemple, pour des préfets… J'ai honte de moi, Ron. »

Ce fut au tour de Ron de rester bouche bée. Elle venait d'avouer qu'elle avait honte ? Et devant lui, en plus…

Le silence se prolongea sans que ni l'un ni l'autre ne fasse rien pour y mettre fin. Hermione finit par reprendre la parole.

« -Pourquoi on agit comme ça tous les deux ? Je veux dire, pourquoi on ne peut pas rester dans la même pièce sans avoir envie de se sauter à la gorge ? »

Ron aurait plus eu envie de lui sauter aux lèvres mais, pensant que c'était impossible, il passait sa mauvaise humeur sur elle. Mais il ne pouvait pas lui dire ça, non ?

« -Je ne sais pas vraiment, Hermione. »

Il lui jeta un regard, le premier depuis qu'il s'était assis auprès d'elle.

« -Surtout que c'est souvent pour des choses idiotes. Tout à l'heure… Je ne voulais pas te dire ça, mais c'est sorti tout seul. Je voulais te faire taire, je ne pensais pas ce que je… »

Elle posa sa main sur ses lèvres, lui imposant le silence.

« -Ne dis pas ça, tu le pensais. Et tu as raison, en partie. Je ne sais pas comment on fait pour s'amuser. J'ai l'impression de devoir tout le temps montrer aux autres qu'on peut me faire confiance, que je peux assumer des responsabilités…»

« -'Mione ! Même si tu oubliais de rendre un devoir une fois, personne n'arrêterait de te faire confiance ! Tu es la personne sur qui on peut le plus compter ! Tu devrais relâcher un peu la pression, de temps en temps. »

Hermione eut un rire triste, qui fendit le cœur de Ron.

« -Mais en faisant quoi ? Des châteaux de cartes ? Je n'en vois pas l'intérêt, sans vouloir te vexer ! La plupart des choses que font les autres pour se détendre ne m'intéressent pas. J'ai parfois l'impression de passer à côté de certaines choses mais je ne sais pas comment faire… »

Ron la regarda gravement.

« -Je pourrais te montrer, si tu veux ? »

Elle lui jeta un timide regard en coin.

« -Ne te moque pas…

-Je ne me moque pas, je suis très sérieux. »

Sur une impulsion subite, il lui demanda.

« -D'ailleurs, si tu le veux bien, je commencerai le soir d'Halloween.

-Qu'est ce que tu veux faire ? On ne peut rien prévoir ; on est préfets et on doit assister au bal.

-Justementsituveuxbienonpourraityallerensemble ? »

Il avait dit ça d'une traite, sans respirer. Hermione le regarda stupéfaite, hésitant entre l'exaspération et l'amusement. C'était tout Ron.

« -Tu pourrais me répéter ça de façon compréhensible, je n'ai rien compris.

- On pourrait y aller ensemble ? Si personne ne t'a déjà demandé ? »

Elle resta sans voix. Elle s'attendait à tout sauf à ça. Elle adorerait y aller avec lui, mais elle ne savait pas si elle devait accepter.

« -Si tu ne veux pas, c'est pas grave. »

Ce fut la note de déception dans sa voix qui la poussa à accepter.

« -Si, je veux bien venir ! Mais… je ne pensais pas que tu me demanderais…

-Cette fois, je ne veux pas attendre que tu sois déjà prise. Mais comme on n'arrêtait pas de se crier après, je me voyais mal te le demander. Imagine : Hermione, tu m'énerves, j'en ai marre que tu hurles, au fait, tu veux bien venir au bal avec moi ? »

C'était tellement absurde, elle éclata de rire. Il rigola un bon moment avec elle, ils avaient besoin de relâcher la pression tous les deux.

Ils finirent par reprendre leur sérieux avec difficulté. Ron demanda alors encore plus timidement à Hermione quelque chose qui la surprit grandement.

« - Tu voudrais bien aussi m'aider pour mes cours ? Depuis que tu n'es plus là pour m'expliquer, j'ai du mal à les comprendre et à travailler… Et comme tu l'as si bien dit, mes résultats sont en chute libre. Si ma mère l'apprend, je vais encore recevoir une beuglante.

-Bien sûr, Ron. Tu n'avais qu'à demander. Je suis ravie que tu t'inquiètes de tes résultats, vraiment. »

Ron fit un grand sourire à son amie, se leva, et lui tendit la main pour l'aider à se remettre debout. Il essaya d'ignorer le frisson qu'il ressentit en tenant sa toute petite main dans la sienne. Il n'avait jamais remarqué qu'elle avait des mains si fines…

« -Alors, on essayera de ne plus se hurler dessus ? On essayera de discuter calmement avant ?

-D'accord. Je pense que tous les Gryffondor nous en seront reconnaissants. Tu sais quoi, Hermione ? Ca me fait du bien de te parler de nouveau normalement…

-Moi aussi, Ron. »

Ils se dirigeaient vers leur salle commune, quand une pensée traversa l'esprit d'Hermione.

« -Le sale manipulateur !!!

-Hermione ! J'ai rien fait !

-Pas toi, Harry !

-Quoi ?

-Tu ne trouves pas bizarre qu'on ait pu se parler sans se crier après et se faire toutes ses confidences ? Et juste après qu'il t'a demandé qu'on fasse la paix ?

-Oh ! Il nous a jeté un sort ! C'est digne d'un Serpentard ! »

Quelques pas derrière eux, Harry essayait de calmer son hilarité sous la cape d'invisibilité de son père. Il s'était demandé combien de temps Hermione allait mettre pour comprendre. Oui, s'était digne d'un Serpentard. Mais il aurait fait n'importe quoi pour que le calme revienne entre ses deux amis. Il faudrait qu'il raconte ça à Ginny. Ca lui faisait penser à quelque chose. Il lui semblait qu'elle n'avait personne pour aller au bal, tout comme lui. Ce n'était pas faute de proposition mais elle lui avait confié qu'elle ne voulait pas sortir avec un autre garçon maintenant. Accepter une proposition pour le bal donnerait de faux espoirs à son cavalier. Harry, lui, était tellement refermé sur lui-même ses dernières semaines que personne ne l'avait approché. La solution pour eux deux était simple. Ils pouvaient y aller ensemble, ils sauraient tous les deux à quoi s'en tenir. Il laissa Hermione et Ron continuer vers la salle commune et partit rejoindre Ginny à la salle sur demande.

Il avait fini par accepter qu'elle assiste à ses entraînements, ce qui les avait fait énormément progresser. Ginny avait largement le niveau des sixièmes années en DFCM, grâce à l'AD et elle était une redoutable duelliste. Il ne se donnait pas toujours à fond, de peur de la blesser, mais elle n'avait pas ses scrupules. Il avait du acquérir de nombreux réflexes pour tenir face à elle. Elle le sidérait. Le jour où il le lui avait dit, elle lui avait rappelé qu'elle avait grandi avec six frères, dont les jumeaux. Elle avait eu tout le temps d'apprendre des sorts et d'acquérir des réflexes. Elle lui demandait souvent s'il comptait convoquer l'AD de nouveau, disant que les autres aussi devaient pouvoir s'entraîner. Mais il ne voulait pas marcher sur les plates-bandes de Remus. L'année précédente avait été particulière, avec une prof incompétente, ce qui était loin d'être le cas cette année. Mais Ginny ne laissait pas tomber. Elle avait même demandé s'il ne voulait pas devenir animagus… Quelle idée ! Il n'y arriverait jamais ! Enfin, c'était Ginny.

Il arriva dans la salle sur demande et la trouva qui l'attendait. Il s'empressa de lui raconter les derniers événements entre Ron et Hermione. La réaction de Ginny ne se fit pas attendre. D'ailleurs, tous les Gryffondor et certains autres professeurs eurent la même.

« -Merlin soit loué ! On ne sera plus obligé de supporter ça !!! Mais comment …? »

Harry agita négligemment sa baguette.

« -Un petit sort de franchise pour qu'ils se parlent, et un d'apaisement, pour qu'ils ne s'entretuent pas. Le tout pas très loin d'eux, sous cape d'invisibilité, pour veiller au grain… »

Ginny éclata d'un rire machiavélique.

« -Tu aurais pu me demander de venir !

-C'était pas prévu, mais la prochaine fois, j'y penserai.

-J'espère bien qu'il n'y aura pas de prochaine fois, pour le salut de nos oreilles ! »

Elle repartit dans un fou rire communicatif auquel Harry succomba.

Une bonne heure plus tard, ils avaient fini par reprendre suffisamment leur sérieux.

« -Le pire, c'est qu'ils sont fous l'un de l'autre ! Et ils ne s'en rendent même pas compte !

-On parle de ton frère et d'Hermione ! C'est normal. Ron ne comprendra jamais rien sur les sentiments, et Hermione veut les analyser. Elle ne verra pas que Ron l'aime. Tu sais qu'ils vont au bal ensemble, en amis ? On devrait peut-être les aider…

-Et tu proposes quoi ? »

Ginny eut un sourire inquiétant au fur et à mesure que Harry exposait son plan.

« -Je marche !

-Bien sûr, ça serait plus facile si tu venais avec moi. Tu es d'accord ?

-OK, de toute façon, je pensais y aller seule, tu le savais. Ils n'oublieront pas cette soirée de leurs vies ! »

Ginny n'avait pas l'intention de révéler à Harry qu'elle était plus qu'heureuse d'être sa cavalière. Elle jouait l'indifférente, sachant la façon dont il la voyait. Elle avait son amitié, c'était déjà ça. Et puis, ce qu'ils allaient faire à son frère et à Hermione… Elle s'en réjouissait d'avance. Harry se leva du tas de coussins où ils étaient installés.

« -Je crois qu'on a assez paressé. Allez, debout fainéante !

-Fait attention à ce que tu dix, que je ne te fasse pas cadeau de mon fameux chauve-furie !

-Mais je t'en prie, vas y. Prête ?

- Autant que toi. »

Les sorts fusèrent dans toute la salle, et les coussins furent les bienvenues pour amortir les chutes. Ayant à peu de chose près le même niveau, ils ne retenaient pas leurs coups. Ils finirent la séance sur les rotules…

Les cours reprirent bien plus calmement pour tout le monde. Ron et Hermione faisaient de gros efforts pour rester civilisés, à la plus grande joie de leur directrice de maison. Ils avaient passé un sacré savon à Harry pour les avoir ensorcelés et l'avaient ensuite remercié de son aide chacun de leur côté. Quand elle apprit à qui était dû le calme chez les Gryffondor, McGonagall se débrouilla pour accorder à Harry quarante points en cours, pour avoir réussi une métamorphose parfaite. Enfin, d'après elle. Harry trouvait que les plumes de sa boîte à musique dénotaient un peu l'ensemble, mais si son professeur la trouvait parfaite… Suite à leur réconciliation, Harry avait appris à ses deux amis qu'il s'entraînait à la salle sur demande avec Ginny. Ils reprirent donc tous ensemble, même si Ginny regrettait un peu le temps qu'elle passait seule avec lui. Hermione se rangea de son côté à propos des réunions de l'AD. Les autres élèves avaient le droit de s'entraîner intensément s'ils le souhaitaient. Harry promit d'y réfléchir, mais il n'avait pas envie de s'occuper seul de tout ce monde. Il venait juste d'accepter de sortir de sa bulle. De plus, Harry étant revenu dans le monde des vivants, Drago ne s'en prenait plus qu'à lui. Ce qui faisait des vacances aux autres élèves, à leur grand soulagement. Les bonnes vieilles habitudes avaient repris…

Laurianne était un peu déçue. Elle avait espéré aller à cette soirée avec Remus mais ce dernier avait fait savoir qu'il serait indisponible ce soir-là. Il avait d'ailleurs été très embarrassé quand elle lui avait demandé ce qu'il avait prévu. Elle en avait déduit que, même sans projet personnel, il n'avait pas eu l'intention de l'inviter. Et bien, elle irait seule. Le soir d'Halloween, qui tombait le premier jour de la pleine lune, elle prévint les autres prêtresses qu'elle n'arriverait pour la célébration que tard dans la soirée. Elle serait là pour minuit, elle ne pouvait pas manquer le nouvel an (1). Elle participerait aux rituels de Samhain après le bal, elle s'excuserait tôt. Elle se prépara simplement, avec une robe assez sobre, noire brodée de petites étoiles blanches aux niveaux des manches. Quand Severus l'avait aidé à choisir, il avait voulu lui faire prendre le modèle vert et argent. Elle avait refusé, bien qu'il lui aille très bien. Elle aurait eu l'air de sa moquer des élèves de sa maison. Minerva vint la chercher et elle rejoignit les autres à contrecœur.

Du coté des Serpentard, Drago avait déçu plus d'une fille. Il avait décidé d'y aller sans cavalière et de savourer plus librement sa soirée. Il avait envie de profiter de la vie, il ne savait pas combien de temps son père allait mettre pour le tuer. Il sortait donc avec de nombreuses filles, changeant au bout de quelques jours, ne se souciant pas de leurs sentiments. Il ne négligeait pas ses études pour autant et ses notes étaient parmi les plus hautes. Certains professeurs pensaient que son attitude ressemblait à celle d'un ancien élève, qui avait renié sa famille et fini à Gryffondor… Bien sur, aucun ne le dirait à son directeur de maison, qui s'étoufferait de cette comparaison. Drago rejoignit donc la grande salle parmi les premiers et fit semblant de ne pas remarquer la décoration magnifique. Les citrouilles volaient dans les airs, leurs faces grimaçantes illuminées par les bougies qu'elles contenaient. Des toiles d'araignées ornaient le plafond, et des vols de chauves-souris passaient régulièrement. Presque tous les fantômes du château étaient présents. Les autres fantômes avaient enfermé Peeves dans les toilettes de Mimi geignarde qui, pour la première fois depuis sa mort, avait à son tour rejoint la grande salle. Elle préférait subir les élèves que Peeves. Drago s'installa à sa table et attendit que le banquet débute.

Fin du sixième chapitre.

(1) Halloween, ou Samhain, est un des sabbats de l'ancienne religion celte. C'était le premier jour de l'année, le jour où la frontière entre le monde des morts et des vivants est la plus faible. La tradition de faire des citrouilles et de mettre des bougies avait deux objectifs : Effrayer les esprits malins qui auraient pu venir dans le monde des vivants, et guider l'esprit des proches décédés pour qu'ils puissent venir visiter leur famille. Une autre tradition consistait à confectionner des petits objets (bracelets de coquillages ou de pierres colorées polies, statuettes en bois, etc.) qui symboliseraient les personnes mortes dans l'année. Ces objets étaient jetés dans de grands feux. Ce rituel servait à aider le passage des âmes des personnes chères dans l'autre monde…