Chapitre 7 : Le Bal de Samhain

Ron était affreusement nerveux. Est-ce que sa robe de bal plairait à Hermione ? Est-ce qu'il saurait la faire rire ? Serait-il capable de ne pas la vexer ? Il tapait sur le système de tous ses camarades de chambre. Harry finit par lui lancer un silencio, applaudi par tous les autres. Vexé, il s'installa sur son lit et attendit que les autres soient prêts. Harry renonça à discipliner ses cheveux et, au contraire, entreprit de les ébouriffer au maximum.

« -Ca me donne un style unique…

-C'est certain, personne n'a plus les cheveux en pétard que toi.

-Moque toi, moque toi, je t'y verrais bien, Neville, avec mes cheveux !

-Je remercie Merlin de ne pas les avoir… »

Neville portait une robe très simple, rouge et or, aux couleurs de sa maison. Il allait au bal avec Luna, ils s'étaient vraiment rapprochés depuis l'épisode du ministère. Luna s'intéressait aux animaux mythiques, tandis que Neville préférait les plantes rares. Mais leur passion commune pour le rêve et l'imaginaire les liait comme personne. Ils ne sortaient pas vraiment ensemble mais passaient beaucoup de temps tous les deux. Dean allait au bal avec une cinquième année de Gryffondor, comme Seamus. Ils descendirent de leur dortoir après avoir levé le sort de silence de Ron pour rejoindre les filles. Neville partit devant la salle commune des Serdaigle attendre Luna.

Les garçons attendirent leurs cavalières. Seamus et Dean partirent rejoindre la grande salle, les leurs étant descendues plus tôt. Elles dirent à Harry que Ginny arrivait. Mais rien ne l'avait préparé à la vue de sa cavalière. Ses cheveux de feu étaient relevés en une masse souple et brillante, retenue par des perles tressées. Elle portait une robe du même bleu que le ciel en été ajustée et qui la mettait particulièrement en valeur. Il restait un bon moment à la regarder avant de songer à la complimenter. Il commençait à se demander pourquoi il ne la considérait que comme une sœur. Il avait eu raison de choisir sa robe de bal bleu roi, elle était parfaitement assortie à la sienne. Avec un grand sourire, il la conduisit au banquet, Ron leur ayant demandé de ne pas les attendre. Tout le monde était déjà parti à la Grande Salle et Ron attendait Hermione qui se faisait désirer. Il ne regretta pourtant pas d'avoir patienté quand elle se décida à descendre. La robe qu'elle s'était choisie était vert émeraude, avec des petites fleurs brodées sur tout le devant. Elle avait lissé ses cheveux comme pour le bal de quatrième année mais l'expression resplendissante qu'elle portait la faisait paraître encore plus belle. Elle se dirigea vers Ron et se pencha pour lui faire une bise. Il lui offrit alors un petit quelque chose, qu'il avait caché aux autres. C'était un tout petit bouquet de violettes odorantes retenues par une petite broche en forme de fleur. Elle le laissa lui épingler sur sa robe avec surprise ; elle ne s'attendait pas à ça. Elle lui sourit timidement et ils descendirent rejoindre les autres sans un mot.

Rogue était très énervé. Laurianne l'avait traîné sur la piste et il n'avait pas réussi à lui refuser de danser. Elle avait du finir par trouver une nouvelle victime car elle le laissait tranquille. Il en avait profité pour retourner dans ses appartements et il avait fait un tour dans son labo au passage. Il voulait vérifier ses ingrédients, il devait préparer une potion très délicate pour l'Ordre du Phœnix. C'est comme ça qu'il s'en était rendu compte. Un élève s'était introduit dans son domaine et avait volé une fiole de potion. Une potion très réglementée, dangereuse si elle était mal utilisée et qui pouvait faire beaucoup de mal. Il alla immédiatement trouver Dumbledore qui avait pris la nouvelle très au sérieux. Une fouille complète des dortoirs des élèves avait lieu en ce moment, opérée par les elfes de maisons. Et pour l'instant, ça n'avait rien donné. Severus commençait à s'inquiéter ; si un élève s'amusait avec cette potion, il risquait de causer pas mal de dégâts.

Personnellement, il ne se souciait pas vraiment des conséquences sur la ou les victimes de la potion mais plus du fait que la responsabilité allait lui retomber dessus. Il était donc revenu dans la grande salle, et il observait attentivement les élèves, essayant de deviner qui avait pu commettre ce délit. Il allait en faire un exemple… 500 points en moins pour sa maison. Oui, un bon début. Et puis, retenues avec lui jusqu'à la fin de ses études. Il saurait trouver de quoi l'occuper. Il lutterait activement contre toute idée de renvoi, il voulait faire souffrir celui qui avait pillé sa réserve ! Pas celle de Poudlard, non ! Sa réserve personnelle. Cela démontrait quand même une certaine ingéniosité, il avait placé des bonnes protections sur l'armoire et il fallait être assez fort pour les briser. Le professeur Rogue ruminait ses pensées, et tous les élèves qui croisèrent son regard eurent des frissons de peur. Par comparaison, il regardait Dolorès Ombrage avec amour l'année passée…

Ginny et Harry avaient tendance à prendre un fou rire à chaque fois que leurs regards se rencontraient. Hermione et Ron ne comprenaient pas du tout ce qui leur arrivait mais ils étaient ravis de voir Harry reprendre goût à la vie. Ginny avait subtilement fait remarquer que, s'il y avait une piste de danse et de la musique, c'était peut-être pour une bonne raison. Elle leur fit aussi part très sérieusement de l'illumination qu'elle venait d'avoir. Tout ça devait certainement servir à danser. Hermione éclata de rire, tandis que les deux garçons se renfrognaient. Mais ils se décidèrent quand même à inviter leurs cavalières pour quelques danses ; il ne fallait pas trop leur en demander non plus. La soirée se déroulait bien, Hermione et Ron faisaient de grands efforts pour ne pas se disputer, même si leur relation restait un peu tendue. Ce qui amusaient tant leurs amis, c'était les regards tendres, incertains et parfois possessifs qu'ils se lançaient lorsque l'autre regardait ailleurs. Harry se proposa pour aller chercher des boissons au buffet et Ginny l'accompagna. Ils revinrent avec des cocktails aux fruits pour chacun. Harry posa soigneusement leurs verres devant Ron et Hermione, Ginny s'occupait des leurs. Ils échangèrent un regard de connivence quand leurs amis goûtèrent au mélange. Il ne restait plus qu'à attendre les effets.

Ginny interrogea Harry du regard, et celui-ci hocha discrètement la tête. Avec un sourire légèrement machiavélique, ils commencèrent à orienter la conversation sur les premières fois où ils étaient tombés amoureux. Et, fatalement, vint la question de savoir s'ils avaient déjà ressenti ce sentiment. Ginny avoua en n'osant regarder le survivant que oui et que tout le monde savait pour qui. Harry rougit légèrement et répondit que, lui aussi, tout le monde savait qui était son premier amour. Ils demandèrent ensuite à Ron, une lueur malicieuse dans les yeux. Etrangement, ce dernier ne réussit pas à s'empêcher de répondre.

« -Oui, j'ai déjà été amoureux.

-On la connaît ?

-Oui, Harry, tu la connais bien, même. »

Hermione lança un regard un peu attristé vers lui. Elle se demandait qui était l'heureuse élue. Mais avant qu'elle ait pu poser sa question, Ginny lui demanda à son tour si elle était amoureuse de quelqu'un. Elle non plus ne réussit pas à cacher la vérité à ses amis.

« -Oui, je suis amoureuse. Mais il ne le sait pas et je ne crois pas avoir la moindre chance.

-Tu lui as déjà posé la question ?

-Bien sûr que non ! Je ne veux pas perdre son amitié ! Et puis… Tant que je ne lui en parle pas, je peux espérer.

-Je comprends ce que tu veux dire… Mais tu devrais quand même essayer. »

Ginny sourit à Harry, un sourire amusé, et elle posa la question fatidique à Hermione.

« -Tu nous dis qui c'est ? On n'en parlera pas…

-No… C'est… R…Ron. »

Elle plaça ses mains sur sa bouche, horrifiée par ce qu'elle venait de dire. Ron la regardait avec des yeux comme des soucoupes et Harry et Ginny souriaient comme des demeurés. Harry assena le coup de grâce.

« -Et toi, Ron, c'est qui ?

-C'est… Her…mione. »

Il s'arrêta aussitôt, n'osant pas regarder les autres, affreusement gêné. Harry et Ginny éclatèrent franchement de rire et se levèrent.

« -Parfait ! Hermione vient de t'avouer son amour et toi, tu l'aimes aussi. Je suis sûr que vous avez plein de choses à vous dire… »

Ils plantèrent leurs amis là, les laissant se débrouiller tous seuls avec leurs aveux. Ginny se retenait depuis un bon moment mais elle finit par exploser de rire.

« -Tu crois qu'ils vont comprendre qu'on les a mis sous veritaserum ?

-Sûrement.

-Ils vont nous en vouloir à mort ?

-J'espère qu'ils seront trop occupés à s'embrasser dans les couloirs sombres pour y penser. Mais c'est une possibilité. »

Ginny eut l'air un peu inquiète, puis un grand sourire naquit sur ses lèvres.

« -C'est pas grave, ça valait le coup ! »

Drago avait dansé avec une bonne partie des filles de Serpentard, sauf avec la Glue. Il ne pouvait pas la supporter. Pansy était persuadée qu'elle et Drago allaient finir mariés et elle le considérait comme son fiancé. Même après l'annonce de son changement de camp, alors que la plupart des enfants de Mangemorts lui tournaient le dos, elle ne l'avait pas lâché. Elle était intimement convaincue que son amour allait sauver Drago de sa folie. Elle le poursuivait jusque dans la salle de bain des Préfets, le surprenant une fois dans son bain. Elle n'avait pas compris pourquoi il s'était mis dans une colère monstre ce jour là. Elle avait commencé à enlever ses vêtements pour le rejoindre dans l'eau quand il avait senti sa présence. Il avait réagi très vite, pensant à une attaque et l'avait stupéfixée. Après s'être rhabillé, il l'avait libérée du sort et avait commencé à lui hurler dessus. Quand elle avait essayé de l'amadouer en le séduisant, il lui avait carrément dit qu'elle le faisait vomir, la faisant pleurer. Seul avantage de cette histoire : depuis, elle le laissait un peu tranquille. Il put donc choisir une proie parmi les filles gloussantes qui étaient au bal.

Il avait repéré une fille plutôt bien faite et se dirigeait vers elle quand il bouscula quelqu'un.

« -Dégage de là, tu me bouches le passage.

-Tu pourrais au moins t'excuser, Malfoy, de foncer dans les gens comme ça. »

La voix était glaciale. Il regarda à qui il avait affaire. Il la connaissait, c'était une fille de la classe de Potter.

« -Je ne m'excuse pas auprès d'une pathétique Gryffondor, Patil.

-J'oubliais, un Malfoy ne s'excuse jamais. Tout ce que vous faites est parfait, n'est-ce pas ? Et ce que tu as fait cet été, c'était parfait ? »

Drago retint son souffle, mais la présence de nombreux professeurs l'empêcha d'utiliser sa baguette. Il serra les poings à faire blanchir ses phalanges. Il cracha entre ses dents.

« -Parvati, un conseil, ne m'adresse plus jamais la parole ou tu le regretteras… Je ne te donnerai pas d'autre avertissement. »

Il partit sans se retourner, sortant de la grande salle en oubliant son projet de profiter de la vie et des avantages féminins. Il n'entendit donc pas ce que la jeune fille murmura.

« -Moi, c'est Padma, Malfoy. Je ne suis pas à Gryffondor mais je t'attends de pied ferme… »

Remus appréhendait terriblement sa prochaine transformation. Malgré la potion tue-loup de Severus, ou à cause d'elle, il vivait une véritable torture depuis deux pleines lunes. Il essayait de rester dans la cabane hurlante mais il sentait son odeur… Il avait l'impression de ne plus se contrôler, humain ou loup, et il sortait souvent malgré les risques, humant l'air nocturne à la recherche de son parfum. Il devenait fou. Il avait déjà admis dans le secret de son esprit qu'elle lui plaisait. Il la trouvait belle, de corps comme d'esprit. Mais son attirance pour elle virait de plus en plus à l'obsession. Lorsqu'elle avait dormi dans ses appartements, il n'en était pas encore vraiment conscient mais, depuis, il s'était rendu à l'évidence. Il tombait amoureux d'elle. Il refusait cette situation, il la savait sans issue, ses espoirs seraient irrémédiablement brisés s'il s'obstinait dans cette voie. Mais le cœur ne se contrôlait pas, encore moins qu'un loup-garou déchaîné. La nuit venait de tomber et le banquet d'Halloween venait de commencer. Il se demandait comment pouvait être habillée Laurianne. Remus secoua violemment la tête. Il n'arrivait vraiment pas à penser à autre chose qu'à elle. James était pareil avec Lily… Mais lui, il ne se transformait pas en monstre chaque mois, il avait pu conquérir son amour. Ses pensées furent détournées par une sensation qu'il connaissait trop bien. Un picotement dans les mains, une tension dans les muscles et ses sens qui se développaient plus encore que d'habitude. La lune se levait, il allait commencer sa transformation.

Luna et Neville s'étaient installés à l'écart, dans le grand hall, pour discuter tranquillement. Une complicité naissante se développait entre eux, et ils partageaient leurs idées sur les variétés exotiques, qu'il s'agisse de plantes ou d'animaux. Neville en vint à croire à l'existence des fameux Ronflacks Cornus après tous les arguments qu'elle lui sortit. De là où ils étaient, ils voyaient passer tous ceux qui entraient ou sortaient de la grande salle. Pour l'instant, seule Laurianne La Source avait laissé le bal pour sortir dans le parc. Il était encore trop tôt pour que des élèves quittent la salle. Quelque chose tracassait Neville, Laurianne Mais pour l'instant, il ne se rappelait pas quoi. Il cessa d'y penser quand Luna lui demanda son avis sur la meilleure façon de cultiver une plante magique extrêmement rare. Vraiment, Luna et lui avaient les mêmes goûts.

Laurianne s'ennuyait. Elle avait admiré le vol de chauves-souris un moment mais avait fini par se lasser. Après le banquet, elle dansa avec Dumbledore et réussit même à traîner Severus Rogue sur la piste pour plusieurs valses. C'étaient les seules qu'il acceptait de danser. Elle finit par rejoindre sa place et décida d'aller prendre l'air deux minutes. Tous les professeurs étaient en pleine conversation ou en train de danser, et elle pensait qu'elle ne risquait pas grand-chose ce soir. Tous les élèves étaient là ou dans leurs salles communes pour les plus jeunes. Elle s'éclipsa donc discrètement pour aller admirer la pleine lune dans le parc, sans prévenir personne. Une fois dehors, elle leva les mains devant elles, paumes tournées vers la lune étincelante, et elle respira à fond. L'air froid lui faisait du bien. Elle contemplait l'astre de la nuit quand elle entendit un bruit léger. Elle aperçut une silhouette canine assez large, mais elle n'eut pas peur, elle avait toujours eu un bon contact avec les animaux. Elle s'approcha de l'animal pour mieux le voir, lui parlant doucement. Il semblait tétanisé par sa présence. Elle comprit pourquoi ; c'était un loup. Le pauvre devait rencontrer un être humain pour la première fois de sa vie. Elle se demandait pourquoi il avait quitté l'abri de la Forêt Interdite…

« -Qu'est ce que tu fais là, mon beau ? Si un autre que moi te voit ici, tu risques d'être chassé. »

Elle lui souriait, tendant une main pour qu'il la sente. Il recula un peu en gémissant, comme un louveteau devant sa mère.

« -Qu'est ce qui t'arrive, tu es blessé ? »

Elle plongea à ce moment ses yeux dans ceux de l'animal. Des yeux où brillaient l'intelligence et la surprise, des yeux qu'elle ne connaissait que trop bien… Elle ouvrit la bouche pour crier.

Remus avait fini sa transformation et il tournait en rond dans la Cabane Hurlante. Il restait conscient de ce qui se passait, sans instinct meurtrier, mais le loup était très présent en lui. Il avait des envies de lapins bien dodus et juteux, mais ça il en avait l'habitude. Le nombre de fois où ses amis lui avaient dit qu'il avait mangé un lièvre ou un lapin lors de leurs excursions dans la forêt interdite ne se comptait plus. Non, ce qui le perturbait, c'était ces étranges images de cavernes confortables, de louveteaux et ses idées de meutes qui lui venaient en tête. Il n'en avait jamais eues avant cette année et ses pensées se faisaient de plus en plus présentes à chaque transformation. A croire qu'il devenait fou. Une odeur bien trop familière vint lui chatouiller le museau. Avant d'avoir réfléchi à ce que cela puisse être, il sortit de la Cabane en courant vers sa source. Et quand il comprit ce que c'était, il se figea, paralysé par les sensations qui envahissaient le loup en lui. Les images de meutes et de louveteaux se firent encore plus insistantes. Il venait de comprendre, le loup avait choisi sa femelle pour fonder sa meute, et c'était Laurianne. Mais elle lui resterait toujours inaccessible. Il reprit un peu plus d'emprise sur le loup quand elle lui parla, pas effrayée du tout, et il ne parvint pas à retenir un gémissement. Il avait terriblement envie de venir lécher sa main tendue, mais il avait peur de perdre la tête. Et quand elle croisa son regard, il vit la stupeur et l'incrédulité y passer tour à tour. Il n'attendit pas le hurlement de peur qu'elle allait sûrement pousser et s'enfuit. Il ne voulait pas voir le dégoût sur son visage quand elle comprendrait qui il était.

Laurianne avait ouvert la bouche pour crier mais elle était trop surprise pour le faire. Elle ne comprenait pas. Ce loup avait le regard de Remus… Il était Remus. Elle était tétanisée par cette découverte et n'en assimilait pas encore la signification. Le loup réagit plus vite qu'elle ; il fila du plus vite qu'il put en direction de la forêt interdite. Elle resta un bon moment à regarder l'endroit où il avait disparu, avant de reprendre suffisamment ses esprits pour songer à rentrer, encore engourdie par le choc. Elle se fit bousculer par Drago dans le hall mais il se contenta de la foudroyer du regard avant de partir vers les cachots. Le contact avec ce garçon tourmenté et blessé lui fit comme un électrochoc. Elle évitait généralement les contacts physiques, étant particulièrement sensible aux émotions et pensées des autres. Ce garçon souffrait mais il ne la laisserait pas approcher pour l'aider, elle devrait donc supporter le tumulte de ses émotions. Cette rencontre lui permit au moins de revenir un peu à la réalité.

Laurianne retourna dans la grande salle, et aperçut Hermione et Ron à une table. Elle s'approcha d'eux, remarquant leur silence gêné en souriant légèrement. Elle les prévint qu'elle retournait dans ses appartements, qu'elle était fatiguée. Hermione sauta sur l'occasion ; elle voulait se soustraire encore un peu à l'explication qu'elle devrait avoir avec Ron. Laurianne refusant de déranger un professeur, elle lui proposa de l'accompagner elle-même. La jeune femme était trop pensive pour refuser et elles se dirigèrent vers la base de tour Gryffondor, pour rejoindre son logement. Pendant tout le trajet, elles étaient toutes les deux profondément plongée dans leurs pensées et Laurianne ne songea même pas à taquiner sa jeune amie sur sa relation avec Ron. Elles se quittèrent devant ses appartements et Hermione prit congé. Laurianne rejoignit donc sa chambre, comme une somnambule, pour se changer. Elle resta assise sur un des canapés, essayant de remettre de l'ordre dans ses pensées, jusqu'à pratiquement minuit.

Laurianne se releva et s'installa près de sa fenêtre, en tailleur, à la lueur argentée de la pleine lune. Un bol de sel était posé près d'elle, ainsi qu'une coupe d'eau pure, une chandelle et de l'encens. La fumée s'enroulait autour d'elle, son odeur parfumée lui rendant la sérénité nécessaire à sa transe. Elle plongea rapidement dans le Surmonde, rejoignant le Temple où toutes les apprenties, prêtresses novices, prêtresses confirmées, et Hautes Prêtresses se préparaient pour la célébration de Samhain. Dans le Temple, aucune lumière hormis celle de la lune et des étoiles ne brillait. Sans un mot, elle prit place dans le cercle, à l'Est, et se concentra. A minuit, sans avoir besoin de se concerter, les prêtresses allumèrent le bûcher qui tenait la place centrale de leur cercle, marquant la naissance d'une nouvelle année. Elles commencèrent à chanter, un chant sacré dont les paroles remontaient à la nuit des temps. Les apprenties les accompagnaient par le martèlement du tambour. Elles invoquaient Dana, psalmodiant des prières aussi anciennes que ce rituel. Celles qui avaient perdu un proche pendant l'année virent déposer une offrande dans le feu, pour faciliter le passage de leurs âmes. Laurianne ne chantait pas, son rôle était autre. Elle regarda Maelys et ses deux autres consœurs, attendant leur signal pour commencer. Maelys rouvrit ses yeux clos et hocha la tête. Elles allaient commencer leur travail de gardiennes de l'équilibre…

Son esprit s'appuyant sur les rythmes hypnotisant des percussions, elle se projeta loin, très loin dans le sol, à la recherche de l'équivalent terrestre du Temple. Les trois autres Hautes Prêtresses firent de même, et bientôt, elles perdirent totalement la conscience de leurs corps. Elles recherchaient le nœud d'énergie qui se trouvait sous les ruines de Stonehenge. C'était la seconde année que Laurianne pratiquait cette partie du rituel. Les Hautes Prêtresses devaient canaliser toute l'énergie de leur élément vers le nœud pour le réactiver et permettre le passage des âmes d'un monde à l'autre. Laurianne laissa donc couler, comme le sang d'une blessure, l'énergie à laquelle elle accédait en temps que Gardienne de l'Air. Bientôt, elle perdit toute conscience de ses actes. Elle était la lave en fusion, le roc, l'eau bouillonnante et la tempête. Elle était l'Ordre et le Chaos, l'équilibre en toute chose… Elle existait hors du temps, sans mémoire et sans identité, perdue. Puis revinrent les souvenirs et avec eux la douleur et l'épuisement. Elles avaient encore une fois réussi, le passage était ouvert, et le ballet des âmes allait durer toute la nuit. Le retour à son corps dura bien plus longtemps que d'habitude, elle n'avait pas la force de résister. De retour à Poudlard, elle partit se coucher directement, après avoir seulement éteint l'encens et la bougie, sans prendre la peine de les ranger. Laurianne tenta de réfléchir aux évènements de cette soirée mais s'endormit auparavant.

Sirius observait l'étrange phénomène qui se déroulait autour de lui. Des silhouettes grises, sans substances réelles, allaient et venaient dans le Surmonde. Laurianne lui avait expliqué ce qui allait se passer, le mettant en garde de ne pas s'aventurer à suivre une de ses ombres s'il ne voulait pas se retrouver pour de bon dans le monde des morts. Il aimait bien cette jeune femme. Elle venait parfois le voir, pour le tenir au courant de ses recherches, apprenant à le connaître et discutant un peu. Elle ne pouvait jamais rester bien longtemps, il avait constaté que venir le voir l'épuisait, comme si elle avait lancé plusieurs sorts difficiles. Il ne comprenait pas ce qui la différenciait d'une sorcière. Elle avait fini par lui expliquer que les sorciers utilisaient et transformaient l'énergie qui les entourait pour former leurs sorts, alors qu'elle ne pouvait que la canaliser et la drainer. Elle pouvait grandement augmenter les capacités d'un mage, et dans l'ancien temps de nombreuses prêtresses servaient de source aux mages. Il comprenait pourquoi les prêtresses avaient fini par se cacher du monde sorcier ; elles ne voulaient pas être exploitées par des mages sans scrupule. Il imaginait ce qui se passerait si Voldemort mettait la main sur elle ; rien ne pourrait plus l'arrêter. Sa seule sauvegarde, c'était qu'il ignorait le rôle qu'elle pouvait jouer dans sa volonté de dominer le monde.

Sirius se posait vraiment beaucoup de questions sur elle. Pas tellement à propos de ce qu'elle était, elle répondait à la plupart de ses interrogations là-dessus, mais au sujet de ses relations avec son loup-garou de meilleur ami. Quand elle lui parlait de ses recherches, elle mentionnait très souvent son nom. Il se doutait depuis un moment qu'il y avait anguille sous roche mais il ne pensait pas que c'était si sérieux que ça. Dans ce Surmonde où rien ne pouvait être caché, elle rougissait dès qu'elle parlait de lui, et il adorait la taquiner avec ça. Elle avait fini par admettre ce qu'elle ressentait et elle voulait tout savoir de Remus. Il lui parlait de son caractère, de son adolescence et de ses goûts, mais il n'avait jamais parlé de sa lycanthropie. C'était à Remus de le faire. En attendant, il passait son temps à réfléchir à la meilleure façon de les mettre ensemble. Ils étaient faits l'un pour l'autre mais, connaissant le loupiot, il n'oserait jamais rien faire. Il se doutait bien que Remus l'appréciait, elle était très mignonne et intelligente et avait le caractère qui plaisait à Remus, il le savait. Mais pour qu'il se décide, il faudrait attendre que les hippogriffes mangent de la laitue. Il allait devoir travailler Laurianne pour que ça soit elle qui fasse le premier pas. Il allait se creuser la tête pour trouver une idée. Il fallait bien qu'il s'occupe en attendant qu'on le sorte de là.

Laurianne fut tirée de son sommeil réparateur, écroulée sur son canapé comme une loque humaine, par un visiteur imprévu. Sirius black était venu l'embêter jusque dans ses rêves. Il savait déjà s'introduire dans les rêves de quelqu'un, il l'avait prouvé avec Harry, mais c'était la première fois qu'il arrivait à entrer dans ceux de Laurianne. D'habitude, ses solides barrières mentales empêchaient toute intrusion non désirée. Etant donnée sa réaction, Sirius se rendit compte qu'elle ne s'attendait vraiment pas à sa visite.

« -Arghhhhhhhhhhhhhhh !!!

-J'ai toujours fait de l'effet aux filles mais ce n'était généralement pas de la terreur. Je suis vexé.

-Sirius ! Comment avez-vous réussi à venir dans ma tête ?!!

-Ben… J'ai essayé, c'est tout… »

Sirius était un peu surpris par sa réaction violente qui le laissait perplexe.

« -J'ai fait comme avec Harry mais, avec vous, je peux discuter plus facilement. Le contact est plus clair. »

Laurianne marmonnait dans son rêve quelque chose qui ressemblait à ''ça doit être la fatigue, je n'arrive pas à tenir mon bouclier mental''…

« -Passons ! Je peux savoir ce que vous voulez ? Je suis très fatiguée et discuter avec vous, même en rêve, m'empêche un peu de me reposer.

-Votre beauté rayonnante me manquait affreusement. »

La couleur du rêve de Laurianne vira aussitôt au rouge Gryffondor et la surprise et la gêne coloraient ses pensées.

« - Finalement je ne suis pas si rouillé que ça, j'arrive à vous faire rougir.

-Grmmmffff ! »

Sirius éclata de rire en entendant la réaction de la jeune femme.

« -Je crois que je comprends pourquoi vous et Remus vous entendez aussi bien. Vous avez le même genre de caractère par certains cotés. »

La réaction de Laurianne le prit au dépourvu. Ses pensées s'affolèrent, sans point fixe, en un tourbillon de couleurs trop rapide pour être identifiées. En fait, elle semblait se rappeler de quelque chose qui l'avait choquée.

« -Remus… c'est… Je suis sorti dans le parc ce soir… J'ai vu… Il est… »

Sirius ne comprenait pas ce qu'elle essayait de lui dire. Puis il se rappela d'une chose. C'était la première nuit de pleine lune. Si elle l'avait vu… Il reprit très doucement, très sérieux d'un seul coup.

« -Calmez-vous ! Qu'est-ce que vous avez vu, exactement ? »

Son esprit s'était figé et elle ne répondait plus que par automatisme.

« -J'ai vu un loup… Il avait les yeux, le regard de Remus. C'était Remus… Je ne comprends pas…

-Je crois qu'il aurait préféré vous le dire lui-même mais il vaut mieux que je vous explique maintenant, avant que vous ne paniquiez. »

Il sonda l'esprit de la jeune femme qui semblait prête à piquer une crise de nerfs. Encore heureux que personne ne se soit jamais évanoui dans ses rêves !

« -Enfin, que vous ne paniquiez plus que maintenant. »

Elle avait l'air complètement perdue et essayait de reprendre son calme. Elle finit par dire d'une toute petite voix.

« -J'aimerais bien, je… je ne comprends rien du tout. »

Fin du septième chapitre

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