Chapitre 8 : L'attaque au Ministère

Laurianne avait eu une très longue discussion avec Sirius et elle avait compris beaucoup de choses. D'abord, que Remus était un loup-garou. Lorsqu'il lui avait dit ça, elle n'avait pas réagi de suite. Mais l'information avait fini par faire son chemin dans son esprit. Sirius avait eu l'occasion d'assister en direct au premier évanouissement onirique de l'histoire de l'humanité. D'après lui, être dans les pensées de quelqu'un qui perdait conscience n'était pas très agréable ; c'était comme sombrer dans un trou noir. Après qu'elle a reprit conscience, toujours dans son rêve, Sirius eut l'air un peu en colère. Il pensait qu'elle n'acceptait pas la condition particulière de Remus et il lui fit tout un laïus sur la gentillesse de ce dernier, qu'il n'était pas une bête sauvage et que c'était la personne la plus digne de confiance qu'il connaissait. Laurianne finit par réussir à le couper. Elle se fichait qu'il se transforme à chaque pleine lune en loup, ce qui l'avait tant choquée, c'est qu'elle ne l'avait pas senti avant. Elle s'en voulait de ne pas avoir compris que Remus avait une relation particulière avec la lune et donc avec la Dame... Elle était pourtant très sensible à ce genre de choses ; par exemple, elle arrivait à sentir la présence de pierres de lune n'importe où dans une pièce. Quelque chose devait la perturber quand elle était avec lui (NdA : On se demande bien quoi…Des papillons ?). Elle avait ensuite posé de nombreuses questions à Sirius, sur les loups-garous et leurs particularités. Il lui avait fait tout un cours, lui expliquant ce qu'il avait constaté pendant sa scolarité avec Remus. Il fit remarquer au bout d'un moment qu'elle n'était plus si fatiguée et lui demanda si c'était le fait de parler de Remus qui lui faisait cet effet. Un peu agacée par ses taquineries, sans compter ses plaisanteries douteuses sur les instincts des loups-garous avant la pleine lune, elle le vira de son esprit et renforça son bouclier pour lui interdire l'accès. Sa satisfaction fut un peu entamée quand elle reçut la dernière pensée de Sirius. Un rire moqueur...

Ginny et Harry avaient attendu longtemps le retour de Ron et Hermione mais aucun des deux n'était revenu. Ils avaient fini par s'endormir dans leur salle commune. Leurs deux amis étaient rentrés bien après, le sourire aux lèvres en se tenant la main. En les voyant endormis ainsi, Ron suggéra de les réveiller pour qu'on ne les trouve pas comme ça le lendemain. Hermione lui rappela qu'ils les avaient mis de force sous veritaserum. Pour les aider, certes, mais quand même. A leur tour de leur donner un coup de main. Ron la regarda brusquement, les yeux écarquillés, et chuchota.

« -Tu es en train de me dire que Harry est amoureux de ma petite sœur ?

-Non, Ginny est amoureuse de lui, et lui il l'apprécie énormément. Ils passent leur temps ensemble mais je suis certaine qu'Harry n'osera pas sortir avec quelqu'un cette année. Il aura trop peur de la mettre en danger et il bride ses sentiments. Mais ta sœur ne risque rien de plus, alors on peut bien leur rendre ce service, non ?

-Comment tu sais tout ça ?

-Les sentiments de Ginny sont connus de tous sauf d'Harry, comme d'habitude. Elle ne s'est jamais cachée. Et il a expliqué à Ginny qu'il refusait de mettre une fille en danger à cause de lui. Elle était en larmes ce jour là.»

Ron semblait avoir du mal avec cette idée. Il ne supportait déjà pas les petits copains de sa sœur, mais faire en sorte de lui en donner un, il ne savait pas s'il y arriverait. Hermione réussit pourtant à le convaincre très rapidement.

« -Au fait, j'ai vu Malfoy la regarder de près, tout à l'heure. Il a l'air de la trouver à son goût…

-Qu'est-ce qu'on doit faire pour qu'Harry se décide ? »

Hermione retint un sourire moqueur devant sa précipitation. Malgré leurs aveux, leur relation était encore trop fragile et instable pour qu'elle se moque ouvertement de lui.

« -On va déjà les laisser là, et le rapprocher un peu. Ils se réveilleront ensemble demain matin, comme ça. Et puis, ils se feront taquiner par tout Gryffondor après ça, on sera un peu vengé. »

Ron eut un drôle de sourire, comme s'il trouvait l'idée intéressante mais qu'il hésitait à le faire. Il finit par faire glisser la tête de sa sœur sur l'épaule de Harry, et de passer le bras de celui-ci autour de Ginny.

Ron pencha la tête sur le coté, un sourcil levé comme pour évaluer son travail.

« -C'est vrai qu'ils sont mignons, comme ça. Et on pourra les embêter longtemps là-dessus, tu as raison. »

Il eut un grand sourire satisfait à cette idée. Hermione s'apprêta à remonter à son dortoir, et Ron aussi. Ils se souhaitèrent timidement bonne nuit. Ron commençait à monter les escaliers quand Hermione le rattrapa et lui fit une bise rapide sur la joue.

« -Dors bien, Ron. »

Elle fila se coucher sans attendre de réaction, laissant Ron avec un air complètement idiot dans la salle commune. Il ne se décida à monter se coucher que plusieurs minutes plus tard, caressant sa joue du bout des doigts. Ils allaient mettre du temps à s'apprivoiser mais il trouvait que ça en valait la peine.

Le lendemain, Harry se réveilla avec le nez dans une tignasse rousse. Il se demanda un moment ce que Ron faisait dans son lit, avant se rendre compte de plusieurs choses. Il n'était pas dans son lit mais sur un canapé de la salle commune. Ron avait des courbes très féminines et les cheveux bien plus longs qu'il ne le pensait. Ce n'était donc pas Ron mais Ginny. Il tenait donc Ginny contre lui et la quasi-totalité des élèves de Gryffondor de cinquième à septième année les regardaient avec des sourires moqueurs. Ce qui l'avait réveillé, c'était le flash de l'appareil de Colin Crivey qui était maintenant plié de rire sur un fauteuil. Il se sentit rougir de plus en plus. Le pire fut quand même quand Ron et Hermione s'approchèrent, l'air terriblement vexés.

« -Tu aurais pu me dire, Harry, que tu avais des vues sur ma petite sœur.

-Mais, je…

-Harry, je suis ta meilleure amie, j'aurais aimé que tu nous parles de ça, quand même. Tu ne nous fais pas confiance ? »

Harry ne savait pas quoi faire pour se justifier. Il était horriblement gêné.

-Mais enfin, Hermione, il n'y a rien du tout !

-C'est pour ça que tu tiens ma sœur aussi serrée et que vous avez passé la nuit ici tous les deux ? »

Harry se rendit à ce moment compte qu'il tenait effectivement Ginny très serrée, en fait, ils étaient enlacés. Il se demandait ce qui s'était passé, il ne se souvenait absolument pas l'avoir prise dans ses bras. Il leva les yeux vers Ron et Hermione et, dans leurs regards, il put lire clairement le message : vengeance ! Harry comprit immédiatement ce qui s'était passé. Tournant son attention vers Ginny, qu'il n'avait toujours pas lâchée, il constata qu'elle dormait encore, un doux sourire aux lèvres. Elle était adorable comme ça. Relevant les yeux, il vit que ses camarades quittaient la salle commune progressivement, toujours un sourire narquois affiché sur le visage, et il songea amèrement qu'ils n'avaient pas fini d'entendre parler de cette histoire. Ginny avait bien de la chance de dormir encore…

Remus avait fui dans la Forêt Interdite et il avait couru toute la nuit, sans s'arrêter, pour essayer de ne plus penser à ce qui venait d'arriver. Elle avait certainement compris ce qu'il était à présent et elle ne voudrait plus jamais le voir. La seule chose à faire, c'était de ne plus s'approcher d'elle pour ne pas lui imposer sa présence de monstre. Il n'imaginait même pas qu'elle puisse accepter sa lycanthropie. Et en se résignant à brider son cœur, à taire ses sentiments, il se rendit compte à quel point il tenait à elle. En décidant de ne plus l'approcher, il se condamnait à souffrir, à la regarder vivre de loin, sans lui. Une boule de glace remplaça peu à peu son cœur mais il l'ignora, comme il avait ignoré sa douleur à la mort de ses amis des années plus tôt, comme il avait ignoré le sentiments de trahison quand il avait cru Sirius coupable… comme il ignorait sa haine pour Peter et sa souffrance à la mort de Sirius. Mais jamais, de toute sa vie de peine, ignorer son cœur n'avait été aussi difficile. Cette nuit là, les habitants de la Forêt Interdite eurent le cœur broyé par le hurlement d'un loup, un loup qui hurlait à fendre l'âme, vers la lune, toute son angoisse et sa souffrance. Au lever du jour, il se retransforma dans la Cabane Hurlante et récupéra les vêtements qu'il avait laissés la veille au soir.

Il ne voulait voir personne, aussi ne se présenta-t-il même pas à l'infirmerie. C'était un dimanche et il retourna directement à ses appartements, demandant au tableau qui en gardait l'entrée de ne laisser entrer personne, mot de passe ou pas. Il s'effondra sur son lit, sans l'ouvrir ni ôter ses vêtements, trop épuisé pour cela. Il s'endormit. Il espérait un peu ne jamais se réveiller, sans trop y croire. Il devrait encore une fois subir ses transformations et supporter de vivre le cœur brisé. A son réveil, il trouva un flacon de potion fortifiante et une lettre bien sentie de Pompom. Elle lui disait gentiment qu'il n'était plus un gamin et qu'il avait intérêt à venir la voir immédiatement à son réveil s'il ne voulait pas qu'elle vienne le chercher elle-même. Au moins, quelqu'un s'inquiétait pour lui. Il avait conscience de réagir comme un imbécile, mais il s'en fichait. Les événements de la veille l'avaient bouleversé et il déprimait complètement. Il décida quand même de passer voir l'infirmière avant d'aller manger sans quoi elle serait capable de le sortir de force de la Grande Salle.

Après une longue douche brûlante qui détendit un peu ses muscles martyrisés par sa transformation, il se rendit à l'infirmerie. Pomfresh profita du fait qu'il était le seul patient pour lui expliquer encore une fois sa façon de penser de vive voix. Très vive, la voix. Ses remontrances lui firent étrangement du bien, lui donnant du courage pour sa prochaine rencontre avec Laurianne. Il savait qu'il ne pourrait pas l'éviter éternellement, mais il allait faire en sorte de ne plus jamais se trouver seul avec elle. Il espérait seulement ne pas lire le dégoût dans son regard quand il la verrait.

Au cours des jours qui suivirent, tous remarquèrent l'attitude de Remus. Il avait demandé à Flitwick d'escorter Laurianne tous les soirs, il ne lui adressait presque plus la parole, et il l'évitait la plupart du temps. L'ensemble des habitants de Poudlard se posait des questions à l'exception de Dumbledore qui lançait parfois des regards compréhensifs et tristes à Remus. La plus triste dans cette histoire était Laurianne. Elle ne comprenait absolument pas pourquoi Remus agissait ainsi et en souffrait vraiment. Fuyant les cours de DFCM qui lui étaient devenus pénibles, elle passa plus de temps avec Rogue à étudier les potions. Il reconnaissait qu'elle était très douée mais elle avait une fâcheuse tendance à confondre les divers ingrédients. Il fit quelques réflexions à Laurianne à ce propos mais devant le manque de réaction de celle-ci, il arrêta rapidement. Surtout qu'elle lui fit remarquer que s'il étiquetait ses produits, elle ne risquerait pas de se tromper. Severus essayait de rester froid avec elle ; il n'avait vraiment pas apprécié le numéro qu'elle lui avait fait lors de son premier cours de potions. Mais il ne pouvait s'empêcher de l'apprécier de plus en plus. Cette fille était pleine de contradictions, d'humour et de mauvaises manies qu'elle assumait parfaitement. Elle était d'une franchise étonnante et disait souvent tout ce qu'elle pensait, parfois au risque de vexer. Quoi qu'elle fasse, elle n'avait jamais tort, c'était toujours la faute d'un autre. Du moins, quand il s'agissait de choses sans importance. Mais le jour où elle distribua le mauvais ingrédient à une élève qui en rata sa potion, elle l'empêcha de lui enlever des points en disant que c'était entièrement sa faute et pas celle de Ginny. Elle avait un sens des responsabilités presque effrayant chez une femme aussi jeune.

Il avait parfois l'impression qu'elle préfèrerait mourir plutôt que d'échouer à une tâche qu'on lui avait confiée. Et elle essayait toujours de le faire sourire et de plaisanter avec lui mais elle ne souriait plus elle-même depuis que Remus l'évitait. Non, Laurianne était quelqu'un de complexe et d'intéressant, et il ne comprenait vraiment pas ce fichu loup-garou. Il ne voyait même pas qu'elle se laissait dépérir par sa faute ! Il avait parfois envie d'aller le voir pour le secouer un peu. En attendant, lui et Laurianne devenaient proches et il la considérait presque comme une amie, en tout cas comme une confidente. Ils discutèrent de beaucoup de choses, de la potion qu'on lui avait volée et du fait qu'il n'avait pas retrouvé le coupable, du fait qu'elle trouvait que le vert lui irait mieux que le noir… Et il en vint à lui parler des difficultés de son rôle d'espion. Il ne risquait rien à lui en parler, elle savait déjà qu'il était dans l'Ordre. Comme elle ne le jugeait pas, il put lui confier certaines de ses angoisses, comme de devoir tuer une personne qu'il connaissait pour son maître. Parler avec elle l'aidait à exorciser ses démons. Vraiment, Lupin ne se rendait pas compte de la chance qu'il avait.

Remus était mort de jalousie. Il ne manquait visiblement pas à Laurianne ; dès qu'il avait arrêté de lui imposer sa présence, elle s'était tournée vers Rogue. Il devenait de plus en plus taciturne, évitant de se mêler à ses collègues le plus possible, s'isolant souvent dans son appartement. La seule chose qui le sortait un peu de son apathie, c'était Harry. Il lui avait demandé de l'aider dans un projet. Un jour, il l'avait emmené à la salle sur demande sans lui dire pourquoi et l'avait fait entrer. Un groupe d'élèves était là, dans une pièce dont l'équipement aurait fait le bonheur de Maugrey. Harry lui présenta fièrement l'AD. Il comprenait mieux pourquoi certains de ses élèves avaient un si bon niveau. Quand Harry lui avait parlé de ce groupe clandestin, il ne s'imaginait pas qu'il comptait autant de participants. A moins que d'autres les aient rejoints par la suite. Harry, aidé par Hermione, lui avait expliqué ce qu'ils voulaient. Ils voulaient qu'il les aide à s'entraîner et à avancer. Contrairement à l'année précédente, ils ne voulaient pas progresser en DCFM, mais réellement apprendre à se défendre et, si possible, à attaquer.

Remus se rendait compte que tous ces élèves étaient très décidés. Mais il avait quelques réticences à accepter.

« -Pourquoi ne pas demander à ce que le club de duel soit ouvert plus souvent ?

-Le club de duel est ouvert à tous, il y a aussi de futurs Mangemorts. Là, on est tous contre Voldemort. Tous. Sans exception. Et on a prêté serment sorcier de rester unis contre lui, de ne jamais trahir. »

Une Poufsouffle de septième année prit timidement la parole.

« -Professeur, l'année prochaine, je ne serais plus à Poudlard, en sécurité. Je veux savoir me défendre, et protéger ma famille. Le club de duel est bien, mais je doute que les Mangemorts respectent les règles des duels pour nous attaquer.

-Oui. Professeur, ce mois-ci, deux élèves qui venaient de quitter l'école ont été attaqués.

-J'ai appris ça, Hermione. Je me souviens d'eux…

-On ne veut pas se laisser faire, professeur. On veut se battre. On aimerait que vous nous aidiez, mais si vous refusez, on le fera de notre coté. Harry ne voulait pas rouvrir l'AD, parce qu'elle avait été faite pour maintenir le niveau en DCFM l'année dernière. Il disait que cette année, on avait un vrai professeur. »

Remus eut un léger sourire.

« -Merci. Ca me fait plaisir que vous aimiez mes cours.

-De rien professeur Lupin. Mais ce que je voulais dire, c'est qu'on a tous insisté auprès de Harry pour reformer l'AD. Vous voulez bien nous aider ? »

Remus pris le temps de réfléchir un petit moment. Albus serait forcément au courant, mais il ne dirait rien. On pouvait dire qu'il s'agissait de cours de soutien. Et il valait mieux qu'un adulte expérimenté les supervise, ils s'étaient déjà attaqués à des sorts difficiles. Il préférait être là s'ils voulaient apprendre des sorts dangereux…

« -Je crois que je vais accepter. Mais… »

Il n'arriva pas à finir sa phrase, les élèves réunis dans la salle acclamèrent sa décision. Quand ils furent un peu calmés, il reprit.

« -Mais il faudrait que vous m'expliquiez comment vous fonctionnez. Et jusqu'où vous souhaitez aller. Par contre, je vous préviens ; je vous montrerai comment lutter contre certains sorts de magie noire mais je refuse totalement de vous en apprendre. »

Il y eut un frémissement général dans la salle. Neville mit des mots sur ce que tous ressentaient.

« -Je crois que personne ici n'a envie d'apprendre des sorts de magie noire. Ce qu'on veut, c'est être capable de mettre des Mangemorts hors d'état de nuire en cas d'attaque. Pas les mutiler…

-Alors c'est parfait. Dites moi où vous en êtes, et ce que vous avez vu jusqu'à maintenant.»

Et Remus fut vraiment impressionné par ce qu'ils avaient appris. La motivation faisait des miracles, visiblement. Il trouva donc une activité prenante pour distraire ses pensées d'un regard gris vert qui le hantait.

Sirius ne savait plus quoi faire. Laurianne refusait dorénavant de parler de Remus. Il avait fini par comprendre que son ami avait encore plongé dans le mélodrame et qu'il voulait éviter à Laurianne sa présence de loupiot. Sauf qu'elle ne le voyait évidement pas ainsi. Elle lui en voulait de la laisser comme ça, sans explication. Elle pleurait souvent le soir, et dans ces cas là, elle oubliait de venir le voir dans le Surmonde. Elle n'en oubliait pas ses recherches pour lui pour autant. Elle avait trouvé une méthode pour le sortir de là mais, malheureusement, elle était pratiquement impossible à mettre en œuvre. Il s'agissait d'un rituel magique faisant intervenir au moins un sorcier et une prêtresse, ce qui ne posait pas de problème. L'ennui, c'est qu'il fallait que toutes les personnes présentes lors de son passage à travers le Voile assistent à ce rituel. Il doutait fort que les Mangemorts acceptent une invitation au ministère dans l'unique but de le ramener à la vie. Il devait donc trouver autre chose. Sirius fut distrait de ses pensées par une agitation anormale dans le Surmonde. Des silhouettes grises apparaissaient de tous cotés et se dirigeaient vers la porte du Monde des Morts. Il savait ce que ça signifiait. Des gens étaient en train de mourir, il avait déjà assisté de nombreuses fois au phénomène. Mais jamais dans ses proportions, et il se demandait ce qui se passait. Il comprit à qui il devait cette hécatombe en reconnaissant une silhouette. Celle de Percy Weasley.

Sirius avait compris qu'une attaque importante avait eu lieu mais n'en savait pas plus. Il y avait plus d'une trentaine d'esprits désormais, appartenant visiblement tant aux serviteurs du Mage Noir qu'à ses opposants. A peine arrivées, certains d'entre-eux avaient été entourés d'ombres noires et menaçantes, qui les recouvrirent jusqu'à les étouffer, sans leur laisser le temps de comprendre ce qui arrivait. Les âmes des quelques Mangemorts décédés ce soir disparurent ainsi purement et simplement. La justice du Monde des Morts était radicale. Mais une majorité de ces âmes, après un bref instant de surprise, se dirigèrent vers la zone de lumière qui conduisait sur l'autre rive. Le jeune Weasley avait juste semblé reconnaître Sirius, écarquillant les yeux avant de rejoindre les autres. Et il y avait les autres, peu nombreuses, qui étaient venues parmi les dernières. Presque translucides, une ou deux avaient finies par vraiment apparaître et se diriger vers la zone de lumière, de longues minutes plus tard. Les trois suivantes s'étaient dissipées progressivement, ramenées à leurs corps par les médicomages enfin arrivés sur les lieux.

La toute dernière était une personne terriblement familière à Sirius. Il était un des seuls à savoir qui était cette petite brune aux grands yeux gris, dont le visage portait encore les traces de l'enfance. Il devait être un des rares à connaître le véritable aspect de Nymphadora Tonks. Sa cousine était apparue la dernière, le visage figé de stupeur, son ombre à peine visible, contrairement au sang qui la couvrait et paraissait encore plus rouge que la normale. Il s'approcha d'elle d'une pensée, horrifié.

« -Tonks…

-Sirius… ? Qu'est ce… ? Je suis morte ? Je ne m'en souviens pas… Je me souviens juste d'avoir été touchée par le sort d'éventration de Bella, juste comme les renforts arrivaient… Je ne pensais pas que c'était si grave…

-Tu n'es pas morte ! Si tu l'étais, tu rejoindrais comme les autres le Monde des Morts, alors que tu restes là ! Tu as intérêt à t'accrocher, Nymphadora Tonks !

L'ombre de sa cousine s'énerva violement, reprenant ses esprits.

« -Ne m'appelle plus jamais comme ça, sac à puces ! Je te l'ai dit des centaines de fois ! »

Elle devenait presque transparente et avait du mal à rester concentrée, appelée ailleurs.

« -Mais… Si je ne suis pas morte, et que tu es avec moi, alors…

-Je ne suis ni mort, ni vivant, mais ne t'inquiète pas, Laurianne travaille au problème. Je lui fais confiance ; je n'ai pas vraiment le choix.

-Qui est Laur… ? »

Sirius vit avec un soulagement extrême l'ombre de sa cousine se dissiper, son âme réintégrant son corps. Les médicomages avaient enfin fait leur travail. Mais il ne savait toujours pas ce qui s'était passé.

Remus avait du mal à s'endormir. Comme tout les soirs depuis plusieurs semaines, un regard gris vert interrogatif et blessé le hantait. Il n'arrivait pas à oublier son expression le jour où il avait demandé au professeur de Sortilèges de la raccompagner. Il pensait agir pour le mieux en lui évitant sa présence monstrueuse mais il en venait à se demander s'il n'avait pas réagi trop vite. Peut-être ne savait-elle rien ? Peut-être pouvait-il conserver son amitié, encore un peu ? Mais il valait mieux cesser de la voir… Il souffrait déjà suffisamment de leur éloignement, même s'il l'avait lui-même provoqué. Il ne se bercerait plus de chimère, se disant que, peut-être, il pourrait avoir ce qu'il voulait, une fois dans sa vie. Elle n'était pas pour lui, personne n'était pour lui, il resterait un loup solitaire. Il maudissait son loup, la bête cachée au fond de lui, qui l'empêchait d'espérer quoique ce soit avec cette jeune femme qu'il admirait tant. Il n'avait qu'à fermer les yeux pour redessiner son visage, la courbe de son sourire, tour à tour doux ou malicieux. Il connaissait par cœur ses attitudes, allant de la plus grande nonchalance, à la plus haute distinction. Et le parfum de sa peau… Le plus envoûtant des arômes, doux, sucré, comme une fleur rare… Quel goût pouvait-elle bien avoir ? Et à cause de ce maudit loup, il ne pourrait jamais espérer ne serait-ce qu'un baiser ! Remus sursauta violement. Dans les tréfonds de son esprit, un grognement indigné venait de se faire entendre. Mais il n'avait rien à voir la dedans, lui ! Et il la trouvait même fort appétissante, cette petite louve… Remus verrouilla immédiatement, comme toujours, cette part animale qu'il rejetait comme monstrueuse. Il finit par s'endormir, un sommeil entrecoupé de rêves nébuleux.

Laurianne se leva comme si elle devait aller à l'échafaud, comme toujours depuis quelques temps. En fait, depuis qu'un certain professeur de DCFM l'évitait. Elle était terriblement fière et refusait de lui laisser voir à quel point il lui manquait. Alors elle s'était rapprochée de Severus, apprenant à mieux connaître le Maître des Potions de Poudlard. Elle avait fini par deviner pourquoi il était si souvent froid avec les autres. Il ne lui en avait pas parlé directement mais elle avait compris qu'il avait dû faire quelque chose qu'il regrettait profondément quand il était encore au service de Voldemort. Et il vivait avec ça sur la conscience, sans avoir jamais pu se pardonner à lui-même. Parler avec lui changeait les esprits et leurs prises de becs fréquentes, souvent pour des bêtises, étaient un bon moyen de cacher l'amitié qui naissait entre eux. Mais cela ne l'empêchait pas de s'étioler comme une fleur coupée privée d'eau. Laurianne avait perdu l'appétit, abusait complètement de sa tisane qui permettait de s'endormir et ne parlait presque plus aux autres, en dehors des repas, où elle faisait en sorte de donner le change à Remus. Les vêtements sorciers, qu'elle portait désormais, cachaient sa perte de poids, mais elle était certaine que Dumbledore avait remarqué sa faiblesse actuelle. De plus, ses barrières mentales, qui lui permettaient de tenir les émotions des autres loin de son esprit, s'affaiblissaient de jour en jour, à cause de son état de santé. Elle percevait souvent des bribes de colère, de peur ou d'amour venant des habitants du château. Elle ne savait plus quoi faire, elle savait seulement que le situation ne pourrait pas durer longtemps.

Fin du huitième chapitre